(Interview) Bardella dit que c’est faux ? J’ai interrogé Fabrice Arfi de Mediapart.
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 8 %Attaque 62 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:50OuverteRéponse directe
Quel a été le point de départ de l'enquête sur Jordan Bardella ?
- 4:35RelanceRéponse directe
Comment répondez-vous aux critiques sur le timing de la révélation ?
- 6:50OuverteRéponse directe
Comment vérifiez-vous l'authenticité des captures d'écran ?
- 9:13RelanceRéponse partielle
Avez-vous un devoir de laisser répondre les personnes concernées ?
- 9:56OuverteRéponse directe
Contexte de la réaction de Marine Le Pen à l'Assemblée Nationale
- 10:36OuverteRéponse directe
Pourquoi qualifier cette affaire de "très pénible" ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:27Invité politiqueFait
« Mediapart est né en 2008, c'est Mediapart qui, en 2013, révèle l'affaire des emplois fictifs au Parlement européen, qui vont valoir deux condamnations à Marine Le Pen. »
- 2:46Invité politiqueFait
« C'est Mediapart qui avait révélé, en 2014, les financements russes, par une banque proche de Vladimir Poutine, du Front National devenu Rassemblement National. »
- 4:01Invité politiqueFait
« Le directeur de cabinet actuel de Jordan Bardella avait été adhérent du mouvement du théoricien raciste et antisémite Alain Soral qui s'appelle Égalité et Réconciliation. »
- 5:02Invité politiqueChiffre
« Quand je révèle le compte en Suisse et à Singapour de Jérôme Cahuzac, qui est ministre en 2012, l'ouverture du compte en Suisse date de 1991. »
- 5:46Invité politiqueFait
« Jordan Bardella veut devenir le prochain premier ministre chef du gouvernement de notre pays. »
- 9:04Invité politiqueFait
« Tout est faux, vous êtes manipulé, je vais vous poursuivre. »
- 10:46Invité politiqueChiffre
« Ce qui a suscité l'indignation de 40 sociétés de journalistes, toute sensibilité confondue en France, sur la brutalisation du débat public. »
- 12:49Invité politiqueChiffre
« On dit toujours qu'il a 17 ans. La vérité, c'est qu'il a 17 ans et 11 mois. »
- 13:20Invité politiqueFait
« Il s'apprête à devenir, à 18 ans, le président d'une section départementale du Front National dans son département de Seine-Saint-Denis. »
- 19:20Invité politiqueFait
« Le Front National qui est devenu le Rassemblement National est un parti qui a été créé par des gens qui ont collaboré avec l'Allemagne nazie et même par des Waffen-SS. »
- 27:28Invité politiqueFait
« tout est faux »
- 27:55Invité politiqueFait
« les écrits sont de la main de Jordan Bardella »
- 30:01Invité politiqueFait
« Jordan Bardella a dit je poursuis en diffamation »
- 30:05Invité politiqueFait
« nous avons révélé que quelques jours avant le procès Jordan Bardella a retiré sa plainte contre Bernard-Henri Lévy »
- 30:49Invité politiqueFait
« qui s'appelle Frédéric Chatillon »
- 33:30Invité politiqueFait
« c'est normal qu'on poursuive des journalistes si des gens estiment qu'avec nos informations on a porté atteinte indûment à leur honneur »
- 35:15Invité politiquePromesse
« je pense qu'on le poursuivra pour procédure abusive »
- 36:25Invité politiqueChiffre
« on a probablement le taux de relax le plus élevé de la presse française dans l'histoire de Mediapart en 18 ans »
- 46:50Invité politiqueFait
« quand la personne qui veut devenir présidente de la république dit à des journalistes mettez vos gilets par balle »
- 46:58Invité politiqueFait
« son putatif premier ministre dit la guerre est totale »
- 49:42Invité politiqueFait
« ont été condamnés pour financement du terrorisme »
- 49:49Invité politiqueFait
« donc on crée comme ça des calomnies pour affaiblir le journal »
- 50:57Invité politiqueFait
« est-ce que Mediapart c'est un journal qui défend des valeurs progressistes humanistes ? »
- 51:22Invité politiqueFait
« Mediapart a révélé les affaires financières de la France insoumise »
- 51:30Invité politiqueFait
« Mediapart n'a pas tremblé quand il y a eu les polémiques sur les déclarations cochant des tropes de l'antisémitisme »
- 51:40Invité politiqueFait
« Mediapart a révélé le compte en Suisse du socialiste Jérôme Desac »
- 51:44Invité politiqueFait
« Mediapart avait révélé l'affaire Bopin qui était le vice-président écologiste de l'Assemblée nationale »
- 51:51Invité politiqueFait
« Mediapart c'est vrai que sur Sarkozy on a fait beaucoup »
Temps de parole
- Invité politique79 %
- Présentateur17 %
- ?3 %
≈ 17,9 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Le média d'investigation Mediapart a publié une série d'enquêtes consacrées à Jordan Bardella, président du Rassemblement National, dévoilant notamment des messages ouvertement antisémites tenus alors qu'il était âgé de 17 et 18 ans et qu'il débutait son ascension au sein du Front National. Soit Mediapart
a
mis en œuvre une opération de barbouze,
soit
une opération de barbouze s
'est
montée à l'extérieur
et
Mediapart lui-même s'est fait enfumer,
aveuglé
par la haine qu'il porte pour le Rassemblement National.
Des révélations que Jordan Bardella conteste malgré les preuves qui ont été publiées par Mediapart dans la foulée de l'enquête. Le président du RN va même jusqu'à annoncer une riposte judiciaire. Alors comment est-ce qu'un journaliste enquête, vérifie puis révèle de telles informations ? Et puis que répond Mediapart à leurs opposants qui estiment que Mediapart est un média militant ou encore que les preuves ne sont pas suffisantes ? Et bien pour répondre à toutes ces questions, aujourd'hui je reçois Fabrice Arfi qui est journaliste et co-directeur des enquêtes de Mediapart. Il a travaillé sur certaines des affaires politiques et judiciaires les plus sensibles publiées par le média.
Avant de commencer, pensez à vous abonner pour découvrir davantage d'entretiens comme celui-ci. Et je rappelle que ces échanges, ils sont aussi disponibles directement en podcast. Ce qui vous permet de retrouver facilement sur le même fil les interviews comme celle-ci, les actualités du jour et en exclusivité en podcast, les actualités culturelles. N'hésitez pas du coup à vous abonner là-bas, c'est pratique au quotidien. Allez, je vous laisse donc avec l'échange. Bonjour Fabrice Arfi. Bonjour. Merci d'avoir accepté de venir, ou de revenir plutôt. La dernière fois que je t'avais reçu ici, c'était il y a quasiment deux ans.
On a fait une longue interview concernant ton enquête sur l'affaire Sarkozy-Kaddafi. Aujourd'hui, on va parler de votre enquête chez Mediapart avec cette affaire sur Jordan Bardella, en fil rouge en quelque sorte, pour essayer de répondre à toutes les questions que les gens peuvent se poser sur ce type d'enquête. Peut-être déjà la première question que je voulais te poser, c
'est
la suivante, sans révéler évidemment vos sources, je pense que tu es habitué à ça, mais quel a été le point de départ d'une enquête sur celle-ci, d'une enquête sur Jordan Bardella ? Là, on voit la finalité, le résultat, mais généralement, comment est-ce qu'une telle enquête commence ? Oui, c
'est une question évidemment parfaitement légitime et normale, puisque autour du journalisme,
il
y a tout un tas de fantasmes.
Il
y
a
des gens qui se demandent si on est manipulé, pas manipulé, qui sont les sources, qu'on appelle maintenant des taupes dans certains médias, ce qui est très dangereux, et je pourrais y revenir. Nous, ça fait des années que Mediapart enquête sur tous les partis politiques, l'extrême droite notamment. Mediapart est né en 2008, c'est Mediapart qui, en 2013, révèle l'affaire des emplois fictifs au Parlement européen, qui vont valoir deux condamnations à Marine Le Pen. En première instance, en appel, c'est pendant, devant la cour de cassation, on verra si elle aura un bracelet électronique pendant la campagne électorale.
C'est Mediapart qui avait révélé, en 2014, les financements russes, par une banque proche de Vladimir Poutine, du Front National devenu Rassemblement National, comme on a révélé plein d'affaires sur plein d'autres partis politiques, quelles
que
soient leurs étiquettes. Et évidemment, il
y
a ce personnage qui est devenu central dans la stratégie, et, si j'ose dire, la vitrine du Rassemblement National qui est son actuel président, Jordan Bardella, qui est le futur possible Premier ministre de notre pays si Marine Le Pen accède à l'Élysée en mai prochain. Et donc, il était tout à fait normal de vérifier un peu la biographie de Jordan Bardella pour une raison simple, c'est que Jordan Bardella, à 28 ans, en 2024, a déjà écrit une autobiographie. Donc,
il
s'est déjà raconté dans un livre. Et donc, il a raconté son parcours politique, personnel, etc. Donc, on a estimé qu'on était évidemment légitime à regarder tout ça. Et ça fait des années que nos journalistes, notamment Antoine Roger, enquêtent sur la porosité qui demeure entre des réseaux d'extrême droite très durs, néo-nazis, négationnistes, antisémites, avec des cadres du Rassemblement National. C'est comme ça qu'il avait révélé,
il
y a un an et demi, que le directeur de cabinet actuel de Jordan Bardella avait été adhérent du mouvement du théoricien raciste et antisémite Alain Soral qui s'appelle Égalité et Réconciliation. Et donc, avec Alexandre Berthaud, ils ont décidé de regarder ce qu'il en était vraiment de Jordan Bardella. Et c'est comme ça qu'ils ont rencontré 18 témoins différents, mené des dizaines d'entretiens depuis le printemps dernier, et qu'ils ont réussi à avoir accès à des sources documentaires différentes que nous avons pu vérifier et on y reviendra, qui nous ont permis de rendre public ce que nous avons appelé les écrits antisémites de Jordan Bardella.
Donc, à la question que j'anticipe, mais qui était arrivée, je l'avais vue dans certains commentaires, certaines réactions de gens qui disent « Comme par hasard, il y
a
une élection dans six mois et c'est maintenant qu'on découvre des messages d'attendre il y
a
dix ans de Jordan Bardella ». Votre réponse à ça, c'est que vous n'avez pas attendu la présidentielle de 2027 pour enquêter sur
le RR
? Non, mais en fait, il faut que les gens réalisent qu'un journaliste, il n'a pas accès à tout en temps réel. Quand je révèle le compte en Suisse et à Singapour de Jérôme Cahuzac, qui est ministre en 2012, l'ouverture du compte en Suisse date de 1991. Donc, c'est 20 ans plus tôt. Et je ne le sais pas depuis 20 ans. Donc, la question du calendrier des révélations de presse sont toujours permanentes dans le débat public. Moi, la réponse à ça, c'est qu'on vit dans un pays où il y a d'abord tout le temps des élections et que par ailleurs, ce n
'est
jamais le bon moment de révéler une information qui dérange quelqu'un. Élection ou pas, Jordan Bardella, ce n
'est
jamais le bon moment de rappeler les écrits qui étaient les siens quand il était jeune militant au Front National et on pourra discuter d'une éventuelle erreur de jeunesse ou pas de sa part. Mais je vais même plus loin que ça. Jordan Bardella veut devenir le prochain premier ministre chef du gouvernement de notre pays. C'est mieux de savoir avant de voter qu'il est vraiment plus tôt qu'après. Je veux dire, les copains et les copines du canard enchaîné qui ont enquêté sur François Fillon révélant l'affaire des emplois fictifs qui lui ont valu une condamnation définitive, ils vont dire, comme par hasard, ça sort avant l'élection.
Encore heureux, il vaut mieux savoir avant de voter plutôt qu'après. Donc, en fait, la presse est tout à fait dans son rôle quand elle récupère des informations d'intérêt général et vérifier et qu'elle les rend au public et après, le public décide en son âme et conscience.
Alors,
plus précisément sur cette question de cette affaire et cette question de ces messages, il y a eu l'enquête qui a été publiée, je n
'ai
plus la date précise, mais dans un premier temps, l'enquête est publiée, on voit les réactions de tous genres, réactions du RN dont on va forcément parler sur leur stratégie de réponse, réactions aussi de certaines personnes qui disent
bon,
c'est des captures d'écran, qu
'est
-ce qu'on peut savoir de ces captures d'écran ? Ça peut être falsifié, ça peut être fait par IA, ça peut être je ne sais quoi, si ça se trouve, ce n
'est
pas son compte. Vous avez quelques jours après décidé de publier la méthode et de vérification que vous avez appliquée. Est-ce que tu peux m'en parler un petit peu et essayer d'aller un peu plus dans le détail, effectivement, de comment est
-ce
qu'on vérifie les
éléments sociaux ? Je
vais essayer d'ouvrir le capot du journalisme pour montrer un peu le moteur, même s'il y a des choses qu'on ne peut pas montrer qui s'appellent les sources, puisque
le droit
nous autorise à protéger nos sources pour des raisons diverses, y compris de sécurité. Ce qui compte, c'est est
-ce
que les informations, encore une fois, sont vérifiables et d'intérêt public. Alors oui, d'abord, on a publié un article en début de semaine, un lundi, fruit de quatre mois d'enquête, sans éléments autres que des citations extraites des messages Messenger, qui est l'application sur Facebook, mais aussi des boucles mail du Front National qu'on appelle aujourd'hui le Rassemblement National.
Alors d'abord, ce qu'il faut comprendre, c'est que quand on enquête sur un parti, sur quelqu'un, quand on essaye de bien faire son travail, légalement, nous, les journalistes d'information, on doit prendre attache avec les personnes sur lesquelles on va révéler des informations, qui peuvent être parfois des informations désagréables, pour recueillir leurs commentaires. C'est ce qu'on appelle, c'est un mot de notre profession, le contradictoire, le débat contradictoire. Bon, évidemment, c'est ce que nous avons fait, c'est ce que Antoine Rouget et Alexandre Berthaud ont fait.
Avant la diffusion
de l'article. Avant la diffusion,
le samedi, après-midi, on a attendu la fin de la messe du pape, parce qu'on savait que Jordan Bardella y assistait à la Concorde avec Marine Le Pen. On a envoyé des questions à Jordan Bardella, à son directeur de cabinet, son attaché de presse, en disant, ben voilà, dans ce message, on disait, on va révéler des choses importantes, on aimerait bien pouvoir vous rencontrer, si vous le souhaitez, vous présentez les documents. Voilà, bon. La réponse a été ferme, catégorique, immédiate, hors de question de vous rencontrer, envoyez-nous des questions précises. Donc, on a envoyé, dans mon souvenir, une dizaine de questions précises sur ce que nous allions révéler.
Et le dimanche, en fin d'après-midi, on a eu une réponse fermée, catégorique, de Jordan Bardella, qui tenait en quatre phrases, tout est faux, vous êtes manipulé, je vais vous poursuivre. Bon, très bien. Nous, on n'oblige personne à répondre, ils font comme ils veulent, s
'ils
ne veulent pas répondre, s'ils veulent...
Mais vous avez un devoir de leur laisser
l'obéissance de répondre. Voilà, et
d'ailleurs, la version de Jordan Bardella, évidemment, elle est dans l'article. Voilà, contactée par Mediapart, le président du RN a déclaré que... Bon, voilà, c'est la règle du jeu. Et donc, on a publié notre article le lundi, et là, il y a eu une mise en cause très violente, de la part du Rassemblement National, de la part de Jordan Bardella lui-même, de Marine Le Pen, qui, dès le lendemain, va à l'Assemblée Nationale pour dire qu'il faut que nous mettions des costards en Kevlar, c'est-à-dire des gilets pare-balles, pendant qu'à côté d'elle, Jordan Bardella dit que ça va désormais être la guerre totale avec Mediapart.
On parle quand même d'une personne qui va être présidente de la République et de l'autre qui va être chef du gouvernement. Pour
le
contexte, effectivement, c'était à l'Assemblée Nationale, devant des députés RN,
c
'est là qu
'elle
fait une sorte de conférence de presse, parce que je ne
suis
pas sûr qu'il y
avait
des journalistes à l'intérieur, mais en tout cas, on a dû mettre nos gilets parce qu'on a attaqué par Mediapart, on va faire une guerre totale. Exactement. Alors, Jordan l'a dit, nous avons, et lui et moi, enfilé nos costards en Kevlar, parce que là, c'est du lourd, là, qui tombe. Cette très pénible affaire va nous permettre de démontrer le vrai visage de ce média, les violations déontologiques qui sont les leurs. Voilà. Donc, maintenant, c'est à Mediapart, je crois, qu'il va falloir dire d'enfiler son costard en Kevlar.
Ce qui a suscité l'indignation de 40 sociétés de journalistes, toute sensibilité confondue en France, sur la brutalisation du débat public et ce que ça peut provoquer en termes de menaces pour des journalistes. Et donc, Jordan Bardella, lui, dans le même mouvement, dit que les documents que nous avons sont des faux, qu'il va déposer des plaintes, etc. Donc, il pense nous mettre au pied du mur vis-à-vis de notre enquête. Et comme nous, on essaye d'être transparents sur la manière dont on travaille, d'expliquer pourquoi ce qu'on a publié est soutenu par des éléments concrets.
On a publié le jeudi, quelques jours plus tard, un nouvel article, toujours parlé d'eux-mêmes journalistes, expliquant et rendant public à la fois plus que les captures d'écran, on parle beaucoup de captures d'écran, mais plus que les captures d'écran des messages les plus problématiques d'un antisémitisme que je peux qualifier de compulsif et obsessionnel de Jordan Bardella, mais en plus, comment nous les avons techniquement authentifiés et comment nous les avons authentifiés humainement et intellectuellement. Pourquoi je dis ça ? Parce qu'évidemment, et tu l'as dit tout à l'heure, à l'ère de l'IA, on sait qu'il peut y avoir des forgeries, des manipulations.
On sait qu'un compte Messenger, il peut y avoir une usurpation d'identité, il peut y avoir un piratage, un trucage. On n'est pas né de la dernière pluie. Et par ailleurs, quand on publie ce type d'enquête, on met toute la réputation du journal en jeu. C'est
clair,
si c'est faux, vous perdez. Si c'est faux, c'est terrible pour nous, mais c'est terrible en termes de réputation, mais c'est terrible
aussi juridiquement.
On a à assumer ce qu'on fait juridiquement devant le juge pénal dans le journalisme. Et moi, je trouve ça très bien parce que c'est une responsabilisation du travail des journalistes d'information. Donc, nos journalistes, je l'ai dit, 18 témoins de l'époque, des tonnes et des tonnes d'entretiens, des recoupements, etc. L'accès à des conversations sur Messenger, deux différentes, venant de deux sources différentes qui ne se connaissent pas, dont sur l'une des conversations, il y a ces tombereaux décrits antisémites de Jordan Bardella. Alors, on dit toujours qu'il a 17 ans. La vérité, c'est qu'il a 17 ans et 11 mois. Bon, il est plus près des 18 ans que des 17 ans.
Et donc, cette source-là qui est à l'origine de cette révélation...
Il est déjà, simplement
pour préciser là-dessus, même à 18 ans, il est déjà, alors au moment des messages précisément, je te laisserai préciser, mais peu de temps après, il a déjà des responsabilités à l'échelle... Ah oui,
alors Jordan
Bardella, à cette époque-là, est déjà militant du Front National depuis un an et demi. Il s'apprête à devenir, à 18 ans, le président d'une section départementale du Front National dans son département de Seine-Saint-Denis et quelques mois plus tard,
il
sera élu au Conseil Régional du Front National. Et c'est d'autant plus légitime que Jordan Bardella a toujours fait de sa précocité son identité politique. Donc, à 17 ans et 11 mois, il était déjà présent sur Twitter et d'ailleurs, certains de ses tweets aujourd'hui remontent comme une espèce de confirmation de ce qu'on a écrit. Et donc, cette source nous donne accès à la conversation avec Jordan Bardella. Alors évidemment, nous, on veut voir toute la conversation. donc, la personne fait dérouler l'intégralité de la conversation et donc, on voit Jordan Bardella écrit ceci, ceci, la source écrit cela, etc. Bon, mais ça ne nous suffit pas.
On estime qu'il y a peut-être un risque de manipulation lié à cette conversation. Donc, en réfléchissant, on a vu qu'il y avait une disposition de la loi européenne sur la protection des données qui permet à n'importe quel utilisateur de Facebook et de Messenger de demander à Meta, Meta, c'est la société qui détient aux Etats-Unis Facebook, de demander ce qu'on appelle une extraction depuis les serveurs de Meta, depuis les archives de Meta, une extraction de l'intégralité de l'origine de la conversation.
Et donc, la source a accepté de faire ça dans le courant du moins doute, donc bien avant nos révélations de la fin septembre et ça nous a permis d'avoir une confirmation d'un point de vue technique d'abord crucial. C'est bien le compte d'un Jordan Bardella sur Messenger qui provient de Facebook. En 2013, Jordan Bardella n'est pas connu publiquement. Il n
'est
pas du tout dans la carrière qu'on lui connaît aujourd'hui, même s'il est engagé politiquement. Mais en plus, ça nous permet de savoir que les conversations n'ont pas été modifiées depuis 2013. Donc, en quelque sorte, elles sont intègres. Mais ça ne suffit pas. Il faut qu'on puisse démontrer intellectuellement que le contenu des conversations provient bien de Jordan Bardella.
Le Jordan Bardella. Voilà,
la question qui se pose, c'est est-ce que Jordan Bardella de Messenger en 2013, c'est Jordan Bardella président du RN en 2026 ? Et alors là, il y a quelque chose d'extraordinaire, c'est que dans cette conversation mais dans d'autres conversations Messenger, ce Jordan Bardella raconte plein de choses de sa vie privée, raconte plein de choses et des anecdotes très précises sur son parcours familial, son parcours scolaire au lycée, aux études supérieures qu'il essaye de faire, ses engagements dans des associations, les pétitions qu'il lance à tel et tel endroit. C'est-à
-dire
qu'on n'a pas tout publié parce qu'il
y a
des choses qui sont protégées par la vie privée. Mais alors, il y a quelque chose qui nous a permis, un objet qui nous a permis de vérifier que Jordan Bardella de 2013 était bien le Jordan Bardella d'aujourd'hui, c'est l'autobiographie de Jordan Bardella lui-même. Pourquoi ? Parce que dans son autobiographie de 2024, donc 11 ans après, il raconte exactement les mêmes anecdotes.
Que ce qui est écrit dans les messages. Et ça, c'est ce
qu'on a rendu public. Il y a en plus plein de
choses de
la vie privée qu'on n'a pas rendues publiques parce que ça appartient à la vie privée. Mais ça nous a permis de vérifier l'exactitude de ça. Et en plus, pardon d'être un peu long, mais en plus, on a demandé aux sources qui correspondaient avec Jordan Bardella à l'époque sur Messenger et qui le voyait que l'hypothèse du piratage ou de l'usurpation d'identité est nulle.
C
'est-à-dire que l'espace pour le doute est réduit à néant. Mais en plus de ça, désolé d'être encore plus long, nous avons eu accès à d'autres documents. Des boîtes mail, deux boîtes mail différentes de Jordan Bardella quand il était, il avait des responsabilités au Front National qui montrent et qui confirment qu'il baignait dans un environnement d'antisémitisme, de négationnisme dans les années qui ont suivi. Donc tout ça, mis bout à bout, nous a apporté la certitude à 100%, pas à 99,9%, à 100% que les documents étaient authentiques, que nos informations étaient vérifiées d'intérêt général et donc on les a publiées et on a expliqué comment on a travaillé.
Effectivement, et tout est d'ailleurs détaillé sur le site de Mediapart avec tous ces sujets-là qui ont été évoqués. Juste un point quand même parce que l'idée dans cet échange c
'est
aussi d'essayer de répondre à certaines questions qui reviennent souvent. Il y a eu certains retours de gens qui disaient oui mais là, de gens du coup qui prenaient la défense de Jordan Bardella et qui disaient mais là c'est des échanges privés, c'est pas des propos qu'il a tenus publiquement, donc c'est de la vie privée. Là Mediapart s'immisce dans les messages privés de Jordan Bardella. Voilà, donc bon, globalement ce retour-là. Qu'est-ce que tu réponds à ce retour qu'on a pu entendre parfois de ça c'est de la vie privée, c'est des messages ?
Alors d'abord, sur la correspondance privée, d'abord c'est son interlocuteur, cette source, qui rend publique cette conversation. Bon.
Ce
qui compte, c'est le contenu. Est-ce que le contenu, vu la personne qu'il est devenu et la position politique qu'il tient sur la question de l'antisémitisme et d'intérêt public, même si ça provient d'une conversation privée ? Dans l'histoire du journalisme, et la justice l'a jugé des centaines de fois, il y a dans des conversations privées, dans des échanges mails, des éléments d'intérêt public. Il ne faut pas simplement regarder l'origine d'un document, il faut regarder son contenu. Et c'est justement ce contenu qu'on met en relation avec des intérêts publics. C'est pour ça que dans ces conversations,
il
y
a
des choses privées, mais nous ne les rendons pas publiques. Alors pourquoi cet argument qu'on peut bien sûr soulever en disant c'est une conversation privée que je récuse ne tient pas ? Mais parce que toute l'histoire du parti politique que dirige aujourd'hui Jordan Bardella s'est construite pendant des décennies sur l'antisémitisme.
Les plus jeunes qui nous regardent doivent savoir que le Front National qui est devenu le Rassemblement National est un parti qui a été créé par des gens qui ont collaboré avec l'Allemagne nazie et même par des Waffen-SS, c'est-à-dire des nazis c'est très antisémite et toute l'histoire du père de Marine Le Pen Jean-Marie Le Pen qui a été le fondateur du Front National c'est d'avoir été antisémite et même d'avoir été condamné pour contestation de crimes contre l'humanité dans les années 80, dans les années 90. Moi je suis né en 80, j'ai grandi avec l'antisémitisme de Jean-Marie Le Pen. Et ce qui est intéressant c'est qu'à partir de 2013, il y
a
un élu du Front National important qui est maire de Perpignan aujourd'hui qui s'appelle Louis Alliot qui a théorisé
l
'idée que le dernier verrou à faire sauter pour le Front National pour accéder au pouvoir c'était l'antisémitisme. Il disait en fait on a un problème c'est l'antisémitisme il faut qu'on arrive à montrer qu'en fait on n'est pas antisémite si on veut arriver au pouvoir. Ce qui soit dit en passant est vraiment très suspect. C'est une vision très utilitariste des juifs. Le problème ce n
'est
pas de l'avoir été ce n
'est
pas qu'il faut qu'on change de logiciel politique par rapport à ça il faut qu'on donne l'impression en tout cas que nous ne le sommes plus pour pouvoir accéder au pouvoir. Et donc c'est le début de ce qu'on va appeler la dédiabolisation qui est un mot très problématique qui est un mot d'extrême droite la dédiabolisation parce que ça veut dire que quand on dit que le FN et Jean-Marie Le Pen étaient antisémites que c'était de la diabolisation ce n
'est
pas de la diabolisation c'est un fait. Donc déjà dire la dédiabolisation c'est vouloir faire croire que l'on a aggravé leur cas quand ils étaient condamnés pour contestation de crimes contre l'humanité. Évidemment ce n
'est
pas le cas. Et donc ce qu'on découvre avec ces messages et d'autres enquêtes que nous avons faits avant c'est que nos informations de mon point de vue font voler en éclat 15 ans de dédiabolisation accompagnées d'ailleurs par une partie de la classe politique par une partie des médias. Le Front National Rassemblement National Marine Le Pen dit être aujourd'hui le bouclier pour les juifs contre l'antisémitisme. En vérité quand on creuse on voit beaucoup d'antisémites et de négationnistes autour d'elles encore aujourd'hui au-delà de Jordan Bardella.
Je suis un peu long mais c'est pour expliquer pourquoi ces conversations privées sont les pièces d'un puzzle beaucoup plus large qui nous permet de montrer que la vitrine de Marine Le Pen et de Jordan Bardella concernant la lutte contre l'antisémitisme est de mon point de vue une arnaque une supercherie.
Il me semble que tu parles de stratégie de dissimulation.
Exactement moi je pense que
cette enquête doit nous permettre collectivement évidemment je le mets en débat je ne demande pas aux gens d'être d'accord avec moi mais qu'on remplace le mot de dédiabolisation par dissimulation.
Et donc un des retours qui revenait effectivement des critiques on va dire de l'enquête c'était cette question du caractère privé ou non de la question de
l
'intérêt général on a parlé de la question de l'âge ici on a parlé de la question du timing à l'instant il y
a
quelques jours Jordan Bardella a essayé de discréditer votre enquête en s'appuyant sur le témoignage d'un de ses anciens camarades présenté comme une source qui aurait été manipulée par
les
journalistes de Mediapart quelle a été ta réaction votre réaction est-ce que tu peux nous en parler
un petit peu
oui bien sûr pour moi ça a été le signe d'une immense panique c'est
-à-dire
c'est comme s'il y avait des gens qui se noyaient et qui pour essayer de s'en sortir se raccrochent à des brins d'herbe alors quelle est l'histoire l'histoire c'est qu'il n
'y
a pas du tout une source il y a un protagoniste de l'époque qui était dans l'entourage de Jordan Bardella que nous avons appelé Laurent G on a mis juste la première lettre de son nom de famille qui est littéralement un adepte de Goebbels l'un des principaux nazis avec Adolf Hitler de l'historien négationniste Robert Faurisson quelqu'un qui a inondé les boîtes mail de Jordan Bardella qui s'en est jamais plein décrit négationniste antisémite sauralien de ce théoricien
à quelle période ? sur
la même période ?
sur la période 2014 2015 en cohérence et en corrélation avec les écrits messengers qui datent de fin 2013 et qui continuent après et ce Laurent G qui fait partie des gens que nous avons interviewés dans le cadre de notre enquête parce que évidemment si on s'intéresse à l'extrême droite on va rencontrer des gens d'extrême droite le journalisme c'est le propre d'aller y voir on ne fait pas des enquêtes sur Google et donc nos journalistes ont interviewé Laurent G et Laurent G racontait notamment que Jordan Bardella quand il était jeune était convaincu que Hitler était encore vivant qu'il avait parmi ses livres de chevet un livre sur la réserve fédérale américaine qui est en fait un livre totalement complotiste et antisémite etc.
et
ce Laurent G
il
va sur un site d'extrême droite sur Youtube pour dire ah là là Mediapart je suis la source principale de Mediapart le témoin clé comme l'appellera ce site et j'ai été complètement manipulé ils ont truqué mes propos etc.
bon évidemment que nous avons la preuve que ce qu'il nous a dit et ce que nous avons diffusé il nous l'a bien dit donc il a menti dans cette émission mais ce qui est sidérant c'est qu'il y a une chaîne de télévision CNews qui donne beaucoup d'audience à ce pétard mouillé et le lendemain tous les députés RN mais Jordan Bardella lui-même reposent il faut bien prendre la mesure de ce dont on parle pour contester son antisémitisme au moins de ces années là Jordan Bardella repose sur une fausse source de Mediapart mais un vrai antisémite adepte de Goebbels qui vient dire qu'il n'a pas tenu des propos dont nous détenons la preuve qu'il nous les a tenus bon ce qui est fou ce qui est fou moi ce qui me paraît fou c'est qu'il y ait autant de gens il y
a
bien des gens rationnels quand même au Rassemblement National il y
a
des gens qui sont élus représentants de la nation à l'Assemblée Nationale c'est que des gens sautent là-dessus en disant tout s'écroule Mediaflop parce que voilà Jordan Bardella à défaut de dire ce qu'il conteste il fait des blagues et donc sa principale réplique à Mediapart quand même c'est de nous appeler Mediaflop bon bah très bien donc voilà où on en est concernant l'oranger
et plus largement sur cette question
comment
est-ce que t'expliques la stratégie du Rassemblement National aujourd'hui c'est-à-dire qu'il y a eu la stratégie dans la foulée de la révélation je me souviens quand Marine Le Pen était en déplacement je ne sais où d'ailleurs c'est
un
salon le bâtiment
le salon du
bâtiment
du bâtiment quand tout s'effondre forcément les journalistes viennent la voir en lui posant la question sur cette enquête elle dit que c'est une dinguerie qu'elle croit à 100% Jordan Bardella etc Jordan Bardella on l'a dit a eu la même stratégie à répondre au tac au tac et dire tout ce que vous dites c
'était
faux
c
'est encore globalement le coeur de la réponse
comment
est-ce que tu l'analyses alors
moi je ne
suis
pas dans le secret des âmes et notamment de la relation du duo Bardella-Le Pen dont on verra si ça deviendra ou pas un duel parce qu'il paraît que les tensions sont réelles depuis plusieurs semaines entre les deux je suis convaincu de manière informée je crois que Marine Le Pen n'avait pas été elle informée de l'exactitude de nos révélations avant qu'elle sorte voilà peut-être Jordan Bardella lui avait dit j'ai Mediapart sur les côtes t'inquiète pas Marine je gère voilà mais je pense qu'il y a quelque chose d'extrêmement sincère chez elle quand elle dit c'est une dinguerie en fait c'est une dinguerie d'apprendre ça comme ça devant des micros tendus au
salon du bâtiment
mais d'une certaine manière j'ai envie de dire c'est un problème entre
eux ça ne
nous concerne pas beaucoup ce qui est certain pour répondre à ta question
c
'est que Jordan Bardella le dimanche soir a choisi un axe de défense qui est moi j'appelle ça maximaliste c'est-à-dire qu'il dément en bloc en disant tout est faux je vais poursuivre mais il ne dit rien en détail c'est-à-dire que ça fait quand même maintenant 10 jours qu'on lui demande mais qu'est-ce que vous démentez qu'est-ce qui est faux dans notre enquête quel point précis vous contestez est-ce que est-ce que vous aviez un compte messenger est-ce que vous avez été piraté est
-ce
que quelqu'un s'est fait passer au moins qu'on sache quelle est sa position lui c'est surtout de ne pas répondre pourquoi parce que s'il commence à s'avancer factuellement il ne fera que des faux pas pour une raison simple c'est ce que nous avons écrit c'est la vérité les écrits sont de la main de Jordan Bardella ils nous cesseront de le dire et de le démontrer y compris devant la justice mais il y a une autre dimension je pense à la réponse à ta question
c
'est que bien sûr il y avait une possibilité pour Jordan Bardella de dire c'était une erreur de jeunesse
on
a le droit on peut avoir été ceci dans sa vie et changer on peut avoir été antisémite et ne plus l'être mais ça implique de regarder son histoire en face ça implique de faire un chemin on ne se réveille pas un jour en disant je ne
suis
plus antisémite ça implique quand même un gros travail et pourquoi je pense que la thèse de l'erreur de jeunesse et ça rejoint la réponse à la question ne tient pas la route deux secondes
c
'est parce que ça n'est pas que l'histoire de Jordan Bardella en 2013, 2014, 2015 pourquoi ? parce que Jordan Bardella en 2015 son premier employeur politique si j'ose dire au parlement européen c'est un euro député qui s'appelle Jean-François Jalc qui a tenu dans les années 80 et 90 dans la presse d'extrême droite et c'était connu quand Jordan Bardella devient son assistant parlementaire des propos et des écrits antisémites
terribles
c'est un homme qui a été accusé d'avoir été négationniste il a vanté la rigueur et le sérieux du travail du père des historiens négationnistes qui contestent l'existence des chambres à gaz qui s'appelle Robert Forisson mais gendarme Bardella c'est aussi quelqu'un qui en 2023 donc c'est il
y
a 3 ans dit que Jean-Marie Le Pen alors qu'il a été plusieurs fois condamné pour contestation de crimes contre l'humanité pour antisémitisme dit que Jean-Marie Le Pen n'est pas antisémite comment il est possible de dire en 2023 que Jean-Marie Le Pen n'est pas antisémite si soi-même on n
'a
pas un problème avec ça et je le dis d'autant plus tranquillement qu'à ce moment là l'écrivain et philosophe Bernard-Henri Lévy avait été interrogé sur un plateau de télévision sur les propos de Jordan Bardella qui avait dit que Jean-Marie Le Pen n'est pas antisémite et bien BHL avait dit mais il faut être certainement antisémite pour dire ça Jordan Bardella a dit je poursuis en diffamation nous avons révélé que quelques jours avant le procès Jordan Bardella a retiré sa plainte
contre Bernard
-Henri Lévy
contre Bernard-Henri Lévy qui avait dit certainement antisémite et donc il a dit attention je poursuis je poursuis et juste avant le procès il ne va pas défendre son honneur devant la justice pour dire vous ne pouvez pas dire certainement antisémite chacun en tirera la conclusion qu'il veut mais ça va encore plus loin le même Jordan Bardella président du RN vice-président puis président du groupe parlementaire du RN au parlement européen a financé a financé avec l'argent de son parti qui est de l'argent public c'est de
l
'argent public qui finance les partis en France en grande partie il a financé des sociétés qui une galaxie de sociétés qui appartiennent à un homme ou à ses proches qui s'appelle Frédéric Chatillon dont les services secrets français nous avons révélé des notes le qualifient de néo-nazi convaincu de national-socialiste ça veut dire de ça veut dire nazi et donc c'est pour ça que pour moi
c
'est très difficile pour eux de plaider l'erreur de jeunesse c'est compliqué pour Marine Le Pen de se détacher de ça parce que Frédéric Chatillon c'est son ami depuis la fac parce que Jean-François Jalc elle a été aussi son assistante parlementaire parce que ça a été l'un des plus proches de son père donc c'est en fait Jordan Bardella c'est la chose de Marine Le Pen et donc c'est compliqué à mon sens pour elle de se détacher pour pas que l'affaire Bardella ne devienne une affaire Le Pen et en même temps
la
manière dont elle colle à Jordan Bardella puisqu'il y
a
un moment donné la justice ou je ne sais qui va bien dire que oui ce qu'est écrit Mediapart est vrai ça va lui ça va l'éclabousser
elle et à mon
avis fortement en fait admettre ça c'est faire remonter tous les égouts de l'histoire du Front National et du Rassemblement National que Marine Le Pen essaye de cacher par de la com et d'ailleurs c'est hyper intéressant parce que dans les messages messengers le jeune Bardella qui est vrai et précoce on ne
peut
pas lui enlever ça il dit à ses troupes de la fédération de Seine-Saint-Denis juste avant des élections il leur dit attention la politique c'est de la com et justement il leur dit faites attention à vos comptes Facebook vous pouvez penser ce que vous voulez mais il ne faut pas que ça se sache donc nettoyez et c'est en fait c'est comme si c'était la substantifique moelle le résumé parfait de ce qu'est la stratégie de la dédiabolisation je dis ça parce qu'il y a un an à Mediapart avec Antoine Rouget tous les deux on avait révélé 30 ans 30 ans d'écrits homophobes négationnistes antisémites racistes d'une députée du Rassemblement National qui s'appelle Caroline Parmentier qui est une intime de Marine Le
Pen
qui
est
même la vice-présidente du groupe à l'Assemblée Nationale ça n
'a
eu aucune conséquence pour elle alors que des petits candidats pour des élections dont on découvre qu'ils avaient sur Facebook des propos antisémites eux ça ne coûte pas cher de les renvoyer pour dire regardez nous on fait le message avec les brebis galeuses mais en fait on découvre que le berger des brebis galeuses en fait c'est Jordan Bardella
tu as parlé de la question des menaces de poursuivre en justice de porter plainte etc il y
a
des annonces comme ça qui ont été faites par Jordan Bardella dans la foulée des révélations où est-ce qu'on en est là-dessus est-ce qu'on a des informations est-ce qu'il y
a eu
un dépôt de plainte pour diffamation
alors moi d'abord je tiens toujours à dire que c'est normal qu'on poursuive des journalistes si des gens estiment qu'avec nos informations on a porté atteinte indûment à leur honneur et à leur considération on a le droit de porter atteinte à l'honneur et à la considération avec des informations qui dérangent la justice regarde si on avait des raisons de le faire des éléments de le faire ou pas en
gros
est-ce que les éléments sont factuels
et vérités exactement
est-ce qu'il y
a
une base factuelle etc bon sérieux de l'enquête des documents des témoignages bon très bien et donc moi je vais pas crier au procès Bayon parce que Jordan Bardella décide de poursuivre Mediapart en diffamation c'est son droit le plus ultime et c'est normal que ce soit à nous de montrer la qualité de notre travail devant un juge un juge en France il est garant de la répression mais parce qu'il est garant de la répression il est aussi garant de la liberté et la liberté de la presse c'est normal c'est bien les juges qui peuvent dire grâce à une très vieille loi qui est une très belle loi qui date du 29 juillet 1881 qui est un peu le manuel de déontologie des journalistes voilà ils ont bien travaillé ils ont pas bien travaillé néanmoins
néanmoins
il y a plusieurs voies procédurales qui sont possibles quand on veut poursuivre un journal
il
se trouve
que
Jordan Bardella a choisi la voie procédurale qui lui assure un procès dans deux ans ou trois ans
il
aurait pu choisir au moins deux autres voies procédurales qui lui auraient permis qu'il y
ait
un procès contre Mediapart dans quelques semaines avant l'élection présidentielle manifestement il ne le souhaite pas
j
'ai cru comprendre que cette plainte avait été déposée en diffamation mais le procès ce sera donc en fait il veut moi c'est mon analyse on a le droit de la contester je pense qu'il fait de la com' sur le dos de la justice pour enjamber l'élection présidentielle et voilà
et cette plainte il pourra on verra si c'est le cas mais il pourra la retirer s'il le souhaite comme il l'a fait visiblement dans le passé
mais je pense qu'on le poursuivra pour procédure abusive parce que ça nous coûte de l'argent nous défendre et c'est normal d'aller au tribunal mais allons-y vraiment mais il
y
a une deuxième plainte qu'il a promis
qui
est une plainte pour fou bon il a dit c'est à l'examen attention vous allez voir on va la déposer à ma connaissance pour l'instant elle n
'a
pas été déposée mais combien même elle le serait j'ai envie de dire qu'on est un peu impatient à Mediapart parce que c'est précisément cette enquête soi-disant pour fou qui permettra de démontrer que nos documents sont authentiques
concernant ces dépôts de plainte ou ces procès est-ce qu'il y
a
un décompte du côté de Mediapart sur le nombre de procès que vous avez dû avoir pour diffamation et sur les conclusions
de chacune de ces oui
bien sûr je crois pouvoir dire ça fait un peu orgueilleux mais qu'on a probablement le taux de relax le plus élevé de la presse française dans l'histoire de Mediapart en 18 ans je crois que nous en sommes à 350 procès
en diffamation et
d'autres types de procédures qui parfois contournent le droit de la presse et qui sont là des procédures plus problématiques parce qu'en fait elles sont faites pour trouver nos sources et donc là ça nous rend en colère là ça nous met un peu les abeilles là on n'est pas trop content avec ce genre de procédure contrairement à la diffamation et sur les 350 sauf erreur de ma part je crois qu'on en a perdu définitivement 4 ou 5 dont les plus anciennes remontent à plus de 10 ans jamais dans une affaire dont
les plus récents c'est les plus anciennes les plus anciennes c'est-à-dire qu
'on
n'a pas été condamné
définitivement en diffamation depuis peut-être 13 ans ou 14 ans et on n
'a
jamais été condamné dans une affaire politique importante par exemple il a été dit sur des plateaux de télé qu'on avait été condamné suite à une plainte de Vincent Bolloré il y a eu une plainte de Vincent Bolloré on a définitivement gagné notre procès moi à titre personnel ça fait 27 ans que je fais ce métier j'ai été beaucoup poursuivi je touche du bois je n'ai jamais été condamné et y compris poursuivi par l'ancien président on en avait parlé d
'ailleurs Nicolas
Sarkozy on a gagné tous nos procès dans toutes les grandes affaires de Mediapart nous avons gagné tous nos procès mais je dois même préciser qu'on a été poursuivi Mediapart par le Rassemblement National on a été poursuivi par Marine Le Pen on a été poursuivi par Louis Alliot quand on avait révélé l'affaire des assistants parlementaires on a gagné définitivement nos procès donc on comprend qu'ils soient un peu un peu tendus vis-à-vis du journal ils veulent nous faire passer pour militants mais c'est plus eux qui ont un problème avec nous que l'inverse
et si on recule un petit peu au-delà de cette affaire en tant que telle on parlait de l'histoire de cette personne avec qui vous avez échangé sur Jordan Bardella qui après a fait cette interview en disant qu'il avait été manipulé si jamais une véritable source qui a réellement témoigné qui a donné des éléments revient sur ses déclarations en gros se ravise en disant finalement non mais j'ai jamais dit ça etc comment est-ce que vous réagissez ?
s'il se passe ça et que ça fragilise l'enquête c'est que l'enquête n
'est
pas bonne pourquoi ? parce que ça veut dire que l'enquête reposerait sur les déclarations d'une source ou d'une personne ou d'un témoin ça c'est pas bon il y a un adage dans le journalisme qui dit qu'une source c'est pas de source voilà et donc le propre d'une bonne enquête c'est le recoupement et donc bien sûr qu
'il
peut y avoir un témoignage de quelqu'un mais il faut que ce témoignage il soit corroboré par d'autres témoignages éventuellement par des documents etc et donc ça peut arriver que pris dans la panique ayant peur pour son travail sa sécurité sa réputation quelqu'un voilà mais il faut qu'on ait la possibilité de démontrer que en fait si la personne se rétracte c'est pour des mauvaises raisons
dans les retours et de certains critiques à cette enquête sur Jordan Bardella il y
a
eu aussi le c'est un coup monté il y
a
des personnes je crois que la formulation était soit volontairement Mediapart manipule soit ils sont Mediapart et ils sont eux-mêmes manipulés par d'autres personnes qui veulent nous faire descendre qui veulent faire en sorte qu'on soit qu'on soit cuit
ça
pose une question plus large qui
est
la question de la motivation d'une source à témoigner à transmettre
des
informations des éléments est-ce que cette question de la motivation d'une source c'est un sujet pour vous est-ce que ça l'est pas en tant que journaliste de dire oui est-ce qu'il fait ça pour descendre quelqu'un ou est-ce qu'il fait ça alors
question fondamentale je vais peut-être surprendre peut-être même choquer avec ce que je vais dire mais c'est crucial pour comprendre le journalisme
j
'ai participé à un entretien croisé pour la presse belge avec le journaliste du canard enchaîné Christophe Nobili qui a révélé l'affaire François Fillon
et
Christophe a eu une formule formidable les sources n'ont pas d'odeur
c
'est-à-dire qu'un bon journaliste c'est quelqu'un qui ne se bouche pas le nez vis-à-vis des sources si vous voulez enquêter sur des voyous sur le crime organisé il vous faut des sources dans le crime organisé c'est pas quand vous enquêtez sur la gauche c'est pas à droite que vous trouvez des sources sur la gauche c'est à gauche si vous enquêtez sur la droite les bonnes sources elles sont pas à gauche elles sont à droite c'est valable pour l'extrême droite mais c'est pas parce qu'il faut pas se
on
se bouche pas le nez vis-à-vis d'une source qu'on n'est pas vigilant
une
source
elle
peut être mue par un intérêt
de
bien public
l
'information du
public je veux que ça sorte je veux que ça sorte
et
il y
en a beaucoup plus qu'on ne le croit partout
partout mais
il y a des sources parce que l'âme humaine est ainsi faite qu'elles ont une forme d'intérêt dans le parler à un journaliste d'ailleurs parfois il y
a
les deux l'intérêt d'une source peut rencontrer le bien commun évidemment nous journalistes il faut qu'on comprenne quel est cet intérêt qu'on n'en soit pas otage et prisonnier de cet intérêt que nous ne soyons pas les communicants de l'agenda de l'intérêt de la source mais ce qu'on doit faire c'est voir si ce qui nous est dit
est
vérifiable si c'est d'intérêt général et si c'est recoupé d'intérêt général et vérifié
et
bien on le publie on le publie et donc bien sûr que moi je me fais un honneur un honneur dans mon carnet d'adresses moi je m'intéresse tout particulièrement à la corruption mais je parle à des corrompus des corrupteurs des gens qui ont fait de la prison des gens qui leur courent après des ministres des syndicalistes des gens de peu des gens de rien des gens de très haut des gens notre métier consiste à raconter le monde on n'est pas policier on n'est pas juge on n
'est
pas là pour amener des gens devant un tribunal il se trouve que parfois nos enquêtes ont des conséquences mais c'est pas comme ça qu'on juge le journalisme et donc pour raconter le monde tel qu'il est on doit parler on doit parler à tout le monde mais les manipulations ça existe
et
donc là où il y aurait un scandale c'est si des sources mal intentionnées
nous
filent des mauvaises infos et que parce que on travaille mal on les publie ça c'est un problème
je
reprends l'exemple pour
ne pas
parler de Mediapart du canard enchaîné
François
Fillon
bon
on avait dit oh là là comme par hasard et
puis
ils sont manipulés puis en fait c
'est
les sarcosistes en fait c'est le cabinet noir de François Hollande qui est derrière mais les infos elles sont
vraies
tout est parfaitement vrai donc tout va bien en fait là le journalisme a rempli sa fonction démocratique
oui c'est aussi là encore une forme de stratégie de diversion potentiellement
qui a
révélé pourquoi est
-ce
qu'on a révélé
c'est le rideau de fumée vous savez quand vous êtes à la plage vous vous baignez quand il y a beaucoup de vagues il y a du reflux on ne voit pas le fond de l'eau on ne voit pas le sable c'est ça qui se passe c'est du reflux c'est opération reflux comme ça on ne voit pas le fond de la mer on ne voit pas le sable nous ce qu
'on
veut montrer c'est le sable et là il y
a
de l'agitation il y a du trouble pour qu'on ne voit pas le sable bon ça viendra j'en suis sûr ça viendra
les penins de Mediapart ce genre de sable c'est quelque chose alors une autre question que je vois qui revient souvent
ça
ce
n'est
pas une question c'est plus une réaction d'ailleurs que j'ai vu beaucoup au moment du premier article des révélations que j'ai moins vu au moment des preuves qui ont été publiées par Mediapart c'est ce retour qui consiste en dire c'est révélé mais Jordan Bardella a dit que c'est faux maintenant il y
a
la justice donc on va voir ce que dit la justice et en fonction je saurais ce qui est vrai et ce qui est faux c'est un retour qu'on voit quand même assez souvent dès qu
'il y a
une révélation dans un média sur n'importe quel sujet n'importe quelle enquête
quel
regard est
-ce
que vous portez sur ce discours-là comment est
-ce
que tu vois tout ça
alors
moi je à la fois je comprends à la fois je suis prudent je comprends parce que les magistrats les magistrates les enquêteurs les enquêtristes ils ont des techniques d'enquête parfois invasives
qui
permettent d'avoir accès à des éléments probants
que
le journalisme n'a pas et encore heureux et encore heureux nous on ne fait pas de perquisition on n'écoute pas les gens on ne
peut
pas faire des réquisitions à méta pour qu'ils répondent donc d'un côté je comprends parce que les enquêtes peuvent aider à produire
produire de l'information d
'autres éléments qui sont d'intérêt public
là
où je suis prudent
c
'est que je trouve que dans notre société on fait beaucoup trop reposer par l'acheté
par
l'acheté personnelle par l'acheté citoyenne par l'acheté politique on fait beaucoup trop reposer sur les épaules de la justice à qui on demande d'être le régulateur social de tout voilà et en fait la justice elle, elle regarde s'il y
a
des faits
si
les faits rencontrent une définition offerte par le code pénal et s'ils sont attribuables imputables à une personne auquel cas il y
a
un délit mais on ne peut pas juger
la
qualité du journalisme à l'aune de la décision judiciaire ça ne
veut
pas dire que quand quelqu'un est relaxé le journal avait quand même bien travaillé quand il est condamné etc. je ne dis pas ça je dis qu'il faut regarder au cas par cas et donc l'idée que
la
décision judiciaire est l'arbitre
du
journalisme pour moi est une idée dangereuse mais pourquoi ils font ça
les
politiques ça c'est pas que les gens d'extrême droite c'est bon parce que c'est très commode de faire ça on délègue à la justice du coup on dit après présomption d'innocence on est condamné une première fois j'ai fait appel représentation d'innocence les années passent parce que les procédures sont longues on est condamné définitivement j'ai purgé ma peine
j
'ai payé mais non alors on en parle quand du coup des faits et donc à chaque fois à chaque fois c'est un peu comme le torero avec sa mouleta on agite ça
ça décale un petit peu pour que l'opinion
publique ne discute pas du fond de la mer voilà et donc voilà mais pour autant bien sûr qu'il faut s'intéresser à ce que fait la justice respecter les décisions judiciaires mais on a aussi le droit de critiquer les décisions judiciaires on dit on n
'a
pas le droit de critiquer une décision judiciaire c'est pas vrai ça on n
'a
pas
le
droit de porter atteinte à l'honneur des magistrats
et effectivement ce que ça veut dire aussi du coup c'est que vous avez le droit aujourd'hui et on a le droit collectivement en tant que journaliste si on a une information vérifiée de dire ceci est vrai et on l'affirme sans avoir besoin d'attendre qu'un procès ou autre détermine si effectivement tout ça est
vrai exactement et d'ailleurs
la justice si elle est saisie par rapport à une information qu'on publie elle est suivie pour vérifier si on avait raison de publier cette information si on avait assez d'éléments pour le faire
deux trois questions en plus là on parle d'une nouvelle enquête sur Jordan Bardella avec on l'a vu sur les réseaux sociaux des journalistes qui ont fait face à des insultes mais parfois beaucoup plus que ça on a parlé aussi tout à l'heure des propos de Marine Le Pen
comment
est-ce qu'on fait pour protéger ces journalistes contre ces menaces du harcèlement l'exposition publique après la publication d'une enquête
on a atteint un niveau très inquiétant voilà et je dis pas ça pour alarmer
mais
c'est alarmant quand la personne qui veut devenir présidente de la république dit à des journalistes mettez vos gilets par balle et que son putatif premier ministre dit la guerre est totale je peux dire que ça a allumé dans des esprits dangereux
et
très dérangés des choses
qu
'ils ne doivent pas exister en démocratie voilà vis-à-vis du journal et en plus et en plus les mêmes vont sur des plateaux de télé et d'heure à grande écoute traiter certains de nos journalistes de terroristes ou liés au terrorisme enfin
je veux dire c'est une des accusations qu'on
a vues
mais c'est
délirant on est chez les fous c'est inadmissible pour ne pas répondre il y a ce réflexe désormais qu'on pourrait dire trumpien de faire basculer le débat public dans ce que trump avait appelé les vérités alternatives c'est même plus la post-vérité la post-vérité c'est quand la vérité n'est plus qu'une opinion comme une autre c'est une post-réalité c'est-à-dire que des gens qui
ont
la puissance de la communication politique créent une réalité parallèle
à
un monde à eux un monde imaginaire dans lequel ils sont mais comme ils ont des chambres d'écho gigantesques sur cette arme radio certaines télés et bien ce monde imaginaire devient l'espace mental de plein de gens qui ont envie de les croire qui les aiment bien
et
sauf que
ça
efface la frontière entre le vrai et le faux et donc la civilisation disparaît quand la frontière entre le vrai et le faux disparaît et donc c'est pour ça que nous on considère que là on a atteint un point
qui
n'est pas acceptable dans le débat public et encore une fois
on
peut critiquer Mediapart
on
doit critiquer Mediapart si on n
'est
pas d'accord avec Mediapart la civilisation c'est de ne pas être d'accord de manière civilisée entre nous mais pour qu'on soit pas d'accord de manière civilisée il faut qu'on soit d'accord sur les faits sur le fait que deux et deux font quatre c'est cette phrase merveilleuse dans le livre de George Orwell 1984 le héros dans son journal intime il écrit la liberté c'est la liberté de dire que deux et deux font quatre qu'on nous l'accorde et le reste suivra c'est beau qu'on nous l'accorde et le reste suivra bien aujourd'hui il y
a
des gens qui disent que deux et deux ça fait pas quatre et bien quand on rate ça c'est comme quand on tombe de l'escalier on rate la première marche et après on dévale tout l'escalier
donc
il
y
a ces attaques là dont on parle et on a parlé ici l'accusation même de financement de terrorisme je sais plus quoi que j'avais vu passer oui
ils disent
aussi il
y a
des journalistes de Mediapart qui ont été condamnés pour avoir financé le djihadisme il
n
'y a aucun journaliste de Mediapart qui a été condamné pour avoir financé le journalisme il y a eu une histoire avec des journalistes indépendantes qui travaillaient pour plein de médias différents de rédactions nationales différents des radios des télés des quotidiens et même parfois des quotidiens conservateurs qui se sont retrouvés prises dans une histoire où pensant aider des familles de djihadistes ont été condamnés pour financement du terrorisme ça n'a rien à voir ni de près ni de loin avec Mediapart donc on crée comme ça des calomnies pour affaiblir le journal et ces mêmes journalistes sont par ailleurs la cible d'un cyber harcèlement parfaitement
scandaleux et puis ce qu
'on
a là-dessus pour reboucler sur toutes ces questions qui peuvent revenir souvent y compris d'ailleurs de personnes qui ne sont pas forcément des militants de tel ou tel camp mais simplement qui se posent des questions sur le fonctionnement des enquêtes et tout une des critiques qui peut revenir parfois c'est le côté oui mais Mediapart ça reste un média militant c'est un média qui a sa ligne éditoriale qui est à gauche et qui du coup révèle des choses sur l'extrême droite etc pareil qu'est-ce que tu
réponds bien sûr alors ça
c'est vraiment j'ai envie de dire le Kames contre Kames le plus classique vis-à-vis du journal mais vis-à-vis de la presse en général c'est qu'on est toujours militant de quelqu'un quand on révèle des informations qui perturbent ses convictions alors
est
-ce
que Mediapart
on a une très bonne source enfin un
très bon média par contre on est adoré
quand on publie des informations
il y a compris Jordan
Bardella qui avait cité
Mediapart à plusieurs reprises adoré Mediapart quand
on faisait des révélations sur des gens de gauche ou d'ailleurs
mais
je dois dire quelque chose de très important là-dessus est-ce que Mediapart c'est un journal qui défend des valeurs progressistes humanistes qu'on met sur l'échiquier politique plutôt à gauche qu'à droite oui
et
alors est-ce que ça nous empêche d'enquêter de révéler des informations sur des camps qui appartiennent au même champ de conviction non le journalisme se juge sur pièce Mediapart a révélé les affaires financières de la France insoumise ce qui est devenu aujourd'hui l'affaire Shikiru Mediapart n'a pas tremblé quand il y a eu les polémiques sur les déclarations cochant des tropes de l'antisémitisme parfois au sein de la France insoumise Mediapart a révélé le compte en Suisse du
socialiste Jérôme Desac
Mediapart avait révélé l'affaire Bopin qui était le vice-président écologiste de l'Assemblée nationale Mediapart c'est vrai que sur Sarkozy on a fait beaucoup mais parce que comme on s'intéresse aux atteintes à la probité avec Sarkozy ça donne beaucoup de sujets et donc ce que je veux dire par là c'est qu'on doit nous juger en regardant nos archives après
on
a le droit d'être pas d'accord avec certaines convictions que peut défendre par ailleurs dans des éditoriaux ou des partis pris Mediapart mais le plus beau compliment qu'on puisse faire au journal c'est je suis pas toujours d'accord avec votre ligne éditoriale avec ce pensé mais vos enquêtes c'est carré elles sont sérieuses et de la même manière qu'on ne réduit pas quelqu'un à ses fautes encore une fois on a le droit de changer ce qu'on essaye avec ce journalisme là c'est que on puisse regarder l'histoire en face regarder la réalité en face on en discute et puis c'est comme en mathématiques on nous pose des problèmes à l'école et puis c'est comme ça qu'on progresse
et plus largement l'investigation c'est un monde parfois de secrets de sources qu'il faut protéger de rendez-vous discrets de révélations après qui sont faites de menaces on l'a dit qu'un journaliste peut recevoir
c'est
un métier qui peut exiger en tout cas en apparence une forme de paranoïa à la fois professionnel et personnel de se dire je dois être tout le temps tout le temps aux aguets alors je sais que ton le camp c'était assez discret sur tout ça et je sens qu'à l'époque c'était déjà un peu le sujet
mais
quand on vit ce type de vie et ce type de métier quel impact est-ce que ça a quand même sur notre quotidien en tant que journaliste
pour que ça n'en ait pas je n'en parle pas pour que ça en ait moins je n'en parle pas mais parce que comment dire moi j'ai très à coeur comme plein d'autres gens au journal de défendre le journal dans l'espace public donc on va dans les espaces médiatiques pour défendre notre travail mais c'est pas c'est pas un plaisir égotique c'est pas un plaisir d'orgueil ça flatte pas ça du tout chez moi pourquoi je dis ça parce qu'en fait je ne suis pas le sujet
je
ne suis pas le sujet oui je me montre avec d'autres au sein de la rédaction parce que désormais dans notre espace public ça fait partie du métier de journaliste que de défendre le journalisme donc on n'est pas simplement là sur notre chaise derrière notre écran dans notre journal on a publié débrouillez-vous avec ça nous depuis le début on s'est dit voilà Edou Plenel il appelait ça la morale du boxeur c'est à dire on donne des coups avec nos infos on en prend on répond mais il faut qu'il
y ait
des règles du jeu voilà il faut qu
'il
y
ait
des règles du jeu là on est très au-delà des règles du jeu mais c'est pas pour montrer notre trombine ou qu'on nous reconnaisse dans la rue c'est vraiment pas ça le propos c'est de défendre ce qu'on pense vraiment important dans notre métier alors après quand on dit ça je sais oh là là Mediapart il s'offre la démocratie ou je sais pas quoi pas du tout mais juste on croit on aime vraiment ce métier vraiment et donc bien sûr que ça peut avoir des conséquences mais commencer à en parler c'est alimenter ce qu'on ne veut pas donc je suis très précautionneux par rapport à ça
merci
beaucoup merci
à toi on
a essayé d'aborder un maximum de choses une interview peut-être quelques minutes plus courte que celle qu'on avait fait sur l'affaire Sarkozy-Kaddafi pour l'instant mais bon il y
a
quand même beaucoup de choses à voir et je pense que c'est un un bon cas on va dire pour essayer de cette enquête là pour essayer de comprendre le fonctionnement d'une enquête comme celle-ci
oui et puis Sarkozy-Kaddafi d'abord c'était 15 ans d'enquête et là l'affaire Bardella
n
'est pas terminée c
'est ce que tu dis donc on verra
on verra on verra on verra les journalistes sont interdits de futur nous on passe du temps à essayer de savoir ce qui s'est passé avant et donc on verra on
suivra on suivra tout ça merci en tout cas
merci à toi
merci beaucoup