Intervention de Stéphane Ravier sur l'insécurité au Conseil municipal de Marseille (15/12/2014)
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Chapitres
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« Vous demandez donc au contribuable marseillais de mettre la main à la poche et d'en sortir près de 100 000 euros »
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« De l'État sarkoziste, tout d'abord, qui a supprimé des dizaines de milliers de postes dans la police et la gendarmerie en cinq ans »
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« et à la sortie, une augmentation de 45% des agressions sur les personnes physiques »
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« Depuis le début de l'année, ce sont 51 policiers qui ont mis fin à leur jour »
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« Marseille a fait la une et le sujet va peut-être surprendre M. Ravier, c'est sur la baisse historique de l'insécurité à Marseille »
Temps de parole
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Chers collègues, le rapport que vous nous soumettez est tout à fait emblématique de l'approche qui est la vôtre, du traitement du problème gravissime de l'insécurité, encore que le terme approche soit ici antinomique, tellement votre éloignement de la réalité est patent. Et quand je dis votre, il ne s'agit pas de la seule démarche municipale, mais également celle du gouvernement. Vous demandez donc au contribuable marseillais de mettre la main à la poche et d'en sortir près de 100 000 euros afin d'expérimenter, avouez-vous, un dispositif qui consiste à installer 11 points d'appel d'urgence dans des sites déjà couverts par la vidéoprotection.
En gros, lorsqu'une marseillaise ou un marseillais sera agressé ou lorsqu'un touriste recevra des plombs dans l'œil, il devra garder son sang-froid et son sens de l'orientation pour se précipiter vers le bouton salvateur qui, une fois actionné, entraînera ou entraînerait l'intervention rapide d'une patrouille de police qui, bien sûr, n'existe pas. Ce dispositif n'est pas sans rappeler la mesure phare annoncée dans la mission sécurité du projet de loi de finances défendue il y a quelques jours par le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve et qui lui a valu les ouras de quelques sénateurs qui vivent manifestement sur Saturne.
Une mesure qui s'illustre par la dotation aux forces de l'ordre de tablettes numériques pour mieux communiquer entre elles. Espérons simplement que le réseau passera dans les parkings souterrains, les tunnels, les massifs montagneux ou encore en rase campagne. Face aux crapules qui ont le doigt sur la détente ou la gâchette, les policiers auront le doigt sur la tablette et les honnêtes citoyens auront le loisir d'avoir le doigt sur le bouton à 10 000 euros pièce. On pourrait en rire si la situation n'était pas aussi grave. Le chauffeur de quart de Mazargues, ce n'est pas un bouton qui aurait pu lui sauver la vie. Tout comme l'avocate sauvagement assassinée dans son cabinet.
Ou comme le jeune étudiant poignardé au pied des escaliers de la gare Saint-Charles l'été dernier. Combien de Marseillaises et de Marseillais agressés, poignardés car le coup de couteau étant devenu le tarif minimum pour toute agression désormais dans cette ville. Combien de cambriolages et de braquages de commerçants dans l'indifférence politico-médiatique et pire, dans l'autosatisfaction des autorités brandissant des statistiques bidonnées ne reflétant en rien la réalité de nos quartiers, à l'exception sans doute du carré d'or réservé aux touristes. Alors, devant ce déni, face à cet aveuglement volontaire, je souhaite en appeler, comme vous le savez sans doute, M.
le maire, aux habitants des 13e et 14e arrondissements touchés de plein fouet par ce fléau de l'insécurité. Je sais pertinemment qu'un maire de secteur n'a pas le pouvoir juridique d'organiser un référendum. Seule l'Assemblée délibérante en vertu de la loi constitutionnelle du 28 mars 2003 et dans son article 72-1 y est habilité. Seul notre conseil, donc réuni ici, peut décider d'une telle consultation. Alors, M. le maire, j'en appelle à vous.
Vous qui, en vertu notamment de l'article 2212-2 du Code général des collectivités territoriales, possédez une large compétence puisque, et je me permets de vous le rappeler, vous êtes chargé d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publique, ainsi que la liberté de la voie publique. Nos quartiers, M. le maire, ne peuvent plus, n'en peuvent plus d'être abandonnés par la force publique, par la seule volonté des pouvoirs publics, alors que la situation a dépassé depuis longtemps les limites du supportable. Je vous rappelle également, M.
le maire, le principe devenu constitutionnel qui précise que, pour l'entretien de la force publique et pour les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable. Elle doit être également répartie entre tous les citoyens et en raison de leur faculté. Et c'est précisément là que le bas blesse. Les citoyens marseillais ne sont pas traités de façon égale devant l'insécurité. Les habitants des 13e et 14e arrondissements, qui paient des impôts, n'en reçoivent pas le retour en matière de sécurité de leurs personnes et de leurs biens. Cette situation est avant tout le fait de l'État. J'en conviens.
De l'État sarkoziste, tout d'abord, qui a supprimé des dizaines de milliers de postes dans la police et la gendarmerie en cinq ans, et à la sortie, une augmentation de 45% des agressions sur les personnes physiques. Le gouvernement Valls, lui aussi, est dans la communication. Et quoi que les statisticiens du ministère de l'Intérieur osent affirmer, l'insécurité dans nos quartiers est omniprésente et oppressante. J'en appelle à votre sagesse, M. le maire. Avec tout le respect que je vous dois, nous ne sommes plus en 1965, ni même en 1995, mais bientôt, en 2015, la délinquance a changé.
Elle est de plus en plus jeune, hyper-violente, décomplexée et arrogante, persuadée de pouvoir agir en toute impunité, et les faits tendent à lui donner raison. De plus, les signaux envoyés par la classe politique locale ne sont pas du meilleur exemple. Après le miracle, non pas de Noël, mais de Jean Noël, on constate, médusé, une députée qui continue de parader et de voter la loi, alors qu'elle devrait être déjà embastillée, ou du moins porter un bracelet, et pas celui de Christian Dior, mais de Christiane Taubira. Celui-là, au moins, on ne lui volera pas. Les moyens matériels et humains dont dispose la police nationale sont dérisoires. Le soutien moral, inexistant.
Le résultat, mes chers collègues, fait froid dans le dos, d'autant qu'il s'exprime dans un silence assourdissant. Depuis le début de l'année, ce sont 51 policiers qui ont mis fin à leur jour, soit le chiffre le plus élevé depuis l'année 2000. Puisque l'État nous laisse tomber, puisque l'État ne nous entend pas, utilisons nos moyens locaux, utilisons nos moyens municipaux pour venir en aide à nos compatriotes. Mettez, M. le maire, les policiers municipaux à la disposition de tous les Marseillais. La situation l'impose, la loi vous le permet.
Une police municipale qui sécurise les noyaux villageois, les établissements scolaires, les commerces de proximité, véritables acteurs au quotidien de la vie sociale et qui est une police qui rassure devant les halls d'immeubles dans nos cités. Et ce, encore une fois, sur l'ensemble de la ville et plus seulement entre le Mucem, le Palais-Lonchamps et Notre-Dame-de-la-Garde. Une police municipale qui soulage la police nationale sans la remplacer, bien sûr, dans ses missions les plus périlleuses. Il ne s'agit pas là, M. le maire, soyez-en convaincus d'une posture politicienne, mais d'un appel à l'aide que je vous lance au nom de vos administrés.
Si toutefois, vous ne répondiez pas à cet appel à ce SOS qui s'inscrit, encore une fois, dans une volonté de répondre à l'intérêt général, je me verrai contraint de consulter par les voies légales les habitants des 13e et 14e arrondissements, le peuple, le peuple étant le seul souverain de notre pays. A partir de là, il vous appartiendra, M. le maire, de l'écouter enfin ou de continuer à l'ignorer. Notre groupe appuiera sur le bouton contre pour ce rapport.
M. Barry, sur ce sujet, alors allez-y. On a bien compris que l'insécurité, c'est le fonds de commerce du Front National et de M. Ravier. Moi, je soupçonne même M. Ravier de se réjouir à chaque fois qu'un Marseillais est attaqué ou agressé. Il n'y a que ça pour eux. On n'entend pas le Front National sur les politiques publiques, sur les écoles, sur les crèches, sur le sport. On les entend uniquement quand il y a des problèmes d'insécurité. M. le maire, justement, sur ce sujet, pour revenir au sujet sérieux, vous avez souvent dénoncé le Marseille-bashing qui a été fait ces derniers mois et ces dernières années au niveau des médias et notamment au niveau des médias nationaux.
On a parlé ces derniers temps de Marseille que pour des règlements de comptes, que pour les piscines fermées, que pour la désorganisation des rythmes scolaires sur le PPP coûteux du stade Vélodrome. Eh bien, très récemment, M. le maire, Marseille a fait la une et le sujet va peut-être surprendre M. Ravier, c'est sur la baisse historique de l'insécurité à Marseille. Oui, depuis 20 ans, depuis 20 ans, M. le maire, il y a les...
Stéphane Ravier