Anne le Hénanff - Cybercriminalité : "Les candidats aux élections municipales sont des cibles."
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Bonjour Madame la Ministre. Bonjour Madame. Merci d'avoir accepté notre invitation.
Alors que le plan France Très Haut Débit arrive à échéance et que la fermeture du réseau cuivre a commencé dans certaines communes, quel bilan faites-vous du déploiement de la fibre à ce jour ? Est-ce qu'il reste des irritants ? Alors, les irritants, je vais commencer par les irritants.
Ce sont les derniers qui ne sont pas déployés en fait. Et ce sont des habitants la plupart du temps dans des villages éloignés et c'est vrai que ça reste vraiment à la marge. Ce qu'a fait la France sur le déploiement avec France Très Haut Débit, c'est juste exceptionnel.
Donc, il commence un petit peu à bouger. Hier, j'étais à Berlin en Allemagne. J'échange avec d'autres homologues européens.
Parce que l'ambition qu'a portée la France sur le déploiement de la fibre est exceptionnelle puisqu'on est aujourd'hui à 95% de déploiement, ce qui est exceptionnel. On a beaucoup investi. Oui, ça a fonctionné aussi parce que c'est toujours la même chose.
C'est que c'est une équipe. C'est une équipe. Ce sont d'abord les maires.
Ce sont les intercommunalités, les départements, les régions, donc les élus locaux. Ensuite, ce sont les opérateurs privés. Le déploiement qui a été fait en fonction des différents contextes, qu'on soit en zone amie, qu'on soit en zone rurale, qu'on soit sur un déploiement privé, tout le monde est allé dans le même sens.
Donc, collectivité locale, opérateurs privés et État, bien sûr, qui donne la feuille de route, qui impulse et qui donne un objectif que nous avons atteint. Et on peut en être fiers. Donc, il y a toujours à la marge, vous avez raison, des irritants, mais comme ça a été pour le déploiement de l'électricité, de la même manière à une époque.
C'est qu'il y a les habitants qui sont un peu plus éloignés des centres. Ça demande plus d'investissement, plus de temps. Mais tous les Français auront la fibre d'ici 2030.
Oui, il y a la question des raccordements complexes aussi, mais le gouvernement a apporté une réponse en octobre. Tout à fait, vous faites bien de le noter. De la même manière, ce n'est pas parce qu'on est éloigné.
On l'a vu, ce sont des irritants, on n'a pas la fibre. Mais de la même manière, dans certaines villes, moi je suis de Vannes, à Vannes, il y a certains raccordements qui ne sont pas possibles parce que la fibre portée par l'opérateur s'arrête à un endroit et que de cet endroit jusqu'à la maison individuelle, là il y a une sorte de zone grise et on ne sait pas qui doit le déployer. Donc l'État est au rendez-vous, 1200 euros d'aide pour permettre à ces maisons d'être raccordées et en fonction du niveau de revenu du ménage, en fonction de la difficulté, par un chèque allant de 400 euros jusqu'à 1200 euros, il y aura un accompagnement financier.
Et ça, on peut s'en réjouir parce que ce n'est pas envisageable pour moi que des Français restent à côté de la fibre et que de toute façon, le déploiement et la suppression du cuivre vont de pair. Il faut que le décommissionnement se traduise par de la fibre immédiatement. Sur un autre sujet, maintenant, on sait qu'une cyberattaque à l'encontre du mairie en contexte électoral peut contribuer à désorganiser profondément la tenue des scrutins dans le contexte des élections municipales qui viennent de mars prochain.
Les élus devront-ils être d'autant plus attentifs aux menaces cyber ? C'est essentiel. Ce que vous abordez comme sujet, je dis que c'est essentiel.
Et là, je m'adresse aux maires et aux candidats pour les municipales en 2026. Il ne faut absolument pas imaginer qu'ils ne sont pas concernés par des attaques ciblées dans le cadre des campagnes municipales. Vous parlez du ciblage de la mairie, mais je veux vous dire aussi, vous les candidats aux municipales, que vous êtes potentiellement et humainement, individuellement, des cibles.
On est face aujourd'hui à des ingérences étrangères qu'on a identifiées, qui commencent à être très courantes et régulières. Les municipales vont être une opportunité fabuleuse pour certains États malveillants vis-à-vis de notre pays, de déstabiliser notre pays. Et le meilleur moyen de déstabiliser la France, d'atteindre à son autonomie, d'atteindre à sa sécurité, c'est de déstabiliser ce qui compte le plus pour ce pays, c'est finalement les acteurs locaux dispersés partout dans les territoires.
Et en 2026, on a une échéance, les élections municipales. Et les maires et les villes seront des cibles. Je veux le dire, il se peut que vous serez des cibles.
Et notamment ceux qui incarnent les valeurs de la République, c'est-à-dire les candidats qui sont modérés, républicains, qui défendent la laïcité, qui défendent l'égalité entre les femmes et les hommes. Bref, tous ces maires qui défendent des valeurs humanistes seront des cibles. Je le dis, ce n'est pas une option, c'est ce qui va se produire.
Donc je vous le dis, et nous les accompagnerons, d'ailleurs avec l'AMF, je vais en parler tout à l'heure. Je voudrais qu'on puisse ensemble travailler à des moyens, finalement des bons réflexes, et une sorte d'hygiène et de protection numérique des candidats. Dernière question, le projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité, qui vise notamment à transposer la directive NIS2, sera discuté à l'Assemblée nationale en janvier prochain.
Est-ce que vous pouvez nous expliquer en quoi ce texte est important pour les collectivités ? C'est sans doute le texte que je connais le plus, sur le bout des doigts. C'est qu'en tant que députée, j'étais rapporteure du titre 2, c'est-à-dire NIS2, c'est-à-dire celui qui concerne les collectivités locales.
NIS2, c'est une transposition en France d'une directive européenne qui a pour objectif d'amener les 15 000 entités en France à un niveau minimum de cybersécurité. Nous avons souhaité, avec l'ANSI, également embarquer avec nous, si je peux m'exprimer ainsi, des collectivités locales. Le constat quand même est assez négatif.
C'est que malgré tous les colloques qui ont été effectués sur le sujet de la cybersécurité, l'AMF, toutes les associations d'élus qui oeuvrent pour sensibiliser, on ne peut pas se satisfaire du niveau de cyber-résilience des collectivités territoriales. Donc nous avons estimé qu'il était important que 2 000 d'entre elles, ce sont principalement les grosses collectivités, donc régions qui ont déjà un très bon niveau de cybersécurité, heureusement, les départements et les intercommunalités, puissent être également concernées par ce texte NIS2 qui va leur imposer d'être à un niveau minimum de cybersécurité. Elles auront 3 ans pour se mettre en conformité et bien sûr l'État les accompagnera.
Dans la loi Résilience, qui devrait arriver normalement en janvier au plus tard à l'Assemblée nationale, on a tout un panel d'actions, des financements pour accompagner les petites, des contacts vers des organismes pour les aider, des contacts également vers des opérateurs privés, parce que c'est important qu'aussi la loi Résilience va permettre à des acteurs locaux en cybersécurité de faire ce qu'ils ont à faire. Voilà, donc on y arrive. Le plus tôt sera le mieux, parce que l'Europe nous scrute en disant les Français vous mettez un petit peu de temps quand même à transposer, mais on y arrive.
On n'a jamais été aussi près de l'étude de la loi Résilience à l'Assemblée nationale. Et moi je m'en réjouis. Et je serai au banc à ce moment-là, bien entendu.
Merci beaucoup. Merci à vous. Merci.
Anne Le Hénanff