Élections législatives en Israël : "On est dans une impasse totale", estime le spécialiste du Proche-Orient David Khalfa
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Questions et réponses
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- 2:31OuverteRéponse directe
Comment expliquer le retournement des résultats pendant la nuit ?
- 2:35OuverteRéponse partielle
Est-ce l'appel de Netanyahou à voter qui a mobilisé son électorat ?
- 4:22OuverteRéponse directe
David Kalfa, votre lecture des résultats ?
- 7:28OuverteRéponse directe
L'opposition a-t-elle perdu en misant sur l'anti-Netanyahou ?
- 10:10RelanceRéponse partielle
Le rapport de force entre les deux blocs est-il clair ?
- 12:48OuverteRéponse directe
La participation élevée montre-t-elle une prise de conscience du peuple israélien ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:28InvitéFait
« le parti Likoud de Benyamin Netanyahou obtient pour le moment le plus de voix mais ne dispose pas d'une majorité selon les dernières projections. »
- 0:34InvitéChiffre
« la coalition du premier ministre sortant arrive en tête pour y disposer de 56 sièges à la Knesset. »
- 4:40Invité politiqueFait
« On est dans une impasse totale. »
- 5:58Invité politiqueChiffre
« Il avait obtenu une majorité de 64 sièges en 2022. »
- 6:05Invité politiqueChiffre
« On est ce matin à 55-56. »
- 9:17Invité politiqueFait
« le Likoud, en tout cas ses résultats, sont sous-estimés par les sondeurs. »
- 14:52Invité politiqueFait
« Les promesses électorales n'engagent que ceux qui y croient. »
- 17:46Invité politiqueFait
« je pense qu'il va exercer des pressions très très fortes sur les éléments les plus droitiers de l'opposition pour que certains le rejoignent. »
- 18:14Invité politiqueFait
« Les rumeurs se font de plus en plus insistantes ces derniers jours, ces dernières heures. »
- 18:35Invité politiqueFait
« À ce stade, ça ne me paraît pas l'hypothèse la plus probable, mais c'est quelque chose qui est discuté. »
- 20:06Invité politiqueFait
« d'ici Noël, non, parce que cette hypothèse d'un retour aux urnes est tout à fait crédible. »
Temps de parole
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- Invité 27 %
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France Inter, la grande matinale, Marie Mollet, Nicolas Teilhard.
C
'était donc les premières élections en Israël depuis les attaques terroristes du 7 octobre 2023. Élections décrites comme les plus importantes de l'histoire du pays et dont les résultats s'avèrent encore ce matin particulièrement indécis.
Le
parti Likoud de Benyamin Netanyahou obtient pour le moment le plus de voix mais ne dispose pas d'une majorité selon les dernières projections. La coalition du premier ministre sortant arrive en tête pour y disposer de 56 sièges à la Knesset. Sept de plus que la coalition d'opposition menée par Gadi Eisenkot alors que les deux hommes se disent prêts à gouverner. On retient aussi la percée des partis arabes israéliens, l'une des sensations de ce scrutin. Quel gouvernement peut sortir des urnes ? Peut-il même y avoir un gouvernement dans les prochains jours ?
On va poser ces questions à nos deux invités ce matin dans le grand entretien pour décrypter, analyser ces résultats et répondre à vos questions au standard de France Inter. Bonjour David Kalfa. Bonjour. Co-directeur de l'Observatoire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient de la Fondation Jean Jaurès. Vous avez aussi participé à l'ouvrage collectif Israël-Palestine année zéro. Le 7 octobre 2023, une onde de choc mondial. Un livre paru en 2024 aux éditions Le Bord de l'eau. Merci d'être avec nous en studio.
Et
puis en duplex de Jérusalem, l'historienne Frédéric Chilot. Bonjour. Bonjour. Spécialiste d'Israël, des relations internationales. Votre livre Souté Pierre Jérusalem, co-écrit avec Marius Châtener, préfacé par Vincent Lemire et lui, paru l'an dernier. Cheplon, commençons avec vous Frédéric Chilot, dans un pays qui a voté, comme rarement, participation très élevée
et
résultat serré, qu'on a suivi, découvert tout au long de la nuit. Elle a été longue, j'imagine, car les chiffres de ce matin diffèrent des premières estimations sorties des urnes hier soir.
Exactement. On a l'impression en Israël de vivre un jour sans fin. Cela fait 30 ans, très exactement depuis les élections de 1996, que les Israéliens répètent qu'ils se couchent avec Shimon Peres et ils se réveillent avec Netanyahou. Ce matin, le plus grand journal quotidien d'Israël, Yediat Arachonot, titre, Eisenkot se rend chez le président, comme s'il était le grand gagnant. Or, entre-temps, depuis hier soir, les résultats ont changé et apparemment, Eisenkot n'a pas gagné, mais Netanyahou non plus. Les résultats sont extrêmement serrés.
Comment on explique justement ce retournement pendant la nuit ? Est-ce que c'est parce que Benjamin Netanyahou a appelé ses électeurs à aller aux urnes, y compris hier soir, avant la fermeture des bureaux de vote ? Il avait même demandé à ce que la fermeture des bureaux d'hôtes soit décalée. Est-ce que c'est cet appel de Benjamin Netanyahou qui a finalement mobilisé son électorat ?
Alors,
les derniers sondages dont on disposait dataient en fait de jeudi soir.
Et
entre-temps, la campagne a continué, ce qui est très inhabituel et inattendu, quand on le voit depuis la France, c'est que les candidats font campagne le jour même des élections. Ils appellent leurs électeurs à voter, ils font des vidéos de campagne, et Netanyahou a pour spécificité de faire une campagne qu'on appelle Gewalt. Ça vient du yiddish et ça veut dire l'alarme, sonner l'alarme. Et il appelait en effet ces électeurs à se ruer aux urnes pour contrer le vote de gauche et pour contrer le vote des Arabes. Il avait déjà dit au dernier scrutin, les Arabes se ruent en masse aux urnes. C'était un slogan très raciste.
Et
bien cette fois, les Arabes vraiment ont fait le déplacement. On a une mobilisation historique du secteur arabe. Mais on a vu donc hier et jusqu'au dernier moment du scrutin que les électeurs Likoud se sont réveillés et ils ont fait un vote utile. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, le Likoud est le premier parti. Enfin, il apparaît ce matin dans les statistiques que le Likoud est le premier parti. Mais il a totalement cannibalisé ses alliés traditionnels que sont les ultra-orthodoxes. Et il a absolument réduit les voix de l'extrême droite, Benkvirs, Mautrich. Donc il n'a pas non plus de réserve de voix. Mais il apparaît, il s'est renforcé.
David Kalfa, votre lecture des résultats. Ezenkot n'a pas gagné mais Netanyahou n'a pas perdu, loin de là.
Oui, oui,
c'est ça. On est dans une impasse totale.
Alors,
ce qu'il faut noter ce matin, c'est qu'il faut être très très prudent. Parce que les rapports de forces électoraux peuvent encore évoluer. On
est
à un peu plus de 50% des bulletins dépouillés seulement. On est dans des projections pour le moment.
Donc on a une variable d'à peu près une quinzaine de sièges qui peuvent aller d'un côté ou de l'autre. Je crois qu'on ne sera pas sortis de cette impasse dans les prochaines heures, prochains jours.
Pour
une raison assez simple, c'est qu'en réalité, quand on regarde les dynamiques préélectorales, on n'est pas très loin finalement de la photographie qui était celle de la plupart des sondeurs avant ce verdict justement électoral. Pour moi, si vous voulez, le premier renseignement de ces élections, c'est qu'en gros, vous avez une majorité aujourd'hui d'Israéliens, juifs et arabes compris qui sont opposés à ce que Netanyahou continue à diriger le pays. Ça, c'est assez net. Ce rapport de force, il peut évoluer, mais on est ce matin à 55-65 en faveur des oppositions. Il faut parler de l'opposition au pluriel.
Parce que vous avez l'opposition, disons, pour faire très très vite, juive, sioniste, centriste et de l'autre côté, le secteur arabe. Et puis, donc, ça c
'est
le premier renseignement. Le deuxième renseignement, c'est qu'en Israël, c'est une démocratie parlementaire. Il ne suffit pas d'arriver en tête, comme c
'est
le cas de Netanyahou. Il faut être capable de former une coalition. Or, c'est là que le bas blesse pour le premier ministre israélien, c'est qu'en réalité, il a perdu sa majorité. Il avait obtenu une majorité de 64 sièges en 2022. On est ce matin à 55-56. Ça peut encore un peu évoluer, mais je ne crois pas qu'il se rapprochera du score de 2022. Donc, ça veut dire qu'il
y a
une érosion électorale, il n
'y a
pas un effondrement. Il y a très clairement une érosion électorale. Et surtout, encore une fois, ce qu'il faut retenir, c'est qu'il perd ce matin sa majorité.
Et à la fois, le Likoud arrive en tête. Ce n'est pas ce que les sondages disaient il
y
a quelques jours. On a le sentiment ce matin, même si c'est encore très incertain, qu'il est insubmersible, Benyamin Netanyahou.
Oui, il a mille vies. C'est très impressionnant parce qu'il a subi quand même dans sa carrière politique trois défaites électorales majeures. Là, aujourd'hui, ce qu'on peut dire, c'est qu'il n'a pas gagné les élections, mais il ne les a pas perdus. Et en réalité, sa stratégie de campagne, depuis le départ, c'était d'empêcher l'opposition de former une coalition alternative. Et je pense que c'est ce qu'il essaiera de faire dans les prochains jours, prochaines semaines.
Ce qu'il faut quand même rappeler à nos auditeurs, que pendant le temps de ces tractations qui vont durer, parce qu'on parle d'un délai de 28 jours légal, peut-être plus une rallonge de 14 jours, il peut se passer énormément de choses en Israël.
Donc on peut aller au
maximum jusqu'à début décembre, mi-décembre ?
C'est ça, on peut aller jusqu'à début décembre, sachant que dans l'intervalle, comme vous le savez, le verdict des mid-terms sera déjà scellé, et qu'on parle d'une nouvelle offensive, une troisième guerre entre la coalition israélo-américaine et le régime iranien. Et ça, ça pourrait vraiment bouleverser la donne.
Frédéric Chilot, est-ce que l'enseignement de ce matin, c'est aussi le pari perdu du bloc d'opposition ? Et notamment de faire campagne sur l'anti-Netanyahou, c'était le principal argument. Est-ce que c'est un échec de cette stratégie ? C'est cela que le scrutin nous dit.
Alors
c'est vrai que le bloc anti-Netanyahou, en soi, est le plus important. C'est presque 70 sièges contre 50, mais en comptant les partis arabes, en effet. Et les Israéliens, dans leur projet de coalition, ne comptent pas les partis arabes, ou ne le comptent plus, du moins depuis le 7 octobre. Mais le problème du camp Heisenkot, oui, c'est d'abord Heisenkot lui-même a décidé de partir seul aux élections, de ne pas s'allier avec les autres partis, que sont le parti de Lieberman ou celui de Naftali Bennett, qui auraient pu, ensemble, apporter leur voix et apparaître ce matin comme le plus grand parti devant le Likoud. Et ça, en psychologie déjà politique, ça aurait fait un effet.
Mais le fait est que, oui, Heisenkot, en décidant de partir seul, et en échouant à rassembler davantage de voix que le Likoud, apparaît aujourd'hui comme un perdant. Il a quand même énormément engrangé de voix pendant cette campagne, et dans tous les sondages auprès du public juif israélien, lui-même battait à plate couture Netanyahou, puisqu'il apparaissait comme étant le plus à même d'incarner la fonction de Premier ministre. Donc, il y a une surprise ce matin en voyant le résultat du Likoud.
David Kalfa.
Et de Netanyahou. Oui, ce qu'il faut regarder aussi dans l'histoire politique israélienne, c'est que, souvent, le Likoud, en tout cas ses résultats, sont sous-estimés par les sondeurs. Et il y
a
un talent qui est incontestable de Netanyahou à électriser l'électorat israélien et sa stratégie, sa rhétorique apocalyptique.
Il faut
regarder un peu son compte pour en mesurer le côté spectaculaire. Par exemple, cette image de Tel Aviv éventrée par une frappe nucléaire iranienne. Cette stratégie-là, elle est parvenue à mobiliser une grande partie de son électorat. Maintenant, ce que je dirais quand même à la décharge de l'opposition, c'est que ce qu'il faut rappeler, c'est qu'Aisenkot, c'est un néophyte en politique. Ce n
'est
pas du tout un animal politique. Il n'a pas l'expérience tactique de... Ancien militaire. Ancien chef d'état-major. Il n'a pas du tout l'expérience tactique de Netanyahou, qui recule devant rien. Et malgré tout, il fait un score important avec une percée pour un parti qui n'existait pas il y a encore un an.
Vous citez, David Kalfa, le rapport de force entre les deux blocs en disant que les oppositions, au pluriel, ont un score supérieur. Sauf qu'il y a un si, et il est important, dans ces oppositions, il y a les partis arabes israéliens. Frédéric Chilot, expliquez-nous cette poussée assez historique et dites-nous s'il est possible pour l'opposition menée par Gadia Eisenkot de s'allier avec ces partis arabes
? Alors,
c'est quand même très impressionnant. C'est une percée historique du vote arabe. Et les arabes israéliens, vraiment, achèvent leur mue politique. On l'avait déjà vu au précédent scrutin. Mansour Abbas, avec son parti RAM, s'était imposé. Il s'était même joint à la coalition menée par Naftali Bennett en 2022. Aujourd'hui, les arabes, vraiment, il y
a
eu un réveil politique. Pourquoi ? Alors, en partie du fait de la guerre à Gaza, mais ça n'est vraiment pas le plus grand intérêt, la priorité. En réalité, les arabes israéliens sont allés voter pour des questions de politique intérieure. Ils se sentent israéliens. C'est un vote identitaire, mais qui marque vraiment l'intégration des arabes israéliens dans la politique israélienne. Ils veulent que leur voix compte. Ils veulent être reçus, quand ils seront reçus par le président, que leur revendication soit entendue. Et quels sont-elles ? Eh bien, les arabes israéliens sont intégrés en Israël. Il n'y
a
pas d'apartheid, comme on le dit. Il y a des juges israéliens, arabes israéliens. Il y a des docteurs, des pharmaciens arabes israéliens, des médecins, des professeurs, des nounous, beaucoup de nounous arabes israéliens. Et ils font partie intégrante de la société. Ils veulent que leur voix pèse. Et ils se sont mobilisés contre la politique du gouvernement netanien. Et notamment menée avec Ben Gvir, qui a totalement délaissé le secteur arabe israélien. On le voit notamment dans les grandes villes arabes du sud. Et le taux de criminalité a monté.
C
'est une criminalité intracommunautaire. Ils n'ont pas eu de secours. Ils n'ont pas eu de soutien du gouvernement. Et ce vote, ce réveil arabes israélien, c'est vraiment la marque
pour
montrer à quel point ils sont intégrés, qu'ils veulent poser dans le gouvernement, sur la prochaine coalition.
Et c'est un fait marquant de ce scrutin. L'autre,
c
'est la participation. Benjamin est au standard avec une question pour nos invités.
Oui, bonjour. Merci beaucoup. En effet, c'est un peu de participation extrêmement élevé. Est-ce que ça ne montre pas que, depuis trois ans, le peuple israélien, dans sa globalité, a eu une prise de conscience importante ? Et une prise de conscience, je me disais, en deux pôles, ou bien, est-ce vraiment opposé ?
Réponse de David Kalfa, en rappelant que d'immenses manifestations avaient lieu avant les attaques du 7 octobre 2023, qu'on était dans ce contexte politique-là.
C'est ça. En fait, ce qu'il faut dire ce matin, c'est qu'il y avait une très grande impatience du corps électoral israélien, parce que, pendant quatre ans, ils n'ont pas pu s'exprimer avec un gouvernement très impopulaire. Et donc, ils l'ont fait de manière très massive hier soir. Donc, ça, c'est une bonne nouvelle pour la démocratie israélienne, à ceci près qu'on constate quand même, malgré tout, une impasse et que, quand on regarde aujourd'hui le paysage politique israélien, il est plus fragmenté que jamais. Donc, il n
'y a
pas de majorité qui se dessine. Mais oui, il y
a
une mobilisation très importante parce que, d'abord, il
y a
le spectre du secte octobre qui a plané sur cette élection, très clairement, parce que vous avez des centaines de milliers d'Israéliens qui ont servi sous les drapeaux pendant des mois et des mois, parce que vous avez des familles aussi d'otages qui se sont mobilisées ces dernières années, ces derniers mois aussi, contre la coalition sortante. Et donc, vous avez une espèce de coagulation, de segments de la société israélienne qui ont été aux premières loges pendant ces quatre années écoulées et qui, aujourd'hui, essayent de traduire politiquement ces revendications. Le problème, encore une fois, c'est qu'il est très difficile, ce matin, de dégager une majorité claire.
On est très clairement dans une impasse.
On
se pose la question, justement, de quelle majorité, quelle alliance, et également de la poussée des partis arabes. Avant le scrutin, les leaders du bloc d'opposition avaient dit qu'ils ne souhaitaient pas s'allier avec les partis arabes, Gadi Heisenkot y compris. Est-ce qu'il peut changer d'avis au vu des résultats
?
Les promesses électorales n'engagent que ceux qui y croient. Donc, évidemment, ça risque de changer. Ce qu'il faut dire, deux petites choses, c'est que, d'abord, il y
a
une jurisprudence, celle de 2021, puisque, en fait, Bennett et Lapid, donc, deux des principaux dirigeants de l'opposition israélienne, avaient intégré dans leur coalition un parti arabe, et brisait un tabou historique. Ça,
c
'est le premier élément. Le deuxième, c'est qu'en réalité, les déclarations d'Eisenkot, s'agissant de coopération avec le secteur arabe, sont très ambiguës et que je ne serais pas du tout étonné qu'il commence une négociation, notamment avec le parti RAM. Le problème, c'est que même avec l'appui du parti RAM, il n'aura pas de majorité. L'hypothèse qui est sur la table ce matin, c'est un gouvernement minoritaire avec à sa tête Eisenkot, avec l'intégration d'une formation politique arabe, probablement le parti RAM, dans la coalition, et le soutien extérieur des deux autres partis arabes qui composent, justement, ce secteur arabe anti-Netanyahou.
Frédéric Chilot, le poids de la question palestinienne, le poids de la question de la colonisation, aussi, dans ces négociations ?
La
question palestinienne compte, évidemment. Le problème de la colonisation, également, d'autant plus que, depuis plusieurs mois, Israël vit un phénomène de terrorisme juif en Cisjordanie.
Et qu'elle a bondi depuis trois ans, cette colonisation.
Oui, oui. Mais sur la question palestinienne, les candidats de l'opposition se sont bien gardés d'en parler, de peur de s'aliéner, leurs électeurs, à l'exception de Yair Golan, le candidat de la gauche, qui, lui, est très clair sur la solution à deux États. Mais vous savez, pour parler, par exemple, du parti RAM, c'est très intéressant. Il était, en effet, déjà dans la coalition avec Bennett. Pourquoi ne pas le refaire aujourd'hui ? D'autant plus que le parti RAM a effectué une mue politique. Son chef, Mansour Abbas, est un islamique,
mais
un pragmatique. Et il a achevé sa mue en prenant en deuxième place sur sa liste un juif israélien qui n'est autre qu'un officier de police, Yoav Segalovitch, et en présentant RAM comme un nouveau parti qui s'embarquait, en tout cas, dans une nouvelle voie. Il veut vraiment faire entrer les Arabes israéliens dans le jeu démocratique. Et finalement, le parti RAM ressemble un peu au prou. C'est un peu le pendant arabe du parti Chasse, vous savez, qui est un parti ultra-orthodoxe, sectoriel, conservateur. RAM demande exactement les mêmes choses que le parti Chasse pour ses électeurs juifs ultra-orthodoxes.
Et à l'inverse, Benyamin Netanyahou serait ce matin autour de 55-56 sièges. Où peut-il aller chercher les sièges qui lui manquent pour constituer une majorité ? David Kalfa.
Je
pense qu'il va exercer des pressions très très fortes sur les éléments les plus droitiers de l'opposition pour que certains
le
rejoignent. C'est ça, c'est ce qu'il a fait d'ailleurs en 2022, c'est ce qui lui a permis de faire chuter la coalition de l'opposition incarnée par Lapid et Bennett.
En plaidant l'Union nationale, Israël en état de guerre.
Et oui, et moi, ce que j'entrevois comme scénario, c'est le lancement d'une nouvelle offensive israélo-américaine contre le régime iranien. Les rumeurs se font de plus en plus insistantes ces derniers jours, ces dernières heures.
Et
ça permettrait à Netanyahou de créer une espèce d'effet drapeau. Une opportunité. Oui, en tout cas, avec le levier que seraient les pressions exercées très fortes par le président Trump sur Eisenkot pour qu'il rejoigne un tel gouvernement. À ce stade, ça ne me paraît pas l'hypothèse la plus probable, mais c'est quelque chose qui est discuté. On sait que Netanyahou est un fin tacticien et qu'il reculera devant rien pour se maintenir au pouvoir.
Et
Trump a réagi ce matin. Mon soutien a beaucoup aidé Benjamin Netanyahou, a dit le président américain. J'ai une question d'Yves pour vous, Frédéric Chilot.
Qui
est devenue la gauche israélienne
? Eh
bien, la gauche israélienne s'est tout à fait renouvelée parce que Yair Golan incarnait quand même un espoir dans la gauche israélienne. Il a réussi à remonter dans les sondages. Je n
'ai
pas les tout derniers chiffres de ce matin, mais la figure de Yair Golan,
c
'est vraiment une gauche patriotique. Golan, c'est quelqu'un, c'est un ancien général, chef d'état-major adjoint de Tsaal, qui est un vrai héros patriote puisque le 7 octobre, il a chaussé ses rangers et il est allé dans le sud pour secourir les gens qui étaient, notamment des jeunes du festival Nova qui étaient sous le feu des terroristes du Hamas. Donc, c'est vraiment un sioniste, un patriote, mais quelqu'un profondément de gauche qui incarne les valeurs libérales et qui est le seul, en effet, à s'être positionné sur la solution à deux États.
David Kalfa, est-ce qu'on peut imaginer un retour aux urnes d'ici Noël si la future coalition se joue à quelques sièges et très fragile
? Alors,
d'ici Noël, non, parce que cette hypothèse d'un retour aux urnes est tout à fait crédible. Si cette hypothèse se concrétise, ça se déroulera autour du mois de mars 2027.
Il
faut rappeler, en fait, pour nos auditeurs qu'il y a eu quatre cycles électoraux successifs entre 2019 et 2021, justement parce que, en fait, le verdict électoral n'était pas clair du tout comme c'est encore une fois le cas ce matin. Et donc, à plusieurs reprises, les Israéliens sont allés revotés pour essayer de dégager une majorité claire. Et ça s'est conclu par, justement, ce gouvernement incarné par Bennett et par Lapid, donc l'opposition qui avait intégré, encore une fois, un parti arabe grâce auquel, justement, cette opposition avait obtenu une majorité.
Donc, on voit bien que la condition pour l'opposition, et je pense que ce sera le cas pour les années à venir, pour qu'elle puisse enfin revenir aux manettes en tout cas et s'inscrire dans la durée, c'est de s'affranchir du chantage moral qu'exercent la droite pro-Nétanéou et l'extrême droite israélienne et d'assumer une coopération avec le secteur arabe.
David Kalfa, merci infiniment d'avoir passé ce moment en studio avec nous sur France Inter, co-directeur de l'Observatoire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient de la Fondation Jean Jaurès. Merci à Frédéric Chilot qui était en duplex de Jérusalem. Vous, l'historienne, je rappelle vos livres Souté Pierre, Jérusalem pour Frédéric Chilot, Israël-Palestine, année zéro, le 7 octobre 2023, une onde de choc mondial pour David Kalfa.
On
reviendra sur l'évolution de ses résultats et l'avenir d'Israël avec Fabienne Synthès. Ce soir, l'émission Un jour dans le monde à partir de 18h.