Motion de censure : "Tout repose sur le vote" des députés LR, affirme Charles de Courson
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France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9-30. Et avec Léa Salamé, nous recevons aujourd'hui le député centriste de la Marne, membre à l'Assemblée Nationale du groupe Liotte, Liberté, Indépendant, Outre-mer et Territoire. Questions et réactions au 01-45-24-7000 et sur l'application de France Inter. Charles de Courson, bonjour. Bonjour. Et bienvenue sur Inter, votre groupe Liotte a donc déposé une motion de censure transpartisane qui sera débattue et mise au vote tout à l'heure. On a fait les comptes à ce stade, même si l'ensemble de votre groupe, l'ensemble de la NUP, du RN et des non-inscrits votent la motion, vous n'y êtes pas, vous seriez à 262 voix.
Il en manque donc environ 25 pour atteindre la majorité absolue qui est à 287 voix. Alors certains députés LR peuvent s'y associer, mais franchement, ce matin, 8h23, pensez-vous avoir une chance de faire adopter cette motion de censure ?
Tout repose sur le vote de mes amis républicains hostiles à ce texte. Je rappelle qu'ils étaient 25 à 26 à vouloir voter la motion de rejet que je portais jeudi dernier, et 3 à 4 abstentionnistes. Donc si tous ceux-là votent la motion de censure, elle peut passer. Donc tout est entre les mains de cette trentaine de députés républicains qui sont en fait hostiles à cette réforme, à juste raison.
Alors effectivement, on est à quelques voix près. Comme jeudi dernier, au moment du vote de la loi, ça se joue vraiment à moins de 10 voix près, puisque là, à cette heure, Éric Ciotti, le patron des LR, a dit qu'il ne faut pas voter cette motion de censure. Sauf qu'on apprend qu'Aurélien Pradié va la voter, finalement. Il vient de le décider, il vient de l'annoncer sur Europe 1. Et elle affirme que 15 députés LR pourraient voter cette motion de censure. S'ils sont 15 à voter la motion de censure, si je calcule bien, à mes des cours, ça ne passe pas pour vous.
Oui, c'est ce que je vous disais à l'instant. Il faut au moins 25, entre 25 et 30 députés républicains. C'est-à-dire tous ceux qui étaient hostiles à ce texte. Et qui ont fait que le président de la République a donné l'ordre de passer au 49-3. Ne se rendra pas compte des conséquences politiques graves d'un recours au 49-3. Mais vous y croyez ce matin ? Ah mais vous savez, dans la vie politique, il faut se battre jusqu'au bout. Et donc, c'est à eux de décider. Tous les autres ont une position qui est claire.
Mais vous leur dites, venez-les voter ? Ou vous avez des arguments à faire valoir ? Un message à leur faire passer ce matin ?
Eh bien, c'est la seule façon d'arrêter la crise sociale et la crise politique dans ce pays. Si on continue comme cela, plus personne ne maîtrisera quoi que ce soit. C'est ce que disent d'ailleurs tous les responsables syndicaux auxquels il faut rendre hommage. Puisqu'ils ont réussi à tenir jusqu'à présent. Mais ils nous disent tous, la radicalisation est en marche. D'ailleurs, vous le voyez dans les derniers sondages. Je lisais dans le journal du dimanche, les derniers sondages, le président de la République n'a plus que 28% de soutien. Enfin, c'est un niveau abyssal.
Vous y croyez ? Vous vous y avez cru au 49-3 ? Vous pensiez que...
Alors, une semaine avant, j'étais persuadé que la motion de rejet que je portais serait adoptée. Puisque mes amis républicains me disaient qu'il serait 25 voire 26 et 3 à 4 abstentions. Et donc, si vous faites le décompte, ça passait largement, d'autant plus qu'il y avait des craquements dans la majorité. Il y avait déjà deux membres de la minorité présidentielle qui avaient annoncé, donc mon vieil ami Favnek, qui avait annoncé qu'il voterait contre. et il y avait 4, 5 autres qui voulaient s'abstenir. Donc, ils étaient battus, mais très largement. Et donc, ce qui m'étonnait, c'est que M.
Véran, qui est quand même le porte-parole du gouvernement, affirmait, y compris la veille, qu'on n'aurait pas recours au 49-3. Et d'autres ministres le disaient. Et donc, voir qu'en quelques heures, le retournement...
Comment vous l'expliquez, vous qui êtes habitué à...
Je pense que nous avons un président joueur.
Oui.
C'est un joueur de poker.
Et alors ?
Et donc...
Jusqu'au bout, il a tenté de faire tapis ?
Absolument. Absolument. Et ça passe ou ça casse. Voilà. Et on passe au 49-3. Vous voyez ? Ils ont découvert que l'accord qu'ils avaient cru passer avec Éric Ciotti ne tenait pas. D'autant plus que le président Ciotti, en fait, s'est fait rouler dans la farine, pour être clair. C'est vrai sur le micro, le minimum contributif à 1,200 euros. C'est vrai aussi sur les carrières longues.
Vous ne pouvez pas dire qu'ils n'ont pas obtenu un certain nombre de choses. Ça a été... Chaque semaine, Elisabeth Borne achetait quelque chose
sur les carrières longues, sur les mères de famille, sur... Mais contrairement à ce que vous croyez, ils le reprenaient. Moi, j'ai participé aux 7h30 de commission mixte paritaire. Prenez le contrat senior, qui était une bonne idée. C'était une idée qu'on avait essayé de vendre à la première ministre, c'est-à-dire une dégressivité des cotisations sociales patronales pour les salariés âgés. Et donc, c'est devenu... Ils ont répondu que ça coûtait trop cher. Oui, et vous savez ce que c'est devenu ? C'est devenu, pour ménager les républicains, ça coûtait 800 millions, ce qu'avait décidé le Sénat. Eh bien, après commission mixte paritaire, on était à 100 millions.
On ne savait même plus 100 millions en 2030. Ça ne dit rien. Vous voyez ? Et tout était comme ça. Ils leur avaient vendu à Éric Ciotti les 1 200 euros de Mico. Ils avaient oublié de préciser que c'était uniquement pour ceux qui avaient une carrière complète. Or, les petites retraites, précisément, c'est des gens qui ont une carrière incomplète. Et donc, on est parti de 200 000 en séance. Monsieur Dussop nous a dit que c'était 200 000. Puis 40 000. Puis entre 10 000 et 20 000. Et tout est comme ça.
Ça, on l'a suivi. À ce micro, Charles de Courson, en quoi le 49.3 est-il un déni de démocratie ? C'est un outil constitutionnel utilisé 100 fois sous la Ve République.
Où est le déni ? Alors, effectivement, c'est la centième fois que ça a été utilisé. Dont le tiers, d'ailleurs, a été utilisé par Michel Rocard. Bien. C'est un déni de démocratie puisque le gouvernement ne voulait pas officiellement recourir au 49.3. Et ils sont passés outre. Ils l'ont fait sur ordre du président de la République. Bon. Et il y a une majorité à l'Assemblée nationale. L'Assemblée nationale représente le peuple français. Et il y avait une majorité de nos collègues qui était contre ce texte. Et donc, passés outre au 49.3. Parfois, on utilise le 49.3 pour abréger la discussion. Mais il y a une majorité, si vous voulez. Et ce n'est pas du tout le cas, en l'espèce. Vous voyez ?
Donc, toutes les procédures ont été utilisées depuis le début, y compris d'avoir recours à une loi de financement rectificatif de sécurité sociale pour contourner l'hostilité des représentants du peuple. C'est ça. Et d'ailleurs, si le président veut aller jusqu'au bout, eh bien, qu'on soumette un référendum. Tout le monde sait ce qu'il y aura ce référendum. Ça sera un raz-de-marée contre ce texte.
Emmanuel Macron a justifié son choix de passer par le 49.3 en invoquant des risques financiers trop grands. Vous entendez l'argument des risques financiers ?
Il est nul de non avenu. Premièrement,
pourquoi il est nul de non avenu ?
Je vais vous expliquer. Premièrement, c'est bizarre de sortir un argument. Au début, on nous a sorti deux arguments. Le premier, la justice. Il a explosé en vol. Le deuxième, c'était, il faut redresser les comptes de la branche retraite. Bon, qui était un argument tout à fait recevable, mais pas comme cela. Voilà. Et l'argument financier, s'il tenait, expliquez-moi pourquoi dans les marchés, il n'y a eu aucune évolution du taux d'intérêt. les taux d'intérêt remontent sur la dette de l'État partout dans le monde, parce que les banques centrales américaines puis la banque centrale européenne...
Donc vous n'y croyez pas cet argument ? Vous pensez qu'Emmanuel Macron, c'est quoi ?
On discute de quoi ? Si le texte était voté, l'ordre de grandeur, c'est un milliard supplémentaire par an. Mais que M. Le Maire, chargé des comptes publics, s'occupe des 155 milliards de déficits du budget de l'État. C'est là le cœur des déficits publics.
Ah bah M. Le Maire, il n'est pas tendre avec vous sur la motion de censure, sur votre motion de censure. Il a eu des mots durs hier dans le Parisien. Une formation centriste qui tend la main à la NUP et au RN pour faire tomber le gouvernement. Quelle hypocrisie ! Mathilde Panot, Marine Le Pen et Charles de Courson alliés pour faire tomber le gouvernement et constituer une majorité alternative. Quel attelage clownesque ! Sortons du cirque dans lequel est en train de tomber la vie politique française et retrouvons nos repères.
Oui, quand M. Le Maire utilise le thème clown, un clown c'est pour faire rire. Est-ce qu'il pense que tout ce qu'on fait c'est pour rire ? Il faut être sérieux et que M. Le Maire s'occupe des comptes publics avant de s'occuper d'une réforme des retraites qui est fondamentalement injuste et qu'on veut faire voter par un déni de démocratie.
Mais pardon, tout de même, vous qui avez toujours assumé votre combat contre l'extrême droite, voter une motion de censure avec le RN et les insoumis et l'extrême gauche, il y a quand même quelque chose de baroque, Charles de Courson ?
Ce n'est rien de baroque. Ils sont tous élus du peuple français. Que ça plaise ou que ça déplaise à Pierre, Paul ou Jacques. Et donc, ils sont libres de leur vote. Moi, je n'ai passé aucun accord particulier en la matière. S'ils adoptent la motion qui a été rédigée par le groupe Liotte, je m'en félicite parce que moi, je suis démocrate. Et démocrate, c'est respecter ceux qui ne pensent pas comme vous.
Charles de Courson, vous êtes élu sans discontinuer depuis 1993. Vous en êtes à votre septième mandat de député. Vous détenez le record de longévité à l'Assemblée nationale. Vous êtes libéral, attaché aux questions budgétaires, à l'équilibre des comptes publics. On l'entend encore. Vous avez fait la campagne présidentielle de Valérie Pécresse dont le programme promettait un report de l'âge légal à 65 ans. Comment le pape de l'orthodoxie budgétaire, comme vous appelle un de vos collègues député renaissance, est-il devenu le chef de file des opposants à la réforme ?
Mais je suis un opposant à ce type de réforme. Comment elle a été faite ? Moi, la réforme des retraites pour nous, un centriste, c'était de faire une politique pro-sénior. Nous avions proposé cinq grandes mesures à la première ministre. Aucune n'a été retenue. Enfin, c'était aussi travailler plus longtemps à Mélide Courson. Mais bien sûr. Vous étiez pour les 65 ans. Mais je suis pour l'incitation. Premièrement, j'ai soutenu Valérie Pécresse parce que c'était la moins éloignée de mes convictions. Premièrement, il n'y avait pas de candidat centriste.
Deuxième élément, ce que nous avons essayé d'expliquer à la première ministre, c'est que la réforme des retraites passait par une politique senior et des éléments d'incitation. On lui avait proposé cinq choses. La dégressivité des cotisations sociales patronales pour les seniors. On leur avait proposé d'augmenter la surcote. C'est-à-dire, vous savez, que quand vous faites une année supplémentaire, vous avez 5% de majoration de votre retraite, de passer à 7%. nous lui avions proposé une véritable politique de formation, de continuer à former des seniors. Enfin, comme ça, on lui avait proposé cinq mesures. Aucune n'a été retenue. Aucune.
On va passer au standard d'Inter. Nombreux auditeurs, à la fois sur l'application et donc au standard. Bonjour Henri. Oui, bonjour. Bienvenue. Bonjour M. Le Courchon.
Bonjour.
Oui. On vous écoute Henri, allez-y. Alors, ma question, ne serait-il pas tant en France d'avoir une réforme constitutionnelle d'importance, de supprimer le régime présidentiel actuel, de le remplacer par un régime parlementaire ? Aujourd'hui, 16 à 18% des inscrits gouvernent la France et chaque élection fait 80% au moins de mécontents. L'abstention n'est pas la cause de cette situation, c'est l'effet d'une constitution qui confine au népotisme. Prise majoritaire, scrutin du Sénat, etc.
Merci Henri pour cette question. Charles de Courchon
vous répond. Écoutez, vous savez ce que disait Churchill, c'est que le régime démocratique régime à l'exception de tous les autres. Bien. Et moi je partage. Moi je suis pour un régime parlementaire et je pense que la vraie réforme ce serait d'avoir une dose significative de proportionnelle et d'éviter que des courants tout à fait minoritaires comme vous le rappelez puissent gouverner le pays. Car il faut rappeler que les candidats de la minorité présidentielle aux institutions législatives de 2022 ils ont fait 25% des voix des 47% des Français qui sont venus voter. C'est-à-dire que 13% des Français inscrits ont voté pour eux. Donc on voit bien que c'est la crise démocratique.
Et ils n'ont eu que 46% des sièges. Ils sont minoritaires à l'Assemblée nationale.
Ils n'ont pas la majorité absolue mais ils sont majoritaires. Mais ils ne sont pas du tout majoritaires. Vous parlez de la minorité parlementaire. Aujourd'hui, quel est le premier groupe à l'Assemblée nationale ?
La minorité. Mais ce n'est pas parce que vous êtes le premier groupe que vous avez la majorité. Ils n'ont pas la majorité. Non, la majorité relative n'existe que quand vous avez d'autres groupes qui s'abstiennent ou qui de temps en temps votent pour tel ou tel texte. Donc il n'y a pas de majorité relative. Et quand on est dans cette situation-là, voilà, crisper le pays, voilà, faire un déni de démocratie à coup de 49-3, c'est aller au clash. Et d'ailleurs, c'est ce qu'on est en train de vivre dans notre pays.
La faute pour vous, uniquement Emmanuel Macron ?
Mais c'est lui qui a pris la décision. Tout le monde le sait. Même la malheureuse première ministre était contre. Parce qu'elle voyait bien ce que ça allait entraîner. On ne peut pas demander à la première ministre d'essayer de trouver des compromis, etc. Et après, lui dire on passe au 49-3.
Elle s'est dit choquée par ce qui s'est passé jeudi à l'Assemblée nationale.
Mais ça, c'est autre chose. C'est le comportement excessif de certains collègues.
Ça vous a choqué, vous ?
Ben, c'est pas mon style personnel. Oui, non, c'est pas votre style. Je suis plutôt respectueux des personnes. Et surtout de ceux qui ne pensent pas comme moi.
Sur l'application d'Inter, Francis vous demande pourquoi quand on est centriste vouloir accroître le niveau de confusion dans le pays. Sur le même thème, Raphaël vous dit la chose suivante alors que nous sommes au bord de la guerre avec la Russie que la situation politique internationale est plus que volatile. Est-ce le moment de provoquer une crise institutionnelle en France ? Charles de Courson. Il a tout à fait raison.
Mais qui est à l'origine de tout ça ? Il semble que ce soit vous à lire
les questions qui vous sont posées.
Pas du tout. Ils ont raison de poser la question. Mais tout cela, c'est la stratégie du président en la matière. Vouloir faire une réforme de retraite contre la totalité des syndicats. Ils n'ont aucun allié, nulle part. Ils n'ont pas d'allié politique. Ils ont cru qu'ils avaient fait une alliance temporaire avec les Républicains qui a volé en éclats. En fait, ça ne tient pas. Ils ont tout le monde contre eux, y compris dans le pays, si vous voulez. Et donc, quand on est respectueux, quand on est démocrate, même si on pense qu'on a raison, il faut tenir compte de ce qui se passe dans un pays. Sinon, vous n'êtes plus démocrate. Vous tombez dans l'autocratie.
Il n'est pas démocrate, Emmanuel Macron ? Vous écoutez en redout.
La démocratie, c'est le pouvoir du peuple. Il a été élu, non ? Il a été élu au second tour par une masse de gens qui ont voté pour lui parce qu'ils ne voulaient pas de l'autre candidate. Ce n'est pas plus compliqué que cela. Et je vous rappelle ce qu'il a dit le soir du deuxième tour. Vos votes m'obligent. Je fais partie de ceux qui au second tour ont voté pour Emmanuel Macron. Vous, ce matin,
à Médit Courceau, vous nous dites qu'il y a des risques autoritaires d'Emmanuel Macron ?
Mais qu'est-ce que c'est que le 49-3 ? C'est un déni de démocratie. C'est une procédure constitutionnelle. Mais ça peut être constitutionnel, mais constituer un déni de démocratie. Et il le fait au dernier moment alors que son gouvernement a affirmé qu'il n'y aurait pas de regros au 49-3 parce qu'il sait qu'il est minoritaire. C'est ça ce qui est choquant minoritaire dans les instances démocratiques qui s'appellent l'Assemblée nationale.
Au standard, Lionel nous attend. Bonjour, bienvenue Lionel.
Bonjour France Inter, bonjour M. Decourceau. Bonjour. J'ai une petite remarque et surtout une question. D'ailleurs, vous avez dit tout à l'heure, tout de suite, que vous avez voté M. Macron au deuxième tour. Je suis très respectueux. J'ai fait 55 ans au PS et j'ai jeté ma carte. Tout ça parce que le PS, excusez-moi, était associé avec l'AMU. D'accord.
D'accord. Alors la question maintenant, Lionel.
La question, elle est là. Est-ce que si le gouvernement saute aujourd'hui, c'est la porte ouverte au Front National, monsieur ? Mais ça, les 4 ans qui restent à venir, ils seront Premier Ministre et après, vous en reprendrez pour 5 ans. Ça fait 9 ans le Front National. réfléchissez à ça, monsieur.
Merci Lionel pour cette question. Charles de Cours, on vous répond.
Je vous réponds très simplement. Vous faites deux hypothèses. C'est que si la motion de censure est votée, ça fait tomber le gouvernement. Mais le président, il peut renommer un nouveau gouvernement. Il peut essayer d'élargir ce gouvernement. Enfin, il peut faire beaucoup de choses. Et la dissolution n'est pas du tout automatique. C'est pas parce qu'on vote une motion de censure qu'il y a dissolution. Voilà. Car tout le monde sait ce qui se passerait en cas de dissolution, y compris la minorité présidentielle, est persuadé. Ils sont 250. Ils ne reviendront pas à 150. Vous voyez ? Ça sera un raz-de-marée. Pour qui ?
Ça sera un raz-de-marée contre les représentants de la minorité présidentielle.
Vous voyez le Rassemblement national, vous ?
Ça dépend de la campagne. Et est-ce que les gens raisonnables, puisque je crois que, monsieur, vous êtes un homme raisonnable, puisque vous avez quitté l'EPS à cause de l'alliance NUPES, il peut y avoir peut-être un regroupement de tous les modérés de ce pays pour essayer d'éviter le déchirement du pays.
Si la motion de censure est rejetée cet après-midi à l'Assemblée nationale Charles de Courson, qu'est-ce qui va se passer ? C'est fini ? Le texte va s'adopter ? Vous vous y plierez ?
Ah non, non, non, non, non, non, non, non, non. Il y a le Conseil constitutionnel. Et il y aura plusieurs recours.
Et vous espérez quoi au Conseil constitutionnel ?
Ah ben, je pense que le Conseil constitutionnel aura à trancher deux questions fondamentales. La première, c'est est-ce que le recours à une loi de financement rectificatif de sécurité sociale pour faire une réforme des retraites 15 jours après avoir adopté la loi de finance, la loi de financement initiale, si je peux dire, est-ce que c'est pas un détournement complet de procédure ? Moi, c'est ma thèse. Mais c'est pas moi qui décide, c'est le Conseil constitutionnel. Après, vous avez des tas d'articles qui sont manifestement des cavaliers sociaux.
Donc vous irez sur le 47.1, sur tout ce qui a été utilisé ?
Non, ça c'est sur la procédure, mais sur le fond. Ça vous dirait ou non ? Prenez par exemple le fameux article 2 sur l'index senior, tout le monde sait qu'il va sauter. C'est d'ailleurs l'avis qu'on nous a dissimulé du Conseil d'État. Mais il n'y a pas besoin d'être un grand juriste pour ne pas le savoir. Mais les 64 ans ? Les 64 ans, c'est autre chose.
Vous pouvez les attaquer au Conseil constitutionnel ?
Attendez, vous savez, dans des recours au Conseil constitutionnel, on essaie de développer des arguments, d'ailleurs parfois contradictoires selon les recours, en soulevant les principes constitutionnels. Mais après, ça sera au Conseil constitutionnel. Je pense que le Conseil constitutionnel, ce texte, peut sortir complètement étrié par le recours constitutionnel.
Vous avez toujours été très dur avec le macronisme auquel vous reprochiez dans le monde des péchés, comme l'arrogance intellectuelle, le mépris pour les corps intermédiaires, les collectivités territoriales, l'absence de toute considération sociale, le gouvernement le plus techno et homogène socialement de la Ve République, la bourgeoisie a toujours vécu dans l'entre-soi, dites-vous, en parlant du macronisme, ce qui, pour un descendant d'aristocrate fortuné, peut faire sourire, non, Charles de Courson ? Pas du tout.
Alors, est-ce que vous voyez, moi j'ai été élevé par un père qui était un aristocrate et qui s'occupait de tout le monde. Il était maire de son village, il était conseiller général. Voilà. Et chez nous, tout le monde venait. Des plus modestes jusqu'aux plus huppés. Vous voyez ? Et moi, je n'ai pas vécu dans ce milieu hyper protégé de la grande bourgeoisie parisienne. Et mon père était fort riche, en plus. Ce qui lui donnait une vraie indépendance. Vous voyez ? Et là, donc ? Eh bien, je persiste à penser qu'on a besoin tant au gouvernement que dans les conseillers de gens divers, d'origines culturelles diverses. Vous voyez ? Et ne pas de se concentrer toujours sur le même petit milieu social.
Je pense que certains des comportements du président, l'illustre, est-ce que c'est digne d'un président de la République de dire les pauvres, ça nous coûte un fric de dingue ? Non, mais écoutez, franchement, est-ce que c'est digne d'un président de dire à un gamin qui lui demande je cherche du boulot, bon, t'as qu'à aller, traverse la rue et va de l'autre côté ? Vous voyez ? Ses comportements. Et d'ailleurs, ce qui m'a toujours frappé, si vous voulez, dans l'union publique et chez mes concitoyens, c'est que c'est pas de l'hostilité au président. C'est normal qu'on ne pouvait pas faire lui la imiter. Ça, c'est tout à fait normal. Mais c'est pas... C'est pire que ça, c'est de la haine.
Vous voyez ? On l'a vu lors des gilets jaunes. Moi, je suis allé sur les barrages. J'ai discuté, je connaissais beaucoup des gens qui manifestaient sur les barrages. Et tous me disaient, on le hait. Je dis, pourquoi vous le haïssez ? Et vous savez ce qu'ils me disaient tous ? Parce qu'ils nous méprisent.
Elisabeth Borne, peut-elle rester à Matignon ?
Ça, c'est une décision du président de la République.
Est-ce qu'elle est encore légitime après ce qui s'est passé ?
Ah, moi, je pense que ce gouvernement ne pourra plus gouverner. Ça, avec un blocage parlementaire puisqu'ils sont minoritaires et tous les problèmes qu'il y a dans le pays. Et puis, il n'y a pas que les problèmes internes à la France. Mais vous feriez quoi ?
Pardon, je vous écoute depuis tout à l'heure. Vous feriez quoi à sa place, Emmanuel Macron, si vous étiez à sa place ? Mais je ne suis pas Emmanuel Macron. Oui, mais là, pour sortir de la crise, pour reprendre la main, pour... Voyez bien qu'il y a un blocage,
il faut faire quoi ?
Parce que, pardon de vous dire s'il retire le texte, il ne peut pas non plus gouverner quand le quinquennat est terminé.
Non, mais de toute façon, de toute façon, il est minoritaire, très minoritaire. Ils ne peuvent plus gouverner. Donc, soit il renvoie au peuple et il dit que le peuple se prononce une nouvelle fois, c'est-à-dire la dissolution, c'est une solution parmi d'autres. Soit il change complètement. Mais je ne crois pas au changement du président Macron.
Donc, c'est fini, Luc. Pour vous, à vos yeux, quoi qu'il arrive, le quinquennat est terminé, on est en fin de règne, c'est ça ?
Oui, c'est une fin de règne, oui, oui. Mais le problème, c'est que la situation intérieure et la situation internationale se dégradent tous les jours. La situation militaire avec l'affaire ukrainienne, mais il n'y a pas que cela. Il y a aussi la situation économique qui se dégrade. Vous voyez, vous auditionniez tout à l'heure le gouverneur de la Banque de France qui l'interviewait.
C'est vous qui auditionnez. Moi, j'interviewais.
Non, oui, vous vous interviewez, mais l'audition, c'est la même chose. Ce n'est pas une commission d'enquête, oui. Non, mais l'audition, ça veut dire que... Oui, je l'écoute, oui. Voilà. Bon, je vous préviens. Il est sur le gris, là. Le chômage va remonter, il y a des problèmes financiers, enfin, il y a beaucoup de problèmes.
Vous n'êtes pas trop pessimiste,
Charles de Courson ? Écoutez, moi, je suis pessimiste par méthode, mais très optimiste sur le fond. Parce que je pense que le peuple français s'est toujours redressé. Mais parfois, il faut être au fond du trou pour qu'il se redresse.
On y est, au fond du trou ?
On creuse.
On peut continuer à descendre.
On creuse. On creuse, voilà. Mais parfois, on se demande si on ne creuse pas sous la piscine. Voilà.
Rendez-vous tout à l'heure à l'Assemblée nationale. Merci, Charles de Courson, d'avoir été au micro de France Inter aujourd'hui. Merci, Charles de Courson.