Une semaine après, à quand le Premier ministre ? - Olivier Faure est l'invité des 4V du 15 juillet 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. Bonjour Olivier Faure. Bonjour à vous. Et bienvenue dans Les 4V. Il y a tout juste une semaine, les législatives ne dégageaient aucune majorité claire, même relative. Le bloc de gauche est néanmoins arrivé en tête et revendique Matignon depuis. Mais depuis rien, pas un nom. Qu'est-ce qui se passe à gauche, Olivier Faure ?
Mais vous venez de le dire vous-même, ça fait juste une semaine. Rappelez-vous, quand le gouvernement Attal s'est mis en place, il a fallu cinq semaines. Vous avez des pays autour de nous, en Europe, qui ont mis pour réaliser leur coalition trois mois, six mois, même un an.
Donc c'est normal que ça prenne du temps.
Et donc quand il s'agit de choisir rien de moins qu'un premier ou une première ministre, ça prend du temps. Et quand on cherche le consensus, ça prend encore plus de temps. Il y a eu des candidatures qui ont été examinées les unes après les autres. Aucune jusqu'ici n'a fait consensus. Et c'est normal, c'est la règle du jeu. Et donc nous allons prendre le temps. Et n'ayez aucune inquiétude. Je comprends votre impatience, mais nous serons à la hauteur de ce moment.
Et celles des Français qui ne comprennent pas trop dans quelle situation on est en ce moment politiquement. Il y a eu un nom qui a été évoqué vendredi, Huguette Bellot, la patronne de la région, enfin de la Réunion. Les socialistes et certains écologistes y sont opposés. Du côté des insoumis, ça ne passe pas. On vous accuse, je cite, de tout bloquer, ce qui conforte le coup de force du président de la République qui refuse de reconnaître le résultat des élections.
Pourquoi ça a bloqué sur Huguette Bellot ? Mais d'abord, rien n'a été bloqué. On a simplement une discussion. Elle est normale. Il y a eu d'autres candidatures qui ont été proposées et qui ont été l'objet, en réalité, d'un refus de la part des insoumis. Et donc, ce n'est pas illogique qu'à chaque fois, on ait chacun son mot à dire et puis nous allons cheminer dans un esprit constructif. Et donc, moi, je crois que dans les prochains jours, nous aurons la capacité à trouver quelqu'un qui permette de mettre tout le monde d'accord et qui permette surtout d'engager le changement parce que la difficulté, elle est là.
Ce n'est pas simplement de faire un casting, c'est aussi d'avoir une équipe qui se forme et qui a envie de travailler ensemble et qui permet les grands changements auxquels les Français aspirent. Donc, honnêtement, ça fait une semaine. Le chaos dans lequel nous a installé le président suppose que nous cherchions aussi les meilleures réponses possibles. Soyons patients. Je comprends que ce soit, évidemment, pour vous, pour les Françaises et les Français, une attente qui est insupportable. Mais de toute façon, rien ne se fera avant le 18. Donc, il n'y a absolument aucun moyen. Le 18, c'est l'élection du président de l'Assemblée nationale.
Juste d'un mot sur Huguette Bellot encore. C'est un problème de fond, de son parcours qui a bloqué ou le fait qu'elle soit proposée par les insoumis, le Parti communiste ? On n'a pas compris quel était le blocage.
Non, il y avait des gens... Moi, cette candidature, elle me parle. Je suis moi-même un Français de s'en mêler. Je suis... J'ai fait mes premiers pas à l'île de la Réunion. Et donc, je connais Huguette Bellot depuis longtemps. Il y a beaucoup de choses qui plaidaient pour elle. Et puis, il y a d'autres éléments qui plaidaient moins pour elle. Et quels ? Il y avait des socialistes qui considéraient, et c'est bien normal, que le parti qui a gagné les élections européennes à gauche, c'est le Parti socialiste. Le parti qui est le plus en dynamique dans ses élections législatives, qui a augmenté son groupe de 110%, c'est le groupe socialiste.
Donc, c'est un Premier ministre socialiste qui doit la matignon.
Donc, il n'était pas illogique que cette revendication soit portée. Maintenant, il faut élargir. Il faut chercher à trouver la personnalité, peut-être issue de la société civile, qui permettra d'avancer ensemble et de le faire dans un bon esprit. Parce que la question qui nous est posée, c'est est-ce que nous allons réaliser ou pas ce programme extrêmement ambitieux ? Vous l'avez dit, il y a une majorité relative, mais elle n'est pas absolue. Ça va supposer des qualités personnelles... Non, il vous manque au moins une sorte de message.
Oui, ça va supposer des qualités personnelles et des qualités politiques qui permettent d'engager la discussion aussi avec un Parlement qui ne va pas être un Parlement uniquement bienveillant. Et donc, ce sera effectivement compliqué. Et donc, ça suppose que nous prenions le temps de savoir quelle est l'architecture de ce gouvernement, comment est-ce qu'il est composé et puis quelle est la personnalité qui l'incarne et qui permet d'entraîner l'ensemble.
Justement, nos confrères de l'Opinion ce matin et de Politico annoncent le nom de Martine Aubry que vous auriez proposé, que vous auriez tenté de contacter au Parti Socialiste ? C'est une hypothèse. C'est possible, Martine Aubry ?
Non, c'est un nom qui a été évoqué. D'ailleurs, ce n'est pas par nous qu'il a été évoqué. Et donc, Martine Aubry a été consultée. Elle ne souhaite pas reprendre du service à ce niveau-là. On peut la comprendre. Et donc, ce nom-là n'a pas été, en réalité, écarté, même si elle avait une parfaite légitimité. Et c'est une grande dame de la vie politique à laquelle je rends à nouveau hommage parce que ça a été de nombreuses années avec elle qui m'ont aussi permis d'être ce que je suis aujourd'hui. Le PS continue de soutenir votre candidature, Olivier Faure pour Matignon. Vous pensez pouvoir rassembler la gauche sur votre nom ? Mais ce n'est pas mon nom du tout.
En fait, la question, c'est qu'on a déjà, dans la semaine qui s'est écoulée, proposé d'autres socialistes. Et ce n'est pas une affaire personnelle. Joana Rolland, notamment la maire de Nantes ? Notamment, mais pas seulement. Et donc, il y a eu d'autres propositions qui ont été faites. Et jusqu'ici, puisque vous me posez la question et que vous me demandez quand les insoumis ont été interrogés, ils n'ont souhaité aucun socialiste. Donc, la question qui est posée, c'est de savoir comment est-ce qu'on trouve. Je comprends qu'il n'ait pas envie d'un socialiste. Je comprends aussi que l'autre n'ait pas envie d'un insoumis. Et donc, ça suppose... C'est un petit peu bloqué, tout ça ?
Non, ce n'est pas bloqué. Ça veut dire qu'il faut que personne n'ait le sentiment de se trahir et que nous ayons la possibilité de faire en sorte... Donc, il faut quelqu'un de l'extérieur. Peut-être quelqu'un de l'extérieur. Le Front populaire, ce n'est pas exclusivement un carteron de partis. C'est aussi des gens qui nous ont accompagnés, qui ont des économistes, des intellectuels, des syndicalistes.
Et donc, il y a là un vivier qui est gigantesque, avec des personnalités très fortes, qui peuvent permettre de nous emmener vers, tout simplement, la possibilité de gouverner et de trouver aussi, au fur et à mesure, au Parlement, les majorités d'idées qui seront nécessaires pour avancer, si nous ne voulons pas avancer, exclusivement comme le gouvernement précédent, par 49-3, par OUCAZ. Et donc, moi, je souhaite que nous puissions entrer dans ce dialogue. Et ça suppose avoir des gens qui sont capables d'avoir ce dialogue avec d'autres. Donc, il faut éviter toute forme de provocation et donc avancer maintenant et permettre de gagner ce pari,
qui est un pari attendu par les Françaises et les Français. La première étape importante qui va déjà donner une tendance, effectivement, c'est l'élection du président de l'Assemblée nationale jeudi prochain. Vous l'évoquiez. Est-ce que vous pensez pouvoir dégager, là aussi, un consensus sur une candidature de gauche ou alors soutenir Yael Brown-Pivet, la présidente sortante ?
Non, nous ne soutenirons pas Yael Brown-Pivet, la présidente sortante. Et je crois comprendre qu'elle est en train de nouer un accord avec le Rassemblement national, ce qui serait parfaitement inimaginable. Elle a démenti, effectivement, tout accord avec le RN. Écoutez, elle est en tout cas celle qui a dit qu'elle chercherait à avoir à nouveau des vice-présidents issus du Rassemblement national. Et on voit bien... C'est le premier groupe au Parlement. On voit bien qu'il y a, dans d'autres parlements en Europe, une extrême droite puissante qui n'a jamais obtenu de vice-président.
Comment voulez-vous expliquer dans un temps que vous êtes dans le barrage républicain, que vous considérez qu'il y a une formation politique qui s'est exclue d'elle-même de l'arc républicain, par ses candidats, par ses propos, par son programme ? Donc pour vous, il ne faudrait pas être vice-président et RN ? Vous l'avez bien compris. Et donc, avoir des gens qui, dans le même temps, disent « Ok, mais enfin, le barrage est terminé. Maintenant, on fait alliance avec eux pour pouvoir avoir une présidence. » Ça n'est pas acceptable.
Une autre hypothèse, c'est effectivement une autre coalition autour d'un bloc central avec des députés LR, des députés socialistes qui se mettraient ensemble. Est-ce que c'est complètement inimaginable pour vous, une telle coalition ? C'est pourtant ce qui se passe au Parlement européen depuis 30 ans ?
Il y a eu un vote des Françaises et des Français. Ils ont placé en tête le nouveau Front populaire. Et donc, dans un régime qui est un régime républicain, la règle, elle est simple. Le président de la République appelle le bloc qui est arrivé en tête. C'est une règle qui a été rappelée par d'autres personnes que moi. Je pense à Dominique de Villepin, qui est un grand républicain, et auquel personne ne peut reprocher d'être un gauchiste éhonté.
C'est seulement en cas d'échec qu'il faudra se tourner vers une autre solution ?
Absolument. Et donc, ça suppose d'abord de se tourner vers le Front populaire, et puis vers la gauche, et laisser la gauche gouverner. C'est ça qui devrait être le réflexe premier du président de la République. Qu'est-ce que nous avons fait, nous, pendant les deux années qui se sont écoulées ? Nous avons effectivement laissé le gouvernement gouverner. Nous n'avons jamais mêlé nos voix à celles de l'extrême droite. Et moi, ce que je demande ce matin, c'est que tout simplement l'expérience du Front populaire soit possible, rendue possible par la majorité s'entente, et qu'ils fassent le choix de ne jamais mêler leur voix à celles de l'extrême droite.
À cette condition-là, il y a une possibilité pour le nouveau Front populaire de gouverner, et de chercher aussi des compromis au Parlement.
Un mot très rapidement pour finir, vous pensez qu'on aura la fumée blanche pour quand ? Cette semaine, la semaine prochaine, après les jours ?
C'est pas cette semaine, parce que d'abord, l'état d'esprit est bon. Nous avons des gens qui cherchent ensemble à produire un résultat, et donc je pense que nous y pratiendrons, et je n'ai aucune inquiétude là-dessus. Reprise des négociations aujourd'hui ? Absolument.
Oui, très bien, et bien bon courage. Merci beaucoup Olivier Faure, belle journée, merci d'être venu dans Les 4V. C'était Les 4V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.
Olivier Faure