MJC, maisons de quartier : pourquoi les lieux associatifs disparaissent-ils ?
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Questions et réponses
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- 1:26OuverteRéponse directe
Que reste-t-il de l'éducation populaire et qu'est-ce qui disparaît avec ces lieux ?
- 1:54OuverteRéponse directe
MJC, Maisons de la Jeunesse, ce J lui donne la responsabilité des jeunes du coin ?
- 3:11OuverteRéponse directe
Vous pouvez nous la décrire en quelques mots ?
- 4:14OuverteRéponse directe
À quoi ressemblait la maison des rêves ?
- 6:07OuverteRéponse directe
Votre livre revient sur la longue histoire de la MJC du Briançonnet.
- 8:05OuverteRéponse directe
On n'est pas loin de 68, quand la MJC se crée, ceux qui voulaient organiser des grèves, des blocages, ou développer leurs idées, eux, ils vont à l'aumônerie ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:45Locuteur 1Fait
« MJC c'est Maisons de la Jeunesse et de la Culture, je le redis parce qu'il y a des fois des jeunes qui ne savent pas. »
- 2:15Locuteur 1Fait
« C'est être sa propre source de connaissances, c'est apprendre, enfin s'éduquer du peuple par le peuple. »
- 3:28Locuteur 1Fait
« Il faut imaginer, c'était une ancienne bâtisse pour les bureaux de la mine de charbon, parce qu'il y avait des mines de charbon paysannes dans le coin du Brillant-Saunet. »
- 5:32InvitéFait
« La municipalité payait le BAFA, donc la formation d'animateurs. »
- 7:15Locuteur 1Fait
« Elle est née du CNR, elle est née d'idées progressistes, communistes, de janser pendant la guerre, etc. »
- 22:34Locuteur 1Chiffre
« Il y a 400 MJC qui ont fermé, il y en avait 1400 il y a 10 ans. »
- 22:42Locuteur 1Chiffre
« Il reste 467 000 salariés de l'éducation populaire, 430 000 associations, 6 millions de bénévoles. »
- 28:18InvitéFait
« C'est aussi les normes qui arrivent, tout ce qui a été possible l'encadrement par quatre animateurs d'une centaine de gosses, évidemment ce n'est plus possible. »
- 31:01Locuteur 1Chiffre
« Il y a une subvention d'environ 200 000 euros annuels qui lui a été versée. »
- 34:20InvitéFait
« la mairie avait donné une subvention à cette association qui a été attaquée par le préfet »
- 37:25PrésentateurChiffre
« le secteur a perdu 12 300 emplois »
- 37:28PrésentateurChiffre
« 12 305 »
- 38:38InvitéChiffre
« ce chiffre de 12 500 »
- 38:40InvitéFait
« on est face paradoxalement à l'un des plus grands plans sociaux de ce secteur depuis des décennies »
- 39:56PrésentateurFait
« des bibliothèques de villages qui ferment »
Temps de parole
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- Présentateur27 %
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Le 2 janvier 2023 à 9h30 précise, j'ai vu les mains gantées d'un jeune agent municipal surgir d'un camion nacelle blanc tel un bouquet de fleurs en plastique et retirer mes initiales qui décoraient ma façade gris blouse. Ils m'ont dévissé le M, puis le J et le C dans de sinistres couinement de rouille pour les jeter au fond de la benne de la communauté de communes. Ainsi commence votre livre et se termine l'histoire de la MJC du brillant saunet. Bonjour François Beaune. Bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous dans les matins d'été. De la banalité du bien, c'est le titre de ce récit à la première personne.
C'est la MJC qui parle, publiée aux éditions Causes perdues avec les éditions Transhumance, si j'ai bien compris. Et ce livre raconte comment pendant 58 ans, la MJC du brillant saunet dans les Hautes-Alpes a permis à des générations d'enfants et de jeunes de grandir en dehors de l'école et de la famille. C'est aussi ce que raconte dans son livre notre invitée Nora Amadi qui arrive juste dans ce studio. Prenez le temps de vous installer, tout va bien. Bonjour Nora. Bonjour Julie. Toutes mes excuses.
Je vous en prie, la maison des rêves paru chez Flammarion doit son titre à cet endroit qui n'était pas une MJC à proprement parler, mais un accueil décloisonné dans la ville de Longjumeau, en région parisienne dans l'Essonne où vous avez grandi. Et cette maison-là aussi a fermé, en tout cas ça n'est plus le lieu que vous avez connu. Que reste-t-il de l'éducation populaire et qu'est-ce qui disparaît avec ces lieux ? Vous faites tous les deux porte-voix ce matin des enfants qui ont fréquenté ces boîtes à horizon, comme vous le dites Nora Amadi. François Bonne, il y a quoi derrière ces trois lettres MJC qui ont fini à la décharge de fond Christiane ?
Alors MJC c'est Maisons de la Jeunesse et de la Culture, je le redis parce qu'il y a des fois des jeunes qui ne savent pas, mais c'est à ne pas confondre il me semble avec Maisons de la Culture, le dispositif d'André Malraux à l'époque pour faire ruisseler de la grande culture parisienne sur la province. Donc c'est une quinzaine, une vingtaine de Maisons de la Culture qui ont été créées, mais les Maisons de la Jeunesse et de la Culture c'est exactement l'opposé. C'est être sa propre source de connaissances, c'est apprendre, enfin s'éduquer du peuple par le peuple.
C'est donc toute cette tradition de l'éducation populaire qu'on peut remonter à Condorcet en 1791 quand il fait son grand discours sur l'instruction populaire et l'instruction publique à l'époque. Et c'est ce mouvement qui va être porté par trois voies différentes, la Ligue de l'enseignement, les laïcs, les chrétiens avec les jocs, les jacques etc. Et évidemment le mouvement ouvrier quoi.
Donc MJC, Maisons de la Jeunesse, ce J lui donne la responsabilité des jeunes du coin, le C exige d'elle, écrivez-vous, de faire preuve d'imagination pour remplir le nouveau temps libre d'après la guerre en ce qui concerne la MJC du Brillant-Saunet. Vous pouvez nous la décrire en quelques mots, mille mètres carrés de salle polyvalente ?
Oui, il faut imaginer, c'était une ancienne bâtisse pour les bureaux de la mine de charbon, parce qu'il y avait des mines de charbon paysannes dans le coin du Brillant-Saunet. Qui a été adapté, comme ils ont pu, il y a eu des travaux ensuite, dans les années, fin des années 80, mais c'est, ouais, il faut imaginer beaucoup de lino, beaucoup de salles, pour pouvoir faire toutes les activités qu'on peut imaginer dans une maison de la jeunesse et de la culture, les loisirs, mais aussi l'université populaire, la géologie. Paradoxalement, c'est pas que pour les jeunes, une MJC, c'est aussi pour tout le peuple.
Et c'est un lieu où on invente, où on crée des projets, où on crée des associations, sur lesquelles on s'appuie.
Et avec des adultes aussi qui viennent participer à des ateliers, faire ensemble, pendant 57 ans, cette MJC du Brillant-Saunet a préparé les goûters des gamins à leur retour de balade dans les vallées de la Guizane. Et vous, Nora, Amadi, à quoi ressemblait la maison des rêves, entre les bâtiments B10 et B11 de la Révisance Larocade à Longjumeau ? Eh bien, c'était une cave.
C'est ce qu'on appelle un local commun de résidence, pour ceux qui ont un petit peu en tête la charte qui était dévolue aux bailleurs sociaux. Il y a encore quelques années, c'était une obligation pour les bailleurs de créer des locaux communs de résidence, puisque l'objectif était de créer les conditions du vivre ensemble, du faire ensemble. Il fallait qu'il y ait des lieux pour accueillir, justement, ce dont François Beaune parle, c'est-à-dire toutes ces activités qui permettent de tisser du lien social. Alors, aujourd'hui, cette demande n'existe plus, ce n'est plus un passage obligé pour les bailleurs. Quoi qu'il en soit, c'était donc une cave, entre le B10 et le B11, donc l'escalier.
On descendait quelques marches, et là, il y avait quoi ? Une trentaine de mètres carrés, deux pièces. Un sanitaire. Un sanitaire. Et puis, surtout, beaucoup d'imagination. Là aussi, du lino, quelques tables, quelques jeux, des grands tableaux, et surtout l'abnégation de quelques animateurs qui, au plus fort de l'activité, pouvaient gérer 100 gosses sur une journée. Des animateurs qui, pour beaucoup, en fait, venaient du quartier. C'était, à l'époque, quelque chose qu'on voit encore aujourd'hui dans quelques municipalités. La municipalité payait le BAFA, donc la formation d'animateurs.
Et contre le paiement, en fait, ces jeunes qui étaient pour beaucoup issus du quartier eux-mêmes devaient rendre, en fait, une quinzaine de jours à la ville. Et donc, voilà, moi, j'ai grandi à cet endroit-là. Et donc, on faisait du théâtre, de la danse. On faisait de l'aide aux devoirs. On faisait à peu près tout ce qui était possible de faire.
C'est à 20 mètres de chez vous. Vous y allez l'après-midi, vos heures d'après-école, vous y passez vos vacances. Pas d'inscription, pas de paperasse, pas de parents. La porte nous était ouverte. François Beaune, votre livre revient sur la longue histoire de la MJC du Briançonnet. C'est une histoire de près de 60 ans, donc. Et pas aussi marqué politiquement qu'on pourrait le croire. En tout cas, au début, l'éducation populaire, elle est née, certes, dans l'esprit du Front populaire en 1936. Mais à Briançon, c'est un maire de droite qui est en poste au moment où commence cette aventure en 1965. Et surtout, son premier directeur, il faut nous en parler un peu, Jean-Claude Corbière.
Ce n'est pas l'échevelet qu'on imagine qui pense que l'éducation populaire, c'est l'anarchie.
Non, ça, ce sera les années 70 et l'autogestion, etc. Oui, alors, la MJC raconte sa propre histoire à la première personne. Je pense que c'est le premier biopic jamais fait sur une MJC. Et elle, donc, elle va aller à la rencontre de tous les gens avec lesquels elle a collaboré, dont Jean-Claude Corbière, qui est... Mais ce n'est pas étonnant, mais c'est vrai que c'est paradoxal, la création des MJC. Elle est la volonté gaullienne, encore une fois, de planifier aussi la société française. Et en même temps, elle est née du CNR, elle est née d'idées progressistes, communistes, de janser pendant la guerre, etc. Et elle est récupérée, c'est une idée récupérée par le gaullisme social.
Mais parce que ça lui plaît aussi, parce que ça correspond à ce qui est Platon.
Et aussi parce qu'il y a besoin de discipliner la jeunesse, la jeunesse du lycée d'altitude de Briançon, qui se permet de faire un certain nombre de choses répréhensibles. Et donc, il va falloir trouver des lieux, et pas seulement à la cure, pour organiser la jeunesse. Et donc, il y a vraiment ce souci d'éduquer, qu'on va retrouver à la fois dans la gauche chrétienne, mais aussi chez les communistes, de s'occuper de nos enfants comme il faut.
Parce que vous ne dites pas seulement à la cure, parce que c'est paradoxal, les enfants ou les jeunes qui voulaient organiser... On n'est pas loin de 68, quand la MJC se crée, ceux qui voulaient organiser des grèves, des blocages, ou développer leurs idées, eux, ils vont à l'aumônerie, parce qu'à la MJC, c'est Jean-Claude. Lui, il est rasé de près, carré, mais il est juste. Il est juste, et on comptait sur lui. C'est ce que tout le monde vous dit, tous ceux qui l'ont connu.
Oui, bien sûr, et les gens ont beaucoup de nostalgie de Jean-Claude. aussi parce que c'était une sorte de maître. Ils avaient un rapport de maître-disciple avec Jean-Claude, qui leur apprenait les radio-amateurs, qui leur apprenait à faire de la voile sur le lac de Serpenson, qui leur apprenait à faire les planeurs, les modèles miniatures, le modélisme, etc. Il avait des savoir-faire qu'il apprenait aux jeunes. Ça, c'est le type d'éducation, disons, verticale. On n'apprend pas à partir de ce que les jeunes ont envie de faire, mais on donne un savoir. Et c'est très agréable, en fait, pour un jeune, parce que tu ne sais pas forcément ce que tu as envie de faire.
Et tu as quelqu'un qui a une vraie compétence et qui t'apprend. Et d'ailleurs, il y a pas mal des jeunes qui, ensuite, vont se servir de leurs compétences en radio-amateur pour devenir... Voilà, électromécanicien, etc. Ça va vraiment servir concrètement dans leur vie.
Et puis, c'est du donnant-donnant. Vous voulez une scène de théâtre ? OK, voilà des planches, des clous. Vous la montez vous-même. La MJC est un peu terne. Tout le monde sur place demain à 9h. On repeint les murs, etc. Fabriquer, faire ensemble. Nora Amadi, c'était aussi ce qui se passait à la Maison des Rêves, à Longjumeau.
Oui, c'était vraiment l'objet ultime. Et je pense que... Et en retrouvant, en fait, les animateurs de l'époque, etc., c'était un projet de territoire. C'était vraiment un projet de territoire. Il fallait faire ensemble. Et vous le disiez, Julie, tout à l'heure, il n'y avait pas d'inscription. Les parents n'avaient rien à voir là-dedans. Et on était quand même à une époque où le service public était véritablement, je dirais, au service du public. C'est-à-dire qu'on n'est pas à cet endroit où, aujourd'hui, ce qui est devenu... Enfin, ce que sont devenus la plupart des services jeunesse, notamment en petite enfance, où il faut s'inscrire, vous avez le quotient familial, etc.
À l'époque, en fait, il venait nous chercher dans la rue. Il venait nous chercher chez les parents, chez les grands-parents. Et l'objectif était, allez, hop, venez, on va faire des choses ensemble. Et s'il ne voyait pas, pendant quelques jours, il venait nous chercher. Il venait nous chercher. Et l'objectif était véritablement de nous occuper et d'être au service, en fait, des plus jeunes. On était quand même sur un quartier où quasi la moitié de l'effectif des 8000 habitants avaient moins de 25 ans. et il y avait quand même quelque chose d'une grande joie. Et quand j'ai lu attentivement l'histoire de cette MJC de Briançon...
Alors, je ne connais pas le Briançonais, mais en revanche, j'ai passé beaucoup, beaucoup d'années sur le lac de Serponçon. Merci aussi aux logiques de droit aux vacances des municipalités qui avaient, à l'époque, des villages vacances à Embrun, à Savine-le-Lac, etc. Dans le Jura aussi, à Lamoura ? Alors, Lamoura, c'était long jumeau. Mais en fait, à l'époque, Jeunevilliers, notamment, avait un village vacances à Savine-le-Lac. Et donc, j'y ai passé beaucoup, beaucoup, beaucoup de mes étés.
Ce qu'on raconte, c'est que, dans ton livre, on retrouve ça aussi. C'est le fait que les vacances pour tous, l'idée d'un tourisme social, s'est arrêtée. Bien sûr. Aujourd'hui, maintenant, là, j'en reviens, le brillant sonné, c'est devenu un lieu de jeu pour les classes moyennes aisées.
Oui, mais là, on est effectivement dans des logiques de consommation. Mais c'était vraiment dans la même idée, en fait, dans la même logique que le droit aux vacances, le droit à faire, le droit à expérimenter, le droit à pouvoir s'emparer, en fait, du terrain, du territoire, et se dire, ça va être, en fait, notre ère de jeu. Il y avait quand même quelque chose d'une grande promesse. Et tout ceci, en fait, avec vraiment pas d'argent. Et c'est ça qui est terrible, c'est de se dire que tout ceci, en fait, n'a absolument rien coûté.
Tout était lié à une envie des habitants, une envie des animateurs qui étaient là, un profond besoin aussi, peut-être, de ceux qui se sont engagés dans ces associations, de se dire qu'ils allaient donner, qu'ils allaient rendre, qu'ils allaient faire en sorte que ce village vertical, comme je l'appelle, ait véritablement, en fait, ben voilà, une base réelle. Et donc, tout est parti de là, d'une volonté de faire ensemble.
Ils vous font, ces animateurs, alors il y a Véro, il y a Gladys, vous les re-rencontrez, d'ailleurs, des années plus tard, mais ils vont faire leur devoir. De 16h30 à 18h, il y a toujours quelqu'un pour vous faire faire les devoirs, et vous vous y enguirlandaise quand vous ramenez une mauvaise note, mais vous imaginez aussi, on sent quand même des spectacles et des chorégraphies.
Vous vous rappelez la Corée ou pas ? Ah bah oui, je me rappelle la Corée, c'était n'importe quoi, mais en fait, on l'a inventée avec, voilà, c'était donc, enfin, pour les plus vieux qui ont la référence, on a dansé, en fait. Technotronique. Technotronique. Technotronique.
Je me rappelle bien aussi.
Donc, on est à la fin des années 80, début des années 90, et là, en fait, on fabrique, nous aussi, ce qui allait être nos costumes de scène. On est sur des planches, en fait, on récupère des palettes, et en fait, on crée une scène de théâtre, et ça se joue comme ça, au milieu des tours, et c'est comme ça que ça s'est passé pendant des étés entiers. C'était des étés entiers, c'était les vacances, c'était les week-ends. Il n'y a pas eu de moment, en fait, où on n'a pas été encadré. Et c'est ça qui était assez extraordinaire pour l'époque.
Mais tout était prétexte à la fête, par exemple. La fête est rigée comme projet de territoire, et François Beaune, à la MJC de Briançon, dans les années 80-90, les jeunes arrivaient le samedi soir avec leur disco mobile, platine, vinyle et CD, et même leur éclairage. On vous dit, c'est toujours la fête qui fait revenir les ados quand ils ont déserté.
Oui, et encore...
C'est comme ça qu'on va les chercher.
C'est ce qu'on retrouve très bien dans le livre de Nora Amadi. La dimension de la fête est essentielle. C'est comme ça, en fait, qu'on fait du commun. En fait, faire la fête, il faut entendre faire la fête. C'est-à-dire vraiment la créer, l'inventer, l'imaginer, faire les traiteaux, faire l'ensemble de tout ça.
Piquer le poulet et aller chercher le charbon. Oui, bien sûr.
Et c'est ça, c'est une vieille tradition révolutionnaire, la fête. C'est aussi, à l'époque de la Révolution, comment expliquer la Révolution au peuple en faisant des fêtes, en ritualisant, en donnant à voir qu'est-ce que c'était que la République. Et tout le XIXe siècle, faire la fête, ça signifie aussi se réorganiser, faire des banquets, reprendre le pouvoir, la place publique, etc. Et donc, cette tradition de fête, elle est essentielle. Et c'est d'ailleurs comme ça qu'elle est morte, la MJC, du Briant-Sonnais, quand elle a cessé de faire la fête.
Parce qu'elle savait la faire la fête, on décongelait des steaks hachés sur les radiateurs quand il y avait la nuit du cinéma de 18h à 6h du matin. Là, on est passé dans la période auto-gestionnaire post-68. Nuit du cinéma comique, nuit du cinéma africain, du western, nuit de la guerre, avec la projection de Johnny Sanvatan, guerre film antimilitariste de Dalton Trumbo, dans une ville de garnison, il fallait oser. Tout ça a été fait bénévolement. François Beaune, vous parlez beaucoup, beaucoup de ceux et celles qui ont fait cette MJC du Briant-Sonnais parce que, bien sûr, il y a tous ces jeunes qui doivent beaucoup à ces endroits, il y a tous ces adultes qui s'en sont occupés.
En 81, François Beaune, l'arrivée de la gauche en France, est-ce que l'élection de François Mitterrand change quelque chose à des effets concrets à la MJC de Briant-Sonnais ?
Alors, c'est paradoxal. Oui, évidemment, la MJC devient officiellement, elle fait partie de la majorité d'un coup, de l'autogestion des années 70, elle rentre dans... Et donc, de comment, un énarque qui s'est installé a même pris le pouvoir à Briançon...
Il est socialiste.
...en utilisant comme piédestal la MJC dont il a été le président à un moment et qu'il a aidé à mener son procès contre le maire qui voulait virer Richard Schaeff, l'ancien directeur. Parce que, toujours, on voit dans toute l'histoire de ces 58 années de 65 à 2023 quand la MJC du Briant-Sonnais est définitivement décédée, elle est tuée par le jeune maire arriviste de droite, etc. On en parlera tout à l'heure, mais il n'est pas là pour en parler. Oui. Elle est toujours un lieu de contre-pouvoir. Et c'est d'ailleurs tout l'intérêt d'avoir des associations. Ce sont des lieux de contre-pouvoir qui réclament.
C'est là où les citoyens peuvent s'exprimer et peuvent avoir du pouvoir et demander à leurs élus autre chose et répondre aux besoins du territoire car ils sont les experts du territoire.
Et néanmoins, ce n'est pas confortable non plus pour une MJC d'avoir pour maire, enfin d'avoir de cohabiter avec un maire qui en a été le directeur. Il y a une forme d'institutionnalité, enfin de volonté d'institutionnaliser cet endroit de liberté. Les années 90, la MJC change d'échelle. Comment ?
Eh bien, en s'appuyant justement sur les changements liés à le fait que le Parti Socialiste, que la mairie ait décidé de quand même de faire des ravalements, etc., d'aider au développement de la MJC dans les années 90, ça recrute, il y a des besoins et surtout, la MJC devient centre social. Donc là, elle change aussi de statut, elle a toutes les prérogatives du centre social, l'aide aux familles, le suivi social de la population, elle va recruter jusqu'à 17 salariés, donc ça va devenir une grosse machine, un million environ de budget et donc une de ces associations moyennes qui vont être les plus impactées dans les années de mine par les changements.
En 92, il y avait juste Luc le directeur, Magadil la chargée d'accueil et Odile la comptable. En 99, ils sont 19 à temps plein, plus les animateurs, plus les saisonniers. Les années 90, ce sont celles que vous avez connues, Nora Hamadi, alors pas dans les Hautes-Alpes mais dans le Jura à la Moura parce qu'il y avait ce centre de vacances dont vous parliez tout à l'heure. On vous emmenait voir ailleurs si la neige était froide. Oui,
et ça faisait partie effectivement de l'objectif, c'était d'ouvrir, quand je parle de fabrique à horizon, c'était clairement ça, c'est de faire en sorte qu'on sorte du béton, on sorte de cette logique d'enfermement, de nos assignations multiples. On est à 19 kilomètres de Paris quand on est à Longjumeau mais déjà à l'époque, il fallait une heure et quart, une heure vingt en transport en commun pour relier Paris.
Moi, à l'époque où j'étais à la fac à Nanterre, je faisais trois heures vingt de transport par jour et aujourd'hui, c'est encore pire mais on y reviendra sans doute, ce sont des assignations géographiques, économiques, éducatives et à l'époque, il y avait à minima cette envie de dire il suffira d'ouvrir les horizons, il suffira d'emmener voir justement ces gamins le lac de Serponçon, la neige dans le Jura, les emmener chasser le dahu à deux heures du matin en nous réveillant en pyjama pour que... Oui, oui, oui, mais du coup, on en a gardé des souvenirs extraordinaires. On était déjà aussi dans des logiques de fête. Il y avait une boum par semaine.
Il faut quand même se souvenir qu'à l'époque, les instits nous emmenaient trois semaines par an à la Moura et voilà. Et ils habitaient le quartier aussi. Et ils habitaient le quartier, ce qui change tout. Et donc, il y avait sans doute une volonté réelle de dire il suffira en fait de les déplacer pour qu'eux-mêmes se déplacent.
Et ouvrir les horizons, ce n'est pas seulement vous emmener quelque part, c'est vous faire écouter aussi de la musique que vous ne connaissez pas. C'est à la Maison des Rêves que vous allez découvrir pas seulement Technotronique, mais aussi Mozart, le Requiem. Le Requiem en ré mineur, la Crimosa de Mozart avec les petits chanteurs de Vienne, Nora Amadi, c'était ça votre rêve à vous dans votre Maison des Rêves, c'était devenir chanteuse d'opéra. En fait,
je le construis après. Je ne le sais pas moi ce que c'est qu'être une chanteuse d'opéra. Tout ce que je sais, c'est que je suis complètement fascinée par ses voix et que je me dis waouh, en fait, il est possible de chanter comme ça. Mais je ne sais pas ce que c'est moi l'opéra. Et ce qui est extraordinaire avec le Requiem, c'est qu'en fait, cette petite Madeleine de Proust ne me renvoie pas du tout à quelque chose de morbide, de funéraire. C'est-à-dire que nous, on a dansé et on a fait en fait une espèce de danse des anges avec un copain de l'époque qui devait avoir 8 ou 10 ans comme moi, à qui on a construit en fait une couche. Et donc, c'était un petit ange avec sa petite arbalète.
Donc, il n'y avait absolument rien pour nous de ce qu'on avait comme motif de ce qu'est le Requiem finalement. Et c'est ça aussi la découverte.
Vous apprenez l'opéra où vous l'écoutez à Briançon, on se forme aux échecs et il y a ce gamin qui arrive un jour fermé, les épaules rentrées, ses parents n'arrivaient pas à lui faire faire ses devoirs. Il a fini champion départemental d'échecs. Ses projets vous ont porté, ont porté les jeunes de long jumeau comme de Briançon mais ces lieux n'existent plus. Comment ont-ils fini par mourir et que reste-t-il quand il ferme on en parle après le journal. Vous restez avec nous. Nous sommes toujours avec nos invités Nora Amadi, journaliste, autrice de la Maison des Rêves parue chez Flammarion.
Laquelle Maison des Rêves était un local, un accueil décloisonné sur la dalle de la cité La Rocade à long jumeau en région parisienne. L'écrivain François Bonne vient de faire paraître la banalité du bien aux éditions Causes perdues en lien avec les éditions Transhumance pour en raconter une de Causes perdues la MJC de Briançon qui a fermé ses portes en 2023 après 60 ans d'activité ou presque. Alors l'histoire est complexe François Bonne et on a expliqué tout à l'heure combien la MJC avait été mise en valeur tenue par des gens de gauche comme de droite depuis sa création.
Là il se trouve que l'affaire se politise en 2020 quand un candidat au municipal accuse pendant la campagne la MJC d'être je cite un nid gauchiste ce candidat sera élu il n'est pas là pour raconter sa version mais au-delà du maire comment la MJC avait déjà été fragilisé avant qu'il n'arrive.
Je vais juste revenir sur l'idée qu'il n'y a plus de lieux comme ça c'est pas juste quand même je veux dire il y a 400 MJC qui ont fermé il y en avait 1400 il y a 10 ans il y en a 400 qui ont fermé qui ont été municipalisés mais il reste 467 000 salariés de l'éducation populaire 430 000 associations 6 millions de bénévoles c'est un monde énorme ce sont ceux que vous avez connus de lieux qui ont fermé l'éducation populaire c'est encore très vivace c'est encore très fort évidemment c'est un monde qui est aujourd'hui maltraité c'est un monde qui depuis 25 ans en particulier avec des nouvelles lois avec la difficulté d'avoir des subventions sur pluriannuel etc est en danger très clairement on espère qu'avec les élections présidentielles les choses pourront changer il y a des par exemple on ne va peut-être pas
s'embarquer sur la campagne ça me semble important je voulais savoir sur le temps long comment cet établissement avait été fragilisé
oui oui bien sûr mais donc il a été fragilisé d'abord par ce maire qui arrive en 2020 jeune maire de droite arriviste etc qui ne connaissait pas bien la ville mais qui prend les manettes et qui va municipaliser donc qui va transformer une association à un réseau de bénévoles c'est très compliqué à mettre en oeuvre un réseau de bénévoles et c'est très facile de le détruire et c'est ce qui s'est passé et donc on a passé d'une association qui pouvait prendre ses décisions de citoyens qui s'organisaient pour faire ce qui leur semblait utile sur le territoire à une maison municipale qui décide d'activité voilà c'est ce qui est l'inverse
on passe d'une association à un centre social qui dépend de la mairie qui doit exécuter ce que demande la municipalité
c'est à dire que oui il y a par exemple la MJC du Briand-Senay alors c'est à la fois locale et nationale en 2016 il y a François Hollande qui ne savait pas trop quoi faire par rapport aux attentats qui a décidé de remettre la frontière italo-française sur le Briand-Senay et donc il y a eu ce qu'on a suivi dans les médias l'arrivée de migrants qu'on dit aujourd'hui exilés et qui a posé des questions de qui a créé des problèmes des questions d'accueil etc et c'est justement cette MJC avec son savoir-faire avec sa capacité à s'organiser avec son raison de bénévoles qui a pris en charge l'accueil des réfugiés ce qui a créé des tensions dans la société aussi brillant-sonnèse et même au sein de l'équipe avec qui se disait est-ce qu'il ne faudrait pas s'occuper plus des jeunes brillants-sonnés pourquoi vous n'occupez que des migrants maintenant etc de fait le refuge solidaire qu'ils ont créé pour pallier à cette urgence que personne enfin il y avait le secours catholique il y avait Médecins du Monde etc qui ont oeuvré beaucoup mais ils ont été là ils ont pu grâce au fait qu'ils étaient associations s'ils avaient été par exemple maison municipale jamais ils auraient pu faire ce qu'ils ont fait dans l'accueil des migrants et c'est ce qui a été clivant à un moment donné aussi c'est une des raisons pour lesquelles Arnaud Murgia a pu faire fermer et c'était un peu dans son projet de campagne ce nid gauchiste cet endroit qui était un lieu pour lui surtout c'était ça qui était important de contre-pouvoir c'était un lieu qui lui posait problème par rapport lui à la manière verticale dont il imaginait gouverner cette ville
alors que la droite avait déjà été au pouvoir à Briançon y compris dans les années 90 et si tout n'était pas si simple le maire à l'époque ne rechignait pas à donner des sous pour réparer les bâtiments le premier adjoint qui était de tradition gaulliste voulait créer une université du temps libre il en parle aux équipes de la MJC l'équipe municipale assise beaucoup aux événements qu'elle organise donc il y avait quand même encore des liens des contacts donc cette MJC meurt presque progressivement à la fois de ces débats en interne que vous venez de citer à la fois parce que des subventions lui sont retirées l'intégralité de la subvention prévue promise n'est pas versée Nora Amadi comment vous avez vu la maison des rêves changer petit à petit quand jeune adulte vous retourniez régulièrement à long jumeau rendre visite à votre grand-mère c'était déjà plus cet accueil décloisonné que vous aviez connu
non dès le milieu dès le mi-temps des années 2000 en fait le fonctionnement commence à changer on n'est plus au service du public mais on est face à une organisation municipale qui met au centre sa propre organisation donc il faut on met en place finalement un centre aéré un centre de loisirs il faut s'inscrire il faut payer tout ceci est annexé sur le quotient familial et petit à petit en fait on ne répond plus à une demande des jeunes des gamins mais bien en fait à une organisation municipale qui veut organiser structurer et on est très très loin de l'accueil décloisonné et évidemment tout ceci ne s'y est plus aux familles on est face en plus à un quartier qui se paupérise avec des déterminants sociaux qui virent au violet écarlate et évidemment que en fait passer du système décloisonné gratuit à un système de centres de loisirs payants va faire en sorte que tout ceci périclite et puis et ça François Bonin en parle aussi très bien c'est aussi les normes qui arrivent tout ce qui a été possible l'encadrement par quatre animateurs d'une centaine de gosses évidemment ce n'est plus possible le local commun de résidence n'est pas accessible le PMR donc pour les personnes à mobilité réduite donc il est destiné à fermer et comme me dira un monsieur qui a été longtemps dans l'opposition oui mais bon après tout quand on a un système d'évacuation des eaux usées en fait qui ne fonctionne pas est-ce qu'on le ferme ?
Tout est une question de volonté politique et évidemment que cette logique de contre-pouvoir quand on est face à des structures et à des lieux qui permettent des formes d'auto-organisation d'une part et donc qui permettent à des individus de se structurer tout ceci devient forcément un espace de contre-pouvoir quand on est une municipalité moi par ailleurs à côté de ce travail qui a été fait sur Longjumeau j'ai toujours continué à faire des ateliers j'ai connu dans ma petite carrière associative deux fermetures de lieux comme celle-ci une à Nevers qui était un lieu comme la maison des rêves en fait et qui accueillait des gamins des quartiers populaires de Nevers mais aussi du centre-ville et dont on considérait en fait que l'atelier notamment que je menais sur les droits humains en fait était un peu trop politique entre autres choses donc il a été décidé mais véritablement de fermer le lieu ce lieu n'a jamais rouvert alors qu'il existait depuis des décennies et par ailleurs j'ai connu exactement la même chose un centre social à Créteil au coeur du quartier du Mont-Mély qui exactement de la même manière que cette MJC du Brianssonnet qui était à la fois MJC à la fois centre social il y avait un cinéma et la municipalité a décidé de le remunicipaliser parce que c'était un espace de contre-pouvoir et donc on a tout simplement tout bonnement pas versé les subventions donc la structure s'est retrouvée en liquidation judiciaire ce qui a permis en fait à la municipalité de le récupérer donc la question en fait est clairement quel espace est-il encore possible d'imaginer pour des contre-pouvoirs quand par ailleurs les associations aujourd'hui qui sont devenues des entités de l'économie sociale et solidaire deviennent en fait des formes de délégation de services publics et c'est ça le sujet
c'est un statut qui change François Beaune c'est le cas aussi à la MJC qui ne répond plus avant même sa fermeture qui ne répond plus déjà à enfin elle n'a pas à demander des subventions comme elle le faisait avant il y a eu pendant longtemps une subvention qui était quasiment garantie chaque année qui tombait là elle doit répondre à des appels à projet elle est financée par projet qu'est-ce que ça change pas que
puisqu'il y a une subvention d'environ 200 000 euros annuels qui lui a été versée mais justement ils ont enlevé une partie il y a aussi le préfet Philippe Cour qui n'a pas versé une subvention qui était liée à de l'accueil des migrants de la jungle de Calais qui s'avait pris en charge à la demande du maire c'était à l'époque et elle n'a pas été versée ça allait à l'encontre d'ailleurs de la justice il aurait dû en tant que préfet verser ça mais c'est ça qui les a mis en liquidation judiciaire
avant même
l'arrivée d'Arnaud Murgia en 2020 il y avait ça déjà et au fond il y a le rapport de confiance il me semble entre les politiques et le monde associatif qui s'est détérioré on ne fait plus confiance aux citoyens on ne lui dit pas tu sais tu es expert de ton territoire tu vas trouver les solutions qu'est-ce qui est d'utilité publique tu sais le faire on lui dit on ne te fait pas confiance chers citoyens on va te dire quoi faire on va faire de la délégation de services publics de l'appel à projets bien précis et ce qui va enlever tout plaisir aux gens participants au monde associatif
il y en a de moins en moins aujourd'hui qui veulent s'engager
en tant que membres d'une association on a envie de choisir les projets qu'on a envie de défendre pas de répondre à des appels à projets qui nous sont prémâchés
et en même temps on peut se dire Nora Amadi vu des municipalités qui ont peut-être elles aussi de moins en moins de moyens se dire tout cet argent public ne peut pas être confié à des associations elles peuvent être concurrentes de nos services municipaux on va leur demander mais c'est bien le problème
c'est qu'elles ne sont pas concurrentes des services municipaux et ça on l'a vu pendant le Covid c'est à dire que les services municipaux sont dans l'absolu pas forcément capables de faire de la petite dentelle comme ce que l'association locale est capable de faire moi ce que j'ai vu pendant le Covid ça a été par exemple notamment dans les quartiers populaires une capacité d'auto-organisation et de mise en oeuvre de pratiques qui sont liées aux solidarités locales qui préexistent et qui permettent parce que l'expertise de terrain l'expérience d'usage est telle qu'aucun service municipal quel que soit le CCAS le Centre Communal d'Action Sociale personne n'est capable d'avoir cet usage aussi précis et cette connaissance aussi précise de la population des difficultés etc.
et c'est bien ça le sujet c'est à dire que dans ce rapport de confiance qui est brisé preuve en est la mise en oeuvre de ce qu'on appelle aujourd'hui le contrat d'engagement républicain aujourd'hui chaque association en France qui bénéficie d'une subvention doit signer un contrat d'engagement républicain dans laquelle elle s'engage à adhérer en fait à des valeurs mais tout ceci est aussi lié au bon vouloir du préfet on se souvient notamment à Poitiers d'une association qui s'appelle Alternatiba qui par exemple mettait en oeuvre des ateliers de désobéissance civile face notamment à tout ce qui concerne les questions d'exil les questions d'écologie etc.
la mairie avait donné une subvention à cette association qui a été attaquée par le préfet donc on voit bien que tout ceci est quand même une mise en ordre
après mettre en avant la désobéissance civile dans une association c'est prendre un risque aussi de ce
mais c'est bien ça le sujet c'est que jusqu'où l'association est-il un espace du service public organisé ou est-ce un espace d'auto-organisation qui permet l'émancipation et c'est bien là l'enjeu c'est qu'on fait faire aux associations finalement ce qui est de l'ordre d'une action municipale ce qui est de l'ordre de l'action d'un service public service public qui a été abandonné et qu'on délègue aux associations parce qu'aujourd'hui le service public n'est plus capable de mener ce type d'action et c'est bien là qu'on est dans une forme de concurrence délétère entre ce que l'action municipale doit mener et ce que l'action associative doit mener l'action associative est aussi quelque chose qui doit venir du terrain dans une forme en fait de diagnostic qui est mené par les habitants et répondre à une demande des habitants l'action du service public n'est pas la même François Bonne
Il y a trois termes en fait il y a l'état le service public le marché et le monde associatif qui est un troisième terme Entre le public et le privé c'est ni le public ni le privé Aujourd'hui le public est au service du marché beaucoup plus qu'au service de ses citoyens si on avait un état des régions des départements des communautés de communes qui comprennent tout l'intérêt de faire confiance à leurs citoyens et ce sera l'enjeu aussi des élections présidentielles de 2027 on espère que les gens pourront voter dans le sens de ce monde associatif de l'économie sociale solidaire etc qu'on va pouvoir changer de paradigme et c'est ça tout l'enjeu c'est de comprendre que l'état doit se remettre au service de la société de ses citoyens et nous donner l'espace de nous exprimer et de construire avec lui ce commun désirable c'est pour ça que j'ai appelé ce livre de la banalité du bien ce qui est très difficile aujourd'hui c'est pas de trouver des maraudeurs pour aider les migrants à ne pas mourir en montagne ce qui est le cas il y a des morts aujourd'hui encore en montagne c'est pas compliqué de trouver des bénévoles dans les associations pour faire des festivals ce qui est difficile c'est de renouveler les conseils d'administration c'est de retrouver des gens qui à long terme s'impliquent sur le territoire travaillent ensemble pour des choses qui sont compliquées faire des réunions faire des papiers avec des compétences qui sont pas évidentes et c'est ça qu'on doit remettre en oeuvre
pour l'instant ça n'est pas le cas puisqu'en avril dernier ont été publiés les chiffres de l'emploi associatif en France des données de l'Observatoire national de l'économie sociale et solidaire c'est Mediapart qui se les a procurés en un an entre la fin 2024 et la fin 2025 le secteur a perdu 12 300 emplois 12 305 pour être précise que ce soit le secours catholique sans suppression de postes ou tant de beaucoup plus petites structures Nora Amadi qui sont comme digérées aussi par de beaucoup plus grosses qui ont les moyens de répondre
à tous ces appels à projets c'est bien le sujet c'est-à-dire qu'aujourd'hui ces logiques de mise en concurrence des associations entre elles font qu'on est face à des têtes de gondole des têtes de réseau comme on dit des grosses structures qui sont dans des logiques de rente qui ont aussi l'ingénierie nécessaire pour répondre à ces appels à projets et qui sont dans des logiques de délégation de services publics je me souviens d'un échange avec une grosse association qui gère des centres sociaux notamment à Paris et ailleurs qui me disait dans le cadre d'une table ronde justement autour des libertés associatives vous savez je ne vais pas pouvoir aller très très loin parce qu'on est dans le cadre d'un renouvellement avec la ville de X donc je ne suis pas en capacité en fait d'avoir une liberté totale de parole et on voit bien en fait l'écueil et aujourd'hui moi ce que je vois autour de moi notamment en quartier populaire notamment dans les zones rurales c'est l'asphyxie totale l'asphyxie totale de toutes les structures qui vont au devant des personnes les plus fragiles là cette année vous parliez donc de ce chiffre de 12 500 et ce n'est que le début on est face paradoxalement à l'un des plus grands plans sociaux de ce secteur depuis des décennies et tout ceci se fait à bas bruit parce que ce sont des structures de 2-3 salariés et on ne sait pas voir en fait comment ce lien qui se tisse sur les territoires est absolument central et ce n'est que le début et c'est ça qui est absolument terrible c'est que ce sont ces gens-là en fait qui viennent en aide potentiellement à ceux qui en ont le plus besoin et quand je parle d'assignation plurielle résidentielle économique en termes de mobilité etc.
ou éducative malheureusement ce sont ces gens qui comme moi ont bénéficié de ces structures et qui font qu'aujourd'hui je suis à ce micro qui n'auront plus la possibilité de cette mobilité sociale parce que tout ceci tout ce tissage-là
n'existe plus ces lieux qui ferment ce ne sont pas seulement des endroits où on ne se retrouve plus où l'on ne danse plus où l'on ne se fait plus sermonner parce qu'on a de mauvaises notes où on n'est plus protégés aussi c'est quelque chose que vous racontez pour l'on jumeau le trafic de drogue est également arrivé sans doute qu'il y avait des anges gardiens alors le trafic était moins important dans les années 90 mais qui était là pour vous en protéger à Briançon aussi le trafic est arrivé ce sont aussi des familles qui s'isolent qui renoncent à une activité sportive qui renoncent aux vacances pour les enfants des familles qui n'ont pas les moyens ce sont aussi des bibliothèques de villages qui ferment et pour conclure François Bonne que va devenir le bâtiment de la MJC du Briançonnet
ça continue à être la structure municipale je pense que pour justement le centre social
vous demandez un moment si ça ne va pas devenir une arène d'escape game ou quelque chose
comme ça moi la maison
des rêves a fermé elle a été murée et la chose la plus difficile c'est que même les gens des services sociaux de la mairie n'en connaissaient même pas l'existence tout ceci est effacé
merci beaucoup à tous les deux d'avoir été avec nous Nora Hamadi la maison des rêves votre livre a paru chez Gallimard François Bonne Flammarion je le sais en plus François Bonne de la banalité du bien cause perdue édition avec les éditions Transhumance votre livre va circuler dans toute la France il va faire l'objet de rencontres de débats y compris avec le monde associatif merci beaucoup d'avoir été avec nous pour en parler merci à tous les