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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 22 février 2023 26 min

Sécheresse, restrictions d'eau, stratégie d'adaptation au changement climatique... Ce qu'il faut retenir de l'interview de Christophe Béchu

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Christophe Béchut, voilà plus d'un mois qu'il n'a pas plu en France, alors il y a quelques gouttes là qui se sont tombées ces dernières 24 heures mais pas de pluie significative en tout cas depuis plus d'un mois, un record, est-ce que vous êtes inquiet, est-ce qu'on peut dire que la France est en état d'alerte ?

0:18
Christophe Béchu

La France est en état d'alerte et c'est la raison pour laquelle demain, un 23 février, j'aurai l'occasion de réunir, de présider le comité d'anticipation sécheresse et dès lundi, avec tous les préfets coordinateurs de bassins, de commencer à regarder territoire par territoire où nous en sommes. Ça c'est inédit, si tôt dans l'année ?

C'est inédit, plusieurs choses sont inédites, on est sur les bases de l'hiver le plus sec depuis 1959, les 31 jours sans pluie que vous évoquez font suite à une année dont tout le monde se souvient, 10 mois sur 12 de déficit pluviométrique avec un triste record au mois de juillet où on était à moins de 8 mm sur la totalité de l'été et une sécheresse qui a marqué les esprits, des nappes phréatiques aujourd'hui sur lesquelles on a environ 2 mois de retard en termes de remplissage et des territoires, à la minute où on se parle, Pyrénées-Orientales, Var, depuis hier, Bouches-du-Rhône, Isère, dans lesquelles il y a encore des restrictions ou des restrictions qui viennent d'être prises, comme dans un certain nombre de communes au cours de ces dernières heures et ce sera à nouveau le cas pour d'autres territoires, pour anticiper, pour éviter de se retrouver dans une situation catastrophique au mois de juillet.

1:26
Invité

Votre département va peut-être avoir des restrictions d'eau en plein hiver ?

1:30
Christophe Béchu

Je vous le confirme, dès lundi, le point qu'on fera avec les préfets, ce sera que chacun d'entre eux, à l'échelle du bassin sur lequel il est, fasse le point avec tous les préfets de département pour qu'on puisse prendre des mesures de restrictions qui soient soft, si j'ose dire, dès le mois de mars, pour éviter de se retrouver dans des situations catastrophiques d'arbitrage quand on approchera du mois de juin et du mois de juillet. Il y a de l'anticipation qu'on peut faire, il y a déjà des gestes qu'on est capable de poser.

1:54
Présentateur

Dès maintenant, vous appelez les habitants de ces territoires à faire attention à la maison, ceux qui nous écoutent, qu'est-ce qu'ils peuvent faire ?

2:00
Christophe Béchu

Dès maintenant, 87 communes du Var font l'objet de restrictions sur les possibilités d'arrosage, c'est-à-dire le type de choses qu'on entend plus tôt en plein été. Dès maintenant, la question du remplissage des piscines, même si ça peut sembler totalement hors de propos vu le contexte dans lequel nous sommes, est susceptible de faire l'objet de restrictions sur un certain nombre de territoires pour qu'on évite de se retrouver dans des situations qui sont complexes.

Donc, c'est l'enjeu de la réunion de demain, de ce comité d'anticipation sécheresse, c'est l'enjeu de la réunion de lundi avec l'ensemble des préfets, prendre des mesures en amont pour éviter de se retrouver au dernier moment avec toutes les conséquences qu'on a en termes d'arbitrage, agriculture, biodiversité et autres usages.

2:38
Invité

Des nappes qui ont déjà deux mois de retard en termes de remplissage, c'est rattrapable d'ici l'été ou c'est déjà trop tard ?

2:44
Christophe Béchu

C'est rattrapable, c'est rattrapable mais globalement...

2:47
Invité

Il faudrait qu'il pleuve un peu plus dans les prochains jours, on s'en remet à la météo.

2:50
Christophe Béchu

On a besoin d'un mois de mars qui soit particulièrement plus vieux et on sait que globalement, on a à peu près deux mois devant nous jusqu'au milieu fin du mois d'avril et que ce sont ces deux mois-là qui conditionneront le type d'été que nous aurons ensuite. Parce qu'à partir du mois d'avril, vous avez les bourgeons qui commencent à éclore, vous avez une partie de l'eau qui est absorbée par une autre chose et donc ça ne recharge plus les nappes. Donc c'est vraiment les deux mois qui viennent qui sont absolument cruciaux.

3:14
Présentateur

L'eau devenant une ressource rare, ça crée des tensions. À Mont-de-Marsan par exemple, des agriculteurs ont manifesté préventivement pour le maintien de leur quota de prélèvement d'eau. Est-ce qu'ils doivent être prioritaires ?

3:28
Christophe Béchu

Dans quelques jours, on va avoir l'occasion de présenter un grand plan eau, une cinquantaine de mesures. Parce qu'on voit bien que ce n'est pas satisfaisant seulement de se demander ce qu'on interdit et comment on regarde. Donc l'agriculture, il n'y a pas d'agriculture sans eau. Et les agriculteurs, ils ne réclament pas de l'eau pour eux, ils réclament de l'eau pour pouvoir produire mais donc indirectement pour nous nourrir. Et ce serait très hypocrite d'empêcher les agriculteurs de produire si c'est pour importer des produits qui viennent de loin et dans des pays qui eux aussi vont être confrontés à des manques d'eau.

Le réchauffement climatique, c'est entre 15 et 40% de réserves d'eau disponibles en moins pour la France. On actualise ces études mais c'est globalement ce qu'il faut être capable de retenir. Donc, il faut qu'on soit à la fois capable de baisser nos prélèvements et de trouver d'autres ressources. D'où ce qu'on rendra public dans quelques jours, le fait de pouvoir davantage utiliser les eaux usées. Ça n'est pas normal qu'on n'utilise que de l'eau potable pour aller arroser des espaces verts.

4:21
Invité

Qu'est-ce qui bloque aujourd'hui pour l'utilisation justement de cette eau retraité ou de ces eaux usées ?

4:25
Christophe Béchu

De la réglementation. Le fait qu'on s'est tellement habitué à ne pas avoir de problème d'eau potable qu'on met de l'eau potable partout. Qu'on interdit par exemple que de l'eau pluviale puisse alimenter des toilettes. Qu'on interdit que de l'eau usée puisse servir à aller arroser des espaces verts.

4:38
Présentateur

C'est interdit aujourd'hui. C'est obligatoire que l'eau de nos toilettes soit de l'eau potable.

4:41
Christophe Béchu

Ça c'est obligatoire et vous avez aujourd'hui, ce qui est plutôt, ça procède par interdiction, donc ça fait partie de ce qu'on est en train de bouger, c'est ce qui s'appelle les évolutions sur les eaux grises, mais pour aller plus vite et pour ne pas être trop technique, c'est un dossier qu'on a avec le ministère de la Santé parce que dans beaucoup de cas l'eau elle a évidemment des conséquences et l'eau potable en particulier. Et on a aujourd'hui en France, parce qu'on a eu une culture de l'abondance sur ce sujet, absolument pas pris les habitudes du pays du Sud. Il y a moins de 1% de nos eaux usées retraitées qui dans les faits sont réutilisées.

10 fois plus en Italie, 20 fois plus en Espagne, 100 fois plus en Israël, on voit les marges que ça représente. On a 20% de notre eau potable qui part dans des fuites et on n'a pas de plan contre les fuites qui soient faits avec des territoires qui sont parfois jusqu'à 70% de fuite. Et quand vous superposez la carte des communes qui ont beaucoup de fuite et des 700 communes qui ont manqué d'eau potable à un moment ou à un autre de l'année 2022, il y a beaucoup de coïncidences.

5:36
Invité

C'est-à-dire qu'il faut un plan eau que vous allez annoncer dans quelques jours qui correspondrait un peu soit au plan de rénovation thermique dans les bâtiments, soit au plan de sobriété pour les particuliers.

5:46
Christophe Béchu

Il y aura tout ça. Il y aura de la sobriété. Il y aura une éco-harde de l'eau. 149 litres d'eau par jour et par personne, c'est ce que nous consommons. Imaginez si on vous livrait le matin les 100 bouteilles correspondant à ce que vous allez consommer par personne et par jour. Je pense qu'on aurait une prise de conscience d'une autre nature que celle qui consiste juste à tourner le bouton de la douche ou du robinet dans les vies.

6:06
Invité

Vous dites, c'est comme le plan de sobriété, il y aura un peu de tout ça. C'est-à-dire qu'il y aura aussi, on est habitué cet hiver à l'application EcoWatt qui dit quand c'est vert, quand c'est rouge, s'il faut faire attention ou pas à son utilisation électrique. Il y aura la même chose pour l'eau. Il faut s'habituer à ce genre d'outils.

6:19
Christophe Béchu

On va responsabiliser effectivement les Français en leur donnant aussi à voir ce que sont les restrictions. Vous savez, l'été dernier, on a eu plus de 90 départements dans lesquels il y avait des restrictions. Mais ça fonctionne en fonction des cours d'eau. Et donc, il y a peut-être des gens qui, de bonne foi, ne savaient pas quelle était la réalité de la restriction à l'endroit où ils étaient. Donc, on a aussi à progresser dans l'information qu'on donne aux Français, à la fois sur la réalité de la consommation, sur les gestes pour être capables de diminuer, parce que je n'ai aucun doute que nos concitoyens, ils sont très sensibles au sujet.

Ils ont vécu un été qui a été traumatisant compte tenu de ce qu'on a pu voir. Et ils ne demandent qu'à regarder comment on peut préserver une partie de cette eau.

6:53
Présentateur

– Christophe Béchut, vous restez avec nous, ministre chargé de la transition écologique et des territoires invités du 8.30. On s'interrompt juste le temps du fil Info à 8h40 avec Marie Mahe.

7:02
Locuteur non identifié

– 65 euros par mois, c'est ce qu'il manque aux 9 millions de Français les plus précaires pour se nourrir correctement, constat fait par l'association Famille Rurale. Sur France Info, Nadia Ziane, directrice du département Consommation, appelle le ministre de la Santé à mettre en place une aide du même montant. Un deuxième homme qui accuse Pierre Palmat de détention d'images pédopornographiques entendues hier par les enquêteurs. Il affirme avoir des vidéos du comédien en train de consulter ces images, vidéos qui sont en cours d'exploitation. Le président américain veut rassurer les dirigeants de l'Europe centrale et de l'Est au lendemain d'un discours virulent de Vladimir Poutine.

Joe Biden rencontre aujourd'hui 9 chefs d'État d'Estonie, de Hongrie ou encore de la Pologne, les pays alliés de l'OTAN les plus proches géographiquement de la Russie. En huitième de finale de Ligue des champions, le Real Madrid s'impose largement 5 à 2 sur la pelouse de Liverpool. Naples a gagné 2-0 hier soir à Francfort à suivre. Aujourd'hui, Leipzig, Manchester City et Porto face à l'Inter Milan. France Info

8:04
Présentateur

Le 8.30 France Info, Néil à la trousse, Laurence Anéchal.

8:10
Invité

Toujours avec Christophe Béchut, ministre de la Transition écologique et des territoires, vous dites qu'il faut anticiper une trajectoire à 4 degrés de réchauffement d'ici à 2100. L'accord de Paris vise un réchauffement global de 1,5 voire 2% dans le pire des cas. De degrés. C'est-à-dire que vous ne croyez pas qu'on puisse tenir ce scénario déjà aujourd'hui considéré comme pessimiste dans l'accord de Paris ?

8:31
Christophe Béchu

Je ne dis pas du tout ça. Je dis qu'il y a deux choses. Il y a l'atténuation. Comment on se bat pour éviter qu'on ait un dérèglement climatique qui s'accentue ? Comment on diminue nos gaz à effet de serre ? Comment on limite le nombre de voitures thermiques ? Comment on sort du fioul ? Comment on diminue notre consommation de gaz ? Mais dans le même temps, le réchauffement, il a commencé. L'accord de Paris, il explique qu'il faut aller vers la neutralité carbone, qu'il faut rester aux alentours de 1,5 à moins de 2 degrés. À la minute où on se parle, on est déjà 1,7 degré d'augmentation des températures par rapport à l'air pré-industriel en France.

1,1 à l'échelle de la planète, 1,7 en France. Et quand on regarde, les experts du GIEC nous disent qu'on n'est pas dans la bonne trajectoire. On va aller, si on continue, parce que l'Europe baisse, mais qu'à l'échelle du monde, ça continue de progresser, les énergies fossiles, on va aller vers 2,8, 3,2 à l'échelle mondiale, selon l'ONU, selon le GIEC. Ça voudrait dire au moins 4 degrés en France.

9:17
Invité

Et ça, on n'est pas prêts ? Aujourd'hui, il n'y a pas de scénario ?

9:19
Christophe Béchu

Demain matin, c'est demain aussi. Je réunis l'ensemble des opérateurs du ministère, Météo France, ADEME, CEREMA, l'ensemble des directions, pour qu'on commence à construire une trajectoire à 4 degrés qui permet de savoir ce qui se passe à 4 degrés. Parce qu'à 4 degrés, préparer notre pays à 4 degrés, ça veut dire anticiper beaucoup de changements. J'étais lundi à Métabier dans une station de ski qui commence à se dire, un jour, il n'y aura plus de neige. À 4 degrés, c'est les deux tiers des stations de ski qui manqueront de neige dans les Alpes. À 4 degrés, la neige de culture, elle ne suffira pas à remplacer la neige naturelle. À 4 degrés, on aura 5 fois plus de sécheresse.

On aura une diminution, une augmentation des jours de canicule qui sera beaucoup plus intense. Donc, préparer ça, ça ne veut pas dire le souhaiter. À 4 degrés, c'est des villes côtières englouties aussi, des villes de l'érosion sur le littoral. Typiquement, à 2 degrés, on considère qu'il y a 1 000 communes et 50 000 logements qui sont concernés par la montée des eaux, entre 30 et 60 centimètres. À 4 degrés, on va atteindre jusqu'à 1,20 m d'augmentation des eaux dans la deuxième moitié du siècle. Se préparer à ça, ce n'est pas le souhaiter.

C'est au contraire sortir du déni et se dire, on fait tout pour tenir les objectifs, mais comme il y a une part qui ne dépend pas de nous, parce que le réchauffement, c'est aussi ce qui se passe à l'échelle mondiale dans d'autres pays qui continuent, à la minute où on se parle, à ouvrir des mines de charbon, à faire en sorte de continuer à investir dans le fossile. Et on a donc à la fois à se battre pour tenir ces accords de Paris et la baisse des émissions, en France et en Europe, et dans le même temps, à se préparer au pire, à regarder les conséquences que ça a sur les investissements, sur les normes, sur les sols, sur l'eau, typiquement, parce que ce sera un des sujets cruciaux.

10:55
Invité

Et dans le même temps, on voit les contradictions de cette prévision et ce risque à long terme et l'urgence de l'immédiat, avec encore, par exemple hier, Emmanuel Macron qui demande aux pétroliers de faire un geste sur le diesel carburant polluant. On n'arrive pas à sortir de cette contradiction-là ?

11:09
Christophe Béchu

Ça, je ne crois pas ça. Parce que si vous regardez, ces derniers jours, c'est le vote de la sortie en Europe des moteurs thermiques avec la décision à partir de 2035 de vendre que de l'électrique. Que dans le même temps, le président de la République explique que les pétroliers, qui ont vécu une année historique en termes de profit, compte tenu des guerres...

11:25
Présentateur

Et en termes de subvention.

11:27
Christophe Béchu

Et en termes de subvention au pouvoir d'achat des gens.

11:30
Présentateur

L'énergie n'a jamais été autant subventionnée par de l'argent public.

11:32
Christophe Béchu

1 000 milliards, 1 000 milliards de dollars, parce que beaucoup de pays, à l'instar de la France, ont financé des gestes et des soutiens à la pompe, avec d'ailleurs en France une unanimité de tous les partis politiques et même les oppositions qui ont imposé au gouvernement d'aller augmenter l'aide pour ceux qui possèdent des chaudières au fioul. Donc, les contradictions, croyez-moi, elles sont...

11:52
Présentateur

C'est la question de Daniel Latrous, comment on fait pour concilier la fin du monde et la fin du mois ?

11:56
Christophe Béchu

Typiquement, avec ce vote du Parlement européen, avec l'accélération sur l'électrique, avec la volonté de faire en sorte de sortir de ces énergies fossiles, mais avec un calendrier qui fait qu'on se rend compte qu'entre les deux, on a des emplois. On a des centaines de milliers de personnes qui sont concernées. Et que si on fait la transition écologique sans penser aux conséquences sociales ou économiques,

12:15
Présentateur

on n'y arrivera pas. Alors, la fin de la vente de voitures neuves thermiques, donc diesel ou essence en 2035, ça, c'est définitif. C'est une décision européenne. Ça va arriver. C'est dans 12 ans en France. Je vous confirme. C'est pas une décision sur laquelle on pourra revenir

12:28
Christophe Béchu

ou qu'on pourra contourner. C'est une décision qui s'impose. Elle est nécessaire d'un point de vue climatique. Et je vais vous dire, elle est nécessaire d'un point de vue...

12:34
Présentateur

Je veux dire d'un point de vue légal.

12:35
Christophe Béchu

Mais d'un point de vue économique. Oui. Dire ça, c'est donner à l'industrie européenne un cap clair pour qu'elle puisse faire les investissements qui lui permettront d'être au rendez-vous et qu'on ne se retrouve pas avec une casse sociale dans l'intervalle. Tenir ce cap, c'est obligatoire d'un point de vue climatique et c'est la durée qu'il faut pour éviter que ça se retourne contre notre industrie. Parce que si c'est passé à l'électrique pour acheter uniquement des voitures chinoises, ça veut dire que c'est très hypocrite parce que ça entraînera une augmentation de notre empreinte écologique. Donc, typiquement, on est sur un calendrier qui est ambitieux, qui est radical.

2035, c'est après-demain et qui, dans le même temps, je vous le confirme, va permettre à l'industrie

13:13
Présentateur

de s'adapter. En tout cas, l'industrie, elle est pessimiste sur l'objectif. Les grands du secteur, Stellantis, donc ça, c'est l'alliance Peugeot, Citroën, Fiat, BMW, Renault, estiment que le fait de passer au tout électrique et de l'imposer en 12 ans, ça n'est pas la bonne solution. Il ne faudrait pas tout miser, mettre tous nos oeufs dans le même panier en quelque sorte. Regardez, il y a deux minutes,

13:31
Christophe Béchu

vous m'expliquez qu'il faut qu'on accélère sur ces sujets et là, vous vous faites le porte-voix ou en tout cas, le porte-parole de ce qu'ils disent, ça va trop vite. J'assume pleinement le fait qu'il y a des inquiétudes et qu'une transition par définition, ça veut dire des changements de comportement, de normes, de pratiques, mais on n'a pas le choix, on ne peut pas pleurer le matin sur l'état de la planète, sur les extinctions d'espèces, sur les conséquences du réchauffement climatique et puis le soir, se dire que quand même tout ça va un peu vite.

Est-ce qu'il faut être capable de concilier un rythme et j'assume que ce soit trop lent pour une partie des activistes, que ce soit trop rapide pour une partie des conservateurs ?

14:05
Invité

Est-ce que tous les Français auront les moyens de passer à l'électrique en 2035 ?

14:12
Christophe Béchu

Le sujet, ça va être la mise en place du leasing à 100 euros promis par le président de la République. Ça arrive quand ? On est en train d'y travailler, c'est en 2023 qu'on va le paramétrer mais on veut que ça profite à l'industrie européenne.

14:22
Présentateur

Le paramétrer, ça veut dire quoi ?

14:23
Christophe Béchu

Ça veut dire regarder quels sont les niveaux de revenus qui permettent d'y avoir droit et dans quelle mesure on pourrait le réserver à l'industrie européenne. D'accord. Parce qu'on est très au clair sur le fait que si c'est subventionné avec de l'argent public français, l'industrie chinoise... Ça ne sera pas

14:37
Présentateur

à ce quelles voitures

14:38
Christophe Béchu

et pour pas n'importe quel client si je suis... Bien entendu, il faut qu'on regarde les Etats-Unis sous couvert de lutte contre le réchauffement climatique et l'inflation ont voté un plan de plusieurs centaines de milliards qui leur permet aussi d'aller subventionner leur industrie. Bruno Le Maire et son homologue allemand se sont rendus à Washington Le Président de la République se bat pour que précisément il y ait aussi une prise de conscience de la nécessité d'avoir davantage de souveraineté européenne sur ces sujets. Il faut qu'on utilise la transition vers l'électrique comme étant aussi un moyen d'accompagner notre industrie. Donc en 2023,

15:11
Invité

les règles seront définies d'ici la fin de l'année et les premières voitures, les réservations seront possibles cette année. D'ici la fin de l'année,

15:17
Christophe Béchu

on paramètera le dispositif pour qu'on puisse commencer à réserver sa voiture électrique.

15:20
Invité

Et sur les bornes de recharge, 100 000 bornes de recharge en 2023, c'est un objectif ?

15:24
Christophe Béchu

Il sera atteint dans les prochaines semaines. On a commencé l'année en étant déjà à plus de 80 000. On est à 1 million de bornes de recharge disponibles sur le pays mais sur l'espace public, on est effectivement, on sera à 100 000 dans les prochains jours. L'enjeu d'après, c'est les bornes de recharge très rapides, c'est ce qui se passe sur les autoroutes ou sur les grands axes. Il faudra aller au-delà de 100 000 de toute façon. Bien entendu, ça va accompagner le parc.

15:44
Invité

En 2035, il en faudrait, on sait à peu près d'ailleurs combien ? C'est de l'ordre du million ?

15:48
Christophe Béchu

On aura l'occasion de le préciser. Ce que je veux vous dire, c'est qu'on a dépassé les 13 % d'immatriculation électrique en 2022. On est sur une pente où ça augmente tous les ans. On sera à 100 % d'immatriculation de nouvelles voitures électriques en 2035. Et donc, cette courbe, elle nous permet de dimensionner, de mesurer la vitesse à laquelle il faut qu'on accélère sur les bornes.

16:07
Invité

Et dans le même temps, ce déploie en France, toujours dans cette volonté d'éloigner les voitures thermiques, en tout cas les plus polluantes, et d'améliorer la qualité de l'air, les zones à faible émission qui concernent déjà 11 agglomérations françaises. Ça a commencé en début d'année. Comment se passe le déploiement ? Parce que, vu de notre côté à nous, de ce que l'on entend de la part des élus, on a l'impression que ça se fait un peu dans le chaos et que tout le monde ne sait pas très bien à quoi s'en tenir.

16:29
Christophe Béchu

Je suis ravi que vous me posez cette question. Les ZFE, ce n'est pas une invention française. La première, elle a été mise en place en Suède en 1996 et il y en a 270 en Europe.

16:37
Présentateur

Donc il y a 27 ans.

16:39
Christophe Béchu

Oui. Et il y en a 270 partout en Europe. Et nous, en France, on a un espèce de débat comme si c'était une mesure contre les plus fragiles, comme si c'était des zones à forte exclusion pour reprendre la rhétorique de la France insoumise et du Rassemblement national. Et qui nous fait

16:52
Présentateur

imposer par l'Europe.

16:54
Christophe Béchu

La vérité, c'est qu'on est... C'est ce qu'on est repris. J'entends l'argument. La vérité, c'est qu'on a été condamnés, la France, par l'Europe, mais aussi par le Conseil d'État pour dépassement de seuils de pollution atmosphérique. 48 000 morts de pollution atmosphérique en France chiffre 2021. Et ce sont les plus fragiles qui trinquent. Ce sont ceux qui sont victimes de l'asthme, c'est des jeunes enfants, ce sont des personnes âgées et souvent les plus fragiles aussi d'un point de vue social qui habitent dans des maisons qui sont moins bien isolées. Le texte, il dit quoi ? Il demande aux autorités locales une obligation de résultat. Pas de moyens.

Et ce qui explique la confusion, c'est que dans certains endroits, vous avez des maires qui disent je vais faire une ZFE du lundi au lundi 24h sur 24, 7 jours sur 7 qui va s'appliquer aussi aux véhicules professionnels. Vous en avez d'autres qui disent c'est le cas pour la métropole du Grand Paris, pas la nuit, pas le week-end. Vous en avez qui disent que les particuliers, pas les professionnels. Et je veux dire, vu du gouvernement, ça ne vous pose pas de difficultés. Ce qui est présenté comme une cacophonie, c'est le fait d'aller accompagner localement dans la concertation, le déploiement d'un dispositif pour qu'on baisse les seuils de pollution atmosphérique.

18:00
Invité

Mais il y aura des aménagements parce que je crois que vous avez demandé à des élus de vous faire des propositions pour le mois de juin.

18:04
Christophe Béchu

J'ai demandé au président de la métropole de Toulouse, Jean-Luc Moudinck, et à la vice-présidente de l'euro-métropole de Strasbourg, Madame Jean, de me remettre pour la fin du premier semestre leurs recommandations sur le fait de continuer à rendre plus accessible d'un point de vue social, d'un point de vue politique, ces différents dispositifs. par exemple. Exactement. Très concrètement, à Strasbourg et à Toulouse, vous avez un certain nombre de fois où, quel que soit votre véhicule, vous pouvez accéder à la métropole en tenant compte de ce que peuvent être les obligations. Est-ce que c'est le schéma qu'il faut suivre ? Est-ce qu'il faut le prolonger ?

Et la question des aides, elle n'est pas taboue. Et en particulier, ce dont on a besoin, c'est d'un marché de véhicules propres d'occasion qui diminue aussi le reste à payer. C'est ce qui est en train de se passer.

18:47
Présentateur

Christophe Béchut, ministre de la Transition écologique. Le Fil Info est 8h51. C'est avec Marie-Maeu.

18:52
Locuteur non identifié

Une perquisition au siège de la région Auvergne-Rhône-Alpes dans l'affaire du dîner à 100 000 euros organisé l'été dernier par son président, Laurent Wauquiez, enquête ouverte par le parquet financier pour favoritisme et détournement de fonds publics. La région se dit sereine et prête à fournir tous les documents demandés. La France est en état d'alerte sécheresse, reconnaît sur France Info Christophe Béchut. Selon le ministre de la Transition écologique et des territoires, il faudra prendre des restrictions dès le mois prochain pour éviter une situation catastrophique comme celle de l'été dernier. L'État débloque 5 millions d'euros pour aider la SNCF à sécuriser ses sites en Ile-de-France.

C'est une information France Inter. Décision prise à l'approche des Jeux Olympiques de Paris et un mois après le sabotage qui a immobilisé la gare de l'Est pendant 48 heures. À Calais, dans le nord, l'usine de jouets de construction de métal Mécano va fermer d'ici l'année prochaine. Le groupe parle d'une conjoncture difficile. 50 personnes y travaillent. France Info

19:52
Présentateur

Le 830 France Info Néhile à la Trousse Laurin Sénéchal

19:57
Invité

Christophe Béchut, le week-end dernier, deux cadavres de dauphins ont été découverts l'un sur une plage dans les Landes, l'autre au large des Sables d'Olonne en Vendée et sur l'un d'eux, il y avait une inscription qui visait très précisément l'ONG de défense des océans Sea Shepherd. Est-ce que vous avez vu les images et est-ce qu'elles vous ont choquées ?

20:16
Christophe Béchu

Bien sûr qu'elles m'ont choquées. Elles ne peuvent que choquer tous ceux qui les découvrent. C'est une situation qui ne peut qu'indigner et ça se passe dans un contexte où on est à plus de 400 corps de dauphins qui ont été retrouvés sur les plages depuis le début de l'hiver, c'est-à-dire un chiffre comparable à celui qu'on a déjà connu l'année dernière à la même époque.

20:37
Invité

Découverts ouverts, complètement éventrés, les ONG disent que c'est un acte de cruauté des pêcheurs directement. Il y a des enquêtes pour savoir, ces 400 dauphins, comment ils arrivent éventrés sur les plages ?

20:50
Christophe Béchu

On regarde évidemment ce genre de choses. Il y a environ 95% de ces corps de dauphins sur lesquels vous avez des striures des filets qui laissent assez peu de doute sur le fait qu'il s'agit de captures accidentelles. J'ai entendu évidemment sur votre antenne le cri d'Alain Bougrain-Dubou.

21:05
Présentateur

On va l'écouter justement, Christophe. Président de la Ligue de protection des oiseaux. Président de la Ligue de protection des oiseaux qui vous a interpellé directement. Écoutez-le.

21:14
Locuteur non identifié

Ça nous renvoie finalement à ce que disait le président Jacques Chirac. Il disait « La maison brûle et on regarde ailleurs. » Emmanuel Macron, il vous répond quoi ? Eh bien, là, j'ai le sentiment que sa réponse, c'est « L'océan se rougit du sang des dauphins et il regarde ailleurs. » Christophe Béchut, vous regardez ailleurs.

21:36
Christophe Béchu

Non, on ne regarde pas ailleurs. J'ai eu plusieurs occasions d'échanger avec le président de la LPO et en ce moment même, on a pris un décret il y a quelques semaines pour obliger 200 bateaux à s'équiper d'effaroucheurs sonores, ce qu'on appelle les pingers et la moitié d'entre eux, la moitié de ces filles d'ailleurs, va être équipée de caméras. Deux enjeux, d'abord faire en sorte d'effaroucher les dauphins pour qu'ils s'éloignent de ces différents bateaux et ensuite de nous permettre d'avoir des données, de documenter les éléments. Que demande...

22:05
Présentateur

200 bateaux, ça suffit ?

22:07
Christophe Béchu

C'est environ la moitié de la flotte. Je ne dis pas que ça suffit mais ça va nous permettre à la fois de pouvoir, on l'espère, avoir des résultats de diminution de ces captures accidentelles et dans le même temps de disposer de données. Les associations, elles nous disent il faut aller plus loin, il faut imaginer une fermeture spatio-temporelle. Une fermeture spatio-temporelle, ce n'est pas un sujet tabou. Simplement, vous le faites sur quel territoire, comment vous organisez en particulier dans le gol de Gascogne avec les espagnols parce que vous savez qu'on n'a pas que des bateaux qui sont français, ça commence quand ? Ça se termine quand en termes de date ?

Quel niveau d'indemnisation vous accompagnez ? Est-ce que c'est tous les bateaux ? Est-ce que c'est les filailleurs ? Est-ce que c'est les chaluts pélagiques ? Ce n'est pas tabou ? Ça n'est pas tabou. Mais pour ça, il nous faut des données. Il nous faut les données de cet hiver et sans doute celles de l'hiver prochain pour être en capacité de pouvoir déterminer, délimiter la manière dont les choses se passent. La préoccupation qui est la mienne, qui est celle de Bérangère Couillard, la secrétaire d'État à l'écologie qui est très investie également sur le sujet sur cette histoire des dauphins, elle est totale.

Mais ce que je veux dire, c'est que cette indignation, elle ne nous conduit pas à ne pas agir. Elle nous conduit et je comprends l'émotion des défenseurs de l'environnement de Sea Shepherd, de la LPO, mais elle nous a conduit à prendre ses décisions, à débloquer les crédits pour ses équipements en termes des faroucheurs sonores et en termes de caméras et elle nous pousse et on continuera évidemment à agir. Dans ce domaine, je considère que je n'ai pas une obligation de moyens mais que là aussi, on a une obligation de résultat de diminuer ces prises accidents.

23:39
Présentateur

Christophe Béchou-Minist de la transition écologique et donc des transports, ça fait partie de vos portefeuilles. Est-ce qu'il faut s'attendre à une France totalement à l'arrêt le 7 mars prochain dans le cadre du mouvement contre la réforme des retraites ?

23:50
Christophe Béchu

Il faut s'attendre de toute façon à une journée du 7 mars qui va être très compliquée. Ça, je ne vais pas vous dire le contraire. Ensuite, je ne peux pas par définition prévoir ce qui se passera le 8, le 9 et la manière dont tout ça va s'organiser. Est-ce que vous vous y préparez ? Ce qui est certain, c'est qu'on se prépare à tout et donc on se prépare aussi à cette hypothèse dans un contexte où j'espère que le pays ne sera pas bloqué, qu'on ne prendra pas les Français en otage parce que je considère qu'il y a une énorme différence entre le fait de contester un texte, de contester une réforme et de bloquer le pays. Ce n'est pas la bonne solution. Jamais c'est la bonne solution.

Et bien entendu, j'en appelle à la responsabilité.

24:30
Invité

Vous dites, ce sera dur, ce sera une France qui effectivement risque d'être bloquée. Ça veut dire que ceux qui ont la possibilité de décaler leur trajet doivent le faire dès maintenant ? C'est un appel que vous pouvez lancer ?

24:38
Christophe Béchu

Je pense qu'il y a beaucoup de Français qui de toute façon se disent que le 7 mars, s'ils peuvent télétravailler ou faire en sorte de pouvoir s'organiser différemment, ils auront tout intérêt à le faire et c'est bien entendu un appel que je lance et que je relaie.

24:48
Invité

Vous dites pas de certitude pour la suite à ce stade ? Vous n'avez pas d'informations particulières ?

24:52
Christophe Béchu

Non, il y a toute une partie de la France en ce moment qui est en vacances. On voit bien qu'il y a des appels mais on y verra certainement plus clair dans quelques jours. On sera vigilant y compris parce que les transports c'est la liberté de mouvement, c'est la capacité, on en a parlé un peu plus tôt, d'éviter de prendre sa voiture.

25:12
Présentateur

Mais Clément Vaughan, lui, il conseille aux usagers de repousser, de reporter les voyages carrément pour le 7 mars. C'est exactement ce que je viens de vous dire en suggérant effectivement

25:19
Christophe Béchu

le télétravail ou les autres organisations. Mais sur votre question sur il se passe quoi après, vous me réinviterez pour qu'on en discute.

25:25
Présentateur

Christophe Béchub, vous reviendrez, ministre de la Transition écologique. Merci à vous. Invité du 8.30 ce matin, merci beaucoup et bonne journée.