Mathilde Panot : "Ceux qui vont permettre une continuité de la macronie s'excluent de fait du NFP"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
7h48 sur Inter. Sonia de Villers, votre invitée ce matin, est présidente du groupe LFI à l'Assemblée Nationale. Bonjour Mathilde Panot. Vous aviez prévenu, si François Bayrou ne demande pas de vote de confiance aux députés, alors vous déposerez une motion de censure contre lui. C'est chose faite hier soir. Donc, en fait, peu importe ce qui a été dit, annoncé, proposé par le Premier ministre dans son discours, peu importe, c'était censure de toute façon ?
Non. Si le Premier ministre avait dit, par exemple, dans son discours, qu'il se soumettait, comme dans toutes les démocraties, au vote de confiance, alors il n'y aurait pas eu de dépôt de censure, puisque nous aurions pu directement, par le vote de confiance, déterminer qui est en soutien du gouvernement et qui est dans l'opposition. Encore une fois, vous avez un gouvernement qui s'entête à mener une politique qui a été battue trois fois dans les urnes.
Et nous, ce que nous défendons, c'est le respect de la démocratie et le fait, quand même, parce que ça devrait vous interroger au moment où on parle de conclave, de gel, de suspension d'une réforme des retraites, sur le fait que l'abrogation de la réforme des retraites a gagné les élections législatives. Et que le préalable de tout gouvernement devrait être l'abrogation de cette réforme des retraites sur laquelle nous sommes majoritaires.
On va commencer par ça, si vous voulez, mais vous n'estimez pas qu'il y a là une remise à plat de la réforme des retraites ? Vous n'estimez pas que là, il y a une chance donnée aux syndicats qui l'ont réclamé pendant toute la négociation ? Et qui, justement, à rebours du macronisme, puisque les macronistes sont justement passés par-dessus les représentants sociaux, vous n'estimez pas que là, il y a une chance de remettre à plat le projet ?
Mais non, parce que vous n'avez aucun effet concret sur la vie des gens. Vous avez une réforme qui n'est pas abrogée, qui n'est pas suspendue, et j'ai lu notamment les communiqués de la CGT, de la FSU, de Solidaire, et même de la CGC, qui tous disent qu'ils veulent l'abrogation de cette réforme des retraites.
La CFDT veut aller négocier, demande aller négocier, estime que c'est une opportunité, et c'est le premier syndicat de France. Vous êtes jeune, Mathilde Panot. Qu'est-ce que vous dites aux gens qui approchent de l'âge fatidique, qui ont besoin en urgence qu'une décision soit prise ?
Eh bien, le premier ministre l'a dit lui-même dans son discours. Qu'a-t-il dit ? Il a dit que s'il n'y a pas d'accord à l'issue de ce conclave, à la fin, c'est la réforme borne qui continuera de s'appliquer. Ça veut dire que, par exemple, vous avez un droit de veto du MEDEF qui va être mis dans ce conclave, et que donc, il n'y aura pas d'abrogation de la réforme des retraites. Je vais vous dire, nous avons une majorité à l'Assemblée nationale.
Vous n'êtes pas vraiment en position de dire ça, puisque le veto vous mettez vous maintenant, tout de suite, avant même qu'on ait commencé à discuter.
Mais bien sûr, parce que nous, nous voulons voter à l'Assemblée nationale pour abroger la réforme de la retraite. À 64 ans, qui a gagné les élections, qui est majoritaire à l'Assemblée, et qui doit donc juste être abrogée. Je rappelle que cette réforme n'a jamais été votée par aucune Assemblée, et que c'est une réforme qui touche la chair de millions de gens de ce pays, et qui donc ne se gèle pas, ne se suspend pas, ne s'amende pas, qui s'abroge.
On a compris, les écologistes et les communistes signent la motion de censure avec vous. Est-ce que c'est un soulagement ? Est-ce que c'est une victoire ?
Je crois que les écologistes et les communistes comprennent que ce que propose François Bayrou est une comédie, et qu'il faut impérativement en finir avec une politique macroniste, sur laquelle, là aussi, il faut tourner la page.
Il n'y a pas un geste, si je reprends ce que mes confrères ont cité ce matin, le fonds vert abondé hier soir, la hausse des dépenses de santé, le non-déremboursement des médicaments, la taxe sur les hauts patrimoines, la réduction de l'effort de mandat de la collectivité locale, le dispositif anti-optimisation pour les hauts revenus. Il n'y a donc aucun geste, on va revenir à la motion.
Vous savez que M. Bayrou reprend le budget de M. Barnier, vous le savez, ce n'est pas un nouveau budget qui est fait. Vous savez qu'il est annoncé qu'il y aura 50 milliards d'économies supplémentaires qui est demandé, c'est-à-dire un budget encore pire que celui de M. Barnier. Si, si, Mme de Villers, je vous êtes sûre. Et quand vous parlez, par exemple, de la question de la déremboursement des médicaments, je peux vous parler du déremboursement des consultations médicales qui continuent. Ça a été confirmé encore, les coupes sur les collectivités locales, alors que vous savez que les communes montant amens sont en très grande difficulté.
C'est 20 milliards de hausse d'impôts et de taxes et 30 milliards d'économies, ce n'est pas 50 milliards d'économies.
Expliquez-moi parce que je vous explique.
Moi je vous pose la question, répondez à ma question.
Attendez, juste quand on dit. Non, parce qu'il faut que les gens comprennent ça. Quand on reprend un budget, il y a un système qu'on appelle à l'Assemblée l'entonnoir. L'entonnoir ne permet pas de faire de nouveaux amendements sur la question des recettes. Donc la seule chose sur laquelle on pourra bouger, c'est la question des dépenses. Donc soit il promet un budget rectificatif qui arrivera plus tard, à un moment où il sera probablement déjà tombé. Donc c'est une chimère. Donc il y aura un budget qui est encore pire que celui de M. Barnier. Je maintiens ce que je disais.
Et en plus de la censure institutionnelle que nous aurons jeudi avec les communistes, avec les écologistes, et je l'espère les socialistes qui reviendront à la raison, vous pouvez avoir la censure populaire, je le dis quand même, parce que nous avons une législative partielle, si vous habitez à Grenoble, Mélan ou encore à La Tronche, avec la candidature de Liesse Loufoque, qui est une candidature qui défend la cause des enfants, candidat du Nouveau Front Populaire, contre une candidature macroniste. Les socialistes, qu'est-ce que vous dites aux socialistes ?
Qu'est-ce que vous dites aux socialistes ? De venir voter avec vous, est-ce que la situation se renverse par rapport à ces derniers jours ? Est-ce que maintenant c'est le PS qui se trouve isolé, alors que c'était votre cas ces derniers jours, quand le PS, les communistes et les écologistes allaient ensemble négocier à Bercy ?
Je dis aux socialistes que le 8 juin 2023, nous avons fait un serment commun, avec le groupe écologiste, avec le groupe communiste, avec le groupe socialiste, et que ce serment disait que nous ferions tout ce qui est possible pour abroger la réforme de la retraite à 64 ans et même pour défendre la retraite à 60 ans. Donc il faut, encore une fois, revenir à la raison. Si nous avons toutes et tous été élus, c'est sur le programme du Nouveau Front Populaire et c'est pour en finir avec la politique d'Emmanuel Macron.
La question que je vous pose, c'est qu'est-ce qui se passe si les socialistes ne votent pas votre censure ?
Eh bien nous verrons, nous verrons, mais j'ai entendu par exemple que Luc Carvounas disait que s'il était député, il voterait la censure, que Johanna Roland, qui est numéro 2 du parti, disait que si elle était députée, elle voterait la censure. J'ai entendu plusieurs députés du PS qui voulaient voter la censure. Et alors ceux qui ne votent pas la censure, qu'est-ce qui va se passer ? Eh bien, encore une fois, mon objectif cette semaine, c'est que l'ensemble du Nouveau Front Populaire vote cette motion de censure. Et ceux qui ne votent pas la censure, Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Bonpard, ont dit qu'ils s'excluent du Nouveau Front Populaire.
Et bien sûr, qu'est-ce que le Nouveau Front Populaire ?
Bien sûr, vous confirmez Mathilde Panot, les députés qui ne votent pas votre... Si vous ne me laissez pas répondre, je vais avoir du mal. Les députés qui ne votent pas votre motion de censure s'excluent du Nouveau Front Populaire ? Oui, bien sûr. Ça signifie que vous allez... Si, je ne peux pas dire deux phrases. Non, non, non, si, ça signifie que vous allez mettre des candidats contre eux.
Mais écoutez, on n'en est pas là en fait. Mais de fait, qu'est-ce que le Nouveau Front Populaire ? Le Nouveau Front Populaire est un programme de gouvernement que nous avons fait ensemble, avec des candidatures uniques aux élections législatives. Donc, de fait, ceux qui vont à l'encontre du programme, ceux qui vont permettre une continuité de la politique macroniste, s'excluent de fait du Nouveau Front Populaire. Donc, j'ose espérer que demain, nous aurons un vote unique du Nouveau Front Populaire pour faire tomber ce gouvernement Bayrou, qui, encore une fois, nous fait perdre du temps.
Je veux que vous réalisiez que, par exemple, nous avons 300 000 emplois qui sont menacés dans des plans de licenciement, notamment dans un plan de licenciement silencieux dont on ne parle jamais, qui sont les 66 000 défaillances d'entreprises records, qui sont souvent des entreprises de moins de 11 salariés, de moins de 3 salariés, c'est-à-dire des petites boulangeries, des petits restaurants qui sont en train de s'effondrer partout. Réalisez que le score but est revenu dans notre pays, une maladie qui avait disparu et qui est liée directement à la malnutrition des enfants.
Thomas Porte traite Olivier Faure de collabo, quand Olivier Faure parle des insoumis comme de la gauche qui braille. Thomas Porte qui est député LFI.
Mais nous ne les traitons pas de collabo, nous ne les traitons pas de traîtres. Et encore une fois, parfois, vous pouvez avoir, dans les débats qui se font, des mots qui dépassent des choses. Ce que nous disons, c'est que nous avons été élus sur un programme. Et moi, je tiens au mandat qui m'a été donné par mes concitoyens et mes concitoyennes. Et ce mandat, c'est celui, non seulement de lutter fermement contre l'extrême droite, mais aussi d'être une alternative au macronisme. Et je continuerai à faire cela et à être fidèle au programme sur lequel j'ai été.
Donc vous considérez que si les socialistes ne votent pas cette motion de censure, la seule alternative au macronisme, ce sera vous, ce sera la France insoumise ?
Non, ce sera le nouveau Front populaire qui continuera, sans ceux qui s'en seraient exclus. Et j'ose espérer encore une fois que jeudi, nous voterons tous la motion de censure. Sans cela, ça veut dire qu'aux prochaines élections,
il n'y aura pas de candidature commune. Vous aurez des candidatures contre eux. Mais c'est fou comme vous êtes pessimiste.
Vous regardez quand même que les écologistes et les communistes ont été négociés. Ils signent la censure avec nous, ils la voteront avec nous. Les socialistes ont été négociés. Abrogation de la réforme des retraites, il n'y a pas. Suspension de la réforme des retraites, il n'y a pas. Donc maintenant, on se retrouve avec quelque chose. Les 4000 postes de professeurs sont toujours supprimés, etc. Donc moi, je crois qu'il est tout à fait possible. Je maintiens qu'ils sont supprimés. Le professeur, justement, ce n'est pas trop. Donc, ne soyez pas aussi pessimistes. Il y a une possibilité que M. Bayrou parte très vite. Et je crois que ce sera heureux pour le pays.
Parce qu'on ne peut pas rester dans un pays où on change de Premier ministre tous les deux mois. Donc Macron doit partir. Merci Mathilde Panot.
Et merci à toutes les deux. A demain, Sonia.
Mathilde Panot