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Discours / meetingJean-Luc Mélenchon (sur YouTube)· 17 décembre 2016 82 minAutoproduitFond programmatiqueEnvironnement & énergieÉconomie & entreprisesTravail & emploiAgriculture & alimentation

MÉLENCHON : Réunion publique au Lamentin en Martinique

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 74 %Attaque 20 %Défensif 6 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 7:30Jean-Luc MélenchonFait
    « Je suis hostile au parti de la guerre. Et le parti de la guerre s'est constitué en Europe et en France à travers un soutien aveuglé à ce que j'appelle le "campisme". »
  • 8:40Jean-Luc MélenchonFait
    « Nous ne participons d'aucune coalition pour dépouiller la Syrie, ici d'un plateau, là-bas d'un rebord ou, là encore, d'une plaine. »
  • 11:20Jean-Luc MélenchonPromesse
    « Je ne veux plus que les Français soient le dernier wagon du train des Américains dans l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord que l'on appelle l'OTAN. »
  • 14:10Jean-Luc MélenchonFait
    « Microsoft n'a rien à faire au siège de l'état-major de l'armée française. Ni aucun de ces logiciels dans aucun des armements français. »
  • 17:00Jean-Luc MélenchonChiffre
    « La France créera 300.000 emplois. La France en général. »
  • 28:00Jean-Luc MélenchonChiffre
    « On importe 96% des poulets que vous mangez. »
  • 30:00Jean-Luc MélenchonChiffre
    « Le banquier central européen donne chaque mois, chaque mois, 80 milliards d'euros aux banques qui sont en Europe pour qu'elles regarnissent leurs comptes et vous prêtent de l'argent. »
  • 0:15Locuteur 1Chiffre
    « on importe 96% des poulets que vous mangez »
  • 2:00Locuteur 1Fait
    « un poulet qui court dans la rue coûte plus cher qu'un qui arrive par avion »
  • 6:00Locuteur 1Promesse
    « il faut que les collectivités locales aient une ressource qui soit assurée et garantie »
  • 8:00Locuteur 1Promesse
    « la cantine, ça devrait être 100% bio »
  • 10:00Locuteur 1Chiffre
    « Diviser par 4 la surface de terres utilisables »
  • 12:00Locuteur 1Chiffre
    « 40% des espèces vertébrées ont déjà disparu de la surface de la planète »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

(Pas de son) Vidéoprojection : Il faut que vous soyez les révolutionnaires qui vont transformer la vie et changer la société de fond en comble. Intervenante : Là pour moi c'est barrer la route à Marine Le Pen. Barrer la route à Marine Le Pen c'est voter Mélenchon. (Ambiance de marché) Homme : Venez voir !

Profitez ! (phrases criées en créole) Je viens rendre hommage à un grand Français qui nous a tracé un chemin. Aimé Césaire a... de lui, je vais retenir une phrase qu'il dit : "Je veux donner ma bouche à tous les malheurs qui n'ont pas de bouche." Voilà. (Thème musical de la France Insoumise) (Pas de son) ... livre, le programme "L'Avenir en Commun" est en librairie depuis le 1er décembre et aussi en vente à l'extérieur pour la modique somme de 3 euros.

Il n'y en a plus ? Ben, franchement, il a remporté un vif succès, alors. Ou encore on pourra dire qu'il est pas rentré avec suffisamment de bouquins !

Comment ? Ah bon. Alors, à propos d'argent...

A propos d'argent. Vous savez que la campagne présidentielle coûte très cher. Donc, afin de soutenir la candidature de Jean-Luc, nous vous invitons à faire un don sur le site jlm2017.fr et à la fin de cette conférence, nous ferons une quête au drapeau et vous pourrez donner vos dons selon vos moyens. (créole) Voilà, chers amis insoumis.

Je suis heureuse de donner la parole à celui que vous attendez tous : Jean-Luc Mélenchon ! (Thème musical de la France Insoumise) Est-ce que ça marche, là ? On entend ma voix ? (Thème musical de la France Insoumise) Vous entendez ma voix ou pas, là ?

Arrêtez cette musique, là. Il faut bien qu'on entende ma voix, un peu. (Thème musical de la France Insoumise) Je vais rentrer ensuite dans la salle, mais...

Vous voyez. Ça va, là, le son ? Ça va se régler, ne vous inquiétez pas.

Mais avant, je voulais quand même vous dire un petit bonjour, à vous qui êtes dehors et qui êtes si aimables d'avoir la patience de rester là. Asseyez-vous tous, hein, vous savez, personne ne vous en voudra, ça fait un peu...

Regardez, ils l'ont fait, là, devant. Enfin, faîtes comme vous voulez. Merci d'être là, parce que, à votre nombre, on va voir qu'il se passe quelque chose parmi vous, de quoi je suis le point d'appui, davantage que l'aboutissement.

Si vous êtes là, ce n'est pas pour moi. C'est pour les idées que nous portons en commun, et je ne l'oublie pas un seul instant. Vous voyez, venir en Martinique, ce n'est pas "découvrir" pour moi.

Il aura fallu hier que l'on révèle, ou qu'on rappelle, que mon pauvre père, paix à ses cendres, a été receveur de la Poste par ici. Et puis, je suis déjà venu quelques fois. Il n'y a rien que je ne sache déjà des plaies qui vous blessent.

Mais, malgré tout et par-dessus tout, chaque fois, je pense à l'extrême sensibilité des populations qui sont ici, que parfois, on ne comprend pas depuis la métropole, où quelques élites ont parfois des paroles dont ils ne mesurent pas à quel point elles sont désinvoltes et mal reçues, même s'ils s'en excusent ensuite. Pour moi, le littéraire que je suis s'avance ici toujours les mains tremblantes. Je suis sur la terre d'Aimé Césaire, d'Edouard Glissant, de Patrick Chamoiseau, mais quel département de la patrie contient autant de trésors de notre littérature ?

Je voulais vous le dire, chacun d'entre nous réagit à sa manière aux circonstances de la vie. Et bien, moi, c'est ma manière de le faire. Je remercie ceux qui ont préparé ma venue cette fois-ci.

Et pour les remercier tous, ces 300 personnes qui m'ont accordé leur appui lorsque j'ai proposé ma candidature, je vais saluer d'abord Thierry Renard et Marie-Nathalie Ravin qui m'ont accompagné pendant ces deux jours, et, en les saluant, eux, je saluerai tous ceux qui me soutiennent dans ce voyage. Les élus, qui m'ont fait l'honneur de me recevoir le meilleur de la tradition républicaine que je ne voudrais pas compromettre par mes saluts ; le président de la collectivité territoriale de la Martinique, Alfred Marie-Jeanne, mon ami, parce que, quelque soit son parcours politique et le mien, c'est un ami, Claude Lise, président de l'Assemblée, Monsieur le maire de Fort-de-France, Didier Laguerre, qui m'a reçu. Pour saluer la population de cette commune, évidemment, je salue son élu.

Puis après tout, et d'une façon générale, les commerçants qui ont voulu, hier, m'accueillir d'une manière assez chaleureuse. Un grand merci à vous, M. le directeur - ou je ne sais plus comment... quel est son titre - M.

Collair (?). Et puis, ce matin, ce long moment magnifique passé avec le groupement régional des agriculteurs bio de qui je vous invite à vous rapprocher dès que vous le pourrez, et à aider de toutes vos forces, car c'est eux qui dessinent l'avenir, en tout cas, tel que moi, je l'imagine.

Et bien sûr, à son secrétaire général, Claude Ducalcon qui a passé un grand moment avec ses autres amis ce matin. Je suis venu ici, parce que, comme vous le savez, je vous propose ma candidature à la présidence de la République Française. C'est un exercice un peu compliqué que d'aller au-devant d'une population qui s'auto-administre assez largement, pour faire des propositions qui concernent l'ensemble du territoire.

Je vais vous le faire, et je souhaite que vous l'entendiez sans que cela porte jugement de ceci ou de cela qui se fait ou ne se fait pas, ici. C'est à vous d'apprécier la distance qui sépare mes propos des réalités dans lesquelles vous vivez. Mais je dois formuler devant vous l'idée d'un projet.

Je ne suis pas venu promettre de l'aide. Je suis venu vous appeler à la rescousse. Je suis venu vous enrôler pour une cause plus grande que la vie de chacun d'entre nous, qui concerne le destin de la patrie commune et le destin des Françaises et des Français dans cet environnement particulier des Caraïbes, où ils ont une responsabilité particulière, compte tenu de leur niveau de formation, de développement, confrontés, comparés à tant de misère et à tant d'attentes autour de nous.

Même si nous-mêmes, nous en connaissons, je le sais. Mais avant d'entre dans le sujet qui occupe directement la campagne et ce que j'ai à dire pour ici, sachez que je ne suis venu que pour commencer un processus, en effet, après que l'on ait établi le programme "L'Avenir en Commun", nous avons décidé que chacun des compartiments et des chapitres aurait ses sous-chapitres sous la forme d'un livret, qui détaillerait plus précisément tel ou tel sujet. J'attache la plus grande importance à ces livrets, car quoi qu'il arrive, quel que soit le résultat, cette pensée ramassée, concentrée dans des textes sera notre patrimoine intellectuel commun.

Et la génération suivante aura à vérifier ce qui aura été réalisé et ce qui restera à faire. Ce qui aura été démenti par les faits et ce qui aura été confirmé par ce que nous aurons fait. C'est donc d'une très grande importance que la précision de ces textes.

Bien. J'ai donc ouvert sur le site jlm2017 une page où l'on peut discuter d'un document car je juge qu'il est bien démagogique de se présenter en disant : "Et bien, allez, que chacun dise ce qu'il a sur le cœur." Mais si c'est pour ça, vous n'avez pas besoin de moi.

Il fallait bien qu'on ait préparé, il fallait bien qu'on ait encadré la réflexion, et donc le document de travail est en ligne. Mais qu'auriez-vous dit de moi, si, depuis la métropole, je vous avais harangué en vous disant : "Ah, ben, écoutez, j'ai ouvert une page et regardez et voyez, donnez votre avis." ?

Il fallait que je vienne, et donc me voici. Mais je ne jouerai pas la comédie de dire qu'en 48 heures ou en 3 jours ou en 4 jours, on rencontre une population, ce n'est pas vrai. Je viens donc commencer un travail.

Qui se continuera partout, où qu'on soit, comme je viens de vous le dire. Maintenant, j'entre dans l'actualité. Car je ne suis pas venu ici seulement pour vous parler de choses dont vous connaissez déjà une partie.

Je veux en parler de l'actualité, parce que voici tantôt, 48 heures ou trois jours, que l'on me cherche pouilles à propos de la Syrie, et qu'on va, répétant de tous côtés que ma position est ambiguë. Mais elle ne l'est d'aucune façon. Je suis hostile au parti de la guerre.

Et le parti de la guerre s'est constitué en Europe et en France à travers un soutien aveuglé à ce que j'appelle le "campisme". Il y a une situation, alors chacun choisit un camp. Et bien ce n'est pas mon avis.

Mon avis est que je suis du camp de la France, et la France, son seul intérêt, c'est la paix. Nous ne participons d'aucune coalition pour dépouiller la Syrie, ici d'un plateau, là-bas d'un rebord ou, là encore, d'une plaine. Ma position est parfaitement claire.

Je m'oppose au parti de la guerre qui est en train de monter en puissance, dans toute l'Europe, à l'instigation des Etats-Unis d'Amérique, qui ont, en commençant par l'Ukraine et en continuant ailleurs, ourdi toutes sortes d'agitations pour subjuguer les esprits ; et croyez que je n'exagère pas en vous parlant comme je suis en train de le faire. Si vous voyiez les résolutions qui se discutent au Parlement Européen, vous seriez effrayés du ton qui est pris. De cette espèce de manière de revivre une guerre froide qui a cessé depuis bien longtemps et dont on voit bien que, si elle devait recommencer, ce serait une guerre chaude.

Mes chers compatriotes, la paix est un bien précieux et il faut lutter pour elle. J'ai assez visité ce territoire pour savoir quelle a été sa contribution dans le passé aux grandes guerres, qui sont toujours mondiales quand elles s'allument en Europe, qui en porte seule la responsabilité à chacune des étapes de l'Histoire. J'ai vu, dans les villages et les villes, les monuments aux morts en Martinique, de tous ces malheureux que l'on avait emmenés là-bas combattre et y mourir et que leurs pères et mères n'ont jamais revus.

La paix est une question sérieuse. Ce n'est pas un état de nature. Nous devons résister lorsque la guerre s'avance avec lucidité, avec sang-froid et refuser les pressions qui s’exercent sur nous.

On voudrait tous les jours me faire condamner tel bombardement plutôt que tel autre. Je ne le ferai pas. Je continuerai à tenir ma position qui est de dire que l'on ne peut venir à bout de l'ennemi qu'on affronte et à qui nous pouvons imputer les morts du Bataclan, de l'assassinat de Charlie Hebdo, de l'épicerie casher et ainsi de suite ; que nous avons à régler ce compte là, mais que nous ne le ferons pas au prix d'une guerre qui embrase toute une région.

Je ne choisis pas mes bombardements. (Applaudissements) Je déteste les bombardements, que ce soient ceux d'Alep, ceux du Yemen ou ceux de Mossoul, car toujours ce sont les civils qui payent et qui sont en état total d'impuissance, ayant à subir toutes sortes d'horreurs ; celles que leur infligent les occupants qui arrivent puis quand ils s'en vont, et les nouveaux qui arrivent. Nous savons tous que c'est cela, la guerre.

Il n'y a pas de guerre propre. Je le dis avec toute cette force car vous aurez, vous autres, un rôle à jouer dans l'idée que je me fais de la réorganisation de la politique internationale de la France. Je ne veux plus que les Français soient le dernier wagon du train des Américains dans l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord que l'on appelle l'OTAN. (Applaudissements) Nous en sortirons, et nous en sortirons d'autant plus vivement que je vois bien comment, à travers l'installation de batteries anti-missiles en Pologne, à travers toutes ces faveurs que l'on déverse sur des pays qui ont des comptes inextinguibles à régler avec la Russie, on est en train de préparer sur le Vieux Continent un nouvel embrasement.

Je n'ai aucune complaisance pour des gouvernements comme ceux de l'Ukraine, peuplés de racistes, peuplés de néo-nazis qui ont le front de porter encore les étendards que l'on a vus sur nos occupants. (Applaudissements) Voilà ce que j'ai à dire avec toute ma force. Nous sortirons de cette alliance militaire.

Nous reconquerrons instantanément notre indépendance totale dans tous les domaines qui concernent la sécurité de la patrie et la manière d'aborder les voisinages qui sont les nôtres, dans les Caraïbes et, plus "prochement" (sic), l'Amérique latine. On sortira le matériel américain du matériel français. Microsoft n'a rien à faire au siège de l'état-major de l'armée française.

Ni aucun de ces logiciels dans aucun des armements français. (Applaudissements) En reconquérant notre indépendance, nous chercherons à nous lier à d'autres peuples, et c'est là que vous avez un rôle à jouer. Pas celui de je ne sais quelle improbable vitrine, mais d'un rôle actif.

Nous devons entrer dans les coalitions et les regroupements de pays des Caraïbes et de l'Amérique latine. Car jamais on ne pourra oublier, et jamais il ne faudra cesser de répéter que la plus longue frontière de la France est avec le Brésil et pas avec l'Allemagne, et encore moins avec la Lituanie. (Applaudissements) Si bien que nous avons à voir avec l'Alba et avec Mercosur puisque nous en sommes voisins directement.

Voilà comment je me représente ça et vous aurez à jouer ce rôle. Car mon sentiment, et je vous demande de m'écouter avec soin, est qu'une telle re-disposition des forces de la France, une telle vision du futur qui nous extrait de ce petit enfermement européen, qui fait de nous une petite nation occidentale que nous ne sommes pas, doit cesser. Nous ne sommes pas une nation occidentale.

Nous sommes une nation universaliste. Nous sommes présents sur les 5 continents, nous avons toutes les couleurs, toutes les religions, et nous partageons notre langue, qui ne nous définit pas, avec 29 autres pays. La seule chose que nous ayons en commun, et qui est le plus fort, qui est la dynamique qui anime notre peuple, c'est de sa devise dont, parfois, et même souvent, et en particulier ici, nous n'avons pas toujours été à la hauteur.

Que la France claque comme un message et un drapeau : Liberté, Egalité, Fraternité, mais jusqu'au bout et pour de vrai. (Applaudissements) Non, vous n'êtes pas... (Applaudissements) ce que l'Europe appelle les régions "ultra-périphériques".

Ce qui est ultra-périphérique, c'est plutôt Vilnius que Fort-de-France pour des Français. Et si je le dis, c'est parce que c'est tout le regard qu'il faut changer. Les îles, voyez-vous, les îles françaises, je les pratique déjà depuis quelque temps.

Combien, parmi vos élus et vos dirigeants, peuvent dire qu'ils sont allés en Nouvelle-Calédonie française ? En Kanaky ? Avec ces terribles 11h de décalage qui fait que vous arrivez pantelant, et rentrez chez vous de même.

Les îles ne sont pas des territoires exotiques. Les îles sont des loupes sur nous-mêmes. Les îles font voir en gros tous nos défauts et toutes nos qualités.

Et parce que ce sont des îles, quand elles cherchent à régler leurs problèmes, alors elles ouvrent des voies pour le pays tout entier. Ah, si la Corrèze pouvait imaginer qu'elle est entourée d'eau comme la Martinique, peut-être qu'elle réfléchirait autrement à son développement. Peut-être qu'elle se poserait les questions que vous avez à vous poser et à régler sur lesquelles, maintenant, je vais venir.

La Martinique, la Guadeloupe, les autres territoires ont à être les territoires pilotes du nouveau modèle économique que je propose. Je viens donc vous demander de m'aider à marcher en pointe sur les questions de la planification écologique, comme je viens de vous le faire, sous vos applaudissements, pour la question de l'indépendance de la France, et pour le changement institutionnel qu'il est nécessaire d'apporter. Avec votre permission, mesdames et messieurs, qui m'écoutez ici dehors, je vais rentrer pour que nos amis ne se mettent pas un torticolis terrible.

Ils sont du côté de la porte et me regardent, tandis que les autres me regardent sur l'écran. Je reviendrai tout à l'heure pour vous saluer si vous y êtes encore. (Applaudissements et acclamations) Au fond... (Applaudissements) je ne répète pas ce que je viens de dire, vous y étiez, hein. (Rires) Bonjour à Bernard Teper que j'aperçois là, au milieu, bonjour vous... ouh la la, mais que d'amis ici.

Les vacances sont commencées, j'ai l'impression. Vous avez bien de la chance. Non, vous, vous n'êtes pas en vacances.

Vous bossez là. Au fond, vous allez entendre beaucoup de choses pendant cette campagne, c'est bien normal. Ayez la patience d'écouter.

Où est Mme Fanon ? Ah, bonjour, madame, je voulais vous saluer. Et bien, ayez la patience d'écouter tout ce qui vous est dit.

Parce que c'est une élection qui a une très grande importance. Peut-être que le territoire de la métropole peut se dire qu'il a encore la force nécessaire et suffisante pour résister à un choc libéral de plus. Car c'est ce qui se prépare.

Vous avez vu que M. Fillon est une synthèse - honnêtement avouée, mais au moins on peut lui reconnaître ce mérite - de ce qu'il y a dorénavant comme portrait de la droite dans notre pays. C'est un libéral absolu en matière économique, et même d'avant-poste, et un conservateur total, réactionnaire sur le plan des mœurs et des libertés publiques.

Vous avez vu comment il court devant. J'espère que vous l'avez bien compris, lorsqu'il se propose de supprimer la durée légale du travail, ouvrant ainsi la possibilité qu'elle s'inscrive dans les durées prévues par l'Europe, comme un maximum de 48 heures, mais ce n'est pas la seule chose qui change avec lui. C'est que, de ce fait, les heures supplémentaires ne seront plus des heures supplémentaires.

Il faut une certaine hypocrisie à d'aucuns pour aller protester contre ça. Je vois les nouveaux effarouchés qui s'en plaignent. Mais enfin, qui a voté dans la loi El Khomri que, dorénavant, les heures supplémentaires pourraient ne plus se payer que 10% si on en convient dans l'entreprise, où, comme chacun d'entre nous le sait, règne une ambiance amicale où l'on discute avec son patron, très tranquillement, de sa paie.

Et bien, les malotrus comme moi, qui ne croient pas à cette fable, trouvent qu'il est tout à fait condamnable d'avoir désarmé de cette façon les salariés, et il y a une grande inquiétude, ici aussi. Je ne vois pas pourquoi ici. Non ?

Hier, j'étais à un restaurant et je discute avec les cuistots. En général, j'aime bien aller voir la cuisine, parce que le métier m'intéresse et comment font les gens, et bien de quoi m'ont-ils parlé ? On n'a pas parlé de cuisine, j'aime mieux vous le dire.

Ils m'ont parlé de ça. Des heures de travail, de la Sécu. Alors là, c'est le concours en ce moment, les voilà tous repeints en médecins.

M. Fillon commence à dire que les petites maladies ne seraient plus indemnisées, mais quelles petites maladies ? Qui est-ce qui va le dire ?

Lui ? Les autres têtes d’œuf de son cabinet ? Il ne sait pas, cet homme, qu'une petite maladie peut devenir grande ?

Il n'a jamais vu autour de lui d'aucuns pâtir ? Savez-vous, qu'à mon âge, on peut mourir d'une grippe ? Mais pas au vôtre, madame.

Mais oui, ça n'existe pas, les petites maladies, et ce n'est pas la logique de la politique de santé que développe une nation développée. Tout le monde doit être soigné. Et chacun contribue au financement de ces soins selon ses moyens et reçoit selon ses besoins.

C'est une invention magique, extraordinaire, ça s'appelle la Sécurité Sociale et c'est un modèle qu'on pourrait d'ailleurs étendre à bien d'autres domaines, au point que, pour ma part, je suis partisan d'en systématiser l'application. Et par conséquent, il va de soi qu'il faut être en accord avec l'idée que porte la Sécurité Sociale. Vous recevez parce que vous avez cotisé et vous cotisez parce que vous pensez un jour avoir besoin, et vous acceptez que, dans l'intervalle, ce que vous avez donné serve à l'autre.

Vous n'êtes pas fous. Vous savez bien que si vous allez au travail et que celui d'à côté de vous est mort de maladie, il y a une forte probabilité pour qu'après, vous le soyez aussi. Donc, vous, vous avez compris ce que Mme Le Pen n'a toujours pas compris.

Les microbes ne savent rien de qui est avec vous. Ni de sa nationalité, ni de sa religion, ni de rien du tout. C'est la raison pour laquelle il faut maintenir l'aide médicale d'Etat, de manière à ce que tous ceux qui sont malades soient soignés, non seulement parce que nous sommes des êtres humains et que le devoir d'humanité nous oblige à nous occuper des autres, et c'est d'ailleurs pourquoi nous sommes dans cette salle, tous là, autant qu'on est, si différents qu'on est, c'est parce que nous sommes les héritiers de ceux qui se sont soucié des leurs.

Et les autres ont disparu. Et évidemment, le soin des autres est le cœur de la pensée progressiste qui anime l'idée de la Sécurité Sociale et qui continue de nous animer aujourd'hui. Donc vous cotisez parce que vous attendez que, bon, très bien.

Alors, il parait que M. Macron veut reporter une partie de ces cotisations sur la CSG. C'est un peu compliqué, excusez-moi, mais il faut bien que j'aborde des sujets de fond.

Hé, mais ça ne va pas du tout, ça. Il ne faut pas faire ça. Pourquoi ?

Pour deux raisons : la première, c'est que vous allez demander à un retraité de cotiser pour quelque chose dont il ne connait pas le risque. Si vous cotisez par la CSG, quand vous êtes retraité, au chômage, vous cotisez pour quelque chose dont vous ne courrez pas le risque, puisque vous êtes à la retraite. C'est absurde.

Et surtout, si vous sortez toutes les cotisations pour les mettre dans la CSG, il ne reste plus que les patrons, et donc on aura réussi le tour de force, avec quelqu'un qui prétend appartenir à la famille progressiste, de fiche dehors de la gestion de la Sécurité Sociale ceux qui l'ont créée, à savoir les salariés. Car je rappelle que si les patrons y sont, c'est par effraction, parce qu'ils n'y étaient pas au départ, à la Libération, c'est le général De Gaulle qui les a fait entrer dans la gestion de la Sécurité Sociale. Je sais que ces questions sont un peu complexes à aborder, mais il faut les regarder, parce que sinon, vous vous faites dépouiller.

On vous dit : "Regardez, c'est beau, c'est nouveau, c'est jeune, c'est formidable." Bon, c'est bien. C'est vrai tout ça.

Sauf que là, c'est un piège mortel qui vous est tendu, par l'un comme par l'autre. Au fond, comme dit...

Qu'est-ce qu'ils ont en commun, comme dit l'adage ici, hein : "Même bête, même poil." (Rires) Ce sont tous des libéraux. Ils ne croient pas qu'on puisse organiser le monde autrement.

Alors pour les libéraux, qu'est-ce que vous êtes, la Martinique ? Vous êtes au bout d'un gros tuyau, et dans ce tuyau, on met les marchandises qui arrivent d'Europe et on les déverse, et vous autres, et ben vous avez comme métier promis rien du tout, ça, c'est déjà le cas pour une bonne partie de la population qui est au chômage, sinon, comme on dit : les "activités de service." Alors, bon, c'est très joli à entendre, sauf que c'est tout simplement insupportable dans la durée.

Mais je vais vous montrer ça plus en... un peu plus en détail.

En attendant, voilà leur idée. On produit n'importe quoi, n'importe comment, le moins cher possible, on le fait passer par ici, on vote des accords avec les pays frontaliers qui sont en face de nous qui fait baisser les droits de douane, on abaisse les droits de douane ici, et en avant ! C'est parti.

Arrivent les bananes dans un sens, arrivent de votre côté les voitures et je ne sais pas quoi. C'est ça leur modèle économique. (Applaudissements) Et vous... (Applaudissements) vous ferez bien ce que vous voulez.

Vous voterez bien comme vous voulez, ça va de soi. Mais dites-vous bien que c'est ça qu'ils ont préparé pour vous. C'est ça qu'ils veulent, et c'est ça qu'ils mettent en oeuvre.

Ça s'appelle le libre-échange et ça part de l'idée que si l'on laisse les marchandises circuler, tout va bien. Ça, c'est une théorie du XVIIIème siècle. Alors, à l'époque, on pouvait en effet penser que telle marchandise n'arriverait valablement que venant de tel endroit, mais qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire aujourd'hui ?

Quelle est la différence entre un composant électronique produit en Chine et un autre produit ici ? Car vous pourriez en produire, vous aussi, des composants électroniques. Comment ça se fait qu'il n'y a pas d'usine de composants électroniques ici ?

Il y a une malédiction ? Ça ne va pas être le climat, c'est quoi le problème ? Pourquoi les industries de pointe ne sont-elles pas ici ?

On peut se poser la question. Pourtant, il y en a qui se gavent ; je vais bientôt leur régler leur sort, mais je reste sur cette histoire. Leur idée... quelle est leur différence, je vais vous la dire : c'est la différence de salaire et la différence du fait que dans tous ces pays, on ne respecte aucune norme environnementale.

Voilà la différence qui fait donc que c'est moins cher. Rappelez-vous bien de ça : moins cher, c'est toujours cher pour quelqu'un au bout de la chaîne. Ou la nature ou quelqu'un qui a travaillé et qui a été traité comme un misérable et d'une manière indigne.

Ça, c'est leur vision. Alors voilà l'avenir pour vous. Les marchandises arrivent, vous en achetez, et surtout elles passent pour aller ailleurs, et puis pour le reste, on saupoudre amplement pour que le bétail puisse faire de l'engraissement fiscal.

Alors on donne des avantages fiscaux à qui investit dans l'outre-mer. Fort bien. Comme toujours, ils pensent que la cupidité est le principal moteur de l'activité humaine.

Et par conséquent, les gens cupides, prenant leur argent parce qu'ils en ont, se précipitent en outre-mer pour le placer. Enfin, vous les avez vus, non ? Vous ne les avez pas vus ?

Ça m'étonne. Cette affaire vous coûte un milliard tous les ans. Où il est le milliard ?

Je suis bien étonné en venant ici de voir qu'il y a autant de gens au chômage. Alors que normalement, les investissements devraient être extraordinaires puisqu'ils sont dégrevés. Ils ont investi dans quoi, au juste ?

Voilà. Voilà la question à vous poser. Donc vous pensez que si vous faites une faveur fiscale, les gens vont prendre les bonnes décisions pour l'intérêt général ?

Et ben non, c'est tout le contraire qui se produit. Et ce n'est pas moi qui le dit, parce que vous pourriez penser que je suis mauvaise langue et de parti-pris. Je le suis, de parti-pris, en effet.

Et j'essaye que ma langue pique assez pour qu'on s'en souvienne. Mais là, c'est la Cour des Comptes. Elle dit : "Le coût de ces défiscalisations apparaît ainsi disproportionné par rapport à celui d'autres modes d'intervention de l'Etat.

Car au financement porté à l'outre-mer, s'ajoute la part importante conservée par les contribuables bénéficiaires de l'avantage fiscal qui ne profite pas à l'outre-mer." Je reconnais que la phrase est un peu longue, alors je vous la recommence. Quelqu'un qui investit ici voit retiré - par exemple pour s'acheter un bateau, qu'il pourrait louer, ah, c'est de l'activité, ça - et bien, un avantage fiscal correspondant à une part de la valeur du bateau qu'il a acheté.

Et cette part fiscale, il n'est absolument pas obligé de la réinvestir ici, il se le garde pour là-bas. C'est pourquoi ça coûte si cher et c'est si peu profitable. "Aucune des diverses tentatives d'évaluation", dit la Cour des Comptes, "n'a pu conclure à l'efficacité de ces aides." Hein ?

C'est nous qui sommes les gâcheurs, les dépensiers, blabla blablabla, compétitivité, flexibilité, vous connaissez. "Aucune des diverses tentatives d'évaluation n'a pu conclure à l'efficacité de ces aides. En revanche, plusieurs ont montré des effets contraires aux résultats recherchés." Vous entendez, les gens ?

Tout ce gâchis, la Cour des Comptes dit : "On est arrivés au résultat exactement inverse." "Ou bien le manque d'efficacité. Ces aides ne peuvent être allouées de façon optimale qu'aux investissements les plus utiles au développement de l'outre-mer car elles vont d'abord aux investissements les moins risqués et les plus rentables.

Ces aides profitent également à des entreprises qui n'en ont pas besoin pour investir." 2 milliards. Je voulais vous le dire avant de passer au reste pour que...

Essayez de contrebattre en vous, par des antidotes, le réflexe que vous aurait suggéré une fréquentation trop longue des médias traditionnels. Car, dorénavant, quoi qu'on dise, et avant même qu'on ait fini la phrase, la réplique est : "Mais comment vous payez ça ?" Je pourrais répondre un peu grossièrement : "Je paye en leur prenant ça." Mais ça fait beaucoup d'argent.

Mais ce n'est pas ça que je veux faire. Je voudrais vous appeler à réfléchir sur la place de l'Etat, les collectivités humaines. L'Etat, au sens large, les collectivités, au sens inclus des collectivités locales, qui souvent, étant très proches du terrain, sont les mieux avisées pour percevoir les besoins.

L'Etat, le collectif, la société, les besoins communs, toutes ces paroles que l'on a reléguées au profit d'une croyance absurde, à une sorte de génie spontané de la main invisible du marché qui réglerait tous les problèmes. Nous avons donc vocation, et nous pouvons démontrer que l'intervention publique et la règle commune ont plus d'efficacité économique, sociale et écologique que cette distribution irresponsable d'argent sur des gens qui sont motivés par leur seule cupidité. C'est pourquoi j'ai dit, il y a un instant, je voudrais que les collectivités, les territoires de l'outre-mer français, des outre-mer, car ils sont si divers - il est difficile de ranger dans la même catégorie la Polynésie, la Kanaky Calédonie française, la Martinique, la Réunion - ce sont tant d'histoires différentes, tant de contextes différents, mais enfin, pour ce qui nous occupe, il y a deux domaines dans lesquels vous pourriez jouer le rôle de pilote parce que nulle part autant que dans une île, on ne comprend le message.

Ce sont les messages de notre époque. Mes chers concitoyens, on ne peut pas continuer avec le mode de production dans lequel nous sommes car il va détruire la planète. On ne peut pas continuer. (Applaudissements) Il faut donc changer le mode de production, les process de production et avant cela même, il faut changer la manière de s'approvisionner en énergies, sans lesquelles on ne change rien.

L'énerige et l'accès à l'énergie est premier. Ici, je ne vais pas évoquer la question du nucléaire puisqu'elle ne touche pas directement ce territoire, vous avez bien de la chance. Mais il n'est pas possible que l'on continue à recourir aux énergies fossiles comme on le fait dans les outre-mer, et en particulier à la Martinique.

Que 93% de la ressource énergétique ici soit du pétrole est une aberration. Une aberration. Pourquoi ?

Parce que vous avez devant vos yeux un potentiel qui contient 75 fois le potentiel d'énergie dont vous avez besoin sur Terre : c'est la mer. Mes amis, vous ne pouvez pas... (Applaudissements) Vous ne pourrez pas contourner cette ambition.

Ecoutez celui qui vous parle et qui porte à cet instant ce que vous avez en vous-mêmes. Car je sais très bien que je suis d'abord votre porte-parole. Je ne vous apprends peut-être rien, mais que notre réunion porte un message pour tous ceux qui ne s'y trouvent pas.

Il faudra faire ce tournant. L'économie de la mer nous place en position de puissance. Je vous ai décrit quel est le modèle auquel les autres croient : faire de vous le hub commercial de l'Europe et le territoire d'engraissement fiscal.

Moi, je vous appelle à autre chose. Ils vous demandent vos plages et les ports d'attache pour leurs bateaux ; je vous demande des centaines d'ingénieurs, techniciens, techniciennes, ouvrières et ouvriers de haut niveau, qualifiés, dont la patrie a besoin pour faire le tournant vers l'économie de la mer. Vous devrez être le premier territoire dans lequel on forme tout ce monde dont on a besoin partout sur le territoire de la métropole et dans toute la Caraïbe.

Car si... (Applaudissements) nous étions capables... (Applaudissements) et nous pouvons le faire en peu de temps, un bac professionnel, c'est 3 ans ou 4 ans.

Si je suis élu, j'aurais peut-être le temps de voir ça. Les diplômes, licences professionnelles, bon, c'est 3 ans après le bac. On peut faire beaucoup, vite et bien, si on s'organise, c'est pourquoi je parle de planification.

On peut. Je sais que ça heurte beaucoup de conservatisme intellectuel, ce sont les pires. Je connais l'élite intellectuelle martiniquaise, j'ai été ministre de l'enseignement professionnel.

Je me souviens de ce lycée où je suis allé voir comment on avait reconstitué la possibilité de faire des gommiers. C'est moi qui ai fait ça. Et oui.

Je me rappelle quand je suis venu ici la dernière fois comme ministre, j'avais dans les mains un BTS que j'ai mis dans un lycée professionnel et qui... qui a fêté récemment son 15ème anniversaire.

Et pourtant, on m'avait dit qu'on ne pouvait pas faire de BTS, ici. On l'a fait. Ils sont mauvais, ceux qui sortent de là ?

Non, ils sont bons. Donc, vous pouvez. Et on en a besoin.

Et on en a besoin, non seulement pour nous-mêmes, mais pour toute la région. Car nous avons des devoirs. Comme nous sommes les plus instruits, comme nous sommes, sans doute, parmi les plus organisés, à l'exception, peut-être, de Cuba, nous avons un devoir.

Un devoir à l'égard d'Haïti. Compte tenu de ce qu'a été l'Histoire, Haïti ne redécollera jamais sans énergie. (Applaudissements) Haïti à qui on a infligé cette horreur qui a été de faire payer le dédommagement de la fin de l'esclavage jusqu'à 1982 !

Nous avons des... un dette. (Applaudissements) Nous avons une dette.

Je dis, nous tous. Evidemment, on n'y était pas, on n'est pas responsables de tout ça, personne ici, mais quand même, la France s'honorerait à montrer qu'elle est capable de venir à la rescousse quand on a besoin d'elle. Vous vous souvenez de toutes ces critiques abominables qu'on a entendues contre Cuba, mais si j'étais un Haïtien, je prie pour être à Cuba, pour que mes enfants n'aient pas besoin de manger de la terre pour avoir... ne plus avoir mal au ventre de la famine. (Applaudissements) Voilà la vérité. (Applaudissements) Nous devons nous développer et être le département pilote pour pouvoir amener à Haïti les machines et les process de production qui leur permettent d'avoir l'accès à une énergie facile et bon marché, notamment celle qui vient de la mer.

Ce qui veut dire qu'il faut implanter ici au moins un, et peut-être deux lycées maritimes, alors qu'il y en a zéro ! Ce qui est invraisemblable dans un endroit où la mer est autour de nous. (Applaudissements) Il faut des licences professionnelles à l'université de la Martinique.

Il faut des licences professionnelles qui préparent à installer les hydroliennes, et peut-être mieux, les machines qui font la différence entre l'eau froide qui se trouve au fond et l'eau chaude qui se trouve au-dessus. Mes amis, tout ça, je vais vous dire où je l'ai appris, je ne l'ai pas appris dans le département des Bouches-du-Rhône où il y a également zéro lycée professionnel maritime. Je l'ai appris à la Réunion et je le tiens d'un grand îlien : Paul Vergès, c'est lui, le premier qui a inventé un plan d'autonomie énergétique et qu'il avait préparé pour l'île.

Tout ça a été dispersé par une succession hasardeuse de gens qui sont des irresponsables et qui ont tout démantelé alors que Paul avait si bien préparé. Paul joua un grand rôle dans la pensée sur le développement durable, et je veux dire que je tiens en piètre estime ceux qui ne l'ont pas invité à la COP 21, alors qu'il aurait dû être devant, marchant en tête des Français qui se trouvaient là, parce que c'est lui qui a été le plus loin dans la réflexion, dans la planification de ce qu'est la transition énergétique. Voilà la vérité.

Donc on peut le faire. Si on était capable de le faire à la Réunion, on est capable de le faire à la Martinique. Et voilà comment avec cette économie là, la France créera 300.000 emplois.

La France en général. Je dis 300.000 emplois parce que je ne veux pas vous paraître trop exagéré.

Ce chiffre, c'est celui du cluster maritime. Le cluster maritime, c'est l'ensemble des entreprises qui travaillent dans ce secteur, et où règne une ambiance tout à fait excellente, puisque j'y suis très bien reçu, alors même qu'il y a une série de gens qui ont des raisons particulières de se méfier de moi, je les comprends, compte tenu de ce qu'est mon point de vue politique et le leur. Mais, à un moment, vous le savez comme moi, il y a des circonstances où la passion commune peut créer des espaces de travail communs.

Et on y arrive, dans ce domaine. C'est pourquoi j'ai bon espoir. Et vous savez, quand on installe une éolienne en mer - encore faut-il pouvoir le faire, parce qu'on ne peut pas installer une éolienne en mer, à part flottante, à la Réunion, mais ici peut-être sur le plateau continental - ça me fait penser que ça manque d'ingénieurs géographes, ici.

Il faudrait qu'on en ait davantage, et en particulier que les navires scientifiques français puissent patrouiller et mieux calculer le prolongement sur la plateforme continentale, parce que, comme vous le savez peut-être, la France a vu son territoire augmenter d'un seul coup de 10% sans tirer un seul coup de fusil, simplement parce que nous avions les navires qui permettaient l'inspection des plateaux continentaux, nous avons pu présenter à l'ONU notre dossier, montrant que nous avions des droits sur ces territoires. Des droits, ça vaut ce que ça vaut, hein, bon, ben, c'est comme ça. C'est la loi internationale.

Et notre territoire s'est accru de 10% et nous sommes le deuxième territoire maritime du monde, mais on ne va pas raconter d'histoires, ce n'est pas seulement grâce aux 1.000 km de côtes de la France métropolitaine. C'est surtout à cause des outre-mer.

Autrement dit, le ressort principal de la puissance pour le futur, il est ici. Je vous demande de... de le méditer.

Parce que ça vous explique pourquoi je tourne mon regard, et je dis : "On ne doit plus considérer les îles comme des régions ultra-périphériques", pas pour faire plaisir aux îliens, mais pour faire plaisir à la France, et à ce dont elle a besoin collectivement. Voilà pourquoi on peut le faire. Et vous savez, quand on installe des machines pour la mer, et ben, on ne peut pas les emmener en bateau depuis Hong-Kong.

On est obligés de les fabriquer sur place, et de les assembler sur place. Et ainsi de suite. Si bien qu'il y a, là, un ressort pour vous tous et pour vos enfants qui ne nécessite pas qu'on vous arrose individuellement d'argent et d'avantages fiscaux dont vous ne sauriez que faire, vu que vous n'avez pas d'argent.

Mais, en tout cas, les sommes sont là. Qu'on ne vienne pas me dire qu'un pays qui est capable de distribuer un milliard de dispenses fiscales à des gens qui n'en font rien n'est pas capable de mettre le même milliard pour établir des lycées professionnels, établir des... des enseignants sur place, et ainsi de suite.

Ce n'est pas vrai. On peut le faire, et il n'y a pas besoin de s'évanouir en demandant combien ça va coûter. Parce que, de toute façon, cet argent là, il n'est pas dur à trouver.

Le banquier central européen donne chaque mois, chaque mois, 80 milliards d'euros aux banques qui sont en Europe pour qu'elles regarnissent leurs comptes et vous prêtent de l'argent. Elles regarnissent leurs comptes et elles ne vous prêtent rien. Et quand elles vous prêtent, vous avez intérêt à faire attention.

L'autre jour, je suis allé au marché, comme vous le savez, parce que vous avez vu le petit film. Et quand je suis arrivé au bout du marché, il y a une dame dont le commerce a brûlé. Et elle a dû tout recommencer, cette femme qui a toute cette charge sur le dos, de sa famille, du reste, enfin, tout ce que vous connaissez de la vie.

Et bien, elle a donc emprunté pour pouvoir se ré-équiper. Si elle voulait acheter une voiture, elle emprunte à 2,5 mais pour refaire marcher un restaurant, avec plusieurs employés, et bien elle emprunte à 7,5. 7,5 !

Voilà. C'est de l'exploitation. La banque qui fait ça, je ne sais pas quel est le type ou la fille qui signe le papier, mais devrait avoir honte.

Il devrait avoir honte de prendre une part pareille sur le travail de braves gens qui se dévouent, alors qu'à eux, le banquier central prête à presque 0. Presque 0 pour eux, 7,5 pour cette femme qui fait vivre toute une famille et qui apporte un service commun. Voilà pourquoi quand je dis que vous n'avez rien à attendre des banques sans leur serrer la gorge, je parle peut-être fort, je parle peut-être pointu, mais je décris cette vérité humaine là.

Et les gens, poudrés et parfumés, qui sont si contents d'eux-mêmes et de cette économie flexible, compétitive et le reste, évidemment, regardent tout ça de haut, et me voient moi comme un sauvage. Mais les vrais sauvages, c'est eux. C'est les gens qui sont capables d'asservir les autres de cette façon là. (Applaudissements) Je vous ai parlé de tout ça, vous voyez la différence.

Alors, j'y reviens un instant. Je vous ai parlé d'investissement, de production, de gens à former, à cultiver, Alors on me dit : "Oui, mais bon, l'enseignement professionnel..." Quoi, l'enseignement professionnel ?

Qu'est-ce que vous croyez ? Comme vos enfants n'y sont pas, vous ne savez même pas ce qui s'y pratique, et vous êtes là, piaillant et sautillant, mesdames, messieurs les importants, à vouloir envoyer tout le monde en apprentissage, mais votre gosse n'y va pas, donc vous ne savez pas ce que c'est. Mais les enfants vont souvent en apprentissage parce que la façon avec laquelle on apprend à l'école ne leur convient pas, des fois, mais ils y vont souvent parce qu'il y a une petite paie et que ça permet de faire bouillir la marmite.

Voilà la vérité que vous ne savez peut-être pas, ben, je vous la dis, alors. Et si vous ne le savez pas, la moitié de la jeunesse de France est dans l'enseignement professionnel, dans l'enseignement technologique et dans l'apprentissage. Et qu'est-ce que vous croyez qu'on fait, comme ils disent : "Il faut apprendre sur le tas." Ah oui, vous croyez ça, vous ?

Vous croyez qu'on apprend sur le tas. Une machine qui vaut des millions, une machine dans laquelle il faut mettre un programme, vous croyez qu'on apprend sur le tas, et quoi ? Vous allez donner une banane à chaque fois qu'il appuie sur le bon bouton ?

Non. "L'enseignement manuel", disent-ils, qu'est-ce que vous croyez ? Il n'y a pas de mains qui marchent sans un cerveau.

Et si vous ne cultivez pas, si vous n'éduquez pas, si vous n'élevez pas, alors ça ne donnera rien, même pour la production la plus triviale. Je vais vous dire, un jour, j'ai vu des gamins, ils ne venaient plus à l'école, à un BEP de métallerie, les professeurs se cassaient la tête, ils ont fini par trouver la solution, parce que les professeurs, c'est toujours des professeurs. Et bien, ils ont organisé un cours qui s'appelait "sculpture métallique géante", ils ont donc emmené ces jeunes gens voir des expositions d'art abstrait, et ensuite, eux-mêmes se sont mis à dessiner.

Un, le dessin, ça fait partie des matières professionnelles, deux, ils ont dû calculer comment ils feraient la sculpture métallique géante, ça, c'est de la physique, et ensuite, il a fallu organiser la soudure des pièces. C'est de la soudure, c'est une technique professionnelle et c'est de la chimie. Et après, il a fallu le peindre, etc., etc.

Je vous ai donné cet exemple pour vous dire que les gamins, qui n'allaient plus en cours, qui y sont retournés à 90% d'entre eux, et qu'à la fin, ils ont eu le diplôme. Mais regardez comment ils l'ont eu : en s'élevant spirituellement par la culture. Toutes ces choses que les brutes croient inutiles, un surplus.

Quand ils ont fini de compter leurs sous, alors ils lisent de la bonne littérature, et ils se figurent que la culture, c'est quelque chose qui est après le reste. Non ! La culture, c'est d'abord.

C'est parce que vous avez lu, c'est parce que votre cœur a été éveillé par la musique, par la poésie que vous changez en tant qu'être humain et que vous aspirez à savoir toujours plus. (Applaudissements) Et ben, les autres, ils s'en fichent. Mme Le Pen dit que les allègements fiscaux, c'est très bien pour les DOM-TOM.

Voilà. Tous dans la cage, fermez-là. Et M.

Fillon, mmmh ? Et bien, lui, il est surtout préoccupé par l'immigration illégale, qui est quand même le problème sur lequel vous tombez tous les jours. Par exemple, il y a un problème pour mettre la table, hein ?

Ben, hé, vous avez compris, quoi, hein. Ce n'est pas la banque qui est le coupable, hein. Voilà.

Ils espèrent vous faire croire à ces fables. Mais la chose qui m'a plu, c'est que... il propose quoi ?

Et ben, de faire encore mieux pour les allègements fiscaux. Il fait reposer l'essentiel de sa politique économique sur les promesses de nouveaux allègements fiscaux. Ah, et aussi des choses très nouvelles : "Réduire le coût du travail." C'est nouveau, non ?

Attendez, c'est génial. "Réduire le coût du travail." Oui, oui, et le... et le travailleur avec, non ?

S'il avait un moins gros estomac, moins de besoins, hein. Voilà. Réduire le coût du travail.

Vous gagnez trop, les gens. Mais oui, je vous dis ça, je vous le dis sur un mode humoristique parce que j'ai repéré que le rire permettait de fixer aussi bien les idées que de vous peindre tout le tableau catastrophique. Mais quand vous en entendrez un vous dire qu'il veut réduire le coût du travail, il faudra vous rappeler que c'est vous dont il est question.

C'est de votre paie dont il est question, et pas trouver ça sympathique et moderne. Parce que ça n'est ni sympathique, ni moderne. (Applaudissements) Il veut aussi créer des zones franches.

Des zones franches. On ne paye plus d'impôts du tout dans les zones franches. C'est-à-dire, on ne paye plus les impôts sur la société, on ne paye plus ceci, on ne paye plus cela, il faut bien que quelqu'un le paye, donc ce sera les autres.

Chaque fois qu'il y en a un seul qui vient vous dire qu'il va réduire les cotisations sociales, vous les avez entendus, tous, vous le dire. Rappelez-vous de ce que je suis en train de vous dire à cet instant. J'étais sénateur quand on a voté le fait que chaque euro de dispense de cotisation sociale doit être immédiatement compensé - ce que l'Etat ne fait pas toujours - par le budget de l'Etat.

Autrement dit, les ballots, chaque fois qu'on vous dit qu'on va enlever les cotisations sociales, et qu'on va vous donner les sous à vous, dans votre paie, direct, après vous être bien frottés les mains à l'idée que ça va augmenter votre salaire, rappelez-vous que vous devrez vous payer, avec ce salaire, en impôts, vous-mêmes, et c'est exactement ce que veut dire celui qui propose de vous payer en imp... en salaire direct ce qu'il ferait ensuite passer par la CSG, comme je vous l'ai dit tout à l'heure.

Alors, comme il arrive dimanche, vous lui poserez la question de savoir, à la fin, pourquoi ils ne veulent pas aller prendre l'argent là où il se trouve. Là où il y en a des masses gigantesques, immenses, considérables, accumulées, qui ne servent strictement à rien, qui passe son temps à tourner dans la sphère financière, pour y réaliser des taux de profits absolument invraisemblables qu'aucune activité humaine ne peut dégager. Parce que, autrefois dans l'industrie, et encore maintenant, le 3, le 4%, ce sont des taux de profits qui paraissent considérables.

Mais quand vous tournez dans la sphère financière, les taux de profits, c'est du 10, du 12. J'ai connu une entreprise qu'on a fermée alors qu'elle était profitable, elle faisait du 8 et le fonds de pension qui avait placé son argent là-dedans attendait du 15. Et bien, ils ont préféré fermer la boite que de continuer à gagner moins que ce qui était prévu pour ne pas effaroucher les gens qui investissaient sur ce fonds de pension.

J'espère, je ne sais pas si tout le monde a bien suivi ce que je viens de raconter, mais vous vous rendez compte de la prédation que le capital financier exerce sur l'activité humaine réelle. Peut-être qu'on leur en voudrait moins si ils faisaient des sous en faisant travailler tout le monde et en produisant quelque chose qui soit utile à la société. Alors... (Applaudissements) ça, c'est le premier défi.

L'autonomie énergétique, autrement dit, le plan Vergès partout. Si on le fait à la Martinique, on pourra dire à la Corrèze : "Vous pouvez en faire autant." Ah, mais ils diront : "Nous, on a pas d'eau." Ah, pas de bol, hein, cette fois-ci, la situation a changé. (Rires) Mais c'est vrai.

Chaque département de la métropole pourrait se poser la question, et c'est là qu'on verrait comment la planification écologique oblige chaque département à réfléchir, car naturellement, la planification écologique, c'est prévoir, comme je vous l'ai montré tout à l'heure, la formation puis la mise en oeuvre, etc. Mais la planification écologique, c'est la réflexion au plus près du terrain. Mais on va pas parler pour la Corrèze, j'irai bientôt si ils veulent, mais vous savez, les hydroliennes, on peut les mettre en mer, bien sûr, on en met en mer, on en a quelques unes au large des côtes françaises, entre l'Angleterre et la France, parce qu'il y a là un courant du feu de Dieu qui passe à une vitesse incroyable, il fait tourner des moulins qui ont des pales de 9 mètres, vous vous rendez compte.

Et c'est tellement violent que ces pales se ramassent des cailloux qui sont arrachés du sol, c'est une réalisation technique extraordinaire, enfin, ça s'appelle une hydrolienne. Mais bon, moi j'utilise aussi le mot parce que je trouve que ça fait bien. Enfin, des hydroliennes, dans notre pays, il y en a eu des milliers, hein, pendant des années, ça s'appelait des moulins, avant, hein.

Bon, ben, on se rappelle des moulins. Donc, des moulins, on peut en mettre partout, dans toutes les rivières de France. Et dans celles de Corrèze aussi, encore faut-il se poser la question.

Autrement dit, la production doit être pensée localement, la diffusion, elle est forcément nationale, et le réseau doit rester national. On y a intérêt, parce qu'un réseau électrique comporte des moments de délestage, des moments de surcharge donc, il faut travailler tout ça. Vous vous demandez pourquoi je vous parle de tout ça, hein.

Ben parce que c'est vos affaires, mes amis, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Personne ne vous en parle, mais c'est la vérité. Si vous n'avez compris que tous les barrages de France vont être privatisés, vous vous imaginez une idiotie plus grande que celle-là ?

Vous voyez, l'investisseur, il se lève le matin, il dit : "Ah oui, aujourd'hui, je vais produire de l'électricité. J'achète un barrage." Non.

Il se lève, il dit : "Aujourd'hui, je vais produire du fric. Où est-ce qu'il y en a à prendre ? Dans le barrage." Et si quelqu'un lui dit : "Ah oui, mais vous comprenez, bon, hein, 25% des barrages ont déjà plus de 70 ans." "Quelle horreur, j'enlève mon argent." Parce qu'il n'a pas l'intention de couler un seul mètre cube de béton là-dedans.

Il n'est pas venu pour ça. Rappelez-vous en quand on vous fera des belles promesses. Deuxième défi où vous pouvez être pilote et obliger donc tous les autres, parce que si vous y arrivez, ils y arrivent.

Deuxième défi, c'est celui de la souveraineté alimentaire. Alors là, c'est une grande question. Parce que quand je vous dis : on va changer le mode de production, le mode d'échange, en général, vous voulez bien m'écouter.

Mais quand je vous parle de souveraineté alimentaire, vous êtes encore d'accord. Mais après, on dit : "Oui, mais qu'est-ce qu'on va manger ?" C'est là que ça ne va plus.

Mais, mes amis, on ne peut pas faire changer notre mode de production pour être conforme à l'intérêt général humain, on ne peut pas changer notre mode d'échange si on ne change pas notre mode de consommation. Si nous continuons à être l'esclave de désirs qui nous sont inculqués, de modes et de pratiques que nous n'avons jamais choisies, nous ne pourrons pas changer le système. Le système, il est dans notre peau.

Il est entré... (Applaudissements) dans nos goûts... (Applaudissements) notre langue, nos papilles.

Tenez, le vin - je ne sais pas si ça vous intéresse comme sujet, moi, ça me passionne - et ben, le vin, autrefois, si vous mettiez du sucre dedans et que vous mettiez des copeaux de bois et que vous touilliez un bon coup, on vous coupait les mains - ah, c'est au Moyen-Age, hein - pour avoir fait ça. Aujourd'hui, c'est encouragé parce qu'il y a un goût universel pour pouvoir vendre des quantités extravagantes de vin. Ben alors, vous direz : "Oui, M.

Mélenchon, vous êtes tranquille parce que du vin, on ne peut pas en faire tant que du Bordeaux, hein, forcément, il y a une limite. Et puis du champagne non plus." Ben si, les ballots.

C'est réglé. C'est réglé, ça s'appelle grand marché transatlantique et on enlève les normes et les appellations, et voilà, vous aurez du champagne du Mississippi, du Bordeaux du Tennessee avec des copeaux, du sucre, tout ce que vous voulez, bien touillé. Et après, vous irez boire ça, et après, vous direz : "Tiens, c'est curieux, il y a une épidémie d'obésité chez nous, d'où ça vient ?" Et bien c'est ce qui arrive.

La malbouffe a une conséquence terrible sur nos populations. Jamais on avait vu ça sur le territoire de la République Française. Autant de gens malades de cette épidémie d'obésité, qui crée toutes sortes de problèmes.

Toutes sortes de problèmes, d'abord aux malheureux qui en souffrent. Surtout à eux. Alors, on laisse faire, on continue ?

Et j'ai dit "les désirs qui nous sont inculqués", cette uniformisation de l'humanité, quelle tristesse ! Je débarque à l'aéroport Fort-de-France. Je me promène, et qu'est-ce que je vois ?

La même chose que ce que je viens de quitter. A 10.000 km de là.

Le même McDonald's... (Applaudissements) le même bâtiment dégueulasse. (Applaudissements) Alors... (Applaudissements) c'est "ah la la, c'est le moment de parler de culture", hein.

C'est tout ce que vous savez faire ? Les mêmes horreurs qu'il y a ailleurs. Et on parlait avec une camarade, elle me dit : "Mais ça, je connais, j'ai vu la même chose en Equateur, à Miami." C'est partout pareil.

Ils ont tout nivelé. Tout homogénéisé. Tous pareils, sauf la paie.

Les mêmes consommations, les mêmes objets, c'est de ça de quoi il faut s'arracher. Donc on doit changer nos modes de consommation. Et quand il s'agit d'alimentation, c'est pour ça que j'ai été voir le groupement régional des agriculteurs bio, c'est pour ça que je suis allé les voir, parce que je voulais vérifier que ce que je raconte est jouable ou pas.

Je leur ai dit : "Ecoutez, est-ce que c'est possible, la souveraineté alimentaire, l'autonomie alimentaire ? Est-ce qu'on est capable de produire de quoi nourrir tout le monde ici, parce que vous êtes déjà 450.000.

Est-ce qu'on est capable ou pas ?" Est-ce qu'on a la technique ? Réponse : oui.

C'est déjà pas mal. Est-ce qu'on a la terre ? Ça commence à être moins sûr.

Pour deux raisons. Une partie a été pourrie. Le chlordécone, tout le monde connait.

Ah, mais attendez, en métropole, personne n'est au courant, ou peu de monde. Et c'est quand même monstrueux, cette histoire, hein. Et ça continue.

On en a encore pour un bon moment, il va falloir trouver le moyen de décontaminer tout ça. Allez, les ingénieurs. Venez ici, réglez-moi ça.

Mais oui, parce qu'on peut le régler. Ce n'est pas une calamité contre laquelle on ne peut rien, ce n'est pas vrai. On est capable de décontaminer, on a les techniques, on a les méthodes.

Et puis, pendant qu'on y est, on va commencer à discuter de savoir si c'est une si bonne idée que ça d'avoir comme modèle d'organisation de l'agriculture, comme unique objectif, exporter. Non. Le premier objectif, c'est nourrir.

Donc relocaliser. Donc ça veut dire qu'il faut réorganiser, peut-être, l'usage de la terre. (Applaudissements) Est-ce qu'on peut ? (Applaudissements) Voilà la question.

Est-ce qu'on peut ? Je discute avec ceux qui font de la banane, puisque le problème, c'était la banane, et que c'est toujours la banane, je discute avec M. Blondel.

Il était là ce matin au marché. Et je lui dis : "Mais vous arrivez à faire des bananes sans pesticides ?" Il me dit : "J'y arrive." "Ah, comment vous faites ?

Vous avez des bouillies ?", j'en connais un rayon, sur ces trucs là, à cause de la vigne. C'est ça, l'avantage d'avoir une activité politique, vous pouvez vous intéresser à des tas de choses, moi j'ai toujours été fantasque, je me suis toujours intéressé à plein de choses qui n'étaient pas dans mon domaine, hein.

C'est comme ça que j'ai découvert la littérature, parce que si jamais j'avais fait ce qu'on m'avait dit, j'aurais connu que les auteurs classiques. Heureusement qu'il y a eu la littérature de gare pour que j'achète un bouquin de Glissant. Sinon, je ne savais pas que ça existait, hein.

Comme Steinbeck et le reste. Je reviens à mon histoire. Est-ce qu'on peut ?

Réponse : oui, on peut produire les bouillies qui ont la fonction de pesticide à partir des plantes qu'on a ici. Donc on peut produire en masse pour nourrir sans pesticides et avec d'autres méthodes d'agriculture. Donc il nous faut des lycées agricoles qui prennent en compte la nécessité de travailler autrement.

Parce que ce n'est pas tout de dire que vous allez faire une révolution agricole si vous n'avez pas d'agriculteurs pour la faire. Hé, les gens, si je vous dis qu'on va avoir 400.000 postes de travail, ou 300.000, ça dépend des évaluations, pour le nouveau modèle agricole, mes camarades étaient tout contents d'avoir trouvé ça, ils avaient fait le total et tout, ils avaient demandé aux fédérations, à la confédération paysanne et tout.

Ah oui, oui, très bien. Et où vous les trouvez ? Où ils sont, les 400.000 en question ?

Je ne vais pas prendre comme ça, 1, 2, 3, 4, toi, tu es paysan, 1, 2, 3, 4, toi, tu es paysan. Non. Il faut donc que le goût soit là, donc on transforme la condition paysanne.

Vous ne pouvez pas dire à des gens qu'ils vont aller travailler à la terre comme des animaux. Personne n'a envie d'une vie comme ça. Et ben vous, vous n'en voulez pas, et ben, eux non plus.

Donc il va falloir organiser tout ça différemment. Bon, est-ce qu'on peut le faire ? Réponse : oui, mais il faut changer vos habitudes.

Franchement, il y a assez ici de légumes qui ont été adaptés avec le temps. Je ne dis pas que ça s'est fait d'une fois, hein. Ah, ben oui d'accord, non mais, si vous voulez à tout prix manger du riz et des pâtes, c'est votre affaire, on ne vous empêchera pas de le faire, hein, mais ce n'est pas normal qu'on soit dans cette situation, où on importe 96% des poulets que vous mangez.

Vous ne pouvez pas faire un poulet ici ? (Applaudissements) Qu'est-ce qui se passe ? Où vous en êtes ?

Qu'est-ce que c'est que cette histoire qu'un poulet qui court dans la rue coûte plus cher qu'un qui arrive par avion ? Qu'est-ce que c'est que ce monde de fous ? Qu'est-ce que c'est, ce monde de fous ?

C'est à ça que je demande de... vous riez, mais vous avez raison de rire, mais il faut le regarder avec ce recul en disant : "Mais comment on est arrivés là ?

Comment on en est arrivés là ? Comment on en est arrivés à aller au magasin où on sait qu'on va se faire assommer pour manger des choses qui ne sont pas bonnes ?" Et quel est le mystère de la formation des prix qui fait que vous vous faites dévaliser de la sorte ? (Applaudissements) Ah ouais... (Applaudissements) Comme j'étais dans la rue, je me fais arrêter par un groupe de gens, là, très aimables et qui me payent un café, d'ailleurs, et puis on discute et ils commencent à me parler de l'octroi de mer, ils disent: "On paye très cher, etc." Peut-être bien, mais l'octroi de mer, ça a servi de barrière, un temps, pour empêcher que les marchandises qui arrivent de l'extérieur exterminent les marchandises qu'on produisait là.

Ben oui, le problème, c'est qu'on ne produit plus rien. Par conséquent, il se contente d'exterminer. Je vois bien qu'il y a quelque chose qui ne va pas, mais d'un autre côté, est-ce que vous allez dire aux collectivités locales dont c'est la principale ressource qu'il n'y a plus d'octroi de mer ?

On peut le décider. Et on peut surtout dire que c'est complètement aberrant, parce que la collectivité locale a des sous pour aider des gens à condition qu'ils aillent consommer des choses dans le magasin qui leur coûtent cher. Tout ça est absurde, c'est comme ce que je disais tout à l'heure, c'est un cercle vicieux.

Donc il faut trouver un autre moyen, premièrement, de financer les collectivités locales sans leur raconter d'histoires, parce que, elles, elles prennent des décisions, elles mettent en route des autobus, elles font ceci, cela, on s'occupe de la cantine, du reste, soit dit par parenthèses, la cantine, ça devrait être 100% bio, le bio, ça ne doit pas être réservé aux riches, tous les gosses ont les mêmes droits, on est d'accord ? Donc, tout bio. (Applaudissements) et, mais si la collectivité locale, elle lance tout ça, et puis, tout d'un coup, couic, il n'y a plus d'argent, l'Etat n'en donne plus, ou en donne moins, évidemment, qu'est-ce qu'elle fait, la collectivité ?

Soit elle vous enlève le service, et vous n'êtes pas contents, soit elle augmente vos impôts, et vous n'êtes pas contents non plus. Donc il faut que les collectivités locales aient une ressource qui soit assurée et garantie. Alors, bon, je ne vais pas vous lancer dans cette histoire là, c'est un petit peu compliqué, mais ça compte.

Et puis, la deuxième chose, c'est que oui, il faut des barrières. Moi, je ne suis pas un libre-échangiste, je ne suis pas d'accord, pas d'accord pour que toutes les marchandises rentrent et sortent comme elles veulent, je ne suis pas d'accord. Je pense par exemple qu'une banane dont on est pas garanti qu'elle ne contienne aucun pesticide et qu'elle ait été cultivée par des gens qui sont esclavagisés, comme c'est le cas sur le continent, je ne suis pas d'accord pour qu'elles arrivent dans mon assiette et que j'ai pour motif de me dire : "Ah, ben, je suis content, c'est moins cher." Je ne suis pas d'accord.

Je ne suis pas d'accord pour que toute une série de produits de cette nature soit mis à la disposition de tout le monde au seul motif que ce n'est pas cher. Non. Donc, il faut que nous mettions des barrières, mais des barrières raisonnables, c'est ce que j'appelle le protectionnisme solidaire.

Protectionnisme, oui, on protège nos productions. Voilà. Si vous voulez faire des poulets, si on veut qu'il y ait des poulets qui soient produits localement et que vous les mangiez, ben, il faut les protéger des poulets qui arrivent de l'extérieur avec...

Pas les poulets étrangers, hein, je n'ai pas dit ça, hein. Les autres poulets, quoi. Ces poulets, c'est toujours un bon exemple dans les meetings.

Une fois, il y a un ami qui m'a dit ça, il m'a dit... il faisait le registre électoral, oui, ben, ne vous marrez pas parce que ça vous concerne.

Alors, c'était dans un pays qui est très exotique, hein. La Bolivie, ce n'est pas chez nous que ça arriverait. Ils avaient plusieurs millions de personnes qui n'avaient aucune inscription sur les listes électorales, ce n'est pas ici que ça se produirait, hein, on est tranquilles, ouais.

Alors, donc, ils ont commencé à les organiser. Et alors, évidemment, les réactionnaires ont commencé tout de suite à hurler : "Quoi, c'est les Cubains qui font le registre électoral ? Ils ont emporté les listes à Cuba." Vous savez, ils lisent les listes à Cuba, ça leur fait du bien.

Et ça faisait peur aux gens. Et alors, le gars... le gars, façon de parler, pardon, je suis irrespectueux, c'était le premier ministre, c'est un ami.

Il s'appelle Ramon Quintana, et donc on discute et il me dit : "Ecoutez, vous vous rendez compte, c'est quand même incroyable, ici, on peut manger une aile de poulet - oui, alors, les poulets qui reviennent - et le poulet, on sait d'où il vient, de quelle ferme, qui c'est qui lui a donné à manger, qu'est-ce qu'il a mangé, combien de fois. Parce qu'il y a dix codes-barres qui indiquent tout ça. Et ici, il y a des gens, on ne sait même pas qui c'est, ni d'où ils sortent.

Et tout le monde s'en fout." Et bien, on devrait se poser la question de savoir, si nous, ici, on n'est pas un peu pareils, hein. Pensez-y avant la prochaine élection.

Vérifiez un peu autour de vous de savoir si les gens sont bien maîtres de leur destin. Faites attention qu'on leur ait pas trop bourré le crâne à leur dire : "C'est tous les mêmes, ça ne vaut pas la peine, on reste à la maison, on va bouder." Et c'est les mêmes qui gardent le pouvoir, les mêmes qui continuent à pratiquer les mêmes politiques.

Il faut vous inscrire et il faut voter pour les faire dégager, il n'y a pas d'autre moyen, c'est comme ça dans la démocratie. (Applaudissements) Qu'est-ce que je ne vous ai pas encore dit, qui est sur mon papier ? Non, parce qu'après, vous allez vous fâcher si je continue comme ça.

Avec tout ce qui ne me convient pas. Pas la façon avec laquelle nous traitons la situation. Alors voilà.

Ou bien ça continue comme avant. Toutes les habitudes sont prises, il n'y a rien qui change. Vous continuerez à râler au même endroit sur les mêmes sujets.

Moi, je vous dis juste une chose. Des territoires comme les nôtres, ici, sont fragiles. Vous ne pouvez pas vous figurer que vous allez continuer à diminuer la proportion de terres arables comme vous êtes en train de le faire.

Diviser par 4 la surface de terres utilisables. Parce que quand on construit, figurez-vous que ceux qui investissent pour construire, ils ne vont pas à l'endroit où il y a des cailloux, des pentes et le reste. Ils vont à l'endroit où c'est plat.

L'endroit où c'est plat, c'est justement l'endroit où on peut planter. Je ne vous donne que ça, comme exemple. Mais vous voyez que vous êtes dans une impasse.

Je ne connais pas, moi, la réponse à chaque cas, et pourquoi je la connaîtrais, et pourquoi ce serait à moi de le décider ? C'est bien à vous, quand même, c'est vous qui avez le nez dessus. Mais il faut que vous puissiez intervenir, et pour ça, il faut changer la logique.

Si la logique, c'est que le Président de la République vous dit : "Vous allez être le pays pilote pour l'autonomie énergétique, vous allez être le pays pilote pour l'autosuffisance alimentaire." Et ben, vous allez vous y mettre. Et vous allez tous le faire.

Et les collectivités vont s'y mettre, parce qu'elles sauront qu'on va les aider et pas les lâcher en cours de route, une fois qu'elles auront commencé. Vous voyez, c'est à ça que moi, je voudrais appeler. Je ne viens pas vous raconter tout ce qui ne va pas, vous le savez mieux que moi.

Comment on s'est moqué de vous, vous le savez mieux que moi. Je viens plutôt vous appeler à ça. A cet élan, on va faire les choses.

Nos gamins ont un avenir. Nous-mêmes, on en a, le monsieur qui m'a arrêté dans la rue, qui m'a dit : "M. Mélenchon, qu'est-ce que vous allez dire sur le chômage, parce que moi, je voudrais travailler." Tout le monde veut vivre dignement en contribuant à l'effort collectif par son travail.

Ce n'est pas vrai que le pays soit rempli "d'assistés", comme ils disent, avec ce vocabulaire qui n'est pas le nôtre. Nous, on parle de solidarité. Ce n'est pas vrai. (Applaudissements) Il y en a assez qu'on montre du doigt les pauvres en les rendant responsables de leur pauvreté.

Les chômeurs en les rendant responsables de leur chômage. Les gens malades en les rendant responsables de maladies qui sont arrivées par l'environnement. Et qu'on entende dire : "Les gens, il faut vous responsabiliser." Voilà, responsabilisez-vous.

Attrapez la grippe en été, il y en a moins qui l'ont. (Rires) Qu'est-ce que ça veut dire, ces histoires ? Cette manière, toujours, d'inculquer aux braves gens une sorte de dégoût d'eux-mêmes, une méfiance à l'égard d'eux.

Leur enlever leur fierté, le goût de ce qu'ils savent faire, de leur envie de contribuer au bien commun, en les humiliant sans cesse, en les montrant du doigt. Vous avez vu cette émission infâme où on montrait des pauvres gens qui étaient culpabilisés parce qu'ils avaient des aides sociales ? Et le peu qu'ils avaient, on le leur reprochait encore.

Ça suffit. Ouvrez vos cœurs. Ne supportez plus qu'on vous parle comme ça.

Ne laissez plus dire ces choses. (Applaudissements) Bon, je l'ai fait à votre place, pour le coup, là. Mais enfin, quand même, vous ne pouvez pas être la terre de Césaire et des autres et ne pas entendre ce que je viens de dire, je sais que vous l'entendez.

Maintenant, il faut convaincre les autres. Ça ne peut plus durer comme ça. Ça ne peut plus durer, d'abord, ça ne peut plus durer pour la planète.

Ça ne peut plus durer pour nos gosses. Ça ne peut plus durer pour la vie qu'ils nous font, l'image qu'on a de nous-mêmes quand on se regarde. Voilà toutes ces choses qu'il faut reprendre.

C'est ça, l'enjeu d'une élection. Ce n'est pas juste de savoir si vous allez élire celui-ci ou celui-là, encore que c'est celui-ci qu'il faut élire. (Rires et applaudissements) Bon.

Là, il va falloir finir, alors je vais aller un petit coup dehors, quand même, les pauvres, ils ont été patients. Il reste quelqu'un dehors ou pas ? Qu'est-ce que vous en dites ? (Applaudissements) (Applaudissements) Wouaouh. (Applaudissements) Ça va, là ? (Applaudissements) Mais vous êtes restés là, tout ce temps ?

De qui je pourrais dire du mal, maintenant ? (Rires) Non, je viens maintenant vous dire... je viens vous dire au revoir après tout ce que j'ai déjà dit.

Alors, les gens, je vais vous parler pays. D'abord, des excuses pour les littéraires qui m'ont entendu, et vous avez entendu tout à l'heure, là, sur la vidéo, citer Aimé Césaire. Mais je l'ai mal fait.

Il y a un complot, là. Comment je dois me mettre ? Ça compte marcher un jour, là ?

Merci, monsieur. Vous m'entendez encore ? Bon, ça va aller, alors.

Je l'ai mal cité. Mais j'espère que je me suis montré à la hauteur, aujourd'hui, de ce que j'ai voulu citer hier. Alors, je vous la relis, telle qu'elle est dans le texte d'Aimé Césaire.

Et à vous tous, chacun à sa façon, d'en faire autant. "Ma bouche", dit Césaire, "ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche. Ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir." La leçon qu'enseigne Césaire, à cet instant, est qu'il n'est pire maladie de l'âme et du cœur que la résignation.

Renoncer à changer le monde, c'est renoncer à être soi-même dans un monde meilleur. Ce à quoi je vous invite, quoi qu'il arrive, quelle que soit l'issue de la volonté de notre seul souverain, le peuple, c'est à garder au cœur cette idée, que génération après génération, vous autres, là, moi, qui n'ai plus votre âge, nous tenons le même fil rouge dans le temps, portant la même lumière, la même promesse, pour toujours, de rebond, de renouveau, de recommencement, d'espérance, de nouveauté, de bonheurs possibles. Césaire, encore, discourant contre le colonialisme.

Le colonialisme, mes amis, qui est entré comme un pied dans sa chaussure dans le nouvel âge du capitalisme, le colonialisme qui faisait de cette terre, une terre de monoculture pour l'exportation au prix du travail qui coûtait le moins cher possible, celui des esclaves. Le colonialisme a remis son pied dans le capital financier transnationalisé, lui aussi, il vous appelle à continuer à produire pour l'exportation au moins cher possible. C'est-à-dire sur le dos de la souffrance et de l'humiliation du grand nombre, les uns, condamnés au travail toujours plus intense, les autres, à la désespérance du chômage.

Le colonialisme, qui pratique le même aveuglement inhumain qu'il pratiquait autrefois, à sa façon aujourd'hui, quand il refuse de voir que 40% des espèces vertébrées ont déjà disparu de la surface de la planète, que c'est dans les DOM et les TOM que disparaissent le plus grand nombre des êtres vivants, dont la diversité était la magie de vivre, celle des imaginaires, celle des poésies, celle des comparaisons, ce ne sont pas seulement des bêtes qui disparaissent, ce ne sont pas seulement des mondes qui s'engloutissent, c'est une manière d'être un être humain qui disparaît. Voilà le vrai défi auquel vous êtes appelés, et à vous spécialement, jeunes gens, jeunes hommes, jeunes femmes, à vous, qui portez nos espérances, votre devoir est d'infléchir le cours de l'histoire, de ne pas permettre qu'ait lieu cette immense catastrophe qui se dessine sur la civilisation humaine. Portez en vous, pour toujours, la leçon d'Aimé Césaire. "Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente", dit Césaire.

Cette décadence s'interrompra si, à mon appel, puisque c'est moi qui porte cette parole, aujourd'hui, pour vous tous, à mon appel, à notre appel à tous, nous invitons les peuples qui sont ici en Caraïbe, qu'ils soient français, ou qu'ils ne le soient pas, tout notre environnement, géographique et humain, culturel commun, que nous appelons avec cette formule qui est contenue dans le titre de notre programme, à un avenir commun. Nous sommes tous, d'abord, des êtres humains semblables par nos besoins, nos rêves, nos espérances, nos amours. (Applaudissements) Faites prévaloir... (Applaudissements) l'intérêt général humain. (Applaudissements) N'ayez jamais honte d'être bons, d'être tendres, d'être partageux.

N'ayez jamais honte d'être des êtres humains et de mépriser les obstacles que l'on vous présente parce que vous vous sentez capables de les dépasser. Allez ! (Applaudissements) (Applaudissements)