Sébastien Lecornu à Matignon, 10 septembre...L'interview en intégralité de Manuel Bompard
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Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Manuel Bompard. Vous êtes le coordinateur La France Insoumise, député LFI des Bouches-du-Rhône. Vous étiez ce matin à 5h sur un point de blocage. Vous en arrivez à l'instant, le dépôt de bus du nord de Paris. On va d'ailleurs continuer à suivre en direct. Vous le voyez sur BFM TV, mais je vous informerai en temps réel également pour ceux qui nous écoutent sur RMC. Ces images viennent de Caen, de Toulouse, de Lyon, de Nantes, de Paris, avec des infrastructures, des écoles, des lycées. Il y a eu certaines rocades ou le périphérique qui sont bloquées en ce moment même. Les interpellations, il y en a eu 84 au moment où l'on se parle.
Bien sûr qu'on va y revenir, Manuel Bompard, puisque vous êtes aux premières loges, que vous appeliez à ce mouvement Bloquons-Tout. Mais dans ce contexte, il y a eu cette nomination hier soir, un nouveau Premier ministre, Sébastien Lecornu. Votre réaction, Manuel Bompard ?
Évidemment, c'est une provocation, M. Macron. Alors que depuis un an, l'année dernière, après la dissolution de l'Assemblée nationale, il a perdu les élections législatives, il a nommé M. Barnier, qui a été renversé par l'Assemblée nationale, il a nommé M. Bayrou, qui a été renversé par l'Assemblée nationale. Et M. Macron n'a rien trouvé de plus intelligent à faire que de renommer une personne qui a été membre de tous ses gouvernements depuis 2017. M. Lecornu est la seule personne en France, au monde, qui a été membre de tous les gouvernements d'Emmanuel Macron depuis 2017. À un moment, il ne faut pas, comme ça, s'entêter, faire le forcené, multiplier les dénis de démocratie.
Les gens ont exprimé leur rejet de la politique d'Emmanuel Macron. Et indépendamment de la personne de M. Lecornu, évidemment, en le nommant lui, vous donnez le signal qu'en fait, vous n'avez pas du tout l'intention d'écouter les gens. C'est un déni de démocratie pour vous ? Évidemment, il y a eu des élections l'année dernière. Massivement, les Françaises et les Français ont dit qu'on est en désaccord avec la politique d'Emmanuel Macron. Il a quand même décidé de ne pas tenir compte du résultat, de continuer à imposer sa politique. Ça fait maintenant à deux reprises que l'Assemblée nationale a censuré ses gouvernements. Et il continue dans la même direction.
Donc je trouve qu'il y a évidemment quelque chose de totalement inacceptable, de totalement méprisant, d'une violence en vérité démocratique qui est insupportable.
Avez-vous quelques moyens que ce soit ?
Évidemment. D'abord, moi, je vous dis une première chose. M. Bayrou a demandé un vote de confiance. Donc M. Lecornu, s'il devait suivre, on va dire, les usages démocratiques et républicains, devrait demander un vote de confiance. Et moi, je souhaite que M. Lecornu demande un vote de confiance.
Si j'étais élu, je ne le ferais pas. Enfin, on a bien compris qu'avec le résultat de la semaine dernière, il y a peu de chances qu'il s'en sort autrement.
Si la démocratie est trop un embêtement, proposez autre chose. Mais moi, je suis favorable à la démocratie. Donc un gouvernement, c'est l'usage de la Constitution. Quand il vient d'arriver, il demande la confiance et il demande s'il y a une majorité. Il est donc peu probable qu'il le fasse ? Eh bien, s'il ne le fait pas, évidemment, dès le premier jour de la session parlementaire à l'Assemblée nationale, nous déposerons une motion de censure sur la base de l'article 49.2 de la Constitution. Regardez. M. Barnier est tombé sur la base d'une motion de censure déposée en vertu de l'article 49.3 de la Constitution. M. Bayrou est tombé après avoir demandé un vote de confiance.
C'est l'article 49.1 de la Constitution. Et comme j'ai l'impression que M. Macron veut faire le tour de tous les articles de la Constitution, eh bien peut-être que M. Lecornu tombera sur la base de l'article 49.2 de la Constitution.
Qu'est-ce que c'est l'article 49.2 ?
C'est une motion de censure qu'on appelle une motion de censure spontanée, c'est-à-dire la possibilité, hors d'un texte, de déposer une motion de censure qui a en gros la manière de demander un vote de confiance si M. Lecornu ne veut pas de vote de confiance.
Pensez-vous que vous aurez le soutien du reste de la gauche pour ce dépôt de censure ?
Je crois savoir, je crois avoir entendu que du côté du groupe communiste, du côté du groupe écologiste, je ne veux pas parler à leur place, ils feront les déclarations qu'ils veulent. J'ai entendu des réactions très froides, évidemment, à la nomination de M. Lecornu. En tout cas, ce que je peux vous dire, c'est qu'évidemment, nous proposerons aux autres députés de gauche de déposer avec nous cette motion de censure.
Vous n'avez pas mentionné les socialistes, est-ce qu'ils ne sont plus de gauche ?
Non, ce n'est pas ça, c'est que j'ai entendu que les socialistes, après peut-être me feront-ils mentir. Mais j'ai entendu qu'ils disaient qu'ils allaient laisser de la place à la négociation avec M. Lecornu. Donc moi, je suis cohérent, je veux le faire tomber tout ce que je considère que c'est un déni de démocratie. Donc je ne vais pas aller négocier avec lui.
On l'avait bien compris, Olivier Faure avait d'ailleurs fait acte officiellement de candidature pour le Parti Socialiste. Il avait dit si on nous appelle, on dit oui.
Oui, je sais, je trouve qu'il a d'un certain point de vue une responsabilité dans la nomination de M. Lecornu parce qu'il s'est avancé tout seul. En disant, de toute façon, les Insoumis, je les mets de côté. Et il a donné l'illusion qu'il pouvait y avoir de la part de M. Macron un quelconque changement de politique. Alors qu'en vérité, et c'est ce que nous disons depuis maintenant des mois et des mois, tout le monde sait qu'il n'y aura pas de changement de politique sans le départ du président de la République et sans l'organisation d'une élection présidentielle anticipée.
Vous demandez donc toujours ce matin le départ d'Emmanuel Macron ?
Bien sûr. Alors je vais d'ailleurs vous faire une annonce sur ce sujet. Hier, nous avons déposé une motion de destitution à l'Assemblée nationale.
Vous l'avez déposée hier ?
On l'a déposée hier. Elle a été signée par plus de 80 députés. L'ensemble du groupe Insoumis, des députés écologistes, des députés du groupe GDR, communiste et ultramarins. Il se trouve que depuis la nomination de M. Lecornu hier soir, nous avons de nouveaux députés qui nous ont demandé de pouvoir déposer aussi cette motion de destitution. Donc nous allons redéposer, aujourd'hui, demain, on va voir, dans les toutes prochaines heures en tout cas, redéposer cette motion de destitution avec de nouveaux signataires. Je pense qu'on va atteindre quasiment les 100 députés qui vont déposer cette motion de destitution. Mais ça ne suffit pas. Pour la déposer, ça suffit. Pour la déposer, oui.
Pour que la destitution soit votée, ça ne suffit pas. Il faut ensuite qu'elle passe un certain nombre d'étapes à l'Assemblée nationale. D'abord, il faut qu'elle passe le bureau de l'Assemblée nationale. Elle l'a passé l'année dernière. Et ensuite, à la fin, c'est vrai, il faut qu'elle soit votée par deux tiers des parlementaires. Mais, Mme de Malère, puisque vous êtes une observatrice attentive de la vie politique, il ne vous aura pas échappé que M. Bayrou a été précisément renversé par deux tiers des députés lundi. Tout à fait. Donc, une chose très simple. Si les députés qui ont renversé M.
Bayrou votent pour la destitution du président de la République, ça peut passer l'étape des deux tiers de l'Assemblée nationale.
Donc, vous vous dites, au fond, s'ils sont cohérents, vous les appelez à voter.
Évidemment.
C'est une motion de destitution.
Évidemment, puisque tout le monde a compris que M. Lecornu a l'intention de mettre en place la même politique que celle que M. Macron a mise en place. Donc, à un moment, il faut être cohérent. Et c'est une manière de permettre au peuple français de retrouver la maîtrise de son destin, de pouvoir choisir dans quelle direction il veut que le pays puisse aller.
Sébastien Lecornu, ministre de la Défense, est-ce que vous estimez qu'il a bien fait le job ?
Non, mais moi, j'ai cherché à censurer ces gouvernements.
Non, mais comme ministre de la Défense, sur un point qui est censé être, je dirais, au-dessus des clivages.
Regardez, il fait partie de ceux qui, par exemple, ont cédé aux injonctions de Donald Trump. Vous vous rappelez, M. Trump, qui avait dit dans le cadre de l'OTAN, en gros, il faut que chaque pays mette 5% de son PIB dans les dépenses militaires. Et au début, M. Lecornu disait, non, non, il n'en est pas question, 5%, c'est pas nécessaire. Et quand M. Trump lui a fait du chantage, il a dit, bon, d'accord, on va le faire. Moi, pardon, je considère dans ce contexte...
Vous n'êtes pas pour le réarmement, vous n'estimez pas que c'est nécessaire.
Je ne suis pas pour 5% de notre richesse nationale dans le budget de l'armement, non. Je considère aujourd'hui, si vous voulez, que plutôt que la course à la guerre, la course à l'armement, je crois qu'on a bien d'autres priorités aujourd'hui. Je préfère qu'on mette de l'argent pour développer nos services publics, je préfère qu'on mette de l'argent... Mais, madame, quand on vous dit 5%, je vais terminer, je préfère qu'on mette de l'argent dans les services publics, je préfère qu'on mette de l'argent dans la bifurcation écologique, là, on a besoin de dizaines de milliards d'euros par an.
Ça, je pense que ça doit être les grandes priorités de l'humanité aujourd'hui, pas seulement de la France, du monde entier d'ailleurs. Maintenant, 5% du PIB, tout le monde vous le dit, même M. Lecornu, avant d'avoir changé d'avis, que c'est un chiffre sur un... ça ne correspond à rien. Moi, je suis très clair sur ce sujet. Évidemment qu'il faut estimer les besoins qui sont les nôtres pour être capable de nous défendre.
Est-ce que vous estimez qu'aujourd'hui, la Russie et la Chine sont des menaces pour la France ?
Je pense que la Russie... Pourquoi la Russie et la Chine ? M. Trump n'est pas une menace pour le monde entier. Quand il nous propose d'annexer le Groenland...
Vous la mettez sur le même plan ?
Ah, je pense que oui, oui, je pense qu'on a...
Etats-Unis, Chine, Russie, Poutine, Xi Jinping et Donald Trump, c'est pareil pour vous.
Je pense effectivement qu'on assiste d'un certain point de vue à un réveil des puissances, qui cherchent d'ailleurs à affaiblir le droit international et à régler les problèmes qui peuvent se poser par la force. Et moi, vous le savez, je suis un partisan du non-alignement de la France, c'est-à-dire ni Trump, ni Poutine, ni qui que ce soit. Et je suis un partisan du droit international, le droit international. Et précisément, M. Trump, comme M. Poutine, puisque en l'occurrence là, sur le conflit entre la Russie et l'Ukraine, c'est deux dont on parle, sont deux personnes qui menacent de violer le droit international.
Si la Pologne nous appelle à l'aide, dont le ciel a été violé, l'espace aérien violé par des drones russes qu'elle a fini par abattre cette nuit, si la Pologne nous appelle à l'aide, qu'est-ce qu'on fait ?
Mais à l'aide de quoi ? Vous voulez que la France rentre en guerre contre la Russie ?
En soutien, elle a mobilisé un certain nombre de ses soldats.
Mais on ne va pas mettre des soldats français en Pologne. Enfin, je veux dire, il faut faire un petit peu attention à ce qu'on raconte. On parle d'une puissance nucléaire. Moi, si vous voulez, on parle de minutes de la guerre.
Non, non, je vous pose la question parce que ça s'est passé cette nuit.
Moi, ça fait au moins, vous pouvez reconnaître la constance de ma position. Moi, ça fait depuis deux ans que je dis que la solution, c'est la paix le plus rapidement possible par la diplomatie. Je ne dis pas que c'est évident, mais c'est ça la solution. Et tous ceux qui ont entretenu pendant des mois et des mois l'illusion d'une victoire militaire possible se retrouvent aujourd'hui bien dans la difficulté parce que M. Trump est en train de retirer ses billes dans le soutien au peuple ukrainien. Et donc, les Ukrainiens se retrouvent isolés. Donc, il faut créer les conditions d'un accord de paix par la voie diplomatique le plus rapidement possible.
Manuel Bonpin, on le voit sur ces images sur BFM TV. Pour ceux qui nous écoutent sur RMC, les blocages se poursuivent dans un certain nombre de points de France. Et d'ailleurs, un peu partout, y compris dans des endroits où les policiers n'étaient pas forcément sur certains ronds-points. On parle de Caen, de Toulouse, de Lyon, de Nantes, de Paris, de Montpellier. Vous appelez à tout bloquer. Est-ce que ce n'était pas le moment, au contraire, de tout débloquer quand on voit la situation actuelle ?
Mais précisément, pour tout débloquer, il faut sans doute un moment où les gens se mettent en mouvement et décident de bloquer. Parce que sinon, on voit bien, d'ailleurs, dans certains points de vue, en nommant M. Lecornu hier, M. Macron en a fait la démonstration. Sinon, rien ne va se débloquer. On va être condamné à subir la même politique pendant des mois et des mois. Donc moi, j'appuie ce soutien, j'appuie ces mobilisations, j'appuie ces initiatives. Je ne les dirige pas, je ne les conduis pas. La France Insoumise est au service, on appuie, on vient en aide, on soutient là où c'est possible.
Vous n'avez jamais été actif, alors je ne dis pas forcément vous, Manuel Bompard, mais certains de vos militants dans les différentes AG qui ont eu lieu ces derniers jours ?
Comment il peut y avoir des militants ? Dans ces assemblées générales, vous avez des militants, des syndicalistes, des militants politiques, et il peut y avoir des Insoumis dans ces assemblées générales. Mais ils n'y viennent pas en tant que France Insoumise, ils y viennent en tant que citoyennes, citoyens comme d'autres, comme des gens qui peuvent aussi être non encartés, appartenir à aucune forme organisée et qui décident de se mettre en mouvement aujourd'hui.
Je le disais, Manuel Bompard, ce matin, à 5h, vous étiez sur l'un des points de blocage au nord de Paris qui empêchait la sortie des bus depuis l'un des dépôts de bus.
C'est avec les syndicalistes de la RATP qui étaient effectivement présents sur place. Moi, je suis venu les appuyer, les soutenir. Ils sont en grève aujourd'hui pour certains d'entre eux.
Vous espérez que cette grève, elle se poursuive et qu'elle arrive jusqu'à la journée du 18 ?
Oui, après, moi, je ne suis pas syndicaliste, je ne suis pas salarié, par exemple, à la RATP, pour prendre cet exemple, ou dans la santé, parce que je sais qu'il y a des mobilisations dans la santé, dans les transports, dans le commerce, etc. Donc, c'est les salariés qui doivent décider eux-mêmes des conditions d'un éventuel renouvellement de la grève. En tout cas, ce qui est certain, ce que je peux vous dire, c'est qu'il y a une nouvelle date qui a d'ores et déjà été fixée, qui est la date du 18 septembre prochain.
À l'appel des organisations syndicales.
C'est une date de l'intersyndicale et que moi, évidemment, je ne souhaite pas que le mouvement d'aujourd'hui s'arrête ce soir et qu'ensuite, les gens décideront des suites qu'ils ont envie de donner à ce mouvement. Mais la date du 18 participera, sans aucun doute, des suites qui seront données à ce mouvement. Et en tout cas, moi, je serai aussi présent en soutien des initiatives qui auront lieu le 18 septembre.
Vous soutenez toutes les initiatives. On sait qu'il y a un certain nombre de blocages. Alors, il y a des blocages de dépôts. Il y a des blocages de grandes surfaces. Il y a des blocages de ronds-points. Il y a des blocages de bus, comme vous le disiez à l'instant. Il y a aussi des blocages de lycées. Je crois qu'on va pouvoir voir en direct ces images. Je vous les raconte pour RMC. Les images que l'on voit sur BFM TV au moment où l'on se parle, c'est le blocage du lycée Hélène Boucher dans le nord de Paris. Le lycée Hélène Boucher qui est donc en ce moment même bloqué avec des feux de poubelle, notamment, par les différents lycéens. Est-ce que ça vous soutenez, Emmanuel Bompard ?
On voit des oppositions entre les forces de l'ordre et les lycéens.
Alors, Apolline Neveler, pour dire aux gens qui nous écoutent, moi, je ne vois pas les images que vous montrez. Donc, sur la base de ce que vous venez de dire, moi, j'ai été très clair, moi, Jean-Luc Mélenchon aussi d'ailleurs, et tous les dirigeants insoumis depuis le début, nous, nous appelons à se mobiliser, nous appelons à participer à ces initiatives de blocage et nous appelons à soutenir les actions qui sont pacifiques et non violentes. Voilà, donc les initiatives de blocage de lycée, de mon point de vue, ça participe d'une forme de désobéissance civile que je soutiens totalement. Mais je ne soutiendrai pas s'il devait y avoir des initiatives d'affrontement ou de violence.
Voilà, que les choses sont très claires, elles le sont depuis le début, depuis le premier jour. Et je vois bien comment il va y avoir toute une série de provocations ou de gourmandises médiatiques pour essayer de mettre en avant...
Provocation de la part de qui ? Provocation de la part des manifestants ou provocation de la part des...
Non, non, pas provocation de la... Écoutez, moi, en tout cas, sur la base de ce que je vois, parce qu'après moi, je ne suis pas partout. Je suis, comme vous l'avez dit ce matin, je suis allé participer à une initiative. J'ai bien vu qu'il y avait des gens qui avaient envie de participer à une initiative dans un état d'esprit de désobéissance civique, très organisé, très pacifique et très non-violent.
Donc désobéissance civique, oui, violence, non. 84 interpellations au moment où l'on se parle, avec 80 000 policiers et gendarmes qui sont partout déployés sur le territoire. Vous comprenez un retalier de la tailleau qui dit qu'il faut tout faire, qu'il n'y ait aucun débordement ?
Je trouve que le langage qu'il a utilisé me pose problème. C'est-à-dire ? Pour le dire franchement, je veux rappeler quand même que dans notre République, le ministre de l'Intérieur, son rôle, ce n'est pas d'utiliser la police comme un instrument de répression politique, c'est de faire en sorte que la police soit au service du respect des libertés constitutionnelles. Elle est parmi la liberté constitutionnelle, il y a la liberté de s'exprimer, il y a la liberté de faire grève.
Et il y a la liberté de mouvement ?
Évidemment, évidemment. Mais vous savez, parfois, par exemple, on a le droit de faire grève. Et parfois, quand on fait grève, ça peut entraver la liberté de mouvement de certaines personnes.
La grève, oui, le blocage de certains endroits.
Mais le blocage participe, encore une fois, comme je vous le disais tout à l'heure, d'actions de désobéissance civique. Et si vous voulez, on peut revenir dans l'histoire, à quel point il y a un certain nombre de conquêtes sociales, démocratiques, qui ont été gagnées par des initiatives de désobéissance civile ou de grève. Donc moi, évidemment, j'appuie ces initiatives.
Vous le dites avec un sourire, vous l'espérez, la concomitance entre la chute du gouvernement hier, les blocages aujourd'hui. D'ailleurs, au fond, si pour Emmanuel Macron, l'idée de nommer un Premier ministre plus vite hier, il pouvait peut-être espérer que ça calme le jeu en disant, ça y est, il n'y a plus d'instabilité, puisqu'on lui faisait le reproche de l'instabilité, c'est peut-être l'inverse ? Vous le vivez au contraire comme une raison supplémentaire d'aller manifester ?
C'était une provocation. Et donc, beaucoup de gens se sont dit, en quelque sorte, c'est une forme de bras d'honneur qu'on nous fait hier soir. Ou alors, si vous me présentez une seule personne qui avait prévu de manifester et qui dit, c'est M. Lecornu qui a été nommé, je vais rester à la maison, je veux bien la rencontrer, mais je pense qu'elle n'existe pas.
Emmanuel Bompar, hier, en pleine réunion du Parti Socialiste, Olivier Faure a reçu un appel d'Emmanuel Macron. Il s'est isolé, semble-t-il, pour prendre cet appel, d'après les témoins et les participants qui y étaient. Emmanuel Macron, qui l'appelait en réalité pour lui annoncer la nomination de Sébastien Lecornu. A-t-il appelé vous-même ou Jean-Luc Mélenchon ?
Non, je n'ai pas eu d'appel du président de la République, ni hier, ni avant.
Ni hier, ni avant. Est-ce que vous auriez estimé normal qu'il vous appelle, qu'il vous informe, parce que vous êtes un des plus gros groupes à l'Assemblée ?
J'ai eu l'information comme tout le monde. J'ai l'impression que M. Macron a surtout appelé les gens avec qui il avait l'intention de négocier une forme de stabilité pour pouvoir rester jusqu'au bout de son mandat. Il se trouve que je n'en fais pas partie.
Vous n'irez même pas ? C'est-à-dire que parmi les lettres de mission qui ont été envoyées à Sébastien Lecornu, il y a l'idée de consulter les différentes forces politiques avant de constituer son équipe ?
Mais bon, moi je pense qu'on a besoin dans ce moment politique, assez perturbé, assez troublé, on a besoin de clarté. Moi, les choses sont très simples. Je ne participerai pas, et la France Insoumise ne participera pas à une grande coalition réunissant des Républicains, je ne sais pas, peut-être le Parti Socialiste, autour de M. Lecornu. Et donc je ne veux pas donner l'impression, si vous voulez, en allant participer à cette réunion, qu'il y aurait des conditions dans lesquelles je serais susceptible d'y participer. Donc ce type d'échange, évidemment non. Et d'ailleurs, comment fonctionne dans une démocratie normale ? M.
Lecornu discute avec ceux qu'il a envie de réunir, il vient devant l'Assemblée nationale, il demande le vote de confiance, et ensuite s'il a la confiance, après moi je suis un groupe d'opposition et je peux faire valoir mes positions.
Ce que vous êtes en train de dire, Manuel Bompard, c'est que s'il vous invite à venir discuter à Matignon dans les heures ou les jours qui viennent, ce sera non.
Oui, bien sûr, ce sera non avant tout vote de confiance ou tout vote de censure.
Et s'il met dans ses priorités, comme l'espérait le Parti Socialiste, la taxe Zuckman ou le gel de la suspension ? Oui, ça vous fait rigoler.
Non, c'est pas que ça me fait rigoler, pardon. Vous n'y croyez pas à l'instant. Non, je ne me permettrai pas de dire que vos questions sont n'importe quoi, mais lundi on était sur un plateau ensemble, et vous me posiez aussi des questions avec des si, et si le Parti Socialiste, et je vous disais, mais franchement ça ne tient pas la route.
Parce que vous l'avez entendu, Manuel Bompard, et je comprends que ça vous fasse rigoler, parce qu'il se trouve que les faits vous ont donné totalement raison, on peut le dire, puisque le Parti Socialiste qui disait « on est prêt, on est prêt », ils ont en effet été appelés, mais ce n'était pas du tout pour être nommés en effet. Donc ce que vous voulez dire, c'est qu'ils se sont fait avoir,
ou que finalement c'était un scénario impossible ? Moi je vais d'abord vous dire, la situation du pays, elle ne me fait pas rigoler.
Je comprends, et quand on voit les images, et quand on voit les blocages,
et quand on voit l'inquiétude, et quand on voit... Je ne sais pas, on a atteint dans ce pays un record historique de pauvres, du nombre de pauvres, on est en retard sur l'urgence climatique, les émissions de gaz à effet de serre repartent à la hausse, enfin il y a plein de raisons pour lesquelles...
La dette, ça ne fait pas partie des...
La dette, on peut en parler, ça dépend pour quoi faire.
Non mais ça fait partie de vos inquiétudes, non ?
Mais ça dépend pour quoi faire, vous savez, il y a des bonnes dettes aussi, quand il s'agit d'investir...
Comme les chasseurs, il y a les bons chasseurs et les mauvais chasseurs, on peut s'endetter...
Mais madame de malheur, franchement...
Non mais là, elle est quand même profonde la dette.
Mais bon, qui l'a creusé ? Ce n'est pas moi. D'accord, donc le déficit est important, certes, il faut faire en sorte que le déficit soit moins important, mais vous ne devriez pas le prendre comme ça, parce que vous savez vous-même dans votre vie que parfois vous vous empruntez quand c'est pour l'avenir, quand c'est pour construire des infrastructures, des écoles, des hôpitaux, ça c'est une bonne dette.
Mais vous savez qu'on ne peut pas emprunter quand on n'a pas les moyens de rembourser.
Vous savez quand même que là, la charge de la dette aujourd'hui est plus faible en France aujourd'hui que ce qu'elle était dans les années 2000. Donc le catastrophisme auquel s'est livré M. Bayrou me paraît totalement fou. Bref, je vous disais, je ne suis pas là pour rigoler, mais je vous dis juste, ne faisons pas croire que M. Macron nomme un macroniste pour faire une politique à l'inverse de la politique macroniste. Parce qu'au bout d'un moment, si M. Macron nomme M. Lecornu, c'est parce qu'il a l'intention de continuer à imposer sa politique. Et moi je n'en veux pas.
Et comme je n'en veux pas, je me mobilise avec celles et ceux qui se mobilisent pour essayer d'empêcher cette politique de continuer à avoir le jour.
Vous vous mobilisez, et je le disais, vous étiez tout à l'heure sur les dépôts bloqués de la RATP. Allez-vous, là, en sortant de l'émission, retourner voir ceux qui bloquent ?
Oui, oui, j'ai prévu d'aller sur d'autres initiatives, notamment peut-être auprès des cheminots, qui sont pour certains d'entre eux aussi en grève aujourd'hui. J'ai certains de mes collègues qui sont auprès des salariés de la santé aussi. Donc voilà, nous, l'ensemble des députés, pas seulement moi, l'ensemble des députés de la France insoumise sont mobilisés aux côtés des citoyennes et des citoyens qui expriment leur colère, leur revendication, dans un mouvement qui est quand même très largement soutenu par la population. Et vous serez donc sur le terrain à nouveau.
Merci, Manuel Bompard, d'avoir répondu à mes questions ce matin. Vous êtes le coordinateur de la France insoumise et député LFI des Bouches-du-Rhône.
Manuel Bompard