Le parcours et les controverses de François Ruffin
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« En 99, il y a la fermeture de l'usine Yoplet qui est un gros pilier industriel de la région d'Amian. 89 salariés se retrouvent sur le carreau. »
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« Au début des années 2000, il monte à Paris, il intègre le centre de formation des journalistes, le fameux CFG. »
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« Il avait publié ce livre en 2006 pour décrire la vie dans les banlieux d'Amien. Et en 2008, booum, il est condamné pour diffamation. »
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« Il s'attaque à Bernard Arnaud le patron de LVMH le grand capital en personne. »
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« Il annonce qu'il ne gardera que l'équivalent du SMIC de son indemnité parlementaire, soit environ 1200 € à l'époque et tout le reste il le reverse. »
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« Se faire verbaliser de plus de 1000 balles juste pour un t-shirt devant les caméras, est-ce que c'est pas un peu un comportement d'influenceur ? »
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« Il explique avec une désinvolture totale qu'il ne pouvait pas y être parce qu'il mangeait, je cite, des frites et des gaufres à Bruxelles et qu'il avait foot. »
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« En gros, en 2011, le FT Tang Terranova publie une note expliquant que la classe ouvrière traditionnelle est passée à l'extrême droite, attirée par le discours sur l'identité. »
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« Il dénonce le sectarisme et la bêtise de la direction insoumise, refuse leur étiquette et finit par siéger avec le groupe des écologistes. »
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« Il déclare publiquement être hostile à l'immigration de travail. Il visent les livreurs, les gens du BTP, les médecins étrangers. »
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« La scène se passe dans un train. Une femme noire n'a pas de billet et se fait verbaliser. Le dessin la montre très énervée avec des traits vraiment caricaturaux en train de crier sur les contrôleurs. »
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« Il dit qu'il a un antiracisme, je cite, un peu estampillé années 90. »
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« Il jure qu'il ne s'est pas reconnu dans ce dessin de lui bombant le torse, mais sa justification idéologique est encore plus parlante. »
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« En voulant parler à la classe ouvrière blanche séduite par le RN avec un discours d'ordre, il a fini par brutaliser et perdre la franche antiraciste de sa propre famille politique. »
Temps de parole
- François Ruffin100 %
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La promesse de ce podcast, c'est de vous permettre de tout savoir sur les candidats à la présidentielle. On va explorer comment un journaliste local qui criait dans un mégaphone sur les marchés d'Amien a pu devenir l'une des personnalités les plus polarisantes de la course à l'Élysée pour 2027. Ouais. On va faire une véritable plongée documentaire sur François Ruffin et pour comprendre sa méthode et son ambition aujourd'hui, il faut vraiment remonter à ses origines. C'est un passage obligé en sociologie politique carrément. Et d'ailleurs, le premier truc qui frappe dans les documents, c'est le grand écart entre son image publique et ses vraies racines.
On a souvent cette image du défenseur des ouvriers, mais il est né en octobre 75 à Calais et il a grandi à Amien, sauf que bah c'est pas vraiment dans un quartier populaire. Il grandit à Henryville. C'est le quartier très bourgeois, très cossu d'Amien. On est vraiment dans un milieu très aisé. Attends et ça s'arrête pas là. J'ai lu dans les notes qu'il a fait sa scolarité au lycée privé catholique, la providence. C'est c'est pas là qu'Emmanuel Macron a fait ses études par hasard. Si, c'est exactement le même établissement. Il partage vraiment ce même moule de la bourgeoisie de province et ce décalage initial, c'est la clé de voûte de Ruffin.
Sa conscience politique, elle ne vient pas d'une misère qu'il aurait vécu lui-même, mais plutôt d'une observation de l'extérieur. Ouais. Un événement qui vient tout bousculer et cet événement, il arrive en 99. C'est ça. C'est ça. En 99, il y a la fermeture de l'usine Yoplet qui est un gros pilier industriel de la région d'Amian. 89 salariés se retrouvent sur le carreau. C'est un vrai séisme pour l'économie locale. Et ce qui est dingue selon les archives, c'est la réaction de la presse locale à ce moment-là. Enfin plutôt l'absence de réaction. Silence radio total. Exactement. Personne n'en parle. Et pour Ruffin, ce silence s'est perçu comme une véritable violence de classe.
L'invisibilisation de ses ouvriers, ça va devenir le moteur de tout son engagement. C'est cette colère qui le pousse à créer Fakia. Ah oui, Fakir, le fameux journal. Voilà un journal local satirique qu'il vend lui-même à la criée et leur slogan annonçait direct la couleur, c'était fâché avec tout le monde ou presque. J'adore le ou presque mais bon, il ne reste pas juste un militant amateur dans son coin. Au début des années 2000, il monte à Paris, il intègre le centre de formation des journalistes, le fameux CFG. Ouais. Une école très réputée. Et il collabore avec le monde diplomatique avec en 2003. Puis il devient chroniqueur radio pour Laabasse si j'y suis en 2006.
Donc il s'institutionnalise quand même un peu. Il intellectualise sa démarche. Oui. Mais ça nous amène directement à sa première très grosse controverse en 2008 qui est fondamentale pour comprendre le personnage. Ah l'affaire de son livre Quartier Nord. C'est ça. Il avait publié ce livre en 2006 pour décrire la vie dans les banlieux d'Amien. Et en 2008, booum, il est condamné pour diffamation. Mais le plus fou dans cette condamnation, c'est l'identité de la personne qui porte plainte. C'est pas le maire ou un grand patron. C'est Nouredin Gaham, un habitant et animateur du quartier en question. Absolument.
Gaham accuse Ruffin d'avoir complètement tordu la réalité de son quartier juste pour, je cite, offrir des histoires croustillantes pour Bobo. Mais ce reproche, il est terrible. Enfin, je veux dire, c'est comme un pompier qui mettrait lui-même le feu au centre du village en pleine nuit, juste pour être bien sûr que tout le monde regarde son beau camion rouge arrivé. Est-ce qu'on voit pas déjà là une tendance à romantiser la pauvreté pour en faire un bon produit éditorial ? C'est exactement le cœur du problème avec le concept de journalisme militant que Ruffin revendique. Tu sais, il rejette totalement l'idée de neutralité journalistique.
Pour lui, l'objectivité, c'est juste un concept bourgeois pour maintenir le système en place et des méchants très cyniques de l'autre. Ça suscite l'indignation et c'est la matrice de toute la suite de sa carrière. Sauf qu'à un moment, taper sur les petits chefs d'usine à Amien, ça c'est limite. Si tu veux vraiment secouer le cocotier national, il faut viser plus haut. Et c'est là qu'on arrive à l'année 2016. La grande bascule. Il passe de l'artisanat militant à l'industrie du cinéma de masse avec la sortie de son documentaire Merci patron. Et là la cible c'est plus du tout la même. Il s'attaque à Bernard Arnaud le patron de LVMH le grand capital en personne.
Le film raconte comment Ruffin essaie de forcer LVMH à indemniser un couple d'anciens sous-traitants ruinés. Et le succès est phénoménal. Il gagne le César du meilleur documentaire en 2017. Il devient même l'un des initiateurs du mouvement Nuit Debout. Mais on s'en doute bien, tu n'humilies pas la première fortune de France sans qu'il y ait des retours de bâton. Et là, on entre dans une phase beaucoup plus sombre de son parcours. Tout à fait. C'est là qu'éclate une affaire d'espionnage privé qui a ahurissante.
Selon plusieurs enquêtes journalistiques et c'est très important de préciser qu'on parle au conditionnel ici, le groupe LVMH et l'ancien patron du renseignement intérieur Bernard Squarcini, Aurémi Ruffin et son journal Fakir sous surveillance. illégal entre 2013 et 2016. C'est digne d'un film d'espionnage cette histoire. Carrément. Des condénations majeures et des amendes très lourde auraient d'ailleurs été requises ou prononcé dans le cadre de ce dossier. Mais politiquement pour Ruffin, devenir la cible des services de renseignement privés du grand capital, c'est une validation ultime. C'est le tremplin parfait. Fort de cet aura de résistant, il se lance dans les législatives de juin 2017.
Il est élu député de la Somme avec son microparti Picardi debout et surtout avec le soutien très précieux de la France insoumise. Et dès son arrivée à l'Assemblée, il impose son style, le fameux député SMCAR. Voilà, il annonce qu'il ne gardera que l'équivalent du SMIC de son indemnité parlementaire, soit environ 1200 € à l'époque et tout le reste il le reverse. C'est quand même un sacré coup de com, non ? C'est bien plus qu'un coup de communication, c'est une arme de destruction massive. contre le fameux argument du tous pourri. En alignant son niveau de vie sur celui des travailleurs modestes, il s'achète une autorité morale inattaquable. Il prouve qu'il n'est pas là pour l'argent.
Ouais, ça le blinde contre les critiques et il a vraiment le sens de la mise en scène. D'ailleurs, il y a cet épisode lunaire en décembre 2017, il monte à la tribune de l'Assemblée nationale sous les ors de la République et il porte quoi ? Le maillot vert fluo de l'Olympique au Courtois, un tout petit club de foot amateur pour défendre le financement du sport amateur. Oui, sauf qu'il se prend une amende de 1378 € pour ça. Mais je veux dire, se faire verbaliser de plus de 1000 balles juste pour un t-shirt devant les caméras, est-ce que c'est pas un peu un comportement d'influenceur ? Est-ce qu'il veut vraiment changer la loi ou juste faire le buzz au 20h ?
Bah en fait, l'un ne va pas sans l'autre pour lui. Il faut comprendre qu'un député de l'opposition face à une majorité absolue n'a aucune chance de faire passer un texte. Le travail parlementaire normal, c'est stérile pour lui. Donc il contourne le système. Il transforme l'hémicycle en plateau télé. Quoi exactement ? Une amende de 1300 € pour son équipe, c'est vu comme un investissement publicitaire ultra rentable. L'image du petit élu du peuple réprimandé par l'élite en costard, ça vaut de l'or. Mais à force de jouer au cavalier seul et de faire son propre scénario, bah il commence à irriter ses propres alliés.
C'est là qu'on entre dans la troisème phase du dossier, la grande fracture avec Jean-Luc Mélenchon et LFI entre 2019 et 2024. Le premier gros accro public, c'est en novembre 2019. La France insoumise s'investit massivement dans une grande marche contre l'islamophobie à Paris. C'est un événement majeur pour la gauche, mais Ruffin lui, il n'y va pas. Et son excuse, elle est restée dans les annales à la télé, il explique avec une désinvolture totale qu'il ne pouvait pas y être parce qu'il mangeait, je cite, des frites et des gaufres à Bruxelles et qu'il avait foot. Ce fameux Gfoot a fait l'effet d'une bombe.
Pour l'électorat urbain et les militants antiracistes de Lfi, l'islamophobie est un sujet d'urgence vitale. L'attitude de Ruffin a été perçue comme un mépris de classe insupportable. Comme si le mec blanc de province s'en fichait royalement des discriminations que subissent les autres. C'est tout à fait ça. Mais de son côté, Ruffin considère que la gauche fait une erreur monumentale en se concentrant sur les questions identitaire ou religieuse. Pour lui, ça divise les travailleurs au lieu de les unir. C'est comme s'il essayait de souter d'un train en marche mais en voulant porter la locomotive avec lui. Et le divorce idéologique se théorise carrément en 2022 après la défaite de Mélenchon.
Il sort un livre, je vous écris du Front de la Somme où il dingue la stratégie de LFI. Oui, il vise particulièrement ce qu'on appelle la stratégie Terranova. Attends, rappelle-nous ce que c'est cette stratégie Terranova. C'est super important pour comprendre la suite. En gros, en 2011, le FT Tang Terranova publie une note expliquant que la classe ouvrière traditionnelle est passée à l'extrême droite, attirée par le discours sur l'identité. La note conseille donc à la gauche d'arrêter d'essayer de reconquérir cet électorat perdu. D'accord. Et sur qui ils doivent s'opplier alors ? sur une nouvelle alliance, les diplômés urbains, les minorités des quartiers populaires, les jeunes et les femmes.
En gros, on lâche l'ouvrier Picard pour l'étudiant parisien et le livreur de banlieu un peu schématique mais c'est exactement l'idée et Ruffin trouve ça catastrophique. Toute sa vision, c'est de réconcilier la France des bourgs, donc les campagnes, et la classe ouvrière blanche avec la France des tours, les banlieux. C'est le clash frontal entre la gauche sociale de Ruffin et la gauche sociétale et intersectionnelle de LFI. Un clash qui devient irréparable. En octobre 2023, juste après les attaques du Hamas, la direction de LFI refuse d'utiliser le mot terroriste et là, Ruffin n'hésite pas. Il qualifie le Hamas d'organisation terroriste et dit que son propre camp n'est pas à la hauteur.
Et le point de non retour arrive quelques mois plus tard lors des législatives anticipées de l'été 2024. Ah oui, la fameuse purge. Voilà. Elle et filles refusent d'investir les députés d' Frondeur. Ruffin claque la porte. Il dénonce le sectarisme et la bêtise de la direction insoumise, refuse leur étiquette et finit par siéger avec le groupe des écologistes. Mais c'est un paris super risqué, hein, se couper de la machine militante et financière de LFI alors qu'il a déjà des vues sur l'Élysée parce que début de l'année 2026, il annonce carrément vouloir se présenter à la primaire de la gauche pour 2027.
Oui, il se lance en solo, mais voler de ses propres ailes, ça veut dire que la moindre erreur peut être fatale. Et le mois de mai 2026 va s'avérer être un véritable cauchemar médiatique pour lui. On va décortiquer ça parce que c'est une succession de crash. Le premier crash en mai, c'est sur la question de l'immigration. Il déclare publiquement être hostile à l'immigration de travail. Il visent les livreurs, les gens du BTP, les médecins étrangers. Mais dire ça en 2026, ça ressemble quand même beaucoup au discours du Rassemblement national, non ? C'est là toute l'ambiguïté de son discours. Rufin se défend de toute xénophobie en expliquant que c'est une position historique de la gauche.
Il cite Jor et Léon Blume. Joress et Blum s'opposaient à l'immigration, à l'importation de main d'œuvre par le patronat. Oui, l'argument économique de Ruffin, c'est que le Grand Capital utilise l'immigration comme une armée de réserve pour tirer les salaires vers le bas et briser les syndicats. Intellectuellement, c'est du protectionnisme de gauche, très classique. Sauf qu'aujourd'hui, c'est juste inaudible pour ses alliés. Marine Tondelier chez les Verts les insoumis, tout le monde lui tombe dessus et l'accuse de draguer l'électorat d'extrême droite. Et ce n'était que le début du mois de mai, hein.
Quelques jours plus tard, la deuxième polémique éclate et celle-là, elle va laisser des traces profondes. C'est l'affaire de sa bande dessinée, Picardis plein d'or. Oh là là, la BD sur le papier, l'idée c'était juste de mettre en image ses actions sur le terrain. Mais dès la sortie, c'est l'incendie sur les réseaux sociaux. On l'accuse d'avoir un énorme complexe du sauveur blanc et de véhiculer des clichés racistes. Pour bien saisir pourquoi ça explose, il faut regarder une planche très spécifique. La scène se passe dans un train. Une femme noire n'a pas de billet et se fait verbaliser.
Le dessin la montre très énervée avec des traits vraiment caricaturaux en train de crier sur les contrôleurs. Ouais. Et là, un passager d'apparence maghrébine essaie de prendre sa défense mais ça part un peu dans tous les sens. Et c'est là que Ruffin intervient dans la BD. La fameuse apparition providentielle. C'est exactement ça. Dans la BD, Ruffin arrive, il pèse solennellement l'amende de 11 € de la jeune femme sans même lui adresser la parole et ensuite il se tourne vers le jeune maghrébin. Il lui fait la morale genre respecter la police puis il dit au flic respecter l'uniforme.
Et la case finale c'est Ruffin dessiné avec le torse bombé au centre d'image rétablissant l'ordre pendant que le jeune maghré bêche la tête d'un air honteux. C'est fou. Pour beaucoup de militants, c'était l'image même du politicien blanc colonial qui vient éduquer les minorités trop émotier. Mais le pireur, et c'est là que ça devient complètement surréaliste, c'est quand la victime supposée de l'histoire prend la parole sur internet. L'intervention de Félix. Oui. H le soi-dison passager maghrébain publie une vidéo virale sous le pseudo de Félix. Et là, surprise, on découvre que c'est un français blanc avec juste une grosse barbe.
Il explique que la BD a complètement déformer la réalité pour faire de ruefin un héros. Et la cerise sur le gâteau, Félix révèle que c'est même pas Ruffin qui a payé l'amende de 11 €. Un nage absolu en terme d'image. Priège, Ruffin essaie de s'expliquer dans le journal Libération. Il jure qu'il ne s'est pas reconnu dans ce dessin de lui bombant le torse, mais sa justification idéologique est encore plus parlante. Il lâche une phrase hyper révélatrice. Il dit qu'il a un antiracisme, je cite, un peu estampillé années 90. Cette phrase, elle dit tout. L'antracisme des années 90, c'est l'époque Black Blamber.
C'est un modèle fondé sur l'universalisme républicain où l'on est censé être aveugle à la couleur de peau. Sauf que les jeunes militants d'aujourd'hui, ils sont sur un tout autre logiciel. Exactement. Ils sont sur une intersectionnalité. Pour eux, il faut nommer les couleurs, visibiliser les discriminations de races et de gens pour les combattre. En assumant son logiciel des années 90, Ruffin a officiellement acté sa rupture avec la nouvelle génération de la gauche.
Et le paradoxe est tellement cruel, le mec a passé sa vie à accuser la gauche parisienne d'être hors sol et de caricaturer le vrai peuple et il se fait griller en train de caricaturer ce même peuple dans une BD pour se donner le beau rôle. Comment tu te remets d'un suicide politique pareil auprès de ta base ? C'est le prix exorbitant de sa stratégie de centralité. En voulant parler à la classe ouvrière blanche séduite par le RN avec un discours d'ordre, il a fini par brutaliser et perdre la franche antiraciste de sa propre famille politique.
Ce qui fonctionnait très bien quand il était un journaliste local contre un patron d'usine, bah ça s'effondre face à la complexité des luttes culturelles nationales. Si on fait le bilan, la trajectoire est quand même spectaculaire. On part d'un vendeur de journaux en colère sur les marchés. On passe par un député rebelle qui vient à l'assemblée en maillot de foot. pour arriver aujourd'hui à un homme politique seul empétré dans ses contradictions qui déchire son propre camp en essayant de le réparer. C'est le drame classique de la politique.
Incarner la voix de la contestation, c'est une chose, mais essayer de conquérir le centre du système pour gouverner, ça implique des compromis qui finissent souvent par vous ali vos premiers soutiens. Et ça soulève une vraie réflexion pour nous tous qui observons ce grand théâtre. Quand un responsable politique construit toute sa légende sur le fait d'être la seule voix authentique du vrai peuple, qu'est-ce qui se passe quand ce peuple devient trop complexe pour entrer dans les cases d'une bande dessinée ou d'une idéologie des années 90 ?
À force de vouloir incarner une idée abstraite des petites gens, est-ce qu'on finit pas inévitablement par devenir exactement ce qu'on dénonçait à ces débuts, c'est-à-dire un politicien complètement déconnecté de la réalité du terrain ? Je vous laisse y réfléchir.
François Ruffin