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interviewFrance Culture — Affaires étrangères (sur Site radio)· 27 juin 2026 59 min

États-Unis : le 250e anniversaire façon Trump

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:08
Présentateur

France Culture, Affaires étrangères, Christine Ockrent. Bonjour à tous. Samedi prochain, nombreux seront les Américains qui, selon leurs coutumes, réciteront à haute voix ces quelques lignes. Nous tenons pour évidente par elles-mêmes les vérités suivantes. Tous les hommes sont créés égaux. Ils sont dotés par leurs créateurs de certains droits inaliénables, la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Telle est la promesse du deuxième paragraphe de la Déclaration d'indépendance des 13 colonies britanniques, adoptée à Philadelphie le 4 juillet 1776, 11 ans avant la Constitution et près d'un siècle avant la guerre de sécession.

Née dans la division et la violence, c'est dans un climat à peu près semblable que le pays entreprend les commémorations. Et le 47e président entend évidemment faire les choses à sa façon. Trois semaines après la célébration de son propre anniversaire avec des combats d'arts martiaux à la Maison-Blanche, déjà siglés « America 250 », Donald Trump a annoncé le programme du 4 juillet sur son réseau « Truth Social ».

D'abord, contrairement à la tradition d'unité nationale, en tout cas ce jour-là, un grand meeting du mouvement MAGA à Washington, à moins de cinq mois des élections de mi-mandat, le plus grand feu d'artifice de l'histoire, des fanfares militaires, des mélodies patriotiques et sa propre playlist, jouée par des orchestres amis, plusieurs artistes ont décliné l'invitation. Sans oublier le survol de la capitale fédérale par le Boeing 747, offert l'an dernier par le Qatar, le nouvel Air Force One, rouge, blanc et bleu, modernisé pour répondre aux impératifs de sécurité comme à ses goûts personnels.

Étrange moment où deux anniversaires sont ainsi fusionnés à la gloire d'un seul homme, non sans quelques opérations commerciales pour en tirer meilleur profit. Certes, ce n'est pas la première fois que le narcissisme envahit l'aspect public, mais comment comprendre une telle dérive de la fonction présidentielle, l'absence de butoir éthique et institutionnel, le culte de la division plutôt que de la solidarité ? En trouve-t-on les racines dans l'histoire, la culture politique américaine ? Quelle résonance dans l'électorat conservateur ?

Pour ce promoteur immobilier qui fut aussi un homme de spectacle, l'histoire commence et se termine avec lui, mais il veut graver son empreinte dans la pierre. Une immense salle de balle, un arc de triomphe le plus haut du monde, une allée des héros, surtout des hommes, blancs, son image et son nom partout, sauf au Kennedy Center sur décision de justice, que signifie le retour de cette esthétique néoclassique ?

Suprémacisme blanc, masculinisme, exaltation aussi de l'appropriation, à la manière d'un Poutine qui ne cesse de réécrire l'histoire russe, les idéologues de la Maison-Blanche entendent aussi imposer un autre récit national, débarrassés de l'esclavage et du racisme, de tout ce qui ternirait selon eux la gloire et l'exceptionnalisme américain. 250 ans depuis la promesse des pères fondateurs. Quelle sera donc la marque de Donald J. Trump ? C'est ce que nous allons comprendre ce matin grâce à vous, Elisa Schell. Vous êtes professeure de sciences politiques à l'Université Paris-Nanterre.

Agnès Delahaye, professeure d'histoire et de civilisation américaine à l'Université Lumière Lyon 2, Romain Huret, ravi de vous accueillir, historien, président de l'École des hautes études en sciences sociales, et Basile Baudez, professeur d'histoire de l'architecture à Princeton, aux Etats-Unis, et qui, par bonheur, est en France en ce moment. Elisa Schell, les festivités ont commencé dès mercredi dernier, à Washington, sur le National Mall, et avec, semble-t-il, un spectacle façon... Enfin, Walt Disney revisité par Trump, donc un immense Trump, et puis les avions de chasse, évidemment avec les couleurs du drapeau américain dans le ciel.

Donc le grand spectacle, que veut dire cette extraordinaire énergie ? On lui connaît cette énergie. Mais a fusionné, encore une fois, sa personne et ce moment singulier de l'histoire de cette grande nation.

4:52
Invité

Oui, alors, d'abord, de manière anthropologique, tout pouvoir a besoin de symboles. C'est-à-dire qu'on n'exerce pas la politique uniquement de manière technique, mais il faut donner à voir du faste, du majestueux, du beau, des choses qui font vibrer les Américains, et en ce 4 juillet qui approche, et donc toutes les festivités qui s'y rattachent. C'est une symbolique très spécifique aux Etats-Unis qui se déploie. Parce que nous, notre 14 juillet, c'est un défilé, un bal, un feu d'artifice. Mais aux Etats-Unis, le 4 juillet, c'est vraiment un acte de foi patriotique, pourrait-on dire. Aux Etats-Unis, on peut parler de religion civile.

C'est-à-dire qu'à côté des religions confessionnelles ordinaires, si je puis dire, eh bien, l'Amérique se vénère elle-même par des figures comme les Pères Fondateurs, comme Washington, par des textes sacrés, la Constitution, la Déclaration d'indépendance, par des martyrs comme Lincoln ou Kennedy, et aussi par des temples, le Lincoln Memorial ou le Noche-Normand. Donc, dans tout ça, le 4 juillet, c'est une sorte de Pâques séculière qui marque la Renaissance et qui triomphe de l'épreuve.

6:07
Présentateur

Et là, c'est quand même singulier, parce que 250 ans... Mais on a souvenir quand même, tous en l'occurrence, d'avoir vécu de grands anniversaires américains, enfin, le 200e, par exemple. C'était Gérald Ford, si ma mémoire est bonne. C'était quand même beaucoup plus mesuré. Enfin, il faut dire que c'était au lendemain de Nixon et du Watergate.

6:28
Invité

Alors, pas tout à fait, parce qu'en fait, ce type de célébration s'organise à partir de 10 ans à l'avance.

6:33
Présentateur

Alors, justement, expliquez-nous ça. Donc, en fait, il y a une commission bipartisane établie, composée, établie, financée par le Congrès. Mais on a l'impression que cette commission-là, elle a disparu.

6:46
Invité

Alors, c'est-à-dire que 10 ans avant la date anniversaire, que ce soit le bicentenaire ou les 250 ans, une commission bipartisane est mise en place. Elle doit rendre compte devant le Congrès des dépenses qu'elle fait et organiser des événements qui ne sont pas partisans. Ce qui veut dire que, pour le bicentenaire, c'était Johnson, Nixon et Ford. Et Nixon avait déjà été accusé de politiser cette commission. La première avait été dissoute et recomposée par la suite. On l'avait accusé de faire trop de merchandising. On parlait de bicentennial, donc acheter trop de choses pour le bicentenaire. Et il y a donc une tradition, ou en tout cas des précédents de politisation.

Donc Trump, lui, qu'est-ce qu'il a fait ? Il a passé la vitesse supérieure en créant une commission d'organisation concurrente, Freedom 250, qui, elle, a un statut juridique qui rend ses financements complètement opaques. Elle n'a pas de compte à rendre sur ses dépenses. Elle a capté les deux tiers des financements publics pour ses festivités du 4 juillet.

7:44
Présentateur

Et il y a des parrainages aussi, comme souvent.

7:47
Invité

Et il peut y avoir des financeurs privés qui donnent dans ce fonds, mais les financeurs privés financent aussi les festivités démocrates. Mais c'est juste que ce ne sont pas les mêmes. Donc on a des financements composites pour ce type d'organisation. Et ça permet à Trump de déployer des événements partisans, des événements magas. Mais comme vous l'avez dit en introduction, plusieurs artistes qui avaient été sollicités pour des concerts se sont donc labellisés Freedom 250, se sont retirés au vu du caractère très partisan de ces événements.

8:20
Présentateur

Romain Huret, cette expression employée par Elisa, donc une sorte de religion civile qui, effectivement, pour nous autres, paraît toujours à la fois assez touchante et néanmoins exotique. On voit aussi les démocrates, les opposants à Donald Trump utiliser le même slogan quand il crie « No king » dans les manifestations anti-Trump. C'est « No king » le roi anglais. Donc ça montre finalement la même référence et la même passion pour leur propre histoire. La même passion. Peut-être Agnès Delahaye, qui est vraiment spécialiste de la période, pourra nous le dire et le détailler davantage. mais en tout cas une interprétation qui est extrêmement différente et qui s'est creusée au fil des années.

Je partage absolument ce qu'a dit Elisa Schell sur le fait que cette religion civile est essentielle dans la vie quotidienne aux Etats-Unis. Mais on a vu cet objet-là devenir une guerre culturelle parmi d'autres et des oppositions sur cette période fondatrice qui sont extrêmement fortes et qui divisent profondément la société. Vous l'avez rappelé, aujourd'hui, une partie de la gauche aux Etats-Unis manifeste au son de pas de roi aux Etats-Unis. Donc fait référence aux batailles fondatrices et à l'expérience fondatrice qui va amener la République et une République qui est très fragile au début.

Ce que peut célébrer aussi, ce que vont célébrer une partie des Américains, c'est la réussite de l'expérience républicaine. Et au début, les pères fondateurs étaient très sceptiques sur la possibilité que cette République dure longtemps puisque les républiques antiques, les républiques médiévales et modernes s'étaient effondrées. Donc là, en quelque sorte, il y a quand même une belle réussite de la République aux Etats-Unis, même si les progressistes vont dire finalement, on a peut-être un despote comme on a eu dans le passé qui est en train de prendre le pouvoir et qui montre bien que la réussite républicaine n'est peut-être pas celle espérée.

Mais la réussite de Donald Trump, ce que Donald Trump entreprend depuis mercredi, c'est de dire la réussite de l'Amérique, c'est moi. Et c'est moi qui, à vous, mes électeurs bien-aimés, c'est moi qui réussis à faire que l'Amérique soit à nouveau grande. Donc, on comprend bien que le message est d'autant plus vigoureux que le calendrier politique et l'agenda et les circonstances ne favorisent pas nécessairement les chances des candidats MAGA aux prochaines élections de mi-mandat. Alors, je suis toujours sceptique sur les hypothèses qui privilégient le moi trumpien au regard de la base MAGA.

Et je crois que le signal qu'il envoie très clairement à la base, c'est de dire moi au pouvoir, j'ai réussi à faire ce que vous vouliez, à savoir que l'interprétation que nous défendons depuis des années de l'expérience fondatrice, de l'expérience républicaine qui auraient été trahies par les progressistes au XXe siècle, nous l'avons emporté et les images, les défilés, l'interprétation de la Constitution et les achètes à la pari de textes sacrés pour désigner la Constitution et la déclaration d'indépendance, c'est un véritable enjeu aux Etats-Unis.

Est-ce que les mots qui ont été dictés aux pères fondateurs sont des mots divins ou est-ce que ce sont simplement des lumières dans la lignée des lumières écossaises ou françaises qui ont réfléchi au pacte républicain ? Parce qu'il n'y a pas le mot de Dieu de la religion chrétienne dans la déclaration d'indépendance. le terme créateur est beaucoup plus ambigu. Il est plus ambigu et il renvoie à une forme d'omniprésence du divin dans la société états-unienne qui explique aussi la religion civique dont on parlait précédemment.

Mais pour revenir à ce que Trump est en train de faire, c'est de capter cet héritage qui est défendu très fortement par les mondes conservateurs depuis 50 ans avec une interprétation extrêmement étroite de ce qui s'est passé à la fin du XVIIIe siècle et là Trump est en train de dire à travers moi vous avez gagné. Et donc ce qui s'est passé à la fin du XVIIIe siècle est fondamental et divin et nous devons donc revenir à cette expérience fondatrice et effacer toutes les interprétations absurdes, ridicules de la Constitution qu'on a vu apparaître au XXe siècle. Quelle que soit semble-t-il la faible connaissance historique du président lui-même.

Il faut toujours relativiser et je suis toujours un peu méfiant quand on évoque son ignorance ou l'ignorance de sa base. Ce sont des gens qui connaissent bien la Constitution. Il y a une grande politiste aux Etats-Unis qui s'appelle... Non mais je parle de lui je ne parle pas ni de son entourage ni de Stephen Miller et ni de... Aux Etats-Unis il y a très peu de périodes de l'histoire qui sont bien connues. Il y en a trois la Seconde Guerre mondiale la guerre de sécession et les pères fondateurs. Ces périodes sont connues à travers des ouvrages historiques savants très sérieux que Trump n'a pas lus mais il y a tout un environnement très fort aux Etats-Unis. Il y a le cinéma.

Il y a le cinéma il y a les séries et il y a un environnement aussi historico-médiatique qui fait qu'il a des rudiments même lui il a des rudiments en...

Je ne sais pas si c'est au niveau d'un président de première année mais en tout cas il connaît bien cette histoire-là et elle fait tellement partie à la fois de sa rhétorique il faut voir que beaucoup de ses discours de campagne faisaient référence à la fin du VIIIe siècle et il utilise souvent cette période-là pour montrer que ce qu'il est en train de faire n'est pas si violent il l'a fait pour les expulsions massives il évoquait des lois à la fin du VIIIe siècle bref il instrumentalise aussi très fortement cette histoire-là pour montrer que finalement ça peut sembler extrêmement violent ce qu'il est en train de faire mais qu'il y a une tradition états-unienne et qu'il faut savoir écouter cette tradition.

Agnès Delay alors cette tradition américaine s'accompagne en ce moment et avec les moyens contemporains c'est-à-dire les réseaux sociaux l'intelligence artificielle l'utilisation d'images absolument démentes non seulement sur le réseau privé privatif prisatisé du président lui-même mais sur le site de la Maison-Blanche on voit quand même des choses assez hallucinantes et donc il y a quand même une réécriture de cette histoire qui a été entreprise.

14:38
Invité

Il y a une réécriture à la faveur comme disait Romain Huret d'une caste politique érigée dans la tradition américaine comme les pères fondateurs donc incarnant la vertu politique de cette république mais il y a aussi eu un déni historique profond le déni et l'effacement délibéré de 50 ans d'histoire sociale qui ont mis au jour la participation du peuple américain à l'élan révolutionnaire et puis sa constitution progressive puisqu'à l'époque où la déclaration est proclamée est adoptée puis proclamée la nation américaine n'existe pas la déclaration ne contient pas de projet politique en réalité c'est simplement un acte d'indépendance la première indépendance coloniale de l'histoire des empires absolument et au-delà des états indépendants et de leur indépendance la déclaration d'indépendance ne contient aucun projet précis et la nation s'est constituée petit à petit au fil de l'histoire à partir du début du 19e siècle mais ce que Trump essaie de nier et d'effacer ce sont les savoirs de l'histoire sociale de l'histoire culturelle qui font de la nation américaine une nation multiculturelle tout simplement et diversifier le rôle des personnes de couleur dans la révolution mais aussi dans la construction du développement américain

16:03
Présentateur

quand en mars 2025 donc au tout début de ce second mandat un décret présidentiel affirme qu'il s'agit désormais je cite de retrouver la vérité la raison dans l'histoire américaine cela veut bien dire qu'à partir de ce moment là il y a véritablement une équipe de gens qui se mettent au travail de façon à éliminer et on a vu ça avec le limoges charge en particulier je crois de la présidente du Smithsonian le Smithsonian à Washington regroupe tous les musées publics en l'occurrence en plus je crois que ces dames sont afro-américaines donc c'est double cible mais aussi le récit du 6 janvier 21 où là tout à coup les émeutiers sont en fait de très gentils manifestants qui ont été provoqués par ces horribles démocrates qui ont osé tricher le verbatim de cette nouvelle version qui devient la version officielle de la première puissance mondiale

17:04
Invité

mais elle révèle en réalité une tendance séparatiste qui a toujours et insurrectionnelle qui fait partie de l'histoire révolutionnaire les patriotes du 6 janvier sont des miliciens qui brandissent le drapeau de Gadsden donc qui était un drapeau révolutionnaire qui a été réapproprié par les libertariens ils se sont nommés patriotes ils ont porté les drapeaux et ils prétendaient incarner l'Amérique la vraie du peuple c'est-à-dire celle qu'on n'entend pas par opposition aux élites donc la réécriture historique c'est aussi une réaction anti-système extrêmement populiste qui parle à une population qui cultive localement bien sûr et dans certaines régions pas partout mais des traditions insurrectionnelles et militiennes qui disent que tout gouvernement même le gouvernement fédéral peut et doit être renversé à partir du moment où il ne sert pas les intérêts du peuple

18:04
Présentateur

et il y a aussi dans le même esprit la réhabilitation des confédérés on avait vu ça aussi pendant le premier mandat la réhabilitation du drapeau

18:13
Invité

le 6 janvier le drapeau confédéré qui n'était pas entré dans le capitole depuis la guerre de sécession est entré dans le capitole et il y a eu des menaces aussi directes contre Mike Pence il y a eu des violences faites aux policiers il y a eu des morts donc c'est une violence populaire qui peut aussi invoquer un héritage assez ancien lié à la révolution qui était une période aussi où il y a eu des rébellions populaires contre les états indépendants c'est une période pendant laquelle le conflit n'est pas du tout unidirectionnel mais le pouvoir est fragile à plusieurs échelles

18:47
Présentateur

et donc parmi les nombreux projets du président en exercice il y a cette idée si j'ai bien compris dans le parc qui est le West Potomac pour ceux qui connaissent un peu la géographie de Washington qui a été dessinée quand même par un architecte français il faut le rappeler qui s'appelait L'Enfance il y a cette allée ce jardin des héros donc 250 statues surtout des personnalités masculines blanches il faut le rappeler Basile Baudès vous qui enseignez l'architecture on voit que Donald Trump et on sait tous évidemment qu'il s'agit aussi d'un promoteur immobilier bien que new-yorkais mais qui adore le style néoclassique donc qu'est-ce que cela veut dire pour vous cette espèce de résurgence d'un art que l'on croyait quand même figé depuis le milieu du siècle dernier

19:49
Invité

cette défense du style classique elle est absolument fascinante pour un historien de l'architecture parce qu'elle opère sur plusieurs niveaux d'abord c'est un niveau populiste parce que quand vous faites des sondages d'opinion aux Etats-Unis et dans beaucoup de pays c'est le style préféré c'est le style de la petite maison tranquille c'est aussi le style du monument de la grandeur de la stabilité mais ce qui est intéressant aussi c'est que lorsque l'on regarde quels types de styles sont officiellement préférés pour les bâtiments fédéraux depuis l'ordre exécutif d'août dernier ce sont tous les styles en fait avant la période véritablement du modernisme et particulièrement du brutalisme et si on se rappelle un petit peu le moment du brutalisme c'est les années 60 c'est la période des droits civils donc c'est une sorte de retour à par le style par la vision architecturale à une Amérique d'avant les droits civils d'avant cette période de développement et puis le dernier point c'est que ça aussi ça rappelle des moments très précis dans l'histoire des Etats-Unis qui sont les moments phares de l'administration ceux auxquels Trump se refaire la présidence d'Andrew Jackson par exemple qui est le grand moment du Greek Revival et du Federal Style qu'il favorise et puis le tournant du XXe siècle c'est le moment Beaux-Arts avec les grandes constructions fédérales de cette époque dans le quartier de la Maison-Blanche mais c'est aussi le grand moment des lois sur l'immigration le Cota Emergency Act de 1921 le Immigration Act de 1924 donc c'est une sorte de il y a une correspondance directe entre style architectural et utopie politique en fait

21:59
Présentateur

et comment comprendre il y a aussi comment dire la mégalomanie de Trump qu'il a manifesté à New York ou quand il l'hérite de son père qui était dans le Queens lui il arrive à Manhattan il fait raser quelques maisons historiques d'ailleurs pour commencer à faire élever une tour qu'il veut évidemment la plus élevée de New York et là il veut un arc de triomphe de 76 mètres de haut je rappelle que celui de Paris n'en fait jamais que 49 et avec une énorme statue au-dessus de cet arc de triomphe alors évidemment tout le monde a dit oh là là il va vouloir mettre sa propre statue alors comme il a un sens de l'humour que parfois on misestime il a dit non là ce serait too much

22:45
Invité

oui non c'est assez extraordinaire parce que rares sont en fait les présidents des Etats-Unis qui ont un vrai intérêt mais je ne pourrais pas véritablement dire pour l'architecture même c'est à dire que pour l'architecture pour Trump c'est un moyen c'est un moyen d'enrichissement et c'est un moyen de publicité et de grandeur personnelle mais il comprend le symbole qu'est l'architecture alors je crois que c'était assez différent on a fait beaucoup de comparaisons avec les totalitarismes avec le Berlin d'Albert Speer avec les architectes de Mussolini mais il me semble que chez Trump le besoin d'éternité qu'est l'architecture est moins présente que le retour immédiat c'est quelqu'un qui fonctionne beaucoup sur le court terme et la possibilité de détruire et de reconstruire montre pour lui son pouvoir et le pouvoir qu'il a de contourner les règles

23:51
Présentateur

Romain Huret cette passion de construction avec des moments alors on suit tout ça presque comme une bande dessinée en l'occurrence la destruction d'une partie de la Maison Blanche et Trump qui est obsédé maintenant par cette salle de balle et qui dit mais j'adore le bruit des pelleteuses c'est le bruit de l'argent c'est formidable etc dans cette espèce de folie monumentale est-ce qu'il faut voir aussi cette idée que la dérive des Etats-Unis la dérive wokiste qui il faut dire avait atteint quand même aussi quelques monuments d'aberration que c'est la fin de cette dérive et qu'on va signifier ça dans la pierre c'est-à-dire qu'on va on va figer une Amérique qui à partir de moi Donald ne pourra plus dériver de la même manière ne pourra plus dériver je ne sais pas mais en tout cas il est en train d'effacer le 20ème siècle et ce qui vient d'être dit c'est que même en matière architecturale il veut supprimer tout ça Trump l'a toujours dit il n'aime pas ce qui s'est passé aux Etats-Unis au 20ème siècle il n'aime pas pour la constitution il ne l'aime pas pour l'état fédéral il n'aime pas les présidents du 20ème siècle la plupart d'entre eux Kennedy il a voulu effacer le nom de Kennedy d'un monument très célèbre donc il y a une envie de revenir en arrière et on est au coeur de l'émission une envie de revenir au temps d'avant ces références elles sont entre la fin du 18ème et la fin du 19ème c'est la période qu'il aime il a envie que l'histoire se limite en quelque sorte à ça qui est une histoire d'une domination d'une partie des Etats-Unis sur le reste et le 20ème siècle il ne l'aime pas il y a eu des dérives ce qu'il voit comme des dérives dérives de la Cour suprême dérives des juges qui ont une autre lecture de la Constitution qui vont travailler la Constitution de l'intérieur pour lui faire accepter la transformation de l'état fédéral les droits des minorités les droits des populations homosexuelles ou la sécurité sociale tout ça va bouger et Trump en 2026 dit il existe un moyen de revenir vers le futur il invente une machine il dit on efface tout ça on l'efface des livres d'histoire on l'efface de l'architecture de la Constitution de la Cour suprême et c'est une expérience assez étonnante si elle n'était pas dramatique politiquement pour des millions de personnes elle serait intéressante puisque là il y a une envie d'arrêter l'histoire et de la remonter le plus loin possible pour faire plaisir à sa base sa base a envie de croire qu'elle vit en 1800 mais elle ne vit pas en 1800 elle vit en 2026 et là il y a une très forte responsabilité de Trump de vouloir effacer non seulement cette histoire là mais les droits qui sont allés avec parce que on parle beaucoup de bâtiments on parle de constitution ou de pères fondateurs il ne faut pas oublier que derrière tout ça il y a des enjeux juridiques et politiques qui sont très forts et ce qu'il est surtout en train d'effacer ce sont des droits pour des millions de personnes à commencer par le droit de vote et ce à quelques mois d'élection demi-mandat qui ne se présente pas très bien pour lui et pour son camp à cause de l'Iran à cause de l'inflation qui reste au-dessus de 4% alors évidemment il a maintenant une cote de popularité qui en Europe ferait rêver beaucoup de gens qui est aux alentours de 36% mais par rapport aux normes américaines c'est relativement bas pour un président à mi-mandat d'où vient néanmoins ce besoin de mettre sa signature et son portrait partout parce qu'il y a une partie de la population qui pense qu'il est un sauveur et il est en train de leur donner un des plus beaux gages avec ce qui va se passer dans une semaine et ce qui a démarré c'est-à-dire qu'il y a des on parle des gens qui n'aiment pas ça mais il y a des millions de personnes qui vont trouver que finalement ce retour en arrière cette défense d'une Amérique traditionnelle qui n'a jamais existé comme l'a dit Agnès Delahaye qui est totalement fantasmé renvoie à des millions de personnes qui croient que cette Amérique a réellement existé il ne faut pas surtout pas mépriser ou prendre de haut cela il y a un vrai intérêt d'une partie de Maga une partie des conservateurs pour cette période fondatrice ils s'intéressent beaucoup à ce qui s'est passé les pères fondateurs sont très appréciés il y a énormément de biographies conservatrices de ces pères fondateurs on a envie de savoir ce qui s'est passé souvent les conservateurs connaissent très bien la constitution en discutent beaucoup il y a eu des études sur le type arti par exemple qui montraient que ces réunions de gens qui allaient dans des aires d'autoroute discuter de la vie politique parlaient beaucoup de la constitution parlaient beaucoup des pères fondateurs et ce qu'ils ont décidé de l'état fédéral du fédéralisme de la répartition des pouvoirs donc il y a un véritable intérêt mais qui s'accompagne d'une envie politique de limiter la démocratie à ce qu'elle était à la fin du 18ème siècle et c'est ce retour en arrière qui est sans doute le plus inquiétant pour la démocratie étatsunienne aujourd'hui Basile Baudet si l'on revient à la transformation j'allais dire sous nos yeux pratiquement de la capitale fédérale américaine comment se fait-il que les contre-pouvoirs ne s'exercent pas davantage on sait que pour le moment la salle de bal de la maison blanche est bloquée il y a l'épisode assez navrant et ridicule de ce fameux bassin entre les deux grands monuments qui sont l'un dédié à Lincoln l'autre à Washington donc ce bassin que Donald Trump voulait absolument à fond bleu mais la couche de plastique qui a été évidemment s'est décollée puis il y a de l'algue verte qui s'y est mise donc Trump dit mais tout ça c'est du sabotage personne ou aucune commission ne s'oppose à ce genre d'initiative

29:51
Invité

alors le vrai contre-pouvoir c'est le contre-pouvoir des juges c'est le contre-pouvoir légal parce que dans la capitale Washington D.C.

est gérée une grande partie des terrains notamment là où intervient Trump sont gérés par le gouvernement fédéral alors il y a des commissions il y a la National Capital Planning Commission mais qui est une commission avec des officiers ex-officiers avec des personnes ex-officiaux comme le maire de Washington qui est une démocrate mais où il a placé des pions à lui et une majorité écrasante de ses propres affidés alors il y a aussi le National Park Service mais qui est une agence fédérale donc là évidemment ils font absolument ce qu'ils veulent donc la seule chose qui peut bloquer le seul contre-pouvoir c'est lorsque des citoyens ou des organisations traînent en justice le gouvernement fédéral dans ce cas et alors le grand fiasco devant nos yeux du miroir d'eau qui est quand même un des emplois les plus symboliques de toute la capitale ça a fait rire pendant un certain temps mais maintenant ça commence à faire beaucoup moins rire parce que les gens qui mettent un pied dans la dans la piscine en fait sont arrêtés en cours des dizaines d'années de prison et sont traités véritablement comme des opposants au régime et là c'est là où on voit très nettement le durcissement très rapide qui peut se passer lorsqu'il y a ces sortes de crises de lèse-majesté en fait

31:41
Présentateur

Agnès Delahaye crise de lèse-majesté mais la majesté en question étale avec une forme de frénésie et surtout depuis le début de ce second mandat une forme d'avidité d'appropriation pour ne pas dire de corruption d'ailleurs l'une des premières mesures en janvier 25 a été de supprimer les quelques lois anti-corruption qui avaient été mises en place est-ce que historiquement culturellement ça se comprend

32:19
Invité

dans la tradition américaine c'est une idée que moi j'ai tendance à défendre parce que sur la longue durée il est vrai que l'Amérique s'est construite par l'appropriation territoriale de territoires autochtones par des petits groupes d'hommes qui s'organisaient en corporations et qui visaient la propriété terrienne quand Jefferson dit la poursuite du bonheur je pense que cette formule est particulièrement intéressante parce qu'il s'agit en fait de trouver un terme à la notion britannique de propriété le droit fondamental britannique de propriété la poursuite du bonheur ajoute une dimension futuriste il y a quelque chose de l'ordre de la projection et l'histoire du développement américain de son expansion est celle d'appropriation de terres qui sont en suite transformées valorisées puis vendues donc coloniser s'étendre c'est s'approprier des terres pour les transformer pour en tirer un certain capital d'autant que historiquement la propriété conférait aux colons américains des droits politiques et l'exercice de l'autorité locale ce qui renforçait encore les solidarités qui se construisaient entre eux et qui explique aussi que au moment de la révolution et encore peut-être quelque part aujourd'hui les américains se sentent autant appartenir à leur état ou à leur région qu'à la nation elle-même l'enjeu problématique ici c'est la nation qui la constitue et qui en fait partie et dans l'idée d'appropriation et d'expansionnisme il y a cette idée d'enrichissement personnel comme valorisation de l'individu comme accès à la pleine liberté la pleine liberté c'est aussi l'enrichissement

33:56
Présentateur

et cet enrichissement à l'époque en tout cas et de la part des pères fondateurs incluait le servage absolument qui n'était absolument pas mis en cause en tout cas au tout début au tout début au moment du détachement par rapport à la couronne britannique après ça a été comment dire

34:18
Invité

l'esclavationisme est net en Angleterre dans les années 1760 1770 et les mesures abolitionnistes ou au moins les débats abolitionnistes en Grande-Bretagne terrifient les américains esclavagistes qui vivent en permanence dans la terreur de la rébellion esclave il faut savoir que l'esclavage c'est un système économique qui fonctionne sur la terreur et la violence et donc qui nécessite enfin qui maintient ces sociétés dans des états de peur et d'angoisse permanents donc l'esclavage pendant la révolution ils accusent le roi de vouloir les réduire en esclavage parce qu'ils sont ils savent très bien eux-mêmes même dans le nord où il y a peu d'esclaves la déchéance que représente l'esclavage et ils ne veulent pas cette déchéance pour eux-mêmes alors l'abolitionnisme les menace il existe pendant la période révolutionnaire mais il y a un consensus qui s'établit sur le droit du propriétaire à bénéficier des moyens de son propre enrichissement et l'exploitation des corps noirs fait partie de ce système

35:21
Présentateur

Elisa Shell cette idée en fait que l'enrichissement est un droit et même un devoir religieux puisqu'on a vu apparaître et on voit toujours surgir dans les églises évangéliques en particulier dont la conseillère spirituelle de Trump fait partie Paula White qui est donc une femme pasteur il y a cette idée que Dieu veut que vous soyez riches enfin la religion de l'abondance fait partie encore une fois d'une forme

35:59
Invité

d'un prêche oui parmi tous les courants du protestantisme qui sont représentés aux Etats-Unis il y en a un qui est la théologie de la prospérité et cette théologie de la prospérité associe l'élection divine à l'élection désignée par des signes et notamment que sont l'argent donc Donald Trump concentre ces différents signes il se présente comme un messie pour parler à un certain nombre de ses électeurs très croyants il faut quand même se souvenir qu'aux Etats-Unis 8 personnes sur 10 se considèrent comme une personne de foi et que les chrétiens nationalistes constituent le socle du parti républicain et puis ce signe de l'argent est complètement lu différemment nous en France on est dans un pays de tradition catholique avec plutôt une méfiance vis-à-vis de l'argent conflit d'intérêt corruption mais on a la confession mais on a eu la confession en effet mais pour un personnage comme Trump le fait qu'il ait réussi et qu'il soit immensément riche ça veut dire qu'il sait y faire donc c'est un signe de compétence et de compétence politique notamment et puis l'autre aspect très important par rapport à la richesse c'est qu'on y associe aussi l'indépendance puisque aux Etats-Unis les campagnes sont financées par une pluralité de forces sociales économiques sans limitation de plafond depuis 2010 et au fond Donald Trump peut s'enorgueillir de dire je ne dépends de personnes et je peux alors c'est pas lui qui finance ses campagnes sur ses fonds propres mais il peut faire levier avec tout le merchandising avec ce qu'il fait en permanence on l'a vu par exemple avec ses procès ou ses procès qui n'ont jamais eu lieu ses mises en accusation pendant la campagne électorale donc il sait vendre la marque Trump là pour les 250 ans il y a aussi toute une série de produits dérivés qui ont été mis sur le marché

38:12
Présentateur

et des sociétés qui ont été créées en particulier par ses fils

38:15
Invité

comme toujours d'ailleurs donc pour ce qui est des produits dérivés vous pouvez trouver à la fois des pièces de monnaie à l'effigie de Donald Trump alors des pièces de collection pas des pièces en circulation mais toutes sortes de mugs et même de sous-vêtements pour les plus et des bibles et des bibles elles sont fabriquées en Chine mais ça c'est un détail c'est un détail et donc il y a en fait la manière de manifester son patriotisme passe aussi par le consumérisme c'est à dire j'achète un mug un t-shirt une casquette que sais-je donc je manifeste mon soutien et donc l'argent est aussi une forme de participation politique et c'est pour ça qu'on a décidé de ne plus limiter les plafonds de dépenses électorales c'est au nom de la liberté d'expression parce que pourquoi interdire à des citoyens de donner de l'argent alors que c'est une manière de manifester son soutien donc l'argent a une place complètement différente à la fois dans la société et la politique américaine

39:12
Présentateur

et on voit d'ailleurs que les barons de la tech mobilisent un fonds spécial pour aider lors des prochaines élections de mi-mandat tous les candidats favorables aux intérêts de la tech bien évidemment c'est-à-dire anti-réglementation et dans cette forme-là d'idéologie qui est aussi conceptualisée plus ou moins sérieusement par une noria de gens que l'on découvre souvent dans les tréfonds du net Romain Huret c'est quand même un masculinisme triomphant et revanchard aussi qui s'exprime oui je vois un petit sourire c'est dommage qu'on ne puisse pas témoigner de ça à la radio je vois un petit sourire on parle des pères fondateurs donc il y a aussi cette idée de revenir à un temps où les hommes avaient un pouvoir et Agnès Delah elle a dit la fin du 18ème siècle c'est aussi un temps très fort de domination des pères de domination de ses propriétaires qui dominent le pays et qui dominent les intérêts économiques et la seule femme je crois dont le nom figure c'est la dame qui était propriétaire de l'imprimerie et qui a voulu mettre son nom en grand donc chapeau si j'ose dire mais pardon Romain je vous ai interrompu donc ce masculinisme coule de source si j'ose dire il ne coule pas de source aux Etats-Unis à nouveau c'est une bataille c'est une guerre culturelle comme on dit aux Etats-Unis il y a des des conflits très forts sur la place des hommes et la place de la femme aux Etats-Unis et on voit que même cette période fondatrice que la révolution états-unienne fait désormais l'objet d'une lecture qui peut être très différente et d'une envie de réécrire l'histoire aussi en effaçant une partie des combats féministes du 19ème du 20ème siècle à nouveau on y revient il faut effacer ce qui déplait et aujourd'hui on a des moyens très forts avec les barons de la tech que vous avez mis en avant pour réécrire complètement l'histoire des Etats-Unis Agnès Delahaye précisément il y a eu mercredi dernier entre le président des Etats-Unis et le chef de la majorité républicaine au Sénat le président se déplace quand il veut appuyer ou au contraire stopper un certain nombre de projets de loi et là il y a eu semble-t-il des éclats de voix parce que la guerre en Iran l'inflation la proximité des élections de mi-mandat donc une certaine inquiétude dans le rang des élus et là le président a bloqué un projet de loi sur le logement le logement social en l'occurrence en disant moi ce qui m'intéresse c'est la loi en fait sur le droit de vote où il veut imposer dès les prochaines élections la nécessité impérieuse d'avoir un passeport ce qui n'est pas du tout dans la tradition américaine est-ce que c'est une manière on comprend bien d'authentifier les vrais américains donc de sortir tous ceux qui seraient considérés comme des des immigrés même quand ils sont estampillés citoyens par d'autres papiers et est-ce que c'est une manière aussi de sortir les femmes

42:37
Invité

oui absolument c'est une une mesure d'ailleurs à laquelle le congrès est en train de résister qui obligerait les citoyens à faire preuve de leur nationalité par un passeport comme vous l'avez dit ou un certificat de naissance les représentantes qui se mobilisent contre cette loi expliquent qu'elles visent principalement les femmes elles estiment que 70 millions de femmes pourraient être privées de ce droit de vote puisqu'elles changent de nom pendant leur mariage leur divorce et qu'elles sont aussi une catégorie sociale enfin les femmes pauvres n'auraient pas à ce moment là les moyens de produire ces documents qui coûtent plus d'une centaine de dollars et qui mettent du temps à être délivrés d'autant que le doge d'Elon Musk a sabré les budgets des agences fédérales qui sont censées et même dans les états ça a eu lieu aussi délivrer ces papiers d'identité donc il y a une mesure je pense délibérée pour saper les élections qui viennent en amont en pervertissant le système électoral c'est une très grande transgression en réalité de la tradition américaine puisque les élections sont organisées par les états le gouvernement fédéral ne doit pas s'en mêler et ne s'en mêle pas or Trump exige des états qu'ils envoient les registres électoraux afin effectivement de traquer les illégaux et de punir aussi certains citoyens sous prétexte d'une fraude électorale qui n'existe pas études après études ont démontré

44:15
Présentateur

que la fraude électorale n'existe pas il a commencé à mettre en cause la fraude en Californie pour l'élection à la mairie de Los Angeles il veut dire que ça prend un temps incompréhensible et dans une interview avec la véhémence qu'il caractérise surtout quand il s'adresse pardon à une femme journaliste là il a dit mais ils sont en train de tricher regardez donc cette idée l'idée comment dire préventive de la triche est-ce que c'est une menace de plus sur ces élections de mi-mandat absolument

44:50
Invité

et un danger réel sauf qu'encore une fois on voit ces derniers temps le Sénat réagir et résister à ce genre de mesures parce qu'encore une fois c'est une transgression enfin c'est une nouvelle fois un signe que Trump soit ne comprend pas la constitution choisit de ne pas la comprendre ou délibérément veut la transgresser parce qu'elle va à l'encontre de son désir qui serait de rester dans l'histoire peut-être au pouvoir pour toujours mais en tout cas rester dans l'histoire par la on dit en anglais disruption enfin en bouleversant la disruption parce qu'on parle

45:22
Présentateur

en franglais le moins possible sur France Culture mais c'est c'est quand même de la disruption mais Elisa Schell que fait le parti démocrate par rapport à tout cela est-ce que les états démocrates il en reste je crois qu'il y a neuf états qui ont dit nous on ne veut pas des camions spéciaux qui ont été équipés de livres mis au point par le Hillsdale College et PragerU qui sont des institutions très trumpistes républicaines donc des camions ces énormes camions américains magnifiques qui sillonnent les états avec le matériau donc en fait de enfin je n'ose pas dire de propagande mais enfin presque que font les démocrates est-ce qu'ils vont célébrer ce 4 juillet dans samedi prochain

46:19
Invité

oui tout à fait alors ce que vous désignez en bon français s'appelle les freedom trucks freedom trucks ce sont des petits musées ambulants en quelque sorte qui transportent et véhiculent au sens propre et littéral le récit national conservateur qui reflète le récit national conservateur tel qu'il se construit dans l'après années 60 donc les démocrates que font-ils face à ça alors les démocrates déjà sont plutôt bien positionnés par rapport aux élections de mi-mandat avant de venir sur les festivités en tant que telles ils sont en position de force par rapport aux sièges qui seront renouvelés au Sénat puisque le Sénat est renouvelé par tiers tous les deux ans donc là il y a quand même un enjeu très très important si Trump perd la majorité dans la chambre déjà donc ça

47:11
Présentateur

c'est traditionnel le parti en place en général

47:15
Invité

très souvent très souvent c'est le cas donc là ça veut dire potentiellement des commissions d'enquête qui peuvent être relancées s'il perd aussi la majorité au Sénat ça veut dire qu'il ne pourra ça sera plus compliqué mais qu'il ne pourra plus rien faire de ces deux dernières années donc il deviendra encore une fois en bon français le lame duck president donc le canard boiteux et il ne pourra plus rien faire c'est aussi pour ça qu'il y a une accélération ces mois-ci et qu'on verra jusqu'à la fin de l'année calendaire pour passer toutes les réformes possibles imaginables tant qu'il a les manettes alors pour ce qui est des festivités du 4 juillet il y a bien sûr un patriotisme démocrate sauf que l'Amérique qui est célébrée n'est pas la même ça a été dit par Romain Huret et Agnès Delahaye ce sont d'autres modes de financement il y a bien sûr ce comité d'organisation America 250 qui continue à apporter 50 millions de dollars dans les états les municipalités participent les états bien sûr participent au financement il y a aussi des institutions culturelles les fondations pour les arts les musées qui vont promouvoir des événements justement qui remettent sur le devant de la scène ce que la rhétorique trumpiste veut effacer c'est à dire les droits civiques et la compréhension de la nation américaine comme l'égalité et la justice pour tous qui fait aussi partie des textes et des mantras qui sont répétées pour célébrer cette nation américaine donc au fond ces festivités elles auront lieu elles seront beaucoup plus décentralisées et elles sont aussi financées par des grandes entreprises privées comme Macy's par exemple qui est un centre commercial qui va financer par exemple un feu d'artifice ou d'autres des chaînes de médias ce genre d'événement peut être financé de beaucoup de manières donc il y aura bien des manifestations démocrates mais au fond la querelle qu'il y a dans ces 250 ans c'est dans cette religion civile américaine qui va être le grand prêtre qui va officier qui va ordonner le récit national puisqu'on sait qu'il y a deux récits nationaux qui coexistent aux Etats-Unis aussi parce que le système d'éducation est particulièrement décentralisé il faut vraiment le rappeler parce qu'il n'y a pas de programme d'histoire nationale par classe ce qui veut dire que les Etats les comtés les fameuses school boards donc en bon français des commissions scolaires au niveau local qui déterminent les programmes sur quelle histoire on apprend aux enfants est-ce qu'on leur apprend le créationnisme est-ce qu'on les forme aux questions de genre ça c'est extrêmement divisé et donc ces célébrations patriotiques le récit national se joue vraiment au niveau local aux Etats-Unis et pas seulement à Washington comme tant à le faire croire Donald Trump Néanmoins Romain Huret

50:06
Présentateur

dans le système de la fédération des Etats sur le plan judiciaire en particulier même si chaque Etat de façon très différenciée d'ailleurs garde la main sur beaucoup de choses et comme le disait Elisa en particulier sur l'éducation il y a un moment où tout remonte à la Cour suprême et la Cour suprême vous y faisiez allusion au début de cette conversation devient en quelque sorte le dernier terrain de la bataille de l'interprétation de ce qu'ont voulu faire les textes fondateurs on a appris jeudi dernier donc avant-hier que la Cour suprême a levé une protection juridique contre l'expulsion de 350 000 Haïtiens et 6 000 Syriens donc c'est une décision prise par les 6 juges conservateurs contre l'avis des 3 juges progressistes et donc la Cour considère que la loi ne permet pas à la justice de contrôler les décisions du pouvoir exécutif concernant le statut de protection temporaire donc c'est le tout dernier exemple encore une fois de la manière dont cette Cour suprême interprète son propre rôle en fait et ce à partir des textes avec toujours cette idée est-ce qu'il faut se référer au texte de la constitution donc plus de la déclaration du 4 juillet donc à une époque où bien évidemment les femmes n'avaient aucun droit et les esclaves commençaient tout juste dans certains états à sortir du servage donc la Cour suprême en fait reste l'arbitre elle reste l'arbitre mais elle a eu une jurisprudence très différente tout au long du XXe siècle où elle a décidé d'adapter la constitution à la réalité sociale et culturelle des Etats-Unis et dans les années 30 1930 il y a un siècle on voit des juges à la Cour suprême dont Louis Brandeis qui est un très grand juge qui va décider d'adapter de tordre un peu la constitution et l'esprit de la constitution pour dire il faut que cette constitution s'adapte à la réalité du temps un exemple très connu c'est la sécurité sociale bien évidemment les pères fondateurs n'ont pas pensé à la sécurité sociale mais la Cour suprême finira par dire on peut lire dans la constitution des éléments qui nous permettent de dire que la sécurité sociale les grandes mesures des années 30 les grandes mesures du New Deal sont constitutionnelles il y a eu des débats très violents très longs très compliqués même contre Roosevelt Roosevelt avait rêvé de mettre à la retraite les juges il va y renoncer les conservateurs détestent dès les années 30 détestent cette adaptation de la constitution à la réalité sociale et vont en faire leur principal cheval de bataille et vue de France c'est pas simple de comprendre à quel point c'est important et ils vont défendre ce qu'on appelle de manière un peu compliquée une lecture originaliste ces conservateurs en disant il faut revenir à la constitution des origines et arrêter les bidouillages des progressistes qui nous font croire que dans ce texte on peut mettre le mariage homosexuel les droits des minorités la sécurité sociale le pouvoir de l'état donc là un des moments essentiels de ce qui va se passer dans quelques jours c'est de défendre cette lecture originaliste il faut arrêter les bidouillages avec le texte des fondateurs il faut revenir à une lecture stricte du texte et donc effacer tout ce que les juges au XXème siècle ont fait et les trois juges choisis par Donald Trump lors de son premier mandat ce sont des originalistes qui avaient été repérés et ça aussi c'est très singulier par la Federalist Society qui depuis un demi-siècle je crois repère les étudiants les plus brillants dans différentes universités et les propulse enfin les aident à arriver en gros jusqu'à la cour suprême dans les années 60 les conservateurs aux Etats-Unis se comparaient à des trotskistes de droite en disant il faut qu'on soit des trotskistes qu'on infiltre le pouvoir et dans 50 ans on sera à Washington et on aura tous les leviers du pouvoir ils ont réussi c'était une bonne stratégie trotskiste qu'on a connue en France qui a permis à ces trotskistes de droite de l'emporter et de conquérir le pouvoir et dans des grandes institutions de pouvoir et Trump est leur incarnation ultime et à votre avis est-ce que Donald Trump sait qui était Léon Trotsky ça je ne sais pas mais en tout cas il a bien compris la stratégie qui consiste à infiltrer il a fait beaucoup de nominations pendant son premier mandat il a fait peu de choses il a beaucoup démantelé l'état fédéral en refusant son pouvoir de nomination en revanche il n'a pas oublié les tribunaux donc il savait très bien ce qu'il faisait et il a mis beaucoup de juges dans des petites structures inférieures pour préparer cette révolution juridique donc il ne faut jamais sous-estimer Donald Trump sûrement pas mais la déclaration de l'indépendance puisqu'il faut quand même revenir au texte nous aussi cette déclaration dit le pouvoir du gouvernement doit émaner du consentement des gouvernés c'est un texte écrit en 1776 Agnès Delay donc c'est véritablement révolutionnaire pour le coup c'est c'est l'idée d'une indépendance telle qu'elle n'avait jamais existé à l'époque et qui reste d'ailleurs

55:29
Invité

une question mais c'est aussi une tradition anglaise John Locke donc le 17ème siècle anglais connaît justement une crise du pouvoir et de la monarchie quasiment continue sur plus de 40 ans et les américains s'inspirent de ces idées britanniques pour se déclarer être les détenteurs de cette vraie liberté ce sont eux la tradition et en même temps ils s'en séparent en l'invoquant

55:57
Présentateur

et est-ce que cela veut dire Elisa Chelle que le 4 juillet donc samedi prochain évidemment on sera tous émus néanmoins par ce 250ème anniversaire et à chaque fois on se dira c'est grâce à la France et il y aura aussi en France un certain nombre d'événements la patrouille de France participe aux exercices aériens aux Etats-Unis en quoi est-ce que l'émotion en France peut-être disons plus présente qu'elle ne le sera au Royaume-Uni par exemple samedi prochain

56:34
Invité

et bien l'indépendance des Etats-Unis a été déclarée le 4 juillet 1776 mais a été ensuite conquise avec l'appui des français le Royaume de France Louis XVI et son ministre des Finances se sont fortement endettés pour sauver les Etats-Unis face aux Anglais et donc leur ont donné la possibilité de construire leur indépendance donc ils ont contracté auprès des français une très grande dette et donc c'est une manière aujourd'hui de rappeler à la première puissance mondiale qu'ils doivent bien quelque chose à la France

57:05
Présentateur

et bien voilà une conclusion très provisoire mais néanmoins comment dire qui nous fait plaisir qui nous fait plaisir et je vous remercie tous les quatre Romain Huret je rappelle que vous publiez un ouvrage sur les oubliés de la Saint-Valentin donc ça n'a franchement pas grand-chose à voir Des vies à l'ombre du mariage c'est paru en janvier dernier aux éditions La Découverte Basile Baudez je vous remercie on ne vous a pas oublié vous avez dirigé avec Victoria Bergbauer un ouvrage en anglais sur l'architecture carcérale ça a été publié aux éditions Jovis Verlag cette année Agnès Delahaye un très bon petit livre à qui appartient le 4 juillet La Dépendance Américaine et sa Mémoire chez Jean-Claude Lattès et Elisa Schell La Démocratie à l'épreuve du populisme les leçons du trumpisme c'est sorti en septembre dernier aux éditions Odile Jacob à la réalisation ce matin je remercie Luc-Jean Reynaud à la technique Ludovic Auger Théa Corler et la documentation de Radio France m'ont aidé comme chaque semaine à préparer cette émission et nous sommes samedi voici les carnets de santé de Marina Carrère dans cause et un mot quand même pour saluer la mémoire d'Yves Lacoste qui vient nous quitter un grand géographe qui a su marier la géographie et les relations internationales ça donne la géopolitique merci très bon week-end et à samedi prochain bon week-end