7 octobre : le souvenir et l'onde de choc - C dans l'air l'invité - 07/10/24
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 20 %Défensif 50 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:00OuverteRéponse directe
Depuis le 7 octobre, le monde n'est plus tout à fait le même. Et le vôtre, il a changé?
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C'est le sujet qui ajoute à la douleur. Ca a réveillé des fantômes. Ca a réveillé des fractures, un antisémitisme qui vivait à bas bruit dans le pays, mais pas simplement en France?
- 10:00OuverteRéponse directe
Vous leur dites quoi? Vous leur dites que leur colère est légitime? Vous leur dites que ce pays n'est pas antisémite?
- 15:00OuverteRéponse directe
Vous vous sentez soutenus par l'État?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 5:00D.HorvilleurFait
« C'est un massacre d'une envergure gigantesque, avec des milliers de morts, des femmes violées, des bébés kidnappés, des gens assassinés devant leurs parents... »
- 10:00C.RouxChiffre
« L'État a enregistré une hausse de 300 % des faits antisémites sur tout le territoire par rapport au premiers mois de l'année 2023. »
- 15:00D.HorvilleurFait
« Les pouvoirs publics sont au rendez-vous comme ils l'ont été depuis très longtemps. Les synagogues sont sous protection. L'État développe une politique pour venir en aide et protéger les juifs. »
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france.tv access ... - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue dans "C dans l'air". Mon invitée est D.Horvilleur.
Merci d'avoir accepté cette invitation en ce 7 octobre. Vous avez publié cette année "Comment ça va pas?".
Vous êtes rabbine. 101 otages encore aux mains du Hamas...
Depuis le 7 octobre, le monde n'est plus tout à fait le même. Et le vôtre, il a changé? - D.Horvilleur: Je crois, radicalement, comme celui de beaucoup de gens.
C'est une journée très différente des autres. C'est le prolongement d'une nuit qui n'en finit pas. Depuis un an, je parle à beaucoup de gens qui sont encore un peu le 7 ou le 8 octobre.
Je me suis posé la question de comment j'allais commémorer personnellement cette journée. J'ai décidé de passer la matinée à l'invitation de survivants de la Shoah, de gens qui avaient besoin de parler. J'étais à Sciences Po pour l'invitation des étudiants juifs de France.
C'est un gigantesque traumatisme. Comment est-ce possible que ça recommence? Comment est-ce possible qu'on en soit là?
Comment est-ce possible que notre génération vive cela? - C.Roux: On a l'impression qu'on est encore le 7 octobre.
L'animateur Arthur interrogé chez BFM disait qu'il pleure tous les jours. - D.Horvilleur: Je suis très souvent au bord des larmes.
Comme si c'était devenu une douleur insurmontable, qui n'est pas une douleur juive...
J'ai l'impression que tous les fantômes sont réveillés, que tous les traumatismes sont là. Ces traumatismes sont à la fois les traumatismes du 7 octobre et les traumatismes de l'après, de tout ce qui s'est passé ensuite. - C.Roux: C'est le sujet qui ajoute à la douleur.
Ca a réveillé des fantômes. Ca a réveillé des fractures, un antisémitisme qui vivait à bas bruit dans le pays, mais pas simplement en France? - D.Horvilleur: Partout dans le monde.
C'est ce que ce que j'appelle le traumatisme immédiat et le traumatisme légèrement différé. C'est un massacre d'une envergure gigantesque, avec des milliers de morts, des femmes violées, des bébés kidnappés, des gens assassinés devant leurs parents...
Ca se passe en Israël, dans un lieu qui, pour beaucoup de juifs dans le monde, représente le lieu de l'abri et du refuge, qui promet, contrairement à ce qui s'est passé dans la diaspora, d'offrir un refuge. Dès le 7 au soir, alors qu'il n'y a aucune déclaration israélienne, aucune opération militaire en cours, la boîte de Pandore de l'antisémitisme s'ouvre un peu dans le monde. Les lieux de culte sont en danger, les juifs sont menacés...
Autre phénomène impensable: le négationnisme se met en place. Des gens se mettent à douter que ça s'est véritablement passé, que les femmes se soient fait violer...
On retourne la faute. Les victimes sont sommées d'expliquer qu'elles sont victimes. Je n'arrête pas de penser à la petite phrase qu'une survivante de la Shoah avait prononcée: "On ne pardonnera jamais aux juifs le mal qu'on leur a fait." Ils ont été les victimes le 7 octobre en Israël de ce massacre, et très vite s'est retournée la chaîne de la culpabilité. - C.Roux: Je donne juste ce chiffre...
Ce n'est pas un sentiment, un ressenti. L'Etat a enregistré une hausse de 300 % des faits antisémites sur tout le territoire par rapport au premiers mois de l'année 2023. - D.Horvilleur: Le problème de ces chiffres, c'est qu'ils ne permettent pas de percevoir que chacun de ces chiffres est une anecdote.
J'organise régulièrement des discussions avec les membres de ma communauté. J'ai réuni des parents qui amènent leurs enfants à la synagogue récemment. J'étais sidérée de voir que chacun d'entre eux avait une histoire à raconter.
Ca allait d'une histoire de croix gammée sur la table de leur enfant à des chants nazis chantés lors de sorties scolaires, à des enfants désinvités d'anniversaires... - C.Roux: On parle de noms qu'on retire sur les boîtes aux lettres... - D.Horvilleur: Je connais plein de gens qui ont développé des noms de code pour ne pas parler de quoi que ce soit lié au judaïsme. - C.Roux: Vous leur dites quoi?
Vous leur dites que leur colère est légitime? Vous leur dites que ce pays n'est pas antisémite? - D.Horvilleur: Ce n'est même pas de la colère, c'est une profonde tristesse que je vois autour de moi.
J'essaye d'accompagner comme je peux, y compris mes propres enfants. Comment on arrive à trouver une forme de consolation tout en étant vigilant...
Ce n'est pas la première fois dans l'histoire que ça se passe. Aujourd'hui, ça prend des habits nouveaux. C'est toujours la même chose.
On a toujours reproché aux juifs tout et son contraire. - C.Roux: D.de Villepin, interrogé chez nos confrères de franceinfo, disait ce matin: "On ne peut pas commémorer le 7 sans penser à ce qui s'est passé après à Gaza, notamment." Il disait qu'il fallait être ensemble pour pleurer nos morts comme s'il fallait donner une forme d'équilibre dans cette situation entre ce qui s'est passé le 7 et ce qui s'est passé après. - D.Horvilleur: Personne n'oublie ce qui s'est passé après.
On est très nombreux à pleurer toutes les victimes innocentes, tous ces gens qui sont otages d'assassins autour d'eux. Tout le monde le pleure. Aujourd'hui, le jour est au recueillement et à une prise de conscience, à l'antisémitisme.
Ces assassins du 7 octobre ne crient pas: "Mort aux Israéliens." Ils crient: "Mort aux juifs." Leur charte est antisémite.
C'est un ennemi commun. C'est l'ennemi d'une certaine humanité. - C.Roux: Y.Arfi évoquait la façon dont la politique s'est emparée de ce sujet.
Il disait que J.-L.Mélenchon avait redonné une caution politique à l'antisémitisme.
Vous êtes d'accord? Sur la libération de cet antisémitisme, il y a une responsabilité de la classe politique? - D.Horvilleur: Evidemment...
La question n'est pas là. Ce qui est sûr, c'est qu'ils tiennent le langage traditionnel de l'antisémitisme. Ils nourrissent et se nourrissent de cet antisémitisme ancestral.
On se souvient des petites phrases de J.-L.Mélenchon qui faisaient appel à une manipulation des juifs...
Maintenant, il fait appel à la rhétorique antisémite traditionnelle. - C.Roux: Vous vous sentez soutenus par l'Etat? - D.Horvilleur: Les pouvoirs publics sont au rendez-vous comme ils l'ont été depuis très longtemps.
Les synagogues sont sous protection. L'Etat développe une politique pour venir en aide et protéger les juifs. Malheureusement, ça ne suffit pas et ce n'est pas efficace.
Je me rends compte qu'il y a quelque chose d'aberrant à penser que chaque manifestation à laquelle je peux aller est entourée de présence policière, que mes enfants ou ceux de mes amis n'ont jamais connu un lieu qui n'est pas sous protection. - C.Roux: "Comment ça va pas?", Ce titre, vous le changeriez? - D.Horvilleur: Parfois, je me dis que je devrais écrire "Comment ça va pire?" Il y a un espoir auquel je veux m'accrocher, la possibilité de créer, de rêver.
Je publie un livre d'art. - C.Roux: Vous êtes directrice de publication à Tenou'a.
Vous publiez un numéro spécial avec la production de nombreux artistes qui ont travaillé sur le 7 octobre. On a choisi ces 3 artistes. Le livre est extraordinaire.
Il va puiser dans la création israélienne, que l'on a souvent censurée. Ils sont souvent un miroir très critique à la société israélienne. Cette artiste, on lui a demandé entre autres de faire une projection.
Ce vieux monsieur, c'est ce qu'elle a imaginé être le plus jeune otage au monde. Elle a imaginé ce que pourrait être le 80e anniversaire de ce petit garçon s'il rentre un jour. Cette image donne envie de sourire ou de pleurer.
C'est une image d'espoir, pour rêver à ce que le monde pourrait encore être. C'est ce dont on a besoin. Les artistes nous permettent aujourd'hui de penser au monde tel qu'il pourrait être.
Le monde tel qu'il est est parfois désespérant. Croire qu'il pourrait être autre et que nous avons les moyens