L'invité politique Sud Radio - Avec Annie Genevard, ministre de l'Agriculture, de l'Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire
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Sud Radio, l'invité politique, Jean-François Aquilly. Annie Gennevard, ministre de l'Agriculture et l'invité politique de Jean-François Aquilly. Il est 8h16, soyez les bienvenus, c'est le grand moment politique donc de la matinée, Madame et Monsieur, soyez les bienvenus, c'est à vous.
Bonjour Annie Gennevard. Bonjour Jean-François Aquilly. L'épisode caniculaire a été particulièrement intense, peut-on parler de catastrophe pour l'agriculture ?
Sans aucun doute, l'agriculture est aussi en première ligne dans cet épisode de très grave canicule. Les hommes souffrent, les récoltes souffrent, les élevages souffrent. C'est une énième crise, les crises sanitaires animales, la DNC, les droits de douane, la crise au Moyen-Ou-Proche-Orient avec l'augmentation du gasoil, nos routiers, des engrais. Il n'y a pas de répit pour nos agriculteurs. Il n'y a pas de répit pour le monde agricole. Et je veux dire évidemment d'abord mon soutien et mon engagement à leur côté.
Un premier bilan peut-être Annie Gennevard sur les animaux, sur les élevages, notamment de bovins de volaille également.
Alors on est en train d'évaluer tout ça au jour le jour, à l'heure l'heure, parce que les dégâts sont extrêmement importants dans des régions qui jusqu'alors étaient épargnées, par exemple la Bretagne. En Bretagne, c'est plus de 5000 tonnes d'animaux qui sont morts. Quels animaux précisément en Bretagne ? Plus particulièrement les volailles, elles sont au-delà de 40 degrés. Qu'elles soient en bâtiment ou qu'elles soient en plein air, elles sont très exposées. Donc se pose la question sanitaire de l'élimination de ces carcasses. Donc c'est un suivi vraiment de chaque instant.
Est-ce qu'il y a également, Annie Gennevard, un impact sur les récoltes ?
Alors il y aura un impact sur les récoltes. La première canicule en mai a été particulièrement préjudiciable pour les céréales, parce que c'est là où les épices se remplissent.
Les moissons donc.
Donc les moissons, alors il est trop tôt pour en faire le bilan. Il faudra attendre que les moissons aient eu lieu pour dire exactement ce qu'il en est. Mais là, il faudra que le système assurantiel et que la solidarité nationale puissent s'exercer, parce que les récoltes vont sans doute accuser le coup aussi.
L'État va-t-il débloquer des fonds d'urgence pour nos agriculteurs ?
Alors l'État est au rendez-vous, vous le savez. Chaque fois que le monde agricole a traversé des crises, l'État a toujours été au rendez-vous. J'ai obtenu pour les engrais qui ont beaucoup renchéri une aide européenne qui sera complétée par une aide nationale. Voilà le dernier exemple d'aide d'urgence que nous avons mise en place. Et puis nous verrons, lorsque le moment du bilan de cette canicule pourra être fait, les réponses à apporter. Mais il est clair que nous devons tous être unis aux côtés de nos agriculteurs à la suite de cet épisode caniculaire qui pourrait connaître une troisième lame, si j'ai bien compris.
Oui, une troisième lame à partir, supposément, nous verrons bien du 6 juillet.
Supposément, oui, il faut, bien sûr, bien sûr.
Sébastien Lecornu organise une nouvelle réunion aujourd'hui. Je ne sais pas si vous avez le loisir d'y participer. Vous vous êtes appelé ailleurs, il me semble.
Le Premier ministre est extrêmement attentif et dirige des cellules de crise interministérielles.
Mais qu'est-ce qu'on peut prévoir à ce niveau-là ? Est-ce qu'il n'est pas trop tard pour prévoir ?
Mais ça demande une gestion de chaque instant. Je vous donne l'exemple en matière agricole. On a autorisé la fauche des jachères pour pouvoir à la fois nourrir les animaux, parce que le foin manque, la ressource fourragère manque, et puis aussi pour prévenir les feux. Et d'ailleurs, j'invite les agriculteurs à être extrêmement attentifs. Cette semaine va être une grosse semaine de moissons. Et il faut tout faire pour éviter les feux de moissons à un moment où les feux de forêt risquent là aussi d'arriver. Et il faut qu'on ait les pompiers immobilisés pour les uns et pour les autres. Donc, être extrêmement attentif.
Il y a des heures privilégiées pour les moissons qui exposent moins au risque de départ de feu. Et puis, le Premier ministre suit heure par heure la situation, bien sûr.
Parce que la question, Annie Gennevard, c'est... On va parler de la DNC dans son court instant, mais c'est que faire à l'avenir ? Parce que tout ça va recommencer, au juste.
Oui. Alors, il y a la gestion de crise, et puis il y a aussi comment on s'y prépare.
Le long terme. Le moyen terme, même.
Du reste, la canicule de 2003 a livré des enseignements qui ont conduit à revoir l'assurance récolte, à mettre en place des mesures pour le transport des animaux pendant les périodes de canicule, à gérer les feux avec des stratégies. Bon. Donc, moi, je pense, si vous voulez, que la réponse est multiple. D'abord, la science va nous apporter des réponses avec des cultures qui seront moins gourmandes en eau, plus résistantes à la sécheresse en hiver, plus résistantes au gel. Il faudra adapter les bâtiments d'élevage avec de la brumisation systématique, parce qu'on sait que ces épisodes de dérèglement climatique vont se multiplier. Et puis, il y a l'eau, il y a la gestion de l'eau.
Alors, on va en parler avec la loi d'urgence récolte qui arrive au Sénat. Juste une question sur la DNC, la dermatose nodulaire bovine. Vous l'avez évoquée brièvement. C'était il y a un an, le premier cas. Tout pile. Le 29 juin. Le 29 juin. En Savoie.
Cette date est gravée dans mon esprit. Le 29 juin 2025. La DNC apparaît et est confirmée dans notre pays. Une maladie très grave, très contagieuse.
Nous en sommes où aujourd'hui ?
Nous en sommes que depuis le 2 janvier, nous n'avons plus de cas. que la meilleure réponse, c'est la vaccination. Aujourd'hui, elle se poursuit. Et il y a des rappels de vaccination en cours jusqu'à la fin de l'année. Et je pense que nous avons fait face, nous ferons face. Mais aujourd'hui, à date, il n'y a plus de cas depuis le 2 janvier.
Vous ne regrettez pas la méthode qui a consisté à dire on abat les troupeaux et on vaccine.
Ça a été contesté, vous rappelez. Ça a été contesté, ça a été soutenu aussi. Et la majorité des éleveurs ont soutenu très courageusement. Il y a eu un moment de solidarité, de mobilisation exceptionnelle. Vous savez, le monde agricole, je le connais depuis longtemps. Il y a quelque chose qui m'a toujours énormément frappée. C'est leur capacité, d'abord leur courage pour résister aux crises et leur solidarité. Ils se sont très, très solidaires. Et aujourd'hui, si on a pu protéger 99% des élevages, enfin la quasi-totalité, même plus de 99%, puisqu'on a dû euthanasier 0,02%. Donc au final, on a protégé les vaches françaises.
On continue la vaccination parce que c'est la meilleure des protections.
Et les vaches absentes au sommet de l'agriculture seront présentes au sommet de l'élevage de Cournon d'Auvergne. C'est dans le Puy-de-Dôme, c'est en octobre.
Oui, je l'espère, parce qu'aujourd'hui, on peut présenter les animaux sans risque. S'ils sont vaccinés, il n'y a pas de problème.
Le projet de loi d'urgence agricole qui arrive au Sénat et le retour de l'acétamipride. Anne-Genevar, ça y est, c'est de retour. C'est un amendement cette fois, parce que c'est une loi d'urgence agricole du gouvernement avec un amendement qui est accepté par le Sénat du retour de ce pesticide, souvenez-vous, qui avait été censuré par le Conseil constitutionnel qui avait fait l'objet d'une pétition à 2 millions de signataires. Ça revient donc.
Il n'y a pas que ça dans ce texte. Dans la proposition du gouvernement, je voudrais quand même rappeler que ce texte de loi... Mais je vais vous répondre sur cette question singulièrement. Mais permettez-moi de rappeler quand même que cette loi d'urgence agricole, elle a été faite par et avec, pour les agriculteurs, qu'elle est attendue, qu'il s'agisse... Elle est pleine de mesures très concrètes qui sont vraiment espérées par les agriculteurs. Faciliter l'accès à l'eau. On y rie très peu en France.
Les bassines vont être autorisées ou pas ?
Il n'y a pas que les bassines dans le stockage de l'eau. D'ailleurs, je n'appelle pas ça les bassines. Ça, c'est là. Ça, c'est le vocabulaire des opposants, de l'écologie politique. Les réserves d'eau, on va dire. L'écologie politique, elle a arbitré contre le stockage de l'eau. On y rie que 7% des terres. Elle a arbitré pour le loup contre les éleveurs. Elle a arbitré contre les mesures que j'avais prises pour interdire les importations traitées avec des pesticides. Et donc, objectivement, elle va favoriser les importations. Donc, moi, je ne veux pas parler de ça. Je veux parler de ce qui est utile dans ce texte.
Ce qui est utile dans ce texte, ça concerne l'approvisionnement des cantines en produits exclusivement européens et donc plus particulièrement français. Je veux parler de la simplification des projets pour les bâtiments d'élevage. Je veux parler de la lutte contre le vol et les dégradations. Il y a beaucoup de choses dedans. Donc, il y a énormément, énormément de choses. Je veux parler de l'origine. Je prends une disposition qui obligera à ce qu'on connaisse l'origine des produits transformés. Voilà des mesures concrètes qui vont protéger nos agriculteurs. Alors, les sénateurs ont souhaité... Oui. On va venir à votre sujet.
Non, parce que le texte doit être voté avant la mi-juillet, le 15 juillet.
Moi, je souhaite qu'il soit voté rapidement. Et j'avais dit aux sénateurs, je ne suis pas favorable à ce qu'on introduise. On réintroduise l'acétamipride parce que, d'abord...
Il y a un autre produit, le flupiradifluron. C'est l'autre pesticide.
Le flupiradifluron, effectivement. Ce sont des substances qui sont autorisées dans l'Union européenne et interdites en France. Je conçois que les agriculteurs qui attendent ces produits pour protéger leur culture sont demandeurs. Donc, vous êtes défavorable. Ils sont demandeurs. Moi, ma position a toujours été celle de ne pas surtransposer des dispositions européennes. Mais il n'empêche que ce texte de loi, si on veut qu'il soit adopté rapidement, si on réintroduit l'acétamipride, on court le risque que la loi ne soit pas votée parce que, comme vous l'avez rappelé, le sujet est très éruptif, très discuté, d'ailleurs avec quelquefois des excès que ne mérite pas le sujet.
Mais je pense qu'il y a aujourd'hui une proposition de loi sénatoriale qui est dédiée à ce sujet et je pense qu'il faut le laisser faire. Vous demandez à vos amis sénateurs... Moi, j'ai demandé aux sénateurs... J'ai demandé... Vous savez, le gouvernement propose, les parlementaires disposent. Oui. Et moi, je ne peux pas...
Vous n'en dites pas que le retrait
de cet amendement ? Je ne peux pas imposer aux sénateurs de voter ou de ne pas voter telle ou telle disposition. Ils feront en leur âme et conscience ce qui leur semble bien. Ce que je leur dis, c'est que, attention, si la loi n'est pas adoptée ou si elle n'est pas adoptée rapidement, ce sont les agriculteurs qui en paieront le prix.
Vous demandez donc une sorte de retrait ? Pardon ? En quelque sorte, le retrait de l'amendement pour que ça aille à son terme ?
Moi, je... Alors, on jugera de l'aboutissement à la CMP, ce qu'on appelle la CMP, la commission mixte paritaire. Nous verrons... Le débat commence cet après-midi. Nous verrons bien ce que décident les sénateurs.
Vous avez vu que la ministre de l'écologie, Monique Barbud, elle désapprouve le texte, elle l'a dit, elle l'a dit en séance même.
Non, elle ne désapprouve pas le texte du gouvernement puisqu'elle y a contribué et nous nous sommes mises d'accord sur un certain nombre de dispositions. Elle désapprouve certaines dispositions qui ont été adoptées en commission par les sénateurs. Mais je veux insister sur le fait et je le dis aux agriculteurs qui nous écoutent, on ne jugera du texte qu'à l'issue de la CMP quand les parlementaires voteront les conclusions de la CMP.
Deux questions, Annie Chenevard. D'abord, la politique qui s'invite ce matin, la porte-parole du gouvernement, Maude Bréjean, elle le dit sur BFM TV, qui annonce soutenir Edouard Philippe à la présidentielle. Est-ce qu'un ministre du gouvernement peut entrer en campagne là, maintenant, comme ça ?
Écoutez, un ministre du gouvernement a tout loisir pour soutenir un candidat à la présidentielle. Ça n'a pas posé problème, ça, finalement. De poser problème, non. C'est pas un problème de soutenir. C'est pas un candidat. Il appartiendra à Maude Bréjean et au Premier ministre d'en décider. Ça, je ne peux pas vous le dire, ça n'est pas de mon ressort, mais en tout cas, les ministres sont libres de leur choix politique. Et vous, vous soutenez
pour le Retailleau ?
Moi, je soutiens ma famille politique. Même si elle vous a mis
sur le corner...
Même si... Même si... Mais j'avais de moi-même, lorsque j'ai pris la décision, en conscience de rester au gouvernement, c'est-à-dire de rester auprès des agriculteurs, je m'étais de moi-même mise en retrait de la politique nationale, mais je soutiens ma famille politique. Et je reprends les termes de Valérie Pécresse cette semaine. Je souhaite que... Je pense que la droite... Je pense que la droite est ce qu'il faut au pays aujourd'hui. Voilà. Et donc, je fais bien cette parole de Valérie Pécresse parce que je le crois profondément. Donc, ce que je crois aussi, c'est qu'il ne faudra qu'un seul candidat de la droite et du centre à la prochaine présidentielle.
Ça, ça me paraît de première nécessité si nous voulons exister au deuxième tour et proposer les mesures qu'attendent les Français et la France.
Ultime question qui dépasse la simple politique, Annie Gennevar, et je voudrais conclure là-dessus avec vous. La fin de vie, le vote solennel est prévu demain à l'Assemblée nationale avant une adoption définitive, là encore, le 15 juillet, avant le 15 juillet. Que dites-vous de ce texte ? Ma position
a été constante quand j'étais parlementaire. Je n'y étais pas favorable. C'est un basculement. Toujours. Oui, c'est un basculement anthropologique, civilisationnel, éthique. Et je pense que de ce point de vue-là, ce texte de loi est contraire à... Oui, mais en même temps, vous savez, les sujets sociétaux échappent à la stricte lecture politique des choses. Moi, c'est une position en conscience. Et puis aussi, parce que, vous savez, les soignants, ils sont majoritairement hostiles. Ils sont là pour soigner et pas pour administrer la mort. Et j'ajoute qu'il se fait que, dans mon entourage personnel, j'ai un membre de ma famille qui est à Tannes Charcot.
et chaque fois que ce proche entend évoquer à propos de la maladie, à propos de la loi à fin de vie, la maladie de Charcot, eh bien, c'est extrêmement douloureux et difficile pour ces malades parce qu'eux, ils veulent vivre le plus longtemps possible auprès de leurs proches et profiter au maximum. Et donc, pour ces trois raisons, parce que c'est une bascule éthique, fondamentale, parce qu'on demande aux soignants quelque chose pour lequel ils ne se sont pas faits, parce qu'on renvoie aux malades non pas la lutte contre la situation douloureuse qu'ils vivent, mais l'idée qu'il faudrait en finir, pour toutes ces raisons, je ne peux pas y être favorable.
Merci, Anine Gennevard. Anine Gennevard était l'invité de Jean-François Aquiline. Toute dernière question, vraiment très très courte, madame, s'il vous plaît, parce qu'un certain nombre d'agriculteurs nous ont appelés en ce sens. Pourquoi ne peuvent-ils pas moissonner le soir ou tôt le matin pour faire face aux épisodes caniculaires ? Un certain nombre d'entre eux voudraient pouvoir aménager les horaires. Et a priori, ça n'est pas possible parce qu'il y a des histoires de contraintes d'horaires et puis on n'a pas le droit de moissonner, notamment la nuit, à cause du bruit.
Alors moi, je pense que là, il faut que chacun se rende bien compte que dans une période aussi exceptionnelle, il faut des mesures exceptionnelles.
Donc j'invite...
Moi, je suis favorable à l'insouplissement.
Est-ce que ça peut faire partie par exemple d'un plan canicule ? Les plans canicules existent ?
Absolument. Il faut adapter les horaires de moisson à la situation et moi, je suis favorable à ce qu'on puisse moissonner en dehors des heures habituelles parce que sinon... Alors on dit aux agriculteurs ne moissonnez pas le jour parce que ça risque de faire partir des feux et moissonnez pas le soir et la nuit parce que ça dérange les voisins. Donc ça, c'est pas possible. Un peu de solidarité, s'il vous plaît.
Merci beaucoup, Mme Annie Gennevard, vous étiez l'invité et c'était le moment politique de Sud Radio ce matin. On se retrouve dans un instant pour le grand débrief. Bonne matinée à tous sur Sud Radio.
Annie Genevard