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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 8 octobre 2025 64 min

Blocages, grèves... et maintenant l'épreuve de la rue - C dans l’air - 09.09.2025

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

à vos besoins et votre budget. -Parfait. Merci, Cerise. ... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue. 76 % des Français se félicitent de voir tomber le gouvernement. La défaite de F.Bayrou est sans appel et le bloc central s'affaisse.

Le président a annoncé dans les prochains jours un nouveau Premier ministre. Le président peut-il continuer à nommer des personnalités issues de son camp? Nous allons tenter d'y répondre.

A la veille de la journée "Bloquons tout", le préfet de Paris se prépare à des actions dures. Le ministre de l'Intérieur refuse le chaos et déploie 80 000 gendarmes et policiers dès ce soir. La CGT accuse le gouvernement de jouer la peur pour discréditer le mouvement.

L'humeur des Français se durcit contre l'exécutif et contre toute la classe politique. 6 Français sur 10 se disent favorables à une nouvelle dissolution ou même à une démission du président. Avec nous, J.Jaffré.

Vous êtes politologue et chercheur associé au Cevipof. A.-C.Bezzina, vous êtes constitutionnaliste et politologue, maître de conférences en droit public à l'université de Rouen et Sciences Po.

Je rappelle votre livre. S.Pierre-Brossolette, vous êtes éditorialiste politique au "Point".

J.Fourquet, vous êtes directeur du département opinion à l'Ifop. Je rappelle ce rapport que vous venez de publier.

Il concerne la transmission des patrimoines. Bonsoir à tous les 4. Je voudrais commencer avec une revue de presse.

La une du "Parisien". On voit F.Bayrou et un président "au pied du mur".

Pour "Le Figaro", c'est Macron qui est sous pression. "Super trempe" pour "Libération". La une de "Sud Ouest"...

La presse étrangère s'amuse aussi de la situation politique en France. L'Italie également s'amuse de la situation. C'est un bon résumé du chaos politique, de la crise politique dans laquelle se retrouve la France. - J.Jaffré: N'en jetez plus!

La politique s'étend et s'approfondit. C'est incontestable. Ca fragilise l'ensemble...

Ca fragilise le pays, le président, bien au-delà du Premier ministre. Le Premier ministre, sa super trempe, il l'a reçue, mais ça atteint le président qui reste un homme-clé dans le dispositif actuel. 3 hypothèses.

D'une part, il y a la démission du président, qui ne serait qu'une démission forcée à l'issue d'une crise encore plus approfondie. La dissolution, mais c'est lui et lui seul qui la décide, avec l'article 12 de la Constitution que j'ai lu dans les travaux d'A.-C.Bezzina.

On l'a vu le 9 juin 2024. C'est lui seul qui la décide. Tous ceux qui réclament la dissolution n'ont pas le pouvoir de le faire.

Il y a aussi le changement de Premier ministre et le nouveau gouvernement. Toute la question...

C'est le président. C'est son pouvoir propre de nommer le Premier ministre. Ensuite, ce Premier ministre se présente devant le Parlement.

La difficulté majeure est de savoir si E.Macron change ou ne change pas son dispositif. Est-ce qu'il continue de nous sortir le Premier ministre très proche de lui, du bloc central, de ses soutiens qui sont de moins en moins des soutiens, de sortir quelqu'un de très proche de lui, ce qui enverrait un message aux Français qu'il ne tient pas compte de ce qu'il se passe, qui enverrait un message au gouvernement qu'il continuerait comme avant et la crise continuera?

Est-ce que le président a la possibilité de changer de pied par rapport à une nomination dans le bloc central? - C.Roux: Vous posez la question.

On va essayer de voir les noms qui circulent. On est à chaque fois surpris par les choix du président. La situation politique, vous l'avez parfaitement résumée.

C'est ainsi, même s'il est fragilisé, il a toutes les cartes en main. Il y a eu des Premiers ministres depuis la dissolution et l'instabilité succède à l'instabilité. Ce n'est pas le même cas de figure que la dernière fois.

Les gens peuvent se dire: "On a vu la situation Barnier, on a eu une situation d'attente avec un gouvernement qui gère les affaires courantes..." Mais il y a eu l'échec de M.Barnier et celui de F.Bayrou.

On a un président qui a toutes les clés mais qui est fragilisé. - A.-C.Bezzina: C'est important de redire à quel point le moment que nous vivons est un moment d'histoire de bascule de la Ve République.

Deux gouvernements successifs sont tombés en moins de 12 mois sur le même mur qu'est le budget, avec la même Assemblée nationale qui est composée de 2 très grands groupes qui refusent la gouvernance. Il y a le RN, qui n'a pas de majorité absolue, et le NFP. Il y a des volontaires comme le PS, le bloc central, les LR, mais avec des alliages un peu baroques.

On parle de partis du gouvernement qui, pendant 65 ans, se sont partagé l'alternance, l'un contre l'autre et qui devraient travailler dans un contrat de gouvernance. Il y a ce moment historique. Est-ce que les 2 gouvernements que nous avons vécus affaiblissent le panier de choix du président de la République?

Bien sûr. La logique de la IIIe République dit que c'était souvent au 3e Premier ministre qu'on commence à juger des qualités de négociateur du président. On a hâte de voir.

Les choix devant lui ne font que se restreindre. Le socle commun n'a plus rien de socle ni de commun. Quand on regarde la discipline de vote, L.Wauquiez avait fait savoir qu'il n'y aurait pas de discipline de vote au sein des LR.

Les LR ont quitté le bloc commun. Les centristes ne veulent plus revivre la parenthèse de F.Bayrou.

Il faut que le Premier ministre du bloc central fasse tout pour ne pas ressembler à un centriste. Ca risque d'être très compliqué. - C.Roux: Est-ce un moment d'histoire?

On n'avait pas dit ça après la chute de M.Barnier et la dissolution. - S.Pierre-Brossolette: Ca fait longtemps que je fais du journalisme politique et je n'ai jamais vu ça.

C'est une situation inédite depuis la dissolution extravagante et ce qui s'en est suivi avec pas de majorité du tout. On a l'impression qu'E.Macron ne prend pas la dimension du problème et continue à voguer assez heureux...

On a eu des échos de son été à Brégançon. "Monsieur Bayrou me dit qu'il va poser la question de confiance...

Ca marche ou ça marche pas..." Il est un peu léger par rapport au drame institutionnel et politique qui se joue dans le pays, et le drame économique.

Chaque mois qui passe, les problèmes pas réglés, ça coûte cher. Il y a une seule différence avec les 2 autres chutes de gouvernement. Il a récupéré son droit de dissolution.

Ca change un peu la donne et la pression qu'il peut exercer sur le PS pour l'amener à être plus compréhensif dans les négociations. Ils viennent de faire tomber un gouvernement. Ils ont peur de la dissolution.

Tout le monde en a peur. - C.Roux: S'il regarde les sondages, le président, est-ce que ça peut lui donner une option parmi celles évoquées et qu'on évoque depuis le début de cette crise? - J.Fourquet: La première à laquelle il a sans doute songé, pour reprendre le titre de "Sud Ouest", "Au suivant", c'est reprendre quelqu'un de son bloc.

Les sondages ont montré que 76 % des Français étaient contents de ce qui était arrivé à F.Bayrou. On peut en déduire que si 3/4 des Français sont contents que F.Bayrou ne soit plus Premier ministre, ce n'est pas pour qu'un membre de son gouvernement prenne la place de F.Bayrou à Matignon.

On serait, sinon, dans la logique du "au suivant". Les Français attendront et s'attendront et souhaiteront une chute de ce nouveau gouvernement. Les autres indications des sondages nous montrent que 60 % des Français attendent ou souhaitent une dissolution. - C.Roux: C'est plus que par le passé? - J.Fourquet: En juin dernier, c'était 40 %.

On a progressé très fortement. Même si les Français ont commencé à intégrer un certain nombre de paramètres de l'équation, le mode de scrutin...

Les mêmes qui attendent une dissolution demandent une dissolution et ne se font pas forcément beaucoup d'illusions sur le fait qu'elle produise une majorité stable à l'Assemblée nationale. Si on raisonne par élimination en fermant les portes, pas de reconduction à l'identique du périmètre parce qu'on irait à la catastrophe. Il serait accusé de surdité totale. "S'il recommence, on va taper encore plus fort." Une dissolution, mais on ne se fait pas trop d'illusions.

Dans une enquête réalisée à l'Ifop, si jamais il y a une dissolution et pas de majorité, 74 % des Français disent que c'est le dernier verrou qui devrait être actionné avec la démission du président. On a déjà connu des périodes, comme en 2014, sous le quinquennat de F.Hollande, qui donne aujourd'hui des leçons de gouvernance, mais à l'époque, il avait 14 % de popularité...

Il n'avait pas appuyé sur le bouton de la dissolution. Alors qu'il était beaucoup plus impopulaire qu'E.Macron, il pouvait s'appuyer sur une majorité à l'Assemblée nationale.

Aujourd'hui, E.Macron a utilisé l'arme de la dissolution et il est face à un groupe, une assise parlementaire qui se fragmente et qui s'est réduite de plus en plus. Ses choix sont de plus en plus contraints. - C.Roux: Les Français sont habitués à la séquence Matignon.

X.Bertrand et B.Retailleau ne sont pas candidats et O.Faure n'a pas reçu d'appel.

Pour le reste, c'est le président qui a les cartes en main et qui n'aurait pas renoncé à remettre les clés à un fidèle une nouvelle fois. - Une super trempe pour F.Bayrou. "Au suivant" titre la presse pour un Premier ministre renversé par les députés. - Y.Braun-Pivet: Pour l'approbation, 194.

Contre, 364. - Un verdict sans appel qui précipite la chute du gouvernement. - Y.Braun-Pivet: Le Premier ministre doit remettre au président de la République la démission du gouvernement. - Chose faite en début d'après-midi ce mardi.

Démission acceptée par E.Macron. ...

Tout juste F.Bayrou débarqué, déjà les premières mains se lèvent. - Y.Braun-Pivet: Si d'aventure il fallait assumer cette mission, je ne rechignerais pas.

Je ne suis pas candidate. En revanche, je suis disponible pour oeuvrer dans l'intérêt de mon pays. - Qui pour prendre les rennes de Matignon?

Des ministres démissionnaires sont aussi pressentis. G.Darmanin, E.Lombard, C.Vautrin, mais surtout S.Lecornu semble le favori.

S.Lecornu, ministre des Armées depuis 3 ans. Un fidèle parmi les fidèles d'E.Macron.

A priori, le président ne devrait pas suivre la proposition formulée par G.Attal hier soir. ... - Au PS, on estime qu'il est temps de laisser la gauche gouverner. - O.Faure: Je crois à la lucidité, à un pays divisé.

Je vois un pays exaspéré. Je pense qu'il est temps de cohabiter. La différence entre M.Barnier, F.Bayrou et ce que nous pourrions faire, la gauche et les écologistes, c'est que nous respecterions le Parlement.

L'idée n'est pas de se proclamer majoritaire. Nous ne le sommes pas. - A droite, B.Retailleau joue la modestie. - B.Retailleau: Je ne suis pas sur les rangs.

Ce qui m'importe, c'est de servir mon pays. Moins de taxes, moins de dépenses, plus de sécurité, moins d'immigration. - M.Le Pen répète que la dissolution reste la solution pour sortir de la crise. - M.Le Pen: C'est soit il y a un Premier ministre capable de trouver une voie pour ne pas être censuré quand il prendra son budget, soit ce Premier ministre n'est pas capable de trouver une voie.

Dans ce cas-là, on reposera sur la table la question de la dissolution. Pas pour le plaisir, pas par caprice, juste parce que c'est le seul moyen et le meilleur moyen de notre Constitution pour sortir d'une crise politique. - Après la chute de F.Bayrou, 61 % des Français souhaitent une dissolution de l'Assemblée nationale. - C.Roux: Question. - A.-C.Bezzina: Si on essaye de faire de la psychologie présidentielle, c'est peut-être de se dire que F.Bayrou a beaucoup personnalisé son départ.

Il a souhaité que cette confiance soit personnelle. Ce n'est pas anodin qu'il ait commencé son discours en parlant du gouvernement à travers sa voix et qu'il ait terminé en utilisant le "je". Il a dit: "J'ai ma méthode." Peut-être n'est-ce pas un problème d'alliage mais un problème de personne. - C.Roux: On cite N.Sarkozy qui essaye de faire de la psychologie présidentielle.

Dans "Le Figaro", il a dit ceci. - J.Jaffré: Le talent de la formule lui demeure.

C'est superbe. Dans ce choix de Premier ministre...

Je ne serais pas aussi doué pour la psychologie personnelle des uns et des autres. Je regarde les rapports de force politiques. Il y a le problème du confort du président.

Ca compte beaucoup. Le président veut pouvoir s'entendre avec son Premier ministre. Il ne s'entendait pas assez bien avec M.Barnier, qui voulait être autonome.

F.Bayrou s'est imposé à lui et ce n'est jamais agréable. Le confort du président est une donnée.

Est-ce que les conditions politiques générales servent et rendent possible son confort? Il serait souhaitable qu'il s'interroge sur ce point. Il y a l'équilibre politique à construire.

Un Premier ministre et un gouvernement, il faut dans le réel...

Ni LR ni le PS ne doivent voter une censure. Comme le RN, LFI, les écologistes et les communistes votent la censure, le gouvernement tombe. Il faut empêcher LR et le PS de voter la censure.

Il faut garder Les Républicains au sein du gouvernement. Sinon, vous réduisez la base gouvernementale à pas grand-chose. Dans les enquêtes, c'est un effondrement du bloc central en termes de rapport de force électoral. 32 % des voix en 2017. 26 % en 2022. 20 % en 2024. 14 % dans les intentions de vote en 2025.

Ca serait le grand nettoyage du camp qui soutient le président. Victoire totale ou partielle? Contrat de gouvernement entre Les Républicains et les macronistes.

C'est ce que cherche à imposer B.Retailleau pour bloquer l'offensive de L.Wauquiez contre lui.

Ca rend difficile le rapport avec le PS. LR va mettre des choses sur les impôts, sur le régalien, sur l'immigration, et le PS va s'étrangler. Enfin, il y a le message aux Français.

Si rien ne bouge, on continue comme ça. Le mécontentement du pays reste profond. Ca n'est pas la priorité du président.

Le mécontentement du pays, c'est certes très important, je les ai beaucoup pratiqués, mais ça serait d'abord un enjeu parlementaire. Il faut faire passer le budget. Il faut éviter la censure, même s'il y a toujours 70 % de gens mécontents qui réclament.

Pour le président, il faut avancer cahin-caha vers un gouvernement qui ne soit pas renversé. - C.Roux: On va parler de "Bloquons tout".

Est-ce qu'il va avoir envie de nommer son Premier ministre avant ce mouvement social? Vous dites que ce n'est pas son sujet. Son sujet, c'est de trouver une forme d'équilibre pour faire avancer le budget. - S.Pierre-Brossolette: Au-delà du problème de personne, qui est important sur le plan symbolique, c'est quelle couleuvre E.Macron est capable d'avaler?

C'est revenir sur sa politique de l'offre, la protection de la fiscalité des entreprises et des plus aisés. Est-ce qu'il est d'accord pour, symboliquement et plus que symboliquement accepter de mettre dans la corbeille un accord de non-censure...

Que ce soit S.Lecornu ou un autre, ça reviendra au même. Est-ce qu'il est prêt à donner quelque chose de tangible aux socialistes? - C.Roux: On pense à la fiscalité. - J.Fourquet: Sans faire sauter du train Les Républicains.

Si le prix à payer est trop lourd pour Les Républicains, ils ne voudront pas. Il y a aussi le compte à rebours électoral. Le prix à payer sera très élevé.

Et la gauche et la droite ont en tête les municipales. Accepter de se parjurer quand on est à gauche ou à droite en acceptant de non-censurer ou participer à un gouvernement qui prendrait des mesures antithétiques avec ce qu'on a toujours défendu, ça vous met en fâcheuse posture pour les élections municipales. Le 2e compte à rebours très important aux yeux d'E.Macron, c'est ce qui se passe sur les marchés financiers et vis-à-vis de nos partenaires européens.

A Bruxelles, à Berlin, à Francfort et ailleurs, on va se demander ce qui se passe chez nous. "On est comptables ensemble d'une monnaie commune." On a appris ce matin que le taux d'emprunt à 10 ans pratiqué par la France pourrait mettre sa dette au niveau de celui de l'Italie.

Tout le temps qui passe...

Il faut faire voter le budget dans les temps et ne pas envoyer des signes qui déstabilisent les marchés et générerait de l'impatience et de l'inquiétude chez nos partenaires européens. On sait qu'E.Macron est très attaché à son image au sein de l'espace européen. - C.Roux: Il y a une proposition qui a fait débat, celle de G.Attal. "Ca ne marchera pas.

Ca ne sert à rien de nommer un nouveau Premier ministre." Il dit ceci. Dans la Constitution, ça n'existe pas? - A.-C.Bezzina: Ca existe dans beaucoup de systèmes constitutionnels hors de la Constitution...

C'est plutôt une pratique coutumière. Il y a un point sur lequel il faut s'arrêter, c'est qu'il pose une question de méthode. Il propose une nouvelle méthode.

Est-ce trop tard pour en arriver là? Est-ce qu'il ne faut pas attendre une dynamique présidentielle? J'ai peur qu'on coure après le temps.

Aucun parti politique n'a intérêt à se macroniser, étant donné que les échéances électorales sont de plus en plus restreintes, qui plus est si on les provoque avec des élections anticipées. La question du négociateur est de savoir qui acceptera une responsabilité partagée. - C.Roux: G.Attal ajoute: "Le président de la République doit montrer qu'il est prêt à accepter de partager le pouvoir." - J.Jaffré: G.Attal a été Premier ministre de Macron.

Il le qualifiait de "petit frère". Un jeune avait dit "est-ce votre petit frère?" Le président avait dit "oui".

Il y a eu l'affaire de la dissolution, qui a été épouvantable. G.Attal n'était même pas prévenu de l'intention de dissoudre du président.

G.Attal lui a volé son parti dans la foulée. Ce que fait G.Attal, c'est une gifle à la politique et au président.

Il dit qu'il faut un négociateur en dehors de la politique, du monde syndical et associatif. En d'autres termes, les politiques sont dévalués et ne peuvent pas eux-mêmes négocier. Il faut trouver quelqu'un d'autre.

C'est une gifle au président. "Le président doit apprendre à partager le pouvoir." C'est terrible.

Ca dit aussi qu'E.Macron n'est pas capable d'être lui-même négociateur. Ce n'est pas un hasard si, 15 minutes après le communiqué de G.Attal disant qu'il fallait un négociateur, est tombé le communiqué de l'Elysée pour dire que le président de la République nommera dans les tout prochains jours le prochain Premier ministre. "La négociation, je n'en ai pas besoin." On est dans cet affrontement. - S.Pierre-Brossolette: G.Attal savait lui-même qu'en envoyant sa petite bombe, il se ferait renvoyer dans ses buts.

C'était un objectif recherché. C'était extravagant, cette sortie de G.Attal.

On connaît le rapport entre Attal et Macron. Il suffit qu'Attal propose quelque chose pour que Macron le refuse. Proposer cette méthode qui n'est pas mauvaise, ça ne se conçoit pas très bien en France, où il y a un président de la République élu qui a une légitimité spécifique.

Ca n'existe pas ailleurs. Il a son mot à dire sur la marche du pays. Il ne s'occupe pas juste de l'international.

Il a été élu sur un programme, même s'il était très maigre. Il a une responsabilité sur le cours de la politique économique et sociale. S'il se désintéresse et donne les clés de la négociation hautement politique dans une situation très dégradée, ça aurait été très étonnant.

On ne partage pas le pouvoir quand on est à l'Elysée. Je ne connais pas beaucoup de présidents de la République qui partagent le pouvoir une fois élus. - C.Roux: On dit qu'il est fragilisé et que la situation est historique.

On va parler de cette colère sociale qui pourrait s'installer dans le pays. Vous me dites qu'il fait ce qu'il veut. - J.Fourquet: Il s'expose à des retours de bâton de plus en plus violents. - C.Roux: Auxquels? - J.Fourquet: Qu'un nouveau Premier ministre soit encore plus sèchement renvoyé dans ses buts.

F.Bayrou a recueilli contre lui 30 voix de plus que n'avait recueilli en défiance M.Barnier.

La pression monte. Hormis des tensions interpersonnelles, plus le temps passe, plus au sein de ce qui reste à la majorité présidentielle, chacun va se mettre à son compte. On est dans des circonstances très dégradées.

G.Attal, E.Philippe ou d'autres vont dire: "Il faut qu'on ait notre canot de sauvetage et qu'on sorte de tout ça." E.Macron décide constitutionnellement du casting, du tempo.

Mais les choix sont de plus en plus contraints et il s'expose de plus en plus à des retours de bâton très violents. D'aucuns ont dû lui dire au moment de la dissolution: "Président, vous avez le feu nucléaire. Vous faites ce que vous voulez." Vous voyez dans quel état on est aujourd'hui.

Nommer quelqu'un qui viendrait du bloc central a attiserait le ressentiment et la colère d'énormément de Français et nourrirait le procès en surdité du président de la République. 2/3 des Français ont le sentiment qu'on leur a volé les élections législatives. "On a sanctionné 2 fois un Premier ministre et ça continue.

Que faut-il que l'on fasse pour qu'un président entende?" - C.Roux: Est-ce qu'il peut considérer qu'il est dans une application stricte des institutions? "Il n'y a pas de majorité, je tente jusqu'à la présidentielle.

Entendez-vous." - A.-C.Bezzina: La Constitution ménage un boulevard au président de la République avec l'article 8 et l'article 12.

Le moment que nous vivons est un moment très présidentiel. Le président est seul face à sa conscience. Il peut nommer la première dame s'il a envie.

Les institutions sont pensées sur un modèle totalement majoritaire avec le choix du bon plaisir présidentiel mais pas celui d'un alliage majoritaire. On ne sait pas faire. Auparavant, avec la IIIe et la IVe Républiques, il y avait des exemples où le président devait trouver des alliages.

Le président de la République doit composer avec une Assemblée nationale qui ne change pas. Il doit composer avec des oppositions qui refusent la participation au gouvernement. des IIIe et IVe Républiques, c'est qu'on avait ce conflit avec les socialistes et les communistes. "Faut-il rentrer au gouvernement pour influer?" Aujourd'hui, personne ne veut participer à ce naufrage. - C.Roux: Parce qu'il y a des échéances à venir avec les municipales et la présidentielle. - A.-C.Bezzina: On est dans une gouvernance négative.

On fait du "par défaut". Question. Ils ne veulent pas y aller.

La question lui a été posée la semaine dernière. Il a dit qu'il refuserait. - S.Pierre-Brossolette: M.Le Pen l'a confirmé.

Je voulais ajouter qu'il y a un dernier instrument que possède le président de la République: le référendum. Il y a une possibilité qui court dans les coulisses du pouvoir avec un référendum sur la proportionnelle. Ca peut être un élément de facilitation.

S'il y avait la nomination d'un nouveau Premier ministre à l'initiative d'un nouveau mode de scrutin et de promesses d'entendre la demande socialiste sur les impôts, peut-être qu'il a une voie pour s'en tirer. - C.Roux: On n'a pas beaucoup parlé des Français avec ce qui va se passer dans la rue demain et les syndicats.

Il y a eu des pots de départ pour célébrer la chute de F.Bayrou. Au ministère de l'Intérieur, la ligne est claire: autorisation de manifester mais aucune tolérance Pour les violences et les blocages. - Des Français dans les rues hier soir pour célébrer la chute de F.Bayrou.

Un pot de départ qui sonne comme une première victoire et un appel à maintenir la pression. - Demain, le Premier ministre qui arrivera, ça ne changera pas. - Dans toutes les têtes, la journée de demain. - C'est un début, le 10.

Il faut pas croire qu'il n'y aura qu'une journée. - Quelle forme va prendre la mobilisation? Sur le site "Indignons-nous", une carte recense plus de 700 actions avec des conséquences concrètes.

Perturbation des aéroports, périph bloqué...

Un mot d'ordre vient sur les réseaux sociaux: "ne pas consommer". - Ne rien acheter avec votre carte bancaire. - De multiples fronts de contestation qui déstabilisent les autorités. - Une manifestation, il y a un déclarant et un itinéraire.

Là, il y a un appel général avec "Bloquons tout", "bloquons le pays". - Beaucoup d'inconnues mais une certitude. La participation de LFI à la mobilisation. - J.-L.Mélenchon: Nous bloquons tout pour faire partir monsieur Macron.

C'est lui qui est le responsable de la crise. - Au sein du parti, chacun appelle à sa manière à manifester contre le gouvernement. - M.Panot: Vous avez raison d'avoir peur. - Capitaine Bayrou, votre bateau a coulé.

Le prochain, c'est E.Macron. - Quand elle s'arrime rime au mouvement du 10 septembre, LFI ne prend-elle pas le risque d'endosser de tels dérapages?

Passe d'armes entre J.-L.Mélenchon et le ministre de l'Intérieur. - B.Retailleau: Cette mobilisation n'a plus rien de citoyen.

L'ultragauche est ultra violente. - J.-L.Mélenchon: Le ministre de l'Intérieur est en guerre contre le peuple français.

Ne faites rien d'autre que des choses maîtrisées et calmes. Ils s'en serviront pendant des heures s'il y a un cageot qui brûle quelque part, ils le fileront pendant des heures. - Le ministère de l'Intérieur a annoncé la présence de 80 000 gendarmes et policiers.

Une crainte de débordements qui a poussé le RN à prendre ses distances avec le mouvement. - S.Chenu: Je comprends les Français qui ont envie de manifester, de faire part de leur mécontentement.

Est-ce qu'il faut bloquer le pays? Je n'en suis pas sûr. - Prudence redoublée face aux profils des manifestants, des personnes plutôt jeunes diplômés et très à gauche.

La Fondation Jean-Jaurès les a étudiés de près. - Il y a une forte proximité avec la gauche radicale qui s'exprime autant par le vote que par les valeurs, leur positionnement sur des sujets économiques et sociétaux. C'est un profil pro-redistribution, lutte contre les inégalités, voire anti-riches et sur l'immigration, pro-immigration. - Des profils différents des "gilets jaunes" qui rendent le mouvement encore plus difficile à appréhender. - C.Roux: Nous sommes en direct avec A.Leclerc, reporter au service économie du journal "Le Monde".

La question qu'on se pose tous, je ne sais pas si vous pouvez y répondre, c'est: A quoi s'attendre? Va-t-on avoir des mouvements épars? Va-t-il y avoir le souffle des "gilets jaunes"?

Comment vous appréhendez ce mouvement? - A.Leclerc: Si on a appris quelque chose des "gilets jaunes", c'est qu'il faut s'attendre à tout.

Les journalistes ne regardent pas dans des boules de cristal. Il y a de vraies différences avec les "gilets jaunes". Il y avait une communauté, dans cette initiative citoyenne qui est partie sur les réseaux sociaux, avec cette date du 10 septembre qui a été choisie on ne sait pas tout à fait par qui...

Ca fait un point commun avec les "gilets jaunes". La gauche et les syndicats, comme Sud et la CGT, Qui n'étaient pas allés sur les ronds-points à l'époque, ont eu peur de louper le coche et se sont lancés là-dedans. 2e chose très différente, les "gilets jaunes", c'était un appel le week-end: il n'y a jamais eu de mobilisation sur le temps de travail.

C'est une différence majeure. Il ne faut pas éluder le fait qu'il y a une colère très partagée dans tout le pays. C'est quelque chose que j'entends beaucoup dans des milieux qui ne sont ni syndiqués ni politisés.

Ce sont des salariés payés au Smic, qui font des vies au Smic, avec des conditions de travail très difficiles, qui ont très durement pris la réforme des retraites. Quand vous êtes déjà à 60 ans dans des difficultés d'aller au travail parce que vous avez mal aux épaules après 30 ans dans la logistique, et qu'on vous demande d'y aller 2 ans de plus, c'est énorme. Le fait que F.Bayrou ajoute cet été les 2 jours fériés...

Tout le monde m'a dit: "Trop, c'est trop." Il y a une assistante dentaire, ancienne "gilet jaune", qui m'a dit qu'elle n'irait pas manifester car elle ne voulait pas faire grève. C'est parfois très difficile pour eux de perdre une journée de salaire.

Ce n'est pas pour autant qu'ils ne partagent pas la colère. - C.Roux: C'est intéressant.

Dans la lecture qu'on pourra faire de ce mouvement demain, il ne faudra pas se dire que s'il n'y a pas beaucoup de monde dans la rue...

Si on entend ce que vous dites, ça veut dire que le mouvement, comme pour les "gilets jaunes", est aussi marqué par une forme de précarité économique. - J.Fourquet: Une partie des gens qui peuvent partager cette colère sont dans la situation décrite par A.Leclerc.

Mais l'étude de la Fondation Jean-Jaurès qui a été citée n'étudie que les gens qui ont bien voulu répondre au questionnaire. Elle montre qu'on est sur un public moins précaire, plus diplômés, plus étudiant, plus avec des profils de gauche classique. Ca ne veut pas dire que la France des "gilets jaunes" ne partage pas la colère.

Ce qui a marqué le mouvement des "gilets jaunes", c'est qu'il était à distance des syndicats et des politiques. J.-L.Mélenchon avait en tête au début de l'été cela, en disant que le pire service que nous pourrions rendre à cette mobilisation, ce serait de nous en mêler...

Il a sans doute pensé que ce 10 septembre était une bonne façon de mettre la pression sur l'exécutif. Il n'avait pas pensé à la démission de F.Bayrou le 8...

Beaucoup de gens auraient pu partager cette colère mais ils pourraient ne pas vouloir s'associer à ça. - C.Roux: Avez-vous rencontré des gens qui vous ont dit que ce mouvement pouvait les intéresser mais qu'ils n'avaient pas envie d'être récupérés politiquement? - A.Leclerc: J'ai plus rencontré des gens qui disent qu'un mercredi, ça demande de poser une journée de grève et qu'ils n'iront pas.

Quand on se mobilise, ce n'est pas forcément par rapport à l'appel d'un parti politique ou d'un syndicat. On regarde surtout ce qui se passe dans l'entreprise, ce que font les collègues et les voisins. Les "gilets jaunes" sont des gens qui se connaissaient et qui se sont retrouvés sur le rond-point ou au bout de la rue.

Beaucoup de Français aujourd'hui sont en colère et n'ont pas digéré ce que disait le patron du Medef cet hiver... "Bon gré mal gré, les Français ont digéré la réforme des retraites." Je pense que c'est une erreur d'interprétation.

Ca ressort tout de suite, dès que vous rencontrez des salariés. Ils vous parlent de cette réforme des retraites. Ils se demandent ce qui va se passer dans leur entreprise Et ce que font leurs voisins.

S'ils ont l'impression que ça vaut le coup de perdre une journée de travail, ils iront peut-être. Pas à cause de l'appel de J.-L.Mélenchon ou d'un quelconque parti ou syndicat. - A.-C.Bezzina: Il me semble intéressant de comprendre qu'on fait souvent le parallèle avec les "gilets jaunes", mais on a omis le passage de la réforme des retraites.

Je me demandais s'il y avait des parentés avec cette réforme. Vous dites qu'elle n'a pas été digérée. Est-ce qu'on ne peut pas craindre une généralisation de ce mouvement, par rapport à un ras-le-bol politique, en disant que toutes les mesures votées depuis lors ne conviennent pas? - C.Roux: Sachant que les syndicats se mobilisent le 18, à l'appel de l'ensemble des syndicats.

Ce sera peut-être le match retour de la réforme des retraites. - J.Jaffré: Tous les éléments indiquent bien que la colère est profonde dans le pays.

La question est de savoir si nous aurons l'irruption du peuple dans le débat politique et social du pays. Le peuple, ce n'est pas que les sondages. Les sondages, ce sont des chiffres de la colère et du mécontentement.

Mais si vous avez le peuple dans la rue, et pas seulement des commandos qui mèneraient des actions pour bloquer un départ de train, qui entreraient sur le périphérique, qui feraient des péages gratuits sur l'autoroute...

Ce sont des opérations très limitées. Mais si nous avons l'irruption du peuple, nous changeons de nature dans les débats. On sortirait des 75 % de Français qui sont mécontents d'E.Macron pour passer à autre chose.

Si nous avons un peuple dans la rue avec des pancartes...

Vous aurez noté que F.Bayrou a choisi de partir le 8 septembre, à l'avant-veille du mouvement du 10 septembre. Ce n'est pas un hasard, à mon avis.

Il a voulu envoyer un message, en considérant qu'il ne fallait pas qu'on puisse ensuite écrire que c'est à l'issue d'un mouvement social puissant qu'il était obligé de s'en aller. Ce n'est pas un mouvement social qui fait partir F.Bayrou, ce sont les députés.

Si on veut politiser, c'est maintenant sur E.Macron. - C.Roux: C'est ce que dit J.-L.Mélenchon, en disant qu'E.Macron est désormais en première ligne face au peuple. - J.Jaffré: S'il y a plein de pancartes avec "Macron, démission", ça fait basculer la journée du 10 sur autre chose. - S.Pierre-Brossolette: Il y a une double instrumentalisation de cette journée.

Il y a J.-L.Mélenchon, qui a jeté son dévolu sur ce mouvement, ce qui peut décourager certains amateurs qui craindraient un mouvement récupéré...

Ils parient sur le chaos, sur un incident. Il y aura sûrement des actions spectaculaires. Du coup, B.Retailleau, qui était en pleine négociation, joue beaucoup son image, en tant que ministre de l'Intérieur.

Va-t-il réussir ou non à éviter les bavures et à canaliser ce mouvement de colère? Il instrumentalise aussi ce mouvement en le magnifiant avant même qu'il ait eu lieu. 80 000 forces de police et de gendarmerie dans les rues pour 100 000 manifestants prévus, c'est beaucoup.

C'est un peu du jamais-vu. Il dramatise un peu l'enjeu. Ils font un jeu de ping-pong entre la droite et l'extrême gauche, chacun dans son rôle. - C.Roux: Le préfet de police de Paris dit qu'il s'attend à des actions plutôt dures.

Vous voulez ajouter quelque chose, A.Leclerc, sur ce qu'on peut attendre de ce mouvement? Il y a cette idée de dire que ça va être violent et brutal, ce qui pourrait dissuader certains de se rendre sur les points de mobilisation. - A.Leclerc: Ca, c'est sûr.

Beaucoup de gens peuvent être dissuadés par des modes d'action violents. Après, il faudra déjà mesurer la mobilisation. Ensuite, s'il y a une action spectaculaire...

On peut se souvenir du 1er décembre 2018. Même s'il n'y a pas une très forte mobilisation, ça peut marquer les esprits. On verra quelle lecture on peut avoir du mouvement demain soir. - C.Roux: Merci d'avoir été à nos côtés.

Je rappelle que vous êtes reporter au service économie du journal "Le Monde". Vous avez suivi le mouvement "Bloquons tout" et les "gilets jaunes". - A.-C.Bezzina: On parle d'un gouvernement pour gérer les affaires courantes.

Mais personne ne sait de quoi il s'agit. C'est le maintien de l'ordre, une partie de ce qui fait fonctionner l'Etat. - C.Roux: "Bloquons tout", c'est un mouvement jeune? - J.Fourquet: Dans les prémices qu'on a vus hier, oui, avec ces pots de départ pour fêter le départ de F.Bayrou.

Ca nous rappelle non pas les "gilets jaunes" mais ce qu'on avait vu à la fin du quinquennat Hollande, qu'on avait appelé le mouvement "nuit debout". C'était des mobilisations un peu festives. Le niveau de mobilisation demain sera important à observer, mais il faudra aussi observer s'il se passe quelque chose le 11.

Beaucoup qui sont assez militants disent que ce n'est que le début. - C.Roux: Il y a ceux qui participeront à "Bloquons tout" et les autres.

On parle des jeunes qu'on entend si peu dans le débat public, ils sont étudiants, jeunes salariés. Ils ont passé un peu de temps avec les équipes de "C dans l'air". - Comme un air de légèreté...

Ce matin, peu importe l'actualité, pas de flash à la radio. - On met la musique le matin pour se mettre dans sa journée, pour mettre de la joie et de la bonne humeur. Mais c'est angoissant quand on regarde ce qui se passe à l'extérieur, à Paris. - Tous les jours, cet animateur jeunesse voit défiler les briques rouges du Nord.

Il fait plus de 45 minutes de voiture pour aller travailler. - On ne peut pas toujours traverser la route pour trouver un emploi. Je dirais même plutôt qu'il faut faire de la route pour trouver un emploi, souvent. - A 24 ans, Logan est un passionné qui ne compte pas ses heures.

Il travaille à temps plein dans ce centre social pour gagner à peine plus que le Smic. Il sourit quand il entend dire que sa génération traîne des pieds. - J'ai commencé à l'âge de 16 ans en tant que bénévole.

J'ai très vite passé le Bafa et d'autres diplômes...

Pour moi, je n'arrête pas, j'enchaîne. C'est même une fierté de construire ma carrière. - Il ne s'arrête jamais.

Il a peut-être pris 10 jours de vacances. Toute l'année, il est en action. Il est toujours force de proposition, plein d'idées de projets. - Une jeunesse qui bataille et qui compte en permanence.

A Rouen, Anaïs est étudiante. Ce soir-là, elle est venue se faire plaisir grâce à une association qui donne des vêtements aux jeunes en situation de précarité. - J'ai trouvé une robe.

Même si c'est la fin de l'été, ça peut me servir pour l'an prochain. Ca fait du bien de rentrer dans un endroit et de regarder des vêtements sans faire attention aux prix. - A 20 ans, elle habite avec son copain, Quentin. - Tiens, encore du linge... - Ce sont leurs parents qui financent leurs études.

Pour réduire la facture, le couple vient de déménager dans un appartement plus petit et non meublé. - C'était une table à mon grand-père. Pareil pour les chaises.

Pareil pour à peu près tout! - Les 2 étudiants se serrent la ceinture au quotidien et bénéficient parfois de paniers repas distribués par une association. - On a quoi? - Je ne sais pas trop.

Les restes d'hier... - Les 2 futurs experts-comptables maîtrisent leur budget et voudraient bien que le gouvernement fasse de même pour enrayer la dette. - C'est un trou à combler.

On ne sait pas si on est ceux qui vont payer pour eux, faire les frais de ce trou à boucher. On est comme tout le monde. On est dans l'incompréhension. - On a l'impression qu'il faut toujours garder un peu d'argent, par sûreté, à n'importe quel moment.

Plus tard, quand on aura notre boulot, ce sera mettre de côté pour nos enfants, peut-être...

Et puis la retraite, aussi. - Mettre de l'argent de côté, au prix de sacrifices. Dans le Nord, Logan est retourné vivre chez ses parents pour économiser un loyer. - Je ne t'ai pas entendu... - Un retour à la maison à 24 ans qui n'étonne pas vraiment son père. - Le pouvoir d'achat a baissé.

Ca devient de plus en plus compliqué. Vous voyez les taxes augmenter, l'électricité, la TVA...

On se demande quand ils vont s'arrêter. - On n'a pas le même niveau de vie qu'à l'époque. On le voit, on parlait des prix, ça impacte notre vie.

La qualité est différente. On tend vers la survie plutôt que profiter. - Loin de l'insouciance qui anime souvent la vingtaine, selon un récent sondage, le pouvoir d'achat est la principale source d'inquiétude des jeunes de 20 ans aujourd'hui. - C.Roux: J.Fourquet, votre réaction? - J.Fourquet: Les enquêtes montrent que 50 % des étudiants travaillent en parallèle de leurs études.

On est dans ces situations. On voit comment le pouvoir d'achat est central pour eux. Le reste à vivre est très faible.

On voit aussi comment cette question de la guerre des générations est contrebattue dans la sphère familiale. On parle des boomers... - C.Roux: C'est la table du grand-père! - J.Fourquet: Et c'est Logan qui revient vivre chez ses parents.

Le couple rouennais dit: "C'est nous qui aurons à boucher le trou." Mais les boomers qui ont laissé ce trou, c'est une abstraction. C'est leurs parents et leurs grands-parents, qui les aident au quotidien.

On voit les coups de pouce. C'est aussi un amortisseur social très important, ces relations intergénérationnelles dans la sphère familiale. C'est compliqué pour cette population.

A.Leclerc parlait tout à l'heure des salariés de la logistique. Le père de Logan travaille dans la restauration collective.

On voit ce que c'est, 2 années de plus à travailler dans ces métiers-là, avec des niveaux de rémunération très faibles. - C.Roux: C'est cette France-là qui n'a peut-être pas apprécié quand F.Bayrou a dit: "La dette, c'est vous, vous en avez profité." - J.Fourquet: On voit aussi les trajets en voiture, l'essence, toutes ces dépenses contraintes qui pèsent sur le quotidien. - C.Roux: La crise politique se passe aussi dans ce contexte.

Question. Est-ce que ça fait retomber la pression, son départ? - J.Jaffré: Non.

C'était déjà acté depuis un moment. C'était souhaité massivement. Ca ne change rien à la situation politique et certainement rien à la situation personnelle, telle que votre reportage le montre.

On voit l'extraordinaire tension dans le pays, entre la problématique de la dette que Bayrou a essayé d'imposer...

Vous avez raison, ce qui n'est pas passé, c'est le "la dette, c'est vous" dit aux Français. Pour les Français, c'est la gabegie, le mauvais fonctionnement de l'Etat. Pour la gauche, c'est qu'on ne taxe pas assez ceux qui ont beaucoup d'argent.

Pour l'extrême droite, ce sont les étrangers qui nous coûtent. Mais il y a quand même des déficits majeurs chaque année, 160 milliards entre les dépenses et les recettes. Les intérêts de la dette montent de façon exponentielle et nous étranglent en partie.

C'est de plus en plus difficile de faire un budget. Et la demande de pouvoir d'achat, c'est le grand débat de 2027. La campagne de 2027, ce sera entre ce qu'on peut faire pour le pouvoir d'achat des Français, ce que les Français peuvent faire pour améliorer leur pouvoir d'achat, et comment gérer le problème de la dette, des emprunts.

Est-ce que nous aurons une bataille frontale ou une recherche d'équilibre entre ces 2 choses? C'est pour moi le grand débat. Le problème des jeunes...

Il y a l'enthousiasme de la jeunesse, la solidarité de la famille, mais aussi le regard qu'ils peuvent jeter sur la société, de plus en plus inquiets. - S.Pierre-Brossolette: Les jeunes ont parfaitement compris que les retraites, ce n'était peut-être pas pour eux.

C'est terrible. - C.Roux: C'était dit dans le reportage.

Ils mettent de côté... - S.Pierre-Brossolette: Ils ont peur que le système explose avant qu'ils n'y arrivent.

Dans cette génération, il y a aussi des gens qui ne veulent plus faire d'enfants, qui ne veulent plus leur imposer ça comme futur. C'est très déprimant et triste pour eux. Ce n'est pas forcément eux qui défileront.

Ils ont une colère rentrée mais surtout une angoisse. - J.Fourquet: En même temps, comme dirait l'autre, sachant qu'ils peuvent de moins en moins compter sur le collectif, beaucoup de ceux qui ont les ressources ou le ressort psychologique se disent qu'ils doivent construire leur futur eux-mêmes.

Aujourd'hui, 60 % des jeunes veulent se mettre à leur compte. Auparavant, ils voulaient passer le concours de la fonction publique. - C.Roux: On en vient à vos questions.

Question. - A.-C.Bezzina: La question est triple.

D'abord l'équation personnelle, puis l'équation parlementaire et l'équation avec l'opinion. Tout nouveau candidat a ces 3 défis devant lui. A partir du moment où l'Assemblée nationale est inchangée, les données inflammables sont toujours là.

La question ensuite, c'est de basculer dans des élections anticipées. - C.Roux: Question. - S.Pierre-Brossolette: Autant les "gilets jaunes", on savait qu'il y avait la question des 80 km/h, l'essence, on manifestait pour quelque chose de tangible...

Là, il y avait le budget, mais il n'y est plus. C'est juste de la colère pure, sans objet spécifique. - C.Roux: Le départ d'E.Macron? - S.Pierre-Brossolette: Il y aura des pancartes sur Macron, ce sera beaucoup plus politique. - C.Roux: Et ça mobilise moins.

Question. - J.Fourquet: Ils sont très prudents.

Ce n'est pas dans la culture du RN de se compter dans la rue. Au moment des "gilets jaunes", la sociologie sur les ronds-points était proche de leur électorat. Ils ont accompagné tout ça.

Le mouvement "Bloquons tout" émane de se faire difficilement reconnaissable, mais avec des connotations souverainistes. On a entendu S.Chenu ce matin dire que le RN comprend la colère, mais que ce n'est pas eux.

Ils disent que leur boulot, en tant que formation politique, c'est de proposer un débouché parlementaire, électoral. Ils ne vont pas se mêler à ça. Ils parlent aussi à une partie de leurs électeurs, qui voient d'un très mauvais oeil les casseurs, les pillages. - C.Roux: "Le chaos, c'est pas nous".

Question. - J.Jaffré: J'aime les téléspectateurs!

Ils ont parfaitement compris E.Macron. C'est-à-dire la capacité d'E.Macron à étirer le temps, à procrastiner, à attendre pour trancher.

Sauf que là, il ne peut pas se permettre d'attendre trop. S'il y a le mouvement demain, il peut en gros attendre jusqu'à jeudi. Jeudi doit sortir le nom du Premier ministre, logiquement.

Les prochains jours, c'est sur une terre très inflammable. - S.Pierre-Brossolette: Attention car vendredi, il y a Fitch et la notation des marchés!

Faut-il infliger au Premier ministre, d'entrée de jeu, une mauvaise note? - J.Jaffré: C'est au Premier ministre de dire: "Nous prenons les choses en main, nous entendons le message et nous agissons." - C.Roux: On peut dire que "les tout prochains jours", c'est la fin de la semaine? - J.Jaffré: On peut l'espérer. - C.Roux: Question. - A.-C.Bezzina: C'est la question.

Son communiqué de presse avait une autre vertu, c'est qu'il fermait la parenthèse à une dissolution. Le président de la République dit qu'il va nommer un Premier ministre. On a une petite partie de la réponse.

En tout cas, constitutionnellement, le président de la République n'a pas le rôle de fusible. - C.Roux: Question.

Rappelez-nous ce qu'est l'article 16? - A.-C.Bezzina: C'est celui de la dictature présidentielle.

Il a à la fois le pouvoir exécutif, législatif et judiciaire. Il faut pour ça la capacité des pouvoirs publics à fonctionner normalement et une crise mettant en cause l'intégrité du territoire, de la nation. Je ne vois ni l'une ni l'autre. - C.Roux: Question. - J.Fourquet: Si on regarde les sondages d'intentions de vote, les rapports de force actuels, quand on connaît les mécanismes électoraux, il y a très peu de probabilité pour qu'il y ait une majorité, même relative, relativement conséquente.

C'est 230 ou 240 sièges, pour un camp ou pour l'autre. On serait donc de nouveau dans une impasse. Là, on est dans les fusibles ou les dominos.

Au fur et à mesure que les dominos tombent, le donjon qui reste, c'est l'Elysée. - C.Roux: Question. - A.-C.Bezzina: C'est historique.

On a eu 62, 68, la Ve République a vécu la houle. Mais on a une accélération du calendrier et du chaos parlementaire qui nous amène à nous demander comment on va arriver à gouverner ensemble, si la majorité relative continue. - C.Roux: Question. - A.-C.Bezzina: Pour savoir si on aura une VIe République, il faut nommer une assemblée constituante qui rédige une constitution. - J.Jaffré: Il y a 2 façons de traiter le problème: les textes et la pratique.

La pratique peut basculer. C'est ce qui s'est passé pour la IIIe République, après que Gambetta a poussé Mac-Mahon à la démission. Les textes, c'est une chose, la pratique en est une autre et elle peut évoluer.