Mathilde Panot : cheffe des révoltés ! - Le grand entretien - Ça vous regarde - 05/04/2023
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Notre grand témoin, je vous le disais, Mathilde Panot, qui a une actualité chargée cette semaine avec la réforme des retraites, évidemment, une défaite électorale pour la France insoumise en Ariège et des critiques qui se font jour au sein de la NUP. Mais si on vous invite, Mathilde Panot, ce n'est pas seulement pour parler de cela. Explication de Marco Pommier.
Si on vous invite, Mathilde Panot, c'est parce que vous êtes en première ligne contre la réforme des retraites. À quelques jours de la décision du Conseil constitutionnel, farouche opposante à Emmanuel Macron dans la rue comme à l'Assemblée.
Jamais un président et ses ministres n'avaient autant et délibérément menacé la paix civile du pays qu'ils gouvernent. Emmanuel Macron fait honte à la France.
Applaudis par les vôtres, les 74 députés insoumis sous votre houlette. À la tête de la France insoumise depuis 2021, vous êtes la plus jeune présidente d'un groupe à l'Assemblée. Jean-Luc Mélenchon ne tarie pas des loges sur votre personne. Une trajectoire fulgurante. Députée du Val-de-Marne, vous faites vos premiers pas de militante à l'UNEF. Première manif en 2005 contre le CPE. À votre arrivée à Sciences Po, c'est le choc des cultures, dites-vous. Votre moteur d'engagement, la volonté de faire bouger les choses et un sentiment de révolte.
La politique, pour moi, c'est ce qui m'a permis de sortir la boule de rage que j'avais dans les tripes en quelque chose de positif.
Votre marque de fabrique, les coups d'éclats médiatiques dont vous avez le secret.
Vous ne faites qu'un seul geste en direction du peuple, vous le bâillonnez.
Bref, vous faites souvent le buzz, mais vous l'assumez, quitte à déraper.
Madame Borne, il faut le dire, vous êtes une rescapée.
Indignation dans la classe politique. Le père de la première ministre était un rescapé du camp d'Auschwitz. Accusé d'antisémitisme, ce jour-là, vous plaidez la maladresse. Dépollimité. Dépollimique, mais aussi des victoires, lorsque l'Assemblée adopte votre proposition de loi sur la constitutionnalisation de l'IVG, historique.
Aujourd'hui, collègues, l'Assemblée nationale parle au monde. Aujourd'hui, collègues, notre pays parle au monde.
Quant à la NUPES, vous en êtes l'un des visages emblématiques. Cette coalition des gauches, parfois bien divisée sur sa stratégie, le communiste Fabien Roussel parle d'une alliance dépassée. Et vous, Mathilde Pelletier ? Mathilde Pannot, qu'en pensez-vous ? La NUPES a-t-elle du plomb dans l'aile ?
On va commencer par ça, si vous le voulez bien, Mathilde Pannot. Cette déclaration de Fabien Roussel qui juge la NUPES dépassée. Il faut rassembler bien au-delà. Nous devons parler à toute la gauche, dit-il. D'abord, sur le fond, c'est un débat légitime, selon vous, débattre aujourd'hui du périmètre de cette alliance politique ? Tout est légitime, mais moi, je commencerai par noter quelque chose. La NUPES, elle est née en 13 jours et en 13 nuits, suite aux élections présidentielles. La NUPES, elle est née en 13 jours et en 13 nuits, suite aux élections présidentielles. La NUPES, elle est née en 13 jours et en 13 nuits, suite aux élections présidentielles.
Et au choix qui avait été fait par les électeurs et les électrices. Et qui a permis de donner cette alliance autour d'un programme de gouvernement. Et ensuite, c'est 151 députés de la NUPES avec une multiplication par 5 du nombre de députés dans le groupe Insoumis. Donc, depuis le premier jour, on nous explique que le lendemain et la semaine d'après, à chaque fois, la NUPES va se fissurer. Moi, je note que depuis 9 mois, la NUPES se consolide. Mais je vais dire, là où j'ai eu un point de désaccord, Mais je vais dire, là où j'ai eu un point de désaccord, très fort avec M. Roussel sur cette question, c'est que quand il dit qu'il faut qu'elle s'élargisse, notamment avec M.
Cazeneuve qui le prend comme exemple, là, je ne suis pas d'accord. Parce que nous n'avons pas de points communs avec M. Cazeneuve. M. Cazeneuve, je le rappelle, était ministre du budget lorsque le nombre d'annuités des retraites a été augmenté. Il était ministre de l'Intérieur lorsque Rémi Fraisse a été tué. Et je le dis, nous, ce qui relie la NUPES, c'est un programme de gouvernement. Et ce programme de gouvernement compte un nombre de mesures extrêmement fortes. Et c'est autour de ça que nous travaillons et que, je crois, nous construisons quelque chose qui est un espoir immense pour des millions de gens. Ça, c'est sur le fond.
Sur la forme, qu'est-ce qui se passe avec vos alliés communistes ? On a l'impression qu'il y a vraiment des tensions extrêmes d'un côté LFI, de l'autre les communistes. On a vu des règlements de comptes sur Twitter, notamment Paul Vannier, député LFI, qui en réaction propose à Fabien Roussel de se consacrer à l'organisation de son barbecue avec Bernard Cazeneuve et de laisser la NUPES tranquille. Son petit jeu de divisor. Son petit jeu de divisor nous a déjà coûté le second tour de la présidentielle. Ça donne l'impression que vous avez du mal à vous parler en interne, à dialoguer, sans mettre tout sur la place publique, comme ça.
Non, je ne crois pas qu'on ait des problèmes avec des communistes, mais c'est vrai. C'est un problème personnel avec Fabien Roussel, c'est ce que vous êtes en train de dire ? Non, mais c'est vrai que nous avons un problème régulier avec des prises de parole de monsieur Roussel qui vont à l'encontre, non seulement de notre programme, mais de ce que nous essayons de construire collectivement. Et je le dis, c'est une difficulté, mais comme vous le voyez, depuis neuf mois, nous avons fait... un nombre de propositions de loi avec l'ensemble des groupes de la NUPES qui sont énormes en termes de travail législatif à partir de notre programme de gouvernement. Nous avons fait des motions ensemble.
Nous venons de déposer une saisine à l'aide d'aller défendre notre saisine au Conseil constitutionnel ensemble. Donc peut-être y a-t-il un problème avec monsieur Roussel, je l'admets, mais cela n'engage en rien le fait que la NUPES continue de se consolider et que je vois plutôt que c'est du côté de la Macronie, voire des LR, que là vous avez des divisions qui sont extrêmement fortes et qui devraient vous inquiéter. Une question, tout de même, sur la place que prend la France insoumise dans les décisions stratégiques de la NUPES.
Elle a quand même été contestée récemment par tous vos partenaires sur la réforme des retraites, sur le fait de refuser de débattre de ce fameux article 7 qui décalait l'âge légal de départ à la retraite. Est-ce que vous assumez que vous, LFI, première force politique de la NUPES, doit pouvoir imposer ses décisions aux autres partenaires de temps en temps ? Ce n'est pas une question d'imposer des décisions. C'est une question que nous avons quatre groupes dans l'intergroupe et que, oui, nous assumons que nous avons le droit d'être maîtres de notre stratégie en en discutant évidemment avec les uns et les autres. Mais cette stratégie s'impose aux autres.
C'est-à-dire que votre stratégie s'est imposée aux communistes, aux écologistes, aux socialistes. Oui, nous avions une différence stratégique et je dois dire que je suis assez fière que nous ayons réussi, et ça c'est pour le coup avec l'ensemble de la NUPES, à lever nombre de mensonges sur la réforme des retraites, notamment sur qui toucherait les 1 200 euros bruts, puisqu'on est passé de tout le monde de 1,8 million à 40 000 personnes, puis finalement à 10 à 20 000 personnes seulement dans le pays qui toucheraient ces 1 200 euros bruts. Mais aussi que nous, nous ayons fait en sorte que ce texte n'ait aucune légitimité parlementaire.
Et je crois que c'est ce qui a permis de donner du temps justement au mouvement social de pouvoir s'organiser. Et quand on voit ce qui s'est passé au Sénat, je crois que ça nous donne raison sur la stratégie que nous avons eue. J'aimerais qu'on évoque à présent cette élection législative partielle qui s'est déroulée dimanche en Ariège et qui a vu la députée sortante de la France insoumise, Bénédicte Taurine, battue par une dissidente socialiste, Martine Frauger. Alors, la majorité présidentielle avait appelé à voter en faveur de la dissidente socialiste. On a vu se dessiner dans cette partielle une sorte de front anti-LFI qui a fonctionné. Quelle leçon est-ce que vous tirez de ce scrutin ?
La première chose, c'est que je veux quand même redire ici mon affection à la fois pour Bénédicte et l'ensemble des militants qui ont mené une campagne d'une grande dignité. Ça, c'est la première chose. La deuxième chose, c'est que, évidemment, lorsqu'on a soit des tireurs dans le dos, soit de la division, eh bien, cela permet d'avoir effectivement quelque chose qui se crée, qui soit tout sauf LFI, mais il ne faut pas s'y tromper. À la fin, c'est tout sauf la NUPES aussi qui se crée. Mais est-ce que ce n'est pas aussi votre place au sein de la NUPES, votre capacité à rassembler toute la gauche, qui peut se retrouver remise en question par cette stratégie ?
On a le sentiment, en fait, que vous avez tellement mis vos adversaires sur les nerfs qu'ils sont prêts à tout pour vous faire battre. Je ne crois pas, parce que si Mme Frauger avait eu une réelle étiquette macroniste, il se serait passé ce qui s'est passé au premier tour. Peut-être avez-vous regardé les résultats attentivement, mais la candidature macroniste au premier tour est passée de 19,5% en juin à 10% seulement. Donc, si elle avait eu une étiquette renaissance pure et dure, eh bien, elle n'aurait pas été élue. Mais elle portait une étiquette socialiste. Est-ce que maintenant, l'étiquette socialiste n'est pas devenue plus rassembleuse que ne pourrait l'être l'étiquette LFI ?
Je ne crois pas. Et je crois qu'y compris ce que nous construisons ensemble avec la NUPES, on doit alerter chacun et chacune de se dire que nous ne devons pas donner en quelque sorte des permis de division à tout va. Et que chacun des parlementaires de la NUPES que nous sommes sont concernés par le fait que s'il y a une candidature de division qui se met, eh bien, cela met en cause à la fois le fait d'avoir des députés de la NUPES, mais aussi, du coup, l'élection éventuelle de macronistes ou encore pire, de députés du Rassemblement national, comme on l'a vu dans l'hémicycle.
Mais je dois vous dire quelque chose quand même, parce que quand on fait le bilan des quatre législatives partielles qu'il y a eu depuis janvier, le résultat, c'est deux NUPES et moins un RN. Voilà le résultat de ces élections. Et notamment, nous avons gagné René Pilato qui a été élu en Charente. Donc, je ne crois pas, non, que vous puissiez tirer des conclusions qui laissent à penser que la France insoumise apparaîtrait comme un épouvantail extraordinaire qui ferait qu'on ne puisse pas être élu. Oui, quand sur une candidature, il y a une alliance qui est manœuvrière entre deux renaissances, jusqu'à l'extrême droite, puisque M.
O'Doul s'est félicité de la victoire de Mme Froger, eh bien oui, à ce moment-là, nous perdons, mais ce n'est pas ce qui se passe lorsque nous sommes unis. Donc, cette défaite ne va pas du tout remettre en cause votre stratégie qu'on peut appeler du bruit de la fureur dans l'hémicycle. Pour vous, il n'y a pas de lien entre les deux, ça ne va pas effrayer une partie de l'électorat de gauche. La stratégie du bruit de la fureur, elle a fait 8 millions de voix à l'élection présidentielle, d'accord ? Nous avons fait 22 %. Et pour vous, elle se justifie encore aujourd'hui ? Oui, parce que je vais vous expliquer ce qui se justifie.
D'avoir à la fois un programme de rupture, ce que nous avons avec la NUPES, d'avoir à la fois une crédibilité très forte, parce que nous avons des spécialistes sur tous les sujets qui ont traduit en loi absolument tout ce que nous avons proposé dans le programme et qui montrent que oui, nous sommes prêts, avec la NUPES, à remplacer un gouvernement qui est aujourd'hui à bout de souffle, et je l'espère, même un président. Alors, sur la réforme des retraites à présent, la rencontre entre Elisabeth Borne et l'intersyndicat La Matignon a été un échec. Ce sont les mots employés par les syndicats ce matin. Pas question de retirer la réforme ni de revenir sur les 64 ans.
Cette réforme, elle a été adoptée. Le gouvernement ne veut pas la retirer. C'est quoi la suite pour vous ? Comment est-ce que vous comptez maintenir la mobilisation sociale en attendant la décision du Conseil constitutionnel ? Alors déjà, je veux saluer l'intersyndical qui, je crois, en quelque sorte, fait un geste fort au moment où la Macronie, cette semaine, a décidé d'essayer de tourner la page de la réforme des retraites en disant que c'était fini et qu'on allait parler d'autre chose. Non, on ne parle pas d'autre chose quand c'est une réforme qui va toucher la chair des gens. La vie des gens. Mais la suite, c'est quoi pour vous ?
Alors la suite, évidemment, c'est demain, l'énorme mobilisation qu'il va y avoir partout dans le pays. Et j'invite toutes celles et ceux qui le peuvent à s'y rendre, avec des grèves qui recommencent, avec des piquets et des blocages un peu partout. Donc ça, c'est la première chose. Et puis ensuite, la deuxième chose, c'est que je vous disais tout à l'heure, nous avons fait une saisine au Conseil constitutionnel. Peut-être que c'est le Conseil constitutionnel qui nous permettra de sortir par le haut de l'impasse démocratique dans lequel le président nous a placés. Parce que nous avons d'excellents arguments pour dire que cette loi est inconstitutionnelle.
Et j'espère que c'est la vie que rendra le Conseil constitutionnel. En tout cas, c'est une nouvelle étape et cette lutte va continuer, quoi qu'il en soit. D'un mot, la nouvelle secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, les relations entre elle et Philippe Martinez étaient plutôt fraîches. Vous avez bon espoir que les choses s'améliorent avec elle ? Oui, j'ai écouté avec intérêt lorsqu'elle disait qu'elle voulait une normalisation des relations avec les organisations politiques. Et je pense que c'est important, puisque nous partageons un objectif commun qui est le retrait de cette réforme des retraites à 64 ans. Merci Mathilde Pannobo.
Mathilde Panot