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interviewBFMTV· 30 octobre 2025 7 min

L'interview en intégralité d'Édouard Geffray, ministre de l'Éducation nationale

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

L'invité du soir, c'est le nouveau ministre de l'Éducation nationale qui est avec nous. Il est en train de prendre place, Édouard Geffray. Bonsoir, merci d'être avec nous. Vous êtes le septième ministre de l'Éducation depuis 2022. C'est vrai qu'avec les différents gouvernements, il y en a eu beaucoup. On va évoquer dans un instant la question du budget de l'éducation, la situation de l'éducation que vous avez décrite comme particulièrement inquiétante. Vous avez été nommé le 12 octobre. Globalement, tout le gouvernement a toujours la censure au-dessus de la tête. On peut travailler dans ces conditions ?

0:27
Édouard Geffray

On peut toujours travailler quand on croit dans l'école, ce qui est mon cas, à la fois au quotidien et pour préparer l'avenir. Donc oui, on est au travail.

0:33
Présentateur

Alors monsieur le ministre, il y a une question qui désormais n'est plus taboue pour les ministres de l'Éducation parce que c'est aussi quasiment une question qui est devenue politique. C'est celle de dire où leurs enfants sont scolarisés. Alors vous, monsieur le ministre, privé ou public, où est-ce que vous avez choisi de scolariser vos enfants ? Je crois que vous en avez cinq.

0:49
Édouard Geffray

C'est une question très personnelle, ça, qui touche à la vie privée et que j'ai d'ailleurs défendue dans ma carrière pour les Français. Mais pour être très transparent, mes enfants ont fait leur scolarité aussi bien dans le public que dans le privé sous contrat. J'ai des proches qui ont exercé aussi bien dans le public que dans le privé sous contrat. Et très honnêtement, pour moi, ce n'est pas la question. L'enjeu pour moi, c'est de, en tant que ministre, mon rôle, c'est de garantir deux choses. C'est l'universalité de l'enseignement, et les programmes sont les mêmes pour tous. Et c'est de garantir l'universalité de la protection, de la protection des élèves.

On est là pour instruire et protéger qu'on soit dans le public ou dans le privé sous contrat. Les règles sont les mêmes de ce point de vue-là, et il faut les faire respecter. Donc vous avez dit qu'on fait des allers-retours dans le privé et dans le public,

1:27
Présentateur

puisqu'on en parle, et vous choisissez de jouer la transparence, effectivement. Vous avez certains de vos enfants qui sont encore scolarisés dans le privé aujourd'hui ?

1:34
Édouard Geffray

J'en ai des deux côtés, si je peux dire, oui. Aussi bien dans le public que dans le privé.

1:39
Présentateur

Alors, est-ce que le message qui est envoyé par cela, c'est quand vous mettez des enfants, par exemple, vous-même ministre de l'éducation dans le privé, c'est de dire que vous n'avez pas confiance dans le public ?

1:47
Édouard Geffray

Si je n'avais pas confiance dans l'école publique, je ne lui aurais pas dédié un tiers de ma vie professionnelle et je ne serais pas ministre aujourd'hui. Très clairement. Le reste, ça relève de configurations plus ou moins personnelles.

1:56
Présentateur

Mais vous comprenez que, notamment, les syndicats d'enseignants, on l'a vu pour les précédents ministres de l'éducation nationale, certains de vos prédécesseurs ont jugé que, par exemple, s'était donné le signal, envoyé un symbole qui était de dire « l'enseignement public n'est pas au niveau ». Est-ce que vous comprenez que ça fasse polémique ? Quand un ministre de l'enseignement, un ministre de l'éducation nationale dit « j'ai parfois mis mes enfants dans le privé » et certains de mes enfants sont encore dans le privé. Vous comprenez que ça puisse choquer certains ?

2:21
Édouard Geffray

Moi, je comprends tous les débats, mais en l'occurrence, je suis ministre de 12 millions d'élèves, de 800 000 professeurs, d'un million de cent mille personnels qui sont aussi bien dans le public que dans le privé sous contrat. Les enseignements sont par nature les mêmes, mais ils doivent être les mêmes, les programmes doivent être les mêmes, doivent être respectés dans ces conditions-là. Et le reste, honnêtement, relève, mais comme pour, dans le fond, tous parents, vous savez, il n'y a pas de brouillon en éducation. Donc, vous prenez des décisions à un moment donné par rapport à des configurations personnelles. Voilà.

2:47
Présentateur

Mais qu'est-ce que vous répondez à ceux qui ne manqueront pas, malgré la transparence dont vous faites effectivement la démonstration ce soir, qui ne manqueront pas de dire, finalement, on a l'impression qu'il y a un discours parfois public sur l'éducation nationale et l'enseignement public, et non moins, ce ministre, même s'il met certains de ses enfants dans le public, il en met quand même dans le privé. Vous répondez quoi à ça ?

3:05
Édouard Geffray

Je réponds en tant que ministre par ce sur quoi je veux agir. Je veux agir sur le niveau pour tous les élèves, je vais agir sur les inégalités scolaires qui sont aujourd'hui très importantes dans le pays, et j'ai l'occasion de le dire, et je vais agir sur la santé physique et psychique de tous les élèves. Je suis là pour tous les élèves de ce pays.

3:21
Présentateur

Mais pourquoi choisir quand même de dire que certains de vos enfants ont été ou sont scolarisés dans le privé ? Vous vous sentez coupable de quelque chose ?

3:30
Édouard Geffray

Enfin, on n'a pas à être coupable de vivre dans un cadre où il y a des libertés consignées qui sont garanties. Donc non, très honnêtement, non. Pour moi, une fois encore, je ne suis pas là pour ça. Je ne suis pas là pour ma petite personne. Je suis là pour servir l'école.

3:43
Présentateur

Mais, je me permets d'insister, est-ce que vous comprenez que ça puisse troubler quand même, je disais, certains syndicats ou d'autres ? Je le comprends et je le respecte.

3:53
Édouard Geffray

Après, je crois que tout le monde sait que j'ai passé déjà 7 ans au service de l'éducation nationale, dans d'autres fonctions, que je reviens maintenant en tant que ministre, et je suis là pour ça.

4:02
Présentateur

Alors, on verra effectivement les réactions que ça peut susciter. Je le disais, suite, notamment dans l'enseignant privé, suite à l'affaire Betaram, votre prédécesseuse, Elisabeth Band, avait promis 1 000 contrôles dans les établissements privés sous contrat. Est-ce qu'ils ont été faits, ces contrôles ? On en est où ?

4:14
Édouard Geffray

Oui, alors, on en a déjà plus de 850 qui ont été faits. On sera, comme prévu, à 1 000 contrôles d'ici la fin de l'année. Et 40% du privé sous contrat aura été contrôlé d'ici 2027. C'est-à-dire, on est sur la trajectoire. Et évidemment, je m'inscris dans les pas de ma prédécesseuse.

4:26
Présentateur

Lors de sa conférence de presse de rentrée, justement, on parlait de l'enseignement privé. Le nouveau secrétaire général de l'enseignement catholique a affirmé, je cite, que dans les établissements privés sous contrat, un enseignant doit pouvoir dire une prière avec ses élèves. Ça étonnait beaucoup de personnes. Vous êtes d'accord avec ça ?

4:41
Édouard Geffray

Alors, moi, j'ai une règle qui est très simple. Si vous voulez, moi, je suis assez légaliste, mon garçon. La loi, et d'ailleurs le bon sens, c'est que le temps d'enseignement, c'est du temps d'enseignement. L'État rémunère des professeurs dans le privé pour enseigner. Le temps d'enseignement, il ne peut pas servir à autre chose. C'est très clair.

4:56
Présentateur

Donc, pas de prière par les enseignants ? Sur le temps d'enseignement, non. Dans les écoles privées sous contrat ?

5:02
Édouard Geffray

Pas sur le temps d'enseignement.

5:03
Présentateur

Si c'est le cas, il y aura des sanctions ?

5:05
Édouard Geffray

De toute façon, si le cadre n'est pas respecté, c'est comme sur les programmes, si le cadre n'est pas respecté, il y a effectivement toute une batterie de sanctions possibles. Mais en l'occurrence, la ligne est extrêmement claire.

5:14
Présentateur

Vous avez dit aussi il y a quelques jours que la situation de l'école est, je cite, extrêmement inquiétante en termes de niveau d'inégalité et de santé. Vous évoquiez la santé mentale des plus jeunes, effectivement. Ça fait 7 ans qu'Emmanuel Macron est désormais à l'Élysée. Est-ce que là, vous tirez le bilan, finalement, de la politique qui a été menée sur le plan de l'éducation nationale depuis 7 ans ? C'est le résultat de la politique menée par Emmanuel Macron et ses ministres que vous décrivez une situation extrêmement inquiétante ?

5:36
Édouard Geffray

Non. Alors, tout n'est pas extrêmement inquiétant, mais il faut être lucide. Et la lucidité, c'est la condition pour pouvoir avancer, pour pouvoir aussi avoir un peu d'espoir. Il y a des sujets sur lesquels la situation a, objectivement, beaucoup progressé ces dernières années. Si on regarde, par exemple, dans le premier degré, avec le dédoublement des classes, notamment en éducation prioritaire, on a obtenu des résultats, et progressivement, les résultats s'améliorent. Mais il y a aussi des réalités qu'il faut savoir voir en face. Et d'ailleurs, vous remarquez que j'ai évoqué plusieurs dimensions.

Vous avez, par exemple, aujourd'hui, 15% des collèges qui concentrent 40% de la très grande difficulté scolaire. Moi, je ne me résous pas à accepter ça. Et donc, il faut évidemment agir prioritairement sur ces 15% d'établissements.

6:12
Présentateur

Question courte, dans le projet de budget, il y a 4 000 suppressions de postes, si je ne dis pas de bêtises, qui sont prévues. Est-ce que ces 4 000 suppressions de postes pourraient être renégociées, remises en cause, et qu'il pourrait y en avoir moins, oui ou non ?

6:24
Édouard Geffray

Par définition, c'est le Parlement qui est souverain. Nous, on a construit un projet de budget qui tient compte d'un effondrement démographique, qui n'en tire pas toutes les conséquences, loin de là, c'est-à-dire qu'on ne suit pas l'effondrement démographique.

6:35
Présentateur

Vous dites, normalement, que ce serait 8 000 classes qu'on fermerait. Mais est-ce que ça veut dire, vu l'effondrement démographique, que vous dites, il faut le comprendre, dans les années à venir, on fermera des écoles ?

6:42
Édouard Geffray

Des écoles en tant que telles, j'en sais rien, ce que je crois, c'est qu'on ne peut plus subir chaque année la baisse démographique en se disant, il faut supprimer ici, il faut supprimer là. Il faut agir, et donc, il faut limiter les suppressions de postes contre une démographie. Il faut en profiter pour remettre des professeurs ailleurs. Et je vous signale, de ce point de vue-là, qu'en moyenne, on aura 21 élèves par classe à la rentrée prochaine, ce qui n'est jamais arrivé dans l'histoire d'un essai négatif. Jamais.

7:03
Présentateur

Merci beaucoup, monsieur le ministre, d'avoir été l'invité de BFM TV ce soir.

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