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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 4 mars 2024 7 minComplaisantFond programmatiqueEnvironnement & énergieÉconomie & entreprisesNumérique

La fast fashion "n'est pas marginale : c'est la quasi-totalité du marché" en France, explique Julia Faure

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 20 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:00OuverteRéponse directe

    Comment réduire l'empreinte carbone des vêtements que nous portons ?

  • 1:49OuverteRéponse directe

    Pourquoi la fast fashion est-elle dévastatrice pour la planète ?

  • 2:54OuverteRéponse directe

    Comment réguler cette industrie textile ?

  • 4:00OuverteRéponse directe

    Un malus de 10 euros sur les vêtements de fast fashion est-il une bonne solution ?

  • 5:10OuverteRéponse directe

    Cette fiscalité pourrait-elle inciter à rapatrier la production en France ?

  • 6:43OuverteRéponse directe

    Quel rôle pour le consommateur dans cette régulation ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:15Invité politiqueChiffre
    « En France, 7 vêtements sur 10 qui sont vendus, c'est du low cost. »
  • 2:08Invité politiqueChiffre
    « Les vêtements qui sont faits avec en France, qui sont vendus en France, c'est 3% du marché. »
  • 2:30Invité politiqueChiffre
    « Les chiffres de 2022, c'est 3,3 milliards de vêtements, chaussures et linge de maison qui ont été consommés par les Français. »
  • 2:37Invité politiqueChiffre
    « C'est une cinquantaine de pièces neuves par an. »
  • 3:23Invité politiqueChiffre
    « Si vous décidez de délocaliser la production de vos vêtements de la France vers le Bangladesh, par exemple, vous allez diviser par 3, 4, 5 vos coûts de production. »

Temps de parole

  • Invité politique75 %
  • Présentateur25 %

≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Il est 6h21, comment réduire l'empreinte carbone des vêtements que nous portons ? L'industrie textile est devenue l'une des plus dévastatrices pour l'environnement. Les députés vont s'emparer du sujet dans les prochains jours. Deux propositions de loi veulent réguler la fast fashion, ces marques de mode ultra-éphémère qui inondent le marché de vêtements à bas prix et de mauvaise qualité. Dans le même temps, Christophe Béchut, le ministre de la Transition écologique, organise ce matin un colloque sur la mode durable. Et vous faites partie des intervenants invités. Julia Faure, bonjour. Bonjour. Vous avez créé une marque de vêtements éthique qui s'appelle Loom.

Et vous êtes également coprésidente du Mouvement Impact France. C'est une association qui regroupe des entreprises à un impact positif, un impact social et écologique. Alors, on ne parle plus maintenant de fast fashion, mais d'ultra fast fashion. Ça va de plus en plus vite ?

0:55
Invité politique

Alors, on parle encore de fast fashion, mais ce qu'on voit beaucoup, c'est l'ultra fast fashion. Mais en fait, ce qu'il faut se rendre compte, c'est que l'ultra fast fashion, c'est-à-dire ces marques qui nous incitent à consommer essentiellement sur des plateformes internet, ne sont que la partie émergée d'un système global. C'est-à-dire qu'il y a un monopole aujourd'hui en France dans la vente de vêtements du low cost de la fast fashion. Pour vous donner un chiffre, en France, 7 vêtements sur 10 qui sont vendus, c'est du low cost. C'est-à-dire que ce n'est pas marginal, ces marques, c'est la quasi-totalité du marché. Et on parle de quoi comme marque ?

Alors, l'ultra fast fashion, vous avez sans doute entendu parler de Chine, de Temu, mais la fast fashion, c'est les marques chinoises, Ubu, etc. Auprès de Little Things, mais la fast fashion, le premier vendeur de vêtements, par exemple en France, qui vend des vêtements low cost et avec des incitations à consommer, c'est Kiabi. Le deuxième, c'est Leclerc. Donc, il y a autant des marques de fast fashion que les Primark, H&M, etc.

1:49
Présentateur

Et pourquoi c'est dévastateur pour la planète ? Alors, pour les marques chinoises, on comprend, il y a les trajets en avion, pour les marques qui sont françaises ? Alors, les marques qui sont françaises, elles produisent dans les mêmes pays que les marques chinoises. D'accord, il n'y a quasiment pas de marques 100% françaises ?

2:01
Invité politique

Il y a la vôtre ? Il y en a, mais même nous, on n'est pas 100% français, on est plutôt portugais. Mais c'est pour vous donner un ordre de grandeur, les vêtements qui sont faits avec en France, qui sont vendus en France, c'est 3% du marché. L'immense majorité de ce qu'on achète, ça vient d'Asie. Donc, pourquoi c'est très polluant la fast fashion ? En fait, ce qu'il faut comprendre, c'est qu'un vêtement individuellement, ce n'est pas très polluant. Vous savez, c'est léger, ça retire peu de matière, il n'y a pas de technologie dedans. Ce qui rend la mode très polluante, c'est qu'on consomme énormément de vêtements.

Les chiffres de 2022, c'est 3,3 milliards de vêtements, chaussures et linge de maison qui ont été consommés par les Français. C'est une cinquantaine de pièces neuves par an. Si on compare aux années 80, moi je compare à quand je suis née, c'était deux fois moins, c'était 1,4 milliard. C'est-à-dire qu'on a fait exploser la quantité de vêtements qui sont consommés, et comme produire ces pollués, on a fait aussi exploser l'impact environnemental de l'industrie textile.

2:54
Présentateur

Alors comment la réguler, cette industrie textile ? Vous dites qu'il ne faut pas compter sur une prise de conscience des entreprises et une autérégulation, ça, ça ne marchera pas. Le fait de développer la seconde main, c'est insuffisant parce qu'on ne traite que les symptômes, donc il faut des lois contraignantes, il n'y a pas d'autre solution ?

3:08
Invité politique

Oui, en fait, pour comprendre pourquoi c'est important de réguler, il faut comprendre que les entreprises du textile ne sont pas poussées à améliorer leurs pratiques, au contraire. Il y a ce qu'on appelle au Mouvement Impact France une prime au vice, c'est-à-dire un avantage compétitif à mal faire. Si vous décidez de délocaliser la production de vos vêtements de la France vers le Bangladesh, par exemple, vous allez diviser par 3, 4, 5 vos coûts de production.

C'est-à-dire que si vous décidez de bouger votre production d'un pays qui paye bien les gens, qui protège efficacement l'environnement, vers un pays où les gens gagnent des salaires de misère, c'est vraiment des salaires de misère au Bangladesh, et où, par exemple, les eaux issues des teintures qui sont pleines de produits chimiques ne sont pas traitées et sont reversées directement dans la nature, alors vous allez être plus compétitif. Donc on est gagnant à faire mal ? On est gagnant à faire mal.

Il y a donc une prime au vice, un avantage compétitif à mal faire, et tant qu'il n'y n'y a pas des lois qui viennent corriger cette prime au vice, le comportement naturel des entreprises sera toujours de faire pire.

4:00
Présentateur

Alors justement, parmi les propositions de loi, il y a celle qui dit qu'il faut instaurer un malus sur les vêtements qui sont vendus par cette fast fashion, jusqu'à 10 euros, ça c'est une bonne solution ?

4:11
Invité politique

Alors ce n'est pas une taxe qui est sur les vêtements, c'est un malus qui est appliqué au niveau de l'entreprise, c'est-à-dire contrairement à la TVA ou par exemple... Donc ce n'est pas l'acheteur qui serait concerné ? C'est l'entreprise qui est pénalisée, libre à elle de répercuter ça sur le prix des vêtements, ou bien de changer de comportement. Si vous ne voulez pas payer les 10 euros par vêtement, vous n'avez qu'à changer de comportement. Mais comment on fait pour taxer une entreprise dont le siège se trouve en Chine ou ailleurs ?

Alors on le fait à travers un mécanisme qui existe déjà, c'est-à-dire la responsabilité, les éco-contributions dans le cadre de la responsabilité élargie du producteur. C'est-à-dire que chaque... ça existe déjà, chaque entreprise qui met sur le marché français des vêtements doit payer une éco-contribution. C'est quelques centimes qui servent ensuite à gérer la fin de vie du produit. Ce que proposent les propositions de loi des députés vers Morel et Violent, c'est d'augmenter cette éco-contribution et de moduler cette éco-contribution de sorte que quand les marques polluent beaucoup, elles payent beaucoup.

Et les marques qui polient peu, voire qui produisent localement, donc qui sont normalement désavantagées, bénéficient de ce bonus.

5:10
Présentateur

Et ça, ça pourrait vraiment suffire pour changer, pour réguler cette industrie textile, pour inciter des marques peut-être françaises à rapatrier la production en France ?

5:18
Invité politique

Alors c'est ce qu'on appelle de la fiscalité comportementale, c'est-à-dire que ça a vocation à faire changer le comportement des entreprises. Et je suis à peu près sûre que si Chine devait payer 10 euros d'éco-contribution par vêtement qu'il met sur le marché, cette marque ferait évoluer ses pratiques. Donc ce qu'il faut noter, c'est que c'est la première fois qu'on a une marque qui s'attaque à la régulation du marché du textile, de la fast fashion. Et donc en ça, il faut le souligner. Est-ce que c'est suffisant ? Non. Pourquoi ? Parce qu'au niveau local, la réglementation européenne nous empêche de pratiquer certaines lois. Par exemple, de mettre certaines réglementations.

Par exemple, il est interdit de favoriser le Made in France. Il est interdit de favoriser ce qui est produit localement. Il y a des lois au niveau européen qui... Pas de protectionnisme. En revanche, on peut pénaliser des entreprises étrangères, c'est ça ? Non, on est obligé de le faire sur des critères écologiques. C'est pour ça que c'est assez compliqué. Et quand on y pense, c'est absurde. Pourquoi est-ce qu'on ne pourrait pas favoriser les choses qu'on produit localement si on sait les faire ? Pourquoi elles devraient être mises sur le même plan ? C'est pour ça que cette loi est importante, mais elle n'est pas suffisante. Il faut des réglementations européennes.

Et justement, on a une opportunité en ce moment. Il y a la loi sur le devoir de vigilance qui, globalement, pénalise... En fait, elle rend responsables les entreprises des drames sociaux et écologiques qui ont lieu dans leur chaîne de production. C'est une loi qui a apparu après le drame du Rana Plaza. Et le problème, c'est que la France est en train de détricoter cette loi.

6:43
Présentateur

Et dernière question, parce que le temps file, Julia Fort, le consommateur dans tout ça, parce que lui aussi, il a un rôle à jouer. On peut attendre quelque chose de lui ou pas ?

6:49
Invité politique

On peut attendre quelque chose de lui à la marge, mais on sait bien qu'à la fin, le premier critère qui nous dirige tous, qu'on ait de l'argent ou qu'on en ait peu, c'est le prix. C'est pour ça, 70% des vêtements aujourd'hui qui sont vendus en France, c'est du low cost. Donc, on voit bien que, quel que soit le choix, on ne fait pas les meilleurs choix pour notre pays et pour nous-mêmes. C'est exactement sur la route. Si vous me laissez conduire à la vitesse que je veux, il est fort possible que je dépasserai celle qui assure la sécurité des autres automobilistes.

7:18
Présentateur

Merci Julia Fort pour vos explications. Votre marque de vêtements durable et éthique s'appelle Loom et vous êtes coprésidente du Mouvement Impact France.