#Bolchegeek : Don't Look Up a-t-il échoué ?
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Attaque 70 %Défensif 30 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:26InvitéFait
« La plupart de la population seront exposées à des conditions climatiques qui ne sont pas vivables. »
- 2:41PrésentateurFait
« Tout le monde le mate, tout le monde parle que de ça, et surtout, tout le monde se met à parler d'urgence climatique. »
- 5:16PrésentateurChiffre
« Le GIEC, c'est 1988. »
- 7:01PrésentateurFait
« Don't Look Up a été écrit avec David Sirota, qui, avant d'être scénariste, est un journaliste et éditorialiste au Guardian et rédacteur à Jacobine, un journal socialiste. »
- 11:34InvitéFait
« C'est gauchiste à mort. »
- 12:53PrésentateurFait
« Le milliardaire de la Silicon Valley du film là. Alors oui, ah là là, c'est trop un méchant caricatural. »
- 14:06InvitéFait
« Ça ne parle pas des Américains qui seraient des moutons idiots, mais de comment les milliardaires nous manipulent pour gagner notre confiance. »
Temps de parole
- Présentateur74 %
- Invité5 %
- Invité 24 %
- Invité 34 %
- ?3 %
- Invité 43 %
- Invité 53 %
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Ce
rapport sur le climat marque un nouveau seuil dans la dramatisation. Alors entendons-nous bien. Personne n'imagine que ce sera une partie de plaisir, le réchauffement, mais est-ce qu'on en fait un peu trop en imaginant que ce sera forcément ces scènes d'apocalypse ?
La planète entière alors. Et quand ça arrivera, est-ce qu'elle pourrait percuter une maison en particulier qui est sur la côte du New Jersey, celle de mon ex-femme ? Et ça m'arrangerait. Je me demande si vous avez lu les derniers reports IPCC qui ont sorti. La plupart de la population seront exposées à des conditions climatiques qui ne sont
pas
vivables. Vous trouvez qu'on n'a pas été assez clairs ? Moi je fais partie de la génération qui va se vivre l'effondrement, qui va se vivre... Merci pour
nous. Désolée. Super sympa. Pour
la
réalité, vous êtes un bonheur. Alors que les deux boomers à côté de moi, ça va. On est
en train d'essayer de vous dire que notre planète est sur le point d'être détruite. Vous savez où on dédramatise les mauvaises nouvelles ? Je veux nous être heureux avec le temps. Je ne sais pas si quelque chose a passé à des météorologues pour vous
faire
un peu fataliste. La destruction de l'intégralité de notre planète, c'est pas censé être faible.
Je suis prêt à partir au soleil. Vous avez l'air de très bonne humeur.
Est-ce
que
vous
pourriez arrêter de nous emmerder avec votre
p**** de
bonne humeur
? Je voudrais d'abord
que vous vous calmiez,
ce
qui nous ferait
plaisir. Mais attendez, vous trouvez ça normal
?
Est-ce
qu'elle est tout le temps comme ça ?
C'est un groupe de gens. Les prévisions millénaristes et quatre...
Je n'ai pas fini. C'est vous qu'il y
a
de folles,
là. Je
voudrais. C'est vous qu'il
y a
de dingue. Effondrement économique, sûreté nucléaire, gaz d'échappement qui détruit les atmosphères, robots qui se rebellent. C
'est stress,
famine, épidémie. Pour l'instant, je propose qu'on patiente
et qu
'on
avise.
Et la personne qui est hors la loi aujourd'hui, c'est le gouvernement. Il a été condamné deux fois pour une action climatique. C'est eux qui sont en tort, c'est eux les coupables, c'est pas nous. Je crois
que
tous les membres de cette administration sont complètement en train de péter les plans ! J'ai l'impression de toute façon que
vous
ne m'écoutez pas, donc je
peux vous poser des questions. Mais
en fait,
vous êtes dans votre
TGV, là. Aucun média ne nous écoute non plus, donc en fait, moi, j
'ai
aussi envie de dire ce qui est en train de se réagir. Alors, qu'est-ce qu'on a foutu pour en arriver là ? Putain !
Qu
'est-ce qu'on est devenu ? Comment on va arranger ça ?
Bienvenue dans Le Populaire, l'émission où pour le journal L'Humain, on va décortiquer la culture pop pour voir ce qu'elle a dans le ventre. C'était l'année dernière, vous n'avez probablement pas pu passer à côté de ça, donc Look Up sort sur Netflix. Tout le monde le mate, tout le monde parle que de ça, et surtout, tout le monde se met à parler d'urgence climatique. Oui, parce que la métaphore du film, une météorite qui va bientôt nous rayer de la carte si on ne fait rien, et on ne fait rien, c'était tellement frontal et même tellement assumé par l'équipe du film qui a bien insisté dessus, au cas où ça aurait été encore un peu trop subtil, qu'à peu près tout le monde avait capté.
Un vrai phénomène culturel, aussi bref qu'intense, et depuis, comme vous le savez, tout le monde a coupé Netflix, s'est levé de son canap, et rejoint des rats de marée humaines, réclamant des mesures à la hauteur de l'urgence. Depuis, partout dans le monde, on n'a élu que des gouvernements avec des politiques de rupture, et le peuple a repris les choses en main pour sa propre survie, sur une terre vivable, car il était encore temps. Et voici comment, grâce à un film, nous avons bâti l'utopie solarpunk, dans laquelle nous vivons depuis.
Alors, non, bien sûr, on a fait comme avec la convention climat, on a beaucoup parlé, on s'est bien mis d'accord sur le fait qu'il fallait faire des trucs, et puis hop, poubelle.
Après toutes les informations que vous venez d'entendre,
vous décidez
que la meilleure des choses à faire, c'est de patienter et d'aviser.
Ça m'en touche une sans bouger l'eau. Les milliardaires de la tech se livrent tranquillement à des concours de bide dans l'espace, Bernard Arnault fait des Londres Londres en gros avions qui puent, et aucun des énormes navires de plaisance qui polluent plus que toutes les bagnoles d'Europe n'a été démonté pour en faire de charmants éco-villages. Donc, look-up a-t-il échoué ? Est-ce que malgré le buzz qu'il est parvenu à provoquer, il s'y serait mal pris ? A-t-il malgré tout réussi quelque chose ? La météorite du film, depuis sa sortie, ça y est, elle nous serait déjà tombée sur le coin de la gueule. Alors aujourd'hui, on va revenir un peu sur ce phénomène.
Les films sur le sujet, c'est loin d'être le premier, mais là, pour générer autant de réactions, c'est qu'il y avait quelque chose de différent. Jusque-là, on avait surtout eu du docu pour faire prendre conscience du problème avec une touche d'espoir. Il faut sauver notre belle planète bleue. Les gens savaient pas encore trop, il fallait bien leur expliquer, leur montrer, avec de belles images vues du ciel et de grosses usines qui puent. Belles images,
belle
musique... Non, ça change des conneries qu'on voit à la télé,
hein
? Ah bah c 'est
sûr, bien sûr. Sauf que maintenant, on sait. On commence à bien le sentir, même. Et encore, ici, on n'est pas les plus mal lotis.
Y
'a encore du déni, bien sûr, hein, et puis des gens qui défendront jusqu'au bout leurs intérêts. Mais ça devient compliqué de faire semblant, là. Tenez, quand Al Gore sortait Une Vérité Qui Dérange en 2007, il se faisait foutre de sa gueule dans South Park.
Personne ne me croit.
J
'essaye de prévenir les gens et personne ne me prend au
sérieux, X. Ça
a bien vieilli, ça, tiens. Et depuis, même eux, ils ont dû revenir sur cette histoire et admettre que, ok, l'homme hors-sport existe. Et c'est un problème.
Vous aviez complètement raison. L'homme hors-sport existe et il tue tout plein de gens dans notre ville. Ça craint pour vous.
Beaucoup
de monde documentait le problème avant qu'on en fasse des films pour le grand public, à commencer par les scientifiques eux-mêmes. Le GIEC, c'est 1988. Et maintenant, tout le monde connaît les gros nerds du GIEC.
Alors, l'astronome canon...
Et là, avec Dont Look Up, on a une fiction, une sorte de comédie catastrophe. Là, c'est eux qui font la satire et qui tournent le déni en ridicule. Surtout, la touche d'espoir, c'est terminé. Le film marque un tournant parce qu'il passe après tous ces trucs, signé un constat d'échec et change de ton. Ce qui est symptomatique d'une ambiance, d'un air du temps, comme c'est souvent le cas avec les oeuvres populaires. Pas juste un produit des échecs relatifs des films précédents, mais aussi d'années d'engagement, de lanceurs d'alerte, de coop, de promesses non tenues, de mobilisation climat, avec toute une nouvelle génération politisée là-dedans.
Et l'impression que plus ça urgeait, moins ça changeait. L'impression qu'on est passé de...
Il est encore temps à ça. Les emmerdes qu'on annonce vidéo après vidéo, elles se réalisent. Et on n
'a
pas envie d'être là à dire aux gens, je vous l'avais bien dit. Why do we even now with all these reports of global warming, why do we still not take it seriously ? We take it seriously rationally, but nonetheless we cannot act, because we know that it's true what scientists are telling us. But we don't really believe them, you know, it's like you read about global warming, Then you go out and see, my God, the sun, the flowers, wait a minute, this cannot disappear, this is here.
Alors,
revenons un peu sur l'image qu'a Don't Look Up. Ah, c'est Netflix, c'est Hollywood qui nous fait la morale sur l'écologie. C'est DiCaprio, tiens. Et DiCaprio, il est super agaçant. C'est une célébrité, il est richissime, il sort avec des filles qui ont la moitié de son âge, le gars se trimballe en jet privé pour aller faire la morale sur l'écologie, et se donner bonne conscience avec d'autres riches. Et ça, ça saoule les gens. Mais ça, c'est l'affiche. Le produit d'Appel Bankable. Ça devient plus intéressant quand on regarde qui est derrière. Parce que c'est pas n'importe quel Hollywood.
Don't Look Up a été écrit avec David Sirota, qui, avant d'être scénariste, est un journaliste et éditorialiste au Guardian et rédacteur à Jacobine, un journal socialiste. Aux Etats-Unis. Socialisme qui n'est plus un mot si tabou là-bas, surtout dans la jeunesse, au moins depuis Occupy Wall Street et les campagnes au succès surprise de ce bon vieux Bernie. Bernie, dont Sirota écrivait les discours et que soutenait Adam McKay, réalisateur de Don't Look Up. Donc, Hollywood, ok, mais pas la grande majorité qui vote vaguement progressiste, aime pas trop payer des impôts et qu'on retrouve derrière des centristes comme Biden, prêts à tout pour faire barrage à Sanders.
Sirota a écrit un bouquin sur la mainmise des intérêts des grandes entreprises sur l'économie des USA et un autre sur les soulèvements populaires à travers le pays. Le
time, maïs,
maïs
! Eh
ben non, le time is pas maintenant.
Nul, nul, espèce de maïs
! Donc,
leur film passe après avoir vu leurs espoirs sévèrement douchés avec ceux d'un énorme mouvement aux ambitions aussi bien sociales qu'écologiques. C'est pas que sur le réchauffement climatique qu'ils accusent le coup.
Évidemment, le film parle de la crise climatique, mais il se trouve qu'il s'aligne aussi sur l'effondrement de la démocratie américaine et ses inégalités démesurées. Le gouvernement et les médias y sont complètement aveugles. On a cette parfaite tempête de panique que beaucoup de gens ressentent.
Adam McKay, ça vaut le coup de revenir dessus, parce que c'est quand même un délire son parcours. Beaucoup le connaissent pour ses derniers films, avec des castings 5 étoiles, des nominations à plein de trucs et toute la galerie. Mais à la base, c'est vraiment un réalisateur de comédies hyper potaches, pleines d'humour complètement débiles, qui sont cultes pour plein de gens comme moi.
Oh, dis donc que je voulais te demander ! T'es sale, guacamole !
Son partenaire de toujours, même si leurs routes sont séparées depuis, c'était le comédien Will Ferrell. Lui aussi soutient de la première heure de Sanders avec leur pote, John C. Riley. C'était un paix ? Ancune idée. Sacré virage, vous me direz, mais quand on regarde leurs films, même les plus crétins, il y avait déjà pas mal de petits sujets politiques, et notamment une façon de faire une satire de la société US, de ses médias et de ses valeurs, tout en ayant une vraie sympathie pour son peuple, même quand ils sont pas toujours très futfutes, voire complètement matrixés, à milieu du mépris de classe que leur adressent les élites démocrates.
Et
petit à petit, ça glissait vers de plus en plus politiquement explicite. Moi député parlait des campagnes électorales en montrant la corruption du système, la bêtise de la classe politique et l'influence des intérêts privés sur tous les partis, à travers une parodie pas du tout déguisée des Koch Brothers, puissances industrielles qui arrosent la scène politique états-unienne, pour faire avancer leurs intérêts capitalistes à travers les médias et une idéologie ultra-conservatrice. Oui, c'est déboloré. C'est complètement déboloré, mais en double. Et je sens que je vais vomir un peu. Même la comédie policière The Other Guys, Very Bad Cops en français, enfin, français, c
'est
pas que vous avez compris, y montrait des flics de base qui, au lieu de faire les cow-boys pour choper deux dealers de shit, s'en prenaient aux vrais délinquants en col blanc. Le générique de fin, je déconne pas, c'est une infographie de l'évolution des inégalités de richesse aux USA. Dans Get Hard, c'était le racisme, et même quand ils produisent un film avec des strip-teaseuses, ça donne ça.
Tous
ces sales types de Wall Street.
Vous
avez vu ce qu'ils ont fait de notre pays ? Ils volent vraiment tout le monde.
Les
pauvres travailleurs ont tout perdu. Et pas un seul de ces salopards a été en tour.
Le
jeu est truqué.
Les
gens qui suivent les règles peuvent pas gagner.
Bref,
vous avez compris. D'ailleurs, Cardi B, au passage, c'est aussi un soutien enthousiaste de Bernie, qu'elle a interviewé dans Un Bar à ongles.
Let's go, baby !
Voilà, faites-en ce que vous voulez. La joyeuse équipe a aussi fait des sketchs pour le très populaire Saturday Night Live, le site Funny or Die, ou le meilleur couron-métrage contre les proprios jamais réalisés.
Et
c'est là que Mackay prend conscience de la puissance virale de la comédie et de l'impact politique que leur production pourrait avoir. D'où les expérimentations pédagogiques qui foisonnent dans les plus récents The Big Short et Vice, deux films qui marquent vraiment un tournant dans sa façon de faire. Tout en gardant un côté comédie. Le premier s'attaque rien moins qu'à la crise des subprimes, le second à la mainmise des néo-conservateurs sous la présidence Bush à travers la figure du vice-prés Dick Cheney.
Marc. Un truc m'a dérangé tout le long de ce film et en fait, je sais ce que c'est et je viens de trouver. C'est gauchiste à mort. Il y
a
un parti pris gauchiste.
Le but, très clair, c'est d'utiliser le grand spectacle pour expliquer, sensibiliser et passer un message politique fort au grand public. La nouvelle boîte de prod de Mackey a été, je cite,
« Créée toute entière, tournée vers l'idée que nous vivions un moment de rupture. Et ça, qu'est-ce que ça signifie dans la façon de raconter des histoires ?
» Et donc, Don't Look Up. Là, on comprend mieux la différence de réception entre le public et la critique ciné. Critique, pas toujours tendre avec le film, sur ses qualités cinématographiques, face à un Mackey pas tendre avec elle en retour, ramenant tout son film à la question de l'urgence climatique. Et effectivement, je serai le premier à juger Don't Look Up comme un film pas incroyable au niveau purement cinoche. Même très en dessous de Vice ou de Big Short. Mais ça, ça passe un peu à côté de ce qu'ils essaient réellement de faire là. Parce qu'un film n
'est
jamais juste un film. Par exemple, on a pu lire que le film était pas subtil. C'est vrai. Pire, ça nuirait au message qu'il veut faire passer. C'est vrai ça,
on
est sûr. Parce que tout le monde en a parlé et les gens, ils ont l
'air
d'avoir bien aimé quand même. Clairement, la subtilité, c'était pas le projet. Il fallait au contraire que tout le monde, sans ambiguïté, parle de ce que le film voulait dire.
J
'avais oublié !
Est
-ce que c'est vraiment de subtilité dont on a besoin en ce moment ? Genre, le milliardaire de la Silicon Valley du film là. Alors oui, ah là là, c'est trop un méchant caricatural. Votre décès était si rébarbatif et insignifiant. Mais ces types, c'est des méchants caricaturaux. Je suis désolé, c'est pas moi qui fais les règles et je préférerais que ce soit de meilleurs êtres humains. Mais c'est des méchants nuls de film dans la vraie vie. Quelle parodie vous reste quand la réalité est au-delà de la parodie ? Quand le monde est à ce point goraphisé ? Et ça, ça vaut pour tous les sujets que le film aborde.
Dans ce film, Mackay ne fait pas grand chose d'autre que nous crier dessus. Mais on le mérite, vu qu'on est sûr
!
Tiens, vous voulez savoir qu'il y a aussi plus apprécié le film que les critiques ? Les scientifiques. Dont certains se sont fendus de grandes déclarations d'amour qui se sentaient, pour une fois, un peu représentés dans leur souffrance. Vous croyez que eux, ils n'ont pas envie de crier ? Oui, mais bon, l'été, de quoi se croit-t-on ? Il fait beau, il fait chaud. Ce
n
'est pas une
putain de bonne nouvelle ! Et là où on discute, c'est qu'est-ce que le film crie ? Alors, comme d'hab', ça a été comparé à Idiocratie, parce que voilà, tout le monde pense que tout le monde est trop con, c'est super, on a vachement avancé. Mais ça, c'est une projection pour se flatter l'égo, parce que ce n
'est
pas vraiment ce que dit le film.
Ça ne parle pas des Américains qui seraient des moutons idiots, mais de comment les milliardaires nous manipulent pour gagner notre confiance, comment la poursuite irresponsable du profit a des conséquences catastrophiques et du besoin de s'unir pour combattre ceux qui nous empêchent de résoudre ces problèmes.
Ici, clairement, les gens ne sont pas juste des idiots bêtes, ce n
'est
pas vraiment le problème. Le problème, c'est que des gens, et pas n'importe lesquels, font n'importe quoi, sont dangereux et sont au pouvoir. Le film, il a des cibles très précises, et c'est pas subtil non plus. Alors, le méchant milliardaire, on en a parlé, mais on a aussi le gouvernement, où Meryl Streep fait un genre de Trump, et John A. Hill fait un abruti mis aux responsabilités parce que c'est son fiston, en référence au gendre de Donald. Zéro ambiguïté. Et même là, leur soutien populaire, qui renvoie très clairement aux gens qu'on peut trouver dans les meetings républicains, et qui sont certes pas toujours les couteaux les plus affûtés du tiroir, même là,
ils
sont montrés comme avant tout manipulés par un discours pseudo-populiste, tenu par des élites. Il y a trois sortes d'Américains.
Il y a vous, les travailleurs, ça en fait une. Nous, les gens cools, les riches. Et il y a eux.
Mais
pas
assez cons pour continuer à suivre comme des moutons quand ils comprennent la supercherie. Putain, ils nous ont menti.
Ne
vous inquiétez pas, c'est tout géré. Non stress.
Tout
comme la critique sur les gens, ils préfèrent écouter des potins de célébrités que des scientifiques à la télé. On a là avant tout une critique des médias, du fonctionnement des réseaux sociaux. Et même une critique des difficultés des experts à communiquer avec la population. Mais vous voyez bien tous ces parallèles qu'on a montré dans l'intro. Et bien voilà, maintenant, on peut dire, c'est comme dans Dunk Look Up, aux côtés de trucs du genre, on est dans Black Mirror, c'est littéralement 1984, comme dans Squid Game, et on vit dans une société où on devient le Joker. C'est subjectif la comédie, Murray. Mais si, ça ressort autant, c'est que le film a quelque part tapé juste.
On reconnaît ces situations, on les remarque encore plus. On mobilise donc Look Up pour les critiquer. C'est un genre d'outil culturel dont les gens s'emparent. Bon, un gros outil, pas fin, pour casser des trucs. Mais parce qu'on a envie de casser des trucs. Mais alors, qu'est-ce qui manque dans le film
?
Ce qui manque, c'est le peuple. Ma critique, c'est qu'en face, le peuple est sans force. Mais les gens, le peuple, ils sont pas débiles ou absents dans le film. Ils se mobilisent dans des concerts à la con, sur les réseaux sociaux, etc. Ils font ce qu'ils peuvent, quoi. Comme en vrai. Et quand on leur dit ce qui se passe vraiment, ils ont la réaction
logique.
Réaction qui apporte rien, là, à part de se faire calmer par les forces de l'ordre et inefficace faute de débouchés politiques. Mais
c
'est un peu ça en vrai, non ? Déjà, parce que la météorite, c'est la faute à personne. Et surtout pas la faute du capitalisme. Ce qui relève pas du détail, si on veut trouver des solutions. Mais ça, ok, à première vue. Sauf que, dans le film, si on l'arrête pas à la comète, c'est la faute à qui ?
Tout
comme le dérèglement climatique, c'est pas comme une météorite qui rase tout. On va pas tous payer la facture pareille. D'où le fait de montrer comment les riches, au pire, ça ira pour eux. Ils ont un plan B. Et raison de plus de surtout pas leur faire confiance pour régler le problème. En fait, la météorite, c'est surtout efficace comme image, parce qu'elle rend beaucoup plus concret, immédiat, un truc assez diffus et complexe, comme le dérèglement climatique. Bah voilà, dites-vous, le dérèglement climatique, c'est comme une météorite,
dans
ta gueule. Oh non ! Et là, tu saisis un peu mieux le truc. Le problème, c'est qu'en faire un film catastrophe, ça a aussi un côté hyper anxiogène. D'autant que ça finit... Bon, bref, mais la volonté derrière, c'est sans doute de créer un choc, de faire réagir. Mais on va savoir si ça crée pas l'inverse. On peut craindre que ça, juste, ça paralyse les gens, que ça les déprime, que ce soit dénobilisateur. C'est un parti pris de ciné, et c'est pas une science exacte. Ça tente des trucs. Donc,
ne soyez plus éco-anxieux. Je vous invite à être, moi, moi ce que je suis, c'est-à-dire plutôt éco-furieux.
La
boîte de prod d'Adam McKay s'appelle justement Hyper Object, du nom d'objet d'une telle échelle qu'on peine à les saisir et qui pourtant nous impacte tout à fait concrètement. Sa démarche, c'est ça. Nous faire saisir, grâce aux outils du cinéma, des hyper-objets, des enjeux colossaux, pour qu
'on
puisse, à notre tour, s'en saisir. Saisir, mais aussi nous faire ressentir ce qui est la force principale du cinoche, et qu'on puisse essayer d'agir. D'ailleurs, après, il se pointait en manif,
hein,
McKay. Et qu
'est
-ce qu'on voit ? Ben, des marges climat qui reprennent le look-up. Au-delà de
ce
qu'on peut penser du film en tant que film, si on le regarde comme un phénomène culturel, j'ai l'impression que c'est plus ça qu'il essaie d'accomplir. Parce qu'au fond, son but,
c
'est d'être un gros tract, une forme d'agite propre adressée au grand public, sur une plateforme grand public, avec des moyens grand public. Est-ce que c'est efficace
? Ça,
bah, se te débat. Mais c
'est
ça qui est cool avec la culture populaire, c'est qu'elle dit quelque chose de l'air du temps, et qu'elle lui fournit des images. Les présentateurs de Donc Look Up, maintenant, c'est un symbole de quelque chose. Vous savez, comme les images de parasites pour critiquer les riches, parce qu'elles font désormais partie de l'imaginaire collectif. Alors après, qu'on trouve ça foireux comme façon d'alerter sur l'urgence climatique ? Ok, tant qu'on est d'accord pour y faire quelque chose. Les médias qui trouvent que, bof, c'est pas comme ça, qu'on en fera un sujet majeur, et bah faites-en un sujet majeur, c'est votre taf.
Au lieu de parler à longueur de journée de tenue de piscine ou de la dernière panique morale. Ça va pas mobiliser les gens.
Ben,
peut-être. Mais alors, mobilisons-nous. Tenez, et profitez-en pour vous abonner à Luma, ça sera un bon début. C'est quand même pas les manifs, les marches, les collages, les assos et les orgas qui manquent. Le reste,
c'est
juste un film.