Face à Face : François Ruffin - 30/10
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Questions et réponses
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- 1:07OuverteRéponse directe
Est-ce qu'aujourd'hui, vous partagez leurs revendications ?
- 2:10RelanceRéponse directe
Sur la question du pouvoir d'achat, on a eu les chiffres ce matin. La croissance française est à l'arrêt.
- 4:40RelanceRéponse directe
Ce que vous voulez dire, c'est que le fait que dans le budget de la France, il y ait des avantages pour les anciens présidents...
- 5:14RelanceRéponse partielle
Est-ce qu'honnêtement, il est très important et vous savez précisément que le quotidien des Français...
- 6:07OuverteRéponse directe
Le ministre de l'Économie qui dit la France ira dans le mur sans budget. Est-ce qu'il faudra malgré tout voter ce budget ?
- 6:59RelanceRéponse directe
Est-ce qu'il ne faut pas juste le tenir ? C'est-à-dire qu'est-ce qu'il ne faut pas juste à un moment avoir un budget minimum pour au moins que tout continue à fonctionner ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:10Invité politiqueFait
« On a aujourd'hui deux Frances. On a une France d'en haut qui se gave. Et on a une France d'en bas qui est rationnée. »
- 1:30Invité politiqueFait
« Sur les gilets jaunes, Emmanuel Macron a fait le choix de ne pas avoir une réponse politique, mais d'avoir une réponse policière. »
- 3:35Invité politiqueChiffre
« Là, c'est la récession. C'est la richesse par habitant qui est passée sous la moyenne européenne. »
- 3:48Invité politiqueFait
« C'est le taux de défaillance des entreprises qui est aujourd'hui record. »
- 3:52Invité politiqueFait
« C'est la part de l'industrie dans notre pays qui a son plancher 10% du PIB. »
- 3:56Invité politiqueChiffre
« C'est la dette qui est record 1 300 milliards d'euros en plus en 10 années de Macronie. »
- 4:26Invité politiqueChiffre
« Dans le prochain budget, là, 9 équivalents en temps plein, en plus, pour les anciens présidents de la République. »
- 4:30Invité politiqueChiffre
« Il faut me chercher des beaux appartements à 2,3 millions d'euros. »
- 6:31Invité politiqueFait
« Le crédit impôt recherche, dont tout le monde sait, du Conseil d'analyse économique, en passant par Philippe Aguillon, qui en a au moins la moitié de ces milliards-là, qui ne servent à rien. »
- 8:52PrésentateurFait
« Ce sont des profiteurs de crise, affirmez-vous, au service des actionnaires. Total ne paye presque pas d'impôts sur les sociétés en France. »
- 13:11Invité politiqueChiffre
« Les 500 fortunes de ce pays, elles sont passées de 20% de PIB à plus de 35% du PIB. »
- 18:39PrésentateurChiffre
« 3,4%, c'est le chiffre qui vient d'être publié à l'instant, de l'inflation, plus 3,4% pour le mois d'octobre sur un an. »
Temps de parole
- François Ruffin66 %
- Présentateur31 %
- ?4 %
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Vous
écoutez RMC,
face
à face, Apolline de Malherbe.
Il
est 8h29 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour François Ruffin. Bonjour. Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Vous êtes candidat à
l
'élection présidentielle.
Vous
êtes député, député debout de la Somme. Vous publiez un livre dans quelques jours. Ça s'appelle Au boulot. Beaucoup, beaucoup de questions. Une France de plus en plus fracturée. Et demain, des manifestations à nouveau sur le pouvoir d'achat principalement avec le réveil des gilets jaunes. C'est le gilet jaune que vous aviez suivi. Vous aviez consacré un film. Ça s'appelait Je veux du soleil. Vous aviez accompagné ces gilets jaunes sur les ronds-points. Est-ce qu'aujourd'hui, vous partagez leurs revendications ?
On a aujourd'hui deux Frances. On a une France d'en haut qui se gave. Et on a une France d'en bas qui est rationnée. C'est le pouvoir d'achat qui recule. C'est les gens qui peinent à remplir leur frigo ou à faire le plein de leur voiture. Voilà dans quelle France on vit. Et donc, évidemment, ce qu'on constate là, c'est finalement la convergence des pourrissements. Sur les gilets jaunes, Emmanuel Macron a fait le choix de ne
pas
avoir une réponse politique, mais d'avoir une réponse policière. Et de faire, à la fin, le blabla du grand débat. Eh bien, ça ressurgit aujourd'hui. Mais on a eu le pourrissement sur le mouvement lycéen. Pareil, pas de réponse politique, une réponse policière. Eh bien, pas de réponse politique, une réponse policière sur les mouvements des retraites. Après la crise des banlieues, le plan Borloo jeté
à l'eau. Tout
ça est lié ?
Oui, en fait, il y a comme méthode de gouvernement le choix du pourrissement. Et donc, en pensant qu'en laissant pourrir, oui, le pouvoir y gagne dans l'instant. Mais la démocratie et le pays y perdent dans la durée.
Alors, sur la question du pouvoir d'achat, on a eu les chiffres ce matin. La croissance française est à l'arrêt. L'économie est à l'arrêt. C'est même l'expression du ministre de
l
'Économie. Moins 0,1%. Vous allez revenir, j'imagine, sur les résultats de total.
On
va y venir. Mais moins 0,1% pour le dernier trimestre. Et la consommation des ménages qui recule. Moins 0,5%. On parlait à l'instant de la question du carburant. Lorsque vous entendez certains distributeurs qui disent que dans un certain nombre de stations, c'est jusqu'à parfois moins 40% de consommation de carburant. Ça veut dire 40% de moins de trajets. Ça veut dire des Français qui ont renoncé à un certain nombre de choses ou même de personnes à aller voir.
C'est en fait un rétrécissement, un rationnement. Mais sur plein de choses. Sur la nourriture, on se prive. Alors, c'est des marques qu'on ne prend plus. On ne va plus au resto. Ça, ça n'existe plus. Les vacances, on s'en prive également. C'est évidemment sur les déplacements. Mais sur la santé aussi, c'est des lunettes qui ne sont pas renouvelées. Et j'entends ça, moi, dans mon quotidien de tous les jours. Le
ministre
de l'économie dit que l'économie française est à l'arrêt.
Mais elle
n
'est pas à l'arrêt. Quand on est à moins 0%, on recule. Le pouvoir d'achat
y recule. Moins 0,1
pour le dernier trimestre. Zéro le trimestre précédent. Et moins 0,2 ou 3
le précédent. Il
faut faire le bilan maintenant des 10 ans. Là, c'est la récession. C'est la richesse par habitant qui est passée sous la moyenne européenne. En revanche, ce sont les inégalités et la pauvreté qui sont passées au-dessus de la moyenne européenne. C'est le taux de défaillance des entreprises qui est aujourd'hui record. C'est la part de l'industrie dans notre pays qui a son plancher 10% du PIB. C'est la dette qui est record 1 300 milliards d'euros en plus en 10 années de Macronie. Et tout ça sous les applaudissements des inégalités de notation et du FMI. Et le pire, sans doute, dans tout ça, c'est la division de la nation. L'homme qui était responsable de l'unité de la nation
en
produit la division. Et moi, je vais vous dire, il y a un scandale qui va vous paraître un point de détail. Mais qui, pour moi, symboliquement, politiquement, ne l'est pas. Lequel ? Après 10 ans de tout ça. Emmanuel Macron, il devrait sortir de l'Élysée en regardant ses pompes et avec honte. Et qu'est-ce qu'il fait ? Qu'est-ce qu'il
y a
dans le prochain budget, là
?
9 équivalents en
temps
plein, en plus, pour les anciens présidents de la République. Et, dans un petit coin, il a choisi de dire, il faut me chercher des beaux appartements à 2,3 millions d'euros.
C
'est-à
-dire, je
n
'ai
pas compris.
Dans le
budget, là, Madame de Malherbe, comme Emmanuel Macron va être un ancien président de la République, il va avoir 9 personnes à son service, ça va être des majordomes, ça va être des cuisiniers,
ça va être des chauffeurs.
Là, il est à l'Élysée, il n'en a pas. Mais je pense que, là, vu son bilan, il ne devrait plus y avoir un rond pour Macron à la sortie de l'Élysée.
Ce que vous
voulez dire, c'est que le fait que, dans le budget de la France, il y ait, vis-à-vis des anciens présidents, mais c'est le cas de François Hollande,
c'est le cas de Nicolas Sarkozy. Alors, moi,
j'ai déposé un amendement pour qu
'il
n
'y ait
plus un avantage pour les anciens présidents.
Je
veux dire, on a un Nicolas
Sarkozy. Mais
précisément, François Ruffin, vous connaissez trop ces questions-là, et vous y avez consacré trop de temps et d'études, pour prendre ce petit exemple. Est-ce qu'honnêtement, il est très important, et je ne le méprise pas, je trouve juste que le fait que vous choisissiez cet exemple-là pour, en quelque sorte, en faire un étendard, alors que vous savez précisément que le quotidien des Français, il y a mille choses à dire
?
On va en parler, Madame de Malherme. Mais je vais vous dire, il
y a
un principe. L'exemple doit venir d'en haut. Ça fait 40 ans qu'on a des gouvernements, qu'on a des présidents, qui viennent dire aux Français, vous devez faire des efforts, vous devez faire des sacrifices. Là, dans le prochain budget, ce sont les accidentés du travail,
ce
sont les salariés à qui on demande de se serrer la ceinture. Et vous avez les gens qui leur disent ça en haut, qui, eux, se prennent des majordomes, se prennent des cuisiniers, vont avoir plein d'avantages. Il doit y avoir un ruissellement. Un ruissellement du bon exemple qui doit venir d'en haut.
Le ministre de l'Économie qui dit la France ira dans le mur sans budget. Est-ce qu'il faudra, malgré tout,
le
voter, ce budget ?
Là, le budget, c'est un budget de provocation.
C
'est un budget de provocation. 211 milliards d'euros d'aides aux entreprises. À l'intérieur, le crédit impôt recherche, dont tout le monde sait, du Conseil d'analyse économique, en passant par Philippe Aguillon, qui en a au moins la moitié de ces milliards-là, qui ne servent à rien, qui vont vers les grandes entreprises qui n'investissent pas aujourd'hui dans notre pays. Et pourtant, ça, on n'y touche pas. Les échos disent, voilà, c'est la première niche fiscale formidable. Et de l'autre côté, ce sont les retraités sur lesquels on essaye de gratter, ce sont les salariés, ce sont les pompiers. Enfin, voilà sur qui on prend aujourd'hui.
Là, aujourd'hui, ce qu'on a, Madame de Malherbe, c'est un budget de provocation. J'entends bien qu'à six mois de l'élection, on ne soit pas capable de faire ce dont le pays a besoin.
Est-ce qu'il ne
faut
pas juste le tenir ? C'est-à-dire qu'est-ce qu
'il
ne
faut
pas juste à un moment avoir un budget minimum pour au moins que tout continue à fonctionner ? Ou à tenter de fonctionner
?
Vous trouvez que ça fonctionne, Madame de Malherbe ?
En le disant, j'avoue que moi-même, je me suis dit, il y a de très nombreux dysfonctionnements. Mais enfin, malgré tout.
Non,
là, la copie doit être revue, au moins de manière cosmétique pour qu
'il
n
'y ait
pas de provocation. Je vous dis, sur ces 211 milliards d'euros-là, en fait,
l
'exemple, c'est le MEDEF qui devrait le donner. C'est le MEDEF qui peut dénouer la situation aujourd'hui. C'est le MEDEF qui peut dire, oui, compte tenu du taux d'entêtement de la France, nous, nous allons montrer l'exemple. On est prêt à aller chercher 10 milliards d'euros sur les aides aux entreprises. Sur les 211 milliards, on va en chercher 10 milliards, qui aujourd'hui ne servent à rien. Et comme ça, on va donner l'exemple. Je dirais, la main, c'est le MEDEF qui, aujourd'hui, la détient. Parce que le gouvernement,
là,
aujourd'hui, ce qu'il fait, c'est la politique du MEDEF. Mais le MEDEF, il doit dire, OK, nous, on est capables de faire des efforts, nous aussi. Plutôt que de chouiner. Parce que là, on a un Patrick Martin qui n'arrête pas de chouiner. Les entreprises... 70 milliards de profits, de dividendes versés aux actionnaires. C'est le record de jamais. C'est dans les échos.
Record,
record... La France
a détenu le record d'échange de dividendes, de distribution de dividendes de l'Union européenne.
C'est dans les échos de mon ami Bernard Arnault. Championne d'Europe, médaille d'argent, deuxième dans le
monde derrière les Etats-Unis, devant la Chine, dans le Japon. Là-dessus,
vous avez accusé Total hier. Total qui a annoncé son bénéfice record. 7,45 milliards d'euros sur le troisième trimestre. Voilà ce que vous avez affirmé hier. Total annonce un bénéfice record. Pourquoi faire ? Le Conseil d'administration, réuni en 2026 sous la présidence de M. Pouyannet, a décidé la redistribution d'un troisième à compte sur dividendes au titre de l'exercice 2026 d'un montant de 90 centimes par action en hausse de près de 6%. Voilà ce que vous avez dit. Ce sont des profiteurs de crise, affirmez-vous, au service des actionnaires. Total ne paye presque pas d'impôts sur les sociétés en France. Nos dirigeants laissent faire.
Et je voudrais prendre le temps, comme je l'ai fait pour lire votre tweet, de lire la réponse de Total. Total s'adresse à vous hier soir. Bonjour M. Ruffin. Ce que nos résultats, réalisés partout dans le monde, permettent également de faire, entre guillemets, pour reprendre votre mot, le plafonnement des prix à la pompe pour nos clients français. Déjà 500 millions d'euros, c'est ce que ça leur a coûté. Des investissements qui contribuent également à la sécurité d'approvisionnement du pays. Le partage de la valeur avec nos salariés, intéressement, participation, prime de partage de la valeur, soutien aux achats de carburants, dividendes pour nos 80% de salariés qui sont actionnaires français.
Le retour de nos actionnaires, dont plus de 700 000 actionnaires individuels français, le désendettement de l'entreprise pour préparer l'avenir. Pour rappel, en 2025, 19 milliards de dollars d'impôts sur les bénéfices et de taxes de production dans le monde. Il dit que l'entreprise paye ses impôts là où elle réalise ses bénéfices. Voilà la réponse qu'elle vous a faite à vous, M. Ruffin.
D'accord. Je remercie M. Pouyanné de cette réponse. Mais ce sont des profiteurs de guerre.
Enfin, j'ai l'impression quand même que les salariés de Total sont bien contents. Vous
savez,
ce sont des travailleurs des salariés de Total. Madame de
Malherme, je vais vous dire, on a un problème aujourd'hui, c'est qu'on a une économie à deux vitesses et qu'on a un salariat du coup à deux vitesses. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que les grandes entreprises comme Total captent en vérité la plus-value. Elles la sucent comme des vampires. Elles en laissent très peu à leurs sous-traitants, leurs sous-traitants et ainsi de suite. Donc ça veut dire les PME, les TPE. Et c'est pareil chez Total.
Mais
ça veut dire quoi des salariés à deux vitesses ?
Ça veut dire quoi ? Il y aurait des bons
salariés, des
mauvais salariés ? C'est-à-dire que le salarié de Total, c'est quoi ? C'est un bon droit ?
Vous avez de chez Total à chez RMC, un salariat à deux vitesses. Ça veut dire quoi
? Ça veut
dire quoi
? Je vais vous expliquer. Ça veut dire que ceux qui sont salariés directement de RMC ou salariés directement de Total,
vous parlez de la question des sous-traitants. Ils en vivent. Donc
François Ruffin,
quand ils disent chez
Total et
quand ils vous répondent de la partage de la valeur avec nos salariés, intéressement, participation, prime de partage à valeur, ça, vous le balayez d'un... Non,
je dis... Ce sont des travailleurs, ce sont des salariés. Soit,
soit. Ils
se lèvent le
matin pour aller bosser dans l'entreprise Total.
D'une part, regardons ce qui se passe pour les sous-traitants de chez Total. Et je le sais parce que j'ai été sur les sites. Ceux qui ont les tâches les plus pénibles à effectuer, et y compris des tâches qui peuvent être mortelles, qui peuvent permettre d'avaler des cochonneries, eh bien, ce sont très souvent les sous-traitants qui le font et pourtant, eux, il n
'y a
pas de treizième mois. Eux,
il n
'y
a
pas de chèque. Voilà comment ça fonctionne. Chez Total, comme chez RMC, la personne qui passe vers le ménage
ici le matin... de
nous dire,
c
'est que dans toutes les entreprises, il y a les salariés de
l
'entreprise et puis il
y
a les sociétés auxquelles vous faites
appel.
Et
donc,
vous avez une captation de la plus-value qui se fait par les plus grandes entreprises et qui, d'abord distribue d'abord à leurs actionnaires parce que, je veux dire, l'objectif...
Mais le constat
que vous faites ne devrait pas mépriser autant le fait qu'un certain nombre de salariés qui restent des salariés, vous pouvez parler des autres également, mais les salariés de Total, lorsque Total vous dit on partage la valeur avec nos salariés pour l'intéressement, la participation, la prime de partage à valeur...
Excusez-moi, Madame de Malère, mais moi, mon intérêt, je ne suis pas le syndicaliste de chez Total. Je suis aux côtés des salariés de chez Total quand ils font grève devant leur entreprise et j'y vais aussi en parlant des
sous-traitants. Vous ne pouvez pas être
aussi à leur
côté quand ils se
réjouissent
des résultats de leur entreprise. Vous
avez un gavage comme jamais. Le taux de marge des raffineurs, ce n
'est
pas Total seulement, c'est Exxon, c'est Shell, ce sont toutes les entreprises. Ils ont multiplié leur taux de marge par quatre.
Et c'est de la spéculation puisque ça n'a pas de rapport direct
avec
la demande. Ce sont des profiteurs de guerre. Et en fait, moi, mon problème, ce n
'est
pas M. Pouyanné.
Mon
problème, c'est le gouvernement. Ce sont les gouvernements qui sont complices de ça, qui laissent faire, qui laissent faire un gigantesque gavage.
Comment vous
auriez fait, vous
?
Il faut lever un impôt spécial. Là, sur les marges, mais c'est ce qui s'est passé aussi pendant le Covid. On a laissé faire, à l'époque,
c
'était la grande distribution, c'était les assureurs, c'était les firmes numériques qui se gavaient. On a laissé faire les profiteurs de crise. On a eu la guerre en Ukraine, c'était les armateurs qui se sont gavés. On a laissé faire les profiteurs de crise. Et là, à nouveau, dans cette crise-ci, on laisse faire les profiteurs de crise. Vous savez, on parlait du bilan des 10 ans de Macron. Mais en vérité, ces actionnaires à Macron, ils sont contents. Ça fait 10 ans qu'eux, ils prospèrent. Ça fait 10 ans que les 500 fortunes de ce pays, elles sont passées de 20% de PIB à plus de 35
% du PIB. Est-ce qu'au-delà de
ces taxes-là, est-ce que vous êtes favorable à la baisse des taxes sur le carburant
?
Je suis... Alors, vous savez, moi, mon école économique, c'est l'école de la régulation. Je suis pour qu
'on
mette en place des régulations. La première régulation à mettre, c'est le contrôle des prix et des marges. Il ne doit pas y avoir une multiplication par
4. C'est quoi ? C'est le
communisme ?
Non. C'est ce qui existait dans la France du général de Gaulle, dans la France de Valéry Giscard d'Estaing, dans la France de François Mitterrand jusqu'en 1986. Ce dont je parle, Madame de Malherbe,
ce sont...
Vous
êtes notamment favorable à l'indexation des salaires sur l
'inflation ? Par exemple, c'est un
deuxième outil de régulation et qui fait que les Français, ces dernières années, tous les salariés français n'auraient pas perdu 2, 3, 4, 5% de pouvoir d'achat. Et sur les taxes, je suis favorable à une taxe flottante. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que quand le prix du pétrole augmente, on baisse la taxe pour stabiliser les prix. Quand le prix du pétrole baisse, on augmente la taxe pour favoriser les prix. Et ce qui fait que dans tout ce dont je viens de parler, qu'il s'agisse du contrôle des prix et des marges, qu'il s'agisse de l'indexation des salaires sur l'inflation, qu'il s'agisse de la taxe flottante, ça ne coûte pas un euro à l'État.
Simplement, l'État reprend son rôle, qui a un rôle de régulation. Une régulation qui nous a apporté pendant des décennies stabilité, prospérité dans notre pays.
François Ruffin, hier, la présidente de la Banque Centrale Européenne, Christine Lagarde, a annoncé qu'elle allait quitter la présidence de la BCE en février 2027,
c
'est-à-dire six mois avant la fin normale de son mandat. Jean-Luc Mélenchon y voit une manœuvre pour permettre à Emmanuel Macron de négocier avec le chancelier ou avec la question de la BCE, avec l'Union Européenne, le nom de la prochaine ou du prochain président. Et c'est également le procès que lui fait le RN par la voix de Jean-Philippe Tanguy qui parle d'une dérive illibérale. Est-ce que vous êtes d'accord ?
Mon problème avec la Banque Centrale Européenne, c'est le mandat qui lui est donné depuis toujours. Elle a un mandat dont la priorité est en vérité le seul objectif, c'est de lutter contre l'inflation. Et non, ça ne suffit pas. On doit lutter pour qu'il y ait des investissements dans les pays européens pour que, à la fois, les ménages, pour que les entreprises, pour que les États accèdent à du crédit. Voilà ce qui devrait être l'objectif central de la BCE. Et donc, moi, ce qui m'intéresse...
Donc
le fait que ce soit Christine Lagarde
ou quelqu'un d'autre, moi, ce qui m'intéresse, c'est pas est
-ce que ça va être un Français ou un Allemand qui va occuper ce poste-là l'année prochaine, mais quel est l'objectif qui lui est donné ? C'est ça le sujet. Et vous savez, même, ça a été une manière d'acheter les Français. Les Français de la Révolution française jusqu'à mai 68, ont né les troublions en Europe, y compris sur le vote au traité de 2005. Et donc, il faut acheter les élites françaises.
Comment
on achète ?
C
'est ça
que ça se passe. Alors, c'était Jean-Claude Trichet, c'est Mme Lagarde, c'est au FMU mis Dominique Troscan, c'est Michel Campe dessus. En fait, on a donné des hochers aux élites françaises pour qu'elles acceptent pleinement la mondialisation et une mondialisation. Là, j'ai entendu, vous avez entendu Pascal Lamy, ancien
directeur
qui dit avec la Chine, on a fait une erreur de parallaxe. Attendez, ça a coûté des millions d'emplois. Ma Picardie, ma région a été ruinée par les choix de M. Pascal Lamy, par le choix d'ouvrir, faire la libre circulation des frontières à l'intérieur de l'Europe et avec le reste du monde. Ces gens-là, M. Pascal Lamy, il devrait y avoir un procès sur ce qu'il a fait pendant des années à la tête de l'Organisation Mondiale du Commerce.
Vous évoquez la Chine, rien à voir, mais à la place de Kylian Mbappé, est-ce que vous vous seriez excusé
?
Ce qu'on voit là, c'est le poids du capitalisme chinois et du nationalisme chinois qui font qu'un footballeur qui dit un truc dans un vestiaire sous la pression de tout le monde du football est obligé de revenir sur ses propos. Moi, je veux dire...
Je vous ai posé la question, est
-ce
que vous vous seriez excusé ? Est-ce que vous,
vous
estimez que
Mao Zedong est un dictateur
?
J'aurais dit autre chose,
j
'aurais dit que Mao Zedong est à la fois un dictateur et qui a mis en place un pouvoir autoritaire et en même temps que c'est le fondateur de la Chine moderne. Voilà, on a cette difficulté avec...
Est-ce que le fait d'être fondateur de la Chine moderne l'excuse des millions de morts ?
Ça n'excuse rien. Je dis pourquoi les Chinois ont le regard sur... C'est leur histoire.
Et
pourquoi ils ont ce regard sur cet homme qui est de la longue marche au grand bond en avant en passant par la révolution culturelle qui a sans doute produit pour la Chine ce qu'il y
a
de pire et ce qu'il
y
a de meilleur. Donc, vous ne dites pas juste
que
c'était un dictateur.
Vous dites moi, Madame de Malerme, j'ai lu à la fois le Alain Perfide de Quand la Chine s'éveillera et j'ai lu les essais sur la Chine très critiques de Simon Less. Donc, je n'ai pas... Je ne me suis jamais senti maoïste dans ma jeunesse. Mais il faut regarder comment ça se fait qu'on a aujourd'hui la Chine qui envoie de devenir la première puissance mondiale. Comment ça se fait qu'elle a réussi à reprendre sa revanche sur son histoire où elle s'est fait humilier ?
Vous trouvez
franchement que c'est souhaitable le statut des travailleurs chinois
?
Absolument pas. Et vous savez, s'il y
a
quelqu'un qui était critique sur les alliances qu'on faisait avec la Chine, avec l'entrée dont je viens de parler de la Chine dans l'Organisation Mondiale de Commerce et qu'il est depuis 25 ans, c'est moi. Parce que j'en ai vu les effets près de chez moi pour les travailleurs picards qui sont mis en concurrence non seulement avec les travailleurs roumains mais aussi avec les travailleurs chinois. Et que si face à ça, on ne met pas en place des taxes frontières, des barrières douanières, des quotas d'importation, on ne s'en restira pas, on continuera à plonger vers le bas.
Un mot encore sur l'économie, 3,4%, c'est le chiffre qui vient d'être publié à l'instant, de l'inflation, plus 3,4% pour le mois d'octobre sur un an, l'inflation qui grimpe donc à nouveau.
Vous dire que c'est quelque chose qui est installé dans la durée, notamment à cause du réchauffement climatique qui va faire qu'on va avoir de moindres rendements productifs dans les champs. Et donc, ça va produire une augmentation des prix. Donc, face à ça, il faut une méthode de régulation, c'est quoi ? C'est l'indexation des salaires sur l'inflation. Et les Français, ils n'auraient pas perdu du pouvoir d'achat sur les dernières années. Il y
a
un autre sujet à mettre sur la table, Madame de Malherme. Si on parle de pouvoir d'achat, il faut parler du logement. Le logement, c'est la première dépense des ménages. C'est plus 80% ces 20 dernières années sur les prix d'immobilier. Et pourtant, ça n'appartient pas au paysage. Et là-dessus aussi, il faut de la régulation. C'est le plafonnement des loyers partout dans le pays.
François Ruffin, Emmanuel Macron, cette semaine disait, appelé à un sursaut après l'attentat terroriste, raciste, de Trappes et de La Verrière. Il a dénoncé, je cite, une désinhibition d'un antisémitisme chez certains, une désinhibition du racisme chez les autres et une désinhibition globale de la violence. Comment vous réagissez ?
Je
dirais que ça appartient aussi à son bilan. Mais d'abord, dire mes condéluences à l'égard de la famille de Pengo Bossio Wangui et tous mes voeux de courage aux autres familles dans l'épreuve qu'elle traverse. Moi, quand un individu
passe
à l'acte comme ça, avec une affirmation du racisme, en disant qu'il veut s'emparer à des Noirs et des Arabes, il y a cet homme, mais il y a aussi qui l'a armé
? Qui
l'a armé politiquement ? Qui l'a armé idéologiquement ? Et quand AG continue...
C'est à cette question-là précisément, qu'Emmanuel Macron répond qu'il y a eu justement une désinhibition d'un antisémitisme chez les uns, de racisme chez les
autres.
Mais d'abord, et donc, quand AG continue sur les antennes de CNews, on parle de Trappistan, quand Jordan Bardella parle de République islamique de Trapp et qui dit c'est le futur de la France si nous ne reprenons pas la main. Le meurtrier n'est pas allé à Trapp par hasard.
Il
est allé à Trapp parce que, du côté du Rassemblement national et de CNews, on lui a dit c'est là-bas qu'il faut reprendre la main. Pour les uns, reprendre la main c'est peut-être un bulletin, mais pour lui, ça a été une arme. Je vous dis moi que là,
il
y a un racisme d'en bas qui est armé politique. Il
parle d'un
racisme d'atmosphère.
Ce
n
'est
pas de l'atmosphère. Ce n
'est
pas de l'atmosphère. Ce n
'est
pas diffus. C'est
affiché.
Est
-ce
qu'on peut s'en remettre ? Est-ce qu'on peut collectivement réussir à traverser les prochains mois dans une forme de réconciliation ?
J'ai la conviction que dans le peuple français, il n
'y
a non pas le poison de la division, mais il y a le choix de l'unité de la nation. Maintenant, je vais vous dire que je crains que le drame de Trappes soit énonciateur du pire pour notre pays. Que ça soit à l'image de ce qui risque de se passer si Marine Le Pen arrivait au pouvoir. C'est-à-dire, je crains presque moins les décisions qu'elle prendrait avec, depuis les ministères, l'Élysée, l'Assemblée, que ce que ça libérerait de pire dans notre pays en termes de haine, de racisme, de bêtises et que ça rende insupportable la vie de millions de nos concitoyens.
Merci François Ruffin d'avoir répondu à mes questions ce matin. Candidat à l'élection présidentielle, député de la Somme. Votre prochain livre, au boulot.
François Ruffin