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interviewJean-Luc Mélenchon (sur YouTube)· 16 janvier 2026 24 minAutoproduit

L'amitié pour faire peuple - Introduction de Jean-Luc Mélenchon

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Je suis là en qualité de coprésident de l'Institut Labéie qui soutient cette initiative euh qui est celle de la députée euh Clémence Geté qui a eu l'idée de ce de ce thème et de commencer un travail dont vous allez euh voir comment nous le concevons à travers l'après-mise que je vais essayer d'en donner puis les conclusions qu'elle établira à la fin de cette rencontre. étant entendu que le simple fait que le thème a été proposé et qu'aussitôt les inscriptions et permis de faire sale comble nous a signalé que ce thème était bien un thème dans la société. On s'est pas pris le melon pour autantin, on s'est dit quelque chose a lieu et nous allons en être l'expression.

Évidemment, c'est dans un cadre. Alors moi, j'ai à dire quelques mots pour commencer. La pensée, le travail actuel de l'Institut Laabéie est orienté dans le sens de la définition de ce que nous appelons la Nouvelle France.

La Nouvelle-France, nous l'avons d'abord mis en scène dans les élections de 2024 sous une forme provocatrice, volontairement provocatrice pour susciter la pensée et la réflexion qui a été de dire et bien autrefois c'était en français sur 10 qu'il y avait un grand-parent étranger, aujourd'hui c'est sur tr. Il y a donc une Nouvelle-Fance quant à cette sa composition qui se présente là. Mais ce n'était qu'une manière d'introduire un thème qui était beaucoup plus qui est de beaucoup plus ample et dont nous avions l'intuition et déjà quelques travaux préparatoires.

C'est que si on prend une séquence de temps et qu'on pose la question quoi de neuf ? On découvre qu'entre si on prend une séquence de temps dont on a fixé une des extrémités 1958 la nouvelle constitution et puisqu'on est en direction d'une autre constitution celle pour la 6e République et comprend donc la séquence de temps entre 1958 et aujourd'hui on découvre plus on gratte que en effet c'est un pays totalement nouveau qui est sous nos yeux bien sûr un pays qui a une histoire qui a des ondes longues de l'histoire mais dont toutes les conditions ont été modifiées. assez fondamentalement.

Donc la Nouvelle-Fance est un cadre de pensée. Nous sommes à la découverte en permanence de cette nouveauté. Pourquoi à la découverte ?

Parce que plus nous sommes immergés dans les rapports sociaux, moins nous les identifions, tout simplement parce qu'ils participent de notre existence intellectuelle, subjective et matérielle, quotidienne, permanente et instantanée. Alors bien sûr, si tout a changé, c'est parce que les bases matérielles de la condition humaine ont changé par des phénomènes de type nouveaux comme par exemple le fait que la majorité de l'humanité et dans notre pays, plus de 80 % vivent en ville plutôt qu'à la campagne comme ce fut le cas pendant des millénaires. que la majorité pardon la totalité d'entre nous dépendent pour produire et reproduire leur existence matérielle des réseaux que nous sommes à un niveau d'interconnexion individuelle jamais vu aux étapes précédentes de la vie humaine dont on peut dire qu'une des formes de la matérialité est le fait que sur 8 milliards d'êtres humains, 5 milliards sont connectés entre eux par des réseaux sociaux.

J'ai pris là que trois de ces aspects, mais il va de soi que ils ne servent qu'à dire voilà pourquoi vous pouvez observer que des comportements liés aux conditions les plus fondamentales de la condition humaine, conditions initiales les plus fondamentales de la condition humaine sont euh profondément bouleversé et n'ont plus rien à voir avec ce qu'ils étaient il y a une ou deux générations. Or, le temps de transmission et d'acceptation et d'intégration de la nouveauté, c'est au minimum une génération. On dit chaque génération est un peuple nouveau, mais au bout de deux générations, on en est seulement à commencer à interpréter librement les nouvelles conditions.

Par exemple, il est certain que c'est à la 2e génération qui a accès libre à la contraception que les relations interpersonnelles aussi bien sexuelles que amoureuses, sont modifiées. Cet exemple est assez rude pour que on en saisisse immédiatement la signification, mais on peut donner d'autres exemples tout aussi fondamentaux. par exemple euh le relationnel, la nature des relations individuelles à l'âge de la polyprésence.

Pour ceux qui ont lu un des meilleurs livre de cette époque, le mien euh le faites mieux, on évoque le concept de polyprésence qui correspond à quelqu'un qui a son téléphone à la main et qui tout en participant une réunion de famille, un repas ou même une discussion entre deux personnes consulte régulièrement son téléphone et y répond. On peut parler de polyprésent, c'est considéré par les comme très grossiers, mais à mesure que le temps passe comme une activité tout à fait normale, acceptée et qui n'enlève rien à la spontanéité de la relation interindividuelle. Voilà un exemple qui e absolument inconcevable euh dans la génération de mes parents.

Alors, c'est pas si éloigné que ça, même si j'étais présent à la bataille d'Alésia comme tout le monde le sait, compte tenu de mon âge. Mais ce sont des choses très voisines. Ce sont des choses très voisines de nous.

Je prends des exemples moins extrêmes. Il est certain que le concept même de parentalité n'est plus le même dans le cadre des familles recomposées ou dans le cadre de la constitution de famille après PMA ou dont divers. Il est il est clair que on ne parle plus de la même chose, on ne parle plus des mêmes relations, on ne parle plus des mêmes exclusivités que dans le passé.

Et de même le sentiment d'appartenance. Il est certain que l'appartenance a euh est modifiée par le fait que pas tellement par l'immigration extérieur comme beaucoup le croient assez stupidement mais par l'immigration intérieure. Plus d'une personne sur deux ne retourne jamais dans le département ou la ville dont il est issu après ses études.

C'est une modification absolument fondamentale pour tous ceux qui connaissent l'attachement à un petit coin, à un certain endroit, à un ensemble de relation familiale, physique et ça va beaucoup plus loin quand on est de quelque part hein. Ça va de l'endroit où on va au mur quand c'est la période, l'endroit où on va aux grenouilles, j'ai connu ça brièvement, fort heureusement pour moi. Et ainsi de suite.

Mais ce sentiment d'appartenance est brisé par la migration qui nous met immédiatement dans la situation de créolisation de nos mœurs avec les endroits où l'on arrive, de nouveaux appétits, de nouveaux goûts. Ces modifications fondamentales de la condition humaine sont donc reliées à des modifications de son existence matérielle. Alors, on dit dans le matérialisme que la véritable richesse des relations humaines est le résultat de la richesse des relations sociales.

Il est évident que plus ces relations sociales sont étendues, plus il est probable que la personne va apprendre et être quasiment mise au pied du mur de la nécessité de s'adapter à ces nouvelles plus étendues relations sociales. Bon, c'est quelque chose qui est comment dire observé facilement dans l'histoire. la les êtres humains ne sont pas attachés à leur biotope alors ceux qui les distinguent de toutes sortes d'animaux qui eux ne peuvent pas se dissocier de leur biotope mais ça nous met un destin commun avec les cafars et les rats qui peuvent s'adapter à absolument toutes les situations comme chacun le sait mais doivent s'y adapter ça ne l'aurait pas donné je prends cet exemple un peu caricatural pour mettre un peu de sourire dans quelque chose qu'il est beaucoup moins parce qu'en peu austère mais les relations dans lesquelles nous nous inscrivons sont d'abord et avant tout des connexions de masse dont la nouveauté peut nous échapper parce que nous beaucoup en tout cas dans cette salle d'après ce que je vois il y en a pas un d'entre vous qui a une idée de ce qu'elle a vit au village sur la surveillance de la bonne du puré ou des choses de cette nature qui ont fait la joie des des situations bucoliques qui sont regrettées par certains du passé.

En réalité, plus la société est petite et plus elle surveille. Et plus elle surveille et moins on est libre. Et moins on est libre, moins on crée.

Plus on s'adapte, on se conforme et on s'identifie à des pratiques qui nous préexistent. Parce que parmi les êtres humains, une des valeurs de tout ce que nous utilisons, il y a bien sûr la valeur d'usage, il y a bien sûr la valeur d'échange, bien connue des matérialistes, mais il y a aussi la valeur d'inclusion. et nous sommes friants de valeurs inclusives.

Nous nous habillons de la manière qui permet de s'inclure. Nous parlons, nous agissons, nous remuons nos mains, nous faisons des mimiques qui nous permettent de nous inclure dans le milieu dans lequel on est. Et à chaque génération ça change.

C'est pourquoi souvent on parle des hasbines, de ceux qui ne sont pas à la page et ainsi de suite. Tout simplement parce que chaque génération, peuple nouveau, crée ses usages, ses blagues, ses mimiques, ses gestes et de cette manière-là s'inclu. Ce n'est pas, je dis tout ça pour situer le cadre dans lequel quelque chose de soudain arrive.

Alors la soudaineté c'est que le capitalisme est plus que jamais celui de notre époque avec son système de marchandisation général est une machine à individualiser et il s'en venteent dans le passé ce sont les gens de gauche parce qu'ils étaient insoumis qui disaient à chaque personne mais non tu n'es pas qu'un paysan mais non tu n'es pas que une paysanne mais non tu n'es pas qu'un ouvrier tu es un être humain tu as des talents et cetera c'est-à-dire que c'est nous qui valorisions la singularité l'individualisation, l'affirmation de soi. Doren avant, c'est le capitalisme qui le fait et qui dit "Mais écoutez, moi je te comprend mieux que personne parce que au moment où tu dois choisir ton yaourt, je vais te proposer le yaourt à la banane, à la banane mur, à la banane pas mû au cassis, à la vanille et cetera et et te présenter une multitude d'options qui te permettent de faire librement ton choix et de t'affirmer tel que tu es." Là, je prends un exemple folklorique, mais dans la réalité des rapports sociaux, ça a été une machine à exploser toutes les communautés humaines et aller singulariser.

Singulariser, nous sommes une masse d'endroits multiples dont chacun d'entre nous et lui seul connaît le secret par nos mots de passe de nos différents réseaux auquels il faut hâte souscrire par nos numéros de sécurité sociale, d'identité nationale, que sais-je encore, code de tout genre qui n'appartiennent qu'à nous singulièrement. Là encore, c'est la surface des choses. Plus en profondeur, c'est évidemment quand on voit dans les relations, toutes les relations qui étaient des relations identitaires, je suis maçon ou je suis platé, euh tout ça est atomisé.

Vous pouvez être sur un même chantier, des fois en train de faire les mêmes choses, mais vous appartenez à quatre ou cinq sociétés sous-traitantes différentes, donc pas deux personnes dans la même condition sociale. Alors que dans les métiers du passé ou les conditions d'organisation des métiers du passé et bien par catégorie, on avait les mêmes comportements, les mêmes outils, les mêmes règles et les mêmes dépendances. Tout ça à voler en éclat et ce qui est vrai des relations sociales est vrai des relations intimes et ainsi de suite.

Pour autant, jamais les individus ainsi renforcés, ainsi conforté, ainsi bizarrement attelés, car vous ne connaissez pas votre voisin de palier dans un immeuble, mais vous connaissez parfaitement tel ami sur Facebook donc que vous n'avez jamais rencontré, mais qui vous inflige ses repas d'anniversaire, la communion de ses enfants et la naissance de chacun de ses petits-enfants. Donc on est pris dans ces réseaux d'individualisation et de mise à distance des relations qu'autrefois ont considéré comme les seules relation réelle. Et c'est là qu'on commence à approcher de la zone où l'amitié va commencer.

Mais attendez, je n'y suis pas encore. Car l'individu est naturellement obligé de se constituer en personne. Il y a même proverbes qui disent il y a plusieurs individus dans une même personne.

Peut-être que vous êtes un ayant droit ou un ayant rapport avec dans des directions complètement différentes de l'univers. Mais en attendant, vous êtes vous-même. Et si vous oubliez que vous êtes vous-même, vos besoins singuliers vous le rappellent régulièrement.

Et comme nous ne sommes pas qu'une addition de besoins, mais l'addition des moyens de les satisfaire qui a une signification aussi bien culturelle que euh que tout ce que vous voulez, c'est-à-dire que nous ne pouvons satisfaire nos besoins élémentaires que dans le cadre de rit et de pratique humaines qui sont déterminées par le moment de la civilisation de l'époque dans laquelle on vit. Donc le processus de personnalisation des individus est un processus spontané et permanent. Je dois être moi-même.

Je dois me construire moi-même. Je dois m'autodéfinir. Je dois m'unifier en quelque sorte.

Et c'est cette entreprise d'unification qui souvent se heurte dans l'existence quotidienne ou multiples assignations dans lesquelles nous sommes plongés. Si l'amitié à partir de là retient notre attention, c'est parce que à l'intérieur d'un univers où tout aura été donné et suggéré par des relations obligées, l'amitié est une relation spontanée choisie et choisie gratuitement. gratuitement signifie en échange de rien qui soit marchant.

Je le prends au sens littéral du terme. Les situations où nous les échangeons contre rien sont extrêmement rares. Nous ce sont des situations d'amour le plus souvent et l'autre catégorie encore que dans l'amour il y entre une réciprocité singulière faite de toutes sortes de compartiments et dans l'amitié la relation est sans objet sans finalité et sans modèle.

Dès lors, on peut la qualifier de reste dans temps ou ça n'a pas été si fréquent que ça. Moi, je n'ai aucune nostalgie du passé, hein. Souvent, les gens disent "C'était mieux avant.

Moi avant, j'y étais, je peux vous dire c'était pas mieux." Et à mains égard, c'était pire. Donc, mais dans le cadre de l'amitié, nous sommes là.

Alors, vous connaissez alors des dissertations sur l'amitié, vous en trouverez des centaines. Bon, qui souvent sont des prétextes dans le passé où on appelait amitié des relations qui des fois étaient beaucoup plus intimes que simplement l'amitié, mais qui permettait de s'en de se protéger de la vindicte et des vengeances que la société ou la religion exerçait contre les individus qui avaient des orientations ou des choix qui ne convenaient pas. Mais pour autant, on en a mis les une trace de cette amitié telle que je viens de la décrire sans objet au point qu'on ne sait même pas la décrire.

Vous noteraiz que la plupart du temps, les situations satisfaisantes, nous n'arrivons pas à les décrire. Essayer de décrire un plaisir, c'est extrêmement difficile. Essayez de décrire une douleur, vous y arriverez facilement.

Ça vous, ça vous pince, ça vous pique, ça vous brûle, ça vous griffe. Et un plaisir c'est on trouve beaucoup plus difficilement les moules. En reste deux ou trois et encore et bien le somum, on va dire d'une certaine manière et qui peut mieux le faire que le coprésident de l'Institut de la Boessie, hein, c'est Montaigne et la Boessie.

Euh comme Monte ne sait pas quoi dire, il dit bah parce que c'était lui, parce que c'était moi. Et le reste est une dissertation où il décrit euh un mode de relation qui est à la limite de ce qu'on dit d'habitude de l'amour. Mais bon franchement la formule est résumée c'està dire il en sait rien pourquoi il était pourquoi il était ami avec l'abessie et nous savons tous que de l'intuition qu'on en a les situations d'amitié sont soit spontanées c'està-dire on sait absolument pas pourquoi c'est l'amitié coup de foudre on dit que ça existe aussi dans l'amour bien heureux ceux qui ont rencontré ça mais dans l'amitié il y a des gens on sait pas pourquoi d'entrée de jeu c'est c'est formidable ça fonctionne la relation est simple et d'autres c'est plus difficile On ne sait pas non plus pourquoi.

Et puis il y a l'amitié qui résulte des parcours communs. On a fait des choses ensemble, c'est à peine si on se voyait et puis après on découvre queon se manque si on est séparé. Et pour autant pas seulement pour faire de la pâtisserie ou pour faire de la peinture ou pour transbuter les déménagements des copains dans lesquels on a fini par se retrouver à plusieurs reprises, mais quelque chose est né.

Alors moi, je ne prétends pas le décrire ni participer au concours des rédactions sur le sujet. Je me contente de dire l'amitié rentre d'une manière un peu pure dans quelque chose de parfaitement contemporain qui est le lien choisi. Les liens dans les sociétés du passé, toutes les sociétés traditionnelles ou toutes les sociétés se référant à la tradition sont des liens immobiles permanents et le futur est toujours un passé recommencé.

Les liens choisis à notre époque sont des liens que l'on décide d'avoir de telle ou telle nature dont on écrit souvent soi-même les contours sans en avoir jamais eu aucun modèle auparavant et on n'est pas dérangé de ne pas avoir de modèle quoi que ce ne soit pas facile de vivre sans une certaine conformité au aux habitudes et aux routines de notre époque parce que la singularité rencontre toujours sa propre limite dans le regard des autres autres sont prêts à accepter une certaine dose de singularité mais pas au-delà au-delà, vous passez pour un fou ou une folle ou pour quelqu'un qui est dérangé excentrique, hein, ça dit bien ce que ça veut dire, qui s'est éloigné du centre de ce qui est supporté. Donc en tant que lien choisi, l'amitié fait partie de ce que l'on rattache le plus intimement à l'humanisme. L'humanisme est un mot qui désigne un ensemble de manières de penser mais qui tout converge sur une même idée.

L'être humain est constructeur de lui-même et en quelque sorte son auteur dans les limites que l'on peut imaginer mais constructeur de lui-même. Le lien choisi en est une des manifestations les plus évidentes pour chacun d'entre nous puisque nous savons à quoi nous référer à propos de cette autoconstruction. Donc c'est une manière d'échapper à l'époque des assignations sociales et l'individualisation des rapports va nous conduire à la personnalisation.

Le personnalisme humaniste est un existentialisme, c'est-à-dire que c'est par sa pratique dans la vie qu'il s'affirme et s'autoéfinit. Je vais achever par quelques considérations sur cet autre lien social. Alors, nous ne sommes pas en train de réclamer des droits pour quelque chose qui existerait et qui en serait privé.

Nous sommes en train de imaginer comment en proposant des droits, on pourrait amplifier des pratiques, peut-être les stabiliser. Mais vous savez très bien comme moi, que c'est pas le contrat de mariage qui fait le mariage. Ce n'est pas le pax qui fait l'unité du couple, c'est l'unité du couple qui fait le pax et ainsi de suite.

Par conséquent, quand on aborde la question des droits et des reconnaissances légales, on en connaît la limite mais en même temps, on en connaît la force. C'est la raison pour laquelle le hasard de l'existence fait que par la parole donnée à un groupe d'homosexuels militants, je me suis retrouvé à être le premier législateur à proposer le partenariat civil qui incluait bien sûr ce qu'on a appelé ensuite le mariage pour tous. Mais la vérité, c'est que le partenariat civil avait une prétention beaucoup plus ample qui était de permettre à deux personnes, quel qu'elles soit, quel que soit que la nature de leur relation soit le sentiment amoureux ou euh le le la pratique de la vie commune ou pas, de faire équipe, d'être partenaire.

Et pourquoi ? Ben comme ça pour être partenaire et mutuellement responsable l'un de l'autre s'entraidant matériellement et empêchant que la société brise ce lien quand par exemple intervient le décès d'eux ou une nouvelle situation familiale dans la famille de l'un ou de l'autre. Alors à l'époque je m'étais même fait reprocher d'avoir introduit cette dimension supplémentaire parce qu'on m'avait dit tu n'as pas le courage de dire que tu veux proposer le mariage homosexuel.

Bon non, c'était pas mon mon idée n'était pas de ne pas dire, était de dire dans toute son ampleur. Mon point de départ était une liberté a de force et de valeur que lorsqu'elle est elle est donnée à un certain type et un certain groupe de population, elle est en état de s'étendre à d'autres, c'est-à-dire autant que possible à tous les autres. Car la force de l'universalité, c'est celle-ci, c'est la reconnaissance de ce qui est universel.

Nous aimons tous, nous avons tous envie d'être aimés. Euh nous vivons tous en couple et ou dans des formes plus euh différentes euh de la relation amoureuse, on le sait euh aujourd'hui. Mais dès lors qu'on fait cette reconnaissance et bien on pose quelque chose d'essentiel de l'être humain et de sa manière de se regarder.

Depuis le partenariat civil de 1991, quand j'ai fini mon mandat de parlementaire, que j'ai décidé que je ne serai plus candidat à l'élection législative dans la circonscription des bouches du Rône dont j'étais l'élu, le dernier texte que j'ai déposé, c'est un texte pour l'adoption projet de loi, hein, pour l'adoption sociale. et l'adoption sociale, c'est l'idée que dans le modèle de société collectiviste auquel nous aspirons les insoumis, il faut semer le plus possible des liens sociaux d'un type différent de celui qui sont majoritaires dans la société capitaliste. La société capitaliste met tout en contrat.

Le contrat, c'est le contraire de la loi. La loi, ça s'applique à tout le monde. Le contrat, ça s'applique à ceux qui peuvent le conclure au point que même la relation amoureuse dans Anthony Guidens est conçue comme un contrat.

C'est-à-dire qu'il faut toujours qu'il y ait une partie de soi qui soit en dehors de la relation pour en juger de la qualité. Ça c'est bah c'est pas par hasard qu'il était le philosophe de poche de Blair hein. C'était pour produire la doctrine dont l'autre avait besoin pour faire passer ses conceptions néolibérales.

Mais reconnaissons que c'est ce qui est dominant. Donc l'idée c'est comment nous on peut semer autre chose que ce qui existe. Ce qui existe, c'est quoi ?

Tout est contractuel, tout est transactionnel et surtout le lien social dominant proposé par le capitalisme de notre époque, c'est la peur et essentiellement la peur de l'autre, de tout ce qui est différent, de ce qui n'a pas la même religion, pas la même couleur de peau. Mais on va très loin dans la définition des peurs légitimes et nécessaires que nous devons avoir à l'égard des autres. Donc c'est le capitalisme n'est pas seulement un obscurantisme intellectuel, c'est aussi un système paranoïque qui injecte de la paranoï à tout le monde, se méfier de tout et de tout le monde.

L'amitié et ce qui peut être considéré comme des relations sociales d'amitié et le contremodèle plutôt que de la peur, de la volonté d'être avec les autres, de faire confiance. Car d'amitié, il n'en est possible que dans la confiance, ce qui est le contraire de la méfiance. Il n'en est possible que dans l'égalité, ce qui est le contraire de la contractualisation où le dominant négocie sa position avec les dominés et cetera et cetera.

C'est pourquoi l'amitié vue de cette manière-là et je je suis conscient du fait que je traite d'un registre étroit de la question qui est son rapport à la société dans son ensemble. L'amitié peut-être considérée comme un sentiment révolutionnaire puisqu'il n'a aucune finalité, aucun modèle et aucune autre volonté que soi-même d'être dans cette situation de confiance, d'égalité et d'interaction mutuelle juste pour le bonheur de l'interaction. C'est pourquoi moi j'ai trouvé que c'était extraordinairement intéressant que Clémence a voulu mettre ça comme un sujet politique.

Il est très difficile à manier parce que bon nous autres les militants politiques ou les sociologues ou les anthropologues souvent nous avons un peu des chaussures cloutées parce que nous venons avec toutes sortes de de théories de tamis et cetera alors que nous savons tous que l'amitié est à peu près aussi insaisissable que l'amour. Même si dans l'amour, on voit à peu près à quoi on peut s'occuper, tandis que dans l'amitié, personne n'en a la moindre idée. Sinon que il y a des activités auxquelles il nous faut surtout pas participer comme les jeux quand on est mauvais joueur, ce qui est mon cas, euh ou des choses de cette nature parce que ça pourrait pourrir les relations les plus sympathiques.

C'est-à-dire que dans l'amitié, on part de l'idée qu'elle doit être protégée. C'est donc que même si nous ne savons ni décrire ni nommer, nous savons pourtant protéger. Et à partir de là, c'est le début d'une forme de bonne comportement, de bonne idée et d'une relation sociale qui peut rafraîchir la société. 25 minutes et 12 secondes.

Je n'ai que 5 minutes et 13 secondes de retard. Merci de votre attention. Mm.