Olivier Faure sur Jean Castex : "On a un homme de droite remplacé par un homme plus à droite encore"
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France Inter. Amélie Perrier. Le 6-9 de l'été. Et l'invité du 8h20, au lendemain de la nomination d'un nouveau Premier ministre, Jean Castex, est arrivé à Matignon. Et après la parole de la majorité, à 7h50, nous voulons entendre la réaction de l'opposition. Bonjour Olivier Faure.
Bonjour Amélie Perrier.
Premier secrétaire du Parti Socialiste, Jean Castex. Est-ce que c'est l'homme de la situation, Olivier Faure ?
Je ne veux pas m'apesantir sur un homme que je ne connais pas et que les Français découvrent depuis hier. Ce que je sais, c'est que le Président de la République s'était engagé, souvenez-vous, le 16 mars, à dire qu'après le Covid, le jour d'après, justement, comme nous aurions gagné, ne serait pas le jour d'avant. Et ce que j'observe, c'est que le profil du Premier ministre, le nouveau, ressemble diablement au précédent. Le précédent était un soutien d'Alain Juppé. Celui-ci fut collaborateur de Nicolas Sarkozy. Il a soutenu François Fillon pendant la campagne des primaires. Et donc, on a un homme de droite qui est remplacé par un homme plus à droite encore.
Et donc, ça n'augure, de mon point de vue, rien de bon.
C'est quand même un homme qui arrive avec deux victoires, entre guillemets, à son actif. Il a réussi le déconfinement. C'était monsieur déconfinement. Et puis, il est également vainqueur des municipales, dont sa commune est élu à plus de 75% au premier tour à Prades, dans les Pyrénées-Orientales.
Oui, très bien. C'est une commune de 6 000 habitants qui mérite certainement, évidemment, que...
Et il le revendique. C'est un homme du terroir, des territoires.
C'est un homme du terroir. Non, mais, franchement, je ne vais pas vous dire de mal d'un homme que je ne connais pas. Ses qualités humaines, propres, personnelles, sans doute en actif, et tant mieux. Mais ce que je sais aussi, c'est que la question n'est pas tellement de savoir si l'homme est un homme qui est un... Enfin, je ne sais même pas comment vous le dire, mais enfin, la question, c'est quelle est la politique qu'il porte. Et jusqu'ici, toute la politique qu'il a portée toute sa vie durant, c'est une politique de droite. Enfin, quand même, il a soutenu François Fillon au moment des élections primaires. Ni Alain Juppé, enfin, il aurait pu choisir Bruno Le Maire.
Non, il a choisi François Fillon. Et donc, il a choisi celui qui était le plus à droite parmi les candidats. Ça dit quelque chose de lui. Il était chez les Républicains jusqu'à la semaine dernière, au moment où, opportunément, il a quitté cette formation pour pouvoir se rendre disponible pour Matignon. Non, mais ça ne dit pas de lui autre chose. Enfin, ça dit simplement de lui qu'il est un homme de droite, voilà. Et donc, on verra bien. Il l'a dit hier soir. Je ne veux pas juger.
Il se décrit comme un gaulliste social. Vous ne pensez pas qu'il y a quand même certaines compatibilités avec certaines de vos valeurs, à vous, les socialistes ? Le côté social.
Mais on est Républicains, les uns et les autres. Il y a forcément des sujets sur lesquels on peut se retrouver. Et il y a forcément des sujets sur lesquels nous continuerons à adopter les mesures qui sont proposées. Heureusement, dans toutes les législatures, il y a toujours des sujets sur lesquels majorité et opposition votent ensemble. Parce que, heureusement, nous n'avons pas que des différents. Mais sur la politique économique, sur la politique sociale, je crains qu'il n'ait surtout à appliquer la politique du Président de la République.
Et ce que l'on observe, au-delà des commentaires qu'on peut faire sur ce nouveau Premier ministre, c'est ce qu'a dit le Président de la République avant que le Premier ministre soit nommé. Et là, de ce point de vue, tout est inquiétant. On nous avait annoncé un jour d'après différent. La réalité, c'est que le Président de la République a décidé de ne pas changer de cap et au contraire de l'accentuer. Mais pendant le Covid, pendant le confinement, on nous a dit, la réforme des retraites, elle a braqué le pays, elle l'a divisée. Eh bien, on suspend.
Et même quand on écoutait les représentants de la République en marche, ils disaient, ça ne sera pas dans cette législature, ça sera dans la suivante peut-être, si on est réélu. Et maintenant, qu'est-ce qu'on observe ? Eh bien, on entend le Président de la République qui nous dit, eh bien non, je continue, j'accélère. Écoutez, ce n'est pas tout à fait ce qu'on attendait. Mais quand le Président de la République nous a tellement vanté l'État-providence, et puis d'un seul coup, il nous dit que dans notre pays, nous avons fait le choix, nous avons une préférence pour le chômage.
Mais c'est une insulte profonde à ces millions de femmes et d'hommes qui, aujourd'hui, soit sont tombées au chômage, soit risquent d'y tomber, et aujourd'hui se demandent quel va être leur propre avenir.
Mais hier, Jean Castex, quand même, disait qu'il voulait renouer le dialogue avec les partenaires sociaux, qu'il voulait renouer le dialogue avec les territoires. Ça, vous n'y croyez pas ?
Mais s'il fait comme ce qui se passe depuis le début du quinquennat, renouer le dialogue, le dialogue n'a jamais été rompu. On est tous reçus à Matignon, les syndicalistes le sont aussi, mais ce n'est pas le problème de recevoir, le problème c'est d'écouter. Or, que disent les syndicalistes ? Que disons-nous dans l'opposition à gauche ?
Nous disons, par exemple, que sur la question du chômage, qui est la question des prochains mois, et la rentrée ne va pas être dure, elle va être terrible, eh bien, on dit, par exemple, que la réforme de l'assurance chômage, dont tout le monde sait qu'elle va être un massacre et qui rentre en application totale au mois de septembre, eh bien, il faut l'abroger. Eh bien, pour l'instant, est-ce que vous avez entendu ou le président de la République ou le Premier ministre vous dire qu'on allait abroger quoi que ce soit ?
Non, pour l'instant, on a, en fait, un gouvernement droit dans ses bottes qui continue, et un président de la République qui n'a pas l'intention de faire autre chose que ce qu'il fait depuis le début. Et d'ailleurs, sur un plan strictement politique, il a décidé de faire cap à droite, y compris pour des questions d'opportunité. Son électorat, aujourd'hui, est un électorat de droite. Sa possibilité de gagner l'élection présidentielle la prochaine fois est d'arriver à capter un électorat de droite, et donc il mène une politique de droite.
Alors, justement, est-ce que ce n'est pas une aubaine pour vous, Olivier Force, cap à droite ? Est-ce que ça ne vous laisse pas le champ libre totalement à gauche ?
Écoutez, je voudrais ne pas regarder les choses comme ça. C'est sans doute une opportunité pour la gauche de se dire qu'il en est fini du en même temps, et que désormais la clarification a été opérée par le Premier ministre, par le choix municipal, par la politique qui est conduite depuis trois ans, et donc ça libère un espace. Mais je voudrais surtout d'abord penser à notre pays, et dans un moment qui est celui que nous vivons, eh bien, je ne pense pas que ces réponses-là soient de nature à rassurer qui que ce soit. Parce qu'aujourd'hui, il faudrait au contraire une politique économique qui soit une politique de relance.
Il faudrait qu'on ait aujourd'hui une protection plus forte encore pour les salariés, faire en sorte que pour ceux qui sont déjà en bas de l'échelle sociale, eh bien, on pense d'abord à eux, et qu'on n'ait pas l'inverse, qu'ils se produisent, y compris, je reviens sur la réforme des retraites, pardon d'y revenir, mais on nous avait annoncé que les premiers de Corvée allaient être récompensés de leurs efforts à l'issue de la crise du Covid-19, d'ailleurs qui n'est pas complètement terminée, eh bien, la réalité, c'est qu'on va leur proposer une réforme qui avait, dans sa version originelle, était, en réalité, une vraie difficulté, enfin, une attaque en règle contre tous ceux qui sont dans la catégorie dite actif.
Je pense aux infirmières, je pense aux éboueurs, je pense à tous ces gens que nous avons applaudis à 20 heures et qui, aujourd'hui, se retrouvent menacés par une nouvelle réforme des retraites.
Mais comment allez-vous vous organiser à gauche, justement ? Vous pensez toujours à cette union de la gauche avec les écologistes ?
La promesse, d'une certaine façon que la gauche et les écologistes ont faites lors du deuxième tour des élections municipales, c'est qu'ils pouvaient se retrouver et qu'ensemble, ils pouvaient gagner. Pour la première fois depuis trois ans, les Français ont pu avoir le sentiment qu'il existait une alternative qui ne soit pas l'extrême droite.
Eh bien, toute ma responsabilité, tous les efforts que je produis chaque jour, c'est de parvenir à ce que nous trouvions un accord et que nous constituions ce bloc social, écologique, démocratique, féministe qui soit de nature, demain, à être l'alternative à l'Elysée, à Matignon, dans la majorité pour faire en sorte de construire une autre politique plus conforme à ce que je souhaite.
Même si ça ne plaît pas à tout le monde dans les rangs des socialistes. De se ranger derrière un candidat vert, par exemple, à la présidentielle en 2022. Olivier Faure, est-ce que vous êtes encore avec nous ? Ah, je crois qu'on vous a perdu. Bonjour, Emmanuel Macron à Marine Le Pen. Merci beaucoup, Olivier Faure. On a quelques petits soucis de ligne. Je vous remercie, vous êtes le patron du Parti Socialiste. Merci d'avoir été en direct ce matin sur France Inter. À 8h31, on va passer à un second invité. Oui, car pour continuer ses réflexions sur le nouveau Premier ministre Jean Castex, eh bien, on accueille maintenant Frédéric Dhabi. Bonjour. Bonjour. De l'IFOP.
Alors, vous, vous sondez les Français. Vous allez peut-être pouvoir nous dire pourquoi Emmanuel Macron a décidé de se séparer d'Edouard Philippe, qui était pourtant extrêmement populaire ces dernières semaines. Oui, alors c'est une question que beaucoup de Français vont se poser. Je pense que les premiers actes de Jean Castex, ça sera essayer de montrer en quoi il est différent, et en quoi il a été utile de congédier. Edouard Philippe, vous avez raison de le rappeler également, c'est un Premier ministre qui quitte l'hôtel Matignon dans un véritable état de grâce. C'est-à-dire qu'il était populaire dans toutes les catégories. À droite, où il occupait parfaitement l'espace de droite.
Moi, j'avais dit qu'il tenait l'édifice macronien. C'est vrai qu'Olivier Faure avait raison de dire qu'Emmanuel Macron a un électorat qui s'est déporté sur la droite. Et également, il bénéficiait d'une bienveillance à gauche. La crise du Covid a, je dirais, l'a légitimé comme homme d'État. Alors, c'est le choix du Président de changer de Premier ministre, de s'inscrire dans une nouvelle étape, de préparer l'élection présidentielle. Mais le risque d'incompréhension de l'opinion publique me paraît extrêmement élevé. Alors, cette popularité, elle était quand même assez récente. Elle date vraiment des dernières semaines du confinement.
Est-ce qu'Edouard Philippe peut garder sa popularité pendant longtemps encore ? Alors, ça, c'est une question qui se pose. Il a, comme vous dites, un capital de popularité qui n'est pas une popularité de sympathie, une popularité de papier, mais une popularité liée à sa gestion de la crise du Covid et du déconfinement. C'est M. Déconfinement pour les Français et moins Jean Castex qui est, rappelons-le, complètement inconnu de l'opinion publique. Et puis, c'est son style qui s'est inscrit en décalque avec celui du Président de la République. Il est maintenant maire du Havre. C'est quelqu'un qui va compter dans le champ politique français.
C'est la question qui se posait pour Michel Rocard quand il a été viré, si je puis dire, de Matignon par François Mitterrand en 1991. Et on se souvient qu'il n'avait pas du tout, compte tenu de la situation du Parti Socialiste, pu gérer cette nouvelle popularité. Maintenant, il y a des questions sur un Edouard Philippe candidat en 2022. Les poser aujourd'hui n'a absolument aucun sens. Mais c'est vrai que c'est peut-être un bol d'air pour la droite car même si Jean Castex est un homme de droite, ça ne veut pas dire et ça ne veut absolument pas supposer que les sympathisants de droite vont soutenir massivement le gouvernement.
Alors, du côté du Président Macron, est-ce que lui, il peut remonter en popularité mécaniquement avec un Premier ministre, Jean Castex, inconnu, vous l'avez dit, et on imagine assez bas dans les sondages au moins au début ? Oui, alors, il y aura bien sûr un effet de nouveauté, de sympathie. C'est vrai que beaucoup de personnes refuseront dans un premier temps de se prononcer sur Jean Castex. Alors, il faut dire qu'Emmanuel Macron est quand même remonté depuis la crise du Covid, quantitativement. Mais moi, ce qui m'a frappé dans les enquêtes qualitatives, c'est un doute sur sa sincérité, un doute sur l'authenticité de sa parole.
On a un Emmanuel Macron qui apparaît très acteur et parfois ce qu'il est est si fort que les Français n'ont pas entendu ce qu'il a dit. La logique de guerre, le « nous sommes en guerre » a été, il faut le dire, extrêmement mal compris. Maintenant, il ne remontera pas par rapport à Jean Castex. Il le remontera s'il obtient des résultats. C'est vrai qu'on va parler dans les jours qui viennent du remaniement de la nouvelle équipe gouvernementale. N'oublions pas que les Français ne s'inscrivent jamais ou quasiment jamais dans une logique de casting, mais dans une logique de résultats.
Et dans le contexte de la crise économique terrible qui est en train d'arriver sur le pays, nous avons un président de la République qui va finir son mandat comme Nicolas Sarkozy en 2012, voire plus loin, comme Giscard d'Estaing en 81, dans un contexte de crise. Et ça n'avait pas réussi aux deux premiers cités. Alors Jean Castex, il l'a dit hier soir, il ne cherche pas la lumière, il cherche les résultats. On interprète ce choix comme une volonté pour l'Elysée de garder la lumière, de garder la main avec un président fort, un premier ministre qui exécute. On appelle ça le jupitarisme parfois.
Est-ce qu'il a raison, Emmanuel Macron, de poursuivre dans cette lignée, de vouloir être presque seul au sommet de l'État ? Est-ce que les Français vont approuver ça ? Alors je ne saurais le dire aujourd'hui. C'est vrai qu'il a fait un choix très macronien, très en même temps. Jean Castex, c'est l'alliage entre un haut fonctionnaire qui est habitué au rouage de l'État, mais aussi un élu local, maire d'une petite ville. Il est techno, mais il est aussi inscrit dans les territoires. C'est vrai qu'il arrive dans un contexte extrêmement compliqué. C'est vrai que les Français, il ne faut pas l'oublier, apprécient énormément le couple Emmanuel Macron-Edouard Philippe.
Jamais on n'a eu de propos sur des tensions, sur des divergences entre eux, à rebours de ce qui se disait dans la sphère médiatique. Bien sûr, on a un Premier ministre qui doit aussi protéger le Président de la République et un Premier ministre inconnu le protégera moins. On a dit qu'Emmanuel Macron se nommait à l'hôtel Matignon, c'était la fin du Premier ministre. C'est bien sûr extrêmement prématuré. Il faut laisser, les Français laisseront sa chance à Jean Castex. Il y a aussi Jean Castex et la nouvelle équipe gouvernementale, quitte de personnalité de gauche, quitte d'un choc psychologique dans l'opinion publique.
Mais c'est vrai qu'il y a une certaine incertitude, et je le répète, il y a un véritable risque d'incompréhension chez les Français qui nous diront « Mais que reprochait-on à Edouard Philippe ? » Et surtout au regard des municipales. On a parlé de la vague verte, et là, ce n'est pas du tout un écologiste, même s'il dit que ça va être l'une de ses priorités. Est-ce qu'il peut y avoir une incompréhension entre ce choix de Jean Castex et cette volonté de verdir la politique exprimée lors des municipales ? Alors, je nuancerais, il n'y a pas eu de vague verte aux élections municipales. Il y a eu des victoires vertes.
Les Verts ont gagné de très très grandes villes, mais quand on regarde toutes les villes, et je pense qu'Olivier Fort vous l'aurait dit, sont plutôt la droite d'un côté et l'EPS qui a fortement progressé, qui ont plutôt remporté ces élections municipales. Mais c'est vrai qu'il y a dans des villes symboliques un signal écologiste. C'est vrai également que malgré le contexte de crise et de remontée du chômage, les thématiques environnementales ne baissent pas en termes de préoccupations dans l'opinion publique, comme on l'avait vu par le passé. On se souvient de la phrase de Nicolas Sarkozy, « L'environnement, ça commence à bien faire. » Ce n'est pas du tout ce que nous disent les Français.
Et c'est vrai que Jean Castex va être également attendu sur ce terrain-là. Il faudra voir quel ministre va être nommé. Merci beaucoup Frédéric Dhabi de l'IFOP. Merci d'avoir livré votre analyse ce matin pour France Inter. Bonne journée.
Olivier Faure