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Podcast / conversationBLAST (sur YouTube)· 11 septembre 2023 21 minAutoproduitActualité / polémiqueEnvironnement & énergieÉconomie & entreprisesNumérique

MALGRÉ L’ÉTÉ DE TOUS LES RECORDS, TOUT CONTINUE COMME AVANT

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:05Fait
    « Les changements dans les dangers du réchauffement climatique n'ont pas été sous-estimés, mais ce sont les impacts qui ont été sous-estimés. »
  • 3:24Fait
    « L'humanité a tous les outils nécessaires pour faire face à la crise climatique et réduire ses émissions de gaz à effet de serre. »
  • 5:48Fait
    « Les Françaises et Français ont besoin de se déplacer, mais ils n'ont pas besoin pour ça d'avoir un SUV ou de prendre un jet privé. »
  • 6:24Fait
    « On assume parfaitement d'être en proximité pour essayer de les accompagner dans leur transition, qui ne se fera pas du jour au lendemain. »
  • 8:40Fait
    « La France c'est 1% des émissions mondiales, on va faire notre part. »
  • 9:13Fait
    « La France a une responsabilité, puisqu'elle est le 12ème plus gros pollueur historique si on prend ses émissions cumulées depuis 1850. »
  • 9:53Chiffre
    « La responsabilité des activités humaines dans le changement climatique est de moins en moins reconnue. »
  • 10:32Chiffre
    « 37% de climato-sceptiques dans le pays, dont 29% considèrent qu'il y a un changement climatique, mais pas d'origine humaine. »
  • 12:18Fait
    « Dès les années 70, les multinationales fossiles se sont organisées pour fabriquer le doute sur le changement climatique et ses origines. »
  • 15:56Chiffre
    « L'été 2023 a été le quatrième le plus chaud en France depuis 1900. »
  • 17:08Fait
    « L'effondrement climatique a commencé. Notre climat implose plus vite que nous ne pouvons y faire face. »
  • 19:03Fait
    « Les scientifiques du GIEC sont sûrs à 100% que les causes du dérèglement climatique sont d'origine humaine. »

Temps de parole

  • ?100 %

≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:05

C'est officiel, l'été 2023 a été le plus chaud jamais mesuré dans le monde. Il a battu presque tous les records. Records de températures, de feus, d'événements extrêmes, mais aussi de cynisme et de climato-scepticisme. On aurait pu penser naïvement qu'une fois la catastrophe climatique devenue aussi dramatiquement tangible, les climato-sceptiques allaient reconnaître leur erreur, les gouvernements réagir massivement dans un même élan, Les multinationales changer totalement de cap. Bref, on aurait pu espérer des réactions à la hauteur de la gravité de la situation. Mais non, pas vraiment. On doit s'habituer à vivre avec ces chaleurs extrêmement fortes. Et nous ne pouvons pas uniquement nous baser sur les données du GIEC. Ils ont parfois tendance à exagérer.

0:45

Je conteste l'expression "dérégulation du climat" car le climat n'a jamais été régulé. J'entends l'appel de gens, je connais et je respecte la vie des scientifiques. Le problème c'est qu'il y a la vie réelle. Dans la vie réelle, cet été, des millions de personnes ont été frappées par des phénomènes météorologiques extrêmes.

1:07

Si l'on fait un rapide tour du monde, la Chine a connu une canicule, une sécheresse, puis des inondations historiques. L'Iran a été le premier pays à se mettre à l'arrêt à cause des chaleurs intenables. Deux jours fériés ont été décrétés par les autorités. Banques, écoles, administrations publiques et même certaines sociétés privées sont fermées. Après avoir affronté les feux les plus dévastateurs de l'histoire de l'Union européenne, la Grèce fait face aux pluies diluviennes et aux inondations catastrophiques.

1:41

De violents incendies ont frappé la Turquie, l'Algérie, la Tunisie, la Sicile ou encore l'Espagne. À Hawaï, les feux ont provoqué la mort de plus de 100 personnes et quasiment rasé l'ancienne capitale. Oh mon Dieu, regarde le port ! La Suède et la Norvège ont connu des inondations et des glissements de terrain exceptionnels. La France a enchaîné vagues de chaleur et canicules, et les habitants de Mayotte manquent cruellement d'eau potable, au point de devoir parfois boire l'eau des toilettes. Malheureusement, je pourrais continuer cette liste encore longtemps. Que s'est-il joué cet été ? Pourquoi les climato-sceptiques et discours de l'inaction retrouvent de l'audience ? Comment surmonter ces blocages ? Réponses tout de suite dans cette émission Écologie pour Blast.

2:30

Le 28 août, 45 scientifiques internationaux déclaraient dans le Guardian : « Les extrêmes climatiques nous frappent de plein fouet, mais il reste une minuscule fenêtre d'espoir qui est toujours ouverte. » Ces éminents scientifiques estiment, comme beaucoup, avoir alerté en vain. Car ce qu'il se passe actuellement n'est pas une surprise, mais en accord avec les prévisions depuis plus de 30 ans. Selon eux, tous les records de cet été seront bientôt battus, au fur et à mesure que le réchauffement climatique nous emmène vers l'inconnu. Dans 10 ans, l'été 2023 sera un été comme un autre, si l'action climatique ne devient pas une priorité internationale. Interrogé par Le Guardian aussi, le climatologue Christophe Cassou résume la situation.

3:05

« Les changements dans les dangers du réchauffement climatique n'ont pas été sous-estimés, mais ce sont les impacts qui ont été sous-estimés. Nous sommes bien plus vulnérables que ce que nous pensions. Nous prenons en pleine figure notre déni de vulnérabilité. »

3:24

Les scientifiques le rappellent à nouveau, l'humanité a tous les outils nécessaires pour faire face à la crise climatique et réduire ses émissions de gaz à effet de serre. L'action la plus décisive à prendre étant d'arrêter totalement de brûler les combustibles fossiles. Ils insistent sur la nécessité pour les gouvernements de remplir leurs obligations à protéger notre planète, car la vitesse de la transition déterminera notre futur. Le docteur Pep Canadell, directeur du Global Carbon Project, ajoute : « Si les gouvernements à eux seuls pourraient ne pas avoir la volonté de gérer une transformation aussi rapide et radicale, une forte pression de la société civile pourrait les y contraindre. » La réalité de la situation est donc bien établie.

3:59

Et pourtant, lorsque ces constats d'urgence sont partagés devant des décideurs ou même dans des cadres privés, les lanceurs d'alerte se heurtent régulièrement à des discours policés, pragmatiques. On se voit rétorquer que la transition ne se fera pas d'un claquement de doigts, qu'il faut du temps, être réaliste surtout. "À la fin, j'en ai marre." Voilà ce qu'a déclaré le paléoclimatologue Jean Jouzel en cette rentrée, après notamment son passage à l'université d'été du Medef qui a fait beaucoup de bruit. Invité à une table ronde face à Patrick Pouyanné, PDG de TotalÉnergies, ou encore Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique, il a rappelé la gravité de la situation ainsi que les enjeux actuels. Après coup, il estime avoir reçu un accueil glacial.

4:36

En début d'année, le secrétaire général des Nations Unies appelait à arrêter tous les investissements dans les combustibles fossiles. C'est maintenant qu'il faut agir, c'est très clair. Si on veut préserver un climat auquel les jeunes d'aujourd'hui puissent s'adapter. Et malheureusement, ce n'est pas ce que nous faisons. Il y a une erreur de croire qu'on va régler le problème du changement climatique en tout d'un coup affamant nos concitoyens d'énergie. Ça ne marche pas, ça. Ce ne sera pas acceptable. J'entends l'appel de gens, je connais et je respecte l'avis des scientifiques, le problème c'est qu'il y a la vie réelle. En commentant ce passage, Jean Jouzel confie aux échos. « Il ne m'a pas dit que j'avais tort, mais en substance, il a expliqué pourquoi il allait continuer comme avant. »

5:14

Il ajoute « l'écologie du bon sens nous mène droit à la catastrophe ». Et c'est ce discours de bon sens que tient le PDG de TotalEnergies et tant d'autres. En clair, ce ne sont pas eux les méchants dans l'histoire. La société est organisée de telle façon que nous sommes dépendants aux énergies fossiles. Il y a une demande, ils ne font qu'y répondre. Mais c'est bien plus compliqué que ça. En réalité, ce type d'argument fait partie de ce que les scientifiques ont identifié comme les 12 discours retardant l'action climatique. Cet argument crée une confusion entre demande et besoin. Car la demande énergétique actuelle ne correspond pas uniquement à des besoins. Par exemple, les Françaises et Français ont besoin de se déplacer,

5:48

mais ils n'ont pas besoin pour ça d'avoir un SUV ou de prendre un jet privé. Ensuite, les entreprises fossiles ont toujours fait un lobbying intense lors des négociations internationales aux votes de loi pour orienter la demande énergétique à venir vers les énergies fossiles. Mais d'autres sources d'énergie existent. Ainsi, comment sortir de notre dépendance aux fossiles si l'on ne désinvestit pas de ces énergies, si l'on ne prépare pas l'alternative ? Pourtant, dans sa stratégie jusqu'à 2030, Total continue d'investir à 70% dans les énergies fossiles, et notamment dans l'exploration. Et selon un calcul de Vertlemédia, en 2022, Total a produit 165 fois plus d'hydrocarbures que d'énergies renouvelables.

6:24

On assume parfaitement d'être en proximité pour essayer de les accompagner dans leur transition, qui ne se fera pas du jour au lendemain. On assume parfaitement d'avoir des résultats dans les énergies fossiles pour financer la transition énergétique. Total a beau assumer, le GIEC, aussi bien que l'Agence Internationale de l'Énergie, sont catégoriques : on ne pourra pas atteindre la neutralité carbone et donc atténuer le réchauffement climatique sans renoncer immédiatement à tout nouveau projet fossile. Or, TotalEnergies est la 7ème entreprise au monde à prévoir le plus de nouveaux champs pétroliers et gaziers sur le court terme. En 2022, elle est même la firme pétrolière internationale qui a approuvé le plus de nouveaux projets pétroliers et gaziers. Parce que l'énergie c'est la vie.

7:03

Total se transforme et devient TotalEnergies, pour répondre toujours mieux à vos besoins. Mais que fait-on de la demande alors, me direz-vous ? Et cela vaut d'ailleurs pour toutes les multinationales fossiles qui continuent de développer des bombes climatiques à travers le monde. Selon le directeur de l'Agence Internationale de l'Énergie, Fatih Birol, si nous réduisons notre consommation d'énergies fossiles, les gisements de pétrole et de gaz et les mines de charbon existant suffiront amplement à répondre à la croissance de la demande. Il s'agit donc aujourd'hui, dans les pays les plus riches, en priorité de redéfinir collectivement nos besoins pour réduire la demande en énergie, et spécifiquement en énergies fossiles.

7:37

D'organiser la société autrement pour que chacune et chacun puisse répondre à ses besoins tout en consommant moins d'énergie et sans avoir à faire de sacrifices. Et ça, c'est surtout le rôle des États et des entreprises. Si l'on prend l'exemple de la voiture, il faudrait à la fois développer des voitures plus efficaces énergétiquement, électriques et plus légères, les rendre accessibles financièrement, mais surtout réduire notre dépendance aux voitures, en permettant aux aux gens de se déplacer autrement, avec des réseaux ferroviaires plus développés, plus de transports en commun, des voies cyclables, etc. Ce n'est qu'un exemple, pour montrer que l'idée n'est pas de demander aux citoyens de se transformer entièrement, quand on sait que ces marges de manœuvre sont limitées,

8:12

mais plutôt à tous les secteurs de l'économie de le faire. Je respecte l'avis des scientifiques, le problème c'est qu'il y a la vie réelle. La vie réelle, monsieur Pouyanné, ce sont les millions de personnes dont la vie est déjà bouleversée par les effets du dérèglement climatique.

8:40

Au fur et à mesure que l'urgence écologique est de plus en plus présente dans le débat public, d'autres discours de l'inaction prospèrent. Parmi eux, il y en a un qui revient souvent et que j'ai déjà débunké dans mes vidéos, le détournement de responsabilité ou le aquabonisme. C'est le propos qu'a tenu Emmanuel Macron face à Hugo Decrypte. La France c'est 1% des émissions mondiales, on va faire notre part. Et il se trouve que nous, qui émettons moins de CO2 par habitant que beaucoup d'autres pays européens, on tient notre part, ce que ne font pas nos voisins. Mais on ne remplit pas les objectifs que les scientifiques ont établis pour s'en sortir. Pardon. À date, on les remplit. On est en retard selon les scientifiques. L'argument des 1% revient tout le temps

9:13

et est souvent utilisé pour reporter la responsabilité sur d'autres pays. Or, ce qu'oublie de dire ici Emmanuel Macron, c'est que l'écrasante majorité des pays dans le monde représente moins de 1 ou 2% des émissions. Mais aussi que la France a une responsabilité, puisqu'elle est le 12ème plus gros pollueur historique si on prend ses émissions cumulées depuis 1850. Et surtout que l'empreinte carbone moyenne d'un Français est autour de 9 à 10 tonnes, alors que la moyenne mondiale est à 6 tonnes. Si tout le monde vivait comme un Français, la planète serait déjà invivable. Nous représentons 1%, la France, du CO2 produit mondialement. On doit ou pas ? Écoutez franchement, je ne... Non. Que les Chinois et les Américains commencent.

9:53

Cet argument des 1% est très courant à l'extrême droite et chez les climato-sceptiques. Et c'est là que ça devient dangereux, car les climato-sceptiques font un retour en force depuis quelque temps qui est devenu très visible cet été sur les réseaux sociaux, mais aussi dans la population. Une étude internationale menée en 2022 par l'Observatoire Climat et Opinion Publique montre que la responsabilité des activités humaines dans le changement climatique est de moins en moins reconnue. L'idée selon laquelle il y a un changement climatique, mais qu'il n'est pas d'origine humaine, a pris 5 points dans le monde en 4 ans. En seulement un an, entre 2021 et 2022, la vague climato-sceptique aurait progressé de 8 points en France. On compte donc désormais 37% de climato-sceptiques dans le pays,

10:32

dont 29% considèrent qu'il y a un changement climatique, mais pas d'origine humaine. Daniel Boy, directeur de recherche à Sciences Po et co-directeur de l'étude, l'explique ainsi. "L'ampleur de la catastrophe est telle que beaucoup de gens sont en état de sidération. Ce qui vient alors à l'esprit, c'est de se dire que la nature est devenue folle." Il ajoute que le degré d'alerte catastrophiste, et donc l'idée qu'il faudrait agir vite, produit chez une partie de la population un réflexe de déni et de déculpabilisation. Et les réseaux sociaux participent à la propagation de ces discours. De plus en plus de chercheurs, comme David Chavalarias, parlent de climato-dénialiste. Dans une étude en partenariat avec le CNRS,

11:06

il a découvert que cette communauté s'était structurée sur Twitter à l'été 2022. Depuis son rachat par Elon Musk il y a presque un an, les discours climato-sceptiques ont explosé sur ce réseau. Cet été, alors que les événements extrêmes se multipliaient, les commentaires haineux et agressifs envers les scientifiques et vulgarisateurs ont redoublé. Les attaques ont été si violentes qu'elles ont notamment poussé deux climatologues du GIEC, Christophe Cassou et Robert Vautard, à suspendre leurs comptes pour préserver leur santé mentale. Voilà ce que confiait Christophe Cassou à Libération juste après. Pour la sphère complotiste, les climatologues sont manipulés. C'est très pernicieux. Ce qui est hallucinant, c'est que ces personnes ne se rendent pas compte

11:41

qu'elles sont embarquées dans un récit bien piloté, souvent en lien avec des entreprises politiques, comme l'extrême droite, la droite américaine ou la Russie. L'étude du CNRS et du climatoscope montre en effet que la communauté dénialiste sur Twitter est composée en majorité de comptes ayant participé à de nombreuses campagnes de contestation anti-système, anti-vax pendant la pandémie. Une grande partie a aussi relayé la propagande du Kremlin pendant la guerre en Ukraine. Les intérêts fossiles pourraient aussi expliquer ce regain de climato-scepticisme. Le chercheur David Chavalarias a découvert qu'aux États-Unis, au moment de la faillite de Murray Energy, qui exploitait des mines de charbon, l'entreprise a dépensé des centaines de milliers de dollars

12:18

en influence climatodénialiste sur les réseaux sociaux. Nous le savons désormais, dès les années 70, les multinationales fossiles se sont organisées pour fabriquer le doute sur le changement climatique et ses origines et ainsi protéger leurs intérêts. En 1992, le directeur environnement de Total écrivait dans la revue de l’entreprise : "Il n'existe aucune certitude sur l'impact des activités humaines parmi lesquelles la combustion des énergies fossiles". Six ans plus tard, le grand lobby pétrolier American Petroleum Institute écrivait dans une note : La victoire serait atteinte lorsque les citoyens moyens reconnaîtront qu'il y a des incertitudes sur le réchauffement climatique.

13:09

De nombreux chercheurs et chercheuses le disent. La hausse dramatique des émissions de CO2 depuis les années 1990 est en grande partie due aux campagnes de l'industrie fossile pour retarder l'action et créer de la désinformation. Face à tout cela, une idée pourrait contribuer à changer les imaginaires et les mentalités. Plusieurs scientifiques français, dont Heïdi Sevestre et Christophe Cassou, suggèrent de renommer les aléas climatiques par les noms des principaux responsables des émissions, les multinationales fossiles. C'est d'ailleurs ce qu'a commencé à faire le météorologue Guy Walton en donnant aux canicules nord-américaines des noms comme BP ou Chevron, afin d'identifier les coupables qui exacerbent ces phénomènes mortels.

13:46

Pour finir sur ce point, si les climatosceptiques donnent de plus en plus de la voix, cela ne doit pas non plus détourner notre attention de l'autre tendance encore plus présente dans la société : le climato-rassurisme. Christophe Cassou résume ainsi la situation d'un reporter. Le changement climatique est très palpable, très perceptible dans notre quotidien. Et de ce fait, les discours se sont déplacés. Ils ne portent plus tant sur le déni du changement climatique que sur le déni de sa gravité et de l'urgence à agir.

14:42

Et si c'était cela le problème, la peur ? Le fait que la majorité des personnes n'ait pas assez peur ? Comme le souligne le climatologue Peter Kalmus, il y a aujourd'hui un effet spectateur dans la société qui fait que la plupart des gens continuent leur vie comme si de rien n'était. Beaucoup rejettent la peur. D'autres s'accrochent à tout ce qui pourrait leur permettre de remettre en question la situation ou sa gravité. Ce fut le cas notamment cet été en France, où la météo a été paradoxale. Durant le mois de juillet, par exemple, autour de la Méditerranée, les températures étaient caniculaires, alors qu'il faisait un temps maussade et pluvieux sur la moitié nord du pays. Ce qui a donné beaucoup de grains à moudre aux climato-dénialistes et provoqué de nombreux débats en famille.

15:19

Sur le thème "il n'y a pas de réchauffement climatique, je porte un pull en été », si je schématise. Sauf que c'est là confondre météo et climat. La météo d'un jour est un cliché instantané du climat, qui lui, est analysé sur de longues périodes, typiquement une dizaine ou une centaine d'années. Pour le dire autrement, le climat est un film alors que la météo est simplement une scène de ce film. Et la simple connaissance de cette scène ne nous permet pas de connaître le dénouement du film. Nous vivons un réchauffement climatique qui modifie le climat, mais cela n'empêche pas d'avoir des épisodes de froid ou de pluie, comme ce fut le cas en France cet été, du fait d'un courant jet, une sorte de tube de vent qui a traversé le globe en apportant vent et précipitation.

15:56

Certains Français ne l'ont peut-être pas ressenti, mais c'est un fait. L'été 2023 a été le quatrième le plus chaud en France depuis 1900, derrière l'été de 2003, celui de 2022 et de 2018. Il a d'ailleurs été marqué par une canicule exceptionnelle à la fin du mois d'août. En ce début septembre, nous vivons à nouveau un épisode de forte chaleur, avec souvent plus de 30 à 35 degrés. Des températures qui restent basses par rapport à d'autres régions du monde, mais qui pourtant épuisent les organismes, empêchent de dormir et rendent parfois la vie impossible. Les vagues de chaleur détériorent la qualité de l'air, avec des répercussions sur la santé humaine, les écosystèmes, l'agriculture et même notre vie quotidienne,

16:32

a rappelé Petteri Taalas, le Secrétaire général de l'Organisation météorologique mondiale le 6 septembre. Un rapport a récemment montré que la pollution de l'air était la plus grande menace pour la santé publique, plus dangereuse encore que l'alcool ou le tabac. Alors j'entends depuis des années que pour que la population et les gouvernements réagissent, il faudrait une grande catastrophe. Mais combien de catastrophes veut-on encore ? Dans son interview aux Echos, Jean Jouzel le dit. "Je pensais naïvement que si les conséquences du réchauffement climatique devenaient concrètes, les gens accorderaient de la crédibilité à ce que nous disons sur 2050 et au-delà et commenceraient à réagir. Or, ce n'est pas le cas." Et il y a quelque chose de désespérant là-dedans.

17:08

Nous n'avons jamais eu autant de manifestations concrètes de la catastrophe climatique en cours. Que faudrait-il de plus ? Début septembre, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, déclarait : « L'effondrement climatique a commencé. Notre climat implose plus vite que nous ne pouvons y faire face. De plus en plus, il y a cette désagréable sensation que nous vivons dans un film de science-fiction ou une série d'anticipation. Un des exemples les plus terrifiants est peut-être ce qu'il s'est passé en Iran cet été. Écrasé par des températures dépassant 50 degrés, il est devenu le premier pays à se mettre à l'arrêt deux jours pour protéger sa population des chaleurs extrêmes et potentiellement mortelles. Le 2 et le 3 août ont été déclarés jours fériés.

17:45

Les banques, écoles, universités, administrations publiques et certaines sociétés privées sont restées fermées. Je préfère rester à la maison autant que possible et travailler de chez moi. Mais ce n'est pas toujours possible. Je dois sortir et c'est difficile. J'essaye de rentrer rapidement chez moi pour ne pas me sentir mal à cause de la chaleur. Ce qui n'a pas empêché l'explosion des consultations médicales et la saturation des services d'urgence en raison de la chaleur.

18:31

La série d'anticipation "Extrapolations" imagine un futur proche, dans lequel l'augmentation des températures en Inde obligerait le pays à réorganiser toute son économie pour que les habitants vivent la nuit et évitent les pics de chaleur mortelle en journée. L'exemple de l'Iran montre que cette projection dystopique semble de plus en plus réaliste pour de nombreux pays pour qui le réchauffement climatique est en train de devenir une question de vie ou de mort. Mais devra-t-on vraiment en arriver jusque là pour agir à la hauteur de l'enjeu ?

19:03

Une bataille est engagée. Dans l'opinion, les médias, les pouvoirs publics, pour faire reconnaître sans ambiguïté la gravité du réchauffement climatique et la nécessité d'agir. Plus que jamais, le confusionnisme et le relativisme mettent cruellement en danger l'humanité, alors qu'une course entre la montre est lancée pour enrayer la catastrophe en cours. Je le rappelle ici, les scientifiques du GIEC sont sûrs à 100% que les causes du dérèglement climatique sont d'origine humaine. Et les travaux du GIEC constituent le plus large et le plus solide consensus scientifique sur la question que nous n'ayons jamais eu. Croyez-moi, les scientifiques aimeraient que ce cauchemar ne soit pas réel.

19:37

Et moi aussi, j'aimerais bien ne pas culpabiliser à chaque vidéo à l'idée de créer de la peur ou de l'angoisse. Mais nous devons plus que jamais être lucides. Relayer le consensus scientifique, partager des données avérées, démonter les arguments fallacieux, est devenu une sorte d'acte de résistance indispensable pour aider la société à faire un constat commun de la situation. Car c'est de cela dont nous avons cruellement besoin, nous mettre d'accord sur la gravité de ce qu'il se passe pour, démocratiquement, nous mettre d'accord sur les réponses à y apporter. et agir ensemble le plus vite et le plus puissamment possible. C'est la fin de cette vidéo, j'espère qu'elle vous aura aidé à y voir plus clair.

20:10

Comme toujours, je vous mets en description tous les liens qui vous permettent d'approfondir toutes ces questions, ainsi que ma vidéo sur comment agir pour retrouver de la force. Car comme le souligne Jean Jouzel, l'action est le meilleur remède à l'éco-anxiété, ou la colère d'ailleurs. Vous le savez, Blast est un média indépendant, et pour continuer de vous informer sur l'état du monde, nous avons besoin de votre soutien. Alors abonnez-vous ou faites un don sur blast-info.fr. Et n'oubliez pas d'activer la cloche pour suivre nos nouvelles vidéos. A très vite sur Blast !