Charles Alloncle, rapporteur de la Commission sur l'audiovisuel public : la plainte pour prise illégale d'intérêts est "une énième tentative de diversion"
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Thomas Soto, RTL Matin. Il est sans doute le député qui a le plus fait parler de lui ces derniers mois. Élu UDR, le parti d'Éric Ciotti, alia Marine Le Pen. Il est le rapporteur de la commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public. Charles Aloncle est donc l'invité d'RTL Matin. Bonjour et bienvenue sur RTL, Charles Aloncle. Bonjour, merci de votre invitation. Pendant les 4 mois et demi de travaux de la commission, vous avez entendu environ 250 personnalités lors de 67 auditions. A chacune d'entre elles, vous avez fait prêter serment. Est-ce qu'à votre tour ce matin, vous jurez de dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité ?
Comme depuis le début, évidemment.
Bon, cette lumière qui ne vous a pas quitté depuis des semaines, est-ce que vous l'avez aimée, Charles Aloncle ? Est-ce qu'elle n'est pas même devenue votre moteur ? Beaucoup vous l'ont reproché.
Je pense que c'est une lumière qui m'a attiré bien des ennuis, qui m'a attiré bien des ennemis, qui m'a attiré aussi bien des coups. Je pense qu'on peut le voir aussi à mesure qu'on s'approchait de la publication du rapport. Ce n'est pas anodin d'ailleurs si à l'Assemblée nationale, aucun autre député jusqu'à présent n'avait choisi un tel thème de commission d'enquête sur l'audiovisuel public. C'est la première fois qu'on le réalisait, alors que pourtant la somme est importante, 4 milliards d'euros par an. C'est la moitié du budget du ministère de la Culture.
Quand vous soulevez un tel couvercle, vous vous mettez nécessairement à dos les dirigeants de l'audiovisuel public, certains animateurs producteurs stars, certains patrons de sociétés de production qui chaque année bénéficient du contrat.
Vous êtes le justifié qui est venu mettre un peu le bazar dans tout ça ?
Je pense simplement que quand on voit le traitement médiatique qui est quand même largement défavorable depuis le premier jour de cette commission d'enquête, je n'avais pas grand-chose à attendre et à espérer aussi de mon traitement médiatique. Mais il faut le faire aussi parce que c'est important de faire la lumière sur l'utilisation de l'argent des Français.
Prêtement aussi par vos collègues politiques. Monsieur Aloncle s'est saisi de tous les sujets pour les amplifier et créer de la polémique. C'était une entreprise individuelle. Ça, c'est la présidente de l'Assemblée. Il y a Elbron Pivet qui l'a dit hier dans Le Parisien. D'autres vous ont reproché de transformer cette commission en tribunal politique, en jeu du cirque. Qu'est-ce que vous répondez à ça ?
Je réponds que demander des comptes à l'audiovisuel public n'est absolument pas régler ses comptes avec l'audiovisuel public. Il va falloir qu'un certain nombre de responsables publics, dirigeants d'entreprises publiques, aux fonctionnaires, s'habituent aussi à rendre compte de l'utilisation de l'argent qu'ils font des Français. On est dans une situation qui est tellement compliquée qu'il est sain et il est bon de demander des comptes à ceux qui utilisent notre argent, parfois par milliard chaque année.
Certains ont dit la stratégie d'Aloncle, c'était simple. Il faut affaiblir le service public, le réduire, puis le privatiser, ce qui est dans le programme d'Éric Ciotti et de Marine Le Pen, Jordan Bardella. Est-ce que c'était ça, en fait, votre but ?
Alors, à votre micro, il y a quelques semaines, il y a même eu le président de la commission d'enquête qui a expliqué de façon parfaitement mensongère que j'étais favorable à la privatisation de l'audiovisuel public. Bon, manque de chance, depuis le premier jour de cette commission, j'ai expliqué qu'au contraire, je tenais un audiovisuel public fort, mais qu'aujourd'hui, il était dévoyé.
Vous n'êtes pas d'accord avec Marine Le Pen et avec Éric Ciotti là-dessus ?
Alors, Éric Ciotti n'est pas pour une privatisation totale de l'audiovisuel public. Il explique qu'il y a un certain nombre de fusions qui sont nécessaires, qu'il y ait un certain nombre d'optimisations qu'il faut réaliser, mais il n'est pas favorable à la privatisation. Moi, j'appartiens à un groupe LUDER qui est différent de celui du Rassemblement National. On est d'accord sur beaucoup de constats.
À la fin, moi, si j'ai réalisé cette commission d'enquête, c'est parce que je pense qu'il est minuit moins le quart pour ces entreprises, notamment France Télévisions, menacées de dissolution par l'ampleur de la faillite financière qui les frappe, et qu'au contraire, il vaut mieux braquer un projecteur sur les dérives et les dysfonctionnements pour mieux les résoudre. « Je ne ferai jamais partie du parti des censeurs, de ceux qui expliquent qu'il faut détourner le regard pour que tout aille mieux. Au contraire, je pense qu'il est temps pour ces entreprises de mettre la lumière sur ces dérives. »
Ce rapport pour sauver l'audiovisuel public, quand va-t-il être rendu public ?
Il sera rendu public dans les toutes prochaines heures. Mardi matin. C'est un rapport qui ne m'appartient plus et les administrateurs m'ont indiqué qu'il serait publié sur le site de l'Assemblée mardi matin. À quelle heure, vous savez ? Non, je n'ai pas l'heure.
En attendant, il y a déjà eu de nombreuses suites. D'ailleurs, tiens, est-ce que vous savez qui a fait fuiter ce rapport ?
Alors, il y a quelques indices concordants qui ont été sortis dans la presse, qui m'ont d'ailleurs scandalisé, qui expliquent qu'une députée socialiste pourrait être à l'origine de la fuite. Elle n'a pas été très maligne puisque dans les propriétés des documents, vous savez, quand vous envoyez un document à des journalistes, il suffit simplement de cliquer sur « propriétés » et vous pouvez voir le nom de la personne. Je ne vais pas jeter de troubles, mais en tout cas, vous pourrez lire un certain nombre d'articles qui le documentent très bien.
Je trouve ça inacceptable parce que dans les heures qui ont précédé le vote du rapport, il y a beaucoup de fausses informations qui ont circulé sur les conclusions de mon rapport, qui ont contribué d'ailleurs à créer un terreau le plus fertile possible à un vote défavorable qui m'empêchait en plus de m'exprimer parce qu'à l'heure où il n'était pas publié et il n'était pas voté, je ne pouvais pas démentir un certain nombre de fausses informations relayées massivement par la presse au présent de l'indicatif. Je vous avoue une certaine frustration.
On va pouvoir régler ce problème de frustration. Il paraît que vous voulez quasiment tuer les sports sur France Télé, réduction d'un tiers du budget. Ça veut dire quoi ?
C'est faux ? Tuer les sports absolument pas.
Est-ce que vous prévoyez un tiers de réduction du budget sur les sports ?
C'est plutôt un quart. C'est 50 millions net de recettes publicitaires sur un budget de 200 millions. Au contraire, j'ai pu lire par exemple dans nombre d'articles de presse que je voulais supprimer le Tour de France, les 6 nations ou encore Roland-Garros. Je dis tout l'inverse dans mon rapport. Mais s'il n'y a plus d'argent, ça coûte cher ? Non, mais il y a 200 millions d'euros par an. C'est une somme qui est très importante. On voit aujourd'hui que France Télévisions a décidé de céder les droits sportifs des night sessions à Roland-Garros qui sont parmi les matchs les plus intéressants et les plus importants de cette compétition. Cette année, ils ont dû céder 9 matchs
sur 15 du tournoi des 6 nations.
À TF1, qui est diffusé en clair. Mais j'explique au contraire dans mon rapport qu'il faut sanctuariser ces grandes compétitions sportives qui font l'exception et le rayonnement sportif et culturel français.
Vous réduisez le budget d'un quart.
Les droits du sport sont de plus en plus élevés. Comment vous faites ? Sur le Tour de France, Roland-Garros et les 6 nations, je vous assure qu'avec 200 millions d'euros par an, donc j'explique au contraire, vous aurez l'occasion de lire le rapport, qu'il faut sanctuariser ces grandes compétitions sportives qui font d'une certaine façon la fierté française, peut-être se délester de quelques compétitions qui sont un peu moins d'émissions de service public, notamment des compétitions de e-sport que France Télévisions a pu acheter ces derniers mois.
Mais au contraire, vous voyez, j'ai lu beaucoup de fausses informations qui ont miscadité le rapport alors que je tiens à la place du sport et de ces compétitions sur le service public.
Est-ce que vous demandez la fusion de France 2 et de France 5 ?
Absolument. Oui ?
Et la fusion de France 4 ?
Absolument. Parce que France 4 n'a pas trouvé son public, France 4 n'a jamais réussi à trouver une identité propre entre contenu culturel ou jeunesse. On voit par exemple que le matin, il y a des contenus un peu doublonnés entre France 5 et France 4, des contenus d'animation à destination des jeunes qu'on pourrait, enfin des enfants, qu'on pourrait retrouver sur la plateforme France.tg. C'est-à-dire que sur les trois
chaînes que j'ai citées, il y en a deux qui disparaissent en fait ?
Alors, il y a une fusion entre France 2 et France 5. Pourquoi je la propose ? Parce qu'aujourd'hui, vous avez énormément de contenu rediffusé sur ces deux antennes en deuxième partie de soirée, ce que déplore nombre de téléspectateurs qui m'ont écrit en masse sur mon adresse mail publique. Donc, on pourrait réduire la part de ces rediffusions et vous avez neuf jeux chaque jour qui sont diffusés sur France 2. C'est beaucoup trop. Les jeux, vous réduisez
le budget de trois quarts les jeux et les divertissements ?
Vous avez neuf jeux chaque jour sur France 2, treize en comptant France 3. C'est évidemment beaucoup trop. Il faut rééquilibrer les genres. Quand vous réduisez la part des jeux sur France 2 et que vous supprimez la rediffusion, vous pouvez mettre le meilleur des contenus sur France 5, notamment les émissions à caractère informationnel et créer une vraie chaîne du service public qui pourrait se distinguer des chaînes privées commerciales et trouver une audience. Quels jeux vous supprimez ? Les jeux de Nagui ? Ce n'est pas mon rôle. Ce que j'indique simplement, c'est que neuf chaque jour sur France 2 et treize au total avec France 3, c'est beaucoup trop.
Et au contraire, je pense qu'il faut revenir à des jeux qui intéressent les Français et qui poursuivent une mission de service public. Des jeux, par exemple, de culture générale ou encore, question pour un champion, des chiffres et des lettres. Je vous assure que depuis le début de cette commission d'enquête, j'ai dû recevoir des centaines de mails de téléspectateurs qui me disaient que c'est dommage que le service public soit délesté de ces jeux-là parce qu'au fond, le privé ne les assumera jamais.
Il paraît que vous ne voulez plus non plus de télé-réalité sur le service public. Mais il y en a... C'est quoi la télé-réalité sur le service public ? Alors, c'est une recommandation parmi les quatre ans.
Elle existe ? Et je ne dis pas oui. Alors, il y a Drag Race, Drag Race, par exemple, j'ai posé un certain nombre de questions sur cette émission. Je ne dis pas que le service public aujourd'hui fait une place importante à la terre. Voilà, mais le service public pour l'instant est relativement préservé de ces contenus de télé-réalité et simplement, dans l'une des 80 recommandations du rapport, j'explique que le service public ne doit pas devenir une chaîne privée comme une autre et ne doit pas faire une place... Il doit s'intéresser
à la différence quand même, non ?
Non, mais en tout cas, la télé-réalité, je pense, est nuisible, notamment pour les jeunes générations qui n'arrivent pas à s'extraire de ce type de contenu et donc, c'est l'une des recommandations...
Parfois, quand on regardait la commission, on a l'impression de regarder Love Story pendant les trois mois et demi. Là, vous étiez tous enfermés et c'était un peu qui va manger qui... Vous voulez revenir, Charles Aloncle, à un système où le président ou la présidente de France TV serait nommée directement par le président de la République. Est-ce que ce n'est pas la meilleure garantie de neutralité ?
Alors, à nouveau, fausse information qui est allègrement circulée... Ça n'y est pas, ça ? Non. Ce n'est pas le président qui nomme ? Alors, le président propose des noms qui sont ensuite votés à l'Assemblée nationale et au Sénat conformément à l'article 13 de la Constitution qui nomme un certain nombre de personnalités importantes à la tête d'entreprises publiques après avis conforme de l'ARCOM. Donc, vous voyez, il y a une grande différence entre une nomination verticale et sans garde-fou du président de la République et une nomination et un vote démocratique et transparent qui se fait à l'Assemblée nationale et au Sénat.
Et encore une fois, j'ai beaucoup souffert dans les heures qui ont précédé le vote du rapport de cette fausse information qui a été allègrement diffusée et qui continue à être allègrement diffusée pour mieux discréditer les cartes de l'Assemblée nationale. Mais vous êtes d'accord
que si Jordan Bardella, Jean-Luc Mélenchon ou Edouard Philippe sont à l'Élysée, ils ne vont pas nommer les mêmes profils. Vous êtes d'accord ? Ça politise quand même la nomination.
Alors, ils proposeront des noms différents mais à la fin, le fin mot de la décision reviendra à l'Assemblée nationale et au Sénat. Et vous savez, aujourd'hui, le mode de nomination, c'est huit personnes de l'ARCOM que personne ne connaît dont la légitimité, honnêtement, peut être contestable qui, à huit clots, nomme de façon consensuelle une personne à la tête de France Lévision et de Radio France. Je pense que ce n'est pas un mode de nomination pluraliste, démocratique et transparent et au contraire, il faut redonner du pouvoir aux représentants des Français dans ces nominations
aussi importantes. Vous proposez aussi de fusionner France Info et France 24. Le journal Le Monde a rêvé que la Gardère News qui appartient à Vincent Bolloré qui est propriétaire d'Europe 1 avait envoyé à des députés des questions en série à poser aux personnes auditionnées. Vous les avez reçues ces questions ou pas ?
Alors effectivement, j'ai été très transparent, je les ai reçues comme le président de la commission d'enquête M. Patry Léthius. Alors c'est une personne que je ne connais pas de la Gardère qui nous a envoyé des questions... Ce n'est pas Constance Bainquet la patronne ? Absolument pas, que je n'ai jamais rencontrée et pour vous dire en fait...
Ce n'est pas une tentative
d'ingérence quand même. C'est vieux comme l'Assemblée Nationale. Sur nos boîtes mail publiques, moi vous savez, depuis le début de cette commission d'enquête, j'ai dû recevoir plusieurs centaines de contributions de syndicalistes de France Télévisions, de représentants de salariés de Radio France, de petits, par exemple, producteurs indépendants, de représentants des salariés
de grands groupes indépendants. qui a été déposée par AC Anticorruption, ça vous inquiète ou pas ?
Alors contrairement d'ailleurs aux fausses informations diffusées par Le Monde, ils ont fait une alerte ce matin qui a été diffusée sur les téléphones de millions de Français et la plainte n'est pas déposée contre moi, elle est déposée contre Ips puisqu'ils savent parfaitement que ces questions ont été envoyées aussi bien au président Macroniste de la commission qu'à moi et à d'autres députés. Et vous, ça ne vous inquiète pas. Mais non, c'est une énième tentative de diversion, c'est une énième tentative grotesque à quelques heures de la publication du rapport pour jeter le discrédit sur ces 400 pages de rapports qui ont été faites de façon étayée et sérieuse.
Moi, je commence à m'habituer
à ces grosses ficelles politiques.
Rapidement, parce qu'on est au bout, qu'est-ce que vous allez faire de ce rapport ? Vous craignez qu'il finisse aux oubliettes ? Il y a une niche de l'UDR, c'est-à-dire un jour à l'Assemblée, le 25 juin, où votre parti va pouvoir décider de l'ordre du jour. Est-ce que vous allez déposer une proposition de loi ?
Alors, je pense qu'il ne finira pas aux oubliettes et je me réjouis que la ministre de la Culture aujourd'hui reçoit les dirigeants de France Télévisions et Radio France pour engager un certain nombre de réformes. On a notre niche UDR le 25 juin prochain où, avec l'accord d'Éric Sautier, ce sera lui qui décidera. Je proposerai notamment une proposition de loi pour encadrer et mieux prévenir les conflits d'intérêts entre l'audiovisuel public et ses chaînes privées. Ça reprendra que cette partie-là ?
Ça reprendra l'une des quatre mois en recommandation mais qui est pour moi la plus fondamentale parce que le cœur de cette commission d'enquête c'était aussi d'assainir les pratiques des dirigeants de France Télévisions et de lutter contre une privatisation qui est déjà en cours, un milliard d'euros par an qui est attribué à des sociétés de production privées pour produire les contenus de France Télévisions. C'est beaucoup trop et il faut mieux encadrer ces pratiques.
Merci Charles Lalong
d'être venu.
Charles Alloncle