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interviewRadio J — L'interview politique· 20 janvier 2025 14 min

Marc Ferracci - Le Barbier du matin du 20/01/25

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:04
Marc Ferracci

Marc Ferracci, bonjour. Bonjour. Et bienvenue. Les premiers otages sont libérés en Israël. La joie, bien sûr, domine. Et en même temps, on se dit que le Hamas, avec ce compte-gouttes de libération, va réaliser une opération de communication encore.

0:17
Présentateur

Il faut d'abord se réjouir, évidemment, de la libération des otages, du cessez-le-feu également. On a aujourd'hui une position qui est, au fond, une position d'espoir. Mais il faut être vigilant. Il faut être vigilant, vous avez raison. parce que le Hamas décide du rythme auquel les otages vont être libérés. Et nous devons être extrêmement vigilants à ce que les choses se fassent dans des délais brefs. Nous avons une trentaine d'otages dont le nom a été révélé comme devront être libérés prochainement, dont les deux otages français, Aufer Calderon et Oad Yaloumi. Donc nous devons, avec notre diplomatie, avec l'ensemble des parties prenantes, nous assurer que désormais les choses vont vite.

Ça, c'est le plus important.

1:00
Marc Ferracci

Le tweet d'Emmanuel Macron à l'annonce du cessez-le-feu a choqué la communauté juive. Il semblait renvoyer dos à dos les souffrances des Gazaouis et les otages comme s'il n'y avait pas eu le 7 octobre. Est-ce que ce n'était pas une maladresse ?

1:10
Présentateur

Il y a toujours, sur le 7 octobre, la même parole du président de la République. C'est un crime abominable. Ce qui, aujourd'hui, est en train de se passer, c'est le fruit des efforts de l'ensemble des parties prenantes. La diplomatie française s'est beaucoup investie, notamment sur le sort des otages français, mais pour la résolution du problème et pour la libération de l'ensemble des otages. Donc notre ligne, elle n'a pas varié. Notre ligne, c'est de dire qu'il faut que le cessez-le-feu intervienne, parce que les souffrances des Gazaouis sont également insupportables. Mais il faut que tous les otages reviennent à la maison. Et ça, véritablement, c'est le plus important.

1:48
Marc Ferracci

Investiture de Donald Trump comme président des États-Unis aujourd'hui. Que doit-on craindre ? Qu'est-ce que les industriels français doivent craindre de l'administration Trump ?

1:55
Présentateur

Les annonces de Donald Trump sont, effectivement, assez préoccupantes, parce qu'il a déjà expliqué qu'il allait appliquer des tarifs douaniers supérieurs sur un certain nombre de biens et produits, et sur un certain nombre de pays. Aujourd'hui, nous sommes dans l'attente, nous sommes dans l'expectative, parce que rien n'a été, effectivement, décidé. Mais ce qui est possible, c'est que le début d'une confrontation commerciale se fasse jour dans les prochaines semaines et les prochains mois. Et à ça, l'Europe devra répondre de manière extrêmement ferme.

2:27
Marc Ferracci

On en a les moyens ?

2:28
Présentateur

Bien sûr qu'on en a les moyens. L'Europe représente un marché de 450 millions de personnes, le plus gros marché du monde du point de vue de la valeur. Et je pense qu'il faut être capable d'imposer ce rapport de force économique commerciale avec Donald Trump. Nous avons déjà commencé, à Bruxelles, à porter une position qui est une position moins naïve que celle qui a pu être la position européenne dans les dernières années en matière de politique commerciale. Des tarifs ont été appliqués sur certains produits, notamment venant de Chine, des véhicules électriques chinois. Il faut se préparer à faire de même avec les États-Unis, parce que Donald Trump joue sa partition.

Il a une vision de l'Europe qui est une vision assez négative. Je pense que son intérêt, c'est d'essayer de diviser l'Europe. Il va essayer probablement de discuter avec un certain nombre de ses alliés européens, et en particulier les chefs de gouvernement qui sont issus de l'extrême droite populiste de manière bilatérale. Et à cela, nous devons être capables de répondre en européen, et en particulier sur le plan commercial.

3:29
Marc Ferracci

La Commission européenne, pour l'instant, reste muette, malgré toutes les annonces et les provocations.

3:34
Présentateur

Ce ne sont aujourd'hui que des mots. Je pense qu'il faut réagir en matière commerciale, de manière plus générale en matière économique. Il faut réagir aux actes. Mais il faut être prêt à réagir et à réagir vite. Lorsque nos industriels sont confrontés à des augmentations de tarifs douaniers, il faut que les mesures de riposte commerciale soient en place et soient appliquées de manière extrêmement rapide. Nous y sommes prêts. Et j'espère que la Commission saura réagir très vite.

4:00
Marc Ferracci

Alors à côté de Trump, il y a Elon Musk. Est-ce qu'il faut aussi agir contre X ?

4:05
Présentateur

Il faut que la législation européenne s'applique. Concernant X, de manière générale, concernant tous les réseaux sociaux. En Europe et en France, vous ne pouvez pas, dans l'espace public, et les réseaux sociaux font partie de l'espace public, vous ne pouvez pas tenir des propos racistes, des propos antisémites, des propos homophobes. Il y a une approche de la liberté d'expression qui n'est pas celle qui prévaut aux États-Unis. Et donc, nous avons fait adopter des actes législatifs au niveau européen qui doivent permettre de protéger et en particulier d'imposer un certain nombre de contraintes aux réseaux sociaux comme X. Moi, je suis favorable à ce qu'on applique la législation européenne.

Je ne suis pas favorable à ce qu'on ferme les réseaux sociaux, parce que c'est toujours une défaite que de fermer un canal de liberté d'expression. En revanche, il faut être extrêmement ferme. Il faut imposer en particulier de la modération, de la régulation à ces réseaux sociaux pour que ne prospèrent pas des discours de haine, des discours d'intolérance, qui, on le sait très bien, lorsqu'ils ont lieu dans l'espace numérique, finissent toujours par se transférer dans l'espace physique avec de la violence verbale qui devient de la violence physique. Beaucoup de politiques quittent le réseau X. C'est votre cas ou vous restez sur le réseau ? Moi, je reste sur ce réseau.

Je reste sur ce réseau pour les raisons que je viens d'indiquer, parce que je pense qu'il ne faut pas abandonner le terrain au discours de haine, il ne faut pas abandonner le terrain aux fake news. Il faut essayer par la pédagogie, par les faits, par la rationalité, de convaincre, même si c'est difficile, vu le format de ces réseaux sociaux. Et donc, je pense qu'il faut se battre pour, à la fois, des messages politiques qui sont les nôtres, mais aussi pour le principe même de la liberté d'expression, et ensuite faire en sorte que les choses soient régulées, je le disais, au niveau européen.

5:45
Marc Ferracci

Alors que cette guerre économique va se déclencher, on a l'impression que l'attractivité économique de la France va diminuer du fait d'un budget de crise qui va être adopté.

5:53
Présentateur

Est-ce que c'est le risque ? L'attractivité économique de la France, elle a progressé, vous le savez, durant les dernières années. La France est, pour la quatrième année consécutive, le pays européen le plus attractif pour les investissements étrangers. De l'emploi industriel est revenu, des sites industriels ont rouvert plus nombreux que des sites non fermés ces dernières années. Donc ça, c'est un acquis sur lequel il faut arriver à construire, à capitaliser. C'est vrai qu'il y a des difficultés pour certaines filières économiques.

C'est vrai que le budget que nous sommes en train de préparer est un budget difficile, qui implique de faire un certain volume d'économie pour retrouver une trajectoire d'amélioration de nos comptes publics. Mais moi, je pense que ça ne va pas nuire à l'attractivité de la France parce qu'il y a des choses très structurelles qui ont été faites. La réforme du droit du travail, la réforme de l'apprentissage, la réforme de la formation professionnelle, la réforme de la fiscalité avec l'idée de garder des règles stables. Et ça, je pense que nous n'allons pas les remettre en question.

Et c'est d'ailleurs ce qui est en train d'être discuté au moment où nous nous parlons entre le gouvernement et les différentes forces politiques. Nous avons un budget difficile. Nous avons un budget qui va demander des efforts à beaucoup de champs de l'action ministérielle. Mais nous sommes prêts aujourd'hui à repartir au combat pour regagner de la compétitivité, de l'attractivité, notamment sur le volet industriel.

7:08
Marc Ferracci

Une taxe sur les hauts revenus, une taxe sur les super profits des entreprises, ça ne sera pas de nature à décourager les investisseurs ?

7:14
Présentateur

À partir du moment où ces taxes sont temporaires, exceptionnelles, provisoires, et ça va être le cas, vous parlez de la taxe sur les entreprises, elle aura une durée limitée, ça va durer un an, je pense que les acteurs sont capables de l'assumer. Moi, je discute avec beaucoup d'entreprises, de grandes entreprises, qui sont surtout inquiets de la remise en question d'un cap. À partir du moment où la taxe est exceptionnelle, elle ne dure qu'un an, et que le cap est maintenu, le cap de cette politique de l'offre, cette politique favorable aux entreprises, les entreprises acceptent de contribuer, parce qu'elles sont aussi patriotes, à l'effort de réduction des déficits publics.

7:52
Marc Ferracci

Le patron d'Air France, ce matin, proteste, lui, contre la taxe sur les billets d'avion. Il dit que ça va coûter 130 millions d'euros à Air France. On n'est pas tout à fait dans votre domaine, c'est quand même un acteur économique important.

8:01
Présentateur

Que lui répondre ? Bien sûr que c'est un acteur économique important. Bien sûr que le transport aérien est un élément extrêmement important du dynamisme économique. Eh bien, je lui réponds que les efforts, ils ont besoin d'être partagés. Les efforts, ils ont besoin d'être partagés. Moi, mon souhait et mon espoir, très sincère, c'est que nous allons réduire nos déficits et que, assez vite, nous parviendrons à revenir à une situation où nous continuerons, nous reprendrons ce chemin de la baisse de la fiscalité qui a caractérisé notre politique. Mais il faut une pause. Et les efforts que nous demandons, encore une fois, ils sont temporaires.

8:34
Marc Ferracci

Les syndicats annonçaient une épidémie de plans sociaux pour l'année 2025 en cascade. Est-ce que c'est la réalité que vous voyez dans l'industrie française ?

8:41
Présentateur

La réalité de l'industrie, elle est contrastée. Vous avez effectivement des plans sociaux. Il y en a un peu plus qu'il y en a eu ces dernières années, mais pas beaucoup plus. On n'est pas revenu au niveau de plans sociaux que nous avions après la crise de 2008, par exemple. Mais vous avez aussi des filières qui vont bien. Vous avez aussi des entreprises qui créent de l'emploi, des entreprises qui investissent. Vous avez des filières qui, effectivement, sont confrontées à la fois à une concurrence internationale très dure, et puis à des phénomènes de transition, en particulier la transition écologique. C'est l'automobile avec le passage au moteur électrique.

C'est l'acier, c'est la chimie qui sont confrontées à des concurrents chinois ou indiens qui sont extrêmement subventionnés. Donc il faut des réponses ciblées. Mais de manière générale, notre politique industrielle, elle marche sur deux jambes. Il faut défendre ce qui existe. Il faut défendre les entreprises qui sont sur notre territoire. Celles qui sont en difficulté et aussi celles qui vont bien. Mais il faut aussi favoriser celles qui vont créer de l'emploi de main. Une jambe qui est, je dirais, une jambe défensive, mais aussi une jambe offensive. Moi, c'est ce que j'essaye de faire en tant que ministre de l'Industrie. C'est un ministère de combat et j'essaye de continuer ce combat.

C'est-à-dire qu'on n'a pas réenclenché un cycle de désindustrialisation du pays ? Non, on ne peut absolument pas dire ça. Au premier semestre 2024, ce sont les derniers sites dont on dispose au niveau de l'État, le nombre de sites industriels qui ouvraient était toujours supérieur au nombre de sites qui fermaient. Alors évidemment, ça ralentit. C'est vrai, ça ralentit parce que la conjoncture est plus difficile. Et disons-le nous, la conjoncture politique n'aide absolument pas. Il y a énormément d'investissements qui sont suspendus, il y a énormément d'embauches. Ils attendent le budget.

Ils attendent un peu de stabilité politique qui se traduira par de la stabilité dans le cadre budgétaire et fiscal. Et vous savez que les entreprises ont besoin de savoir où elles vont pour investir. La loi spéciale sous laquelle nous vivons budgétairement en ce moment, ça vous empêche d'agir, vous, pour aider les entreprises ? Oui, sur un certain nombre de sujets, ça m'empêche d'agir. Et c'est aussi ça qu'il faut expliquer très clairement. J'ai par exemple des budgets destinés au soutien aux entreprises en difficulté, celles qui ont besoin qu'on les aide à finir un tour de table pour financer leur activité, pour rebondir. Ces budgets-là, eh bien, ils sont reniés.

Je n'ai pas accès à ce que l'on appelle des reports de crédit parce qu'il n'y a pas de loi de finances. Et ça, ça m'empêche d'agir de manière très concrète sur un certain nombre de dossiers avec le risque que les entreprises aillent au tapis et que des emplois soient détruits. Donc, il faut très vite retrouver cette stabilité politique et avoir un budget.

11:01
Marc Ferracci

Même au prix de la fin de la réforme des retraites, ce que la conférence sociale va peut-être proclamer ?

11:05
Présentateur

Écoutez, les partenaires sociaux, je pense que c'est une bonne chose, vont se saisir de cette réforme pour l'améliorer dans un cadre, ça a été bien dit par le Premier ministre, qui est le cadre financier de la préservation de notre modèle de retraite par répartition. Nous devons continuer à équilibrer ce modèle, à équilibrer ce système et les améliorations qui seront introduites, et ça peut toucher à l'âge de départ, ça a été dit par François Béroux, devront considérer les économies à faire pour préserver le système. Donc, à la fin, il y aura, si un accord intervient, un accord qui sera soumis au Parlement.

Et même si cet accord ne comporte que des mesures partielles, ça a été également dit par le Premier ministre, eh bien, ce sera débattu au Parlement.

11:50
Marc Ferracci

Un mot de la baisse du prix d'électricité prévue pour début février, mais on nous dit, attention, les futures EPR, les futures éoliennes, il faudra les payer, ça va peut-être

11:59
Présentateur

faire remonter le prix assez vite. Non, il faut être très clair, il y aura effectivement une baisse de l'ordre de 15% du prix de l'électricité au 1er février. C'est la conséquence d'un certain nombre de mesures, mais c'est surtout la conséquence de la baisse des prix du marché. Et il faut considérer qu'effectivement, nous avons besoin d'investir dans nos réseaux électriques, d'investir dans notre production électrique pour les prochaines années, pour les prochaines décennies. Moi, je suis en train de discuter avec l'ensemble des acteurs de la construction des futurs EPR, de la manière dont on va les financer, mais ça n'aura pas d'impact à court terme sur les prix de l'électricité.

La réforme européenne des prix, ça arrive bientôt ? Écoutez, au 1er janvier 2026, nous allons effectivement sortir de ce système qu'on appelle l'AREN, avec un nouveau système qui va permettre de limiter ce qu'on appelle la volatilité des prix de l'électricité, de faire en sorte que les prix soient à des niveaux compétitifs pour nos entreprises et satisfaisants pour les citoyens. Nous sommes en train de discuter, en tout cas d'observer la discussion qui a lieu entre EDF et les industriels, pour trouver la possibilité d'avoir de la visibilité sur les prix à long terme, c'est-à-dire donner aux industriels des prix de l'électricité sur 10 ans, sur 15 ans, des prix les plus compétitifs possibles.

Il y a une négociation entre EDF et les industriels, j'espère qu'elle va atterrir dans les tous prochains jours.

13:18
Marc Ferracci

Marc Ferracci, ministre de l'Industrie et de l'Énergie, ministre heureux ? Ah, toujours ! Eh bien merci, bonne journée, attention au, comment on est dit, le Blue Monday ! Blue Monday !

13:27
Présentateur

Vous avez l'air d'y échapper ! Et c'est pas tout à fait le Blue Monday, parce qu'on a une belle nouvelle à fêter, c'est la victoire, la législative partielle de l'ISER, de Camille Gallerminier, qui a battu, candidat de Renaissance, qui a battu le candidat de la France Insoumise.

13:39
Marc Ferracci

Eh bien merci, bonne journée !

13:41
Présentateur

Bonne journée !