MALTRAITANCES, VIOLENCES : ENQUÊTE SUR LES CRA, LES PRISONS POUR "SANS-PAPIERS"
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Bon, aujourd'hui, on va vous parler d'un sujet sérieux. On va vous parler des cras, de violence institutionnelle et d'enquêtes sur les lieux d'enfermement. Alors, justement pour détendre un peu l'atmosphère avant, on en a déjà parlé, on fait pas de blague sur les cras d'Andendofus parce que la moitié de notre public est trop vieille pour comprendre.
Ah bah, sympa. Et puis l'autre moitié, c'est moi. On va pas trouvé ça drôle.
Ah bon ? Mais c'est pas ça la blague que j'avais prévue. C'était alors c'était quoi ?
Bah c'était Crasselan tienne. Ouais, je crois que je préférais les extraits de camelotte. Oh le chouffin !
Politique est un chouff. Bruno Rotaillot. Non mais pas besoin d'alourdir l'atmosphère non plus.
Non mais Bruno Rotaillot, il a encore dit un truc de gros faf sur LCI. Comment est-ce que vous empêcheriez ces régularisés en Espagne de venir en France ? Mais je le mettrai au ban des nations européennes déjà parce que nous sommes euh désormais une majorité.
Je rétablirai les contrôles en frontières. Attendez, attendez. Vous dites que vous mettreez l'Espagne au banc des nations européennes ?
Bien sûr. Ah bah il est pas gêné le Auberstorm fureur Retailloto. Ah mais super le point Godwin.
Ça remonte le niveau là. Non mais ça va, il y a littéralement 7 heur de chaputo sur la chaîne de Blast où on dit qu'on vit littéralement dans les années 30. Laisse-moi le point Rotawin, s'il te plaît.
Je vais peut-être faire un coming out un peu suspect, mais moi j'aime bien Retailloto. Ouais, j'aime bien Retaillot parce que avec des gens comme lui, les choses sont claires. Bon, pour cet épisode qui nous intéresse au-delà de la personne de Retailloto, c'est le sujet de ces déclarations, l'immigration.
Oui, parce que cette petite phrase sur la mise au banc de l'Espagne, c'était le prétexte à un discours sur le durcissement des politiques migratoires, la fermeture des frontières, bref la droite quoi. Moi, je pense qu'il y a un énorme problème aujourd'hui avec les espagnols, monsieur Sanchez, il régularise 500000 irréguliers qui vont pouvoir ensuite franchir les frontières évidemment. Donc ce qui dérange Retailloto, c'est la libre circulation à l'intérieur de l'Union européenne.
Pourtant, vous le savez, pour les gens qui viennent des pays du sud global, faire la route jusqu'en Europe et s'y installer, c'est évidemment extrêmement compliqué. Il faut traverser des pays dangereux, s'exposer à la violence des passeurs, à des esclavagistes comme en Libye. L'UE est une forteresse surveillée par des gardes frontières.
Sans papier, on ne peut pas y accéder par des routes sûres. Pour venir, il faut donc payer des passeurs et affronter les éléments sans mode de transport ou matériel adapté. Seulement en 2025, plus de 3200 personnes sont mortes en tentant de raller le vieux continent.
Et quand ces personnes arrivent chez nous, elles doivent quand même faire face à l'enfer de l'administration. Elles risque une OQTF ou le non renouvellement d'un titre de séjour. Et ça, ça marche même quand elles sont arrivées légalement à la base.
C'est ce que racontait le youtubeur masqué dans sa vidéo "J'ai passé 2 ans sans papier". En gros, tu fais ta demande, on ne te répond pas, on te donne pas de titre de séjour temporaire, donc tu as pas le droit d'être là. Mais tu as pas intérêt de sortir du territoire français parce que si un jour on te dit que ton titre est disponible, bah tu as tout simplement pas le droit de revenir pour le récupérer vu que tu as pas de papier.
En gros, c'est comme si tu étais en prison et que tu étais recherché dans la prison. Et pour gérer toutes ces populations illégales qui n'ont pas le bon papier ou pas de papier du tout, on a inventé un truc génial, les cras. Ce sont donc les centres de rétention administrative.
Ce sont des lieux privatifs de liberté dans lesquels l'administration place des personnes étrangères afin d'attendre leur éloignement du territoire. Ça c'est l'émission légitime défense que vous pouvez regarder sur la chaîne de Blast. Elle s'intéresse notamment à l'origine historique du droit des étrangers mais aussi à ses centres de rétention et à leur spécificité.
Et la spécificité des cras, c'est que ce ne sont pas des prisons. Non non, rien à voir. Les personnes ici sont privées de leur liberté.
Euh vous l'aurez aussi en maison d'arrêt, mais chaque personne ici se voit signer un lit dans une chambre, mais la porte, elle reste toujours ouverte. Donc les personnes sont quand même dans cette zone de vie très libre de leur mouvement. Elles n'ont juste pas le droit de sortir du bâtiment.
Bien sûr. Mais non, mais c'est pas une prison. Vous pouvez pas sortir mais c'est pas une prison.
Bon, on est peut-être moqueur vis-à-vis de ce policier républicain qui fait juste son travail mais sur le papier juridiquement c'est vraiment pas une prison. Bah oui, parce que pour aller en prison, faut être en attente de jugement ou avoir commis un délit ou un crime. Alors qu'un placement en CR, c'est une décision purement administrative, pas judiciaire.
Vous êtes sans papier et en attendant de savoir si vous allez être expulsé ou non, on vous enferme. De ce fait, pour désigner les personnes dans les cras, on parle de retenu et pas de détenus. Bon, on admet que la différence est pas énorme.
Pour un garçon, ça serait history et pour une fille, ça serait hystery. Mais une autre prononciation, un garçony, une fille history. Alors, c'est pas systématique hein.
Toute personne sans papier va pas forcément se retrouver en cra. L'enfermement, il est aléatoire et arbitraire. au mauvais endroit au mauvais moment, un contrôle au faèes et hop le Cras euh paper from the Redemption Center.
OK. OK. Ch moins de 24 heures après sa libération, la machine administrative l'a déjà rattrapé.
Donc des lieux d'enfermement administratif, arbitraire et avec une certaine opacité dans leur fonctionnement. C'est ce qu'on peut voir dans ce documentaire contre les murs de la réalisatrice Neous Viala qui montre les associations en train de faire des veilles pour soutenir les retenus devant le centre de rétention administrative de Cornebarieux près de l'aéroport de Toulouse. Tout y est organisé pour que le lieu soit difficile d'accès.
Cet après-midi, on va aller amener un sac à un homme parce que sa famille travaille, ils peuvent venir qu'entre midi et 2 et bien sûr c'est fermé entre midi et 2 le centre de rétention. Il y a il y a pas de trottoir, il y a pas de transport et en plein été quand les familles attendent en plein soleil, je trouve ça scandaleux. Cependant, il y a quand même certains moyens d'y accéder.
Avec une autorisation, les journalistes peuvent y aller, par exemple. Oui, il y a quand même quelques reportages sur les CR, mais c'est à la discrétion des autorités. Donc, si vous faites un reportage trop militant, bah vous serez pas autorisé.
Il y a notamment le reportage de 7 à 8 filmé en 2019 dont on vous a déjà montré quelques extraits et qui parvient quand même à montrer des images de la réalité des violences dans ces centres d'enfermement. Ces cris sont ceux d'un Haïtien. Sa demande d'asile a été rejetée.
Une autre manière de voir l'intérieur des Cras, c'est le droit de visite parlementaire. Depuis l'an 2000, il est possible pour les députés et sénateurs de visiter à tout moment et à l'improviste les lieux de privation de liberté. Ce droit a été élargi en 2009 aux Parlementaires européens et en 2021 au bâtonniers, c'est-à-dire aux représentants des avocats.
Le nombre de lieux concernés par ce droit a aussi été augmenté. On y a ajouté les centres éducatifs fermés, les services fermés des hôpitaux psychiatriques et les lieux de retenue douanière. Depuis 2015, les parlementaires peuvent être également accompagnés de journalistes.
Pour ce qui nous concerne, c'est-à-dire les CR, la loi a apporté récemment des précisions comme le relève le site du Sénat. La référence au centre de rétention a quant à elle été remplacée par une référence plus large au lieu de rétention administrative en 2016. Et les parlement, ils utilisent ce droit de visite et c'est aussi un moyen d'y faire accéder la presse sans autorisation administrative puisque la visite se fait à l'improviste.
Plusieurs parlementaires de gauche se sont rendus dans l'écras avec des médias pour alerter sur les conditions d'enfermement. Allô ? Oui, bonjour.
Bonjour. J'en profite pour dire que vous avez une visite parlementaire. Ah d'accord.
Et pas de petites secondes, on arrive. Merci. Merci.
C'est important que ce droit existe parce que des parlementaires en l'occurrence des insoumis qui arrivent à l'improviste avec le média, bah ça dévoile beaucoup. Là, on voit le personnel qui panique. Ce que je fais, je le calme, je le mets, j'en mets un de côté pour pas que ça se rebondise.
Mais après, dès que je vois qu'il est calme, qu'il a compris, il dit "Non, c'est bon chef, je suis calmé, ben je remets aux zone, il y a pas de problème." Justement, c'est ça le souci, c'est que s'il met vraiment beaucoup de temps à se calmer, ça peut durer très longtemps quand même. Ah moi j'ai pas de durée, ça peut durer des fois je le garde 24 heures, une nuit, le lendemain et après de jours.
Ah, c'est sûr, c'est plus facile d'insulter les députés de gauche sur X Twitter que de répondre à des questions sans préparation sur les conditions d'enfermement. Alors, il y a aussi des visites de droite dans les CR, mais attention, c'est pas la même ambiance, hein. On va aller essayer d'aller discuter avec ses retenus, savoir leur profil et ce qui sont au QTF et ce qui sont fichés S.
On va aller discuter avec eux de leurs conditions de vie. On va essayer aussi de discuter avec les agents et les différents personnels du CRA. Et aujourd'hui, pour ce reportage, un invité exceptionnel nous accompagnera, Julien Odoule.
Alors, on rappelle quand même que Julien Odoule a fait appel de sa condamnation pour Recell de détournement de fonds public. Donc, il est présumé innocent. Oui.
Alors, c'est pas comme les gens dans les cras qui sont enfermés sans jugement. Lui, il a été jugé et condamné, mais comme il a fait appel, il est présumé innocent. Mais il est pas enfermé.
Oui, il reste présumé innocent dans l'affaire des assistants parlementaires du FN au Parlement européen. C'est l'affaire dans laquelle le FN est accusé d'avoir détourné 4 millions d'euros d'argent public. Non.
Oui, c'est ça. Et Odouille, il a été condamné en première instance. Mais comme il a fait appel, il reste présentement innocent.
Alors, la visite du CR avec Frontière, c'est pas comme avec le média étonnemment. On évacue totalement le fait que les cras soit pas des prisons et on fait les surpris quand on voit que les retenus ont accès à des loisirs et Odoule. Il est même choqué de voir qu'ils ont accès à des juristes pour faire respecter leurs droits.
Ément, bon, j'ai j'ai eu droit à deux personnes qui étaient très orientées à gauche pour ne pas dire à l'extrême gauche. Éidemment était plus soucieuse des droits des des retenues que des droits des Français à vivre en sécurité. Bien évidemment, l'insécurité est terrible avec tous ces détournements de fonds européens.
Mais les mecs qui font ça, faudrait les mettre dans des cras, même les présumés innocents. Bon, ça c'est pour les visites parlementaires, mais il y a encore une autre façon de rentrer dans les cras. Et oui, parce que Contraste, c'est une émission de sciences sociales.
Je sais pas si vous vous souvenez, ces lieux d'enfermement peuvent être aussi des terrains de recherche pour les chercheuses et chercheurs. En effet, il y a une longue histoire de la recherche en sciences sociales sur les lieux d'enfermement, notamment en lien avec des groupes militants pour les personnes privées de liberté à partir des années 70. C'est à cette période que se fonde le GIP, groupe d'informations sur les prisons sous l'impulsion notamment de Michel Foucoot et du sociologue Daniel De Fer.
L'idée c'est de recueillir des témoignages de prisonniers pour montrer les conditions indignes de détention à une époque où il n'y a pas de droit de visite et où il est très difficile de savoir ce qui se passe dans l'univers carcéral. On vous a déjà parlé de Michel Fou, mais c'est vraiment le chercheur du monde carcéral avec son ouvrage surveiller et punir. Et depuis, il y a eu plein de travaux de recherche différents sur plein de lieux d'enfermement différents, mais notamment sur les Cras parce que les CAS en tant que tel, ce sont des lieux de privation de liberté un peu plus récents.
C'est sous mitérant que ces centres de rétention sont institutionnalisés en 1981. Avant ça, les personnes qui allaient être expulsées étaient enfermées dans des camps de rétention ou dans des entrepôts cachés. On pense au hangar de harank utilisé secrètement par la préfecture, véritable prison clandestine où on faisait disparaître les personnes interpellées sans en informer les proches.
Oui, comme l'explique Loui, les CR sont venus institutionnaliser des pratiques d'enfermement arbitraire qui existaient déjà sur les populations sans papier. Et ça, c'est le fruit d'une longue histoire de la mise à l'écart des populations indésirables au sens large. Et ils trouvent leurs sources en particulier dans l'histoire coloniale puisque c'est dans les colonies que l'internement administratif a vu le jour.
Mais les centres de rétention visent à enfermer des étrangers en situation irrégulières, non pas parce qu'ils auraient commis un crime, un délit ou une infraction, mais simplement parce qu'ils n'ont pas euh les bons papiers. C'est cette rationalisation de l'enfermement administratif qui essaie d'étudier les nouveaux travaux de recherche de chercheuses et chercheurs sur la question et notamment une chercheuse que vous venez de voir dans l'extrait précédent et qui a fait le buzz dans la sociogafhère sur internet. sphère assez restreinte mais quand même petite roco de livres avec comme on les enferme de Louise Tassin aux éditions de la découverte.
L'ouvrage est issu d'une enquête ethnographique réalisée sur trois terrains. Le CA de Molnet en France, l'île de Lesbos en Grèce et celle de Lampedusa en Italie. Le bouquin on l'a ici et ce qui nous intéresse parmi ces trois terrains, c'est le CR de Moln.
C'est une ville inventée pour l'anonymat. L'intérêt du travail de Louis Stassin, c'est l'ethnographie, c'est-à-dire une des méthodes scientifiques utilisées par la sociologie. Oui, on vous en avait déjà parlé dans un épisode précédent.
Énormément de travaux de sociologues s'appuent sur des enquêtes. Les chercheurs se confrontent à leur objet d'étude. Ils vont observer des gens dans l'environnement social en immersion et ça demande parfois un très grand niveau d'investissement.
L'enquête de Louis Stassin sur les CR, elle permet de mettre au jour la relation entre les retenus et le personnel qui gère les centres. La particularité de son enquête, c'est qu'elle a réussi à entrer dans les cras en ayant une autorisation officielle de l'État. Elle est entrée par les supérieurs hiérarchiques des flics en fait.
Et ce qu'elle a observé sur le quotidien des policiers qui bossent en CR et éclairant. Ni gratifiante ni stimulante, cette activité se limite à une garde généralement synonyme d'attente et les policiers affectés au poste de surveillance passent une bonne partie de leur temps à discuter ou à jouer sur leur téléphone portable. Pratique interdite mais tolérée dans les faits.
À l'ennui s'ajoute un fort sentiment de relégation. La hiérarchie étant critiquée pour son manque de considération à l'égard de ces brigades au point d'alimenter des formes de concurrence avec la population enfermée. Ils s'en foutent de nous.
Ils nous respectent moins que les retenus. Tout cela nourrit une lassitude mêlée de frustration. Si bien que la plupart des agents souhaitent quitter le service.
Bon, globalement, les flics s'emmerdent et ils ont pas envie d'être là. D'ailleurs, personne choisit de bosser dans un cras. En général, c'est une première affectation.
Et pour les gradés qui bossent sur place, par ce qu'explique Louis Stassin, c'est qu'en général, ils ont des casseroles. Quoi ? Des policiers qui ont des casseroles dans la police républicaine de la France d'Emmanuel Macron ?
Je n'ose y croire. Non mais t'inquiète pas, ils sont quand même violents. CR non mais ces mots sont inacceptables dans un état de droit.
La France, il mett du scotch. Ils mettent du scotch, il scotch tout le mec. Vive la France. et de mettre le casque, le scotch et ram de force.
Les escorteurs le sangle pour le transporter de force dans l'avion. Je préfère l'amé. C'est la procédure en cas de rébellion.
Ah mais c'est la procédure, ça va alors. Mais l'enquête de Louis Tassin a quand même permis de révéler quelque chose d'étonnant. Les relations avec la police sont assez limitées dans les cras.
En fait, ce sont pas les flics qui sont quotidiennement en contact avec les retenus. Et non, ce sont des salariés de sociétés privées. Cette transformation organisationnelle révèle un glissement progressif du rôle de l'État.
Avec l'externalisation, tout ce qui relève de la gestion quotidienne des individus est confié aux prestataires tandis que la mission des fonctionnaires se concentre sur des objectifs sécuritaires lié à l'escorte et au blocage de personnes. Surveiller les déplacements des retenus au sein du CR. Gérer les arrivées et les sorties du centre, tribunal, consulat, aéroport, libération, garder les issues et l'intérieur du site et enfin intervenir en cas de conflit.
Donc, les policiers gardent un rôle sécuritaire avec des tâches assez visibles et choquantes. Oui, d'ailleurs, c'est sur ces tâches que vont s'attarder les documentaristes et les parlementaires en visite. Mais la vie quotidienne dans le centre se fait au contact d'agent du privé et ça c'est le temps long de l'enquête sociologique qui permet de le dévoiler.
Cette ouverture au privé, elle date de 2007 et aujourd'hui ça en est au point où il y a des zones dans les cras auxquelles seuls les prestataires privés ont accès. Les policiers n'ont pas la clé. Ils peuvent pas y aller.
Louis Tassin a d'ailleurs découvert que ses agents du privé sont quasi tous immigrés et ont parfois été sans papier. C'est au point où ils font même des blagues avec les retenues en leur expliquant qu'ils pourraient être à leur place. Ça montre en fait les aporis des politiques migratoires françaises puisqu'on se rend compte que au sein même d'une institution comme un centre de rétention en fait pour faire un peu les bases besogones disons des politiques d'expulsion, on a besoin de cette main d'œuvre étrangère que constitue les étrangers ou plus largement les immigrés qui de fait représentent une main d'œuvre relativement corvéable.
Mais on peut se demander comment ces personnes arrivent à bosser là-dedans alors qu'elles pourraient être de l'autre côté. Ouais. D'autant plus qu'on a régulièrement des scandales qui pointent les conditions de détention dans les cras.
Par exemple, en mars dernier dans le journal d'investigation normand le poulpe, on apprenait que le contrôleur général des lieux de privation de liberté avait rédigé un rapport accablant au sujet d'un centre proche de Rouan. Au menu d'un rapport publié il y a quelques jours, des mots bien connus entre force de l'ordre en sous-effectif, violence interpersonnelle récurrente, pathologie en santé mentale ou addiction non prise en charge, vie sociale et activité quasi inexistante ou encore manque d'hygiène, d'intimité et promiscuité forcée. Les témoignages allaient aussi dans ce sens pour le CR de Sémarne visité par les députés insoumis parce que franchement ici c'est atroce, on reste enfermé 24/ 24, il y a il y a quasiment aucune activité.
Voyez les repas, il pas trop ça. On fait avec euh l'hygiène, c'est vraiment les douches, les les douches, les toilettes, il restent des des 1 an, il nettoie jamais. Franchement, c'est vraiment la misère.
Ici, un des moyens de supporter cette violence et ces conditions pour les agents privés, c'est l'uphémisation. Bah oui, vous vous souvenez, les CR, c'est pas des prisons. Donc, les personnes sont quand même dans cette zone de vie très libre de leur mouvement.
Elles n'ont juste pas le droit de sortir du bâtiment bien sûr. Et donc pour les agents, on va présenter l'accueil des personnes retenues dans les cras comme de l'hébergement, de l'hôtellerie même. On est à la limite du meublé de tourisme.
Si la plupart des agents agentes n'adhèrent pas aux valeurs de l'institution, toutes et tous ont en revanche intériorisé une rhtorique du service qui contribue à édulcorer les dimensions sécuritaires de la rétention et de leur métier. De fait, les termes employés pour qualifier le travail des prestataires empruntent largement au champ lexical de l'hôtellerie. Accueil, séjour, prestation hôelière, hébergement, chambre, buanderie, confort.
Toute une terminologie vient renforcer les euphémismes déjà en vigueur en rétention où l'on parle de retenu et pas de détenu, de salles de visite et pas de parloir, de garde et pas de surveillance et cetera. Les agents arrivent donc à se convaincre au moins en partie qu'ils vivent dans un monde où ils accueillent les gens dans des chambres en évacuant la privation de liberté. Pourtant, plusieurs choses dans les craves viennent rappeler qu'on n évidemment pas dans un lieu comme les autres.
Notamment parce qu'on y enferme aussi des enfants. C'est des petites prisons pour enfants. Non, c'est pas des prisons.
Elles n'ont juste pas le droit de sortir du bâtiment. Bien sûr, des enfants sont retenus dans ces centres et la France a été condamnée à de multiples reprises pour ses faits. La Cour européenne des droits de l'homme a condamné la France pour violation de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui prohbent les traitements inhumains et dégradants et de l'article 8 de cette convention qui protège le droit au respect de la vie privée et familiale.
Elle a motivé sa décision par le jeune âge des enfants, la durée de la détention subie et les conditions propres à leur enfermement. Finalement, une des rares mesures positives de la loi immigration 2024, ça a été l'interdiction de l'enfermement de mineurs. Oui, c'est l'article 741-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui dispose que l'étranger mineur de 18 ans ne peut faire l'objet d'une décision de placement en rétention, sauf à Mayotte, c'est écrit dans la loi.
À Mayotte, ça s'appliquera que en 2027. Peut-être. Peut-être.
Et oui, Mayotte, parce que si on parle de CR sans parler de Mayotte, on en parle mal. En 2024, il y avait au total 4592 personnes enfermées dans des cras. Sur ce chiffre, seulement 16228 étaient détenus dans l'hexagone.
À Mayotte, il y avait 22325 personnes retenues, dont des enfants. Donc un territoire 1450 fois plus petit et 200 fois moins peuplé que la métropole compte pourtant 6000 retenus de plus dans ses cras que l'hexagone. Bref, retenez que la majorité des retenus de tout le pays sont à Mayotte.
Et cette réalité, elle est assez peu médiatisée. On est rendu à vous montrer un reportage d'une visite d'un eurodéputé reconquête. Ouais, on a réussi à trouver pire que Julia Audoule.
De retour au CR, le politique constate l'ampleur de l'immigration clandestine à Mayotte. Le centre est occupé à 76 %. L'an dernier, 25380 personnes ont été reconduites à la frontière.
C'est le crac qui expulse le plus et le plus vite en France. Bagnotte, c'est un gros sujet, mais la situation permet de mettre en lumière l'héritage colonial de ces pratiques de tri et de l'enfermement des étrangers dont on vous parlait au début de l'épisode. Comme l'explique à la revue Afrique 21 le sociologue Nicolas Roinzard, Mayotte est une ancienne colonie décolonisée d'un point de vue juridique mais qui subit un traitement différencié à l'échelle nationale qui n'est pas sans rappeler l'exceptionnalité juridique propre à la gouvernance coloniale.
En effet, l'île est un véritable laboratoire pour les lois sécuritaires, un territoire doté d'une législation différente de celle du reste du pays. On peut citer l'enfermement massif d'enfants en rétention, des restrictions sur la circulation qui transforment l'île en vaste prison à ciel ouvert, des dérogations dans l'accès au séjour ou dans l'accès à la procédure d'asile ou encore les expulsions de bidonville largement facilité pour l'administration. Il s'agit d'un véritable état d'exception permanent.
Ces crames à existent dans un état d'exception juridique et sont encore plus opaques que ceux de la métropole. Ouais, on vous a dit que c'était difficile de trouver des reportages sur le sujet et c'est encore plus dur de trouver des enquêtes sociologiques qui sont consacrées. Nicolas Roinzard, qu'on vous a cité juste avant a bien travaillé sur l'île avec son ouvrage une situation post-coloniale Mayotte ou le gouvernement des marges.
Mais lorsqu'il s'agit de l'intérieur des centres de rétention administrative, la littérature est bien plus rare. Voilà, c'est un appel à projet sans argent. Si vous êtes sociologue et vous voulez faire une enquête sur les Cras à Mayotte, de toute façon, c'est des sociologues, ils ont l'habitude des appels à projet sans argent.
Allez, petit résumé. Oui, petit résumé. La France a totalement normalisé la pratique de l'enfermement administratif pour gérer les étrangers indésirables sur son territoire quitte à séparer des familles ou à enfermer des enfants.
Le lieu d'enfermement principal, ce sont donc les cras où les mauvaises conditions de vie et les violences sont régulièrement dénoncées. Ces lieux d'enfermement sont particuliers car il ne s'agit pas sur le papier de prison mais de lieu où sont enfermés les gens sur simple décision administrative dans une sorte d'arbitraire légal. Leur accès est compliqué mais reste possible grâce aux droits de visite parlementaire, aux enquêtes journalistiques ou sociologiques.
Ces dernières permettent d'analyser plus finement leur fonctionnement, notamment dans le cas de l'enquête de Louis Tassin dont on vous a parlé et qui a permis de mettre en exergue le rôle des agents de société privée. Et enfin, les CR s'inscrivent dans une logique de gestion coloniale des populations, notamment à Mayotte qui concentre la majorité des retenus. L'enfermement administratif dans un état de droit, c'est supposé être exceptionnel parce que c'est de l'arbitraire.
Mais là, on l'a banalisé. L'Europe qui se barricade, il y a de plus en plus recours, allant même jusqu'à externaliser la rétention à l'étranger. On pense notamment à l'accord entre l'Italie et l'Albanie.
Cette banalisation, elle se fait aussi parce que les personnes enfermées sont des migrants issus des pays du sud global. Oui, on garde notre empathie pour les personnes blanches enfermées par l'ICE aux États-Unis. Vous êtes l'un des premiers concernés par la pratique de l'ICE.
Vous êtes naturellement français, vous avez vous êtes manager d'un club de tennis aux États-Unis dans le Connectic Cut, il me semble bien. Connecticut. Connecticut, vous avez été vous justement détenu pendant 1 mois par la police de l'immigration.
Est-ce que vous pouvez d'abord nous raconter votre parcours ? Comment ça s'est déroulé pour vous ? Pourtant, la mobilisation contre ces lieux d'enfermement en France comme aux États-Unis est centrale.
Les règles d'exception et l'arbitraire qui règne pourraient très bien être étendu à l'ensemble de la population comme on l'a vu avec l'état d'urgence. Oui, puis on peut aussi se mobiliser compte parce que c'est pas bien déjà maintenant. Il y a une opacité sur le fonctionnement et une véritable déshumanisation des populations enfermées.
L'idée même que des personnes puissent être illégales doit être interrogé. D'ailleurs, le nom d'un réseau international d'aide aux migrants, c'est personne n'est illégal. Donc déjà ici et maintenant, il y a des choses concrètes qui peuvent être mises en place.
Mais par exemple, une régularisation massive des sans papiers comme en Espagne. Unillot. Et on se retrouve très vite pour un nouvel épisode de contraste.
Et si vous voulez continuer à soutenir la production de qualité de Blast, mais particulièrement notre émission surtout nous n'hésitez pas à faire un don à Blast. C'est un nom inventé pour l'occasion. Anonyme anonyme inventé.
C'est une ville inventée pour l'anonyme. Ouais, il glande rien. Qui est surpris ?
Vous voulez faire une Vous voulez faire Vous voulez faire Vous voulez faire une enquête ?
Bruno Retailleau