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Chroniqueyoutube.com· 22 septembre 2022 11 minAutoproduitActualité / polémiqueTravail & emploiÉconomie & entreprisesSolidarités & familleEnvironnement & énergie

FABIEN ROUSSEL : LE COMMUNISTE PRÉFÉRÉ DE LA DROITE

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:00Fabien RousselFait
    « Je ne suis pas pour une société de l’assistanat et du farniente. »
  • 2:30Fabien RousselPromesse
    « Eradiquer le chômage, ça veut dire que nous avons tellement de défis à relever, d’emplois à pourvoir, que dans ma France il n’y a plus de chômage, il n’y a plus d’allocations chômage. »
  • 4:30Fabien RousselFait
    « Je préfère, moi, dire qu’il faut manger moins de viande mais en manger mieux et de la française. »
  • 5:30Fabien RousselFait
    « Je ne suis pas pour une France du RSA et du chômage. »
  • 7:30Fabien RousselPromesse
    « Ma France, ma République, celle dont je rêve pour nos enfants, c’est celle qui garantit un emploi et une formation pour toutes et tous. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Mon projet, c’est d’éradiquer le chômage, et c’est pour ça que je veux mettre fin, oui, à un système qui fait aujourd’hui, qui nourrit le chômage par les allocations chômage et par le RSA. Je suis pour une société du travail, de la solidarité. Je ne suis pas pour une société de l’assistanat et du farniente.

Je crois que Fabien Roussel touche du doigt un problème dramatique dans notre pays, lorsqu’il montre, par les réactions qu’il suscite, que la gauche aujourd’hui préfère défendre les allocations sociales que le travail. A droite, et en tout cas les Républicains, on a toujours mis en avant la valeur travail en disant que cette valeur devait l’emporter sur un assistanat généralisé. Pour moi l’assistance est un droit, mais l’assistanat c’est un piège.

C’est ça aussi qui a touché la gauche, c’est que la gauche elle l’a entretenu, ce système de revenus de substitution à vie pour certaines familles. Fabien Roussel, député du Nord et secrétaire national du Parti communiste français, a parfaitement compris comment fonctionnent la presse et les médias dominants. Il a parfaitement compris que ce n’était bien sûr en réclamant l’abolition du capitalisme qu’il allait faire la tournée des radios et des télévisions.

Il a parfaitement compris que pour être invité partout, il faut plutôt flatter les éditorialistes et les journalistes mainstream dans le sens du poil. Leur dire ce qu’ils ont envie d’entendre, parce que c’est ce qu’ils disent eux-mêmes. Par exemple, des trucs de droite, ou qui pourraient aussi être dits par la droite.

Eradiquer le chômage. Eradiquer le chômage, ça veut dire que nous avons tellement de défis à relever, d’emplois à pourvoir, que dans ma France il n’y a plus de chômage, il n’y a plus d’allocations chômage, et c’est de ces allocations dont je parle. Il n’y a plus de RSA, il n’y a plus ces revenus de substitution qui permettent de nourrir le chômage.

Moi je veux nourrir le travail. Au début de l’année 2022, il a ainsi fait une grande partie de sa campagne présidentielle en se moquant des “bobos” qui se nourrissent de “quinoa” et de “tofu”. Écolo ça ne veut pas dire ne plus manger de viande et se taper du quinoa, du tofu à chaque repas.

Et en expliquant que “les gens” veulent plutôt manger de la “bonne viande bien de chez nous”. Je préfère, moi, dire qu’il faut manger moins de viande mais en manger mieux et de la française. Il n’a pas précisé comment il sait ce que veulent “les gens”, il les peut-être interviewés, un par un, dans un pays de 67 millions d’habitants, ce n’est pas une mince performance.

Ou alors : Fabien Roussel ne sait pas du tout ce que veulent “les gens”, mais prétend quand même parler en leur nom. Ce que nous savons, nous, par contre, c’est que la consommation de viande, et en particulier de viande rouge, n’est pas exactement ce qu’il y a de mieux pour notre santé. Et surtout, nous savons de façon certaine qu’elle est catastrophique pour la planète, et que l’élevage est l’une des principales causes du dérèglement climatique.

L’élevage est responsable de 14,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre dont 9,7 % pour les seuls bovins. C’est légèrement plus que le secteur des transports. Lorsqu’il prétend parler en leur nom en soutenant qu’ils veulent manger de la bonne viande bien nationale plutôt que des aliments moins nocifs pour eux-mêmes et pour le climat, Fabien Roussel sous-entend donc que “les gens” ne se soucient ni de leur propre santé, ni de la protection de l’environnement.

Pour le dire autrement, il suggère que “les gens” sont un peu bêtes, et un peu méchants. Mais en termes de communication, ce mépris se révèle extrêmement payant : les déclarations de Roussel ont été acclamées, notamment par la presse de droite, qui adore qu’un communiste dise exactement la même chose qu’elle. Etes-vous adepte de la bonne viande ?

Vous n’avez pas honte ? Ah bon ? Vous n’avez pas honte avec votre barbecue de mettre ainsi en avant votre virilité lors des barbecues, comme le dénonce Sandrine Rousseau.

Franchement, Mabrouk vous n’allez pas me parler du sexe des escalopes, quand même. Du coup, la semaine dernière : le patron du PCF a remis ça. Le 9 septembre, pour inaugurer à sa façon la Fête de L’Humanité, il a déclaré que la gauche devait “défendre le travail et le salaire et ne pas être la gauche des allocations et des minima sociaux”.

Puis il a précisé, pour le cas où son message n’aurait pas été bien compris : “Je ne suis pas pour une France du RSA et du chômage”. Ma France, ma République, celle dont je rêve pour nos enfants, c’est celle qui garantit un emploi et une formation pour toutes et tous, un salaire tout au long de la vie et non pas une France du chômage, des primes, des minimas sociaux et des seuils de pauvreté. On veut de la dignité gagnée par le travail.

Fabien Roussel a donc choisi d’opposer le travail, non pas au capital, comme on aurait pu s’y attendre de la part du plus haut responsable d’un parti qui se dit communiste, mais aux allocations-chômage, et aux minimas sociaux qui permettent à celles et ceux qui n’ont rien de survivre, très en dessous du seuil de pauvreté. Il y a ceux qui défendent le droit à la paresse, il y a ceux qui défendent l’idée de mettre le RSA à 1000 euros. Je défends, moi, l’idée que nous devons garantir, nous devons nous projeter dans une société qui garantisse à tous un vrai emploi.

En faisant ces déclarations, Roussel a également choisi d’opposer les salariés, non pas au patronat, mais aux chômeurs, et aux bénéficiaires du RSA. Dont le montant, rappelons-le, est inférieur à 600 euros par mois. A titre de comparaison, on peut également rappeler que si on additionne ses différentes indemnités, un député, comme, disons, Fabien Roussel, gagne 7 200 euros par mois, c’est-à-dire douze fois plus.

Et ces choix ne sont pas neutres : ils inscrivent Fabien Roussel dans une tradition déjà ancienne. Car il y a fort longtemps que des politiciens de droite et leurs journalistes d’accompagnement stigmatisent celles et ceux qu’ils appellent “les assistés”. C’est-à-dire : les bénéficiaires des aides sociales et des minimas sociaux, surtout lorsqu’ils ne sont pas bien de chez nous.

En 2006, par exemple, l’hebdomadaire Le Point, expliquait que “l’aide à l’emploi tuait l’emploi”. Ce magazine réclamait donc un contrôle plus étroit des chômeurs, et des sanctions contre ceux qu’il appelait les “tricheurs du chômage”. Cinq ans plus tard, en 2011, Le Figaro, le journal du groupe Dassault, avait consacré la couverture de son supplément hebdomadaire, Le Figaro magazine, à ce qu’il appelait “la France des assistés”.

Ce journal, dont Fabien Roussel semble s’être directement inspiré, dénonçait alors “ces allocs qui découragent le travail”, et priait le gouvernement de s’attaquer au RSA. La même année, en 2011 toujours, donc, Laurent Wauquiez, qui était à l’époque ministre des Affaires européennes au sein du gouvernement Fillon, avait bruyamment dénoncé, je cite : “les dérives de l’assistanat”, qui étaient selon lui : un des vrais cancers de la société française parce que ça n'encourage pas les gens à reprendre un travail. Laurent Wauquiez avait alors proposé que l’État impose aux bénéficiaires du RSA d’effectuer cinq heures de ce qu’il appelait du “travail social” par semaine en échange du versement de cette aide.

En contrepartie du RSA, il faut que chacun assume chaque semaine cinq heures de service social. Depuis, ces attaques de la droite contre les chômeurs et les bénéficiaires des minima sociaux n’ont jamais cessé. Au mois de janvier dernier, Le Figaro, qui est littéralement gavé d’aides publiques à la presse, expliquait encore que le RSA était “dispendieux”, c’est-à-dire trop coûteux pour la collectivité, et qu’il n’avait “pas fait ses preuves”.

Beaucoup plus récemment, le 25 août, le très, très, très droitier député Républicain Éric Ciotti, candidat à la présidence de son parti, a tweeté que “le travail” ne trouvait “plus de distinction avec l’assistanat”. Car selon ce professionnel de la politique, “la somme des allocations est trop souvent en faveur de ceux qui ne travaillent pas”, et c’est d’autant plus regrettable, estime-t-il, que “derrière ces allocations se cachent nos impôts”. Traduction : les chômeurs se la coulent douce aux frais des contribuables.

Je souhaite qu’on aille beaucoup plus loin. Moi je souhaite notamment qu’on aille, par la diminution des charges sociales qui pèsent sur le salaire, sur une augmentation du salaire. Il faut qu’il y ait un écart, il faut que la durée du chômage, je le dis et j’approuve cette direction, soit plus courte et plus dégressive.

Cinq jours plus tard, le 30 août, Laurent Wauquiez, encore lui, expliquait qu’il avait eu bien raison de parler de “cancer de l’assistanat” en 2011. Sans surprise : ces déclarations ont été bien accueillies par la presse de droite. Les journalistes du Point, par exemple, ont poussé des hurlements de joie.

Lorsqu’il oppose le travail aux allocations et les salariés aux chômeurs ou aux bénéficiaires du RSA, Fabien Roussel, qui prétend encore une fois parler au nom des “gens”, et qui nous enrôle donc collectivement dans son douteux combat, s’inscrit donc bien dans une histoire très particulière, qui est principalement une histoire de droite. En tenant ces propos, et en disqualifiant toute critique et tout questionnement de ce qu’il appelle la “valeur travail”, le patron du PCF légitime donc le discours de la droite opposant le travail aux allocations, et contribue à installer cette opposition dans le paysage. Il se félicite pourtant d’avoir tenu ces propos : “Je ne regrette surtout pas d’avoir ouvert ce débat”, a-t-il expliqué le 15 septembre lors des journées parlementaires de son parti.

Nous n’avons pas peur de mettre le pied dans le plat sur certains sujets, comme moi j’ai pu le faire à l’occasion des élections présidentielles, sur des débats de société. Il fait donc semblant de ne pas savoir que ce prétendu “débat”, constamment alimenté par les attaques de la droite contre les bénéficiaires des allocations-chômage et du RSA, dure en réalité depuis des années et des années. Surtout, il fait semblant de ne pas savoir que ce prétendu “débat” a depuis longtemps été tranché, et qu’il n’a plus lieu d’être, car il ne s’agit pas pour la gauche de se battre pour les actifs contre les inactifs, mais pour les travailleurs et pour les chômeurs et pour les bénéficiaires du RSA, contre qui le gouvernement et le patronat mènent une guerre toujours plus féroce.

En relançant ainsi ce qu’il présente comme un “débat” nécessaire, en faisant semblant de ne pas savoir qu’il a été tranché depuis longtemps, Fabien Roussel sert objectivement les intérêts du gouvernement et du patronat, qui ont évidemment tout à gagner à relancer éternellement une discussion qui installe dans le paysage l’idée selon laquelle ce sont les chômeurs et les précaires qui menacent le plus directement les travailleurs. C’est un rhume, une angine, et on ne va pas bosser ? Mais c’est quoi ces gens qui ne foutent rien ?

C’est quoi ces glandus, ces assistés, ces feignasses ? C’est quoi ces fragiles, c’est quoi ces faibles ? Mais il est vrai aussi que si le patron du PCF se montrait moins accommodant, et que s’il arrêtait de leur servir ces discours qu’on dirait calibrés au millimètre pour les appâter : Le Figaro et Le Point l’applaudiraient sans doute moins fort.

Je vous présente le copain Hérisson, trouvé dans le jardin. C’est notre nouvel ami.