Aller au contenu
Tous les transcripts
ChroniqueLe Média (sur YouTube)· 22 août 2022 7 minAutoproduitActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesJusticeInstitutions & élections

UN PUISSANT OLIGARQUE VEUT RÉDUIRE LE MÉDIA AU SILENCE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 100 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:30Chiffre
    « Sa fortune est estimée à près d'un milliard d'euros. »
  • 4:30Fait
    « En 2008, Kenes a acheté un manoir près de Londres au prince Andrew, le fils cadet de la reine Elizabeth, qui a été mouillé dans le scandale Epstein. »
  • 5:00Fait
    « Kenes s'entend à merveille avec la famille Biden, faisant des affaires avec le fils Hunter, et prenant la pose avec le père, aujourd'hui président des États-Unis. »
  • 5:30Fait
    « Ramzan Kadyrov [...] a toujours pu compter sur la générosité de Kenes qui lui a fait construire un palais en Tchétchénie avec 13 000 mètres carrés de tapis et un jardin où poussent 16 000 roses. »
  • 6:30Fait
    « Dans une enquête que j'ai publiée le 18 mars, je révélais comment Kenes Rakishev avait été embauché comme consultant par Alstom pour favoriser les projets de la multinationale française au Kazakhstan. »
  • 9:00Fait
    « Au Média, nous avons l'immense fierté de ne dépendre d'aucun milliardaire et d'aucun oligarque qui nous diraient sur quoi enquêter. »

Modèle mistral-small-2603 · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Au Média, on a toujours eu un don pour se faire des copains. Le dernier en date vient d'un grand pays plein de steppes et d'uranium. Alors non, notre nouveau meilleur pote ne s'appelle pas Borat, mais effectivement il est originaire du Kazakhstan et je vous promets que c'est un gars en or Kenes Rakishev puisqu'il s'appelle ainsi est un oligarque qui gagne à être connu.

Il adore les week-ends virils à la montagne et les gros joujoux qui font du bruit. Kenes est né avec une cuillère d'argent dans la bouche. Il est issu d'une famille d'oligarques qui s'est enrichi à la chute de l'U.R.S.S.

Sa fortune est estimée à près d'un milliard d'euros. Kenes s'est offert plusieurs banques, une chaîne de télé. Il est même devenu président de la Fédération de judo kazakhe.

Kenes, puisqu'on va continuer à l'appeler par son petit nom, ne fréquente que du beau monde. Il est à tu et à toi avec les dictateurs qui se sont succédé à la tête du Kazakhstan, et notamment Noursoultan Nazarbaïev, un despote si modeste qu'il a fait rebaptiser la capitale kazakhe de son prénom et a fait mouler sa main pour en faire une statue géante en or. En 2008, Kenes a acheté un manoir près de Londres au prince Andrew, le fils cadet de la reine Elizabeth, qui a été mouillé dans le scandale Epstein.

Kenes s'entend à merveille avec la famille Biden, faisant des affaires avec le fils Hunter, et prenant la pose avec le père, aujourd'hui président des États-Unis. Mais par dessus tout, Kenes Rakishev a un BFF, entendez un "best friend forever" : le président tchétchène Ramzan Kadyrov. Ramzan Kadyrov règne d'une main de fer sur sa petite république du sud de la Russie.

Heureusement, entre deux assassinats d'opposants, le seigneur de guerre peut prendre un peu de bon temps avec son meilleur poto. Ramzan Kadyrov a toujours pu compter sur la générosité de Kenes qui lui a fait construire un palais en Tchétchénie. Avec 13 000 mètres carrés de tapis et un jardin où poussent 16 000 roses.

Kenes a même payé le voyage jusqu'en Tchétchénie de l'acteur Jean-Claude Vandamme pour qu'il claque la bise à Ramzan Kadyrov. J'adore l'eau. Dans 20 ou 30 ans, il n'y en aura plus.

Alors, me direz-vous, pourquoi diable, l'oligarque Kenes Rakishev s'intéresse-t-il à nous, petit média indépendant ? Il faut dire que ces derniers mois, on s'est beaucoup intéressé à lui. Dans une enquête que j'ai publiée le 18 mars, je révélais comment Kenes Rakishev avait été embauché comme consultant par Alstom pour favoriser les projets de la multinationale française au Kazakhstan.

Alstom voulait construire un tramway aérien dans la capitale Astana et comptait beaucoup sur Kenes, qui était à l'époque le gendre du maire d'Astana. Un cas manifeste de corruption puisque Kenes Rakishev occupait également des fonctions importantes au sein d'une société publique kazakhe. J'avais aussi dévoilé comment Kenes Rakishev, avait tenté d'acheter une Légion d'honneur française en rémunérant 200 000 $ un étonnant intermédiaire, un Français du nom de Fabien Baussart, notamment connu pour ses accointances avec le Kremlin et pour avoir voulu décerner le prix Nobel de la paix à...

Ramzan Kadyrov. A l'époque, quand j'étais sur le point de boucler mon enquête, j'avais essayé d'entrer en contact avec Kenes pour recueillir sa version des faits. J'avais notamment voulu savoir si la Légion d'honneur française, pour laquelle il avait payé était une vraie.

Les autorités françaises ne révélant pas la liste des récipiendaires étrangers de la Légion d'honneur. La peur, sans doute, qu'on sache que la France décore des salauds. Mes SMS et mes mails à Kenes Rakishev étaient restés lettre morte.

Mon enquête était sortie et mes preuves jamais démenties. L'été étirait sa torpeur, on cuisait à petit feu à Montreuil, quand, soudain, au Média, on a reçu une lettre en anglais. J'ai d'abord cru à une mauvaise blague d'un de mes anciens profs de collège qui aurait voulu me faire payer toutes les fois que j'avais massacré la langue de Shakespeare.

Mais non, c'était plus sérieux, car un grand cabinet d'avocats nous a écrit depuis Londres pour le compte de Kenes Rakishev le cabinet Schillings a notamment défendu le cycliste Lance Armstrong la maman de Harry Potter, J.K. Rowling, et une ribambelle d'oligarques russes plus ou moins recommandables.

Sur son site internet, le cabinet Schillings assure jouer dans la Champion's League des avocats. Ces Lionel Messi de la procédure-bâillon m'ont donc informé que Kenes Rakishev n’était pas content, mais vraiment pas content du tout du travail du Media. Schillings m'a fait savoir que si on ne retirait pas notre article avant le 15 août et si on ne présentait pas des excuses publiques à Kenes Rakishev, l'oligarque nous ferait poursuivre en Grande-Bretagne et au Pays de Galles.

Au début, tout ça m'a un peu inquiété. Mais ensuite, je me suis dit que ça faisait longtemps que je voulais revoir Londres et goûter à la merveilleuse cuisine britannique. J'ai donc pris ma plus belle plume.

J'ai apprêté mon plus bel anglais d'aéroport et j'ai écrit au cabinet Schillings. J'ai lu votre aimable lettre et vos menaces de poursuites judiciaires. Je ne supprimerai pas mon article et ne publierai aucune excuse envers Monsieur Kenes Rakishev.

Tout comme le Royaume-Uni, la France est un pays libre et les journalistes n'ont pas à obéir à un oligarque corrompu. Au plaisir de se voir au tribunal. Ce mail, ce n'est pas que de la fanfaronnade.

Bien sûr que nous ne céderons pas. Bien sûr que nous ne retirerons rien. Nous nous excuserons de rien.

Au Média, nous avons l'immense fierté de ne dépendre d'aucun milliardaire et d'aucun oligarque qui nous diraient sur quoi enquêter, ou sur quoi ne pas investiguer. Grâce à vous, grâce à votre soutien qui ne s'est jamais démenti, j'ai pu réaliser le rêve de tout journaliste : travailler en toute liberté, enquêter sans pression ni entrave sur la Françafrique, sur l'argent sale du Front national ou encore sur les hommes de l'ombre de la macronie. Si demain nous sommes attaqués en France, en Angleterre ou au pays de Galles, dans des procédures-bâillons qui nous coûteront très cher, nous irons la tête haute et le regard fier, sachant que nous pourrons toujours compter sur vous qui faites vivre Le Média par vos dons et vos abonnements.

Bien sûr, nous faisons face à des ennemis puissants et Kenes Rakishev ne reculera devant rien pour nous réduire au silence. En février dernier, alors que ma série d'enquêtes reliée au Kazakhstan n'était même pas sortie, un communiqué d'une banque dont Kenes est le patron nous menaçait déjà de poursuites judiciaires. Puis, quelques jours plus tard, un mystérieux individu pénétrait par effraction au Média et à mon domicile.

Les oligarques proches du régime kazakh ont l'habitude d'embaucher des barbouzes pour venir menacer ceux qui les gênent jusqu'en Europe. Mais nous n'avons pas peur car nous avons quelque chose que Kenes n'aura jamais, malgré son milliard d'argent sale, sa bromance avec Ramzan Kadyrov et la Champion's League des avocats qu'il se paye à prix d'or. Nous avons quelque chose que seuls les sans grade, les sans dents, les petites gens, les journalistes indépendants possèdent.

Nous, au moins, on peut se regarder dans une glace le matin.