Présidentielle 2027 : Jean-Luc Mélenchon a-t-il un boulevard ? Le débat de la grande matinale
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Chapitres
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Questions et réponses
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Jean-Luc Mélenchon a-t-il un boulevard pour 2027 ? Peut-il réussir là où il a échoué trois fois ?
- 1:26OuverteRéponse directe
Cécile Cornudet, comment résumer cet après-midi ? Démonstration de force ?
- 3:18OuverteRéponse directe
Thomas Legrand, comment avez-vous perçu cette démonstration ?
- 4:50RelanceRéponse directe
Cécile Cornudet, vous dites que rien ne pouvait choquer un socialiste bontain hier. C'est très nouveau ?
- 6:30OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que ça veut dire 'la primaire est finie' ?
- 6:43OuverteRéponse directe
Comment s'était positionnée la France insoumise vis-à-vis de cette primaire ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:46InvitéChiffre
« La France Insoumise communique sur un chiffre de 26 000. »
- 3:09InvitéFait
« En miroir inversé du grand remplacement. »
- 5:24InvitéFait
« On va faire la révolution de la cave au grenier. On va tout changer. »
- 5:46InvitéFait
« La VIème République remette de la démocratie participative le pouvoir au peuple. »
- 6:50PrésentateurFait
« La France insoumise ne voulait pas de primaire. Elle disait, nous, on a notre candidat. »
- 10:26PrésentateurFait
« Il n'a pas du tout parlé ni de race, évidemment, ni d'ethnie, ni d'immigration. »
- 11:51InvitéFait
« Quid des positions de la France insoumise depuis le 7 octobre, après le 7 octobre, qui ont été polémiques sur polémiques. »
- 12:11PrésentateurFait
« Il a consolidé son socle avec des provocations, en jouant sur les codes de l'antisémitisme. »
Temps de parole
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Vous savez que pour une fois, sans contestation possible, la première force politique de la gauche et du changement, la voici. La primaire est finie. C'est nous qui avons gagné l'honneur de marcher en première ligne.
La primaire est finie. Hier, Jean-Luc Mélenchon tenait son premier meeting de campagne à Saint-Denis, ville conquise par son parti pendant les dernières municipales pour sa quatrième présidentielle. Jean-Luc Mélenchon semble bénéficier de vents favorables, donnés plutôt haut dans les sondages. Il bénéficie surtout des divisions de ses adversaires au centre et à gauche. Alors, quid de 2027 ? Jean-Luc Mélenchon a-t-il un boulevard ? Peut-il réussir ? Là où il a échoué trois fois, c'est-à-dire atteindre le second tour de l'élection présidentielle ? Et avec quelle perspective de victoire ?
France Inter. La grande matinale. Sonia Devillers.
Et j'ai le plaisir d'en débattre ce matin avec deux confrères. Cécile Cornudet, bonjour. Bonjour Sonia. Vous êtes éditorialiste politique aux échos et Thomas Legrand, bonjour Thomas.
Bonjour Sonia.
Qu'on peut lire évidemment dans Libération. Alors, l'un et l'autre, j'imagine que vous avez regardé, vous avez fait vos devoirs d'éditorialiste politique. D'un mot, Cécile Cornudet, comment vous voulez nous résumer cet après-midi ? On a lu partout démonstration de force. C'était impressionnant en termes de monde présent. Alors, il a eu la chance d'avoir du beau temps, c'était très bien organisé. Il y avait des bus se faisant venir des gens, mais enfin, il faut quand même des gens montant dans les bus. Il y avait énormément de monde. Et c'est sans doute aujourd'hui... La France Insoumise communique sur un chiffre de 26 000. C'est sans doute... On ne sait pas.
Mais de toute façon, c'était quand même très impressionnant. Et c'est sans doute à gauche le seul capable d'attirer autant de gens. Et peut-être sur l'ensemble de la classe politique, aujourd'hui, je pense que personne ne peut faire ça. Retransmis sur les chaînes d'info. En continu, donc aussi un rôle de l'image très préparé et éminemment concocté en termes de mise en scène. Donc, la mairie et puis la basilique de Saint-Denis. Alors, la basilique de Saint-Denis, si vous pouvez nous en dire deux mots. Parce qu'à l'image, quand même, c'est le lieu des rois de France. Oui, c'est ça. Il se saisit de ce symbole.
Et pour montrer toute une continuité, une évolution de la France, de la basilique des rois de France, jusqu'à sa nouvelle France. En fait, il vient quand même... Sa force, c'est de venir dans cette campagne présidentielle avec un concept qui est quand même très fort. Parce qu'il permet de créer un nouvel espace électoral. Et finalement, c'est assez rare qu'un candidat arrive à faire venir aux urnes des nouvelles populations qui ne votaient pas. C'est son pari. On l'a vu dans les municipales, à certains endroits. En tout cas, à Saint-Denis, ça peut marcher. Et aujourd'hui, dans les sondages, ça a l'air de pouvoir fonctionner.
Et puis, c'est un concept en miroir de sans doute l'adversaire du second tour que sera le Rassemblement national. En miroir inversé. Donc, c'est extrêmement habile et sans doute mobilisateur. En miroir inversé du grand remplacement. On va y revenir, à cette notion de Nouvelle-France dont on a déjà débattu dans cette tranche. C'est de l'ancienne à la Nouvelle-France. Thomas Legrand, vous, comment vous avez perçu cette démonstration hier à Saint-Denis ?
Une démonstration, c'est vrai, impressionnante parce que le public qui était là était varié et assez jeune. Et j'ai vu dans ma ville, qui est aussi de Seine-Saint-Denis, la semaine d'avant, de jeunes militants d'origines très diverses distribuer des tracts. Ça fait longtemps qu'on n'avait pas vu des jeunes militants distribuer des tracts de façon assez joyeuse et assez sympathique comme ça. Donc, il arrive à mobiliser. Il arrive à mobiliser et je l'ai trouvé, lui, assez habile. C'est-à-dire qu'il s'est contraint. Il a lu un discours, un discours assez court. Il s'est d'ailleurs même...
Il s'est même excusé auprès de son public en disant « ça va être court et je vais le lire, je ne vais pas sortir ». Mais parce que retransmission sur l'échelle d'info ? Alors, d'abord, ce n'était pas retransmis sur BFM ni sur LCI. Ce n'était que sur France Info parce qu'il y avait la marche blanche. Mais c'est ce qu'il a dit. C'était pour ça. Mais moi, je pense que ce n'est pas pour ça. Il l'a fait parce qu'il est dans une stratégie de dédiabolisation. Après s'être lui-même diabolisé pour pouvoir solidifier sa base, il est déjà, peut-être un peu tôt, mais il est déjà dans une stratégie de dédiabolisation, comme il est le seul à gauche. Parce que vous parliez de boulevard tout à l'heure.
Il est vide le boulevard. Ou alors il est trop plein. C'est pareil. En tout cas, il est le seul sur le boulevard. Et pour une fois, il s'adresse à tout le monde. C'est-à-dire que tout ce qu'il a dit hier, rien ne pouvait choquer.
Ça m'amuse beaucoup parce que les échos et les libérations ont la même analyse qui s'est passée hier. C'est inquiétant.
Rien ne pouvait choquer un socialiste bontain hier. Et ça, c'est très nouveau.
Voilà la théorie de Cécile Cornudet.
C'est très nouveau dans le discours de Mélenchon.
Mélenchon enfile son masque de Mitterrand. Oui, il fait ça à chaque campagne. Mais moi, je pense que c'est un jeu de forme. Et effectivement, dans la forme, il met une cravate, il sourit, il se contraint. Mais dans le fond, il ne lâche rien. Et même il dit, on va faire la révolution de la cave au grenier. On va tout changer. Et d'ailleurs, le concept de Nouvelle-France, c'est... Ce qui, pardon, n'est pas du tout dans le vocabulaire mitterrandien. Non. Qui ne se présente pas du tout comme un artisan du grand soir.
Je pense que c'est un révolutionnaire qui ne lâche rien sur l'économie. Mitterrand en 1981 avait des mots très durs et assez radicaux. C'était quand même anticapitaliste, il voulait être nationalisé. Si, si, quand même. Il y avait de la radicalité.
Mais là, c'est sur tout, y compris sur le rôle de la police. Enfin, vous prenez tout. Et puis, la VIème République remette de la démocratie participative le pouvoir au peuple. En fait, c'est une révolution, pas avec une fourche, mais avec une cravate et un sourire. Mais c'est quand même un discours extrêmement dur sur le fond. Et là, il ne lâche rien. Et je pense que c'est d'autant plus fort qu'il y a un jeu comme ça entre la forme et le fond qui ne bouge pas. Entre la forme et le fond, Thomas Laurent ?
Le fond modéré ne veut pas dire modéré. Donc, c'est très important. Et ce que lui reproche beaucoup le reste de la gauche, c'est de brutaliser le débat. Ce n'est pas tellement le fond. Le fond, on n'en parle pas encore. Les propositions concrètes, il n'y en a pas beaucoup. Il en débattra quand il y aura des candidats sérieux et crédibles et qui auront émergé à gauche.
Alors, qu'est-ce que ça veut dire la primaire est finie ?
La primaire est finie, c'est parce que tout le monde a compris que le parti socialiste, les écologistes et les communistes n'arriveront pas à organiser cette primaire. Ils ne sont pas d'accord entre eux. Certains la veulent, certains en veulent nul, certains en veulent deux. Ça devient n'importe quoi.
Comment s'était positionnée la France insoumise vis-à-vis de cette primaire ?
La France insoumise ne voulait pas de primaire. Elle disait, nous, on a notre candidat. Et ça lui allait bien que l'autre candidat soit Raphaël Luxemann. Parce qu'il y avait deux offres comme ça, très identifiées. Sauf que Raphaël Luxemann n'émerge pas vraiment. Il est un peu en tête des autres candidats. Un petit peu, mais ça ne perce pas assez. Et donc, pour l'instant, il est seul. Et vous disiez, est-ce que c'est un boulevard pour la présidentielle ? C'est beaucoup trop tôt pour le dire. Là, on ne va pas rappeler la litanie des boulevards pour Alain Juppé, des boulevards pour Dominique Strauss-Kahn, des boulevards pour tous ceux qui ont perdu à l'élection présidentielle.
Mais pour l'instant, il y a quelque chose d'intéressant. C'est que, pour une fois, alors il le fait de temps en temps, et ça ne dure pas très longtemps. Et d'ailleurs, il est obligé de se contraindre. On l'a dit tout à l'heure, il se contraint. Quand vous êtes obligé de vous contraindre et que vous vous retenez, c'est que votre naturel est différent. Donc, pour une fois, il s'adresse à tout le monde, à gauche. Et ça, ça lui fait marquer des points.
Cécile Cornudet, on l'a vu aussi hier, comment dire, attaquer frontalement Jordan Bardella et le RN en disant « voilà un discours suprémaciste ». Je ne pense pas que ce mot était déjà sorti dans ce début de campagne. Suprémaciste et parlant de Jordan Bardella comme un candidat trumpiste. Donc, il installe clairement la France insoumise face au RN comme le rempart face à l'extrême droite, le rempart face à la menace trumpiste, le rempart face à l'extrémisme identitaire suprémaciste. Oui, pour contrer cette petite musique qu'essaye d'installer l'autre gauche, si c'est Jean-Luc Mélenchon au second tour, il perd face à Marine Le Pen. Les sondages, aujourd'hui, donnent un gros écart entre eux.
Et lui, pour contrer ça, il joue sur une sorte de réflexe psychologique qu'on a tous. Face à une peur, on choisit la peur du RN. On choisit la réponse qui paraît la plus forte. Et donc, il essaye d'installer une gauche très dure, comme on l'a dit, comme meilleur rempart face au RN. Tout est construit en miroir. Tout est construit en miroir. Tout est construit en miroir. Et cette nouvelle France, elle est faite pour ça aussi. C'est-à-dire que quand il dit « nous ne renierons pas, mesdames et messieurs, les fachos », c'est-à-dire qu'il s'adresse aux fachos. Tout est construit au regard de même, c'est du mot pour mot, c'est du terme pour terme, c'est réplique contre réplique.
Parce qu'ils voient bien la situation politique. C'est quand même le RN qui a le plus de chances aujourd'hui d'être au second. Donc on va droit vers le duel ?
Non, parce qu'il est beaucoup trop tôt. Mais si on veut revenir au concept de la Nouvelle-France, c'est très intéressant. Parce que quand ce concept est arrivé, il était arrivé un peu comme une provocation. Il a énormément choqué, il a énormément fait polémique. Oui, parce que c'était une réponse au concept de grand remplacement. Et il disait « on est les grands remplaçants ». Et donc ça validait un peu le grand remplacement. Vous dites qu'il y a un grand remplacement ? Eh bien nous, nous sommes les grands remplacements.
Et d'ailleurs, la plus qu'en dèche, on est chez nous, on est chez nous, hier. Non, non, mais c'était très intéressant.
Et ça a évolué, c'est ça qu'il faut noter. C'est que c'est arrivé comme une provocation. Et on se disait que la Nouvelle-France, c'était une France un peu communautariste, un peu immigrationniste. C'est comme ça que ça a été entendu. Et ce n'est plus du tout le discours de Jean-Marie Le Pen.
De Jean-Marie Le Pen, vous devez faire un lapsus absolument extraordinaire.
Oui, parce que c'est quelqu'un qui passe de l'autodiabolisation à la dédiabolisation. Donc il n'est pas innocent ce lapsus. Mais là, ce que vient de faire Jean-Luc Mélenchon, c'est d'avoir un discours sur la Nouvelle-France très républicain, très universaliste. Il n'a pas du tout parlé ni de race, évidemment, ni d'ethnie, ni d'immigration. Il a dit que la société a changé. Les hommes et les femmes n'ont plus les mêmes rapports. On a 80% de diplômés.
Donc on est chez nous, on est chez nous. C'est si le corps nudait, ça devient quelque chose d'inclusif au lieu d'être quelque chose qui exclut...
C'est du patriotisme ouvert face à un océanisme fermé. Voilà ce qu'il essaie d'installer, je pense. Et c'est la tradition de la gauche républicaine, d'ailleurs. Ça ne va pas durer, à mon avis, mais...
Et il parle à toute une frange de la population qui ne se sent pas représentée, c'est à sa force aussi, par le système politique depuis des siècles et des siècles. Donc faire venir aux urnes les jeunes et les personnes des quartiers défavorisés, c'est son pari. Et les faire sortir de l'abstention. Et il y croit. Il y croit. Non mais il y croit, il y croit. Il se voit présidentiel, il se voit président, il y croit.
Alors là, quand il s'agit de distinguer la sincérité de la tactique, la croyance du wishful thinking, c'est très difficile et on ne va pas se lancer là-dedans. En tout cas, il y a une jubilation.
Il y a une jubilation parce qu'il voit, depuis qu'il s'est mis en route, il voit l'explosion de l'autre gauche. Et donc pour lui, s'il n'y a pas meilleur scénario que celui qui est en train de se passer, il pense d'ailleurs que le fait d'être entré à ce moment-là en campagne, c'est-à-dire très tôt par rapport aux autres, et bien ça a accentué, ça a accéléré l'émiettement des autres. Et aujourd'hui, c'est sa première victoire. Quid des positions de la France insoumise depuis le 7 octobre, après le 7 octobre, qui ont été polémiques sur polémiques. Aujourd'hui, il en récolte les dividendes.
C'est-à-dire que vous avez commencé ce débat, Thomas Legrand, en disant qu'il s'est beaucoup durci, il s'est beaucoup radicalisé. Il a consolidé son socle.
Il a consolidé son socle avec des provocations, en jouant sur les codes de l'antisémitisme, il ne faut pas l'oublier. Et il s'est aliéné. Beaucoup d'électeurs de gauche qui n'iront plus jamais, même s'ils n'iront plus jamais voter pour lui, disent-ils, peut-être, évidemment. S'il y avait un deuxième tour, je ne crois pas encore au deuxième tour Bardella-Mélenchon. Pourquoi vous n'y croyez pas ? Mais parce que face à du trumpisme, il ne faut pas... Face à une peur, il ne faut pas une autre peur. Face à une peur, il faut quelqu'un qui dise, écoutez, arrêtons la polarisation, rassemblons-nous. Il y a encore en France, à mon avis, une...
Je n'aime pas ce terme majorité silencieuse, mais je pense qu'on peut l'utiliser de temps en temps, des gens qui ne sont pas dans le débat politique national, qui est toujours polarisé, mais qui sont modérés. Vous savez, quand les Français choisissent d'élire des maires ou les représentants de leur département ou de leur région, ils choisissent des socialistes ou des LR. Ils ne choisissent pas des macronistes, ni des RN, ni des insoumis.
Il y a un poste de Jacques Attali ce week-end qui dit « On va tout droit au duel RN-LFI. »
Pour l'instant, il n'y a pas d'offre en face. Il y en aura bien une en septembre. S'il n'y en a pas, évidemment. C'est le corps nudé, le mot de la fin.
Pour vous, on va tout droit au duel ? Non, pareil, je pense comme Thomas. Ça dépend s'il y a un peu un ménage qui se fait dans tout l'espace central. Au moins une figure émerge capable de rallier son camp, par exemple si c'est Édouard Philippe, et puis au second tour d'attirer une partie de la gauche plus modérée. Donc, ce n'est pas joué encore. Mais je trouve que Jean-Luc Mélenchon, en rentrant si tôt en campagne, alors qu'on dit beaucoup que les Français ne sont pas dans la campagne, il met quand même des thèmes, il donne un tempo. Et les autres apparaissent un petit peu en retard et très très divisés. Cécile Cornudet, des échos. Thomas Legrand, de Libération. Merci à tous les deux.
L'avantage, c'est que comme il est entré en campagne tôt, vous allez revenir pour continuer à en discuter.