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interviewBFMTV· 11 avril 2023 21 min

Face-à-Face : Mathilde Panot

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:07
Présentateur

Il est 8h33 sur RMC et BFM TV. Bonjour Mathilde Panot. Bonjour. Vous êtes présidente du groupe La France Insoumise à l'Assemblée Nationale. Vous êtes vous-même députée du Val-de-Marne, dixième journée de mobilisation aujourd'hui, de grèves, de blocages, des scènes de grandes violences qui ont eu lieu en France depuis quelques jours, des manifestations qui se crispent, des manifestants qui se radicalisent, des affrontements avec les forces de l'ordre dans les rues ou à Sainte-Solene ce week-end, on va y revenir. Et Emmanuel Macron qui dans ce contexte vous accuse, vous, La France Insoumise.

Il y a un réel projet politique mené par La France Insoumise, dit le président, qui tente de délégitimer l'ordre raisonnable, de délégitimer nos institutions. Le projet politique de La France Insoumise, c'est de surfer sur les violences. Ils veulent saper nos institutions, délégitimer les tenants de l'ordre responsable. Que répondez-vous ?

0:53
Mathilde Panot

D'abord qu'Emmanuel Macron joue un jeu extrêmement dangereux avec la démocratie. Quand le président de la République compare et amalgame les manifestants aux factieux du Capitole, lorsqu'il considère qu'une opposition, qui est une opposition qui propose une alternative au pays, parce que c'est ça la démocratie, ce que fait La France Insoumise et la NUPES, c'est de dire nous pouvons vivre tout autrement dans ce pays. Et bien finalement, il joue un jeu très dangereux avec la démocratie, où il délégitime à la fois la démocratie et ses oppositions, et il délégitime aussi la démocratie sociale qui devrait exister dans ce pays.

1:27
Présentateur

Donc lui vous accuse de délégitimer la démocratie, vous vous l'accusez de délégitimer la démocratie ?

1:32
Mathilde Panot

Mais bien sûr que oui ! Rendez-vous compte, il y a depuis des semaines, des Français qui manifestent par millions. Il y a des grèves, il y a les représentants du peuple qui allaient voter contre la réforme, puisque la Première Ministre a dit elle-même que le compte n'y était pas. Et pourtant, Emmanuel Macron continue tout seul à vouloir ne pas retirer sa réforme des retraites. Regardez, même Benjamin Netanyahou, qui n'est pas connu comme étant le plus grand démocrate, a décidé de faire une pause sur sa réforme des retraites. Il a annoncé hier, c'est pas la réforme des retraites, c'est la réforme de la justice. C'est la réforme bien sûr de la justice, vous avez raison.

Et bien nous disons à Emmanuel Macron qu'il doit apprendre à faire comme l'ont fait Mitterrand, comme l'ont fait Chirac, comme l'ont fait beaucoup de présidents dans le monde, à ranger son égo, à ranger son caprice et à retirer cette réforme des retraites.

2:19
Présentateur

On va revenir sur cette question de la suite politique de la réforme des retraites, y compris du Conseil constitutionnel. Mais je voudrais quand même qu'on s'arrête un instant sur cette accusation. Cette accusation en effet de surfer, donc je le cite, sur la violence. Olivier Véran, qui était à cette même place hier matin, précisait que pour lui, Jean-Luc Mélenchon, devant les violences policières, eh bien il était favorable à toutes les formes de violences. Écoutez.

2:44
Invité

Jean-Luc Mélenchon, il est insoumis devant les violences policières, mais il est soumis devant toutes les autres formes de violences. Et vous savez pourquoi ? Parce que Jean-Luc Mélenchon et ses amis, ce sont les rentiers de la colère, les rentiers de la misère des petits gens, et ils sont les actionnaires de ces formes de violences. Il faut le contester. Je le dis, il y a d'un côté ceux qui sont prêts à saper nos institutions pour les causes qu'ils servent, et ceux qui les défendent. Et ceux qui les défendent, elles sont de notre côté.

3:06
Présentateur

– Qu'est-ce que vous répondez à ça ?

3:08
Mathilde Panot

– Le gouvernement essaie de faire une diversion grotesque. Il essaie de changer la discussion dans le pays, qu'on ne parle plus des retraites, des deux ans de vie libre que les Français ne veulent pas se faire voler, pour aller pointer du doigt ici la force politique que nous sommes, qui est encore une fois une alternative et une force de gouvernement.

3:26
Invité

– Mais sur la question de l'agitation et de la violence,

3:29
Mathilde Panot

est-ce que, Mathilde Panot, vous souhaitez la révolution ? – La révolution par les urnes, nous l'avons dit mille fois. La révolution citoyenne par les urnes. Et je vais redire pour la millième fois à ce bureau que nous sommes contre la violence qui attaque l'intégrité des personnes. Après, vous avez, tout est amalgamé sous forme de violence. Des gens qui mettent des autocollants sur une permanence, des gens qui vont dégrader du type brûler une poubelle. Il faut arrêter avec ça. – Moi, je salue le calme et le pacifisme. – Vous estimez, par exemple, que brûler une poubelle, ce n'est pas de la violence ? – Je salue le calme et le pacifisme de ce mouvement social.

Et je vais vous dire, si, pendant des semaines, les manifestations se sont extrêmement bien passées, pourquoi ? Parce qu'après le 49-3, il y a eu un changement de doctrine. Et moi, j'appelle chacun et chacune…

4:14
Présentateur

– De doctrine quoi ? De force de l'ordre ?

4:15
Mathilde Panot

– Mais bien sûr, les ordres qui ont été donnés, le problème, ce sont les ordres qui ont été donnés, le problème, ce sont les armes qui sont données, le problème, c'est la recréation de la brave M, ces vols tigeurs qui avaient disparu avec le meurtre de Malik Ousekine, et qui est revenu en 2019 avec les Gilets jaunes, depuis le 49-3. Et le refus par, notamment, une jeunesse, de la brutalité de ce passage en force. Et bien, que s'est-il passé ?

De nouveau, on donne des ordres, on voit réapparaître le spectre des Gilets jaunes, avec une accompagnante d'élèves en situation de handicap qui a perdu un pouce, avec un cheminot qui a été éborgné, et avec deux personnes qui sont aujourd'hui dans le coma, avec une entre la vie et la mort.

4:54
Présentateur

– On va y revenir, mais je vous repose cette question. Est-ce que vous souhaitez la révolution ? Vous dites la révolution par les urnes. Deuxième question, est-ce que vous assumez de tout conflictualiser ?

5:04
Mathilde Panot

– Oui, je pense que le conflit crée aussi la conscience, et que ça permet de penser les choses.

5:09
Présentateur

– Si je vous pose cette question, Mathilde Panot, c'est parce qu'effectivement, plusieurs membres de la majorité rappellent depuis quelques jours le mode d'emploi que Jean-Luc Mélenchon lui-même avait théorisé sur la prise du pouvoir. Édouard Philippe l'a évoqué hier soir à la télévision. Plusieurs membres du gouvernement en parlent ici et là. Il rappelle que Jean-Luc Mélenchon s'inspire d'Hugo Chavez. Et j'ai vérifié, en effet, les propos de Jean-Luc Mélenchon sont très clairs. Il dit comment passer de la révolte à la révolution. Il s'était exprimé le 7 octobre 2012. Il avait dit la révolution, ça se crée, c'est une stratégie qu'il faut mener.

Comme le camarade Chavez, disait-il, il faut transformer un peuple révolté en peuple révolutionnaire. La conquête de l'hégémonie politique à un préalable. Il faut tout conflictualiser. Est-ce que vous êtes toujours d'accord avec cette théorie ?

5:51
Mathilde Panot

Madame de Malherbe, là, vous êtes en train de rentrer pied dedans dans ce qu'est en train de faire le gouvernement. Non, je voudrais que vous puissiez répondre à ces propos. Non, je vais vous dire, lors des élections présidentielles...

6:01
Présentateur

Vous ne répondrez pas là-dessus ? C'est quand même très important.

6:03
Mathilde Panot

Lors des élections présidentielles, qui datent de seulement il y a 8 mois. Il faut quand même repenser cela. Lors des élections présidentielles, vous avez des adversaires politiques, les macronistes notamment, qui ont expliqué que si Jean-Luc Mélenchon a été élu président de la République ou Premier ministre avec la NUPES, eh bien le pays serait dans le chaos. Qui est responsable du chaos aujourd'hui ? Qui est responsable de la violence aujourd'hui ? Il s'appelle Macron, il s'appelle Darmanin, et ce sont eux qui aujourd'hui sont en train de créer une situation dans laquelle la colère est immense.

Et moi, je suis d'accord pour parler, autant que vous voulez, de la question de la violence dans les manifestations. Ce n'est jamais ce que nous avons choisi. Nous, nous voulons faire nombre dans les manifestations. Nous, nous voulons que le peuple soit souverain dans ce pays.

6:45
Présentateur

En fait, Mathilde Panot, je vous demande simplement si cette théorie, ce mode d'emploi... Je dis juste ne cachez pas les raisons de la colère. ...de Jean-Luc Mélenchon, mais je ne cache rien du tout. Et je vais vous interroger sur tout. Simplement, c'est très important aussi de comprendre si vous avez effectivement un agenda derrière la question de la conflictualisation des sujets. Est-ce que vous êtes toujours d'accord avec le fait de s'inspirer de la manière dont Hugo Chavez a pris le pouvoir ?

Est-ce que vous êtes toujours d'accord avec les propos de Jean-Luc Mélenchon qui poursuit en disant « Et ensuite, une fois que le pouvoir est acquis, il faut non seulement conquérir le pouvoir, mais l'exercer de manière révolutionnaire. » Et il répète deux fois, « Et tout conflictualiser, oui, tout conflictualiser, ne pas consentir à l'ordre. »

7:21
Mathilde Panot

Nous sommes, je le répète, oui... Est-ce l'objectif ? Oui, nous sommes pour la révolution citoyenne par les urnes. Nous sommes partisans d'une sixième...

7:28
Invité

Mais là, ce n'est pas par les urnes.

7:29
Mathilde Panot

Mais bien sûr que si. Vous avez déjà entendu Jean-Luc Mélenchon appeler les insoumis à aller assiéger je ne sais quoi. Jamais. Nous avons dit par les votes. Et je le dis, nous sommes partisans d'une sixième république avec une constituante où le peuple réécrirait la constitution.

Et je vais vous dire, si nous avions dans ce pays ce que nous proposons dans la constitution, c'est-à-dire le référendum révocatoire qui permettrait de révoquer des députés, voire même le président de la République, ou le référendum d'initiative citoyenne que demandaient notamment les Gilets jaunes qui permettaient à la fois de proposer une loi, mais aussi de l'abroger, eh bien nous aurions des possibilités de sortie par le haut de cette situation de chaos qu'a créée Emmanuel Macron. Et aujourd'hui, nous ne les avons pas parce que le pouvoir est concentré sur un seul homme.

8:10
Présentateur

Ça veut dire quand même que ce matin, Mathilde Panot, pour clore ce sujet, le vénézuélien de Chavez reste un modèle.

8:15
Mathilde Panot

Mais non, mais ce n'est pas ça que je suis en train de vous dire. Nous, nous inventons un modèle à la française. C'est ce que nous avons dit pendant toute la campagne présidentielle. C'est ce que nous continuons de dire. Et je vais vous dire aujourd'hui ce qui se passe avec le mouvement sur la réforme des retraites. Le monde est en train de regarder la France.

Quand vous voyez le nombre de soutiens que nous avons, de syndicats étudiants, de forces politiques un peu partout, quand vous voyez les rassemblements devant les ambassades, à la fois en solidarité au peuple de France, mais aussi en réponse à la brutalité de la réponse policière qui est apportée par Emmanuel Macron, eh bien je crois qu'à la fois la France regarde le monde, et Emmanuel Macron fait honte à la France à l'international et je le dis très solennellement ici, il n'y aura pas d'issue policière à une crise politique. Il faut une issue politique. Et c'est la question de savoir laquelle...

9:02
Invité

Ça veut dire quoi une issue policière Mathilde Panot ?

9:04
Mathilde Panot

Eh bien d'avoir une sorte d'instrumentalisation de la police, de la justice par le gouvernement qui leur demande finalement de faire de la répression à tout va. On n'a jamais arrêté un mouvement de colère aussi fort... Oui, c'est ce que dit le syndicat de la magistrature, notamment si vous regardez leur communiqué, qui explique qu'ils ne veulent pas être utilisés pour réprimer les manifestants.

9:29
Présentateur

Mais ça veut dire ne pas être utilisés pour réprimer les manifestants. Est-ce que ça veut dire que quand il y a violence,

9:33
Mathilde Panot

il faut laisser faire ? Moi je vais vous dire, regardez la Suisse, regardez l'Allemagne, il y a des black blocs là-bas. Vous êtes d'accord avec ça ?

9:41
Présentateur

On en annonce mille, en tout cas le ministère de l'Intérieur en annonce mille dans les portages en France aujourd'hui.

9:45
Mathilde Panot

Dans ces pays-là, il y a des black blocs. Est-ce que vous avez déjà vu des images... Qui sont d'ailleurs souvent les mêmes, qui se déplacent de frontière en frontière. ...de police qui chargent de manière indistincte une foule ? Ça n'existe pas. J'ai écouté hier votre confrère suisse qui disait en Suisse, nous sommes extrêmement choqués de voir une police qui va charger toute une foule, qui va de manière complètement indistincte gazer l'ensemble d'une foule. Ça n'existe nulle part ailleurs. Pourquoi est-ce qu'en France, en 2023, on continue de perdre un œil, de peut-être perdre la vie ou de perdre une main lorsqu'on manifeste ? C'est ça la question qui est posée.

Maintenant, je vous pose la question, Mathilde Panot. Je vous dis juste une dernière chose. La France avait refusé de participer. Je le dis parce que... Que doit faire la police ? Eh bien, faire ce qui se fait.

10:25
Présentateur

Vous avez vu ces images à Sainte-Solines. Il y a eu des affrontements des deux côtés. Il y a eu une extrême violence. On va revenir sur les blessés. Mais quand vous voyez également les images vues depuis le camion des gendarmes, que doivent-ils faire ?

10:38
Mathilde Panot

Écoutez, quand je vous dis l'Allemagne et la Suisse... Est-ce qu'il doit tendre l'autre joue ? Il y a eu des recherches qui ont été faites avec un groupe de recherches qui était composé à la fois de chercheurs et de policiers au Nouveau Européen. 12 pays européens y participaient. La France a refusé d'y participer. C'est juste. La France a refusé d'y participer. L'objet de cela, c'était la gestion pacifique d'une foule avec des chercheurs qui expliquaient qu'une foule est de manière assez naturelle solidaire les uns les autres. Et donc, que fait-on par exemple en Allemagne ?

Eh bien, ils mettent des gros camions avec des énormes haut-parleurs sur lesquels ils font des sommations en disant, voilà, nous allons faire ça. Ils arrivent à dévier un cortège de tête avec des gens...

11:14
Présentateur

Mais serait-il écouté... Je vais vous donner un exemple, Mathilde Panot. Ce matin, je recevais une étudiante qui appelle aux manifestations, plus globalement depuis deux semaines et pas uniquement sur la question des retraites. Elle est à la tête du collectif qui s'appelle Point Levé. Et lorsque je lui posais la question est-ce qu'au moment, à la fin des manifestations, quand il y a cette sommation des policiers qui demandent à ce que la manifestation soit dispersée, que vous rentriez chez vous, est-ce que vous respectez ces ordres ? Elle disait non. Oui, mais madame de Malherbe...

11:38
Invité

Mais vous, vous pensez qu'ils vont dire rentrer chez vous et que j'en vais rentrer chez vous ?

11:40
Mathilde Panot

Alors, madame de Malherbe, quand je vous dis que dans tous les pays du monde, on est choqués des images qu'on voit de la France... Ah non, mais tout à fait.

11:45
Invité

Je vous demande juste si... Non, mais ça, c'est la première chose.

11:47
Mathilde Panot

Si le mode d'emploi que vous proposez est efficace et crédible. Ça se passe dans tous les pays européens. Pour répondre à ce que disait cette jeune femme que vous interrogiez ce matin. À un moment, madame de Malherbe, il faut se poser la question sérieusement. Lorsque vous avez un président de la République qui a refusé d'écouter des millions de manifestants chaque semaine depuis maintenant deux mois, qui refuse d'écouter une inter-syndicale unie, qui refuse d'écouter les représentants du peuple qui voulaient voter contre la réforme, qui ne veut rien lâcher sur rien, quelles sont les voies démocratiques qui restent ?

Et donc, évidemment, le message qui est envoyé à des gens, lorsque vous avez un conseiller du président qui explique qu'il faudrait Paris à feu, un mort ou un attentat, c'est irresponsable de sa part. Et je le dis, la sortie ne peut être que démocratique. Donc Emmanuel Macron doit céder...

12:41
Présentateur

Je ne comprends pas parce que vous dites une chose et son contraire. Si j'ai bien compris, vous dites d'un côté, bon, en gros, à partir du moment où de toute façon il refuse un dialogue normal, il est quasiment automatique ou en tout cas logique que l'autre forme d'expression, une forme plus radicalisée ou plus violente, finisse par émerger. Et de l'autre côté, vous dites que c'est pas acceptable et qu'il faut qu'il y ait une sortie démocratique. Je ne comprends pas bien. Oui, je vous explique que d'avoir bouché toutes les issues démocratiques... Vous comprenez les manifestants qui se radicalisent ou qui font acte de violence ?

13:12
Mathilde Panot

Nous, nous appelons, et j'appelle aujourd'hui, puisque nous allons être des millions de nouveaux, à demander à Emmanuel Macron de retirer son projet de loi. J'appelle tout le monde au plus de sang-froid possible face aux provocations qui sont faites par les donneurs d'ordre de la police. Voilà ce à quoi je réponds là-dessus. Mais je le dis, ce que fait Emmanuel Macron est irresponsable. Et comment va-t-il continuer dans une situation où le roi Macron est en quelque sorte confiné ? Regardez, il a dû annuler la venue du roi Charles III. Il a dû annuler sa venue au Stade de France. Et maintenant, il annule sa visite à Toulon qu'il devait faire mercredi. Que va-t-il se passer ?

Il va y avoir un président dans sa citadelle assiégée, les ministres à qui on conseille de ne pas sortir, les parlementaires macronistes à qui on conseille de ne pas sortir. Ce n'est pas sérieux de continuer comme cela. Donc il doit céder, et je le dis, il n'y aura pas de retour à la normale avant qu'il ne cède. Je vous dis un mot là-dessus, Madame Apolline de Marlème, parce que c'est très important. Le pouvoir n'a pas compris pourquoi nous nous battions. Il n'a pas compris qu'il était question de la dignité du peuple.

Il n'a pas compris qu'il était question de garder ses petits-enfants, de pouvoir s'investir dans la vie associative et citoyenne, d'avoir du temps libéré, libéré du temps contraint du travail. Voilà ce pourquoi les Français se battent.

14:24
Présentateur

Et on va revenir dans un instant sur l'une des sorties éventuelles, qui serait celle par le Conseil constitutionnel, mais encore un mot de ces scènes de violence, puisqu'il y a eu aussi ces scènes d'extrême violence, d'affrontement à Sainte-Solines ce week-end, avec un manifestant qui est toujours entre la vie et la mort. Est-ce que vous avez de ces nouvelles ?

14:41
Mathilde Panot

Non, si ce n'est que le scanner qui a été fait est extrêmement mauvais, et qu'il aura des séquelles qui sont irréversibles. Et par ailleurs, je le dis, malheureusement, ce n'est pas le seul. Certaines des personnes qui étaient à Sainte-Solines, et qui, je le rappelle, manifestées contre des méga-mastines, qui sont une aberration, à l'heure où l'enjeu de l'eau est devenu l'enjeu numéro un du XXIe siècle, eh bien, seront mutilées à vie.

15:04
Présentateur

Deux personnes dans le commun et plusieurs blessés très graves. Plusieurs blessés très graves. Hier, Mathilde Panot, vous étiez présente au blocage de l'incinérateur d'Ivry, auprès des grévistes, pour vous opposer à la réquisition de l'incinérateur. Et là, alors que vous vous adressiez aux journalistes, vous avez tout arrêté pour annoncer au micro, notamment de BFM TV, nous ne l'avons pas diffusé par Respect pour la famille, mais vous annonciez à ce moment-là que le manifestant, vous disiez, j'apprends à l'instant que le manifestant est mort, je l'apprends avec effroi. Voilà pourquoi, jusqu'où allons-nous aller ? Est-ce que vous regrettez d'avoir eu ces propos hier ?

Et pourquoi les avez-vous eus ?

15:35
Mathilde Panot

Bien sûr que je le regrette. Par ailleurs, je pense que ça serait bien d'ailleurs de ne même pas le dire dans cette interview. C'est une information.

15:43
Invité

Vous n'auriez pu être en direct, Mathilde Panot, vous n'auriez pu être en direct. Vous étiez au micro de plusieurs... Oui, c'est une information...

15:47
Mathilde Panot

Attendez, Madame de Malheur, j'essaye de vous expliquer. Quand je suis arrivée sur le piqué de grève à ce moment-là pour bloquer le plus gros incinérateur d'Europe, c'est une information qu'on m'a donnée et sur laquelle juste après, on est revenu me voir et je suis allée voir immédiatement les journalistes en leur disant, arrêtez tout, l'information n'est pas confirmée. Et je ne souhaite en aucun cas, si c'est ça que vous essayez de me faire dire, que ce manifestant soit mort, mais juste à un moment. La question qui se pose, alors vous pouvez faire une polémique sur ce que j'ai dit ou ce que je n'aurais pas dit, mais la question qui se pose, et pourquoi M.

Darmanin a choisi de mettre dans un champ alors qu'il y avait 30 000 manifestants, 4 000 grenades, pourquoi a-t-il décidé de déployer 3 000 policiers pour protéger un trou dans la terre, c'est-à-dire absolument rien si ce n'est une vision du monde de l'agrobusiness ? Pourquoi a-t-il, et ça c'est les observatoires de la LVH...

16:38
Invité

Qu'aurait-il dû faire ?

16:39
Mathilde Panot

Mais autoriser une manifestation, faire en sorte qu'elle puisse se dérouler...

16:45
Invité

Mais vous savez bien, Mathilde Panot, l'objectif était aussi de s'installer sur l'église.

16:48
Mathilde Panot

Vous savez, Madame de Malherbe, quel est le chiffre qui est dans le dernier rapport du GIEC ? En 2030, dans 7 ans, la demande en eau potable excèdera de 40% la ressource. Mais attendez, c'est quand même incroyable.

17:02
Présentateur

Mais je voudrais savoir ce que vous auriez estimé. Une manifestation est interdite. Il y a en effet, comme vous le dites, près de 30 000, à peu près de 6 000 d'après la préfecture, mais peut-être beaucoup plus personnes qui arrivent, dont certains, il faut quand même le dire, qui sont arrivés. Les choses ont été retrouvées dans leur sac avec des haches, des battes de baseball, des boules de pétanque, puisque vous parlez du nombre de grenades qui ont été apportées par les forces de l'ordre. Qu'aurait-il fallu faire ?

17:27
Mathilde Panot

Eh bien, autorisez une manifestation qui puisse se passer dans de bonnes conditions. Imaginez, on laisse les gens marcher 6 km. On ne met à aucun moment, à minima des... On les laisse marcher, c'était interdit ? Oui, enfin, excusez-moi, mais on ne met pas des gens dans un champ avec 4 000 grenades, des gens qui sont sur des quads, et en plus de ça, des observateurs de la LDH. Et c'est pourquoi nous demandons une enquête, parce que c'est très important, des observateurs de la LDH qui expliquent... De la Ligue des droits de l'homme.

De la Ligue des droits de l'homme, qui expliquent que des ambulances auraient été bloquées par des ordres, et qu'ils auraient mis ainsi une heure à une heure et demie...

18:04
Invité

Ce que démont le ministère de l'Intérieur pour l'instant,

18:05
Mathilde Panot

mais en effet, une enquête sera menée. Oui, et nous demandons une commission d'enquête parlementaire sur ce sujet, parce que c'est extrêmement grave, et que vous imaginez que les blessés, qui étaient protégés par des élus à la fois insoumis, puisque nous avions sept députés insoumis sur place, et des élus écologistes, ont vu de leurs propres yeux des gens sur des quads leur envoyer des grenades vers l'endroit où il y avait une zone sécurisée sur les blessés. Donc, M. Darmanin, lorsqu'il conteste ça, ment.

18:32
Présentateur

Le Conseil constitutionnel a un mois pour rendre sa décision sur la loi. Est-ce que vous reconnaîtrez la décision du Conseil constitutionnel, quelle qu'elle soit ?

18:41
Mathilde Panot

Alors d'abord, je veux dire que le Conseil constitutionnel a beaucoup de raisons de juger cette loi inconstitutionnelle. D'abord, parce qu'il y a un problème de sincérité dans les débats, puisque vous vous rappelez, les 1 200 euros, c'était tout le monde, puis à la fin, 1,8 million, puis ensuite 40 000 personnes, puis ensuite 10 000 à 20 000 personnes.

18:57
Présentateur

La sincérité des débats doit être...

18:59
Mathilde Panot

La sincérité des débats doit être... Le véhicule législatif, où pour la première fois, en Vème République, on utilise un texte budgétaire rectificatif sur un texte de fond. C'est fait dans l'article 47.1. L'Assemblée ne l'a jamais voté. Bon, enfin, on a beaucoup d'arguments. Ensuite, chacun doit comprendre que le Conseil constitutionnel, ce sont à la fois des anciens présidents et des proches du gouvernement. Donc je ne sais pas ce que fera le Conseil constitutionnel.

19:22
Invité

Les anciens présidents n'y siègent pas.

19:24
Mathilde Panot

Oui. Donc ils n'y sont pas. Il n'y en a aucun. Oui, oui. Donc qui seront... Qui vont décider de la manière si c'est constitutionnel ou si c'est pas constitutionnel.

19:35
Présentateur

Est-ce que vous respecterez... Je vous repose ma question, parce qu'en fait, vous avez saisi, comme beaucoup, le Conseil constitutionnel, mais vous avez mis une sorte de petite astérix en demandant à ce que Jacqueline Gouraud, qui en est membre aujourd'hui, qui a été ministre d'Emmanuel Macron dans le premier quinquennat, se déporte. Si elle ne le faisait pas, si Jacqueline Gouraud restait membre du Conseil constitutionnel pendant cette réflexion et cet examen de cette loi, est-ce que vous considéreriez que la décision du Conseil constitutionnel en serait entachée ?

20:03
Mathilde Panot

Je pense que oui, elle en serait entachée. Mais enfin, écoutez, regardez, il y a une règle qui est qu'on peut soumettre devant le Conseil constitutionnel. Nous allons le faire, mais les gens ne se battent pas dans la rue parce que cette loi est inconstitutionnelle. Ils se battent parce que cette loi est injuste et elle le sera toujours. Alors en démocratie, même lorsqu'il y a des règles, vous avez le droit de continuer à faire valoir votre point de vue. Et donc, si le Conseil constitutionnel, on a le droit de manifester encore, on a le droit de faire grève, eh bien je vous le dis, le combat ne s'arrêtera pas au Conseil constitutionnel. Voilà, exactement.

20:37
Présentateur

Le combat ne s'arrêtera pas, il ne s'est pas arrêté au moment où la loi a été adoptée, il ne s'arrêtera pas si jamais le Conseil constitutionnel la valide. Oui. Mathilde Panot, présidente du groupe La France Insoumise.

20:48
Mathilde Panot

Si le président de la République pouvait s'aider avant, ça serait quand même bien pour des millions de gens dans notre pays.

20:52
Présentateur

Mathilde Panot, présidente du groupe La France Insoumise à l'Assemblée nationale, députée du Val-de-Marne. Merci d'avoir répondu à mes questions. Merci.