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Discours / meetingJean-Luc Mélenchon (sur YouTube)· 7 janvier 2021 41 minAutoproduitActualité / polémiqueInstitutions & électionsEurope & internationalSécuritéSolidarités & famille

#RDLS128 : Spéciale USA : Trump et l'attaque du Capitole

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:00Locuteur 1Fait
    « les États-Unis d'Amérique ont pris une de leur défaites militaro-politiques les plus extraordinaires d'après guerre, qui est leur défaite au Vietnam, une défaite militaire hein, pas seulement une défaite politique »
  • 4:00Locuteur 1Fait
    « les États-Unis sont sortis avec cet imperium, les maîtres, ils étaient la pièce centrale des accords monétaires mondiaux qui sont intervenus à la sortie de la guerre »
  • 10:00Locuteur 1Chiffre
    « les États-Unis d'Amérique sont labourés en profondeur par une inégalité terrifiante, un nombre considérable de gens qui disparaissent de toute statistique, qui n'ont même plus d'adresse, par millions ! »
  • 14:00Locuteur 1Fait
    « Facebook et Twitter aient décidé chacun de leur côté, sans demander rien à personne, que dorénavant ils ne relayaient plus les messages de monsieur Trump »
  • 18:00Locuteur 1Fait
    « le Conseil d'État décider que oui, c'était tout à fait normal de faire un fichier général des opinions politiques, syndicales, religieuses, comportementales, etc. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Bonjour, c'est la 128e édition de la Revue de la Semaine et c'est la première de l'année 2021. Sans tarder : générique. [Générique] Là nous sommes le jeudi 7, juste le lendemain des événements qui ont eu lieu aux États-Unis d'Amérique avec l'invasion du Capitole, qui est le lieu où se trouvent l'Assemblée nationale et le Sénat des États-Unis, invasion par une foule d'extrême-droite qui a pu pénétrer et interrompre le processus de changement de mandat présidentiel.

Évidemment, comme je m'exprime le lendemain de ces événements, il me manque toutes sortes d'informations qu'on va recevoir au fur et à mesure que la semaine s'écoulera et que les événements seront décryptés et nourris par les analyses des gens qui sont les meilleurs connaisseurs des États-Unis d'Amérique. Je ne suis pas de cette catégorie, je suis un observateur de parti-pris extrêmement hostile au gouvernement des États-Unis d'Amérique quel qu'il soit, Démocrate ou Républicain, évidemment davantage contre les Républicains que contre les Démocrates parce qu'il reste, dans les Démocrates, d'abord une espérance collective aux États-Unis, on pense en gros que c'est le parti de gauche, ce qui n'est pas vrai, et parce que, bon, c'est un parti qui n'est pas comme les Républicains aujourd'hui, marqué au fer rouge par la présence de racistes, d'extrémistes de toutes sortes, de suprématistes blancs, je ne sais quoi, enfin de toute cette mouvance répugnante qui est en train d'entraîner vers le fond ce grand pays. Je sais, par contre, ce que les États-Unis d'Amérique ont fait au monde depuis 20, 30, 40 ans, sous prétexte de leur rôle dans la lutte contre les nazis, et de l'imperium qu'ils ont construit après ça sur le monde entier, alors même que l'effort de guerre avait été fourni par toute une alliance, dans laquelle certains ont pesé très lourd et ont payé très cher : je pense à la Russie soviétique, avec 20 millions de morts, mais surtout à la Grande-Bretagne, puisque c'est le pays le plus proche pour nous et le plus admirable puisqu'il a accueilli aussi l'état-major de la Résistance française et que les Anglais ont fait preuve d'un acharnement sans lequel il n'y aurait jamais eu une victoire possible contre les nazis.

D'abord, parce qu'ils ont résisté avant que les Américains se mettent en guerre, il n'y avait plus qu'eux. Donc, en tout cas, les États-Unis sont sortis avec cet imperium, les maîtres, ils étaient la pièce centrale des accords monétaires mondiaux qui sont intervenus à la sortie de la guerre, et bon voilà, a commencé l'ère de la domination politique des États-Unis. D'abord une modération, une domination qui opérait dans des formes qui étaient plus respectueuses de ses grands partenaires, les autres grandes nations du capitalisme de cette époque, la France, les Anglais etc. et puis de plus en plus centrés sur eux-mêmes, de plus en plus violents et de plus en plus interventionnistes.

Jusqu'au point où nous voici rendus parce que, en même temps que cette puissance s’accroissait, ses contradictions internes le faisaient tout autant, limitées par rien, et les points de faiblesse se sont étendus avec le temps jusqu'à couvrir une surface considérable de la société nord-américaine, qui s'est réorganisée en fonction d'un système d'échanges internationaux où la production se faisait à bas prix ailleurs, la consommation beaucoup sur place et par des injections massives de crédit que le reste du monde finissait par payer. Je sais que je résume et que je caricature mais c'est pour situer la façon avec laquelle les événements se composent et composent un tableau. On peut donc considérer que maintenant les points de rupture de cette domination sont en train de s'additionner.

Au plan économique, on le voit assez bien. C'est d'ailleurs une des bases de la popularité de monsieur Trump, qui est considérable, que d'avoir imaginé de proposer aux travailleurs nord-américains de reconstituer la base productive des États-Unis sur place plutôt qu'en approvisionnant par le marché mondial, d'où cette guerre des tarifs douaniers, notamment avec les Chinois, essentiellement avec les Chinois puisque ce sont eux les premiers producteurs, vendeurs et acheteurs du monde. Et ça, c'est une réalité matérielle qu'on doit constater et évidemment qui modifie toutes les stratégies de l'ordre mondial, de tout ceux qui composent et participent à cet ordre mondial.

Et on a vu la puissance des États-Unis se heurter à plusieurs reprises à des limites qu'ils ont toujours niés. Par exemple, en affrontant les communistes, les États-Unis d'Amérique ont pris une de leur défaites militaro-politiques les plus extraordinaires d'après guerre, qui est leur défaite au Vietnam, une défaite militaire hein, pas seulement une défaite politique entraînant un retrait militaire, ils ont commencé par se faire battre militairement par des gens qui étaient infiniment moins armés qu'eux mais qui ont montré jusqu'au bout ce qu'était la capacité et la force d'une résistance nationale face à une intervention étrangère. Et on ferait bien d'y réfléchir en permanence pour se rappeler que, décidément, quel que soit le lieu du monde, comme disait Robespierre "personne n'aime les missionnaires armés", y compris quand ils viennent vous parler de liberté et toutes sortes de choses de cette nature, eh bien ça ne suffit pas à convaincre les gens de leur ouvrir les bras.

Nous autres, français, on ferait bien d'y réfléchir avec nos aventures actuelles au Mali puisque nous sommes dans une situation dorénavant considérée par la société malienne et par une partie notoire de toute l'Afrique francophone comme des intervenants extérieurs et des occupants, ce que, naturellement, nous ne sommes pas. L'armée française n'est pas occupante du Mali, elle est venue au Mali à l'appel du gouvernement malien, mais celui-ci n'existe plus, c'en est un autre qui s'est mis à la place, mais les Français ne savent toujours pas davantage pourquoi ils sont là, pour combien de temps et avec quels objectifs, car naturellement, on ne peut pas avoir comme objectif d'être présent dans ce pays en permanence. Cela ne m'écarte pas du centre de mon propos qui concerne les États-Unis d'Amérique.

Alors, il y a plusieurs points qu'il faut mettre comme des points de repère. J'aurai l'occasion de faire comme d'habitude, c'est à dire de penser par écrit, et donc de mettre tout ça en ordre après avoir lu de manière très attentive le plus possible de documents par essence sur la question. Mais les événements ont amené des rectificatifs au récit dominant.

Le récit dominant c'est : les États-Unis sont une grande puissance, très civilisée, très démocratique et qui donne des leçons au reste du monde. Et puis, monsieur Trump est un horrible méchant que personne n'aime et les Démocrates sont des gens que tout le monde aime parce qu'ils sont polis, bien éduqués et ils sont plutôt de gauche, en dépit du fait que la plupart d'entre eux sont des milliardaires et que pratiquement tous sont des bellicistes acharnés. Belliciste, ça veut dire "qui veut la guerre" de "la guerre" en latin, "belliciste", bellum, vous connaissez peut-être le vieux refrain qui dit : "si vis pacem para bellum" bon, "si tu veux la paix, prépare la guerre".

T'es sûr que si tu prépares la guerre, t'auras pas la paix, mais enfin bon, depuis la nuit des temps c'est l'argument qui a servi à justifier tous les budgets d'armement. Donc, la plupart des dirigeants Démocrates sont extraordinairement agressifs avec le reste du monde, naturellement c'est pas le cas de l'aile véritablement de gauche du mouvement démocrate qui est autour de Bernie Sanders et de ses camarades et amis au Congrès du parlement nord-américain. Mais tous les autres sont des bellicistes.

Vous allez voir la Vice-Présidente qui va accéder au pouvoir, tout le monde va ressortir les violons : "c'est une femme" et on va parler de sa couleur de peau, comme si c'était un critère ou une garantie de quoi que ce soit. C'est, en fait, quelqu'un qui appartient à la droite du mouvement démocrate et la droite du mouvement démocrate, c'est un peu plus à droite que les Républicains en France, il faut mettre les choses à leur place, c'est une femme qui est totalement engagée dans une pensée belliqueuse, madame Clinton elle-même l'était aussi beaucoup, bon bref, il n'y a rien à en attendre hein, je préfère le dire maintenant, bien tranquillement pour qu'ensuite certains d'entre vous n'aient pas des réveils douloureux en ajoutant une déception à une autre, à la fin on fait plus rien parce qu'on est dégoûté de tout. Mais enfin, je rappelle que Joe Biden n'a pas gagné à la loyale contre Sanders.

Premièrement, il a gagné parce que tout l'appareil démocrate s'est mobilisé, a déversé une quantité d'argent absolument phénoménale pour faire battre Sanders dans la primaire, et que depuis cette date, depuis qu'il est pressenti donc, comme maintenant le Président des États-Unis d'Amérique, Biden, une de ses premières décisions a consisté à installer à l'Agriculture un proche de Monsanto et à s'entourer de gens qui sont connus des spécialistes comme étant des gens très sur une position belliqueuse. Donc ça, c'est le roman. Le roman, c'est "les Démocrates américains sont sympas et bien élevés, ils sentent bon et ils respectent les gens, les Républicains sont d'abominables droitiers racistes et personne ne les aime", bon.

Alors ben, une fois qu'on revient au résultat des élections, qui évidemment a donné la victoire à Joe Biden, il n'est pas crédible de dire qu'il y a eu de la triche parce que tous ceux qui ont regardé de près, et les États-Unis ont assez d'ennemis pour que tout le monde y ait regardé de près, personne ne dit que les élections ont été truquées et que massivement on aurait observé je ne sais quel phénomène. Bon, évidemment il peut y avoir des phénomènes qui, nous, nous choqueraient hein, des points de vote dans les églises, des choses comme ça, il n'y a que là-bas que ça existe hein, chez nous on va la Mairie ou les bureaux de vote officiels, point final, et c'est pas qui dans une église, qui dans un j'sais-pas-quoi… Mais enfin bon, c'est leurs habitudes et leurs élections, jusqu'à présent, ont été considérées comme honnêtes, donc Trump a inventé un roman sur la triche. Mais, qu'est ce qui lui a donné la base pour rendre ce roman crédible ?

Ben, c'est qu'il est, lui Trump, le Président nord-américain qui a recueilli le plus haut niveau de suffrages, le plus grand nombre de suffrages, de personnes se déplaçant pour aller voter pour lui, de toute l'histoire des États-Unis, et y compris et surtout de l'histoire récente et des derniers présidents républicains élus. Alors, s'il a eu le plus haut niveau de résultats, de bulletins de vote pour lui, c'est donc qu'il existe entre lui et un secteur du peuple américain, quelque chose comme 73 millions et je ne sais combien, à côté, de nord-américains ont voté pour lui, se sont déplacés : 73 millions de personnes. C'est donc nullement résiduel et c'est le signal d'une coupure de la société nord-américaine avec une partie d'entre elle qui est très polarisée, très rassemblée sur le nom de Trump et sur ce que, pour finir, Trump a incarné et diffusé comme message de rassemblement, parce que, évidemment, quand on ne voit que l'aspect qui intéresse depuis son propre balcon, on ne comprend pas la dynamique interne de l'adversaire.

La dynamique interne de l'adversaire aux États-Unis, eh bien c'est d'abord que c'est un pays qui a toujours eu un courant facho d'ultra-droite très puissant, qui est beaucoup répandu dans certain nombre d'églises qui jouent un rôle de radicalisation et de prosélytisme très important, et aussi d'organisation et une histoire nationale marquée par l'esclavagisme, l'apartheid jusqu'à une date finalement assez récente quand même, les années 60 c'est quand même très récent, d'accord. Donc, tout ça a fourni un socle qui depuis, s'est modernisé si j'ose dire, c'est-à-dire qu'il a introduit des éléments nouveaux, plus récents, avec des méthodes plus contemporaines de travail, et ça constitue un bloc culturel, je veux dire au sens qu'ils partagent une culture commune extrêmement importante. Donc basta avec les discours angéliques sur les méchants et les bons parce que l'Histoire se déroule rarement comme ça.

Elle confronte des intérêts matériels et dans cette confrontation d'intérêts matériels, c'est le camp le plus unifié qui finit par l'emporter, celui qui a la plus grande diffusion dans la société sous la forme d'idées que les gens ont en commun. Or l'idée qui a le plus été diffusée aux États-Unis d'Amérique, quel que soit le camp auquel on appartient, c'est en gros "chacun pour soi". Alors après, il y a des nuances hein : "Chacun pour soi dans un cadre collectif et sympathique et respectueux des autres" et puis : "chacun pour soi et je m'en fous des autres".

Mais la base, quand même, c'est "chacun pour soi". Ce n'est pas comme en France, on dirait, tout le monde dit "ah ben, si tout le monde faisait pareil ! ".

Bon d'accord, ça, c'est la grande expression pour dire que ce qui est bien, c'est ce que tout le monde peut faire et ce qui est mal, c'est ce que seulement certains peuvent faire. Dans cette expression populaire, il y a en quelque sorte, presqu'une carte d'identité du peuple français, comme on dirait "liberté égalité fraternité", eh bien c'est à peu près de même nature. C'est un contrat politique qui n'a rien à voir avec le fait d'avoir un billet de banque sur lequel il est écrit "nous croyons en Dieu", ce qui est le cas du dollar, parce que là aussi, beaucoup de gens oublient, quand ils font une critique extrêmement intense de la présence de la religion dans la politique, quand il s'agit des autres religions que les religions chrétiennes.

Mais en fait, sur les billets de banque, les dollars, il écrit "nous croyons en Dieu", voilà. Et si vous ne croyez pas en Dieu, vous pouvez au moins croire dans le dollar, et apparemment, pour eux c'est la même chose, bon. Donc, Trump n'est pas un cas isolé, n'est pas une figure isolée.

Et ce qui s'est passé au Capitole est évidemment une forme extrême, mais une forme extrême de quelque chose qui est dans la société. Des invasions de parlements, il y en a eu beaucoup dans l'Histoire. En tout cas nous, dans l'Histoire de France, vraiment on a une certaine pratique, d'ailleurs j'ai vu qu'il y avait un type qui mettait un tweet hier soir, un nord-américain, disant : "ben non, on n'est pas des… nous, on est des gens sympas, des Américains, on n'est pas des Français qui courent sur les barricades pour un oui pour un non, bon.

Ça, c'est l'idée qu'ils se font des luttes égalitaires des Français. Mais dans le contexte particulier des États-Unis d'Amérique et du moment, ce n'est pas quelque chose qui est à ce point extérieur à la société américaine. D'ailleurs, des invasions, la dernière qu'il y a eu en date, du congrès, c'était des gens de Porto Rico qui se battaient pour l'indépendance de Porto Rico, qui est intégrée aux États-Unis d'Amérique, d'accord ?

Alors, ça aussi, c'est un signal. Les portoricains qui luttaient pour leur indépendance, étaient plutôt de gauche, et pour être clair, plutôt communisants. Tandis que ceux qu'on a vus rentrer dans le Capitole, bon on a vu à peu près de quoi il s'agit : des tas d'énergumènes avec des t-shirts suprématistes blancs, faisant l'apologie de Dachau, de Buchenwald, enfin vraiment des gens, la lie de la société, quoi, ce qu'on connaît d'ailleurs dans d'autres pays, y compris le nôtre.

C'est-à-dire des gens qui n'ont pas trois idées bien assemblées sinon une haine à l'égard des autres qui se nourrit de n'importe quel prétexte religieux, ethnique, tout ce que vous voulez, voilà. Donc, c'est quand même ça l'extrême-droite. Il faudrait se rappeler.

Il n'y a pas une extrême-droite… c'est pas parce que celui-là arrive avec une corne de bison sur la tête qu'il est si extravagant que ça, parce que croire que les juifs sont responsables de la misère du monde, c'est à peu près aussi stupide hein, bon, il n'y a pas besoin d'un niveau de développement intellectuel, c'est plutôt l'inverse, ce sont les cervelles rabougries qui croient des choses comme ça, qui voient des comploteurs partout, qui bon, tout ça, on connaît. Voilà qui sont ces gens, mais une fois qu'on en a dit tout le mal qu'il y a à en dire, il faut aussi réfléchir à ce que ça veut dire, ce qu'ils expriment, ce qu'ils sont. Ce qu'ils expriment, eux, d'une manière exagérée, extravagante, affreuse, c'est quelque chose qui est beaucoup plus profond et qui a à voir avec des gens très tranquilles, qui n'ont pas envahi le Capitole, qui n'envahiront jamais rien, mais qui n'en peuvent plus, qui ne supportent plus la vie qui leur est faite, qui ne supportent plus le mépris de tout le monde, notamment de la soi-disant gauche américaine, qui les dédaigne ou bien les traite d'une manière, comment dire, très marquée avec des marqueurs ethniques très forts.

Les Démocrates se spécialisent dans le recrutement des électeurs d'après la couleur de peau ou d'après la religion ou d'après les singularités qui les distinguent des autres américains. Donc, c'est toute cette population, on a dit d'une manière que moi je trouve un peu méchante dans leur cas, qu'on appelle "petits blancs", c'est-à-dire que ce sont ceux qui sont censés faire partie des dominants et qui en réalité, dans leur vie réelle, découvrent qu'ils ne sont rien d'autre que des dominés absolus et totaux de la situation. C'est un pays qui est ravagé par les inégalités sociales.

Là, pareil, la légende voudrait que ce soit le rêve américain : t'arrives, t'as rien, tu trouves un euro par terre et ça y est, tu démarres une fortune colossale qui te permet, demain, d'avoir trois yachts, je sais pas quoi, les autres activités ineptes qui sont celles des milliardaires, bon. Et ça, tout ça, ça n'existe pas. Les États-Unis d'Amérique sont labourés en profondeur par une inégalité terrifiante, un nombre considérable de gens qui disparaissent de toute statistique, qui n'ont même plus d'adresse, par millions !

Pas par dizaines de milliers, par millions ! Alors bon, évidemment ceux-là, on ne constate même pas qu'ils soient abstentionnistes vu qu'ils n'existent même pas dans les fichiers. Et puis d'une misère qui fait qu'on ne peut pas y arriver si on n'a pas deux ou trois boulots à faire dans la même journée, en commençant très tôt et en terminant très tard.

C'est ça, les États-Unis d'Amérique. Et tous ceux qui s'y sont rendus récemment, tout le monde vous raconte ça : le même état d'explosion de la société nord-américaine. Et ça doit capter notre attention parce que comme les États-Unis sont la forme la plus accomplie du modèle néolibéral, tout ce qui se passe chez eux finit par se passer dans tout le reste du monde organisé par les relations sociales du néolibéralisme, c'est-à-dire pas de service public, aucune assurance sociale etc. et une compétition de chaque personne contre toutes les autres.

Et progressivement, l'État se désagrège, les gens sont abandonnés à eux-mêmes, c'est ce qu'on est en train de voir là, en ce moment, dans notre propre pays. Et par conséquent, la dynamique des événements nous amène au même point, c'est-à-dire à un point où la société s'écroule, et la société politique aussi s'écroule parce que ce que l'on a vu hier, c'est un phénomène de cette nature. Alors évidemment, vous allez avoir plein de gens, comme nous-mêmes hein, on a tous réagi en disant "solidarité", en tout cas moi, je l'ai fait.

On est saisi par la gravité de ce qui se passe et par le fait que nous parlons d'un parlement ! Nous parlons de gens qui, bien sûr ont des opinions différentes, Démocrates, Républicains, c'est un parlement. Ce sont des élus du peuple qui sont là-dedans et qui sont mis sous la pression d'intervenants de l'extérieur qui les agressent assez violemment.

Une fois qu'on est arrivé à comprendre ça, on voit les symptômes qui sont communs à plusieurs pays dans le monde et il est vraisemblable que ces symptômes-là, on les retrouve ailleurs. Et pas une fois, plusieurs fois. Aux États-Unis d'Amérique-même, et dans le reste du monde.

Donc c'est ça, la période dans laquelle on est, celle de cette désagrégation des sociétés, celle que l'on a vue sous une forme politique exagérée aux États-Unis d'Amérique par une invasion, mais cette invasion est un symptôme. Et ce qu il faut bien voir, c'est qu'il ne faut pas confondre le symptôme avec le mal lui-même. Le symptôme, c'est une forme excessive, la fièvre par exemple, c'est un symptôme de la maladie, mais la maladie ce n'est pas la fièvre.

La maladie, c'est autre chose, c'est l'action du virus etc. Donc, les États-Unis sont travaillés en profondeur et après avoir protesté comme l'ont fait tous ceux qui comprennent que, quoi que l'on pense des États-Unis d'Amérique, jamais il n'est bon de voir un parlement renversé par la force, ben vous allez voir les mécanismes habituels d'autoprotection d'un système se mettre en place. Et on l'a vu immédiatement.

Pour arriver à leur faire dire que c'était l'extrême-droite, c'était impossible alors qu'il y a encore même pas trois mois, toute l'insurrection contre les violences faites aux noirs, aux afro-américains, comme on dit, bon, le gouvernement, les Trumpistes et un certain nombre de français, il ne faut pas l'oublier, attribuaient ça à l'extrême-gauche. Exactement comme aujourd'hui, ceux qui s'en prennent aux mouvements contre les violences policières, eh bien, sont immédiatement qualifiés d'ultragauchistes et ainsi de suite. Par contre, quand concrètement, effectivement, la démocratie est menacée, alors là, impossible de leur faire dire le mot "extrême-droite" et pourtant il faudrait dire le mot pour non seulement combattre l'extrême-droite, en comprenant ce qu'elle est, comment elle est construite, et la combattre aux États-Unis et dans toutes ses connexions dans le reste du monde.

Parce que l'extrême-droite nord-américaine a des connexions dans tout le reste du monde avec toutes les extrêmes-droites du reste du monde et elle a les mêmes mots d'ordre, les mêmes attitudes, les mêmes comportements sur les mêmes sujets. Et le déni de l'existence du danger d'extrême-droite fait partie du danger lui-même, fait partie du problème. Vous avez un premier problème, c'est que l'événement ait lieu sous la forme qu'il a prise et un deuxième, c'est que ceux qui le commentent refusent d'appeler les choses par leurs noms et donc s'interdisent d'apporter des réponses correctes, adaptées à la situation qui se déroule sous leurs yeux.

Donc à chaque fois, on doit avoir tous ces paramètres à l'esprit pour savoir comment nous-mêmes, on doit agir là où nous nous trouvons. Alors, hier soir c'était intéressant, c'est très marginal ce que je vais vous dire maintenant, mais ce sont des petits signes comme ça qui souvent veulent dire des choses. Donc, moi je me mets à tweeter sur la solidarité avec les parlementaires nord-américains et encore une fois, je vous l'ai dit tout à l'heure, il y en a un paquet là-dedans que moi, je ne supporterais pas politiquement, que je ne supporte pas politiquement.

Mais je pense que c'est la chose à faire, c'est la chose à défendre, il faut tenir la ligne. Est-ce qu'ils étaient très menacés ? J'ai vu des petits monsieur je-sais-tout, et madame aussi parfois, sur le thème "Oui, c'est pas un putsch." Mais qu'est ce que ça veut dire, un putsch ? "Un coup d'état ça se passe comme-ci et comme-ça", parce qu'il y a des gens qui sont des professeurs en putsch donc ils savent comment on fait un putsch.

Et qu'est-ce qu'est un putsch, et qu'est-ce qui n'est pas un putsch ? Oui, c'est un putsch, entrer dans le congrès du parlement au moment où on va désigner le Président des États-Unis, ou de quelque pays que ce soit, parce que c'est comme ça qu'ils procèdent. Quand on interrompt une procédure démocratique pour empêcher un élu d'assumer la fonction que le peuple lui a confiée, ben ça s'appelle un putsch, et c'est un putsch, c'est un pustch.

Alors là, c'est un putsch… raté. C'est pas la première fois qu'il y a des putsch ratés. Par exemple, en Bolivie, les nord-américains ont payé pour provoquer un putsch pour sortir monsieur Morales, puis après… bon après ils ont assassiné un certain nombre de gens et puis ils se sont dit : "ben, maintenant c'est bon, on a tué ceux qui gênaient, on a humilié les autres, on a fait peur à tout le monde, on va voter".

Pas de pot, les gens ont revoté pour l'équipe de Morales. Alors là, ils se sont fait casser politiquement dans l'Amérique du Sud parce que la démonstration était faite qu'on pouvait vaincre l'empire par les urnes. C'est quelque chose d'extraordinaire pour nous parce que pour la première fois, nous avons vaincu un coup d'état et une agression nord-américaine par les urnes.

C'est la première fois que ça se passe. Avant, c'était à coups de fusil et on perdait, bon. Là, c'est la première fois.

Et de la même manière, c'est la première fois que les donneurs de leçons sur la démocratie se retrouvent dans une situation qu'eux mêmes n'arrivent plus à contrôler. Comme ça s'est passé hier et jusqu'au bout, monsieur Trump a résisté dans les phrases à double sens… Tout ça, je viens d'examiner quelques unes des conséquences et des choses qu'il faut avoir à l'oeil. Parmi les choses qu'il faut avoir l'oeil, il y en a une et non des moindres, c'est que Facebook et Twitter aient décidé chacun de leur côté, sans demander rien à personne, que dorénavant ils ne relayaient plus les messages de monsieur Trump, dans ce contexte, parce qu'ils estimaient qu'au lieu de calmer, ses messages aggravaient la situation.

Bon on va dire un peu cyniquement : "ben, tant mieux parce que comme ça, ça rend le travail de Trump plus difficile", hein. Mais il faut qu'on fasse attention à ce qu'on est en train de faire quand on dit oui. Parce que, si on trouve ça bien, donc ça veut dire qu'on admet le principe que des gens à qui vous confiez les communications les coupent.

Est-ce que ça fait partie du contrat de départ de dire : "c'est vous qui jugez si ça vaut la peine" ? Parce qu'aujourd'hui ce sont les interventions de Trump puis demain, ça peut être autre chose, hein. Ça peut être que, bon, ils estiment que des revendications portées sur les réseaux sociaux, au lieu de favoriser le dialogue social le rendent impossible.

Et ainsi de suite. Donc nous autres, dans les petits groupes de travail sur les réseaux sociaux des Insoumis, nous savons que nous avons devant nous ce danger, que les réseaux sociaux nous soient coupés à nous aussi. La preuve, c'est que les réseaux sociaux ont été coupés à nos camarades de Podemos en Espagne, et que le même phénomène s'est produit dans quelques autres endroits du monde où nous avons observé que cette technique avait été mise au point.

Donc nous on s'attend, nous autres les insoumis, à devoir aussi subir peut-être, je ne sais pas sous quelle forme, un assaut de cette nature. On peut comprendre parce que, pour ma part, mon compte Facebook, c'est 1.2 millions de personnes qui y sont abonnées et mon compte Twitter, c'est 2.5 millions de personnes.

De même, la chaîne YouTube, c'est bientôt 500 000 personnes. C'est beaucoup de monde, ça représente une puissance de diffusion qui est comparable à celle de grands organes de presse, de très grands organes de presse, parce qu'avec ce type de tirage, il n'y en a pas en France, hein. Si, il y a des groupes qui existent, qui regroupent de la presse écrite.

Évidemment, en niveau de presse en ligne, il y a des gens qui font beaucoup plus fort que nous, hein. Ça va de soi. 2 fois, 3 fois, 4 fois, 5 fois, mais quand même, c'est aussi la première fois que dans l'histoire de la lutte politique, un personnage politique peut disposer, à discrétion, de tels moyens d'expression.

Donc un jour, ils vont décider que "oui bon, ben Mélenchon, on a entendu dire qu'il était islamo-gauchiste, alors nous, on n'est pas islamo-gauchistes, donc on coupe, on ne regarde même pas si c'est vrai", ou plutôt on s'en fout, parce qu'ils s'en foutent de ce que vous dites. Ce qui est important, c'est que vous soyez dans le piège et qu'on vous coupe, voilà. Donc, tout ça, je vous le dis parce qu'on voit les constantes des formes de lutte qui se mettent en place dans le monde, à l'initiative du système.

Premièrement, je vous rappelais le recours aux méthodes de la soi-disant "Justice" pour frapper à la tête un mouvement. C'est comme ça qu'ils ont frappé successivement Morales pour la Bolivie, Rafael Correa pour l'Équateur etc., je ne vais pas faire le tour du monde, mais il y a, comme ça, toute une série de personnes jusqu'aux Philippines puisque c'est là-bas qu'on a tenu le premier forum mondial contre ce qu'on a appelé le "lawfare", c'est à dire la guerre par le Droit qui nous est faite.

Ensuite, il y a d'autres techniques. Une fois qu'ils ont tapé le porte-parole, eh bien ils tapent la structure, ils interdisent les partis que nous formons. Par exemple, là, pareil, je pourrais redire, c'est la même chose qui s'est produite en Équateur et en Colombie aussi, où on a interdit le parti de notre camarade qui était sorti en tête de la gauche la dernière fois.

Donc ensuite, ils tapent les structures. Et puis, il y a une ambiance générale de recours aux moyens si vous voulez, jusqu'à présent hein, "officiels" pour disqualifier quelqu'un. C'est-à-dire qu'on tuait moins, il y a des pays où on tue toujours autant mais, on tue politiquement.

On tue politiquement quelqu'un par des méthodes… en partant de l'idée que les gens ont plutôt confiance dans la Justice, se disent : "bon, il n'y a pas de fumée sans feu", enfin on connaît tous cette histoire. Et puis maintenant, on est basculé dans autre chose. C'est que, comme la première puissance mondiale et comme le chef de ce courant a été incapable de dominer la situation au point de regagner les élections, eh bien ils sont passés à une étape où ils pensent qu'ils doivent eux-mêmes corriger ce qui leur semble être la vérité.

Ils pensent qu'il a gagné donc il a gagné. Par conséquent, de force, ils ont essayé de l'imposer. Et il faut donc qu'on comprenne que l'événement "Capitole" signale le passage dans une autre phase des relations politiques à l'intérieur des nations et entre les nations, parce que les États-Unis d'Amérique sont plus qu'une nation.

Ils sont une locomotive, ils sont un modèle, un exemple pour toute une catégorie de mouvements politiques, de partis, de dirigeants qui s'identifient. Et dans les petites choses que je voyais hier soir, dans le déni de dire "extrême-droite", vous avez des gens qui sont à la tête du mouvement des "Marcheurs" qui ont consacré plus d'énergie à me taper dessus, moi, qu'à répliquer à ce qui était en train de se passer aux États-Unis d'Amérique. C'est le cas de monsieur Guérini, le chef du mouvement "les Marcheurs" qui dit : "mais Mélenchon n'est pas le mieux placé pour parler de démocratie".

J'aimerais bien savoir pourquoi, où et quand aurais-je, moi, attenté à la démocratie ? Alors que lui, monsieur Stanislas Guérini, je peux lui en parler parce qu'il a voté toutes les lois liberticides du gouvernement et que le système tentaculaire dans lequel baignent tous ces gens, il est en place. On a vu la semaine dernière le Conseil d'État décider que oui, c'était tout à fait normal de faire un fichier général des opinions politiques, syndicales, religieuses, comportementales, etc.

Oui, c'est normal, bien sûr, dans une démocratie, quoi de plus évident ? On aura été moins attentif au fait que le juge qui a pris cette décision était auparavant membre du cabinet de madame Belloubet quand elle était Ministre de la Justice de monsieur Macron. Donc tout ça, c'est un tout, il n'y a pas d'innocents là-dedans, Tout le monde a mis les mains dans la lutte et il n'y a pas de personnage qui pourrait être au-dessus de la mêlée, qui ne s'en serait pas préoccupé.

Donc tous ces gens, pour eux le principal problème, c'est qu'il ne faut pas que s'opère dans l'esprit de la masse des gens, et notamment des gens les plus sensibles, un lien entre extrême-droite et néolibéralisme. C'est ce dont ils ont le plus peur, parce qu'ils perdent leur argument numéro un qui est de dire : "quand même, quand madame le Pen est là, il vaut mieux voter monsieur Macron". Et évidemment, si on finit par se dire "ben, ils se valent", eh bien, évidemment, ils ont tout perdu.

Alors ça, c'est en train de mûrir en France. C'est en train de mûrir, ça travaille. Et ça travaille d'abord par l'argument numéro un : il n'y a rien qui marche !

Voilà, dans un pays qui vaccinait tous les enfants d'une génération en quinze jours du BCG, on a tous eu ça, avec notre petite marque là, sur le bras, on n'est plus foutu d'organiser une campagne nationale de vaccination. C'est nul de chez nul, bon ! Et après on apprend que, comme l'état est incapable de l'organiser, il a fait appel, au total, à quatre agences de logistique et de conseil.

Quatre agences ! Évidemment, toutes ont des noms en anglais, hein. C'est à dire qu'à chaque fois, on a préféré aller du côté de l'efficacité, des grands… c'est du baratin.

Des intérêts commerciaux, financiers, lient tous ces gens les uns aux autres et dans des circonstances comme celles-là, il y a un effet d'aubaine. Par exemple, on dit qu'il faut être vacciné alors bon, les trois quarts des gens pensent que le vaccin est une solution rationnelle au problème, moi j'en fais partie, mais je n'ai pas dis : n'importe quel vaccin dans n'importe quelles circonstances. Puisqu'il paraît que c'est vous les libéraux, ben je veux avoir le choix : je ne veux pas qu'on me dise : "tu vas te vacciner de telle manière" parce que, pour ma part, je n'ai pas trop envie de participer à l'expérimentation sur l'ARN messager.

Mais ceux qui veulent, je suis pour qu'ils aient la liberté de le faire. Mais les gens comme moi, qui préfèrent des vaccins plus traditionnels, il faut aussi qu'ils puissent en disposer. Il en existe dans le monde qui sont en train d'être fabriqués et dès que l'Institut Pasteur aura fait son boulot, moi pour ma part, je serai en confiance.

Peut-être y a-t-il encore des gens qui ne seront pas en confiance ou qui n'aiment pas les vaccins d'une manière générale mais ce n'est pas mon cas, voilà. Alors l'événement donc d'hier soir, il a comme ça une série de conclusions, de points… quand je dis "conclusion", ça ne veut pas dire qu'on arrête un avis définitif sur ce qui s'est passé, parce que le surgissement d'un événement impromptu de cette manière, ce sont des événements rares dans l'Histoire. Et ils ne se présentent pas de manière assez fréquente pour qu'on puisse dire : "alors, si je vois ça c'est que ça veut dire ceci et que ça implique cela".

On est dans cette série, dans le halo d'un événement que dans la théorie de l'Ère du Peuple et de la Révolution Citoyenne, on appelle "l'événement impromptu". L'événement impromptu, c'est le déclencheur. Et le déclencheur est le résultat d'un tas d'autres choses avant mais le résultat, hasardeux, ça prend cette forme-là plutôt que telle autre.

Je veux dire que le spectacle de cette extrême-droite envahissant le Capitole, pour beaucoup d'entre nous maintenant, il va se résumer à ce type à moitié nu avec des cornes de bison sur la tête. Mais on est tous assez intelligent pour savoir que l'image peut aussi nous égarer hein, le mouvement qui a eu lieu n'est pas résumé par cet homme. Mais c'est un événement impromptu.

Mais on voit aussi des choses apparaître, qui se confirment ou qui se vérifient : le poids des GAFA décidant de couper les communications, le poids de l'extrême-droite dans une population capable d'aller jusqu'au point d'envahir les lieux de la démocratie, un état de désorganisation et d'appauvrissement de la société tel que des masses de gens sont passées dans la carte grise, je veux dire la carte incertaine, de l'incertain, parfois on ne sait pas ce que c'est, qui fait surgir des événements de cette nature. Et évidemment globalement, l'événement a un impact considérable. C'est que "où est passé le leadership moral des États-Unis dans un épisode pareil ? " Alors les États-Unis sont donc un pays comme les autres, c'est-à-dire travaillé par des contradictions de classe, travaillé par des inégalités abominables, par des discriminations affreuses et ils n'ont aucun droit particulier à donner des leçons ou dire comment il faut faire au reste du monde.

La France dans cette histoire, a disparu parce que pendant 2h-3h, pas d'expression des dirigeants français ! Alors évidement, on n'est pas non plus obligé de réagir en 30 secondes mais il n'y a pas besoin d'un temps si long pour savoir ce qu'il y a à faire. Quand moi, je m'exprime le premier pour dire solidarité avec les parlementaires nord-américains bon, je sais pas moi, dix minutes après, il y avait une série de gens qui le faisaient, y compris le Président de l'Assemblée nationale française.

Donc il y a des réflexes de base qu'on a quand on est un démocrate, on sait de quel côté il faut aller pour défendre la Démocratie. Ben eux, non ! L'État ?

Non, il n'a rien dit. Toute la soirée, vous pouvez chercher une déclaration d'un dirigeant de Les Républicains, à par monsieur Xavier Bertrand, tous les autres, ils n'étaient pas là. Dans La République en Marche : à peu près pareil.

Le Front national : disparition jusqu'au lendemain matin, bon. Alors tout ça c'est des signes… et puis alors, le pompon, c'est le discours de Macron. Alors, au début, nous, on ricanait, les Insoumis, on disait "quelqu'un peut-il aller réveiller Macron pour lui dire qu'il se passe quelque chose ? ".

Pourtant on nous avait dit que Macron ne dormait pas la nuit. À mon avis, ça n'arrange personne de ne pas dormir, mais lui, il croit que si. Et pour finir, il s'est réveillé cette nuit et à 3 heures du matin, heure française, on a eu droit à une vidéo qui fait que pour finir, on aurait préféré qu'il ne dise rien, parce que nous allons être la risée du monde anglo-saxon, de voir ce président avec derrière lui le drapeau des États-Unis, tout ce cinéma, terminant par parler en anglais enfin bon, maintenant Macron, il est président du Liban, de la France et des États-Unis.

Pour un oui pour un non, le voilà avec son drapeau, qui vient de tenir des harangues qui sont bon… qui ne nous grandissent pas quoi, parce qu'à la sortie de tout ça, les Français qui sont déjà dans un grand ridicule du fait de l'échec, qui est maintenant connu du monde entier, de notre campagne, du démarrage de la campagne de vaccination… s'y ajoute ce genre de scène extravagante. Bon alors lui, il n'avait pas des cornes de bison sur la tête mais on ne peut pas dire qu'on sorte grandi d'une affaire pareille. Tout ça est, ce sont des symptômes d'une période d'affaissement.

Le déclassement de la France s'opère dans tous les domaines, y compris dans le domaine de l'image publique qu'elle donne. Évidemment, rien n'est jamais irrémédiable. Dans l'Histoire de France, on a coulé parfois bien plus profond que ça mais il faut quand même être capable de repérer qu'on est dans cette phase-là.

Et dans cette phase-là, eh bien il faut trouver le ressort pour rebondir. J'ai été très désolé de ce qu'on a vu se passer au Mali, d'abord parce qu'on a perdu des soldats. Alors bon dans la guerre… la guerre n'est pas une affaire de gentils hein, dans la guerre il y a des morts, c'est même fait pour ça, la guerre, pour faire des morts si possible, le plus possible, chez l'adversaire et le moins possible chez soi.

On a perdu comme ça du monde, à nouveau, dans des conditions qui sont assez discutables parce qu'il apparaît qu'on a un problème avec des engins de reconnaissance qui ne sont pas blindés en-dessous donc, s'ils prennent des balles de face, ça marche, s'ils prennent des mines du dessous, ça ne marche pas, bon ! Tout cela est assez tragique. Et puis il y aurait eu un événement meurtrier sur un groupe de personnes, dont certains disent que c'est un mariage et les autres disent que non, qu'il n'y a pas de mariage, mais il y a eu une opération, en tout cas militaire qui a eu des conséquences sur les civils.

Donc nous voilà engagés dans un processus où il n'y a pas besoin d'être en expert en stratégie pour comprendre que ça va mal finir. Nous sommes dans la situation d'un occupant, ce que nous ne sommes pas, et nous ne savons ni ce que nous faisons là-bas, ni pour combien de temps, ni vraiment contre qui. Parce que dire que l'on fait la guerre au terrorisme est une mauvaise phrase, on fait la guerre à des terroristes.

Et les terroristes, si on les appelle comme ça, en fait ce sont des combattants d'une autre armée qui a un autre objectif politique que celui des gouvernements que nous soutenons. Donc tout ça, ça fait beaucoup contre notre pays, contre son image, contre sa respectabilité, contre son audience. Mais ça ne sert à rien de gémir, se lamenter, se frapper la poitrine, il faut rebondir.

Rebondir, c'est-à-dire trouver, sans cesse, la manière de sortir par le haut des impasses dans lesquelles on s'est fourré, parce qu'il y a toujours une alternative à la situation dans laquelle on est. Ce n'est pas vrai qu'une situation, ça enferme et que c'est terminé, on peut plus rien faire. Jamais, ni dans les vies privées, ni dans la vie publique.

Donc notre rôle, à nous les Insoumis, c'est toujours de trouver l'angle par lequel on ressort, en contestant le cadre, évidemment, dans le cadre non, on ne peut rien faire, rien faire d'autre que ce qu'ils font, mais en sortant du cadre, oui, on peut faire plein d'autres choses. Voilà, j'ai assez parlé, je vous dis à bientôt. Si ça vous a plu, vous mettez des pouces bleus parce que là, on reprend l'année, on traîne un peu la patte hein, aussi bien Antoine que moi au moment de passer mes trois quarts d'heure devant cette caméra.

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#RDLS128 : Spéciale USA : Trump et l'attaque du Capitole — Jean-Luc Mélenchon · Pourquijevote