Budget, vers un "enfer fiscal" ? - Boris Vallaud est l'invité du 22 octobre 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute.
Bonjour Boris Vallaud. Bienvenue dans les 4V. On va commencer par cette première soirée pour l'examen du budget 2025 à l'Assemblée nationale. Déjà une question qui se pose quand on voit que les élus du nouveau Front populaire ont voté en commission des finances pas moins de 60 milliards de hausses d'impôts supplémentaires. C'est ce que dit en tout cas le président de la commission des finances. Est-ce qu'on va vers un enfer fiscal comme le disent certains en gouvernement ?
Non, on va vers plus de justice fiscale. Au fond, qu'est-ce qui a animé les débats et les propositions qui ont été faites ? D'ailleurs soutenues dans bien des situations par le MoDem par exemple et par le groupe Pliot.
Avec des alliances parfois un peu surprenantes.
Oui, mais avec des alliances justement avec le MoDem et avec le groupe Pliot pour plus de justice fiscale. C'est quoi ? C'est préserver les classes populaires et les classes moyennes des efforts qui vont être demandés et faire plus et mieux contribuer les très hauts revenus, les marchés financiers et les très grandes entreprises. Seuls et ceux qui sont au fond des passagers clandestins de la solidarité nationale. Parce que vous savez que le taux d'effort d'un milliardaire, le taux d'effort fiscal d'un milliardaire est inférieur à l'effort que consent un Français qui rentre dans la première tranche de l'impôt sur le revenu.
Mais 60 milliards d'euros supplémentaires, ce n'est pas juste quelques tranches qui vont être touchées. Là, c'est un concours lépine d'impôt.
Non, ce n'est pas un concours lépine. Quand vous décidez de taxer les super dividendes, que vous décidez de taxer les super profits, en réalité, nous revenons à un niveau d'imposition qui est inférieur à ce qu'il était en 2017. Mais qui est encore le plus élevé d'Europe. La réalité, c'est que ce n'est pas nous qui avons fait les chèques sans provision que nous sommes obligés, que les Français sont obligés de rembourser aujourd'hui. C'est le gouvernement, c'est la majorité précédente, c'est Bruno Le Maire. Il manque 50 milliards de recettes fiscales qui ont été des cadeaux fiscaux jamais financés.
Chaque année, et on parle des économies à faire pour 2025, mais le gouvernement ne vous parle jamais des économies qu'il y a à faire en 2026-2027. C'est la raison pour laquelle, notamment avec le Modem, a été votée la pérennisation de cet impôt exceptionnel sur les super riches qu'a annoncé le gouvernement. Mais pour une année. Il s'agit de le faire dans la durée pour qu'il y ait de la justice et pour que l'effort soit justement partagé. Voilà la réalité. C'est au fond une mesure de justice qui n'aubère pas sur le plan économique nos capacités, qui recentre par exemple le crédit d'impôt sur les PME, les TPE et les ETI, celles qui produisent de la richesse, celles qui innovent.
Boris Balovot, qui est social-démocrate, socialiste, vous ne vous dites pas que justement ça envoie un très mauvais signal pour les entreprises, pour les investisseurs, pour les marchés financiers, de dire qu'une nouvelle fois on va taxer, taxer, taxer en France.
On ne taxe pas, on n'a pas l'obsession de l'impôt, on a l'obsession de la justice fiscale et de l'efficacité de la dépense publique. Pardon, pardon, mais quand vous supprimez des impôts pour les plus riches sans les financer, vous ne pensez pas que le sérieux budgétaire n'est pas du côté de celui qui a été ministre de l'économie ? Il faut faire des économies aussi. Quand vous vous retrouvez, il y aura aussi des économies à faire, il y a aussi des économies en dépenses à faire. Vous savez, on a abordé la partie recettes, il va y avoir la partie dépenses. Hier soir, il a commencé également l'examen de loi de financement de la sécurité sociale.
C'est des milliards d'euros d'économies, vous l'avez évoqué tout à l'heure, sur le dos des Françaises et des Français, et des malades en particulier.
Un mois avant de venir à la sécurité sociale, justement, on sait que ce budget va se terminer par le 49.3. Au final, il n'y a pas de majorité absolue. Pour quand ? C'est toute la question. Certains plaident pour laisser les débats se poursuivre le plus longtemps possible, notamment Michel Barnier est plutôt sur cette ligne. D'autres disent au contraire, on sait qu'il y aura le 49.3, autant abréger les souffrances le plus vite possible.
D'abord, dire que dans la situation actuelle, le pouvoir n'est ni à l'Élysée ni à Matignon, il est au Parlement. Et le Parlement travaille. C'est lui qui fait la loi, c'est lui qui consent à l'impôt. Nous essayons de le faire de la façon la plus juste possible, en étalant les efforts, en les répartissant justement, en demandant à ceux qui peuvent encore consentir des efforts, de le faire. Je souhaite, et je crois que c'est le souhait des ministres en charge, et je pense peut-être du Premier ministre, que les débats aillent au plus loin dans l'hémicycle. Il faut qu'il y ait un changement sur le fond de la politique, puisque le gouvernement et Emmanuel Macron ont été sanctionnés.
Il faut qu'il y ait un changement sur la forme, et donc que l'on prenne le temps d'un débat démocratique qui est nécessaire à la compréhension de ce qui se passe et aux propositions que faisons les uns et les autres.
Justement, vous pensez pouvoir négocier avec Michel Barnier pour que dans le texte qui ira au 49.3, il y ait certains amendements qui soient intégrés ?
Mais nous nous battrons à toute force pour qu'il y ait plus de justice dans ce budget. Mais nous commencerons de le faire... Oui, mais on va se battre et faire des compromis, il y a une marge. Nous commençons de le faire dans le cadre des discussions à l'Assemblée nationale, avec un certain nombre d'autres groupes. Je vous le dis, la pérennisation de l'impôt sur les super-riches a été votée avec le Modem, avec l'IOT. C'est-à-dire que je crois qu'il y a la possibilité, sur un certain nombre de mesures, de trouver des majorités républicaines à l'Assemblée nationale. Ce sera ensuite au gouvernement, s'il décide d'aller au 49.3, d'en tenir compte. Je crois que c'est important.
Vous le disiez également au début de l'examen du budget de la Sécurité sociale hier en commission. La première passe d'armes a eu lieu sur les retraites, avec la gauche qui a déposé plusieurs amendements pour tenter, d'une manière ou d'une autre, de supprimer la réforme de 2023, c'est-à-dire le passage de l'âge légal à 64 ans. Pour l'instant, ils ont tous été rejetés. Ce n'est pas une forme d'échec, justement, de trouver une majorité contre cette réforme des retraites, aujourd'hui ?
Ce que ça dit, c'est que ceux qui prétendent, dans quelques jours, supprimer la réforme des retraites, en réalité, quand il s'agit de passer à l'acte, ne le font pas. Le Rassemblement national n'a pas voté la motion de censure. Il a prêté vie à un gouvernement et au macronisme qui refusent la suppression de cette réforme. Ils n'ont pas voté hier les amendements au PLFSS, c'est-à-dire au budget de la Sécurité sociale.
– Non, parce que vous vouliez proposer des augmentations de cotisations. Ils ne veulent pas agourdir les cotisations.
– Bien sûr, mais vous savez, c'est assez amusant d'imaginer que l'on puisse avoir un modèle social qui se dispense de son financement. Non, nous avons besoin d'un financement qui soit juste. Qu'est-ce que nous avons besoin de réparer dans cette réforme des retraites ? À la fois, la façon de faire, il y a eu un déni de démocratie, on n'a pas tenu compte des manifestations, on n'a pas tenu compte des partenaires sociaux, on n'a pas tenu compte de l'absence de majorité au Parlement. Et puis des mesures de justice, parce qu'on sait que ce sont les carrières longues, les petites retraites, ceux qui ont des carrières hachées, difficiles, qui en réalité vont payer de quoi qu'il en coûte.
– Une petite question sur la direction du PS. Quelle ligne, justement, pour le Parti socialiste ? On sait qu'il y aura un congrès, normalement c'est dans les six mois qui suivent une élection législative selon vos statuts. Est-ce qu'il faut l'organiser au plus vite ? Et surtout, comment vous, vous allez vous positionner ? Plutôt la ligne aujourd'hui d'une alliance avec la France Insoumise ou au contraire une ligne plus indépendante pour un PS indépendant de la LFI ?
– Je ne mets pas les deux doigts à dos. Moi je crois qu'on a besoin d'un PS fort, d'un PS qui s'affirme, qui affirme un certain nombre de positions, qui avance des propositions utiles à la vie des Français. Et c'est comme ça que les socialistes sont utiles à l'union de la gauche et y occupent une place éminente. – Aujourd'hui on va plus un PS allié, voire soumis, dit certains Jean-Luc Mélenchon. – Eh bien ça n'est pas le cas, ce n'est en aucun cas le cas.
Et en tout cas moi, comme président du groupe socialiste, je m'efforce de faire vivre dans l'hémicycle le groupe socialiste et les propositions socialistes dans le cadre d'une union de la gauche et avec toujours l'espérance de constituer des majorités républicaines le plus large possible. Moi je veux, quand je reviens dans ma circonscription, être utile aux femmes et aux hommes qui m'ont confié…
– Vous pourriez être l'homme de la synthèse ?
– Je ne sais pas si je peux être l'homme de la synthèse, en tout cas je serai l'homme qui participe avec d'autres, je l'espère, à un congrès de la réconciliation utile pour la suite.
Votre circonscription justement, parlons-en, vous l'évoquez longuement dans ce livre, en permanence, où vous racontez un petit peu justement vos rencontres avec vos électeurs tous les week-ends dans les Landes. Qu'est-ce qu'ils vous disent, s'il y a une chose à retenir justement de ce que vous disent les gens, où vous dites « Tiens, ça je ne l'avais pas vraiment vu, je ne l'avais pas compris comme ça ».
– D'abord j'écris ce livre comme une nécessité, le retour aux choses humaines, le retour de la politique à l'échelle, à hauteur d'homme. Écoutez, la politique parle beaucoup, et vous voyez bien les petites phrases, les combinaisons plutôt que les convictions. Elle a rarement l'occasion d'écouter. C'est un livre qui donne à la politique un moment d'écoute, d'écoute, des vies, des vies difficiles. – Et qu'est-ce que vous avez écouté en particulier justement ? – Eh bien c'est cette maman d'un enfant en situation de handicap qui cherche à lui inventer un avenir parce que les structures sont insuffisantes.
C'est cette dame qui essaye de faire valoir ses droits et qui est prise dans une sorte de golem administratif dont elle ne se sort pas et qui fait l'accompagner.
– Vous vous êtes dit, c'est pas possible, comment on a réussi à faire ça ?
– C'est la vie concrète, on a besoin d'écouter, d'être à hauteur d'homme, de revenir à l'essentiel. Ce que me disent, la question que se posent beaucoup de Françaises et des Français, c'est que savent-ils de nos vies, que comprennent-ils ? Eh bien moi je n'ai pas trouvé d'autre solution que de me plonger dans ces vies à toute force, d'être le plus disponible possible. Vous savez on dit que nous sommes toutes et tous à cinq poignets de main du Président de la République, mais je ne sais pas à combien de poignets de main lui-même est des Françaises et des Françaises.
Pour ce qui me concerne comme parlementaire, comme député, je souhaite qu'il n'y ait qu'une poignée de main entre moi et ceux que je représente. Et c'est ce que je m'efforce de faire dans ce livre qui est une galerie de portraits sensibles et qui nous disent des choses sur la façon d'être et de faire en politique.
– En permanence, c'est vie que je fais mienne chez Odile Jacob. Merci Boris Vallaud, président du groupe PS à l'Assemblée, d'être venu dans Les 4V. Bonne journée.
– Merci. – C'était Les 4V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.
Boris Vallaud