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interviewPublic Sénat — Bonjour chez vous !· 3 novembre 2025 21 min

Éric Coquerel : « C’est pratique pour le gouvernement que le budget passe au Sénat sans vote »

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat.

0:12
Éric Coquerel

Moi, je constate simplement qu'on va très lentement. Il y a eu des suspensions de séances sans arrêt vendredi demandées par le gouvernement. Enfin bon, on va très lentement. Alors on nous dit que ce n'est pas pour atteindre les 70 jours. Vous savez, les 70 jours qui permettraient au gouvernement d'appliquer l'article 47 qui permet de faire des ordonnances sans vote et qui rétablit le taxe initial. Enfin bon, on a tout l'air quand même. Donc moi, je tire la salle d'alarmement. Là, ce matin, à l'Assemblée, je vais proposer maintenant qu'on réduise le temps de défense des amendements. Ce n'est pas terrible pour les députés.

Mais moi, ma grande crainte, c'est qu'on n'arrive même pas à l'appartir en recette. Pourquoi ? Pour notamment faire la démonstration qu'on va battre ce budget. Ça, c'est absolument certain.

0:50
Présentateur

Vous avez un certain nombre de députés qui pourraient aussi prendre l'initiative de retirer leurs propres amendements. Ça, c'est possible. Ça, ça a été fait.

0:54
Éric Coquerel

C'est-à-dire qu'on l'a demandé…

0:55
Présentateur

C'est plus possible aujourd'hui ? Est-ce qu'il en reste 2000 à examiner ?

0:57
Éric Coquerel

Oui, mais déjà, il y a eu un effort fait par plusieurs groupes. Déjà, il n'y a plus des groupes qui rendons-leur ce qu'ils ont fait. C'est-à-dire le Parti socialiste et le Rassemblement national. On avait fixé des cibles avec le rapporteur général. Il les avait atteints. Depuis, France Insoumise en a enlevé. Les Républicains en ont enlevé un peu. Mais il en reste énormément. Donc, on pourrait en enlever encore. Vous avez raison. On pourrait réduire les défenses. Et puis, essayer d'avoir peut-être une présidence plus active. Mais surtout, il faut que le gouvernement arrête aussi de gagner du temps. Les ministres prennent beaucoup de temps pour répondre. Enfin bon, voilà.

Moi, je pense qu'ils jouent la montre. Mon avis, c'est qu'ils jouent la montre. C'est votre certitude. C'est votre conviction. Oui, c'est ma conviction. Je pense que ce gouvernement a deux façons de faire passer le budget. Soit par ordonnance, soit la loi spéciale. Voilà, aujourd'hui. Parce que le budget sera battu à la fin. Donc, je crois que c'est les deux options qu'il a en tête. Et pour l'instant, c'est ces deux certitudes de sécurité, il en joue.

1:56
Présentateur

Si l'examen de l'ensemble des amendements ou des articles qui restent n'est pas terminé d'ici demain à 15h, parce que le vote de la première partie, ça devait être demain à 15h. C'est bien ça ? Oui. Et demain à 15h ?

2:04
Éric Coquerel

Donc, ça va reprendre après le 12 novembre. On va passer au projet de loi de la sécurité sociale. Et ça va reprendre après le 12 novembre. Moi, j'espérais qu'on finisse vers le 15-16. Mais là, on n'a pas accès. Là, vous dites même le 23-16. À vendredi, on était à 8 amendements heureux. Il faudrait qu'on soit à 20 amendements heureux depuis des jours.

2:23
Présentateur

C'est le problème. Qu'est-ce qui fait que vous avez la certitude aujourd'hui que le budget sera battu à la fin ? De toute façon, il n'y a pas de majorité pour vous résoudre ?

2:28
Éric Coquerel

Parce qu'en fait, si vous voulez, il n'y a aucune majorité. Alors déjà, il n'y a pas de majorité. Ce gouvernement n'a pas de majorité. D'ailleurs, ce qu'il a reconnu l'autre jour M. Lecornu, ce qui est bizarre, on est quand même dans un pays où depuis un an, on a des gouvernements qui n'ont pas de majorité. Ils sont même minoritaires. Mais il n'y a pas de compromis possible sur le budget entre les différentes forces politiques à l'Assemblée et au Sénat ? Il n'y a pas de compromis possible parce qu'en réalité, ce qu'on veut continuer à imposer, c'est un budget macroniste. Alors on veut…

En gros, leur idée, je résume, leur compromis pour eux, c'est de dire on passe l'avant-garde, on passe le gros de la troupe et puis l'arrière-garde, on peut réformer ce budget à la marge. Bon, ça, ce n'est pas possible. Ce budget, globalement, ne va pas parce qu'il continue à exonérer, et on l'a vu vendredi, les ultra-riches, de l'effort qu'ils doivent consentir, qui est simplement de payer les impôts normaux, comme le payent la plupart des gens dans ce pays, et puis d'un autre côté, de faire peser les dépenses, la baisse des dépenses, les efforts sur l'ensemble des Français.

Ça, un, ce n'est pas bon, c'est de l'injustice, mais en plus, d'un point de vue économique, c'est un effet récessif sur l'économie au moment où notre économie va mal, notamment en termes de consommation intérieure. Donc ça, ce budget, il essaie de garder cette structure. Donc si vous voulez, le gouvernement… D'ailleurs, le compromis qui aurait été possible, c'est que M. Macron, il y a un an, appelle ceux qui avaient gagné les élections et non pas les minoritaires comme il le fait de l'heure.

3:41
Présentateur

– Mais là, vous pensez, parce que Sébastien Lecornu, il était présent vendredi dans l'hémicycle, il discute avec les différents groupes parlementaires qu'il va encore recevoir aujourd'hui, il discute notamment avec les socialistes, vous pensez que ce n'est pas possible pour lui de réussir à la fois à rassurer son camp et à obtenir l'abstention du Parti socialiste ?

3:58
Éric Coquerel

– Alors, plusieurs questions. D'abord, ce qui s'est passé vendredi, c'est assez intéressant, parce que tout le monde disait, c'est le « money time ». C'est comme ça que les socialistes l'avaient appelé, ils étaient prêts à des compromis, c'est-à-dire, en gros, il y a la taxe Zuckmann, tout le monde savait que le gouvernement serait compte, et en plus, le RN est compte, parce qu'il est contre-touché les patrimoines des ultra-riches, lui aussi, donc après, il y avait l'idée de dire, bon, on est prêt à des solutions dégradées. Le gouvernement, le seul compromis qu'il a trouvé vendredi, il faut quand même le dire, c'est avec M. Wauquiez, ce n'est pas avec M.

Fort, il a passé la matinée à discuter avec M. Wauquiez pour affaiblir l'article 3, qui est une taxe sur les holdings. Donc, c'est ça la réponse qui a été donnée. Alors, maintenant, est-ce que… Oui, manifestement, il veut continuer à imaginer qu'il y a une négociation possible. Il a fait un truc extraordinaire vendredi, il faut vraiment être les socialistes pour vendre un hameçon. Il a proposé comme concession ce qui était déjà en train d'être battu sur le projet de loi de finances de la sécurité sociale, en commission, c'est-à-dire, il a donné quelque chose qu'il n'avait plus, c'est-à-dire le gel des retraites, le gel des minimas sociaux.

Alors, les socialistes ont dit, ah, super, on a gagné ça, mais en fait, en réalité, c'était déjà battu. Bon, alors, ils ont un bon public avec les socialistes qui, manifestement, veulent absolument trouver un compromis. Est-ce que ça va permettre d'aller jusqu'au bout ? Moi, j'en doute. Peut-être sur le projet de loi de finances de la sécurité sociale, puisque les socialistes l'ont voté avec des horreurs à l'Assemblée. C'est la seule opposition qui est en commission à l'Assemblée nationale, avant que le texte vienne cette semaine en séance, a voté une partie de ce budget qui enterrine la retraite à 64 ans, qui sanctionne les soignants, les établissements…

Qui suspend la réforme des retraites. Non, qui le décale. Il ne le suspend pas, justement. Il le décale. M. Macron a bien dit que c'était juste un décalage, c'est-à-dire qu'on enterrine qu'un patin de… Les gens en sont en 69, on reprendra la réforme des retraites et les autres ont un décalage de 3 mois qui, en plus, ils payent avec leurs pensions.

5:48
Présentateur

En tout cas, l'âge est bloqué à 62 ans et 9 mois jusqu'au début de 2028.

5:51
Éric Coquerel

Non, il n'est pas bloqué. L'âge est annoncé repartir le 1er janvier 2028 et cet effort-là est compensé par une baisse des pensions. C'est-à-dire que les retraités vont payer, par la baisse des pensions et les retraites complémentaires, vont payer ces 3 mois qu'on leur offre en sursis. Vous me direz… Je pense que le progrès social… C'est pour ça que vous y êtes opposés ?

6:12
Présentateur

Comment ? C'est pour ça que vous y êtes opposés ? Oui, bien sûr.

6:15
Éric Coquerel

Ce n'est ni une abrogation ni même une suspension. Il n'y a pas que nous dire. Vous avez vu que les syndicats, CGT, etc. sont exprimés contre. Et les oppositions, la plupart des oppositions ont voté contre. Mais je reviens là-dessus. Ils ont quand même… Enfin, les socialistes, vendredi, ont quand même fait l'exploit de, un, voter un amendement de Jean-Paul Matéi-Modem en l'amendant, ce qui fait que ça revient à faire un compromis avec l'Oration nationale sur le programme de l'Oration nationale. Ce n'est plus tout à fait l'IFI, ça affaiblit l'IFI, et ce n'est même pas l'ISF. C'est l'impôt sur la fortune.

Voilà, ce que la ministre Monchalin a appelé un objet hybride, qui est inférieur aujourd'hui à l'IFI existant sur l'immobilier et qui n'est qu'un ISF modéré. Après, ils ont réussi l'exploit, je vous le dis, de voter ce projet de loi de finances et de la sécurité sociale et plein d'horreurs dedans, diminution des indemnitions des maladies longue durée, gel, adoption, limitation des arrêts de travail prescrits à 15 jours, enfin plein de choses.

7:12
Présentateur

Il n'a pas encore discuté en séance, il peut être modifié en séance.

7:15
Éric Coquerel

Oui, d'accord, mais ce qui m'intéresse, c'est qu'en commission, ils ont quand même voté cet ensemble de choses pour dire qu'ils votent le PLFSS. Donc, je ne sais pas jusqu'où ils vont aller, je ne sais plus où ils habitent les socialistes, réellement. Je pense que tous les groupes... Où ils sont plus à gauche ? Non, ce n'est pas ce que je vous dis. Ils sont plus dans l'opposition ?

Je ne sais plus en ce moment où ils habitent, parce qu'ils sont tellement dans l'idée de trouver à tout prix un compromis pour éviter un retour aux urnes qu'ils en arrivent finalement à accompagner le gouvernement dans cette espèce de théâtre d'onde qui laisse penser qu'un compromis est possible, alors qu'en réalité, ils essayent de passer leur budget.

7:49
Présentateur

Et ils disent aussi, si on n'essaie pas de...

7:51
Éric Coquerel

Soit par ordonnance, soit par loi spéciale, soit même en espérant que les socialistes finalement votent pour le projet de loi de finances de la sécurité sociale et permettent de passer. Ça, c'est possible ? Et le budget pourrait passer si les votes des socialistes sont acquis au centre ? Ma conviction, c'est que le gouvernement vise à essayer de faire passer le projet de loi de finances de la sécurité sociale dans lequel il y a les pires des horreurs et dans lequel il y a le plus de baisse de dépenses. Là, le vote des socialistes peut l'encourager à ça, c'est-à-dire qu'il essaye ça. Et puis, parallèlement, je pense qu'il a compris qu'il ne passerait pas le projet de loi de finances.

Ça, c'est mon avis dans sa tête. Et donc, je vous dis, il va soit tenter la loi spéciale, c'est-à-dire être battu, mais imposer le budget de l'an dernier qui sera une espèce d'année blanche et soit jouer les ordonnances. Moi, je pense qu'il a ça en tête et il peut le jouer aussi sur le PLFSS. Voilà un peu la manière dont il avance. Et donc, pour tout ça, pour revenir au début de l'induction, il faut gagner du temps. Il faut être très lent. Il faut laisser du temps au temps,

8:46
Présentateur

mais pas de la bonne manière. Vous voyez ce que je veux dire ? – Mais un budget adopté par ordonnance, en fait, ce serait pire que passer par le 49-3 aujourd'hui. – Ah, bien sûr. – On reviendrait au texte initial, il n'y a plus de compromis, il n'y a plus rien, il n'y a plus de négociation. – C'est le pire des 49-3. – C'est le texte initial. – Bien sûr. – Dans ce cas-là, votre réaction à vous, ce serait de poser une motion de censure. – Alors nous, ça serait, je vous le dis,

9:03
Éric Coquerel

nous, ça va être… – Si on voit arriver tout ça, nous, on va déposer une motion de censure. – C'est clair. – Entre fin novembre, mi-décembre, on va essayer d'éviter le pire.

9:11
Présentateur

– Et celle-là, elle serait votée ?

9:12
Éric Coquerel

– Et bien justement, la question, il faut la poser aux socialistes. Parce que c'est là-dessus que mise le gouvernement, c'est d'espérer que les socialistes ne votent pas cette motion de censure. Et donc tout ça, tout cet enrobage cadeau qui prend des vessies pour des lanternes, qui propose comme concession déjà des choses qui ont été adoptées pour l'Assemblée avec les socialistes qui disent « Ah, on les a obtenues ! » Tout ça, à mon avis, participe à ça. Mais ceux qui veulent éviter très clairement que le PLFSS et le PLF passent, que ça soit par endonnance, loi spéciale, vous savez, à un moment donné, il faudra censurer, sinon on n'y arrivera pas.

9:45
Présentateur

– Vous n'attendez rien du Sénat dans les examens des textes budgétaires ? Est-ce qu'il y a des avancées qui peuvent être proposées par les sénateurs ? – Ils vont aggraver le texte. – Ils vont aggraver le texte, mais ils ne peuvent pas l'améliorer ? – Mais vous pensez qu'en commission…

9:58
Éric Coquerel

– Il n'y a qu'une chose qu'ils vont faire, de la même manière que ce qui a été à l'Assemblée, je le sais, parce que les Républicains l'ont fait, donc je sais qu'il y a majorité au Sénat. Je pense que comme à l'Assemblée, ce qui est gel des pensions de retraite, gel des minima sociaux, va être enlevé. Je pense aussi que tout ce qui était l'exonération de certaines niches fiscales qu'on a battues à l'Assemblée, en commission qui va être à nouveau battue là, c'est-à-dire sur les malades longue durée, sur les retraités, etc., sera battue. Je pense que la non-indexation des barèmes d'impôts sur le revenu sera battue. Ça, on le sait.

Mais en dehors de ça, par contre, on nous annonce, je pense que ce texte sera durci. On en a vu d'ailleurs la couleur en commission, ça on ne l'a pas encore examiné en séance, sur par exemple les étrangers, avec une remise en cause de l'AME, sur l'attaque sur le logement social. Il y a eu des amendements qui ont été proposés par M. Casbarion, absolument terribles, qui prennent des centaines de millions d'euros aux bailleurs sociaux, etc. Ça, je pense qu'on va avoir des choses assez graves qui vont venir du Sénat.

11:03
Présentateur

– Mais vous pensez à un compromis possible en commission mixte paritaire ou pas du tout ?

11:07
Éric Coquerel

– Écoutez, vu la situation aujourd'hui entre les Républicains qui votent contre le texte et le socle commun, je ne sais pas très bien comment ils vont s'entendre. Mais de toute façon, admettons même qu'ils arrivent à s'entendre, à l'Assemblée, ça sera battu. C'est pour ça que je vous dis que le PLF ne peut pas passer, sauf en dépassant les délais et en jouant sur ces ordonnances qui, vous l'avez dit tout à l'heure, seraient comme une première et un vrai problème. C'est vrai que ces ordonnances, ils ont été inspirées du régime de Weimar en 1932, de façon à imposer des budgets qui n'avaient plus de majorité à l'Assemblée. On sait comment tous ces dérives autoritaires s'est terminé.

11:44
Présentateur

– Le gouvernement a promis un tableau de bord pour suivre en temps réel le coût des mesures. Est-ce que vous l'avez eu ce tableau de bord ?

11:50
Éric Coquerel

– Non, on ne l'a pas eu. Alors, il y a un tableau de bord qui a été sorti par le rapporteur général mais qui est vraiment à la louche, qui exclut certaines taxes qu'on a imposées. Moi, j'ai proposé une taxe sur les multinationales qui rapporte 26 milliards, elle n'est pas dedans. Alors, le gouvernement…

12:08
Présentateur

– Philippe Juvin, il dit que ça rapporte zéro, lui.

12:10
Éric Coquerel

– Oui, mais je vous dis, toutes les taxes ont été votées. – Quel rapporteur général ? – Il y a une taxe sur les rachats d'actions, elle est exclue. La taxe sur les multinationales, elle est exclue. La taxe sur les superdividendes, elle est exclue. Alors, à ce compte-là, effectivement, ça rapporte zéro. En réalité, si on intègre toutes ces taxes, on a voté pour 35 à 40 milliards de recettes en plus. Ça, c'est la réalité. Et le gouvernement, un jour, nous dit que ce n'est pas légal, puis le lendemain, il la compte. Vous voyez… – Donc, vous n'y croyez pas, à ce tableau de bord ? – Ce n'est pas que je n'y crois pas.

C'est que ce gouvernement fera en sorte qu'à la fin, ça ne soit pas dans le budget. Je vous le dis. Qui, je pense qu'il préféra se faire battre sur le budget, il préféra essayer d'avoir une loi spéciale plutôt que d'entériner des choses sur lesquelles il est radicalement désaccord puisque ça attaque ceux qu'il a protégés depuis 2017, c'est-à-dire les ultra-riches.

12:56
Présentateur

– Sébastien Lecornu, il avait un objectif de 4,7% du déficit. Avec ce budget, il laissait aux députés une marge de manœuvre pour aller jusqu'à 5%. Avec le budget tel qu'il est aujourd'hui, vous estimez à combien l'objectif du déficit ?

13:06
Éric Coquerel

– Là, je ne peux pas vous dire. On n'a pas fini la discussion. Par exemple, si vous entérinez les taxes qu'on a fait voter, 35 milliards, on l'a descendu, le déficit. – Bon, donc le gouvernement ne calcule pas comme ça, vous voyez ce que je veux dire ?

13:20
Présentateur

– Mais le 4,7% il est atteignable pour vous ou pas ?

13:21
Éric Coquerel

– Comment ?

13:21
Présentateur

– Le 4,7% il est atteignable ou c'est trop ?

13:23
Éric Coquerel

– Nous, on a fait un contre-budget, là je parlais les filles, d'accord, dans lequel on va chercher pour 180 milliards de recettes nouvelles, uniquement ciblées sur les ultra-riches, sur les très grandes entreprises, en rabotant des niches, en les taxant à la hauteur où sont taxés les Français. Encore une fois, je rappelle, ce n'est pas de les surtaxer, c'est simplement les ultra-riches payent ce que les Français payent en termes de pourcentage de leur revenu ou de leur patrimoine.

On a été chercher 180 milliards de recettes, ça nous permet de notre budget d'estimer qu'on peut faire 160 milliards de dépenses pour répondre aux besoins sociaux, aux besoins écologiques et de descendre les déficits. Donc moi je pense qu'il y a moyen de faire, mais ce n'est pas ce que se prépare à faire le gouvernement.

14:03
Présentateur

– Dernière question sur le budget. – Sur le budget, justement cet objectif de 4,7 millions de déficits, de milliards de déficits, pardon, et être en dessous, pardon, 4,7% du PIB en termes de déficit et être en dessous de 5% l'année prochaine, ça, ça plaide pour les ordonnances à la fin de l'histoire et pas la loi spéciale, parce que la loi spéciale reconduirait le budget l'année dernière. Or le budget l'année dernière, il nous fait terminer à 5,4% de déficit. – J'imagine mal le Premier ministre reprendre le même budget et ne pas être dans ses propres objectifs ?

14:36
Éric Coquerel

– Alors, vous avez raison de dire que la loi spéciale, pour eux, c'est vraiment passé par le trou de la souris, je veux dire, ce n'est pas l'idéal par rapport au budget qu'il présente aujourd'hui. Mais à partir du moment où vous faites une année blanche, la loi spéciale, c'est une année blanche, rien n'augmente, et que par contre le PIB lui augmente, inévitablement votre budget représente.

14:56
Présentateur

– Ça pourrait passer ?

14:57
Éric Coquerel

– Oui, c'est-à-dire qu'en fait, il baisse… – Si la croissance est au rendez-vous. – Ils baissent les dépenses, en réalité. Leur seul problème sur la loi spéciale, c'est le budget des armées, qui est prévu d'être augmenté à 7 milliards dans le budget actuel. Et là, par contre, vous ne pouvez pas augmenter les budgets de cette manière-là, ça serait leur problème. Mais moi, je pense que là où ils en sont, c'est-à-dire un gouvernement minoritaire, un programme minoritaire qui essaie de passer absolument en force, bon, si à la fin, ça se termine en loi spéciale, en se disant, bon, on verra bien en 2026, de façon à revenir sur un PLF, si les temps sont meilleurs, etc., pour eux, je pense que…

Moi, M. Lecornu, il avance au jour le jour. Le problème, c'est qu'il y a des oppositions qui le laissent avancer au jour le jour. Et il se dit, chaque jour d'avancer est un jour de gagner. Voilà, c'est comme ça qu'il avance, avec les ceintures de sécurité dont je vous ai parlé, c'est-à-dire les ordonnances ou la loi spéciale. Moi, je pense que c'est ça qu'il a en tête.

15:45
Présentateur

Un mot sur les découvertes bancaires, puisqu'il y a une directive européenne qui encadre ces découvertes bancaires, qui a été transposée par le gouvernement. La France insoumise a lancé une pétition sur le sujet. On va écouter ce qu'en dit la porte-parole du gouvernement, Maude Bréjean, hier sur notre antenne.

16:01
Invité

La France insoumise n'a pas lancé de pétition. La France insoumise a lancé une énorme fake news dans le débat public. Les découvertes bancaires étaient en réalité déjà contrôlées. Ils continueront à l'être, y compris pour des découverts inférieurs à 200 euros ou inférieurs à un mois. Mais donc, on reste évidemment extrêmement vigilants à ce que ça n'intrave pas le quotidien des Français. C'est extrêmement grave ce qui s'est passé, si je peux m'y arrêter une petite minute.

La façon dont la France insoumise a instrumentalisé ce débat sur un sujet qui, on le sait, touche le quotidien de millions de Français qui, parfois, arrivés au milieu ou à la fin du mois, ont besoin de se découverts, c'est honteux.

16:38
Présentateur

Qu'est-ce que vous voulez répondre ?

16:39
Éric Coquerel

Elle accumule vraiment l'effet. Je l'écoutais juste avant, dans votre émission, en train de nous expliquer que la fortune des milliardaires a été immatérielle. Elle va bientôt nous dire que M. Arnaud a un train de vite micard aussi. Donc là, elle en accumule une autre. Elle le dit d'ailleurs en sa phrase. Vous écoutez, ce qui se passe maintenant, c'est que pour les découverts en dessous de 200 euros, qui sont la majorité, effectivement, ils vont devoir être considérés comme des crédits à la consommation. Et donc, les banques vont devoir faire en sorte d'interroger la solvabilité des clients au taux d'effort de 35 %.

– Mais ce qu'elle dit, c'est que vous, vous avez intitulé votre pétition interdiction,

17:14
Présentateur

alors qu'il n'y a pas d'interdiction.

17:15
Éric Coquerel

– Il n'y a pas une interdiction, mais de fait, si jusqu'à 200 euros de découvert, et tous ceux qui m'écoutent savent que c'est, par exemple, la moyenne, en gros, pour 45 % des Français, dans l'année, ils sont à découvert, à un moment donné, de 223 euros. D'accord ? C'est la moyenne. Donc, ça veut dire que vous avez énormément de personnes qui sont en découvert en dessous de 200 euros.

Et bien, ce qui va se passer, c'est qu'à partir de là, avec la transcription de cette directive européenne, à partir de là, les banques vont être obligées de vérifier la solvabilité des clients et donc potentiellement d'interdire ce découvert, donc potentiellement de refuser les paiements qui sont liés à ça, d'interroger la Banque de France au-dessus de 200 euros, ça, c'est nouveau par rapport à ça. Donc, en réalité, des découvertes qui, jusqu'à aujourd'hui, n'entraînaient pas une situation dramatique vont potentiellement être dramatiques aujourd'hui.

18:08
Présentateur

– Mais pourquoi vous êtes allé jusqu'à parler d'interdiction ?

18:10
Éric Coquerel

– Parce que, de fait, c'est une interdiction…

18:11
Présentateur

– C'est un contrôle plus strict.

18:12
Éric Coquerel

– Oui, mais enfin, un contrôle plus strict qui se termine au fait que vous ne pouvez pas le faire. Comment vous appelez ça, vous ? Donc, la réalité, c'est qu'ils ont décidé de transcrire, et moi, ce que je veux en revenir, c'est qu'il faut l'abroger. Il faut abroger cette ordonnance au plus vite. Parce que là, je le dis aux Français qui nous écoutent… – Mais comment vous faites une directive européenne ? – Mais la directive européenne, figurez-vous, sur la requalification des travailleurs ubérisés en salariés, je voudrais bien savoir pourquoi celle-là, on ne nous la propose pas à l'Assemblée.

Elle a été adoptée au Parlement européen il y a maintenant un an ou deux ans, deux ans je crois, sous les efforts de ma camarade Laïla Chabi. Pourquoi celle-là ne vient pas ? Et pourquoi celle-là vient très vite ? Là, c'est une question que je pose.

18:50
Présentateur

– Un dernier mot sur un sondage qui a été publié hier par La Tribune dimanche, sondage pour la présidentielle, qui met Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann, au coude à coude. Est-ce que Jean-Luc Mélenchon, aujourd'hui, il n'est plus le vote utile de la gauche ?

19:02
Éric Coquerel

– Enfin, c'est marrant, parce qu'il y a deux façons de voir ce sondage. Dans ce sondage, Jean-Luc Mélenchon, il y a un mois, était à 9%, et là, il est devant M. Glucksmann. Donc moi, je vois plutôt une progression très forte de Jean-Luc Mélenchon. Bon, moi, nous, on se méfie des sondages, qu'ils soient bons ou qu'ils soient pas bons, je pense que… Mais ce que j'observe, c'est que pour avoir suivi toutes les campagnes présidentielles de Jean-Luc Mélenchon, c'est les meilleurs résultats, un an et demi avant une élection, qu'on n'ait jamais eus dans des sondages.

Voilà, ce que j'observe, que c'est lui qui est en progression, et que ça correspond un peu à ce qu'on ressent sur le terrain et ce qu'on ressent notamment sur la budgétaire. Tous les gens nous disent, heureusement, vous êtes là, que vous tenez bon. Ça se voit à un moment donné dans les sondages, je pense.

19:38
Présentateur

– Un dernier mot, Stéphane ? – Juste une question sur les sondages, enfin les sondages, j'entends vos prévenances par rapport aux sondages, mais vous avez Pascal Perrineau qui a fait une conférence à Sciences Po dans laquelle il prend différentes données et qui explique que Jean-Luc Mélenchon ne peut pas gagner la présidentielle en 2027. – Ah bah si, monsieur Perrineau le dit. – Il a tort ?

20:00
Éric Coquerel

– Écoutez, jusqu'au… le deuxième tour des élections, c'était le 7 juillet, l'islative, c'est ça ? Non ? – Oui. – Est-ce qu'il y a 19h55, le RN était en tête dans les sondages ?

20:11
Présentateur

Qu'est-ce qui s'est passé dans les urnes ? – C'était des législatives, ce n'était pas une corde présidentielle. – Je vous dis juste, en relation, le côté… – Non, et puis un an et demi avant, effectivement, ça n'a pas grand sens. Il n'empêche qu'il y a quand même un niveau de détestation et de rejet de Jean-Luc Mélenchon qui est assez fort.

20:28
Éric Coquerel

– J'espère avec Jean-Luc Mélenchon au deuxième tour des élections présidentielles et vous verrez que dans ces cas-là, face au Rassemblement National, les choses, la messe ne sera pas dite.

20:36
Présentateur

– Merci, Rico Krell. – Retrouvez l'intégralité de nos podcasts

20:45
Invité

sur la plateforme Public Sénat.

20:47
Locuteur

– Sous-titrage Société Radio-Canada – Sous-titrage Société Radio-Canada – Sous-titrage Société Radio-Canada – Sous-titrage Société Radio-Canada

Éric Coquerel : « C’est pratique pour le gouvernement que le budget passe au Sénat sans vote » — Éric Coquerel · Pourquijevote