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Conférence de presseÉlysée (sur YouTube)· 26 juillet 2022 37 minActualité / polémiqueDéfenseÉconomie & entreprisesEnvironnement & énergieJustice

Conférence de presse du Président de la République et du Président de la République du Cameroun.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 88 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 10:01OuverteRéponse directe

    Comment assumez-vous les différences d'assistance entre l'Ukraine et les pays africains en conflit ?

  • 12:00FerméeRéponse partielle

    Briguez-vous un nouveau mandat en 2025 pour le RDPC ?

  • 14:00RelanceRéponse directe

    Vos déclarations sur les droits de l'homme au Cameroun sont-elles diplomatiques ?

  • 16:00OuverteRéponse directe

    Quelles conséquences de la guerre en Ukraine pour les Camerounais ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 12:00Président camerounaisFait
    « Le mandat que je mène a une durée de 7 ans. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

Je voulais, tout d'abord, redire ici que nous sommes particulièrement heureux d'accueillir au Cameroun le président Emmanuel Macron et toute la délégation qui l'accompagne. Cette visite, qui est la première en terre africaine depuis que les Français lui ont accordé un second mandat, porte témoignage de la grande qualité et de la solidité des relations anciennes qui unissent nos deux pays. Les entretiens que nous venons d'avoir nous ont confortés l'un et l'autre dans notre détermination à œuvrer sans relâche au fonctionnement de cette relation fructueuse et mutuellement bénéfique.

Je tiens à partager avec vous les sentiments de satisfaction que j'ai exprimés au président Emmanuel Macron pour le soutien multiforme que nous apporte la France, tant sur le plan sécuritaire, notamment dans la lutte contre le terrorisme, que sur le plan économique et financier. Nous avons, par ailleurs, convenu de poursuivre nos efforts conjoints dans les domaines de l'agriculture, de l'industrie et des infrastructures, ainsi que de la formation et du développement local, avec en point de mire l'émergence du Cameroun. Nos entretiens de ces jours-ci nous ont permis, comme les précédents, de faire un tour d'horizon de l'actualité nationale dans nos deux pays ainsi que de la situation internationale.

Nous avons notamment évoqué les menaces de la sécurité dans notre sous-région et notre continent et les voies et moyens d'y faire face. Nous nous sommes également penchés sur la crise énergétique, les perturbations du marché mondial des céréales et l'inflation généralisée. Ce sont des défis globaux qui appellent une riposte globale.

Nous avons bien évidemment évoqué la guerre en Ukraine, les destructions et les souffrances qu'elle occasionne, avec des répercussions planétaires. Le président Macron et moi-même sommes d'avis que tout doit être fait pour arriver à une cessation rapide des hostilités. Pour cela, la logique de la confrontation doit céder le pas à celle de la conciliation et du dialogue.

Merci, Monsieur le Président, merci encore d'avoir répondu à notre invitation. Merci pour votre engagement à nos côtés et pour votre aimable attention. Merci beaucoup, Monsieur le Président de la République.

Monsieur le Président, Madame, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, chers amis, je veux vous dire tout le bonheur qui est le nôtre, à ma délégation et moi-même, d'être parmi vous au Cameroun, et je tenais à vous remercier pour l'accueil que vous nous avez réservé. Ce déplacement, vous l'avez parfaitement dit, Président, marque pour nous un moment important. Ce n'est pas un hasard, en effet, si j'ai choisi de venir dans votre pays pour la première étape de cette petite tournée africaine, la première depuis ma réélection.

D'abord, du fait de la profondeur de la relation franco camerounaise et du caractère exceptionnel de l'amitié entre nos deux pays. Ensuite, parce que le Cameroun est un partenaire stratégique en Afrique centrale, région avec laquelle je souhaite justement consacrer plus de temps lors de ce second quinquennat. Enfin parce que, je dois le dire, je suis très admiratif de la jeunesse camerounaise.

Nous en avons longuement parlé, le niveau d'excellence des jeunes diplômés camerounais et les talents qui sont ici présents sont une fierté pour le pays. Je pense que le rôle de la France est d'aider au maximum à leur donner une place et leur permettre de réussir. Cette relation forte et ancienne qui unit le Cameroun et la France se traduit par une coopération exceptionnelle.

Nos priorités communes ont fait du Cameroun l'un des premiers partenaires de l'Agence française de développement. Aux côtés du gouvernement camerounais, elle a financé des projets à hauteur de 2 milliards d'euros ces dix dernières années et les quelques 200 entreprises françaises présentes dans le pays, actives dans tous les secteurs, participent au dynamisme de votre économie. C'est une force pour nous tous.

Cette présence française a été concurrencée ces dernières décennies, c'est bien normal, par d'autres. Il nous appartient d'être meilleurs, plus efficaces, d'œuvrer ensemble aussi à une plus grande transparence des marchés et à une plus grande efficacité collective. Là aussi, nous en avons longuement parlé, mais je souhaite qu'on puisse diversifier cette coopération.

Au-delà des grandes infrastructures et des commodités, qu'on puisse regarder dans le domaine de l'agriculture, de la formation, du numérique et également des industries culturelles et créatives et du sport, comment faire davantage. C'est d'ailleurs le sens de la délégation qui m'accompagne. Je salue également la qualité de notre coopération de sécurité et de défense.

Mais, là aussi, nous voulons la renforcer, en particulier en matière de formation. J'ai bien pris note de vos demandes, Président. Cette coopération, c'est celle qui nous permet d'agir contre le terrorisme dans le bassin du lac Tchad.

Nous avons ensemble évoqué, évidemment, cette situation et notre volonté de lutter contre le terrorisme, de le faire en lien avec tous les pays de la région qui sont touchés par ce phénomène, comme d'ailleurs la France, vous le savez, y est engagée depuis de nombreuses années. Nous avons également ensemble évoqué la situation de plusieurs pays de la région, notamment de la République centrafricaine, et de notre préoccupation commune à l'égard des ingérences qui s'y font jour. Nous sommes également convenus, avec le Président Biya, de continuer de travailler à l'approfondissement des liens entre nos deux pays sur plusieurs volets, et en particulier en matière de développement économique, j'évoquais quelques uns des pistes et des secteurs sur lesquels nous voulons avancer, également en matière de paix, de prospérité et de stabilité.

À cet égard, conformément à nos engagements, je tiens à renouveler, et nous en avons là aussi longuement parlé, le soutien de la France au processus de décentralisation. Je demeure en effet convaincu, je l'ai dit au président, que la régionalisation constitue une réponse à la grave crise qui continue d'affecter le pays dans ces régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, et que c'est par ce processus politique de dialogue, de réformes, d'avancées et de conciliation, qu'une solution durable pourra être trouvée. Cette volonté d'avancer ensemble, nous l'avons aussi constatée dans le domaine de la sécurité alimentaire, vous venez de le rappeler, Président.

Juste après notre échange, j'aurai l'occasion de retrouver plusieurs de nos délégations et plusieurs ministres pour avancer dans cette direction. La hausse du cours des matières premières et les difficultés d'approvisionnement, dans un contexte d'inflation qui pour partie était due à une reprise non coordonnée mondiale mais qui a été largement aggravée par la guerre lancée par la Russie en Ukraine, n'épargnent ni l'Afrique, ni le Proche et Moyen-Orient, ni l'Europe. Alors même que nous sortons à peine de la crise liée au Covid 19, ce conflit met à l'épreuve directement nos économies, et en particulier la vôtre.

C'est pour faire face à ces conséquences, notamment en Afrique, que nous avons souhaité nous engager. Nous en avons d'ailleurs parlé il y a quelques semaines, ensemble au téléphone. Mais dès le mois de mars, nous nous sommes engagés pour cette initiative dite Farm, qui vise d'une part à aider à faire circuler les denrées alimentaires afin d'éviter que cette crise ne les touche, ne bloque la circulation et ne crée des situations de sur-stockage, mais permette surtout de produire davantage dans les pays qui en ont besoin, en particulier les pays africains.

Nous nous retrouverons tout à l'heure. C'est un objectif de formation. C'est un objectif de production accrue sur le plan agricole.

C'est un objectif pour bâtir évidemment une plus grande autonomie africaine en matière d'engrais et de production renforcée, et c'est un partenariat public privé que nous voulons ainsi établir. L'investissement de la France dans le secteur agricole au Cameroun est évidemment ancien, mais c'est une manière, là, de lui donner un nouveau jour, de le renforcer et de permettre de régler la crise qui est la nôtre, comme vous l'avez dit à l'instant, Président, par de la coopération : coopération entre nos deux pays ; coopération entre nos académiques et nos systèmes de formation ; coopération entre nos systèmes publics et privés. Ce déplacement est également l'occasion pour moi de maintenir la dynamique créée par le nouveau sommet Afrique-France de Montpellier.

En octobre dernier, en effet, j'avais été frappé par la vitalité et la vivacité des représentants de la société civile camerounaise qui avaient fait le déplacement. C'est pourquoi, en fin de journée, je me rendrai au village club Noah pour écouter et échanger avec les nouvelles générations camerounaises et françaises sur la politique française en Afrique et la relation entre nos deux pays et nos jeunesses. Nous parlerons des enjeux de participation citoyenne, de démocratie, de développement durable, de patrimoine, de sport, de culture, des enjeux qui nous concernent tous pour nous aider à mieux bâtir encore et renforcer le partenariat qui est le nôtre.

Voilà en quelques mots le sens de la visite qui est la mienne et une partie de ce que nous avons échangé avec le président à l'instant. Nous avons couvert beaucoup de sujets sur le plan bilatéral, sur le plan de la sécurité régionale et de la coopération régionale. Nous avons fait à peu près le tour du monde mais, sur chacun de ces points, nous avons défini un agenda précis avec des points de rendez-vous qui seront réguliers.

En tout cas, je veux ici que vous tous puissiez n'avoir aucun doute sur la volonté de la France et ma détermination à travailler avec vous dans la direction que je viens d'évoquer. Je vous remercie. Bonjour, Messieurs les chefs d'État.

Yves Marc Medjo, journaliste à la CRTV, la Radio Télévision Nationale du Cameroun. Ma question s'adresse au président de la République française. Monsieur le Président, les Africains, et particulièrement les Camerounais, sont témoins des concours financiers et de la qualité des matériels militaires que l'Occident apporte à l'Ukraine en guerre.

Lorsque l'on sait que les pays africains en difficulté économique ou même en conflit ont du mal à recevoir pareille bienveillance et pareille assistance, Monsieur le Président, comment assumez-vous ces deux poids, deux mesures ? Je vous remercie. D'abord, je pense qu'on dit souvent, quand j'écoute ou je lis, beaucoup d'approximations sur ce qui se passe en Ukraine.

Je ne ferai pas de comparaisons excessives. En Ukraine, vous avez un pays souverain dont la souveraineté et l'intégrité territoriale ont été violées par une agression unilatérale d'un pays voisin, la Russie. C'est comme ça qu'il faut le qualifier, c'est une guerre lancée par la Russie.

Les règles qui sont les nôtres, la Charte des Nations unies, les textes que nous avons signés et que la Russie a également signés en tant que membre de l'OSCE, font qu'elle a violé à peu près tous ses engagements internationaux. Le choix qui a été fait par les Européens, premièrement n'est en aucun cas de participer à cette guerre, mais de la reconnaître et de la nommer, là où je vois trop souvent de l'hypocrisie, en particulier sur le continent africain, et je vous le dis avec beaucoup de calme et de sérénité, à ne pas savoir qualifier une guerre qui en est une et à ne pas savoir dire qui l'a lancée, parce qu'il y a des pressions diplomatiques, je ne suis pas dupe, mais enfin il faut dire les choses, on vit mieux. Nous, nous avons décidé de tout faire pour stopper cette guerre, comme l'a dit le président.

Je vous rappelle que moi-même, quelques jours avant, je suis allé en Russie et en Ukraine pour essayer de l'empêcher. Tout faire pour la stopper sans y participer. Ce faisant, que font les Européens ?

Ils sanctionnent la Russie pour bloquer son effort de guerre et c'est, dans tous les cénacles internationaux, de l'isoler diplomatiquement. C'est là où nous avons besoin de vous car, sinon, ce schéma se reproduira à l'envi. Ce n'est pas l'ordre international que nous voulons, qui repose sur la coopération et le respect de la souveraineté de chacun.

Enfin, nous aidons l'Ukraine à résister : des aides économiques et financières, des aides en prenant les réfugiés et des aides militaires en livrant du matériel. C'est ça, la situation, très précisément. Je ne vois pas, sur le sol africain, des pays qui soient dans une situation comparable, étant agressés par une puissance voisine où nous aurions à nous poser un tel sujet.

Par contre, je vois des pays qui ont pu être déstabilisés par le terrorisme, c'est tout à fait vrai. Vous parlez là à un chef d'État qui a l'honneur d'être à la tête d'un pays qui s'est engagé, ô combien. Mais je vous le dis avec beaucoup de clarté, Monsieur, en Afrique nous n'avons pas simplement livré des armes.

Nous avons envoyé des troupes à la demande d'un État souverain qui était le Mali et de l'organisation régionale qui était la Cédéao pour la défense de sa souveraineté nationale. Nous avons donc fait beaucoup plus que pour l'Ukraine. Je vous parle avec la gravité d'un chef d'État qui a eu à enterrer des soldats parce qu'ils sont venus sur le sol africain défendre la souveraineté d'un État qui n'était pas le leur.

C'est ça, la réalité. S'il y a deux poids, deux mesures, ce deux poids, deux mesures est dans l'autre sens que celui que vous avez évoqué. L'armée française, à la demande du Mali en 2013, est intervenue pour stopper les terroristes qui faisaient route vers Bamako puis l'armée française, à la demande de l'Etat malien et de la Cédéao, est restée pour protéger.

Et si aujourd'hui il n'y a pas un califat territorial au Mali, c'est parce qu'il y a eu l'armée française et que des dizaines de nos enfants sont morts sur le sol africain pour lutter contre le terrorisme. Allez voir beaucoup d'autres que la France pour leur demander les deux poids, deux mesures. La France est le pays qui s'est le plus engagé pour des États africains, à leur demande et pour leur sécurité.

Par contre, nous le faisons dans un cadre clair, à la demande d'un État souverain et pour lutter contre le terrorisme. Quand ce cadre n'a plus été rempli, après les deux coups d'État militaires au Mali et les choix de la junte, nous avons décidé de partir et de réorienter notre dispositif. C'est ça, la réalité.

Maintenant, nous avons des politiques de coopération militaire avec de nombreux pays africains, le Cameroun en fait partie, qui passent par des livraisons, de la formation et du partenariat. C'est sur cette route que nous continuerons d'avancer et de consolider le lien qui est le nôtre sur le plan militaire. Je ne peux pas être plus exhaustif et précis pour faire la différence entre des situations que vous avez évoquées et rappeler la réalité de l'implication de la France.

Monsieur le Président Paul Biya, bonjour et merci de nous recevoir. Amélie Tulet, de Radio France Internationale, France Médias Monde. Est-ce que vous m'entendez correctement ?

Espérez-vous, puisqu'on parle d'avenir, briguer un nouveau mandat en 2025 ou souhaitez-vous qu'une nouvelle génération porte les couleurs du RDPC à la prochaine présidentielle ? Je peux répéter ma question. Je vous remercie.

Amélie Tulet de RFI, Radio France Internationale. Là, c'est bon ? Ma question : espérez-vous briguer un nouveau mandat en 2025 ou souhaitez-vous qu'une nouvelle génération représente le RDPC à la prochaine présidentielle ?

Vous ne m'entendez pas. Madame demande si tu veux briguer un nouveau mandat en 2025 pour le compte du parti. Je suis votre ambassadeur.

Je vous remercie, Madame. Comme vous le savez, le Cameroun est dirigé conformément à sa constitution. D'après cette constitution, le mandat que je mène a une durée de 7 ans.

Essayez de faire la soustraction : 7 moins 4 ou 3, et vous saurez combien de temps il me reste à diriger le pays, mais autrement, ça sera su, quand ce mandat arrivera à expiration. Vous serez informés sur le point de savoir si je reste ou si je m'en vais au village. Bonjour, je suis Georges-Alain Boyomo, journaliste au quotidien camerounais, Mutations.

J'ai une question à deux volets, qui s'adresse au président français, Emmanuel Macron. Alors, Monsieur le Président, au cours d'événements organisés en France, qui n'avaient pas de lien avec la relation France-Cameroun, vous avez révélé le contenu de certaines de vos conversations avec votre homologue camerounais. Est-ce que vous pensez que c'est la meilleure manière de donner votre opinion sur les Droits de l'homme et la démocratie au Cameroun ?

Il faut noter que ces réactions sont faites sur un ton peu diplomatique. Donc, j'aimerais savoir si vous estimez que c'est la meilleure façon de réagir sur les Droits de l'homme et la démocratie au Cameroun ? Première question.

Alors, si vous permettez le second volet : une amitié sincère, comme celle qui existe entre le Cameroun et la France, ne saurait s'encombrer de zones d'ombre ou alors de vérités mal dissimulées. Alors, il se trouve que la guerre de libération, qui a été menée au Cameroun, a laissé un souvenir des blessures, et des souvenirs macabres, des exactions, des crimes commis par l'armée française sur des Camerounais. Alors, des décennies plus tard, est-ce que vous êtes en mesure, aujourd'hui, de reconnaître ces atrocités et d'en assumer la responsabilité ?

Je vous remercie. Merci beaucoup Monsieur. Sur votre première question, vous savez, la diaspora camerounaise en France fait partie de la richesse de notre relation.

Il se trouve, parce que je pense qu'implicitement vous faites référence à cela, que cheminant dans le salon de l'agriculture en France, j'ai été interpellé. Je n'allais pas ne pas répondre et j'ai répondu la vérité. Je n'ai rien révélé du contenu.

J'ai dit : on a des discussions très approfondies avec le président sur des situations individuelles et une situation que nous ne comprenons pas, ce qui est la réalité. Je pense que c'est ce que je dois à nos bi-nationaux ou aux membres de la diaspora, qui s'émeuvent de ce sujet, et qui à l'inverse, ne comprendraient pas une seule seconde que je puisse leur dire : " vous savez, je passe de longues heures avec le président Biya, où on se parle au téléphone, mais nous ne parlons pas des sujets qui fâchent ". On parle de manière exigeante des sujets qui nous concernent et on essaie de trouver des solutions intelligentes, qui sont respectueuses de la souveraineté de chacun, mais qui reposent sur le dialogue en vérité.

Je crois n'avoir révélé aucun secret dans cette réponse à une interpellation. Simplement ai-je dit le rôle de la France et la nature des dialogues que nous avons. Sur ce qui est de notre passé commun, nous avons ce passé.

Il y a des pages glorieuses, heureuses, de construction commune. Il a contribué à lier tant de destins. C'est une chance.

Mais il a eu aussi des moments douloureux, tragiques. Des historiens se sont penchés sur ce passé. Ils nous disent qu'un conflit a eu lieu.

Le mot " guerre " est employé. C'est aux historiens de faire la lumière sur le passé, et il faut continuer à écrire précisément cette histoire et essayer de l'écrire ensemble. C'est pourquoi, ce que je souhaite, c'est que nous puissions avoir et lancer ensemble un travail conjoint d'historiens camerounais et français, qui pourront ainsi avoir accès à la totalité de nos archives.

Et je prends ici l'engagement solennel d'ouvrir nos archives en totalité à ce groupe d'historiens conjoints, qui nous permettront d'éclairer ce passé, sur des situations individuelles, sur des épisodes que vous évoquez, et pour qualifier très précisément les choses, c'est-à-dire l'implication de la France, le rôle, aussi, des autorités camerounaises de l'époque, avant, après l'indépendance, dans un contexte où les choses sont sans doute plus complexes et mêlées que vous ne l'avez dit, mais avec une gravité et des responsabilités qu'il convient d'établir factuellement. Je propose donc que nous réunissions les conditions pour mener ce travail, je l'ai dit au président, et que nous mettions en place une commission d'historiens, qui pourront travailler ensemble et avoir accès à toutes ces archives pendant la période. L'intégralité des archives françaises seront ouvertes.

Je souhaite aussi que nous puissions, d'ailleurs dans le cadre de cette commission conjointe, faire travailler des artistes, parce que j'ai été frappé de voir combien des artistes camerounais, binationaux ou de la diaspora, avaient comme matrice imaginaire cette période. Et donc, je pense aussi qu'il faut leur permettre de travailler ensemble. Nous allons fixer un calendrier de travail à cette commission, pour qu'elle rende ses travaux dans un calendrier approprié et rapproché.

C'est-à-dire qu'on aurait suffisamment de temps pour avoir accès à tout ce qui est nécessaire et qu'on puisse scander les prochaines années avec des vraies réalisations et un retour sur ces travaux. Voilà ! Bonjour, Christelle Méral, France Télévisions.

Monsieur le Président Biya, le Cameroun a noué un partenariat de défense avec la Russie. Alors, est-ce que la guerre en Ukraine a des conséquences très concrètes pour les Camerounais aujourd'hui ? Est-ce que vous condamnez l'intervention russe en Ukraine ?

Et puis une question au président Macron : l'offensive russe en Afrique est-elle une menace et comptez-vous y faire face ? Et puis un volet économique, si vous le voulez bien. Sur le plan économique, Monsieur le Président Biya, les entreprises françaises représentaient 40 % de l'économie du Cameroun voilà une trentaine d'années.

Aujourd'hui, seulement 10 %. Êtes-vous favorable à ce que la France retrouve une plus large part ? Et Monsieur le Président Macron, comment comptez-vous réveiller les relations économiques entre les deux pays ?

Merci. Madame, Malheureusement, je n'ai pas bien saisi la question. Quelqu'un voudrait-il la répéter à mon intention ?

En parlant proche du micro, Le Cameroun a donc mené, a signé un partenariat de défense avec la Russie, et nous aimerions savoir si la guerre en Ukraine a aujourd'hui des conséquences concrètes dans le quotidien des Camerounais, par exemple par rapport au prix des céréales. Et nous aimerions savoir aussi si vous condamnez l'intervention russe en Ukraine. Je n'ai toujours pas, bien entendu la question.

Est-ce que la guerre en Ukraine a des conséquences concrètes aujourd'hui dans le quotidien des Camerounais, par rapport à la flambée ? Il y a deux questions. La première, c'est... [ INAUDIBLE ] l'accord militaire signé avec la Russie.

Et la question est de savoir ensuite si le Cameroun condamne la guerre en Ukraine. Et votre deuxième question, c'était sur la flambée et les conséquences sur les entreprises. Donc en fait, il y a trois questions.

Donc j'ai une question sur l'accord de partenariat militaire entre la Russie et le Cameroun. Est-ce que le Cameroun condamne la guerre ? La conséquence de la flambée des prix sur la population camerounaise.

Et il y avait une autre question sur la baisse de la présence française au Cameroun, liée au fait que les contrats et les entreprises françaises représentaient 40 % et sont passées à 10 % ces dernières années. Merci Monsieur le Président. [ INAUDIBLE ] On va tout faire à deux.

Eh bien Madame, le Cameroun entretient des relations diplomatiques avec la France, bien sûr, mais aussi avec beaucoup d'autres pays : l'Allemagne, l'Espagne, la Chine, le Brésil. Et s'agissant de la relation avec la Russie, elle est ancienne, et nous avons signé avec ce pays un accord de coopération qui était venu à expiration. On l'a renouvelé et nous l'avons signé.

Le voyage de mon ministre en Russie n'avait pas de rapport avec la situation de la guerre en Ukraine. Nous avons l'habitude de signer des accords de ce genre et on a appris qu'il y a beaucoup de pays qui ont des accords avec la Russie. Donc c'était un acte dans la routine des relations diplomatiques entre nos deux pays.

On a pensé que, peut-être, on allait apporter un concours à la Russie. Je crois qu'elle n'a pas besoin de l'apport du Cameroun. Il s'agissait simplement de renouveler l'accord préexistant.

Et donc, tout cela est normal. Les gens sont évidemment préoccupés par la guerre en Ukraine. Nous n'avons pas abordé ce problème, et il n'était pas question pour nous de l'aborder.

Donc c'était un acte de pure gestion d'une relation bilatérale. Votre deuxième question, si vous le voulez bien me la rappeler ? [ INAUDIBLE ] Évidemment, le Cameroun commence à subir les effets de cette guerre.

Il y a cette inflation galopante qui arrive, il y a les difficultés de transport, il y a l'anxiété des gens. On ne sait pas de quoi demain sera fait. Le Cameroun fera ce qui est en son pouvoir pour hâter la fin de ce conflit et qu'on en vienne à la négociation et au retour de la paix.

Je crois que j'ai répondu à vos attentes. Merci. Sur les deux questions que vous m'avez posées, la première : je distinguerai deux présences russes en Afrique.

Il y a une diplomatie russe, depuis des décennies, qui d'ailleurs est reflétée par ce que le président vient de dire, celle d'une grande puissance politique et militaire, qui a développé des relations avec tous les pays, dans le cadre du concert normal des nations, et qui a historiquement eu des relations économiques, souvent militaires, avec plusieurs pays d'Afrique. Là, il n'appartient à personne de dire que ceci est bien ou mal. C'est une relation diplomatique, comme chacun.

Mais je crois que nous serions naïfs de ne pas nommer ce qui s'est développé ces dernières années, qui est ce que j'appellerais une présence hybride de la Russie sur le continent africain, qui passe d'abord par du développement de la propagande, qui passe par des médias télévisés, j'ai du mal à parler de journalisme parce que je vous respecte trop ; ce ne sont pas des confrères à vous, mais des femmes et des hommes qui expliquent ce qu'est la voix de la Russie, et qui diffusent des fausses informations. Et donc la Russie, en Afrique, a beaucoup diffusé de fausses informations. Elle est en train d'ouvrir des officines que sont RT ou Spoutnik, que nous venons d'interdire en Europe, et dont nous savons combien elles diffusent des fausses informations sur le sol africain.

Et elle a complété son offre diplomatique, par l'intervention de milices Wagner, et en particulier ce que nous avons vu ces dernières années fleurir en République centrafricaine et au Mali, pour ne citer que deux cas, est très préoccupant, parce que ce ne sont pas des coopérations classiques. À ce moment-là, c'est la Russie qui décide, par le truchement de milices, de venir en soutien, soit à des pouvoirs politiques affaiblis, qui décident de ne pas gérer leurs problèmes de manière politique, mais de les militariser, soit à des juntes militaires qui n'ont aucune légitimité politique, pour leur dire : nous vous apportons sécurité et protection, à vous, pas à votre peuple, à vous ! en échange d'une influence russe et d'une captation des matières premières, avec souvent des exactions, qui sont d'ailleurs documentées par la Commission des droits de l'homme des Nations unies et toutes les missions qui s'y déploient.

C'est ça, ce qui se passe. Et donc cette présence russe, hybride, qui passe par la désinformation, par les milices, par, du coup, de nouvelles formes, que j'ai du mal à qualifier de coopération, mais donc de complicité avec des pouvoirs politiques affaiblis, voire totalement illégitimes, quand ce sont des juntes militaires, est une préoccupation. Et je pense que c'est d'abord une préoccupation pour le continent africain.

Et donc la France, en tant qu'amie de l'Afrique, fera tout pour que, d'abord, il y ait une liberté offerte à tous les pays d'avoir les liens diplomatiques et de défendre l'intérêt de leurs peuples, c'est la base de ce que nous faisons les uns et les autres pour nous-mêmes, mais à ce que ce schéma ne se diffuse pas trop parce que je ne pense pas qu'il soit bon. Je pense surtout qu'il n'est pas bon pour les peuples, et c'est ce qui semble se vérifier, et en République centrafricaine et au Mali, et partout où ce schéma prospère ou aura à prospérer. Pour ce qui est de notre présence économique, vous avez raison, dans le même temps, l'Agence française de développement n'a cessé son engagement.

C'est l'un des pays, le Cameroun, où nous nous sommes le plus exposés et où nous avons eu le plus d'ambition. Simplement, et c'est très légitime, ce pays s'est formidablement développé, a gagné en population et s'est ouvert, et donc d'autres pays, d'autres entreprises sont venus sur ce théâtre pour proposer. Et donc, c'est que nous avons été moins bons que d'autres, si nous n'avons pas obtenu les marchés.

Donc ça, c'est la première chose. Il y a une concurrence accrue, et c'est très bien. Il n'y a pas de chasse gardée.

Deuxième chose : nous avons, dans certains secteurs, défendu des positions, mais je souhaite qu'on puisse avancer ensemble sur deux éléments qui me semblent clés, à la fois pour que ce soit un partenariat gagnant-gagnant, comme on dit, c'est-à-dire pour que ce soit bon pour le Cameroun, sa population et pour la France et ses entreprises. La première chose, c'est qu'on œuvre ensemble aux bonnes réformes de gouvernance, pour que tous ces contrats soient faits dans la transparence et qu'on ait une lutte efficace contre la corruption partout, parce que je pense que c'est bon, la concurrence. C'est moins bon quand ce n'est pas la qualité de l'offre qui gagne, mais qu'il y a des choses qui se passent à côté.

On a tous connu ça. La deuxième chose, c'est qu'on puisse diversifier notre offre, et donc que nous puissions être plus présents, encore qu'on l'est sur l'agriculture, où on a une présence historique, mais je souhaite qu'on fasse plus, parce que c'est un des enjeux-clés, qu'on soit plus présents sur les industries culturelles et créatives, le sport, le numérique, l'entrepreneuriat, et je pense qu'il y a un énorme défi, au Cameroun mais comme partout en Afrique, qui est de réussir à sortir une grande partie de l'économie, et en particulier de l'économie qui reste dans la main, si je puis dire, des femmes, et la faire sortir de l'informel, pour lui permettre de rentrer dans l'économie formelle. Pour ça, il faut avoir des partenariats avec des PME, savoir structurer des financements et des petits tickets et réussir à faire ce développement.

Voilà quelques-uns des sujets sur lesquels je veux qu'on puisse réinvestir la relation, pour lui donner un nouveau tour, pas simplement quantitatif, mais aussi qualitatif et de confiance. Très bien. Eh bien merci pour vos questions et votre attention.

Merci Président. [ INAUDIBLE ]