Aurélien Taché : "Nous devons accompagner les personnes concernées" par la transition écologique
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Questions et réponses
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- 0:10OuverteRéponse directe
Vous sentez-vous solidaire des habitants, des salariés de Fessenheim qui s'inquiètent pour le bassin d'emploi dans la ville désormais ?
- 1:15OuverteRéponse directe
Comment l'État peut-il amortir le choc ? Je parle du bassin d'emploi autour de Fessenheim. Est-ce que c'est à l'État d'agir sur ce coup-là ?
- 2:05OuverteRéponse directe
Et surtout, quelques heures après la PAC, à nouveau menacée par le budget européen, l'agriculture est-elle encore une priorité en France ?
- 3:47OuverteRéponse directe
Qu'attendez-vous de plus la semaine prochaine que les premières mesures annoncées par Emmanuel Macron à Mulhouse ?
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Vous n'aimez pas parler de communautarisme. Emmanuel Macron parle de séparatisme. Vous, vous préférez parler d'islamisme ?
- 9:17OuverteRéponse directe
Ce sont les chiffres du ministère de l'Intérieur. Un terrorisme d'extrême droite, comme on vient de le voir en Allemagne. Est-ce que ça vous semble désormais très probable en France aussi ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« On a déjà eu sur d'autres grands projets finalement des décisions importantes et courageuses à prendre. »
- 0:55Invité politiqueFait
« Emmanuel Macron prend des engagements forts pour que cette transition écologique se mette en place. »
- 1:10PrésentateurFait
« la ministre Elisabeth Borne est venue dire sur place qu'il n'y aurait aucune perte d'emploi. »
- 1:26Invité politiqueFait
« Des décisions fortes vont être prises. Une société d'économie mixte va être créée. »
- 2:15Invité politiqueFait
« Bien sûr, on est un pays qui aime manger, qui aime nos agriculteurs, notre agriculture. »
- 2:38Invité politiqueFait
« On a déjà pris des engagements aussi sous cette mandature pour pouvoir sortir de cela. »
- 2:49Invité politiqueFait
« le Président de la République en avait fait une priorité lors des négociations pour le futur budget européen. »
- 3:18Invité politiquePromesse
« de prévoir ce minimum contributif, de s'assurer que chacun aura bien 1000 euros de pension à la retraite. »
- 3:26Invité politiqueChiffre
« Et pour les agriculteurs, c'est important, car beaucoup d'entre eux sont seulement à 600 ou 700 euros aujourd'hui. »
- 4:14Invité politiqueFait
« La formation des imams. »
- 9:40Invité politiqueFait
« On a bien vu ce qui s'est passé il y a peu de temps à Bayonne, avec, à la sortie de cette mosquée, effectivement, ce monsieur qui avait tiré, qui était donc quelqu'un qui était passé par le Rassemblement National, qui avait des idées d'extrême droite. »
- 11:24Invité politiqueFait
« On voit bien que ça va être très difficile. On voit bien que nous avons aujourd'hui une situation à l'Assemblée qui est exceptionnelle, dans le mauvais sens du terme. »
- 11:31Invité politiqueFait
« C'est-à-dire qu'il y a eu un nombre absolument record d'amendements déposés dans une logique politique, pas dans une logique de travail parlementaire et d'amélioration du texte. »
- 18:09PrésentateurChiffre
« Emmanuel Macron aimerait désormais réduire le nombre de conseillers régionaux. Ils sont 1750 conseillers régionaux aujourd'hui, la réforme pourrait en supprimer 250. »
Temps de parole
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Bonjour Aurélien Taché, député La République En Marche du Val-d'Oise. C'était il y a quelques heures seulement, le début de la fermeture de la centrale de Fessenheim. Vous sentez-vous solidaire des habitants, des salariés de Fessenheim qui s'inquiètent pour le bassin d'emploi dans la ville désormais ?
Bien sûr, on ne peut être que solidaire et touché quand on voit que des familles comme ça, effectivement, vont devoir, parfois des familles entières, vont devoir trouver d'autres solutions d'emploi. C'est forcément à l'échelle d'un territoire comme Fessenheim, la centrale était un pilier finalement. Maintenant, voilà, c'est aussi ces questions-là qui vont se poser à nous avec de plus en plus de force pour faire cette transition écologique qui est absolument indispensable. On a déjà eu sur d'autres grands projets finalement des décisions importantes et courageuses à prendre. Je pense bien sûr à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, je pense à Europa City, maintenant la centrale de Fessenheim.
Emmanuel Macron prend des engagements forts pour que cette transition écologique se mette en place. Maintenant, il nous appartient évidemment d'être aux côtés des familles et de trouver des solutions d'emploi et d'accompagner au maximum les populations qui sont concernées.
Effectivement, la ministre Elisabeth Borne est venue dire sur place qu'il n'y aurait aucune perte d'emploi. Comment l'État peut-il amortir le choc ? Je parle du bassin d'emploi autour de Fessenheim. Est-ce que c'est à l'État d'agir sur ce coup-là ?
Oui, bien sûr. Il faut qu'il y ait un engagement de l'État, mais aussi des collectivités locales, de l'ensemble des pouvoirs publics. Des décisions fortes vont être prises. Une société d'économie mixte va être créée. On voit bien qu'il y a un engagement aussi pour faire de Fessenheim un territoire zéro carbone et de voir comment on peut relocaliser des emplois industriels.
Il faut quand même attendre un certain nombre d'années, 20 ans je crois, pour que le terrain redevienne sain, non ?
Alors, il y a cette question-là qui se pose, mais on va évidemment, pour tout ce qui est de questions d'emploi, agir beaucoup plus vite. Et il y aura un engagement très fort de l'État, comme d'ailleurs des collectivités locales sur place.
Emmanuel Macron va aller inaugurer aujourd'hui le Salon de l'agriculture, avec les risques connus d'aller au contact ainsi des agriculteurs qui sont inquiets pour leur avenir. Et surtout, quelques heures après la PAC, à nouveau menacée par le budget européen, l'agriculture est-elle encore une priorité en France ?
Bien sûr, on est un pays qui aime manger, qui aime nos agriculteurs, notre agriculture.
Non, il y a quand même de l'agribashing maintenant. Les agriculteurs, parfois, certains disent qu'ils se font insulter.
Alors, il y a la question écologique qui vient percuter tout un tas de choses, et notamment notre modèle agricole, qui a été longtemps un modèle plutôt productiviste, avec parfois le recours à certains pesticides. On a déjà pris des engagements aussi sous cette mandature pour pouvoir sortir de cela. Maintenant, c'est vrai que ça pose les mêmes questions de transition qu'on évoquait à l'instant sur Fessenheim, mais on ne laissera pas tomber nos agriculteurs, ça c'est très clair. Je crois qu'on a bien vu que le Président de la République en avait fait une priorité lors des négociations pour le futur budget européen. Sauf que c'est un échec au sortir de Bruxelles aujourd'hui.
Pour le moment, mais en tout cas, le Président de la République, lui, a bien indiqué qu'on n'en resterait pas là, et qu'il voulait vraiment qu'on puisse avoir une PAC qui soit à la hauteur des besoins des agriculteurs français.
Et appliquer la loi alimentation.
Et appliquer la loi alimentation. Nous avons aussi un accompagnement à avoir sur le plan social pour les agriculteurs. On parle beaucoup de la réforme des retraites, je pense qu'on y reviendra ensuite. Oui, tout à l'heure. L'une des choses importantes dans cette réforme, c'est par exemple de prévoir ce minimum contributif, de s'assurer que chacun aura bien 1000 euros de pension à la retraite. Et pour les agriculteurs, c'est important, car beaucoup d'entre eux sont seulement à 600 ou 700 euros aujourd'hui. Donc voilà, on se bat vraiment pour protéger nos agriculteurs. Et en même temps, parce que c'est ainsi, il y a cet impératif de transition écologique.
Il faut donc qu'on puisse avancer sur nos deux jambes.
Emmanuel Macron sur le terrain, ça pourrait aussi être en banlieue parisienne la semaine prochaine. Vous savez où et quand précisément ? Non, mais je... Vous avez une idée, mais vous ne le direz pas ce matin. Sur le même thème que lors de son précédent déplacement à Mulhouse, il y a quelques jours, à la reconquête des territoires sous influence de l'islamisme radical, qu'attendez-vous de plus la semaine prochaine que les premières mesures annoncées par Emmanuel Macron à Mulhouse ?
Écoutez, c'est vrai qu'il y a eu des mesures importantes d'annoncer à Mulhouse. La formation des imams. Voilà, notamment sur la nécessité de...
Le dispositif Elco qui est supprimé. Exactement.
Se donner les moyens, finalement, d'avoir des imams français formés en France, d'avoir des lieux de culte qui soient sur la question des financements, là aussi... Il faut se mettre d'accord avec les pays étrangers. Il faudra pouvoir discuter avec eux, mais qu'on ait des choses plus transparentes et donc qu'on fasse finalement émerger cet islam de France et qu'on se donne aussi les moyens sur d'autres sujets. Vous parliez des Elco à l'instant, d'avoir un enseignement, par exemple, de l'arabe. Évidemment, les deux sujets ne sont pas liés. Il ne s'agit pas de dire que...
Il faut rappeler que l'Elco, le dispositif, c'est les enseignements de langue et de culture d'origine. Tout à fait.
Et donc, voilà, j'entendais il y a quelques jours Jacqueline dire qu'il faudrait peut-être mieux développer l'enseignement de l'arabe dans les lycées publics. Évidemment que c'est important d'avoir cette possibilité d'avoir en LV3 un enseignement de l'arabe pour pouvoir aussi s'assurer qu'il se fasse dans de bonnes conditions quand des jeunes... Et c'est normal quand on a des origines, quand c'est la langue de nos parents ou de nos grands-parents de vouloir apprendre l'arabe. Donc, il y a tout ce volet-là qui a été annoncé finalement à Mulhouse.
Et puis pour moi, il y a tout un autre volet sur lequel j'ai fait un certain nombre de propositions et que je crois extrêmement important, qui est tout ce qui doit se passer en matière d'éducation populaire, tout ce qui doit se passer en matière finalement d'offres alternatives dans des quartiers qui peuvent être concernés par le développement d'un islamisme, par effectivement certains qui voudraient utiliser la religion pour imposer des normes sociales à l'échelle d'un quartier et qui utilisent pour ça les associations sportives, culturelles, qui investissent ce champ-là.
Eh bien, que faisons-nous, nous, État, pour nous assurer qu'il y ait bien d'autres réponses quand des jeunes effectivement se posent des questions sur leur religion, se posent des questions sur le rapport entre les filles et les garçons, se posent des questions sur ce qu'ils vont faire comme métier, de leur vie. Eh bien, il faut pouvoir s'assurer qu'effectivement, on ait bien une présence forte d'acteurs de l'éducation populaire autour des établissements scolaires.
Donc c'est remettre des services publics au cœur de ces...
Remettre des services publics, mais pas uniquement. Vous savez, à une époque, on disait beaucoup que dans ces quartiers populaires, vous aviez effectivement, alors on disait que c'était beaucoup le Parti communiste ou ceux qui étaient liés, qui tenaient... C'est à relire le livre de Didier Deninx à ce propos. Effectivement, qui tenaient des équipements comme les MJC, des maisons pour la culture, des choses qui faisaient que quand les jeunes se posaient des questions, ils pouvaient être accompagnés par des acteurs associatifs, avec des valeurs qui étaient engagées et qui pouvaient amener ces réponses-là. Tout cela a disparu très largement.
L'État ne finance plus ou peu l'éducation populaire aujourd'hui. Il y a beaucoup de questions qui se posent sur quels sont les acteurs qui sont capables aujourd'hui aussi de représenter cette jeunesse des quartiers populaires. Est-ce que c'est les mêmes qu'hier ? Certainement pas. Donc on doit pouvoir avoir un engagement fort là-dessus. On doit pouvoir amener des lieux de culture, des lieux d'excellence, de partage du savoir dans ces territoires-là.
Ces fameux tiers-lieux qu'on évoque beaucoup et qui mobilisent des jeunes qui souvent disposent de cette excellence, de cette ingénierie d'excellence parce qu'ils sortent des écoles de commerce ou d'ailleurs, il faut que ça se développe aussi dans ces quartiers-là. Un mot sur la sémantique.
Vous n'aimez pas parler de communautarisme. Emmanuel Macron parle de séparatisme. Vous, vous préférez parler d'islamisme ?
Oui, je pense que les choses sont plus claires ainsi. Moi, vous savez, je pense que notre grande priorité, c'est bien de lutter contre tous les projets de rejet.
Qu'on soit une nation, non ? C'est ça, qu'il y ait une communauté nationale, c'est quand même ça l'important.
Bien sûr, bien sûr. Mais c'est vrai que vous avez dans l'islamisme finalement des gens qui dévoient l'islam pour faire de la politique avec et avoir un projet de rejet d'autres personnes, par exemple non-musulmanes. Ça peut être la même logique d'ailleurs que vous retrouvez avec ceux qui essaient de dévoyer la nation au nom du nationalisme pour rejeter ceux qui sont non-musulmans. Donc voilà, il faut qu'on soit là aussi capable de dire que nous mènerons le combat avec la même intensité contre ces deux risques-là, en nommant clairement les choses. Et donc je pense que pour la question qui nous occupe ce matin, la question de l'islamisme, c'est quelque chose de clair.
Ce sont des gens qui dévoient une religion à des fins politiques. Et c'est évidemment à ne pas confondre avec la question de l'islam elle-même parce que ça aussi, ça peut évidemment causer des dégâts. Moi, j'ai pu m'en rendre compte, j'ai fait un certain nombre de déplacements récemment. Les choses aujourd'hui se confondent pour beaucoup de nos concitoyens. C'est-à-dire ? Eh bien, vous avez par exemple, j'ai vu à vous en voulant une association qui s'appelle Entre les Lignes, qui est une association qui regroupe des journalistes et qui intervient sur la question des caricatures. Et le monsieur me disait, moi j'étais devant un groupe de dames qui portaient le voile.
Elles ont voulu qu'on aborde la question du voile. Et au fur et à mesure de la discussion, je me rends compte qu'elles croyaient que finalement, pour les sorties scolaires, la question du voile avait été interdite. Non, interdite, vous voyez. Parce qu'avec toutes les polémiques qu'on a entendues, et certains utilisent ces polémiques pour ensuite faire passer de faux messages. Parce que clairement, ceux qui ont indiqué ce message-là à ces femmes étaient probablement des islamistes. En disant, voilà, regardez comment l'État français... C'était faux évidemment, mais on voit bien que les polémiques et tout ce qui agite le débat public depuis des mois peut avoir ce type de conséquences.
Donc nous devons tous être très prudents.
Un mot sur les actes racistes en France qui ont augmenté de 130%. Ce sont les chiffres du ministère de l'Intérieur. Un terrorisme d'extrême droite, comme on vient de le voir en Allemagne. Est-ce que ça vous semble désormais très probable en France aussi ?
Malheureusement, je crois qu'il ne faut absolument pas minimiser ce risque. On a bien vu ce qui s'est passé il y a peu de temps à Bayonne, avec, à la sortie de cette mosquée, effectivement, ce monsieur qui avait tiré, qui était donc quelqu'un qui était passé par le Rassemblement National, qui avait des idées d'extrême droite. On voit bien ce qui s'est passé en Allemagne, où finalement le terrorisme d'extrême droite, aujourd'hui, enfin ces dernières années, a fait plus de morts que le terrorisme islamiste. Alors ce n'est pas partout comme ça en France. On a vécu la situation inverse. Et de toute façon, il ne s'agit pas de hiérarchiser l'un par rapport à l'autre.
Mais il ne s'agit pas non plus de minimiser les risques de ce terrorisme d'extrême droite, de ce terrorisme suprémaciste. Ça fait plusieurs fois qu'en Allemagne, sur la période récente, des attentats arrivent. Cette fois, c'est neuf morts qui ont été dénombrées. Donc nous devons être très, très, très vigilants par rapport à ça. Et moi, j'ai été assez indigné, il n'y a pas d'autre mot, d'entendre ce que j'ai entendu dans la bouche de certains responsables politiques ces derniers jours.
Quand j'entends Mme Dati, par exemple, Mme Rachida Dati, qui dit que finalement, on en est arrivé là parce que Mme Merkel aurait été trop généreuse dans l'accueil des réfugiés syriens, je me dis, mais où va-t-on ?
C'est la thèse que défend l'AFD, enfin les partis d'extrême droite en Allemagne.
Oui, c'est ce que dit l'extrême droite en Allemagne. On dévoie complètement le sujet et on renverse finalement la charge. Les réfugiés sont des gens qui doivent être protégés, c'est eux qui sont menacés de mort, ce n'est pas eux qui nous menacent. Et s'ils sont menacés par l'extrême droite dans nos différentes démocraties, c'est parce que nous, nous n'avons peut-être pas aussi été capables d'être suffisamment intransigeants face à ce poison du racisme, comme l'a dit Angela Merkel. Et moi, c'est ça que je crois qu'il faut dire aujourd'hui.
Aurélien Taché, député de La République En Marche, du Val d'Oise, invité de la matinale ce matin. Un mot sur la réforme des retraites, Aurélien Taché. Il reste encore 35 000 amendements sur les 41 000 déposés par l'opposition. Est-ce que le calendrier du vote pourra être tenu avant les municipales ?
On voit bien que ça va être très difficile. On voit bien que nous avons aujourd'hui une situation à l'Assemblée qui est exceptionnelle, dans le mauvais sens du terme. C'est-à-dire qu'il y a eu un nombre absolument record d'amendements déposés dans une logique politique, pas dans une logique de travail parlementaire et d'amélioration du texte. Donc on vous pousse au 49-3, c'est ça ? Écoutez, je vois bien que les oppositions, les députés insoumis et communistes sont dans cette logique-là. Et moi, j'ai peur que finalement, on finisse par ne plus avoir d'autres choix. Mais moi, j'aimerais aussi qu'on se demande comment on en est arrivé là.
Je coupe. C'est une petite musique qu'on entend de plus en plus. Ce 49-3 dont on disait au départ qu'il n'était pas envisageable. Et puis, il devient vraiment envisageable désormais.
Écoutez, moi, je constate comme vous qu'il reste 35 000 amendements, qu'il faudrait à hauteur de 5 minutes par amendement qu'on soit présent à l'Assemblée nationale jusqu'à fin juillet pour pouvoir adopter le texte. Donc on y passe des mois. On voit bien qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Donc je ne sais pas si on arrivera au 49-3. Ce serait effectivement très dommageable.
Il y a y compris des députés de votre côté, de la République En Marche, qui sont tout à fait contre ce 49-3, qui l'ont dit dans une tribune du Monde.
Bien sûr, on est dans un moment où on a besoin de plus de démocratie. On a besoin de retrouver le chemin du dialogue. Et effectivement, le 49-3, dans ce sens-là, ne va pas dans ce sens-là. Néanmoins, au bout du bout, on a aussi un texte à faire adopter. Donc je ne sais pas si on en arrivera là. Ce serait dommage. Mais moi, j'aimerais que si c'est le cas, on en tire aussi des enseignements et qu'on se demande comment on en est arrivé là. Finalement, on avait quand même une très belle réforme à présenter aux Français avec ce régime universel de retraite.
Bon, on a voulu y ajouter un certain nombre de questions par rapport à la question du financement, sur le fait de savoir s'il faudrait travailler plus longtemps. C'est de même la moindre des choses de se poser ces questions-là en même temps. Ce n'était pas au départ le projet. Le projet était de dire, d'abord, mettons en place un régime universel, un euro cotisé donne les mêmes droits à chacun, et puis toutes ces questions s'y sont ajoutées. Le président de la République a demandé, au moment de ses voeux, au Premier ministre de trouver un accord rapidement avec les syndicats. Cet accord n'a toujours pas été trouvé.
Et on voit bien qu'au niveau de la conférence de financement aujourd'hui, les discussions s'enlisent un peu. Et en bout de chaîne, nous, on se retrouve à l'Assemblée nationale, les députés, à devoir répondre à tout un tas de questions qui sont encore devant nous. Et oui, je le dis, on se sent un peu seul en ce moment face à ce texte.
Pendant ce temps-là, le ministre fait campagne électorale pour les municipales au Havre. Est-ce que ça pose un problème de gouvernance à Paris ?
Écoutez, je ne sais pas...
On vous sent en colère un peu quand même, non ?
Non, mais je veux dire, la campagne municipale au Havre est importante. Mais qu'est-ce qui est le plus important, finalement ? On a quand même une réforme des retraites qui va nous engager pour les 30 ans à venir. On a quand même ce régime universel à mettre en place. Et on voit qu'il y a encore tout un tas de questions qui ne sont pas réglées. Donc je pense que ça doit être ça, aujourd'hui, l'absolue priorité. Surtout si, à la fin, le Premier ministre choisit de recourir au 49-3. Moi, je pense qu'on doit essayer de tout faire pour l'éviter. On doit mobiliser toutes nos forces dans la bataille.
Et les parlementaires ne doivent pas être seuls à l'Assemblée pour répondre à l'ensemble des questions qui se posent encore. Ça veut dire que vous préféreriez voir le Premier ministre, Philippe, à Paris plutôt qu'au Havre ? Non, mais ce n'est pas à moi de dire ce que le Premier ministre doit faire. Je dis simplement que, oui, on a besoin de sa voix, on a besoin de son engagement sur ce dossier extrêmement important pour la majorité.
Mais le débat, c'est quand même logique. Il est lié au Parlement ?
Bien sûr, mais vous savez que c'est au gouvernement que les questions sont posées au Parlement quand on a un débat de ce type.
Comment entendez-vous les critiques récurrentes de la gouvernance Macron et Philippe qui se feraient sinon dans la précipitation, en tout cas avec beaucoup d'improvisation ?
Écoutez, il y a eu un engagement pris dès la campagne présidentielle sur le régime universel. Il y a eu une mission confiée à M. Delvoy qui a duré plusieurs mois sur les consultations qui, visiblement, n'ont pas réglé toutes les questions. Mais on ne peut pas dire que le président public n'avait pas pris la mesure de l'ambition de cette réforme. Encore une fois, il a ensuite confié sa mise en œuvre au Premier ministre. Il a demandé à ce qu'un accord soit trouvé avec les syndicats. De ce côté-là, les décisions ont été prises. Donc on ne peut pas parler d'improvisation. Simplement, c'est une réforme ambitieuse.
Et donc, effectivement, on peut encore avoir un certain nombre de questions auxquelles il faut répondre. Et c'est pour ça que ça nécessite notre engagement à tous.
L'improvisation, ce serait par exemple cette conférence sur le financement dont le gouvernement attendait beaucoup ou peut-être pas du tout d'ailleurs. Et que finalement, les mesures sur le financement ne vont pas arriver en même temps que le texte va être voté au Parlement. Enfin, ça fait tout de même quelque chose qui s'est peu vu auparavant dans les couloirs de l'Assemblée.
C'est pour ça qu'effectivement, je pense que cette idée qu'il fallait trouver un accord rapide avec les organisations patronales et syndicales, notamment celle qui soutenait la réforme, rappelons que Laurent Berger et la CFDT, courageusement d'ailleurs, ont défendu ce régime universel à nos côtés, ont fait des propositions. Je pense qu'il est urgent de les entendre. Il y a encore certaines avancées qui sont nécessaires pour que nous puissions avoir l'accord et le soutien de la CFDT, notamment sur la question de la pénibilité. C'est extrêmement important que ceux qui font un travail pénible puissent partir à la retraite plus tôt.
Voilà, je crois qu'il y a urgence maintenant à amener des réponses sur ces différents points pour que nous puissions adopter cette réforme dans les meilleures conditions possibles.
Il y a quelques jours, Emmanuel Macron vous a invité, vous les députés de La République En Marche à venir à l'Elysée pour une séance de calinothérapie après le tollé sur le congé du deuil parental. Quelles leçons en ont été tirées de cette séance ?
Écoutez, il y avait de la part de certains collègues le besoin de dire un certain nombre de choses au président de la République. Est-ce que ces choses ont été dites clairement ? Oui, je crois. Je pense qu'il y a eu vraiment eu un échange très libre et que ça pouvait certainement être utile. Voilà, maintenant, je pense que moi j'ai eu l'occasion de le dire à ce moment-là, je pense qu'on ne doit pas non plus tout attendre du président de la République, nous les parlementaires. On peut aussi s'organiser par nous-mêmes.
Quand il y a, comme par exemple sur ce fameux texte du congé d'œil enfant, quelque chose qui finalement nous interroge, il ne faut pas hésiter à voter en son âme et conscience et dire non, là, il faut peut-être reposer la question différemment parce que nous ne pensons pas que la proposition de loi, même si elle était mal ficelée ou autre, elle pose des vraies questions et donc on doit pouvoir y répondre. Et je pense que ça, maintenant, tout le monde l'a bien intériorisé et voilà, nous sommes élus au suffrage universel, nous sommes représentants de la nation. Quand quelque chose nous heurte, il faut pouvoir voter en son âme et conscience.
Une réforme promise par Emmanuel Macron et qui semble désormais dans les choux, c'est celle sur la réforme des institutions. Emmanuel Macron voulait limiter le nombre de parlementaires. Information du Parisien aujourd'hui en France ce matin, Emmanuel Macron aimerait désormais réduire le nombre de conseillers régionaux. Ils sont 1750 conseillers régionaux aujourd'hui, la réforme pourrait en supprimer 250. Aurélien Taché, y a-t-il besoin de supprimer le nombre de conseillers régionaux aujourd'hui ?
Écoutez, en tout cas, on a besoin effectivement de plus de démocratie, je l'ai dit, que les Français retrouvent confiance finalement dans la démocratie représentative, qu'on la fasse évoluer aussi. Et la question du nombre des élus, de l'efficacité des institutions, est une des questions. Nous l'avions effectivement mis dans le projet de révision constitutionnelle, on verra s'il aboutit ou non, c'est le Sénat qui malheureusement bloque depuis des mois sur cette question. Mais avoir peut-être moins d'élus, mais qu'ils aient plus de moyens pour travailler correctement, fait partie des pistes pour redonner confiance aux Français dans la démocratie.
Il y en a absolument besoin, on voit avec la crise des Gilets jaunes et d'autres crises, que cette confiance est altérée, et donc trouvons des solutions pour la faire revenir.
Eh bien, merci d'être venu en parler ce matin sur France Inter. Aurélien Taché, député La République En Marche de la dixième circonscription du Val d'Oise. Merci et bonne journée.
Aurélien Taché