"Le problème avec les États-Unis, c'est qu'il y a 400 millions d'armes chez les particuliers", Mathilde Panot (LFI)
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Bonjour à tous et bienvenue dans Question Politique. Nous sommes à un an, tout juste, de la prochaine présidentielle et le paysage politique reste particulièrement brumeux. Le RN attend une décision de justice pour connaître son ou sa candidate. La droite et le centre pourraient finir par s'unir autour d'une seule incarnation mais personne n'est d'accord sur la méthode. La gauche, sociale-démocrate, n'a pas, elle non plus, de candidat naturel au point qu'un ex-président trop impopulaire pour se représenter, François Hollande, assume désormais de se préparer à y retourner. Seule exception dans ce brouillard, la France insoumise, où pour le coup tout est plus clair. Un chef incontesté en interne, Jean-Luc Mélenchon, qui à 74 ans s'apprête à repartir à la conquête de l'Elysée pour la quatrième fois d'affilée. Il lui avait manqué 600 000 voix pour accéder au second tour en 2017, 400 000 en 2022, on va y venir, Mathilde Panot. Comment casser ce plafond de verre en 2027 ? Elle et ses filles croient beaucoup à son nouveau concept controversé, la Nouvelle France, on va y venir là encore, avec une invitée, membre du tout premier cercle de Jean-Luc Mélenchon, députée du Val-de-Marne, présidente du groupe LFI, à l'Assemblée, j'ai déjà cassé le suspense, Mathilde Panot est en direct sur France Inter, mais aussi sur France Info, canal 16 de la télé, et en partenariat avec le journal Le Monde, nous sommes ensemble jusqu'à 13h en direct pour répondre à toutes les questions politiques.
France Inter. Questions politiques. Julien Némy.
Bonjour à vous Mathilde Panot. Bonjour. Merci d'avoir accepté notre invitation à mes côtés pour vous interviewer aujourd'hui. D'abord, Nella Latrousse, rédactrice en chef politique de France Télévisions. Bonjour Nella. Bonjour. Avec vous, on va essayer de, un peu, un peu mieux connaître Mathilde Panot tout à l'heure.
Oui, qui est élue depuis près d'une décennie désormais. Vous êtes l'un des visages les plus connus de la France Insoumise. Pourtant, les Français ne savent quasiment rien de vous. Ils vous identifient, mais on ne sait rien de ce qui vous anime, ce qui vous fait rêver. Vos ambitions porteraient dans un peu moins de 30 minutes.
Et à tout à l'heure, Nella. Et à vos côtés, Abel Mestre du journal Le Monde. Salut Abel. Bonjour. Avec vous, on se projettera en fin d'émission, comme d'habitude, sur 2027, avec une question qui fera débat pendant la campagne.
Oui, ce sera celle de la sécurité des adversaires et même certains anciens camarades insoumis, comme François Ruffin, reprochent à Eléphi une vision anti-police qui serait inaudible. Ce dont Eléphi se défend, évidemment. À droite, à l'extrême droite, ce thème sera au centre de la campagne. Alors, on demandera à Mathilde Panot quelle est la vision Eléphi de la sécurité.
Merci à tous les deux et à tout de suite. Mais d'abord, Mathilde Panot, quelques questions d'actualité. On commence, bien sûr, avec les événements de la nuit à Washington, en plein gala annuel des correspondants de la Maison Blanche. Auquel Donald Trump participait pour la première fois, un homme a ouvert le feu dans le hall de l'hôtel. Le tireur a été interpellé, un policier a été blessé et le président américain a été immédiatement exfiltré. Comment vous avez réagi, tout simplement, en découvrant ces images, Mathilde Panot ?
Alors déjà, bonjour à vous. Merci pour l'invitation. Je suis ravie d'être là. Je me permets, avant de répondre à votre question, de dire quand même que je ne trouve pas acceptable que France Télévisions n'ait pas présenté d'excuses publiques
suite à la mise en demeure de l'ARCOM sur les mensonges
qui ont été réitérés face à Manuel Bompard dans cette même émission, notamment à l'encontre de Zoran Mamdani et de l'UNRWA, cette agence des Nations Unies. pour les réfugiés palestiniens. Et je tenais à le dire en préalable de cette émission parce que je crois que les mots comptent, la vérité aussi, et que c'est la condition d'un débat démocratique serein.
Alors, les mots comptent, la confiance aussi. On va tout de suite clarifier la situation avant de venir à l'actualité. En effet, vous faites référence à une décision de l'ARCOM, le régulateur de l'audiovisuel, qui date de vendredi et qui a décidé de mettre en demeure, en effet, France Télévisions et Radio France pour une séquence dans une émission précédente de Questions politiques. C'était le 9 novembre dernier, avec l'un de vos camarades insoumis, Manuel Bompard, à propos du maire de New York, Zoran Mamdani, en effet. Et notre consoeur de France Télévisions avait alors, c'est vrai, commis un certain nombre d'erreurs, d'imprécisions, en questionnant Manuel Bompard sur ce sujet. Il faut rappeler quand même les faits, Mathilde Panot, deux jours après, 48 heures après, sur le site de Radio France et sur nos réseaux sociaux, nous avons fait immédiatement un correctif factuel pour rectifier, corriger les erreurs et les imprécisions de ce jour-là. Et puis, dans l'émission suivante, le dimanche suivant, avec Jean-Noël Barraud, dans mes souvenirs, notre consoeur de France Télé s'était excusé publiquement. Donc, on peut le refaire aujourd'hui, après la décision de l'ARCOM, dont nous prenons acte. Mais, de fait, nous avions apporté les corrections nécessaires et l'émission peut commencer, si ça vous dérange pas.
Tout à fait, l'émission peut commencer. Je signale juste que l'ARCOM dit que le correctif était insuffisant. C'est pour ça que je me permets d'en reparler.
Les corrections sont toujours disponibles en ligne et tout le monde peut aller les consulter.
Sur Donald Trump et l'incident de cette nuit à Washington... Sur Donald Trump et la violence en politique, qui, évidemment, n'a jamais sa place dans une démocratie...
Vous condamnez, bien sûr, ce qui s'est passé.
Oui, oui, il faut condamner, mais, en fait, il faut aller au fond du sujet. Le problème des États-Unis, ce qu'on ne veut jamais voir arriver en France, c'est qu'il y a 400 millions d'armes en circulation chez des particuliers, c'est-à-dire plus d'armes en circulation que le nombre d'habitants aux États-Unis. Avec les conséquences que l'on voit, la conséquence de ce qui s'est passé hier soir, mais aussi des fusillades meurtrières dans des écoles, mais aussi un nombre de personnes qui sont tuées par des armes à feu qui explosent aux États-Unis. Et donc, la question, c'est que tous ceux qui disent qu'une société est plus sûre lorsque des gens possèdent des armes, eh bien, mènent à ce type de choses
qui est évidemment désastreux. Mathilde Panot, le sujet, c'est d'abord que le président des États-Unis a été pris pour cible pour la troisième fois en moins de deux ans cette nuit. Quelle est votre réaction ? Vous avez été choquée ?
Oui, oui, bien sûr, mais moi, je ne serai jamais d'accord avec la violence physique. Et je vais vous dire, pour vaincre l'extrême droite, il faut faire ce qui a été fait il y a quelques jours en Hongrie, c'est-à-dire par les urnes, par le fait que l'abstention est en train de baisser, vaincre ce qui était l'allié de l'extrême droite Trumpiste, c'est-à-dire Victor Orban, et c'est comme ça que nous voulons vaincre l'extrême droite.
À ce propos, Mathilde Panot, je me souviens qu'en février dernier, vous-même à LFI, le siège du parti avait été pris pour cible par une alerte à la bombe, le siège avait été évacué. Vous avez des nouvelles de l'enquête depuis ? Où ça en est ?
Nous n'avons pas de nouvelles, et je le dis, dans mon groupe, il y a plus d'une dizaine de personnes qui sont régulièrement menacées de mort.
Jean-Luc Mélenchon lui-même, bien sûr ?
Jean-Luc Mélenchon lui-même. Il y a d'ailleurs des gens qui ont été condamnés à neuf ans de prison pour cela. Et donc, évidemment, nous sommes, nous, menacés par l'extrême droite de manière très forte. Et je le redis, la démocratie et la confrontation des idées doit se faire dans les urnes et au sein des assemblées.
C'était l'extrême droite en février, l'alerte à la bombe ? Ou vous dites que vous êtes visée par l'extrême droite ?
Oui, par exemple, je peux vous dire que lors du dernier procès de Jean-Luc Mélenchon, où il y avait une Logan Nisan, comme il s'appelle, qui était celui qui avait prévu des attentats à la fois contre des musulmans, mais aussi contre Christophe Castaner ou Jean-Luc Mélenchon, a été condamné à neuf ans de prison. Et d'ailleurs, continue d'exercer des menaces contre nous, puisqu'il en a exercé contre moi, par exemple. Et justement, il est lié à de nombreux groupuscules d'extrême droite et lui-même d'extrême droite, comme il l'affirme lui-même.
Alors, un autre président a lui aussi fait parler de lui cette semaine sur un tout autre sujet, beaucoup moins lourd, heureusement. Emmanuel Macron était en déplacement à Chypre jeudi, au cours d'un échange avec des écoliers. Il a déclaré ceci.
Je n'ai pas fait de politique avant, et je n'en ferai pas après.
Vous avez entendu le président. Vous y croyez, vous ? Emmanuel Macron qui arrête la politique l'an prochain ?
Je ne sais pas si j'y crois, mais je pense que le peuple de France serait soulagé de ne plus avoir Emmanuel Macron après dix ans de politiques qui ont détruit notre pays. Détruit notre pays avec 1,2 million de personnes qui sont tombées sous le seuil de pauvreté. Je rappelle que ce ne sont pas juste des chiffres, que ce sont des gens, et que généralement, en France, en moyenne, on met six générations à sortir de la pauvreté. Que là aussi, le peuple de France sera soulagé de ne plus avoir un président qui abaisse la France au niveau international, lorsqu'elle ne dit pas non au génocide. Du peuple palestinien, lorsqu'elle ne dit pas non clairement à la guerre illégale de Trump et de Netanyahou en Iran ou encore au Liban. Et que le peuple de France sera soulagé d'enfin voir partir un président qui décide de décider contre tout un peuple, par exemple avec la retraite à 64 ans.
L'an prochain, ça fera dix ans qu'Emmanuel Macron est au pouvoir. Vous n'en gardez rien de positif, vraiment, au bout de dix ans ? Vous ne pouvez pas sortir une mesure positive du double quinquennat Macron ?
Par exemple, je peux vous citer une mesure positive qui est celle que nous avons forcée avec les associations féministes notamment, qui est celle d'avoir inscrit le droit à l'avortement dans la Constitution, mais ce sont les parlementaires et les associations qui ont forcé Emmanuel Macron à le faire. Sinon, non, nous n'avons rien à dire de bien de M. Emmanuel Macron, si ce n'est qu'il a détruit la question de notre état de droit, qu'il a détruit et qu'il a accru les inégalités dans notre pays et qu'il est temps qu'il s'en aille.
Ce dimanche, on commémore aussi, Mathilde Panot, les 40 ans de la catastrophe de Tchernobyl, pire accident nucléaire civil de l'histoire, qui a causé, alors les chiffres divergent, entre 4 000 et 100 000 morts, viennent de l'ONU ou de Greenpeace. Vous pensez toujours que la France doit sortir du nucléaire ?
Oui, plus que jamais, et d'ailleurs, vous avez dit pire catastrophe nucléaire de l'histoire, civil de l'histoire, ce qui est vrai, mais c'est une catastrophe qui continue encore aujourd'hui. Quand vous regardez, par exemple, les sols, il y a toujours, de la Corse à l'Alsace, y compris dans notre propre pays, je rappelle les mensonges qui étaient dits à l'époque d'un nuage de Tchernobyl qui n'aurait pas passé la frontière, il y a encore des substances radioactives qui viennent de Tchernobyl, qui sont retrouvées encore aujourd'hui dans les sols, avec des conséquences qui sont des conséquences de long terme.
Vous vous félicitez quand même qu'en plein choc pétrolier lié au blocage du détroit d'Ormuz, on ait le nucléaire en France, qu'on soit souverain en termes de production d'électricité, qu'on ne dépende pas du pétrole
de nos voisins ? Je me féliciterais que nous ayons des énergies renouvelables. Et si nous avions des énergies renouvelables, nous n'aurions dépendance de personne, puisque je rappelle que, notamment, le nucléaire civil dépend de l'uranium et que nous n'avons pas d'uranium en France. Donc là aussi, nous sommes dépendants d'autres pays. Donc nous, nous nous battons pour le 100% énergie renouvelable.
C'est crédible, ça, à quel terme ?
Alors, nous, on avait un terme qui avait été fixé. Évidemment, on a pris beaucoup de retard et en plus de cela, il y a eu le grand carénage qui a coûté 100 milliards d'euros à la France. Donc, le terme, à chaque fois, se reporte. Mais vous avez y compris l'ADEME, Négawatt, qui disent qu'il est possible d'aller au 100% énergie renouvelable. Et je voudrais dire un mot, quand même, pour ceux dont on ne parle jamais, c'est-à-dire les sous-traitants du nucléaire, qu'on appelle les nomades du nucléaire, qui sont ceux qui reçoivent le plus gros de la dose radioactive et qui font aujourd'hui plus de 80% des opérations de maintenance nucléaire. Qui font qu'aujourd'hui, dans notre pays, nous avons un nucléaire low-cost. Et je crois que pro ou anti-nucléaire, nous devrions tous nous inquiéter de cette perte, là aussi, d'expertise sur le nucléaire français.
Je parlais du choc pétrolier en cours lié à la guerre au Moyen-Orient. Le gouvernement a adopté de nouvelles mesures en début de semaine, en particulier pour les 3 millions de travailleurs parmi les plus modestes. En moyenne, 20 centimes de baisse des prix à la pompe. Est-ce que vous saluez ce geste ?
Non, ça concernerait seulement 4% des Français. Ça va dans le bon sens, à vos yeux, ou pas ? Nous, nous voulons un blocage des prix qui concernerait tout le monde immédiatement et qui serait plutôt d'une hauteur de 40 centimes puisque nous, nous voulons bloquer les prix à 1,70 euro.
Le gouvernement rétorque que ça créerait des pénuries au bout de quelques semaines. Mais ce n'est pas vrai.
Ce n'est pas vrai. Ça a déjà été fait dans notre pays, notamment lors de la guerre du Golfe. Ça a déjà été fait en 2020 sur le gel hydroalcoolique. Et vous le savez, nous avons un pouvoir de réquisition s'il y avait vraiment des pénuries qui devaient avoir lieu. Donc, ce n'est pas vrai que le blocage des prix créerait ça. Par contre, ça permettrait de soulager immédiatement les Français et les Françaises en faisant payer ceux qui spéculent sur la crise. Parce que ceux qui spéculent sur la crise, c'est notamment Total, puisque vos collègues du Financial Times ont montré qu'en un mois seulement, ils ont fait un milliard de surprofits. Ces gens sont des profiteurs de guerre. Il faut les taxer, donc ? Mais bien sûr qu'il faut les taxer. Et d'ailleurs, moi, je suis surprise de voir les cinq plus grands pays européens demander une taxation sur les super profits et que la France n'en fasse pas partie. Et nous, nous demandons plutôt qu'il y ait des coupes de 6 milliards, à hauteur de 6 milliards, comme annoncé par le gouvernement, qu'il y ait un projet de loi de finances rectificatif qui nous permette d'aller chercher des recettes sur ceux qui profitent.
de la guerre aujourd'hui. Un dernier mot sur l'actualité de demain, cette fois-ci. Le rapport à l'oncle, controversé, puisque les premières fuites sont arrivées dans la presse, sera soumis au vote des députés de la commission d'enquête demain. Quatre membres de LFI sont membres de cette commission d'enquête. Est-ce qu'ils voteront pour la publication de ce rapport demain ?
Alors, nous allons avoir une discussion avec le groupe, parce que nous sommes face à un dilemme, comme beaucoup des groupes parlementaires. D'un côté, normalement, vous ne votez pas sur la question des mesures et sur le fond du rapport. Vous votez pour savoir si le rapport peut être publié ou non publié. Si vous votez en faveur de la publication du rapport, du coup, vous admettez un travail parlementaire, qui est un travail parlementaire à la limite de la diffamation, absolument malhonnête, et qui est à l'image de cette commission d'enquête.
Ce que vous avez vu dans les premières fuites de presse, un milliard d'économies, par exemple, avec la fusion France-Germain-François.
Oui, mais on a bien compris que l'extrême droite voulait détruire l'audiovisuel public pour permettre à ses amis milliardaires, et notamment à Bolloré, de mettre toute la main sur l'information, et notamment sur un enjeu très fort, qui est la démocratie.
Mais il doit être publié, ce rapport, ou pas ?
Oui, mais vous comprenez le dilemme dont je suis en train de parler. C'est ça l'enjeu de demain. Et c'est ça dont on va décider avec le groupe. C'est que si vous votez pour, le rapport est publié, c'est un très mauvais rapport parlementaire, si vous votez contre, vous aurez alors une extrême droite qui va pleurer sur ce qui s'est passé. Mais je vais vous dire, ce qui est dommage dans cette commission d'enquête, c'est qu'on passe à côté d'un débat dont on ne fera pas l'économie, sur ce que doit être l'audiovisuel public. Et nous, nous défendons un audiovisuel public qui est fort, qui est indépendant, qui est doté de moyens, et je parle notamment de la titularisation des travailleurs dans le service public de l'audiovisuel, mais aussi, et il faut poser la question, il faut aussi poser la question de ce qui ne va pas dans l'audiovisuel public. Et je le dis puisque ici nous sommes à France Inter, il y a une question, par exemple, de savoir pourquoi est-ce que Guillaume Meurice, des voix comme Guillaume Meurice, Julia Foyce, Pierre-Emmanuel Barré, et d'autres, ont été soit licenciés, soit remerciés. Oui, mais je le dis parce que ça, c'est un débat sur la démocratie et la question du pluralisme, qu'il faut aussi prendre à bas le corps, tout en défendant l'audiovisuel public, ce que nous faisons face notamment aux milliardaires et à l'ingérence très forte. Et nous, je le dis, nous démantèlerons l'Empire Bolloré
en arrivant au pouvoir. Allez, ouvrons la conversation dans cette émission avec vous, Nella Latrousse et Abel Mestre. On commence avec la situation internationale, je le disais, la guerre lancée par les Etats-Unis et Israël en Iran, puis au Liban, dure depuis bientôt trois mois, des cessez-le-feu très fragiles dans les deux pays sont en cours, ont été prolongés par Donald Trump cette semaine, ce qui n'a pas empêché Israël et le Hezbollah de reprendre leur frappe ce week-end. Une reprise des négociations entre Américains et Iraniens a été espérée ce week-end, mais Donald Trump l'a annulée hier soir. Est-ce que les perspectives de paix s'éloignent encore un peu plus à vos yeux, Mathilde Panot ?
Oui, elles s'éloignent, malheureusement, notamment parce que vous avez un monde et une communauté internationale qui laisse Trump et Netanyahou embarquer l'ensemble du monde dans une guerre qui, je le rappelle, est une guerre illégale. Et que donc, la question qui doit être posée, c'est de savoir notamment ce que fait le monde, mais notamment la France, et la France devrait, par exemple, proposer que ces négociations aient lieu au sein de l'Organisation des Nations Unies et non pas en dehors du droit international avec une loi du plus fort qui devrait s'exprimer. La France devrait construire un front du refus avec d'autres pays, par exemple l'Espagne, qui dit non à cette guerre illégale. Bref, la France devrait agir pour la paix et notamment décider de sanctions à l'encontre de Netanyahou, car il est aberrant de voir qu'il y a 19 trains de sanctions contre Poutine pour la violation du droit international en Ukraine, et toujours zéro contre Netanyahou, alors qu'il est en train d'annexer le Sud-Liban, qu'il continue le génocide à Gaza et la colonisation en Cisjordanie. Dans son intervention dimanche dernier, lors d'un rassemblement pour le Liban, Jean-Luc Mélenchon a dit que si le gouvernement français avait été un gouvernement insoumis, la France se serait portée au secours du Liban tel qu'il était, je cite. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que la France devrait intervenir au Liban face à Israël, ou c'est plutôt la voie diplomatique que vous venez de décrire ? Non, par exemple, je vais vous dire quelque chose de très concret. On parle beaucoup de la question du désarmement du Hezbollah. Vous avez l'armée régulière libanaise qui, aujourd'hui, n'a pas les moyens d'assurer la souveraineté du Liban. Nous, nous aurions aidé l'armée régulière libanaise pour qu'elle puisse faire face notamment aux attaques et aux atteintes du droit international de Netanyahou, qui explique tout simplement qu'il veut faire du Liban comme il le fait à Gaza. Et je vais vous dire, tout ce qui est en train de se passer en aidant logistiquement l'armée régulière libanaise. De même que nous nous demandons à ce qu'il y ait la possibilité pour la finule du droit de l'armée régulière. De répliquer. Vous savez qu'il y a cinq soldats qui ont été tués de la finule, dont deux sont des Français. Je pense évidemment à leur famille aujourd'hui. Il y en a un troisième qui est malheureusement blessé. Eh bien, nous, nous voulons que la finule puisse répliquer. Et il est absolument insupportable de voir que le Liban est ainsi laissé sans aucune aide alors qu'il nous appelle à l'aide. Sur ce sujet et sur les casques bleus français dont vous venez de parler, Jean-Luc Mélenchon le dit lors de son intervention dimanche dernier. Il attaque très de façon très virulente le gouvernement Netanyahou, mais il ne parle pas du Hezbollah. Pourquoi il n'en parle pas ? Alors que tous les observateurs disent que toutes les pistes convergent vers le Hezbollah dans la responsabilité de cette attaque. Alors, il a dit exactement quel que soit le responsable, il doit être retrouvé et puni. Oui, mais nous, nous ne savons pas. Vous non plus, vous ne savez pas. Mais si c'est des gens du Hezbollah, alors ils doivent être de même punis. Mais je vais vous dire, une des raisons pour lesquelles nous ne parlons pas du Hezbollah, parce que moi, je ne supporte plus d'entendre que ce serait une guerre contre le Hezbollah que mène Netanyahou. Non, c'est une guerre contre le peuple libanais. Lorsque vous avez une de vos collègues journalistes qui a été encore récemment tuée, qui est la neuvième qui a été tuée, est-ce le Hezbollah ? Elle a été délibérément visée. Quand vous avez 100 secouristes qui ont été, là aussi, visés dans des ambulances, cela n'a rien à voir avec le Hezbollah. Et je veux dire un dernier mot sur le massacre du 8 avril, dans lequel plus de 300 Libanais ont été tués, dans des frappes qui étaient destinées à semer la terreur dans le peuple libanais. Cela n'a rien à voir avec le Hezbollah. Donc, la guerre contre le Hezbollah est un prétexte. Est-ce qu'un responsable ou une responsable politique, par exemple, peut évoquer les deux ? Évoquer aussi bien l'armée israélienne que le Hezbollah ? Est-ce que c'est possible ? Mais non, parce que, je vais vous dire, c'est un peu comme, si je devais vous faire un parallèle, c'est un peu comme lorsqu'on expliquait dans tous les médias et dans beaucoup de discours politiques, que Netanyahou était en train de mener une guerre contre le Hamas. Ce n'est pas une guerre contre le Hamas, c'est un génocide contre le peuple palestinien. Et là, de même. Donc, moi, je vais vous dire. Ce serait rentrer dans la communication d'armes israéliennes que de dire ça. Le gouvernement libanais souhaite démilitariser les milices. Et notamment le Hezbollah. C'est eux qui souhaitent qu'on enlève les armes au Hezbollah. Je suis d'accord avec cela. Mais pour qu'ils puissent faire cela, alors il lui faut une armée qui est capable d'assurer la souveraineté du Liban. D'où le fait que je parlais de l'armée régulière libanaise tout à l'heure. Donc, nous, ce que nous aurions fait, c'est aider l'armée régulière libanaise. Et je vais vous dire, moi, là où j'ai honte, c'est de voir que la France ne s'est pas clairement exprimée pour demander la suspension de l'accord d'association entre l'Union européenne et Israël, alors que plus d'un million de citoyens en Europe le demandent. Qu'il n'y a toujours pas d'embargo sur les armes. Qu'il n'y a toujours pas de sanctions à l'encontre de Netanyahou. Et pire que ça, nous avons un ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barraud, qui reprend les mots d'une ancienne première ministre israélienne, qui s'appelle Golda Meier. Il répond alors à une sénatrice au Sénat. Et cette ancienne première ministre israélienne était elle aussi une suprémaciste qui niait l'existence du peuple palestinien. Et il reprend ces mots pour dire, là où nous en voulons aux Arabes, c'est ça qui est normalement la phrase qu'il lui a attribuée, il a dit aux ennemis, ce n'est pas de tuer nos propres enfants, c'est de nous forcer à tuer leurs propres enfants. C'est indécent de faire des choses comme ça. Quand Jean-Noël Barraud, depuis Israël, dit qu'il accepte le plan Trump, ce plan de Riviera, qui veut construire des data centers sur le cimetière du peuple palestinien à Gaza, oui, ce n'est pas le rôle de la France. Parce que la France dans l'histoire a été une voix qui a été entendue pour le droit international et pour les droits des peuples à s'autodéterminer. Allez, au bout de votre pensée, vous êtes en train de dire que la France est alignée, voire est vassale des Etats-Unis ? Je pense que depuis longtemps, nous avons un problème de vassalisation avec les Etats-Unis. C'est d'ailleurs pour cela que depuis longtemps, et ça ne date pas juste de Donald Trump, nous demandons à sortir du commandement intégré de l'OTAN et notamment pour faire en sorte que la France soit une voix non alignée au service de la paix. Regardez l'Espagne.
Comment vous faites si vous sortez de l'OTAN l'an prochain, que vous arrivez au pouvoir ? Comment vous faites pour peser dans le concert des nations ? On voit le retour des grands prédateurs. Aujourd'hui, vous voyez les guerres qui éclatent partout, y compris aux portes de l'Europe. Si on sort de l'OTAN, comment la France
pèse ? Alors, la France, elle pèse justement en construisant ce front du refus dont je parlais juste avant. Regardez par exemple en Europe. Le seul dirigeant dont on entend un peu la voix, y compris qu'il y ait une voix écoutée à l'international, c'est Pedro Sánchez en Espagne. Pourquoi ? Parce que quand il dit non à la guerre illégale, il ne dit pas juste des mots. Il dit interdiction du survol de notre territoire, ce que la France ne fait pas. Il dit interdiction d'utiliser des bases pour l'armée américaine alors que la France décide de laisser utiliser ses bases par l'armée états-unienne. Oui, mais comment est-ce qu'on pèse en défendant le droit international et en créant des coopérations avec d'autres états ? C'est un peu la coalition des volontaires que Macron a mis en place, enfin, a contribué à mettre en place pour l'Ukraine. C'est ça que vous... Oui, mais le problème de la coalition des volontaires... Macron, il a pu être un modèle. Non. Très loin, très loin de cela. Nous sommes à l'opposé de la diplomatie qu'il fait. Mais je vais vous dire, le problème de la coalition des volontaires, quel est-il ? C'est qu'il reste toujours dans, justement, un cadre qui est un cadre états-unien. Notamment quand vous avez eu l'été dernier à la fois le chantage qui a été fait sur les 5% du PIB qui devait être donné à l'OTAN, mais aussi le fait que l'Europe devait acheter je ne sais plus combien de milliards d'armes aux Etats-Unis. Eh bien, vous savez, quand nous achetons des armes aux Etats-Unis, ce n'est pas vous avez acheté l'arme et vous pouvez l'utiliser. Y compris les Etats-Unis, ils restent, du coup, décisionnaires pour savoir si vous pouvez envoyer telle ou telle chose. Donc oui, nous avons intérêt à avoir une voix forte au service de la paix.
Mathilde Panot, vous êtes sûre, vous pouvez dire aux Français qui vous écoutent, oui, vous serez plus en sécurité en dehors de l'OTAN dans ce monde, encore une fois, de violence ?
Oui, je crois que tout le monde est en train de comprendre dans quelle folie est en train de nous entraîner Donald Trump. Mais c'est Donald Trump ou c'est l'OTAN ? Écoutez, l'OTAN, le chef, le cœur de l'OTAN, c'est justement l'alignement sur la stratégie des nations. des Etats-Unis. Et alors, vous comprenez que si on s'aligne sur des Etats-Unis, alors là, c'est exagéré avec Trump, mais je le dirai de manière constante, et même avant Trump, mais tout le monde comprend que les intérêts états-uniens ne sont pas nos propres intérêts. Je ne vois pas avec quel pays on pourrait construire cette alliance en dehors. Je parlais de l'Espagne, je parlais du Mexique, je parlais de la Colombie, je parle de l'Afrique du Sud, enfin, il y a plein de pays avec lesquels on peut construire des choses. D'ailleurs, vous savez qu'il y a des initiatives, par exemple l'initiative de l'AE, qui a regroupé plusieurs pays qui voulaient justement défendre le droit international, qui, par exemple, disent qu'il n'est pas normal que Netanyahou, qui est sous mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale, puisse continuer à survoler je ne sais combien de pays, qui ont décidé ensemble de ne pas laisser des armes transiter pour aller vers Gaza, être utilisées dans le cadre du génocide. Donc, il y a des pays qui prennent des initiatives et la France serait forte à leur côté.
Mathilde Panot, mardi prochain, dans deux jours, la ministre en charge des discriminations, Aurore Berger, convie tous les patrons de groupes parlementaires, vous compris donc, à une réunion pour réécrire la loi Yadam contre les nouvelles formes d'antisémitisme. Est-ce que vous serez à cette réunion ?
Alors oui, on va y aller, parce qu'on a des choses à dire, mais moi je vais vous dire, si c'est l'objet de faire une loi Yadambi, c'est-à-dire d'assimiler la critique du gouvernement israélien avec de l'antisémitisme, alors nous combattrons de toutes nos forces.
Cette loi, comme elle a été combattue par plus de 700 000 citoyens et citoyennes. C'est une interprétation, ça fait débat, c'est une interprétation du texte, mais ce n'est pas ce qu'il écrit dans le texte.
C'est une interprétation, c'est-à-dire qu'il y a 5 rapporteurs des Nations Unies qui disent que c'est un danger pour nos libertés publiques. Vous avez un ancien anti-terroriste Marc Trévidi qui dit de même que c'est un grand danger pour notre démocratie.
Je rappelle pour nos auditeurs et téléspectateurs, la loi Yadam, qui a été retirée de l'ordre du jour la semaine dernière, notamment sous la pression des députés insoumis, va donc faire l'objet d'un projet de loi d'initiative gouvernementale dans les prochaines semaines et le texte vise, pour le dire rapidement, à lutter contre les nouvelles formes d'antisémitisme en punissant d'un côté les provocations, y compris implicites, à des actes terroristes. C'est ça qui fait débat. Et elle crée aussi un délit pour appel public à la destruction d'un État reconnu par la France, ce qui est le cas d'Israël, mais aussi de la Palestine. Pour nos auditeurs et téléspectateurs. Ça, pour vous, ça revient à empêcher les Français de publiquement critiquer Benjamin Netanyahou.
Bien sûr. Pourquoi ? Bien sûr, c'est ce que disent alors encore une fois, 5 rapporteurs des Nations Unies, toutes les associations des droits humains, la Commission Nationale Consultative des Droits Humains qui disent de même. Pourquoi ? Parce que, par exemple, si vous critiquez Netanyahou sur le fait que, par exemple, il est en train d'institutionnaliser l'apartheid jusque dans la peine de mort, à ce moment-là, vous pourriez tomber sous le coup de cette loi. Je vais vous donner un exemple. Sur la destruction, l'appel à la destruction d'Israël. Par exemple, qu'est-ce qu'il se passe pour une personne, comme ça arrive dans beaucoup, y compris de Palestiniens qui rêvent de cela, qui appelle à un seul État binational avec égalité de droits entre citoyens israéliens et citoyens palestiniens ? Est-ce que vous appelez à la destruction d'Israël ? Peut-être. Donc, peut-être que vous tombez sous le coup de cette loi. Je donne un autre exemple. Si vous critiquez les colonies israéliennes, qui aujourd'hui, de fait, sont des territoires israéliens, même s'ils contreviennent à toutes les résolutions de l'ONU. Et je rappelle qu'Israël a bafoué 1200 résolutions de l'ONU. Est-ce que, du coup, vous tombez sous le coup de cette loi ? Ce que nous, nous avons à dire...
Il faut qu'on avance, Mathilde Pannot. Ce que nous, nous avons à dire,
c'est que nous ne voulons pas qu'on sépare la lutte contre l'antisémitisme de la lutte contre tous les racismes. Et ce que commande, par exemple, la Commission nationale consultative des droits humains, c'est que si les préjugés antisémites existent, malheureusement, dans la société, ils sont toujours massivement à l'extrême droite, c'est-à-dire les mêmes qui sont islamophobes, négrophobes, xénophobes. Et donc, il faut lutter contre toutes les discriminations et tous
les racismes. Donc, l'antisémitisme n'est pas résiduel, comme l'avait dit Jean-Luc Mélenchon. Il parlait
des manifestations pour la Palestine et non, nous n'avons jamais dit que l'antisémitisme était résiduel. Si, si, Jean-Luc Mélenchon,
le 2 juin 2024, sur ce blog. Oui, il a lui-même
expliqué qu'il ne parlait pas de ce qui se passe dans la société, mais de ce qui se passait dans les manifestations pour la Palestine, qui était exempt
d'antisémitisme. Allez, avançons, entrons maintenant au cœur du projet de la France insoumise. Mathilde Pannot avec ce concept défendu par Jean-Luc Mélenchon comme ici, à Toulouse, en janvier pendant la campagne des municipales.
Nous avons besoin d'élections municipales qui puissent être une démonstration du niveau de conscience politique du peuple français dans sa diversité. De la capacité de nos listes à incarner la nouvelle France. Celle du grand remplacement. Celle de la génération qui remplace l'autre parce que c'est comme ça depuis la nuit des temps.
Abel Mestre. Ce concept de nouvelle France qui avait été déjà développé par Jean-Luc Mélenchon lors de la première rencontre des quartiers populaires il y a quelques années, peine à convaincre y compris à gauche. Beaucoup y voient un risque d'essentialiser les Français issus de l'immigration et d'exclure ceux qui ne le sont pas ou ceux qui ne s'identifient pas comme tels. Qu'est-ce que vous leur répondez à ces critiques ? Alors au contraire, la nouvelle France c'est un concept qui nous permet justement de n'exclure personne et qui permet que la France regarde vers son avenir en justement en assumant l'ensemble des composants du peuple de France. Alors évidemment on a beaucoup focalisé, notamment de la part de l'extrême droite, mais pas que, sur le fait que nous parlions des personnes héritières de l'immigration, personnes racisées, en disant qu'au début de la Vème République il y avait une personne sur dix qui avait un grand-parent étranger, désormais c'est une personne sur trois, mais on pourrait parler de beaucoup d'autres composantes de cette nouvelle France. Par exemple, au début de la Vème République vous aviez une homosexualité qui a été encore pénalisée, aujourd'hui elle est légalisée, les femmes n'avaient pas le droit d'avorter, elles n'avaient pas la pilule, vous avez par exemple une famille monoparentale sur dix dans les années 1970, aujourd'hui c'est une famille monoparentale sur quatre, et on devrait parler plutôt de mamans d'ailleurs seules avec des enfants, puisque à immense majorité ce sont des femmes, et tout ça doit avoir une traduction politique. En fait, ce que dit la nouvelle France, c'est le pays tel qu'il est aujourd'hui, et qui ne supporte plus que les mains de son avenir soient uniquement dans les mains de certaines personnes, à l'époque c'était évidemment des hommes, alors maintenant on considère un peu moins que les femmes sont des intrus en politique, mais qui permet justement de dire que nous, nous voulons dans l'entièreté de nos composantes pouvoir justement prendre les mains sur notre avenir politique, et je le dis à un moment où nous avons un gouvernement avec 14 millionnaires dans le Conseil des ministres.
De ce que j'entends et de ce que vous expliquez de la nouvelle France, je ne retrouve plus ou prou ce qu'Emmanuel Macron appelait le Nouveau Monde en 2017, vous réactualisez ce concept, c'est ça ?
Je ne me rappelle absolument pas de son concept de Nouveau Monde, mais peut-être que vous allez me
l'expliquer. Il expliquait qu'il y avait un ancien monde qui avait vocation à disparaître et qu'il fallait une assemblée plus représentative, notamment dans son incarnation politique, mais aussi dans ce qu'elle portait comme combat. En tout cas,
si c'est la manière dont il l'a porté, quand on voit le résultat, je disais, par exemple, d'un Conseil des ministres dans lequel le patrimoine moyen est de 1,5 million d'euros, je pense qu'on est très très très loin.
Il y a une dimension de
combat de classe aussi dans cette nouvelle France ? Oui, bien sûr, bien sûr, nous on assume et on est fiers qu'il y ait par exemple à l'Assemblée nationale des ouvriers spécialisés, comme Laurent Alexandre qui est dans mon groupe, des chauffeurs de taxi, des professeurs, des associatifs, des syndicalistes, et c'est ça aussi l'éruption de la nouvelle France.
Vous n'êtes pas en train de remplacer la lutte des classes par la lutte des races, comme certains à gauche
vous le reprennent ? Certainement pas, et je crois que c'est eux qui ont peut-être un problème avec le fait que nous pointions cette question-là, mais qui est une question réelle. À un moment, est-ce que ça nous interroge collectivement le fait que, par exemple, l'Assemblée nationale ne ressemble pas au pays ? Moi, ça m'interroge. Moi, je m'interroge quand je vois, par exemple, Bali-Bagayoko.
Il faudrait plus de Noirs et d'Arabes à l'Assemblée. Soyons clairs, Mathilde Pannot. Il faudrait plus de Noirs et d'Arabes à l'Assemblée, c'est ça que vous dites ?
Il faut une Assemblée nationale qui ressemble au pays, dans toutes ses composantes, y compris dans sa composante ouvrière, y compris dans sa composante associative. Oui, bien sûr. Je vais vous dire ce qui est fait à Bali-Bagayoko. C'est pas seulement du racisme crasse, c'est un signal qui est envoyé à toutes les personnes Noires et Arabes de ce pays de « vous ne pouvez pas faire de politique, sinon, directement, on vous fera des procès sur le fait que vous n'êtes pas d'ailleurs qui ont existé dans notre histoire contre d'autres personnes. » Justement, Bali-Bagayoko, nouveau maire de Saint-Denis, ancienne Saint-Denis, a dit qu'il ne se retrouvait pas dans le terme racisé, terme que beaucoup à gauche utilisent, et les filles aussi. Vous, vous l'avez utilisé il y a à peine quelques minutes. Est-ce qu'il faut revenir sur l'emploi de ce terme ? Est-ce que c'est un terme qui est plus dans le domaine de la recherche universitaire que politique ? Est-ce qu'il faut réfléchir à son usage ? Moi, je trouve que c'est un débat qui est intéressant. Effectivement, Bali-Bagayoko, il utilise plutôt les personnes, héritières de l'immigration. Pourquoi pas ? Moi, je n'ai pas de dogme en la matière sur cette question-là. La seule question que je veux pointer, c'est que contrairement à l'obsession qu'a l'extrême droite sur la racialisation des gens, nous, au contraire, nous voulons reconnaître le peuple français dans toutes ses composantes. Quand il dit que c'est le grand remplacement d'une génération à l'autre, il s'étonnerait bien que... Est-ce que ce n'est pas une manière de légitimer aussi ? Non, c'est une manière, justement, de montrer l'absurdité dans lequel ils sont. En fait, la Nouvelle-France, parce que souvent, on nous demande à quoi s'oppose la Nouvelle-France. La Nouvelle-France, elle ne s'oppose à rien. Mais elle s'oppose, par contre, au fantasme de l'extrême droite. Je voudrais vous faire écouter
ce qu'en pensait, sur l'antenne de France Inter, il y a quelques jours, le patron des communistes, Fabien Roussel. Écoutez.
Ce que fait la France insoumise avec ce principe de Nouvelle-France ? Il ne se bat pas pour l'égalité des droits. Lui, il fait du communautarisme. Il a un concept identitaire. Il essentialise les gens. Au lieu de se battre pour l'égalité des droits, quel que soit notre sexe, notre couleur de peau, notre religion.
Mathilde Panot, ce qui va dans le sens, en quelque sorte, de Fabien Roussel, c'est aussi ce rapport à l'identité complexe au sein de la France insoumise, qui est un mouvement où il y a diversité d'opinions, certes, mais où certaines prises de parole ont pu étonner, voire choquer. Sébastien Delogu, en décembre, à Saint-Denis-Pierre-Fitte, quand il dit « Vous avez une opportunité en or qu'un racisé dirige ses deux villes et qu'il fasse en sorte que le réel peuple de France prenne le pouvoir ici. » Ali Diouara, récemment élu maire, qui était député dans votre groupe en 2022, lorsqu'il partage une photo du campus socialiste à Blois, et qu'il commente « Salut les Blancs, on ne vous dérange pas trop. » Ou plus récemment encore, Danielle Obono, lorsqu'elle parle d'une gauche traditionnelle blanche, et qu'elle dit ne pas se sentir chez elle à la fête de l'humain, je la cite « En vrai, il n'y a que des Blancs. Ça me fait honte, ce qu'on renvoie de la gauche, c'est ça. » Et il y a au fond, dans ces messages, ce que vous évoquiez, de la représentation et de la représentativité, mais il y a aussi ce vocabulaire blanc, noir, etc., que l'on entendait, c'est vrai pour l'instant, en partie en tout cas sur les bancs de l'extrême droite. Est-ce que vous, ce vocabulaire que vous utilisez, par exemple, est-ce que vous, vous vous considérez de la gauche blanche ?
Mais madame Latrousse, à un moment, il faut nommer les choses, et je comprends que ça soit inconfortable, mais je parlais tout à l'heure d'une époque dans laquelle il n'y avait que des hommes en politique. Il n'y avait aucune femme. Est-ce que ça vous aurait choqué que quelqu'un vienne à un meeting, en disant « Soyez fiers d'élire, par exemple, une femme maire. » Est-ce que ça vous choquerait ? Ça ne vous choquerait pas. Pourquoi ça ne vous choquerait pas ? Réfléchissez, réfléchissez au biais qu'il y a sur cette question-là. Donc, je vais vous dire,
sur tout ce qui est statistique ethnique, etc., il y a une traduction en France, par exemple, de ne pas les faire, en considérant que, précisément, ça rouvre une boîte de pendants racistes. Mais vous n'avez pas répondu à ma question. Est-ce que vous vous considérez comme une députée blanche,
vous ? Oui, enfin, je suis une femme, je suis blanche, oui, enfin, j'ai conscience des caractéristiques que j'ai, mais je vais vous dire, nous défendons tous le même projet. Et tous ceux que vous avez cités sont les mêmes qui vont vous dire qu'ils se battent pour la République, pour l'égalité des droits, quelle que soit la couleur de peau, la religion, l'orientation sexuelle ou le genre de la personne. Mais, à un moment, il faut nommer les choses. Et quand vous avez, par exemple, en politique, des espaces dans lesquels il n'y a, effectivement, que des personnes blanches et aucune personne non blanche, vous comprenez que, en termes de participation, et d'ailleurs, il n'y a qu'à voir les campagnes qui sont orchestrées contre les personnes non blanches qui se sont présentées, par exemple, aux élections municipales, avec nombre de menaces de mort, d'insultes qui ont été proférées et avec, derrière, des conséquences. Ça a des conséquences, ce qui se passe. Le problème n'est pas de pointer le fait qu'il n'y a pas de personnes non blanches comme étant une chose qui doit être exigeante pour la gauche. Le problème, c'est quand on a des propos racistes qui sont sans cesse réitérés et qui mènent, par exemple, au pire. Par exemple, ce qui s'est passé en Haute-Loire, il y a quelques jours, avec un retraité qui prend une carabine et qui tire sur des enfants de 6 à 12 ans. Pourquoi est-ce que ça ne fait pas la une de tous les médias en continu ? Normalement, ça devrait faire la une de tous les médias en continu. Pourquoi cet homme a été relaxé ? Il l'est convoqué qu'en juillet ? Pourquoi est-ce que toutes les alertes n'ont pas été entendues sur cette question ? Non, mais j'en parle parce que c'est un sujet sérieux. Vous avez, derrière, des conséquences
concrètes. Hier, c'était
l'anniversaire de l'assassinat d'Aboubacar Sissé, qui, je rappelle, a été tué dans une mosquée avec 57 coups de couteau. Et c'était dans le garde.
On est à un an de la présidentielle, je le disais. L'état de la gauche est assez compliqué à analyser. Pas chez vous ? Ce sera Jean-Luc Mélenchon, votre candidat ? Ça ne fait aucun
suspense ? Mais nous le déciderons en temps voulu. Pourquoi ne pas le dire dès maintenant ? Je souhaite que ce soit Jean-Luc Mélenchon. Et parce que, nous, nous avons un processus. Contrairement à d'autres... Il y aura quelqu'un face à lui
ou pas, en interne ? Mais ça
sera notre choix. Moi, je souhaite que ce soit Jean-Luc Mélenchon. Je vais vous dire pourquoi. Si la personne face à lui,
on peut déjà plier le match. Je vais vous
dire pourquoi, moi, je souhaite que ce soit Jean-Luc Mélenchon. Parce que, dans un moment comme celui que nous sommes en train de vivre, à la fois au niveau national et au niveau international, moi, je préfère quelqu'un qui ait du caractère, par exemple, pour aller dire non à Trump, non à Poutine, non à Netanyahou et à d'autres, et qu'il fasse respecter notre pays. Oui, enfin, Jean-Luc Mélenchon, lui, ne change pas d'idée toutes les trois secondes, et quelqu'un qui, lorsqu'il dit quelque chose, le fait. Donc, oui, moi, je souhaite que ça soit lui, mais vous verrez, nous avons, avec une assemblée représentative décidée d'une méthode, et nous allons respecter notre méthode et notre calendrier. Alors, justement, le Parti Socialiste a présenté un projet qui se veut une ébauche pour le programme présidentiel de 2027, avec quelques mesures, enfin, qui est plus entrée à gauche, et qui propose notamment l'augmentation du SMIC à 1690 euros, l'abrogation de la réforme des retraites d'Elisabeth Borne, une limitation des écarts de salaire en entreprise, ou encore la restauration de la police de proximité. Est-ce que vous craignez une concurrence ? Non, bah déjà, vous êtes un peu gentil en parlant de projet ou de programme, comme vous présentez. C'est le nom qu'il y a sur la première page. C'est le nom qu'il y a dedans, mais vous avez entendu vous aussi que, d'ores et déjà, dans les diverses candidatures qu'il y a au sein du Parti Socialiste, puisqu'il y a de nombreuses candidatures, bientôt on aura plus de candidatures que de militants au sein du parti, mais c'est plutôt une boîte à outils, puisque chacun a dit qu'il prendrait à peu près ce qu'il voudrait, qu'il ne reconnaissait pas ce projet. Donc, bon, je comprends, c'est la première fois que le Parti Socialiste fait vraiment cet exercice, nous le faisons depuis plus de dix ans, et nous, nous sommes en train d'actualiser notre programme, et donc nous avons un programme, une stratégie, et vous verrez, nous aurons un candidat ou une candidate lorsque nous l'aurons décidé, et donc nous sommes en ordre de bataille pour justement offrir un autre horizon au pays.
Mathilde Padon, on vient d'entendre quelques gentilles vacheries au Parti Socialiste dont vous êtes habituée. Ça veut dire que si vous êtes élue ou si vous entrez à l'Élysée l'année prochaine, un de vos candidats insoumis, il est exclu de travailler avec les socialistes, d'avoir par exemple un Premier ministre
qui vient du PS ? Premier ministre, c'est quand même un peu dur ce que vous me demandez. Écoutez, nous, à chaque fois qu'il a fallu faire l'union, notamment face à l'extrême droite, nous l'avons fait. Je rappelle que la NUPES arrive dans un moment où nous avons fait 22%, et nous ratons à 420 000 voix, comme vous l'avez très bien dit tout à l'heure, le second tour de l'élection présidentielle, notamment parce que d'autres candidatures comme M. Roussel, que nous voyons tout à l'heure, étaient là, et toutes les autres forces de gauche font moins de 5%. Nous disons, nous jetons la rancune à la rivière et nous faisons à ce moment-là la NUPES. Au moment du nouveau Front populaire, je rappelle que nous donnons 100 circonscriptions aux socialistes et que, à ce moment-là, quelques mois après, de nouveau, le Parti socialiste s'assoit sur le programme qui a pourtant fait élire trois premiers ministres socialistes. Donc, je vais vous dire que c'est un problème, en tout cas, d'avoir des gens avec qui nous avons construit des alliances, qui renient leur parole à chaque fois qu'ils ont obtenu la place.
Donc, c'est qui vos alliés, si vous en rêvez au pouvoir ?
Vous avez moins d'amis que l'année dernière, en fait. Mais pas du tout. Je rappelle qu'en 2022, tout le monde nous expliquait que, de toute façon, 2022, c'était fini, qu'il fallait déjà jouer. En 2027, rappelez-vous. Et que la gauche n'avait aucune chance d'arriver. Eh bien, nous, nous avons proposé à la fois, notamment, aux écologistes
et aux communistes... Au début du mois, Manuel Bompard, s'en est où ? Exactement. S'en est où, d'ailleurs ? Cette proposition de candidat commun ?
Par exemple, vous voyez qu'il y a quelques jours, il y a eu la création d'un parti qui s'appelle les Verts populaires, qui sont ceux, notamment, qui nous ont aidés dans les élections municipales, qui ont décidé de sortir d'Europe Écologie les Verts, des écologistes, pardon, leur nouveau nom, et qui ont décidé, du coup, de dire qu'eux souhaitaient qu'il y ait une construction qui se fasse avec la France insoumise. Oui, ils ne sont pas très nombreux pour l'instant, mais je pense qu'il y a des choses qui peuvent faire leur chemin. Par exemple, quand j'entends Stéphane Peu, le président du groupe GDR, donc communiste et ultramarin, qui dit que là où la France insoumise a fait alliance avec le parti communiste français, dans le 93, eh bien, c'est le seul département en Seine-Saint-Denis où nous avons fait progresser la gauche de rupture avec des mairies qui ont été conservées et même gagnées. Je trouve ça intéressant. Quand je vois que, par exemple, si on regarde le bilan des municipales, vous avez effectivement des écologistes qui ont choisi, à chaque fois qu'ils avaient le choix, notamment à Lille, de se ranger derrière les socialistes, plutôt qu'avec les insoumis, eh bien, ça a eu des conséquences, puisqu'ils ont perdu six des huit villes qu'ils avaient, notamment à Strasbourg, où du coup, les socialistes ont décidé d'aller avec Horizon pour battre la mer écologiste. Je pense que tout ça contribue à faire réfléchir tout le monde et à faire que, je l'espère, nous puissions faire avancer une union populaire autour d'un programme de rupture.
Mathilde Panot, vous êtes donc l'invité de Question politique, et on va tenter de mieux vous connaître.
France Inter.
Question politique. Julien Némy. Et c'est avec vous, Nella Latrousse, rédactrice en chef politique à France Télévisions.
Mathilde Panot, vous avez donc 37 ans, vous faites partie des jeunes, si on compare à la pyramide des âges en France. Pourtant, à 37 ans, vous faites déjà aussi partie des plus anciens à l'Assemblée nationale, près d'une décennie sur les bancs du Palais Bourbon, des galons de gagnés, députée en 2017, vice-présidente du groupe Insoumis. Deux ans plus tard, et depuis 2021, présidente de groupe. Est-ce que vous étiez prédestinée à tout cela ? Née un dimanche de janvier 89 à Tours, fille de prof, qui grandit dans une ville de droite, vous voyez, il y a des informations, assez vite happée par l'engagement associatif, syndical, et puis la rencontre avec la sphère mélenchoniste. Vous œuvrez en coulisses pendant des années, notamment à la structuration du mouvement. Mais quand il vous est proposé, en 2016, de passer côté public, de vous présenter aux législatives, vous hésitez, c'est votre camarade Adrien Clouet qui le raconte, elle n'était pas trop partante, dit-il, lui qui siège aujourd'hui à vos côtés, tous les copains d'Ivry la poussaient. Car à l'époque, vous viviez en colocation, vous devenez le 18 juin 2017 madame, la députée, aux yeux de ces colocataires, Insoumis, eux aussi, ils auraient pu vous appeler la chouchoute, tant Jean-Luc Mélenchon tarie pas des loges sur vous et vous le lui rendez bien, d'ailleurs. Mais alors, la chouchoute ou l'héritière ? Parce que je ne l'ai pas précisé, vous êtes née un 15 janvier, je ne sais pas si vous croyez en l'horoscope Mathilde Panot, mais dans le Parisien aujourd'hui en France, on peut lire ce matin que vous recevrez aujourd'hui des propositions alléchantes, je me lance, Mathilde Panot, quand on gravit les échelons si vite que vous, est-ce que l'on pense dans ses rêves les plus fous à devenir présidente de la République ?
Non, on pense d'abord à changer notre pays. Je pense que, alors à un moment, vous avez dit quelque chose qui était intéressant, qui est une question qui nous est souvent posée, en tant que députée, on va avoir des classes, par exemple, chose que j'aime particulièrement faire. On nous demande souvent quelle étude faut-il faire pour devenir députée. Alors moi, je suis un mauvais exemple, j'ai fait des sciences politiques. Mais moi, je leur dis souvent que tout le monde peut devenir députée, y compris tout le monde peut faire de la politique, et moi, c'est une des choses dont je suis la plus fière comme présidente de groupe parlementaire, c'est d'avoir eu des Rachel Keke, par exemple, victorieuse d'une grève de 22 mois à l'hôtel Ibis Batignolles, qui est d'ailleurs en guerre contre son employeur qui refuse de respecter l'accord qu'il avait pourtant signé à l'époque. Donc je lui apporte évidemment tout mon soutien. Je suis fière d'avoir, là encore, des ouvriers, par exemple, Mathie Ligné, qui est ouvrière agricole, première ouvrière agricole.
Vous sentez encore ce mépris de classe à l'Assemblée nationale, vous-même, vous en aviez parlé au moment où un député de la majorité, me semble-t-il, vous avait traité de poissonnière, vous avez fait du judo derrière en allant passer une journée avec une poissonnière dans le Morbihan. Mais vous sentez encore ce mépris de classe aujourd'hui dans les bancs de l'Assemblée ? On va dire qu'il est un peu moins fort,
notamment parce que maintenant, ils ont un peu peur de nous, parce qu'ils savent, notamment, que nous avons une grande force populaire derrière nous que nous avons construite. Donc on va dire qu'ils ont un peu ravalé leur mépris. Je rappelle qu'à l'époque, ils appelaient certaines des députés, Caroline Fiat, député BAC-2, Jean-Hugues Ratenon, qui était au RSA Activité avant de devenir député, il l'appelait un député qui ne dénonçait pas la misère, mais en vivait. Et donc, moi, je suis fière de montrer que tout le monde peut faire de la politique, et même bien mieux que celles et ceux qui y sont prédestinés. Et donc, quand je vous disais que moi, je ne rêve pas d'avoir je ne sais quel poste, moi, je rêve de changer la société. Parce qu'au départ, lorsque vous vous engagez en politique, ou en association, ou dans un syndicat, moi, en tout cas, c'est arrivé avec une grande colère. Moi, je ne supporte pas que nous sommes le septième puissance économique au monde, et que nous ayons autant de personnes qui se trouvent sous le seuil de pauvreté, avec une explosion du nombre d'enfants à la rue, avec 34 enfants qui sont morts de la rue en 2024, et je considère que c'est une indignité pour notre République
et que cela peut être changé. Et je vois que, lorsque l'on parle de vous, c'est le combat politique qui revient immédiatement dans vos mots. Vous avez d'ailleurs cette image de connieuse qui joue avec les mots au but, des mots qui claquent, qui explosent. Est-ce que vous souffrez de l'image de dureté que vous renvoyez, ou que certains vous renvoient ?
Est-ce que j'en souffre ? Je pense que ça m'aide plutôt dans ma vie politique. On va dire qu'il y a une certaine crainte, aussi, d'adversaires politiques qui m'aident plutôt. Et je considère que je n'accorde pas énormément de valeur à la manière dont mes adversaires politiques me considèrent. Même de la boxe en privé, je le redis.
C'est un point commun avec Edouard Philippe. Une dernière question,
puisque l'on parle de vous. Jordan Bardella s'est affiché avec sa compagne dans Paris Match. Gabriel Attal se confie sur son compagnon dans un livre. Et Marine Tondelier a posé en une du magazine Elle pour évoquer sa grossesse et les difficultés qui y sont liées. Si vous deviez figurer en une de ces magazines, qu'est-ce que vous diriez de vous ?
Je pense que ce n'est pas très intéressant. Je n'ai pas du tout envie de me mettre en scène, comme le fait par exemple Jordan Bardella avec autocratie des dos bourbons qui reviendraient. Moi, ce que j'ai envie qu'on retienne de moi, c'est le combat qui est utile pour un peuple. Moi, j'ai envie de faire en sorte que la vie des gens, elle change. Et je crois que de savoir si j'aime le violet, le rouge ou le vert n'a peu d'importance. Et que la question qui est posée, c'est y compris de savoir comment est-ce qu'à partir d'expériences individuelles, on peut politiser des choses et non pas juste de se mettre en scène, comme le fait par exemple l'extrême droite aujourd'hui pour paraître sympathique, ce qu'elle n'est toujours pas, malgré les cravates et autres.
Mathilde Pannot, comme à chaque invité, nous avons demandé aujourd'hui de venir avec ce qu'on appelle une carte blanche, un sujet sur lequel on vous entend un peu moins. Qu'est-ce que vous avez choisi aujourd'hui ?
Alors, moi, j'ai choisi de lancer une alerte aujourd'hui dans votre émission parce que nous sommes déjà en France le pays avec le plus haut taux de cancer du sein au monde. Nous avons aux Antilles, notamment du fait du chlordécone, le plus fort taux de cancer de la prostate au monde. Nous avons une explosion du nombre de cancers dans notre pays, notamment chez les jeunes. Je rappelle que c'est 2500 enfants qui sont diagnostiqués chaque année avec un cancer, dont 450 vont mourir chaque année. Et moi, là où je veux lancer une alerte, c'est que cette situation va encore empirer, puisqu'à partir de vendredi 1er mai, scandale démocratique absolu, l'accord de libre-change avec le Mercosur va s'appliquer provisoirement, ce qui veut dire que sans aucun vote, ni du Parlement européen, ni du Parlement français, vont arriver des centaines de pesticides qui sont interdits en Europe.
Malgré le veto de la France, donc.
Oui, mais elle aurait pu... Elle pourrait décider qu'on ait un territoire hors Mercosur, enfin, essayer de faire des choses qui protègent...
On ne va pas sortir de l'Europe. La Commission européenne a décidé qu'elle allait s'appliquer provisoirement.
Excusez-moi, mais Emmanuel Macron, ça fait combien d'années que le Mercosur est négocié ? Ça fait 25 ans. Oui, voilà. Emmanuel Macron, depuis 10 ans, qu'est-ce qu'il a fait pour empêcher la négociation du Mercosur ?
Le fait est que la France s'y est opposée à la France.
Mais attendez, il y a une deuxième chose qui va s'ajouter à cela, c'est que il y a en ce moment quelque chose qui s'appelle le paquet omnibus, donc il y a un truc qui ne veut absolument rien dire, mais où la Commission européenne essaye d'autoriser des pesticides et des biocides sans limitation de temps, donc même sans réévaluation, ce qui est dénoncé aujourd'hui par 2300 médecins européens. Donc moi, je veux lancer l'alerte, tout le monde l'a compris lors de la loi Duplon, qu'il y avait un système politique qui nous rendait malades et je le dis, dans l'élection présidentielle, nous nous voulons rompre avec un système qui nous rend aujourd'hui malades et notamment redonner les moyens à la recherche et au système de santé. Il nous reste une minute
sur ce sujet. Comment concrètement, l'an prochain à la présidentielle, vous voulez rompre avec ce système ?
Par exemple, il y a la question de l'interdiction des pesticides de synthèse, vous avez vu le nombre de scandales qui se multiplient sur la question des PFAS, sur la question du cadmium, bref, il y a beaucoup de choses à faire et je le dis dans un moment où l'année dernière, nous nous sommes battus puisqu'il voulait enlever 15 millions d'euros, c'est François Bayrou qui l'avait décidé à l'époque à la recherche pédiatrique, il y a un gros enjeu sur la question du financement de la recherche et notamment de la question de l'hôpital public puisque, je le rappelle, le dernier projet de loi de financement de la sécurité sociale, c'est 4 milliards en moins et ils veulent encore en enlever 2 dans les coupes budgétaires qu'ils veulent faire.
Votre appel a été entendu aujourd'hui, Mathilde Panot, merci à vous. Abel Mestre, c'est à vous comme chaque semaine, vous interrogez notre invité sur une question qui fera débat à la prochaine présidentielle, vous avez choisi quoi aujourd'hui ?
La sécurité, c'est l'une des principales préoccupations des Français. Dans l'étude électorale d'Ipsos pour le monde, 85% des personnes interrogées estiment que c'est un sujet déterminant ou important. Lors de la campagne municipale, les candidats insoumis ont, pour la plupart, fait campagne sur le désarmement des polices municipales. On voit à Saint-Denis que Badi Bagayoko, lui, dit qu'ils resteront armés. Alors, il y a des conditions, il dit que ce n'est pas dans l'espace public, etc. Mais est-ce que c'est un recul ? Est-ce que c'était une promesse en l'air et qu'en fait, une fois arrivé au pouvoir, on voit que c'est plus compliqué à appliquer ? Non, ce n'est pas un recul parce qu'il l'a dit, il n'avance pas à pas et notamment en disant qu'il faut redéfinir la doctrine. Mais je vais vous dire, dans un an, il y a une élection présidentielle et nous, nous portons le fait que ne dépendent pas des communes et donc d'une inégalité territoriale entre les habitants, le fait qu'il y ait des polices municipales. Et nous, nous voulons revenir à la police de proximité qui avait été supprimée sous Sarkozy, qui était une police qui fonctionnait extrêmement bien et qui, notamment, faisait de la prévention. Donc, nous, c'est le but de ce que nous nous fixions en 2027. Et je veux quand même insister sur un point, c'est que vous parliez de premières préoccupations parmi les premières. Parce que quand on regarde, par exemple, l'étude d'il y a deux semaines de l'Ipsos, le baromètre, il y a pouvoir d'achat et système social en deux premières préoccupations. Et moi, je veux insister dessus parce que ça, c'est une insécurité dont l'extrême droite, CNews et autres ne parlent jamais. C'est l'insécurité face à des services publics qui sont délabrés. C'est l'insécurité sur les violences sexistes et sexuelles qui sont faites aux femmes et aux enfants. C'est l'insécurité face aux agressions racistes dont je parlais tout à l'heure. C'est l'insécurité face à une école délabrée. Eh bien, cette insécurité-là, la première des sécurités, c'est la sécurité sociale et nous, nous voulons la protéger. Alors, juste sur l'insécurité, alors, entendu sur la délinquance et la criminalité, Laurent Nouniez va soumettre au vote à la rentrée, le ministre de l'Intérieur, un nouveau projet de loi intitulé RIPOST. Alors, c'est un acronyme, je le développe pour les auditeurs et les téléspectateurs. Réponse immédiate contre les phénomènes troublant l'ordre public et la tranquillité de nos concitoyens. Il prévoit notamment, il y a beaucoup de mesures, mais entre autres un renforcement des dispositifs contre la détention de mortiers d'artifices, la création de nouveaux délits contre la consommation de protoxyde d'azote, un rehaussement de l'amende forfaitaire délictuelle pour usage de suppléfiants. Est-ce que votre groupe le votera ? Non, mais je vais vous dire, on continue avec de la communication et de la gesticulation à tout va, dans le même style que Rotailleau faisait le cow-boy de contrefaçon, où on est dans une surenchère permanente, qui mène à un échec permanent. Et moi, je le dis, nous nous voulons des moyens, notamment pour les officiers de police judiciaire, qui sont ceux qui, justement, ont le temps d'enquêter. Et je le dis aussi, nous nous voulons refonder la police et la justice en leur donnant les moyens et en recréant un lien de confiance avec les habitants et les habitantes. Justement, tous ces points sont développés assez largement dans un livret thématique, qui avait été salué à l'époque, y compris par des spécialistes de la sécurité, comme étant un des meilleurs programmes sur la sécurité. Conséquent, ça fait 28 pages, ça complète l'Avenir en commun, qui est le nom du programme de la France Insoumise. Vous parlez beaucoup dans ce livret, justement, de la refonte de la police et du renforcement de la police judiciaire, mais le narcotrafic n'y est qu'à bas. Vous l'avez abordé de façon incidente et même à peine vraiment évoquée. Pourquoi cette lacune ? Alors, je ne sais pas exactement vous dire pour 2022, mais peut-être parce qu'au fur et à mesure que nous avançons, notamment à l'Assemblée, nous mettons à jour, et nous avons d'ailleurs un document que chacun et chacune peut consulter, qui est justement la manière dont nous, nous lutterions contre la criminalité organisée sur ce qu'on appelle le narcotrafic. Notamment par la légalisation du cannabis. Il y a la légalisation du cannabis, il y a la question, là encore, des moyens d'enquête, de revenir sur un certain nombre de réformes qui ont été faites, qui ont justement privé la police judiciaire de pouvoir enquêter sérieusement et donc d'attaquer le haut du spectre. Et donc, je crois que nous avons avancé sur ces questions-là et que vous le retrouverez dans le programme de 2027. Est-ce que vous regrettez, justement, sur ce sujet, de vous être opposée à la loi narcotrafic ? Non, pas du tout. Qui était, par ailleurs, saluée par beaucoup de juristes. Je ne parle même pas de politique. De juristes comme allons dans le bon sens. Non, pas du tout, parce que, encore une fois, c'est, quand je disais, coup de com' et gesticulation, vous vous rappelez des opérations place nette qui ont été menées. Ces opérations, on n'en a jamais fait le bilan. Mais le bilan est nul. Nul, on en a mis. Oui, ça ne servait absolument à rien. Et donc, encore une fois, s'attaquer au bas de la chaîne et donc aller poursuivre... Quand vous parlez, je me rappelle, de 2022, par exemple, des policiers qui nous disaient, nous, on passe un temps conséquent de notre temps de police à aller poursuivre des guetteurs ou des petits bras du narcotrafic. Et on ne passe pas notre temps, justement, à aller démanteler d'où vient l'argent, où va l'argent, bref, de faire en sorte de pouvoir démanteler vraiment les risques. Justement, dernière question sur ce sujet. Vous parlez des syndicats de policiers. Les relations entre vous et la plupart des syndicats de policiers sont extrêmement tendues, voire encore plus. Si vous arrivez au pouvoir en 2027, comment vous allez faire pour faire appliquer une politique de sécurité insoumise ? Eh bien, nous, nous allons réaffirmer que la police est républicaine. Et une police républicaine est au service de la population, c'est un service public. Et donc, je le dis, lorsque nous sommes intransigeants à la fois sur les questions des violences policières, avec des méthodes qui peuvent être mises en place, par exemple le fait de mettre fin au contrôle faciès, notamment avec un récipicé, bref, de respecter le lien de confiance et de recréer un lien de confiance entre police et population, c'est ça qui permettra justement à la police de mieux faire son travail. Et par exemple, en Espagne, vous avez des réunions dans lesquelles les habitants vont directement évaluer les policiers, ce qui crée un autre rapport. Et je vous assure que c'est plus facile d'avoir des informations, notamment de la part de la population et de l'aide de la population, lorsque vous êtes bien vu et lorsque vous restez dans une doctrine qui est une doctrine républicaine. Mathilde Panot, on arrive
déjà aux deux dernières minutes de cette émission et comme d'habitude, on termine avec un petit jeu, un vrai-faux, questions courtes, réponses courtes. Vous êtes prêtes ? Allez-y. 2027 sera la dernière campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon.
Vrai ou faux ? Nous choisirons notre candidat en temps voulu. Vrai ou faux ?
Vrai ou faux ? Il y en aurait une autre derrière ou pas ?
Ah non, de Jean-Luc Mélenchon. Je peux répondre vrai, si vous voulez, mais nous
choisirons en temps voulu. Jean-Luc Mélenchon a déjà choisi son dauphin, post-2027, et ça sera vous, Mathilde Panot. Non, faux. On fonctionne en collectif, ça ne marche pas comme ça.
Au second tour l'an prochain... Jean-Luc Mélenchon gagnera 2027, ce qui
aidera à beaucoup de choses. Au second tour l'an prochain, Marine Le Pen serait plus difficile à battre pour vous que Jordan Bardella.
Faux. Il y a des différences de lignes très fortes entre les deux et je crois que Jordan Bardella a montré à de nombreuses reprises que parfois il n'était pas très fort en débat, mais nous vaincrons l'extrême droite, quelle que soit son reprise.
En temps. François Hollande a été un meilleur président
qu'Emmanuel Macron. Faux. Non, on ne compare pas entre quelqu'un qui n'a même pas pu se représenter et qui portait, par exemple, la déchéance de nationalité, ce qui reste une tâche
sur son CV. Raphaël Glucksmann est de gauche.
Faux. Quand on regarde en ce moment avec qui il tente de construire des choses, on voit bien qu'il veut construire des choses avec des macronistes et nous disons souvent de Raphaël Glucksmann que c'est l'autre
Macron. Merci beaucoup Mathilde Panot, salariée de ce jeu et de cette émission. Merci d'avoir répondu à nos questions politiques. Merci aussi à vous, Nella Latrousse. Merci à Belmestre de m'avoir accompagnée. Merci à Charline Legris aussi et Marius Serriès pour la préparation. Merci enfin à vous, auditeurs, téléspectateurs, pour votre fidélité. Bon dimanche à vous et vive la politique.
Mathilde Panot