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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 23 octobre 2025 9 min

"Suspension", "décalage"… à quoi joue l’exécutif sur les retraites ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

C'est sur ce budget déjà explosif qu'E.Macron a allumé une étincelle. La réforme des retraites ne serait peut-être pas suspendue mais décalée.

S.Lecornu en est venu lui-même à recadrer le président de la République. - Habituellement, il ne s'exprime jamais sur les sujets nationaux lorsqu'il est à l'étranger.

Interrogé sur la réforme des retraites hier en Slovénie, le président n'a pas pu s'en empêcher. - E.Macron: Le Premier ministre a fait un choix pour apaiser le débat actuel qui a consisté à proposer le décalage d'une échéance.

Ce n'est ni l'abrogation ni la suspension. C'est le décalage d'une échéance, celle des 63 ans au 1er janvier 2027, qu'il a décalée au 1er janvier 2028, avec un financement par des économies. - Simple décalage ou vraie suspension?

Le président sème le doute et met son Premier ministre dans l'embarras à l'Assemblée. - M.Le Pen: Monsieur le Premier ministre, la suspension de la réforme des retraites avec laquelle vous avez acheté la non-censure du PS ressemble de plus en plus à une fausse promesse. - Le Premier ministre se veut rassurant. - S.Lecornu: La suspension, c'est bien la suspension des 2 mesures, âge et nombre de trimestres.

J'entends les attaques dont nous faisons l'objet sur notre bonne foi. Le conseil d'Etat a été saisi cette nuit d'une lettre rectificative et un Conseil des ministres aura lieu jeudi matin pour l'adopter. J'avais pris un engagement, que le débat puisse avoir lieu.

Il aura lieu, comme le veut la démocratie et le fonctionnement de l'Assemblée nationale et du Sénat! - Le PS applaudit, soulagé. - B.Vallaud: J'ai interrogé le Premier ministre sur les suites qu'il comptait donner à l'engagement qu'il a pris devant la représentation nationale d'une suspension de la réforme des retraites.

Il m'a d'abord, en dépit de ce que peut dire le président de la République, confirmé qu'il s'agissait bien d'une suspension intégrale, qui concernera 3,5 millions de Français. - Une victoire pour la gauche qui compense une défaite, celle de la taxe Zucman, rejetée lors de l'examen du budget 2026 par la commission des finances. - E.Coquerel: Qui est pour?

Qui est contre? Rejeté. - Depuis lundi, la commission examine la copie du gouvernement et pas moins de 1500 amendements.

Mais déjà, de nombreuses mesures ont été retoquées, comme la fin de l'abattement fiscal des retraités, censé générer de nombreuses économies. Les députés ont également repoussé la suppression d'avantages fiscaux pour les biocarburants et ont proposé de réduire l'impôt des sociétés et des PME. De quoi faire grimper la note au lieu de la réduire. - Ca fait 2 heures qu'on débat.

On est déjà à plus de 10 milliards d'euros de demandes de dépenses en plus. Il faut qu'on fasse attention aux finances publiques. J'appelle chacun et chacune à la responsabilité. - Mais ces amendements devront être confirmés dans l'Hémicycle dès ce vendredi.

Les députés repartiront de la copie initiale du gouvernement avec toujours le même objectif: 30 milliards d'euros d'économies et un déficit public à 4,7 % du PIB. Un jeu d'équilibre économique et politique. Les partis maintiennent la pression, comme Les Républicains ce matin. ...

Les élus ont jusqu'au 23 décembre pour se mettre d'accord sur le budget. En cas de blocage, le gouvernement pourrait passer par ordonnance. - A.Casse: Il est fort, C.Barbier, ce coup de colère qu'on vient de voir. - C.Barbier: Ca part un peu en vrille.

C'est le rôle de ces débats en commission. Il y a un peu de mou qui a été laissé par le Premier ministre. 4,4 %, c'était le déficit que visait F.Bayrou. 4,7 %, c'est celui qu'espère S.Lecornu, tout en disant qu'il ne faut pas dépasser 5 %, mais qu'il y a une petite marge.

Les socialistes ont dit que 5 %, pour eux, c'était une base de départ. Les agences de notation ne vont pas aimer cela. Comme il n'y a pas une main ferme qui tient ces débats, comme il n'y a pas de majorité, on a tendance à dire non à tout ce qui fait souffrir les Français pour faire des recettes et oui à tout ce qui est dépenses. - A.Casse: Question. - C.Michel-Aguirre: Je me souviens, il y a une semaine, jour pour jour, j'étais sur ce plateau et je m'interrogeais à haute voix sur le degré de sincérité d'E.Macron quand il disait qu'il avait laissé carte blanche à S.Lecornu pour son budget et sur la marge de manoeuvre du même Lecornu pour suspendre réellement la réforme des retraites.

On a un peu la réponse, aujourd'hui. On sait qu'E.Macron avait fait de cette réforme des retraites, a fait de cette réforme la ligne rouge absolue...

C'est la seule chose marquante de son bilan qu'il veut conserver. Mais face à l'obstacle d'une possible censure de S.Lecornu, si jamais la semaine dernière, le PS avait voté la motion de censure...

Elle est loin d'être actée, cette réforme des retraites. D'autre part, on ne sait pas jusqu'à quel point S.Lecornu, qui a promis de ne pas utiliser le 49-3, ne le fera pas.

On est encore dans un jeu de dupes. On ne sait pas qui dit vrai. C'est comme au poker.

Chacun avance ses cartes. - A.Casse: Quand vous dites "jeu de dupes", vous sous-entendez que ça peut être de l'enfumage? - C.Michel-Aguirre: Je l'ai dit poliment.

S.Lecornu a dit "je m'engage à ne pas faire le 49-3", mais rien ne l'en empêche. C'est une construction en cours, on l'espère, d'un budget à l'Assemblée nationale.

Par ailleurs, la promesse de S.Lecornu...

C'est un peu une manière de le présenter, de décaler, de repousser, de suspendre cette réforme des retraites...

C'est conditionné au fait d'avoir un montant d'économie en face équivalent à son coût. Comme disait Gaëlle il y a 2 minutes, ça veut dire moins de remboursement sur les médicaments, plus de reste à charge pour les patients...

Il y aura un coût. - A.Casse: Restons sur ce face-à-face entre S.Lecornu et E.Macron.

C'est tout sauf anodin. Quand E.Macron est à l'étranger, en général, il refuse de répondre aux questions de politique intérieure.

Pourquoi a-t-il rompu cette règle hier? - C.Barbier: C'est une stratégie.

C'est la 2e fois en quelques jours. A Charm el-Cheikh, en Egypte, il avait lancé une pique contre les oppositions. Là, il vise son Premier ministre.

C'est une stratégie. Il y a 2 choses dont il veut reprendre le contrôle. D'abord, la gestion du bilan du macronisme.

Tout le monde a abjuré le macronisme. La réforme des retraites est un des derniers piliers du macronisme. E.Macron a toujours eu des difficultés avec ses Premiers ministres, sauf avec J.Castex.

A chaque fois, il nomme et il voudrait commander, piloter... - A.Casse: Vous prêtez des ambitions présidentielles à S.Lecornu? - C.Barbier: Ce n'était pas un présidentiable, J.Castex.

S.Lecornu, il lui échappe. Pour durer, il a bien dû faire des concessions au PS.

S.Lecornu gère un équilibre politique qui penche à gauche, qui l'oblige à jeter à la rivière des morceaux entiers du macronisme. Pour sauver la fin de mandat de Macron, il liquide le macronisme.

E.Macron voudrait sauver les deux. Décalage ou suspension, c'est la même chose.

Si vous suspendez et que vous confirmez cette suspension, l'année prochaine, tout se décale.

"Suspension", "décalage"… à quoi joue l’exécutif sur les retraites ? — Emmanuel Macron · Pourquijevote