Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewC à vous (sur YouTube)· 30 septembre 2024 12 min

2027 : Marine Le Pen risque-t-elle l’inéligibilité ? - C à Vous - 30/09/2024

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Un mot sur une de ces juges. L'audience est présidée par une magistrate minutieuse. Elle a raconté dans un podcast comment, il y a une vingtaine d'années, alors qu'elle était consultante chez Ernst & Young, elle a décidé de changer de vie à 37 ans en regardant E.Joly à la télévision.

Pas sûr que ce soit de nature à rassurer M.Le Pen. - A.-E.Lemoine: Un procès avec de tels enjeux politiques, ça pourrait peser sur la décision des juges? - T.Berteloot: Les seuls qui en font un procès politique, c'est le RN.

Les juges n'ont pas à décider ou à se faire influencer par l'extérieur. Ce serait un problème. Je ne crois pas que cet argument va peser dans leur décision.

Je n'espère pas. - A.-E.Lemoine: En tout cas, cette affaire est la plus menaçante de sa carrière politique.

C'est la raison pour laquelle on peut douter de la sérénité qu'elle affichait aujourd'hui. - T.Berteloot: C'est intéressant de voir M.Le Pen arriver au tribunal en affichant une grande sérénité.

Tout au long de l'instruction, elle a refusé de se rendre aux convocations des juges. Elle a tout fait pour ralentir le process. Les avocats ont multiplié les recours, recours en annulation... - P.Cohen: Le RN a freiné en permanence. - T.Berteloot: Tout à fait.

A chaque fois, ils trouvent dans le calendrier quelque chose qui fait qu'on attaque le RN aujourd'hui parce qu'il y a une échéance électorale à venir...

A un moment donné, ils se demandaient s'ils allaient le juger avant ou après le MoDem. Ils ont ralenti la procédure. - A.-E.Lemoine: Elle a décidé d'être là tous les jours possibles à cette audience et de répondre à toutes les questions qu'on voudra bien lui poser.

Elle va le commenter au jour le jour? - T.Berteloot: Je ne sais pas.

Une fois sortie de la salle d'audience, elle ne commente rien. Elle est arrivée tout à l'heure avec cet air un peu grave en disant qu'elle était sereine. Quand elle a été appelée par la juge à la barre, elle a marché d'un pas lent et important.

C'était la personne importante. Elle était au 1er rang des prévenus. A côté d'elle, C.Griset, qui a été pendant des années rémunérée par le Parlement européen comme assistante accréditée à Bruxelles, un endroit où elle n'a pas mis un orteil plus de 12 heures en plusieurs années.

A sa droite, N.Crochet, le tiers payant qui faisait les contrats. On voyait les petits clans dans les prévenus, ceux qui étaient à l'arrière et ceux qui allaient plus parler. - A.-E.Lemoine: C'est le fonctionnement du parti qui est mis en cause.

Le FN s'est dopé, selon vous, à l'argent public. Il y a des éléments sérieux pour l'incriminer? - T.Berteloot: Ce que j'essaie d'expliquer dans mon livre, c'est que pendant des années, le FN, devenu le RN, s'est dopé à l'argent public.

Il s'est servi sur la bête. Il a été longtemps lourdement endetté. Il vivait au-dessus de ses moyens.

A un moment, les finances sont catastrophiques. W.de Saint-Just écrit à M.Le Pen en disant: "On ne peut pas s'en sortir si on ne fait pas d'économies sur le Parlement européen." - A.-E.Lemoine: Sur le dos du Parlement européen... - T.Berteloot: Il se retrouve avec 23 eurodéputés, avec un parti endetté et 23 eurodéputés qui ont des enveloppes mensuelles de 21 000 euros pour prendre des assistants.

Le RN, maintenant, s'invente une réécriture du Parlement européen, un peu comme quelqu'un qui viendrait jouer au "Monopoly" et qui déciderait des règles tout seul. - A.-E.Lemoine: Ils disent qu'on peut avoir un rôle même loin de Bruxelles.

Ca tient? - P.Cohen: Ce n'est pas dans le règlement européen. - T.Berteloot: Ce n'est pas du tout dans le règlement, créé en 2009, qui est assez précis.

Avant ça, c'était un peu l'anarchie. Après ça, c'était compliqué de détourner les règles. Mais c'était déjà en place quand J.-M.Le Pen était à la tête du FN.

Il faisait payer par le Parlement européen ses majordomes, son garde du corps... - A.-E.Lemoine: Un compromis aurait pu être possible avec l'UE en échange d'un remboursement.

C'est même presque la règle, d'arriver à un compromis. Le RN n'en a jamais voulu. - T.Berteloot: M.Le Pen a remboursé ce que le Parlement européen lui demandait.

Là, on arrive sur le volet judiciaire. Elle risque une peine d'amende énorme, comme d'autres, et une peine d'inéligibilité. Le RN a une relation avec les institutions et avec d'autres choses qui représentent la démocratie...

C'est un parti d'extrême droite. Il les voit comme des ennemis. La machine qui se met en route avec le lancement de l'enquête par M.Schulz, ça devient quelque chose qu'il faut arrêter.

Ils auraient pu discuter avec le Parlement, qui est plutôt conciliant, surtout avec les eurodéputés en début de mandat. "On s'est trompés, on va rembourser." Mais non, ils ont continué et ils ont créé un énorme système.

Charles Van Houtte distribuait l'argent sur les enveloppes à mesure qu'elles étaient disponibles. Ils ont aussi créé des faux. On va peut-être parler des faux de J.Bardella.

J'ai découvert que F.Philippot avait demandé à des gens de son équipe de créer un faux rapport pour une de ses assistantes. On a découvert que c'était 52 pages de copier-coller de Wikipédia qui n'existaient pas au moment où... - P.Cohen: Le système de défense de tous les assistants, c'est de dire qu'ils communiquaient par téléphone et qu'ils faisaient des revues de presse.

Le téléphone ne laisse pas de traces. - A.-E.Lemoine: J.Bardella n'est pas jugé.

Vous affirmez qu'il aurait produit de fausses preuves afin de justifier son emploi d'assistant parlementaire auprès d'un député européen. Le président du RN parle de fausses accusations et dénonce une tentative de déstabilisation. Que lui répondez-vous?

Pourquoi il est passé entre les mailles du filet? - T.Berteloot: Quand on sort une enquête sur le RN, c'est toujours la même défense.

D'abord, c'est une tentative de manipulation politique, avant une échéance électorale, quelqu'un qui veut leur faire du mal...

Ensuite, on essaie de descendre le journaliste ou son journal en disant que c'est un journaliste militant, un journal de gauche. Ensuite, on menace de porter plainte. Les plaintes arrivent rarement.

J.Bardella a participé à la fabrication de fausses preuves de travail. Il n'a jamais été entendu par la police ni par les juges, mais, en 2018, arrive dans le dossier un document fourni par le conseil du Parlement européen, P.Maisonneuve, qui répertorie tous les assistants parlementaires qui ont eu des activités incompatibles avec l'activité d'assistant parlementaire.

Apparaît pour la 1re fois le nom de J.Bardella pour un montant de plus de 10 000 euros qui correspond à son mi-temps. Cette équipe commence à paniquer.

Ils savent qu'il va falloir s'expliquer. Le patron demande à ses équipes de fabriquer des faux. J.-F.Jalkh commande le montage du dossier de J.Bardella à un stagiaire.

C'est écrit comme ça dans le mail. Il l'envoie sur un logiciel de fabrication de revues de presse, qui sera ensuite annoté de la main de J.Bardella.

Quand J.-F.Jalkh, l'eurodéputé, est entendu devant les juges en 2021, on lui demande s'il a des preuves de travail de son ancien assistant parlementaire.

Il répond qu'il a des revues de presse annotées de sa main. On a découvert que ces revues de presse étaient antidatées et qu'on avait enlevé au blanco le copyright de l'impression. Il y a aussi un document un peu plus grave, un calendrier 2015 qui a été acheté en 2018.

On a retrouvé le bon de commande. Il a été livré étonnamment au siège du FN de l'époque, avec l'écriture de J.Bardella.

Il a changé de version. Il dit maintenant que ça ressemble à son écriture mais que ce n'est pas la sienne, comme si un faussaire professionnel avait recopié sans aucun problème l'écriture de J.Bardella sur 12 pages d'agenda.

Ca ne tient pas, évidemment. Nous avons des témoignages recoupés... - A.-E.Lemoine: Si les enquêteurs ne se sont pas intéressés à lui, c'est parce qu'ils n'ont pas étudié tous les cas. - T.Berteloot: J.Bardella arrive très tard dans le dossier, même si on a parlé de lui au cours de l'enquête plusieurs fois.

Son eurodéputé n'est entendu qu'en 2021. C'est le dernier eurodéputé mis en examen. Le dossier est déjà énorme. "J.Bardella, 4 mois de contrat, 10 000 euros, on va s'arrêter là." - E.Tran Nguyen: L'autre absent, c'est J.-M.Le Pen.

Une expertise médicale a déterminé que le fondateur du FN n'était pas en état d'être jugé pour raisons de santé. Mediapart a publié une vidéo datant de samedi où J.-M.Le Pen chante en compagnie de musiciens d'un groupe néonazi. - ELLE AIME A RIRE, ELLE AIME A BOIRE. - E.Tran Nguyen: M.Le Pen a appris les faits par Mediapart.

Elle va porter plainte pour abus de faiblesse. Elle estime que les musiciens ont profité de l'état de faiblesse de son père. Comment avez-vous réagi en voyant cette vidéo?

Ca peut remettre en cause son absence au procès? - T.Berteloot: Je ne sais pas.

Je ne suis pas médecin. Je ne peux pas juger de la santé de J.-M.Le Pen.

Je l'ai vu pour la dernière fois en 2022, pour le soir du 2d tour de la présidentielle. J.-M.Le Pen et ses proches avaient bizarrement invité la presse à venir regarder ce qui allait se passer dans cette soirée.

En voyant cette vidéo, je vois des proches de J.-M.Le Pen qui sont là assez régulièrement.