Ormuz : et maintenant, Trump bloque le détroit… - C dans l’air - 13.04.2026
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 99 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:07OuverteRéponse directe
Blocus militaire du détroit d'Ormuz? Blocus quoi?
- 4:17OuverteRéponse directe
Selon le Wall Street Journal, une quinzaine de navires de guerre américains sont en charge de ce blocus.
- 4:56RelanceRéponse partielle
La version Trump de ce blocus, c'est: "Tout navire qui tenterait de passer sera éliminé"?
- 5:39RelanceRéponse directe
On précise que le blocus du détroit par les États-Unis est jugé illégal par l'OMI. Ce que faisaient les Iraniens était-il illégal?
- 7:48OuverteRéponse directe
Les Iraniens ont réagi au blocus américain. Ça veut dire quoi?
- 8:33RelanceRéponse directe
D.Trump n'a visiblement pas anticipé les conséquences d'un blocage du détroit d'Ormuz. Il se retrouve à bloquer lui-même le détroit.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:39C.RouxFait
« Depuis 16h, officiellement, le détroit d'Ormuz est donc fermé. Le président américain a annoncé un blocus en représailles à l'échec des négociations. »
- 2:07Gal J.-P.PerrucheFait
« C'est une réponse à la question que vous avez présentée dans votre introduction. La volonté était de libérer le trafic du détroit d'Ormuz. Le 1er mode d'action qui est venu à l'idée de D.Trump est de le bloquer. »
- 3:34Gal J.-P.PerrucheFait
« Il faut commencer par donner confiance. C'est peut-être le sens de ces 2 bateaux de guerre américains qui sont passés dans le blocus, pour dire que le minage n'est pas aussi grave qu'on le pense et que le passage est possible. »
- 4:56A.PirotFait
« La déclaration peut paraître d'autant plus surprenante parce qu'il fait la comparaison avec les destructions de bateaux qui sont organisées par le Venezuela. Détruire un navire avec du pétrole ou des produits inflammables, ça surprend. »
- 5:39C.RouxFait
« On précise que le blocus du détroit par les États-Unis est jugé illégal par le secrétaire général de l'Organisation mondiale maritime internationale. Ce que faisaient les Iraniens était illégal. »
- 6:19M.PirzadehFait
« D.Trump répond aux Iraniens et essaye de les attaquer au portefeuille. Les eaux sont peu profondes, sauf autour de l'île de Kharg, l'île pétrolière de l'Iran qui rapporte une grande partie des richesses à la République islamique, où l'eau est très profonde. »
- 7:04M.PirzadehChiffre
« Dans cette guerre, il y a 3 pays, la Russie, Oman et l'Iran, qui continuent à commercer du pétrole. L'Iran s'est enrichi à hauteur de plusieurs milliards de dollars. C'est toute l'incohérence de ce qui se passe. »
- 7:48M.PirzadehChiffre
« Depuis 45 jours, je me demande pourquoi on n'a pas tapé plus tôt au portefeuille les Gardiens de la révolution. Là, c'est du racket, en fait. Demander 2 millions de dollars par tanker qui passe, c'est de la piraterie comme on en voit ailleurs sur le globe. »
- 8:33C.RouxFait
« D.Trump n'a visiblement pas totalement anticipé les conséquences que pouvait avoir un blocage du détroit d'Ormuz. Il se retrouve à bloquer lui-même le détroit. »
- 9:10Gal J.-P.PerrucheFait
« C'est ce que vous disiez tout à l'heure. En cherchant à libérer les accès d'Ormuz pour tout le monde, son 1er mode d'action est de dire qu'il va les bloquer. On est engagés dans une confrontation. C'est d'abord une guerre informationnelle. »
- 11:23P.DessertineChiffre
« Il y a à peu près 2000 navires en attente. Il y a presque 200 pétroliers en attente. Aucun assureur ne va dire "on y va", quand bien même c'est ouvert. On attend. »
- 12:06P.DessertineFait
« Les midterms se rapprochent, et le prix à la pompe, ça devient quelque chose que D.Trump regarde beaucoup plus que le coût direct des opérations sur le territoire. »
- 13:33A.PirotFait
« Il n'y a jamais eu autant de transport de munitions depuis 24 heures par pont aérien depuis les États-Unis dans le Moyen-Orient. »
- 14:17C.RouxFait
« Le chef de l'agence maritime de l'ONU estime qu'aucun pays n'a le droit de bloquer la navigation dans le détroit d'Ormuz. Pourtant, les États-Unis, depuis 16h, ont officiellement bloqué tout le trafic maritime entrant et sortant des ports iraniens. »
- 14:54D.TrumpPromesse
« Nous allons mettre rapidement un blocus complet dans le détroit d'Ormuz. On ne va pas laisser l'Iran se faire de l'argent en vendant du pétrole à ceux qu'ils aiment et pas aux autres. »
- 15:38D.TrumpPromesse
« A 10h, un blocus entrera en vigueur. D'autres pays sont mobilisés pour que l'Iran ne puisse plus vendre de pétrole. »
- 16:59J.D.VanceFait
« Nous n'avons tout simplement pas réussi à faire accepter nos conditions. Nous avons fait preuve d'une grande souplesse. Nous nous sommes montrés conciliants. Nous n'avons pas réussi à faire avancer les choses. »
- 17:44D.TrumpFait
« J'ai dit à mon équipe: "Je veux tout. Je ne veux pas 90 % ou 95 %. Je veux 100 %." »
- 18:25C.RouxFait
« La moitié de ses importations de pétrole provient du Golfe. Alors, la menace de Trump de bloquer le passage pourrait la contraindre à exercer davantage de pression sur l'Iran. »
- 19:05C.RouxChiffre
« Depuis le début de la guerre, 58 barils de pétrole auraient quitté l'île de Kharg. Selon une société de renseignement maritime, plus de 90 % de cette cargaison était destiné à la Chine. »
- 21:17M.PirzadehFait
« Peut-être sur la levée des sanctions. C'est déjà un peu effectif avec le Trésor américain. La République islamique voulait une assurance qu'il n'y ait pas une nouvelle guerre lancée contre eux. »
- 21:55M.PirzadehFait
« Les 2 positions sont arrivées en force, avec pas du tout les mêmes exigences, pas du tout les mêmes points sur la feuille de route. »
- 22:38M.PirzadehFait
« Les Iraniens parlent de round. Dans la presse, ils se sont étonnés que J.D.Vance quitte si brutalement Islamabad. Ils pensent qu'il allait se reposer et revenir. »
- 23:16Gal J.-P.PerrucheFait
« Les États-Unis ne veulent pas reculer, sur les négociations. Sur le nucléaire, ils ne veulent pas bouger. Mais pour les Iraniens, ce serait une capitulation. Ils ne peuvent pas l'accepter. »
- 23:59Gal J.-P.PerrucheFait
« D.Trump a toujours agité la carotte et le bâton. Il renforce ses capacités. Il montre, en transportant de plus en plus de munitions, qu'il est prêt à reprendre les combats n'importe quand, que ce sera massif et douloureux. »
- 24:44P.DessertineFait
« La Chine souhaite être celle qui va permettre d'avoir un rôle d'apaisement dans ces tensions. La Chine perd beaucoup économiquement. La stratégie iranienne est claire. "Si ça continue, du point de vue du temps, vous allez avoir une crise mondiale." »
- 25:26P.DessertineFait
« Nous avons une industrie énergétique qui nous coûte extrêmement cher. Le commerce est très abîmé dans des zones où les Européens passent. »
- 26:09P.DessertineFait
« Derrière la menace qu'on évoque comme directe, il y a cet élément. L'Iran a tapé sur le pétrole, sur l'eau et sur les banques. Ils ont bombardé les banques. À un moment, le risque énorme serait qu'on passe en crise financière. »
- 26:53C.RouxFait
« Selon des sources citées par CNN, la Chine pourrait bientôt livrer des armes à l'Iran. »
- 28:17A.PirotChiffre
« La Chine produit aujourd'hui plus de la moitié de l'électricité, plus d'électricité que les États-Unis, le double... »
- 28:57M.PirzadehFait
« L'Iran continue de vendre son pétrole à la Chine et l'Inde. La Chine profite de la situation pour l'acheter à très bas prix. »
- 29:39M.PirzadehFait
« On parle d'une crise pétrolière et potentiellement d'une crise du kérosène d'ici 3 semaines. Ca va impacter le mode de vie des Européens. Mais il peut aussi y avoir une crise mondiale de l'alimentation, une crise agricole. »
- 30:23C.RouxFait
« Ca va durer? C'est un coup d'éclat à la Trump, le blocus contre le blocage, la menace de bloquer Ormuz pour mettre la pression sur l'économie iranienne? »
- 31:51Gal J.-P.PerrucheFait
« Oui, c'est pour faire monter la pression et montrer la capacité de nuisance de l'Iran. "N'oubliez pas que nous avons des proxys au Yémen capables de mettre le feu là-bas et vous empêcher de transiter." »
- 32:33Gal J.-P.PerrucheFait
« La capacité de nuisance des Iraniens n'est pas à comparer avec ce qui se passe à Ormuz. Les Houthis au Yémen ne sont pas les Iraniens en face. »
- 33:18C.RouxFait
« On aurait aussi pu penser qu'avec les moyens dont disposent nos marines, on allait voir ce qu'il en était de l'affaire du minage. »
- 34:03Gal J.-P.PerrucheFait
« Tout ça est une guerre informationnelle. On n'y croit ou pas. »
- 34:47A.PirotFait
« Les Iraniens ont enfermé D.Trump avec son opinion publique. On a l'impression que bon nombre de ces messages ne s'adressent pas à une réalité militaire mais à son opinion publique américaine pour essayer de la convaincre qu'il a gagné. »
- 35:31C.RouxFait
« En quoi le blocage du détroit lui donne une nouvelle carte? Ca met une pression supplémentaire sur les Iraniens? »
- 36:13M.PirzadehFait
« D.Trump n'a pas le bon logiciel. Quand on regarde les discussions à Oman et à Genève, il dit que l'aide arrive, mais finalement, il négocie... Au bout du 3e round, S.Witkoff dit que D.Trump ne comprend pas pourquoi ils ne capitulent pas. »
- 36:57M.PirzadehFait
« Elle menace de la même chose depuis 47 ans. Pour tenir sur la longueur, ils sont dans un mode de survie du régime. »
- 37:37Gal J.-P.PerrucheFait
« Il n'a pas atteint ses objectifs politiques. Il est en échec pas militairement, mais politiquement. »
- 38:19C.RouxChiffre
« Le coût de la guerre s'alourdit. La facture est évaluée à plusieurs milliards par le New York Times. »
- 39:03C.RouxChiffre
« L'estimation de 1 milliard de dollars par jour sera largement dépassée. »
- 39:40C.RouxChiffre
« D.Trump a demandé une rallonge au Congrès. En contrepartie, 76 milliards d'économies seront réalisées sur l'éducation, le logement, le social et la santé. »
- 40:20D.TrumpFait
« Ce n'est plus possible de financer les gardes d'enfants, Medicaid, Medicare... C'est aux États de le faire. On ne peut pas le faire au niveau fédéral. »
- 41:05C.RouxChiffre
« 1800 missiles Patriot ont été lancés dans le Golfe alors que les États n'en produiront que 700 en 2026. »
- 41:48C.RouxChiffre
« Le ministre de la Défense attend toujours ses missiles américains, facturés plusieurs centaines de millions de francs. »
- 42:33V.ZelenskyFait
« Je suis conscient que les défis sont importants. Sur le cas de l'Iran, le fait que nous ayons manqué de moyens de défense antiaérienne déjà utilisés au Proche-Orient, ce sont des défis. »
- 43:17Gal J.-P.PerrucheFait
« Dans l'immédiat, non. Les Américains, pour continuer leur pression sur les Iraniens, n'ont pas besoin de tirer avec la même cadence qui était celle du début de l'opération avec les Israéliens. »
- 43:55Gal J.-P.PerrucheFait
« Ils ne peuvent pas le régler. Ils vont mettre la pression un peu plus sur les Iraniens. On va passer à une phase de test. "Chiche, chiche, et maintenant..." »
- 45:23A.PirotFait
« La dernière fois qu'on mentionne autant de pertes d'avions, c'est le Vietnam. »
- 46:07A.PirotFait
« Ce n'est pas du tout la trace qu'il avait prévu de laisser dans l'opinion américaine. »
- 46:51P.DessertineFait
« On est typiquement dans ce que révélait l'Ukraine. On est dans des guerres asymétriques. Ils ne peuvent pas perdre la guerre parce qu'ils ont des technologies incroyables et des missiles extraordinaires. »
- 47:19P.DessertineFait
« À terme, il va y avoir un vrai problème d'opinion des taxpayers, qui vont dire: "On joue à quoi? On dépense des sommes astronomiques pour écraser un moustique." »
- 48:04D.TrumpFait
« Nous n'aimons pas un pape qui va dire que c'est acceptable d'avoir une arme nucléaire. »
- 48:47Léon XIVFait
« Je ne me considère pas comme un homme politique. Je ne veux pas entrer en débat avec lui. Je ne pense pas que le message de l'Évangile puisse être détourné comme certains le font. »
- 51:37J.D.VanceFait
« Je voulais adresser un message aux bureaucrates de Bruxelles qui ont tout fait pour écraser le peuple hongrois parce qu'ils n'aiment pas le dirigeant qui a vraiment défendu le peuple de Hongrie. »
- 53:48Gal J.-P.PerrucheFait
« C'est une bonne nouvelle pour l'Europe. L'Europe était très handicapée par la seule obstruction faite par Orban. »
- 54:27C.RouxFait
« Son successeur n'est pas très éloigné sur la question de l'Ukraine, sur la livraison d'armes, sur le fait qu'il ne souhaite pas que l'Ukraine rentre dans l'UE. »
- 55:12P.DessertineFait
« Le réveil européen est de plus en plus fort. Nous avons la guerre depuis 2022 avec la Russie qui bouleverse l'approche que l'on a vis-à-vis de l'UE. »
- 57:22A.PirotFait
« Le Qatar est contre et a dit que ce serait une erreur. Toutes leurs exportations se font par cette région. Ils n'y ont aucun intérêt. »
- 58:05C.RouxFait
« L'Arabie saoudite a renvoyé toutes ses exportations vers la mer Rouge et est plutôt silencieuse ces derniers temps. »
- 59:28Gal J.-P.PerrucheFait
« Imaginez qu'on tire sur un pétrolier. La pollution qui s'ensuivrait serait catastrophique. C'est exclu. »
- 1:00:12M.PirzadehChiffre
« Les exécutions n'ont jamais été aussi fortes. C'est du jamais-vu depuis 1989. Il y a plus de 100 % d'augmentation des exécutions. »
- 1:00:55A.PirotFait
« Comment réagira Pékin sur une manière illégale par rapport au droit international? En plus, il y a une visite annoncée de D.Trump à Pékin. »
- 1:01:40M.PirzadehFait
« C'est pas possible. Il n'y a que le langage de force qui va marcher. Les Iraniens ne veulent pas capituler, négocier. Ce serait un aveu de faiblesse pour eux. »
Temps de parole
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-Et toujours tenir hors de portée ... - C.Roux: Bonsoir. Bienvenue. Depuis 16h, officiellement, le détroit d'Ormuz est donc fermé. Le président américain a annoncé un blocus en représailles à l'échec des négociations. "Les navires qui approcheront du blocus seront immédiatement éliminés. Ce sera rapide et brutal." Déclaration de D.Trump. Téhéran refuse de s'engager sur la question du nucléaire militaire. Les Etats-Unis se retrouvent encore dans le piège d'Ormuz avec des interrogations. Comment libérer le trafic maritime alors que le pétrole est passé au-dessus des 100 dollars? Que vont faire les Chinois face à un blocus américain? Les combats pourraient-ils reprendre?
Avec nous pour en parler, le général J.-P.Perruche, général de corps d'armée, ancien directeur général de l'état-major de l'UE et ancien chef de la mission militaire auprès du commandement suprême allié de l'Otan en Europe. A.Pirot, vous êtes réalisateur, journaliste spécialiste des questions de défense et ancien correspondant en Israël. M.Pirzadeh, vous êtes rédactrice en chef à France 24 et ancienne correspondante à Téhéran. P.Dessertine, vous êtes économiste, professeur à l'université Paris Panthéon Sorbonne, et vous publiez
"L'Horizon des possibles". Merci à tous les 4 de participer à ce "C dans l'air" en direct. Depuis 16h, c'est fermé par les Américains, général? Blocus militaire du détroit d'Ormuz? Blocus quoi? - Gal J.-P.Perruche: C'est une réponse à la question que vous avez présentée dans votre introduction. La volonté était de libérer le trafic du détroit d'Ormuz. Le 1er mode d'action qui est venu à l'idée de D.Trump est de le bloquer. On est dans une confrontation où l'Iran a pris les 1res initiatives en démarrant ce blocage, et les Américains répondent en disant que c'est un peu l'arroseur arrosé. "Vous avez bloqué sélectivement.
Nous allons bloquer aussi, mais complémentairement." Plus personne ne pourra passer. Ca enfreindra les consignes de l'Iran ou celles des Etats-Unis. On peut s'interroger sur la façon dont ce blocage, qui n'est pas réellement un blocus... Dans les 2 cas, des bateaux peuvent passer. C'est plutôt un barrage sélectif. Je peux vous décrire la planification telle que je l'aurais envisagée. Il faut commencer par donner confiance. C'est peut-être le sens de ces 2 bateaux de guerre américains qui sont passés dans le blocus, pour dire que le minage n'est pas aussi grave qu'on le pense et que le passage est possible.
Ensuite, une fois qu'on aura donné confiance, il faudra que les pétroliers commencent à s'engager. Là, il y a une phase de discrimination, de suivi, pour savoir qui est quoi, qui va d'où à où pour transporter quoi... Il y a toute une partie enquête qui est indispensable. - C.Roux: Selon le "Wall Street Journal", une quinzaine de navires de guerre américains sont en charge de ce blocus. - Gal J.-P.Perruche: Il faut penser au système de renseignements. Il y en a par satellite et par avion. On a déjà une assez bonne image de la position des bateaux, voire
de leur appartenance nationale. - C.Roux: A.Pirot, la version Trump de ce blocus, c'est: "Tout navire qui tenterait de passer, qui se rapprocherait de ce blocus militaire sera éliminé"? On entre dans autre chose... - A.Pirot: La déclaration peut paraître d'autant plus surprenante parce qu'il fait la comparaison avec les destructions de bateaux qui sont organisées par le Venezuela. Détruire un navire avec du pétrole ou des produits inflammables, ça surprend. Le détroit d'Ormuz est assez étroit. Les eaux sont peu profondes. Profondes. L'un des risques assumés par beaucoup de compagnies, c'est: "Si vous commencez à détruire des bateaux, vous endommagez la capacité de circulation pour un long moment. Vous entravez le commerce pour un très long moment." En réalité, à qui s'adresse ce blocus?
Surtout aux bateaux iraniens qui continuaient à passer, y compris pendant la guerre, en transportant des produits pétroliers vers la Chine. Très peu de bateaux sont passés, 7 à 10, peut-être jusqu'à 12 sur une journée... Je pense qu'il y aura des équipages qui iront sur des bateaux transportés par hélicoptère avec une contrainte précise, les contraintes diplomatiques. Si vous arraisonnez un bateau sous pavillon chinois, il faudra le justifier auprès de la Chine. Sachant que D.Trump se rend dans un mois en Chine... C'est toute la contrainte. - C.Roux: On précise que le blocus du détroit par les Etats-Unis est jugé illégal par le secrétaire général de l'Organisation mondiale maritime internationale. Ce que faisaient les Iraniens était illégal.
Ce que font les Iraniens l'est de la même manière. - M.Pirzadeh: D.Trump répond aux Iraniens et essaye de les attaquer au portefeuille. Les eaux sont peu profondes, sauf autour de l'île de Kharg, l'île pétrolière de l'Iran qui rapporte une grande partie des richesses à la République islamique, où l'eau est très profonde. Depuis 45 jours, je me demande pourquoi on n'a pas tapé plus tôt au portefeuille les Gardiens de la révolution. Là, c'est du racket, en fait. Demander 2 millions de dollars par tanker qui passe, c'est de la piraterie comme on en voit
ailleurs sur le globe. Dans cette guerre, il y a 3 pays, la Russie, Oman et l'Iran, qui continuent à commercer du pétrole. L'Iran s'est enrichi à hauteur de plusieurs milliards de dollars. C'est toute l'incohérence de ce qui se passe. Il y a environ 24 heures, pour la première fois en 7 ans, un tanker iranien sous sanctions internationales a réussi à sortir du détroit d'Ormuz pour livrer du pétrole à l'Inde. Ca a pu arriver aussi parce que les sanctions contre l'Iran et celles contre la Russie ont été allégées par les Etats-Unis. Il y a une hypocrisie générale autour de ce détroit.
On bloque pour l'opinion publique, en disant qu'on va répondre par les armes comme eux le font, mais parallèlement, le régime s'enrichit, et cet argent ne servira pas à reconstruire l'Iran mais à acheter des armes et continuer la guerre. - C.Roux: Les Iraniens ont réagi au blocus américain. Ca veut dire quoi? - M.Pirzadeh: Ils menacent le Golfe. On est dans un cessez-le-feu très précaire. Les négociations ont échoué. A tout moment, il faudra voir qui va tirer en premier. D.Trump a annoncé qu'il pouvait de nouveau bombarder l'Iran avec peut-être des frappes ciblées. Les Iraniens vont répercuter ça sur le Golfe.
On entend la même musique depuis 45 jours: frapper en simultané et en similarité les pays du Golfe comme eux vont être frappés. - C.Roux: Ce qui est étonnant, c'est la façon dont les choses se passent. D.Trump n'a visiblement pas totalement anticipé les conséquences que pouvait avoir un blocage du détroit d'Ormuz. Il se retrouve à bloquer lui-même le détroit. On sent bien que la situation est un peu paradoxale. - Gal J.-P.Perruche: C'est ce que vous disiez tout à l'heure. En cherchant à libérer les accès d'Ormuz pour tout le monde, son 1er mode d'action est de dire qu'il va les bloquer. On est engagés dans une confrontation. C'est d'abord une guerre informationnelle.
Ensuite, il faut voir quelles en seront les conséquences... Pas tout de suite, parce que le blocus commence à 16h, mais entre ce qui se passe à 15h58 et 16h15... Il n'y a rien. Quelque chose se prépare pour la suite. Ca va se mettre en place progressivement. Probablement que les bateaux américains sont à peu près disposés comme il faut pour contrôler la situation. Mais ça va dépendre aussi de la réaction des Iraniens. - C.Roux: Pourquoi? Qu'est-ce qu'ils pourraient faire? Passer en force? - Gal J.-P.Perruche: S'ils ne font rien, ils acceptent d'être un peu étranglés économiquement. Je parle sous le contrôle de monsieur Dessertine, mais les Iraniens ont des réserves déployées dans certains pays du monde et peuvent échapper temporairement
à un blocus, quelques mois. C'est beaucoup, quelques mois, dans la vision de D.Trump. Il faut voir comment les Iraniens vont réagir à court terme, à moyen terme, à cette opération. - C.Roux: P.Dessertine, on se retrouve dans la situation paradoxale avec un détroit d'Ormuz où, tant bien que mal, les pétroliers circulaient et, aujourd'hui, D.Trump est obligé de bloquer le détroit pour, peut-être, tenter de le libérer... C'est le bon moyen, la force? Il sera question des négociations, mais sur les conséquences économiques, quel message il envoie au monde? - P.Dessertine: Les pétroliers ne passaient quand même pas beaucoup.
- C.Roux: Avant la guerre, bien sûr. - P.Dessertine: Oui. Mais plus la guerre avance, plus on a des économistes qui parlent des conséquences. Au départ, la guerre est militaire. On parle uniquement de ce qui se passe du point de vue des opérations. Et d'un coup, on se rend compte de ce que ça coûte, ce que ça représente pour le monde entier et les pays limitrophes. Quand on parle du détroit d'Ormuz, de toute façon, ce qui est capital, c'est que les armateurs et les assureurs ne veulent pas... C'est ouvert mais personne ne veut y aller. Il y a à peu près 2000 navires en attente. Il y a presque 200 pétroliers en attente.
Aucun assureur ne va dire "on y va", quand bien même c'est ouvert. On attend. Les réserves sont au maximum partout, parce qu'on a continué à extraire tout autour du golfe Persique. Est-ce qu'on arrête de produire? On peut pas livrer? On commence à s'approcher de ce moment. Lorsque D.Trump dit qu'on va bloquer le détroit, combien de temps? Que va-t-il se passer? Quelles sont les conséquences? Je pense que c'est le cas pour les Gardiens de la révolution, mais aux Etats-Unis, la problématique économique monte de plus en plus. Les midterms se rapprochent, et le prix à la pompe, ça devient quelque chose que D.Trump regarde beaucoup plus
que le coût direct des opérations sur le territoire. - C.Roux: Question. On en parlait... Quand on regarde la carte, on se demande où vont se mettre les Américains et comment les choses peuvent se passer. Est-ce qu'il suffit de dire "on fait un blocus" pour qu'il soit respecté par tous, quand on est les Etats-Unis? - A.Pirot: C'est la manière dont les Iraniens vont réagir sur un certain nombre de bateaux. On va très vite voir les choses. Compte tenu de l'affichage naval, on verra s'ils vont faire marche arrière.
Ils prennent le risque mais n'osent pas aller jusqu'au bout, parce que les primes d'assurance ont explosé pendant la guerre. Ou il peut y avoir des arraisonnements, avec des équipages qui embarquent sur les bateaux, Et là, c'est un signal envoyé et on se demande comment réagiront les Iraniens en termes de bombardements. Là où je suis pessimiste sur la suite, c'est qu'il n'y a jamais eu autant de transport de munitions depuis 24 heures par pont aérien depuis les Etats-Unis dans le Moyen-Orient.
Au-dessus de nos têtes, il y a un flot incessant d'avions C-17 américains qui transportent du matériel vers le Moyen-Orient, y compris pendant les négociations. Le trafic ne s'est pas arrêté pendant les négociations. C'est vous dire l'atmosphère dans laquelle elles se sont déroulées. - C.Roux: D.Trump dit aussi qu'il peut tout finir en une heure. Il l'a dit hier. - M.Pirzadeh: Qui va commencer à reprendre la guerre? - C.Roux: Qui va rompre le cessez-le-feu? - M.Pirzadeh: Le régime se finance avec le pétrole à 95 %. Il pourrait empêcher les bateaux de donner de l'argent au régime pour sortir du détroit.
C'est la question du droit international. Qu'est-ce qui va se passer, une fois passé le détroit? Le but, c'est d'étrangler économiquement les Gardiens de la révolution, parce que c'est sur ça qu'on peut avoir une prise pour les affaiblir, pour l'instant. - C.Roux: En tout cas, le chef de l'agence maritime de l'ONU estime qu'aucun pays n'a le droit de bloquer la navigation dans le détroit d'Ormuz. Pourtant, les Etats-Unis, depuis 16h, ont officiellement bloqué tout le trafic maritime entrant et sortant des ports iraniens. C'est la réponse du chef de la Maison-Blanche à l'échec des négociations du week-end. - Comme toujours avec D.Trump, l'annonce était inattendue.
Hier, en direct, à la télévision... *-D.Trump: Nous allons mettre rapidement un blocus complet dans le détroit d'Ormuz. On ne va pas laisser l'Iran se faire de l'argent en vendant du pétrole à ceux qu'ils aiment et pas aux autres. - Et comme toujours avec le président américain, les menaces sont martelées. - D.Trump: A 10h, un blocus entrera en vigueur. D'autres pays sont mobilisés pour que l'Iran ne puisse plus vendre de pétrole. ... - Un dispositif encore flou. Les navires liés aux ports iraniens seraient visés. Ceux ne faisant que transiter pourront circuler. Une opération de filtrage déjà démarrée ce week-end. 2 navires de guerre américains auraient franchi le détroit. Hier, une vidéo publiée par les Iraniens, censée montrer un des 2 destroyers américains. - Ici la base navale. Vous devez changer de cap et retourner dans l'océan Indien immédiatement. Si vous n'obéissez pas, vous serez visé. - Comme un avertissement au président américain.
... La tension monte alors que ce week-end encore, les 2 belligérants ne semblaient pas loin de trouver un accord. Jamais en 40 ans un vice-président américain n'avait rencontré de dirigeant iranien. Chacun est accueilli par le Premier ministre pakistanais. Les 2 parties ont négocié, écouté. 21 heures de discussions avec de nombreuses interruptions pour passer des appels, au moins 6, notamment, de J.D.Vance à D.Trump. Mais à 6h30, dimanche, le vice-président américain, visiblement fatigué, se présente devant la presse. - J.D.Vance: Nous n'avons tout simplement pas réussi à faire accepter nos conditions. Nous avons fait preuve d'une grande souplesse. Nous nous sommes montrés conciliants. Nous n'avons pas réussi à faire avancer les choses. - Les Iraniens, presque surpris du départ des Américains,
rejettent à leur tour la faute sur l'adversaire. - Ce cycle de négociations s'est déroulé dans une atmosphère marquée par la suspicion et la mauvaise volonté. - Des lignes rouges qui empêchent la conclusion d'un accord et une position toujours plus exigeante du président américain. *-D.Trump: J'ai dit à mon équipe: "Je veux tout. Je ne veux pas 90 % ou 95 %. Je veux 100 %." - Pendant ce temps, le monde entier continue de subir les conséquences du blocage du détroit d'Ormuz. Et qui dit regain de tension dit hausse des prix systématique du pétrole. - C'est une forte variation en une journée, 6,5 %, qui ramène le baril au-dessus des 100 dollars. - Les prix de l'essence devraient augmenter cette semaine, après 4 jours de baisse. - Situation particulièrement difficile pour la Chine.
La moitié de ses importations de pétrole provient du Golfe. Alors, la menace de Trump de bloquer le passage pourrait la contraindre à exercer davantage de pression sur l'Iran. - La solution à ce problème passe par un cessez-le-feu immédiat. Toutes les parties doivent garder leur sang-froid et faire preuve de retenue. - Depuis le début de la guerre, 58 barils de pétrole auraient quitté l'île de Kharg. Selon une société de renseignement maritime, plus de 90 % de cette cargaison était destiné à la Chine. - C.Roux: On reviendra sur le rôle possible de la Chine. Question. - M.Pirzadeh: Cet échec était patent. C'était sûr et prévisible. L'ancienne cheffe de la diplomatie européenne a fait un tweet très justes selon lequel il nous avait fallu 12 ans pour négocier le nucléaire. "Qu'est-ce que vous pensiez obtenir en 20 heures?" Négocier avec la République islamique, c'est un temps long. En plus, ils sont arrivés à Islamabad comme s'ils étaient en train de gagner la guerre. Les Américains n'ont pas apprécié.
Ca a bloqué sur le nucléaire, sur l'enrichissement d'uranium... - C.Roux: Sans surprise. - M.Pirzadeh: Bien sûr. Mais c'est un jeu de dupes! C'était sûr que ça se passerait comme ça à Islamabad. Quand on envoie J.D.Vance, un probable prochain président américain, quelqu'un a un très haut niveau... Mais de l'autre côté, la délégation iranienne, c'est la vitrine de la République islamique. Les personnes vraiment importantes sont cachées, en Iran. Il faut qu'ils les préviennent. Il y a un échange. C'est ce qui s'est passé à Vienne en 2015. L'homme faisait des allers-retours entre Téhéran et Vienne
pour négocier... C'est sûr. Ca bloque sur l'enrichissement d'uranium parce que les Iraniens veulent une sorte d'assurance-vie pour se protéger, toujours avec la même rengaine, "c'est pour notre enrichissement scientifique, c'est pas militaire, c'est civil"... Mais il y a aussi cette question des 400 kg d'uranium enrichi enfouis à Ispahan après les bombes américaines de juin. Ca va être compliqué de les extraire. On ne parle plus de ces 400 kg, qui sont un des buts de guerre de D.Trump le 28 février. - C.Roux: Il était question, à un moment donné, d'aller les chercher. - M.Pirzadeh: Avec une opération terrestre. On n'en entend plus parler.
- C.Roux: Des choses ont avancé dans la négociation? On a compris les blocages. Il y a des éléments où ça a pu avancer? - M.Pirzadeh: Peut-être sur la levée des sanctions. C'est déjà un peu effectif avec le Trésor américain. La République islamique voulait une assurance qu'il n'y ait pas une nouvelle guerre lancée contre eux. Mais on n'était pas du tout près d'un accord. On en était très loin. Les 2 positions sont arrivées en force, avec pas du tout les mêmes exigences, pas du tout les mêmes points sur la feuille de route. Militairement, c'est les Américains qui sont en avance...
- C.Roux: Déclaration ce matin à la presse de D.Trump. A cette heure-ci, il y a encore des négociations ou elles sont terminées depuis hier? - M.Pirzadeh: Les Iraniens parlent de round. Dans la presse, ils se sont étonnés que J.D.Vance quitte si brutalement Islamabad. Ils pensent qu'il allait se reposer et revenir. En fait, il a carrément quitté le territoire pakistanais. De manière assez habile, M.Ghalibaf explique qu'il y aura d'autre rounds. Mais ces négociations... Le 28 février, quand la guerre commence, on sortait d'un round de négociation. C'est une question de rhétorique et d'opinion publique. - C.Roux: Mais ça peut repartir d'un moment à l'autre. D.Trump dit qu'il pourrait anéantir l'Iran en une journée. "Je pourrais l'anéantir en une heure!" - Gal J.-P.Perruche: On est habitués aux déclarations. - C.Roux: Je sais, mais ça donne cette impression que cette option, alors qu'il y a eu un cessez-le-feu depuis quelques jours, d'une reprise, et on a évoqué les munitions... Cette option est toujours sur la table?
On parle de négociation, du côté iranien. Les Etats-Unis, on parle de blocus, et si ça crispe, on reprend les combats? - Gal J.-P.Perruche: Les Etats-Unis ne veulent pas reculer, sur les négociations. Sur le nucléaire, ils ne veulent pas bouger. Mais pour les Iraniens, ce serait une capitulation. Ils ne peuvent pas l'accepter. D.Trump a toujours agité la carotte et le bâton. Il renforce ses capacités. Il montre, en transportant de plus en plus de munitions, qu'il est prêt à reprendre les combats n'importe quand, que ce sera massif et douloureux... Mais il espère quand même que les Iraniens mettent un peu les épaules à terre et disent que finalement, ils vont accepter, au moins pour l'uranium. - C.Roux: Dans son calcul sur le blocage du détroit d'Ormuz, D.Trump peut avoir l'idée que la Chine fasse pression sur l'Iran?
Parce que le trafic est très gêné pour les pétroliers qui partent d'Iran en direction de la Chine, ça peut être un calcul de D.Trump, que la Chine se fasse entendre pour faire pression sur l'Iran? - P.Dessertine: La Chine souhaite être celle qui va permettre d'avoir un rôle d'apaisement dans ces tensions. La Chine perd beaucoup économiquement. La stratégie iranienne est claire. "Si ça continue, du point de vue du temps, vous allez avoir une crise mondiale." Le coût est très lourd. La Chine est touchée. On est à peu près sur 40 milliards de pertes par mois. Ceux qui perdent le plus de loin, ce sont les Européens. C'est l'Europe qui est la 1re perdante! - C.Roux: Pourquoi? - P.Dessertine: Nous avons une industrie énergétique qui nous coûte extrêmement cher.
Le commerce est très abîmé dans des zones où les Européens passent. On a évoqué le détroit d'Ormuz, mais la mer Rouge est fondamentale pour l'Europe et l'Asie. L'Asie et l'Europe sont très touchées. Elles ont intérêt à ce que cette guerre ne dure pas. Mais en logique iranienne, on va se dire que plus on va durer, plus on va obtenir un accord à la fin, en disant: "On rouvre le détroit et on laisse passer dans la mer Rouge." C'est ce que redoute Israël. Des concessions très fortes à l'Etat iranien. De la sorte, on pourrait relancer l'économie mondiale.
Derrière la menace qu'on évoque comme directe, il y a cet élément. L'Iran a tapé sur le pétrole, sur l'eau et sur les banques. Ils ont bombardé les banques. A un moment, le risque énorme serait qu'on passe en crise financière. On n'en est pas forcément loin. - C.Roux: Juste un mot de la Chine... Le blocus américain, ça veut dire que les bateaux chinois ne passent plus, cette fois-ci? A un moment, il pourrait y avoir un mouvement d'humeur de la Chine? Selon des sources citées par CNN, la Chine pourrait bientôt livrer des armes à l'Iran. - P.Dessertine: L'a-t-elle fait, déjà? - C.Roux: Ca peut être un acteur qui fait pression
d'un côté ou de l'autre? La Chine va-t-elle être directement impactée? - A.Pirot: La Chine joue déjà sur les éléments, par exemple en annonçant qu'au mois de mai, ils n'enverraient aucun acide sulfurique à travers le monde. Ca peut paraître anodin, mais le monde réfléchit avec quelques règles simples. La Chine produit quasiment tout, aujourd'hui, dans le monde, ou plus de la moitié. 50 % du soufre nécessaire arrive du Moyen-Orient et une grande partie vient d'Iran pour fabriquer tout ce que fabrique la Chine. La Chine dit: "On ne peut plus en fabriquer assez. On garde nos réserves pour nous." Elle sait, en annonçant cette décision, qu'elle pèse inévitablement sur les agriculteurs américains, qui ont besoin de ce qu'elle fabrique. - C.Roux: Vous voulez dire qu'elle n'a pas besoin d'en faire plus? - A.Pirot: Disons que la Chine n'a jamais été aussi bien préparée à faire face à cette lourde problématique, notamment sur l'énergie. La Chine produit aujourd'hui plus de la moitié de l'électricité, plus d'électricité que les Etats-Unis, le double...
Ils ont une capacité... D'un point de vue chinois, on se dit: "Laissons faire les Américains naturellement et ils vont s'affaiblir pour un long moment." - C.Roux: En tout cas, D.Trump a menacé la Chine si elle venait en aide à l'Iran, en la menaçant de tarifs douaniers. Il y a une crainte de D.Trump de voir la Chine voler au secours de l'Iran? - M.Pirzadeh: L'Iran continue de vendre son pétrole à la Chine et l'Inde. La Chine profite de la situation pour l'acheter à très bas prix. Et l'Iran peut gagner de l'argent puisqu'elle vend son pétrole à la Chine. C'est un parc commercial gigantesque, et c'était le grand malheur de la population iranienne, quand les Etats-Unis sont sortis de l'accord. Tous les produits made in China sont revenus en Iran. Il y a des accords maritimes. Les liens vont bien au-delà. On parle d'une crise pétrolière et potentiellement d'une crise du kérosène d'ici 3 semaines. Ca va impacter le mode de vie des Européens. Mais il peut aussi y avoir une crise mondiale
de l'alimentation, une crise agricole. On diffusait un reportage sur les feuilles de thé au Kenya... C'est l'effet papillon. Ces feuilles de thé vont au Pakistan, au Moyen-Orient, et n'arrivaient plus à passer. Elles passent par des moyens terrestres. On perd beaucoup de temps. On estime que si la guerre dure jusqu'à juin, des millions de personnes seront en difficulté alimentaire, sans parler des Iraniens et des Libanais, qui sont concernés au premier chef par cette guerre. - C.Roux: Ca va durer? C'est un coup d'éclat à la Trump, le blocus contre le blocage,
la menace de bloquer Ormuz pour mettre la pression sur l'économie iranienne? Ca peut durer, économiquement? - P.Dessertine: La fragilité de l'économie mondiale, y compris américaine, est telle qu'on peut pas se permettre... Le coût de la guerre est très élevé. Mais c'est pas ça, le coût réel. C'est le risque que l'on a, à l'échelle mondiale, d'avoir une véritable récession et une crise qui se propage sur la finance. Il faut le répéter sans cesse. Le vrai danger, c'est qu'on ait une déflagration financière. C'est pour ça que Trump suit de très près les marchés financiers. Dès qu'ils décrochent, immédiatement... Parfois, on a même le sentiment que certains
de ses amis en profitent. C'est quelque chose sur laquelle tout le monde est très attentif. On peut pas supporter un an de guerre comme on est aujourd'hui. - C.Roux: Autre endroit à surveiller: le détroit de Bab Al-Mandab, de l'autre côté. Le porte-parole du commandement opérationnel des forces armées de l'Iran a dit qu'il pourrait être le prochain. "On a encore un atout dans notre manche en gênant le trafic de ce détroit"? - Gal J.-P.Perruche: Oui, c'est pour faire monter la pression et montrer la capacité de nuisance de l'Iran. "N'oubliez pas que nous avons des proxys au Yémen
capables de mettre le feu là-bas et vous empêcher de transiter." On sait déjà que les transits sont divisés par 2 à travers Bab Al-Mandab et le canal de Suez depuis qu'il y a la menace des Houthis. La moitié des transports contournent l'Afrique. Ca rallonge la durée et ça augmente le coût. Il y a une mission de l'UE qui est déjà là pour protéger les bateaux de transport, pétroliers et autres, qui transitent malgré tout par là. Mais il y a plus de demande que de capacité de protection, à mon avis. C'est pourquoi tout le monde ne peut pas passer par là.
La capacité de nuisance des Iraniens n'est pas à comparer avec ce qui se passe à Ormuz. Les Houthis au Yémen ne sont pas les Iraniens en face. - C.Roux: Ils n'ont pas les mêmes moyens. - Gal J.-P.Perruche: Voilà. Mais ça peut mettre une petite pression pour dire: "S'ils en font plus, vous serez obligés de mettre vos moyens là-bas." - C.Roux: Mais ce qu'on a compris, avec cette guerre, c'est qu'il ne fallait pas beaucoup de moyens. Il faut laisser entendre qu'on a miné, qu'on a des navettes rapides, qu'on va peut-être tirer sur les pétroliers, pour que les assureurs se disent "on n'y va plus".
- Gal J.-P.Perruche: On aurait aussi pu penser qu'avec les moyens dont disposent nos marines, on allait voir ce qu'il en était de l'affaire du minage. Combien? Par qui? 2 bateaux américains sont passés comme une fleur, apparemment, ou sans doute pas, puisqu'ils ont bien vu qu'il y avait des choses qui pouvaient leur nuire. Mais ils ont démontré que s'il y avait un minage, il n'était pas très dense. Ensuite, miner cette partie... On découpe souvent la partie du détroit la plus étroite en disant qu'on peut passer au nord parce que c'est le long de l'Iran,
mais pas au sud. Si on met des mines dérivantes, je ne vois pas comment ce serait plus sûr du côté iranien que du côté sud. Tout ça est une guerre informationnelle. On n'y croit ou pas. - A.Pirot: Les Iraniens ont enfermé D.Trump avec son opinion publique. On a l'impression que bon nombre de ces messages ne s'adressent pas à une réalité militaire mais à son opinion publique américaine pour essayer de la convaincre qu'il a gagné. Il a dit plusieurs fois ce week-end "j'ai gagné et les médias ne vous disent pas la vérité". Il est enfermé là-dedans. Ca amène à des incongruités. Il dit maintenant qu'il faut bloquer le détroit, dont il a dit toute la semaine dernière
qu'il était ouvert. - Gal J.-P.Perruche: Eliminer les bateaux. "Tirez sur les bateaux de guerre et sur les bateaux civils." - A.Pirot: C'est là que c'est compliqué. Soit il accepte sa défaite, ce qui n'est pas dans le style du personnage, soit il va au bout de sa logique, qui est de reprendre le conflit pour infliger un coup magistral aux Iraniens, sans savoir clairement ce que c'est. - C.Roux: Il l'a un peu dit. Les infrastructures énergétiques... - A.Pirot: Mais ce n'était pas ce qui était annoncé au départ. Les Iraniens ont dit qu'ils ne voulaient pas céder sur le nucléaire, disant que c'était un des points centraux.
Il est enfermé avec ça... - C.Roux: Mais en quoi le blocage du détroit lui donne une nouvelle carte? Ca met une pression supplémentaire sur les Iraniens? - M.Pirzadeh: Mais D.Trump n'a pas le bon logiciel. Quand on regarde les discussions à Oman et à Genève, il dit que l'aide arrive, mais finalement, il négocie... Au bout du 3e round, S.Witkoff dit que D.Trump ne comprend pas pourquoi ils ne capitulent pas. D.Trump attendait que les Iraniens capitulent. Il n'a pas le bon logiciel pour comprendre la République islamique.
Elle menace de la même chose depuis 47 ans. Pour tenir sur la longueur, ils sont dans un mode de survie du régime. Plus longtemps le détroit d'Ormuz est bloqué, plus ça leur est bénéfique. Au moment du cessez-le-feu, ils ont présenté, via la presse iranienne, la télévision d'Etat et les hommes du régime que c'était une victoire pour les Iraniens, que les Américains arrivaient à plat ventre devant eux. N'oublions pas que D.Trump menaçait la semaine dernière d'anéantir la civilisation iranienne.
- C.Roux: Militairement, il a gagné? - M.Pirzadeh: Militairement, mais pas... Il y a une bataille rhétorique. Même sur les points négociés, on a mis combien de temps à comprendre de quoi il s'agissait? Militairement, bien sûr qu'il a gagné... - C.Roux: C'est sans doute ce qu'il entend lorsqu'il dit à son pays qu'ils ont gagné. - Gal J.-P.Perruche: Mais il faut voir quels objectifs ont été atteints. - M.Pirzadeh: Il n'y a pas de changement de régime. - Gal J.-P.Perruche: Et l'uranium enrichi est toujours sous le contrôle des Iraniens, même enfoui.
Il n'a pas atteint ses objectifs politiques. Il est en échec pas militairement, mais politiquement. - C.Roux: En tout cas, le coût de la guerre s'alourdit. La facture est évaluée à plusieurs milliards par le "New York Times". Les stocks de munitions baissent face à une intensité inédite du conflit. Il ne resterait que 2000 missiles Tomahawk, ce qui inquiète des responsables du Pentagone. - Un Boeing militaire américain coupé en deux, pulvérisé. La destruction de cet avion de surveillance par l'Iran il y a 2 semaines est une grosse perte pour l'US Air Force, qui n'en possède qu'une quinzaine. C'est aussi 700 millions de dollars partis en fumée. Et la liste des pertes militaires s'allonge. 4 avions F-15 pour 468 millions de dollars, un ravitailleur KC, 135,80 millions de dollars. - L'offensive des Etats-Unis en Iran a été massive, mais c'est surtout son coût élevé qui suscite des inquiétudes ici. - Le budget de cette guerre va exploser. L'estimation de 1 milliard de dollars par jour
sera largement dépassée. - Cette guerre a-t-elle un sens? Il n'y a pas d'argent pour le système de santé des Américains mais il y en a pour des missiles? - Depuis le début de la guerre, les dépenses militaires américaines seraient comprises entre 22 et 30 milliards de dollars. Ce qui coûte le plus cher: un missile Tomahawk, 3,5 millions de dollars l'unité. Le déploiement d'un porte-avions: 18 millions de dollars par jour. Le vol d'un F-35: 40 000 dollars par heure. C'est 150 000 dollars par heure pour un bombardier B-2. Un effort de guerre exorbitant qui pourrait s'accélérer. - Le président Trump a rencontré les PDG des grandes entreprises de la défense, qui ont accepté d'augmenter le volume d'armement le plus rapidement possible. Ca vous paraît coûteux? Ca l'est. - Pour financer sa guerre, D.Trump a demandé une rallonge au Congrès. En contrepartie, 76 milliards d'économies
seront réalisées sur l'éducation, le logement, le social et la santé. - D.Trump: Ce n'est plus possible de financer les gardes d'enfants, Medicaid, Medicare... C'est aux Etats de le faire. On ne peut pas le faire au niveau fédéral. - Opposition ferme et définitive des démocrates. - La seule chose qui pourra les freiner, c'est nous, le Congrès. On y va pour dire: "Pas un centime de plus." - Nous dépensons des millions de dollars pour des missiles Patriot afin d'intercepter des drones
que l'Iran lance depuis l'arrière d'un pick-up et qui ne leur coûtent que 20 000 dollars. Pendant ce temps, dans mon Etat de Virginie, 33 000 habitants ont perdu leur assurance santé. - Il ne leur resterait plus que 2000 missiles Tomahawk. Autre exemple: 1800 missiles Patriot ont été lancés dans le Golfe alors que les Etats n'en produiront que 700 en 2026. Une pénurie qui se répercute déjà sur les alliés de Washington comme la Suisse. Le ministre de la Défense attend toujours ses missiles américains, facturés plusieurs centaines de millions de francs. - L'achat d'armement américain cause de gros soucis au Conseil fédéral. L'achat de missiles Patriot pourrait être annulé en raison des retards de livraison. - Inquiétude aussi du côté de l'Ukraine, qui redoute d'être reléguée au second plan. - V.Zelensky: Je suis conscient que les défis sont importants. Sur le cas de l'Iran, le fait que nous ayons manqué de moyens de défense antiaérienne
déjà utilisés au Proche-Orient, ce sont des défis. - Le coût est aussi politique pour D.Trump. Dans un nouveau sondage publié hier par CBS, la cote de popularité du président baisse de 2 points en avril, à 36 %. - C.Roux: On discutait de la situation dans laquelle se retrouvent les Etats-Unis. Il n'y a pas d'inquiétude sur les réserves en munitions américaines au-delà des Tomahawks, s'ils voulaient reprendre le conflit? - Gal J.-P.Perruche: Dans l'immédiat, non. Les Américains, pour continuer leur pression sur les Iraniens, n'ont pas besoin de tirer avec la même cadence qui était celle du début de l'opération avec les Israéliens. Ils peuvent doser leurs efforts. Ils avaient intérêt à montrer qu'ils ne relâchaient pas la pression et qu'ils pouvaient causer davantage de dégâts
sur l'Iran. Mais les cibles sont bien moindres qu'au début de l'opération. Heureusement. Sinon, ça voudrait dire qu'ils ne seraient pas efficaces. - C.Roux: "Régler ça en une heure", c'est des frappes ciblées sur des sites connus? - Gal J.-P.Perruche: Oui, mais je n'y crois pas. En une heure, ils ne vont pas régler un problème qu'ils pensaient avoir réglé en 4 jours alors que ça fait maintenant 5 semaines. Ils ne peuvent pas le régler. Ils vont mettre la pression un peu plus sur les Iraniens. On va passer à une phase de test. "Chiche, chiche, et maintenant..."
- C.Roux: Qui teste qui? - Gal J.-P.Perruche: Soit les Iraniens attendent qu'il y ait un problème avec des bateaux de la communauté internationale... A ce moment-là, ils vont regarder en spectateurs pour voir comment ça se passe... Ca risque de ne pas être aussi facile que Trump le pense. Autrement, les Iraniens peuvent aussi faire eux-mêmes le test. Eliminer un bateau civil avec des salves de bateaux militaires, c'est exclu. Ce serait catastrophique pour les Etats-Unis.
- C.Roux: Les Iraniens peuvent laisser le blocus américain s'exercer et voir comment la communauté internationale réagit. Ca peut être la stratégie iranienne? - M.Pirzadeh: Oui, faire durer la guerre, les négociations, dire qu'il va y avoir des négociations alors que ce n'est pas sûr qu'ils négocient de nouveau... Ils ont compris qu'ils réussissaient à bloquer tout le monde avec ce détroit. Ils vont continuer parce qu'ils savent que, militairement, ils ne font pas le poids. - C.Roux: Est-ce que ça peut arrêter D.Trump, le coût de la guerre? - A.Pirot: C'est la 1re fois dans les médias américains qu'on commente autant les pertes de matériel. Dans cette hégémonie américaine de suprématie, de toute-puissance, si on fait des comparatifs historiques,
la dernière fois qu'on mentionne autant de pertes d'avions, c'est le Vietnam. Vous aviez un certain récit quotidien des pertes de matériel. C'est un vrai choc pour les Américains. D.Trump est enfermé avec son opinion publique parce qu'on le confronte à cette réalité qu'on a perdu des avions qui coûtent des centaines de millions de dollars. On lui demande comment on en est arrivés là. Le stock des missiles Tomahawk, à ce rythme d'utilisation, sera épuisé. On peut imaginer qu'ils ont l'intelligence de limiter les tirs, désormais. Mais le fait qu'on en parle sur des chaînes que D.Trump lui-même regarde, dans l'ego qui est le sien et dont il ne s'est jamais caché, ça ne lui plaît pas.
Ce n'est pas du tout la trace qu'il avait prévu de laisser dans l'opinion américaine. On lui rappelle des comparaisons historiques. La comparaison avec la guerre du Vietnam qu'on entend sur certaines chaînes, pour D.Trump, ça a un écho assez fort. - P.Dessertine: Dans le reportage, on évoquait l'augmentation du budget l'an prochain, sur 2027, à plus de 150 milliards de dollars. C'est gigantesque. C'est absolument colossal, même à l'échelle américaine. On sent bien que la guerre qui dure, c'est, du point de vue économique et financier, pas tenable pour les Etats-Unis. On est typiquement dans ce que révélait l'Ukraine.
On est dans des guerres asymétriques. Ils ne peuvent pas perdre la guerre parce qu'ils ont des technologies incroyables et des missiles extraordinaires. Militairement, ils ne peuvent pas. Mais ça coûte tellement cher, chaque heure de sortie d'avion, d'utilisation, alors que les autres, avec une petite mine, ils bloquent un détroit... Vous avez une asymétrie pas tenable à long terme. C'est le raisonnement des Iraniens. Ils attendent, parce qu'à terme, il va y avoir un vrai problème d'opinion des taxpayers, qui vont dire: "On joue à quoi? On dépense des sommes astronomiques pour écraser un moustique." Très vite, cette question va revenir. On a des élections capitales à la fin d'année pour permettre au président de continuer à avoir la main dans son pays. - C.Roux: On verra comment l'opinion réagit à ce que vous venez de dire ou à la passe d'armes avec le pape. Cet échange entre le pape et D.Trump est inhabituel.
- D.Trump: Nous n'aimons pas un pape qui va dire que c'est acceptable d'avoir une arme nucléaire. Nous ne voulons pas d'un pape qui dit que le crime est acceptable dans nos villes. Je n'aime pas ça. Je ne suis pas un grand fan du pape Léon. - Léon XIV: Je ne me considère pas comme un homme politique. Je ne veux pas entrer en débat avec lui. Je ne pense pas que le message de l'Evangile puisse être détourné comme certains le font. Je continuerai à parler haut et fort contre la guerre, à oeuvrer pour la paix et les relations multilatérales entre les Etats et à chercher des solutions justes aux problèmes. - C.Roux: Il avait critiqué la guerre en Iran.
- M.Pirzadeh: Le président de la République islamique, alors que l'Iran est privé d'Internet depuis 45 jours, a tweeté en s'adressant au pape en disant "je suis désolé de voir à quel point vous êtes maltraité par l'administration Trump". Ca prend des proportions... Le pape a bien joué. Il n'a pas nommé directement D.Trump. Il n'a pas critiqué la guerre en Iran. Il a appelé à la paix. C'est son rôle en tant que chef de l'Eglise catholique. - C.Roux: Il y a des dommages collatéraux. G.Meloni, sa grande copine en Europe, a considéré que les propos de D.Trump à l'égard du pape étaient inacceptables. - P.Dessertine: On est en Italie! Le lien est tellement fort avec la religion catholique... On voit le mode de fonctionnement de D.Trump: une logique immédiate de réponse. Il est furieux.
- C.Roux: Avec des dommages collatéraux. Il était le visage acceptable, comme G.Meloni, de l'Europe pour D.Trump. V.Orban a perdu les élections après 16 ans au pouvoir. Il échoue face à un conservateur de 45 ans pro-européen, P.Magyar. C'est un revers pour la Maison-Blanche, qui avait apporté un soutien très clair à V.Orban quelques jours avant le scrutin. - A Budapest, hier soir, la fin d'une ère qui aura duré 16 ans. - V.Orban: Les résultats sont douloureux, mais sans ambiguïté.
Nous n'avons pas reçu la responsabilité ni la possibilité de gouverner. - V.Orban reconnaît sa large défaite aux élections législatives face au candidat pro-européen P.Magyar dont les soutiens exultent par milliers dans les rues. - C'est fantastique! C'est génial! Ca va faire une grande différence pour l'Europe vu la façon dont Orban soutenait la Russie et jouait le jeu des Etats-Unis. C'est un grand moment pour l'Europe. - Ancien du parti de V.Orban,
P.Magyar promet de prendre son contre-pied: restaurer l'Etat de droit, éradiquer la corruption et en finir avec la ligne pro-Kremlin de son prédécesseur, devenu un paria à Bruxelles. - P.Magyar: La Hongrie sera de nouveau un allié solide au sein de l'UE et de l'Otan. - Cette défaite de V.Orban est aussi un échec pour Washington. Les Etats-Unis n'ont pas ménagé leurs efforts pour tenter de faire réélire l'autoritaire dirigeant hongrois. Le vice-président J.D.Vance a même été dépêché sur place pour un ultime coup de pouce à 5 jours du scrutin. - J.D.Vance: Je voulais adresser un message aux bureaucrates de Bruxelles qui ont tout fait pour écraser le peuple hongrois parce qu'ils n'aiment pas le dirigeant qui a vraiment
défendu le peuple de Hongrie. - J.D.Vance va même va jusqu'à dénoncer des ingérences étrangères jamais vues à l'encontre de son champion, avant de tenir un meeting où il fait intervenir D.Trump en personne en haut-parleur sur son téléphone. *-D.Trump: J'aime la Hongrie et j'adore Viktor. C'est un homme fantastique. - Cela n'aura donc pas suffi. La sphère Trump perd son principal relais d'influence en Europe, un an après avoir échoué à faire triompher l'extrême droite en Allemagne, malgré un soutien similaire et ce discours brutal adressé par J.D.Vance aux Européens à Munich. - J.D.Vance: Il n'y a pas de sécurité si vous avez peur
des voix, des opinions et de la conscience qui guident votre propre peuple. Si vous avez peur de vos propres électeurs, l'Amérique ne peut rien pour vous. - Hier soir, les électeurs hongrois ont choisi une autre voie accueillie avec soulagement à Bruxelles, Paris ou Berlin. - U.von der Leyen: Le peuple hongrois s'est exprimé et a retrouvé sa européenne. ...sa voix européenne. C'est une victoire pour les libertés fondamentales. - F.Merz: Le populisme de droite a subi une lourde défaite en Hongrie. Cela envoie un message très clair au monde entier. C'était une bonne journée. - Un espoir aussi pour les dirigeants ukrainiens qui attendent un prêt de près de 90 milliards d'euros
de la part des 27, jusqu'ici bloqué par le veto de V.Orban. Mais Kiev devra aussi tempérer ses attentes. P.Magyar l'a dit pendant sa campagne: il reste opposé à l'envoi d'armes par son pays à l'Ukraine, tout comme à son intégration rapide à l'UE. - C.Roux: Question. - Gal J.-P.Perruche: C'est une bonne nouvelle pour l'Europe. L'Europe était très handicapée par la seule obstruction faite par Orban, notamment la politique de soutien à l'égard de l'Ukraine, les 90 milliards de prêts qu'on n'a pas réussi à débloquer à cause d'Orban, qui ne pèse presque rien dans l'UE. - C.Roux: Son successeur n'est pas très éloigné sur la question de l'Ukraine, sur la livraison d'armes, sur le fait qu'il ne souhaite pas que l'Ukraine rentre dans l'UE, etc. - Gal J.-P.Perruche: Il est plus motivé par la récupération de l'argent retenu par l'UE et qui devrait être dévolu à la Hongrie. Il va faire des pas en direction de l'UE. Si madame von der Leyen a fait cette déclaration,
c'est parce qu'elle sait jusqu'où il peut aller car elle s'est déjà entretenue avec lui. - C.Roux: Sur l'Iran, où on retrouve une difficulté pour les Américains, avec ce qui se passe aujourd'hui en Europe, est-ce que ça veut dire que les Européens sont en train de se réveiller, de prendre conscience? Sur l'Iran, ils ont respecté une forme de neutralité. Ils restent à bonne distance. C'est un réveil européen aussi là-dessus? - P.Dessertine: Le réveil européen est de plus en plus fort. Nous avons la guerre depuis 2022 avec la Russie qui bouleverse l'approche que l'on a vis-à-vis de l'UE. L'intervention en Iran et l'attitude de D.Trump vis-à-vis de l'Otan...
L'Otan est le grand point d'interrogation pour les Européens. Le peuple européen commence à comprendre et à réagir dans les urnes. Ca va bouleverser le paysage européen. - M.Pirzadeh: G.Meloni a fait un référendum il y a quelques semaines. Elle a eu un "non". Il y a la défaite de V.Orban. Reste à savoir ce qui va se passer pour nous dans quelques mois en France. On a l'impression que les populations veulent dire "non" à ce populisme qui veut monter et qu'on disait en phase ascendante. - C.Roux: Ca aurait été peut-être plus difficile pour quelques Européens de critiquer D.Trump s'il avait obtenu la chute du régime des mollahs. Ses difficultés en Iran, l'absence de stratégie militaire,
ce qui se passe en Hongrie... Peut-être que ça donne plus de latitude aux leaders européens pour avoir une forme de neutralité, de distance vis-à-vis de la stratégie américaine? - M.Pirzadeh: Il y a une vraie chance pour l'UE de reprendre sa place et d'apparaître comme une voie médiane, une voie différente... Il y a une opportunité. Que ce soit K.Starmer ou E.Macron, ils ont dit qu'ils resteraient en dehors de ça. Ils prédisent ça depuis le début. Il y a quand même une mission européenne
pour sécuriser la mer Rouge contre les Houthis. Reste à savoir comment l'Europe va réagir si ce détroit est bloqué. - Gal J.-P.Perruche: Elle est en train de renforcer sa mission Aspides. - C.Roux: Sur le détroit d'Ormuz, ils ne veulent intervenir qu'en défensive, quand ça sera calme. Ce n'est pas le cas. - Gal J.-P.Perruche: Le grand danger face à ce genre d'attitude, c'est de voir les pays que l'on est censés défendre prendre parti dans la confrontation.
Ca devient un peu compliqué de dire "on est là uniquement en défensive" alors que d'autres pays attaquent. - C.Roux: Que disent les pays du Golfe de ce blocus américain? - A.Pirot: Le Qatar est contre et a dit que ce serait une erreur. Toutes leurs exportations se font par cette région. Ils n'y ont aucun intérêt. Beaucoup de pays arabes se mettent en distance. L'Arabie saoudite a renvoyé toutes ses exportations vers la mer Rouge et est plutôt silencieuse ces derniers temps. - C.Roux: On revient à vos questions. Question. - Gal J.-P.Perruche: Oui. - C.Roux: Par les Iraniens comme par les Américains. Question. - Gal J.-P.Perruche: Très bonne question. Identifier les navires battant pavillon iranien, ça va être facile. Mais identifier les bateaux sous pavillon de complaisance... Tout à l'heure, j'évoquais, dans la démarche d'identification, savoir pour qui travaillent ces bateaux, d'où ils partent, où ils vont et avec quelle cargaison. On pourrait imaginer qu'ils transportent des céréales. Il faut savoir tout ça. A mon avis, ça ne peut pas se deviner ou simplement se reconnaître par des photos satellites. Il faudra aller un peu plus loin.
- C.Roux: A bord? - Gal J.-P.Perruche: Quand on veut arraisonner un bateau, pour mettre en oeuvre une stratégie de blocage, il faut intercepter les bateaux. Intercepter les bateaux, c'est aller sur leur chemin et leur dire "si vous continuez plus loin, on va vous stopper, on va pas vous détruire". Imaginez qu'on tire sur un pétrolier. La pollution qui s'ensuivrait serait catastrophique. C'est exclu. Mais on peut se mettre en travers avec un bateau de guerre. Si jamais il force un peu, on peut toucher sa coque.
- C.Roux: A quel moment on va sur le bateau, on débarque? - Gal J.-P.Perruche: On va sur le bateau si après l'injonction "arrêtez-vous, mouillez, on vous envoie une équipe à bord"... On ne va pas le prendre d'assaut. - C.Roux: Question. - M.Pirzadeh: Oui et non. Ils essayent de répondre par la réciprocité. Les buts de guerre de D.Trump n'ont pas abouti. Il n'y a pas de changement de régime en Iran. Les exécutions n'ont jamais été aussi fortes. C'est du jamais-vu depuis 1989. Il y a plus de 100 % d'augmentation des exécutions. Lui qui se disait comme sauveur de la population iranienne, on repassera. Le détroit d'Ormuz est bloqué. Il y a 40 % d'augmentation du prix à la pompe aux Etats-Unis. C'est énorme. Quand vous prenez votre essence, c'est élevé. - C.Roux: Tout le monde l'a vu. Question. Merci pour cette question. C'est vrai. - P.Dessertine: Bien sûr. - C.Roux: Question. On l'a un peu dit tout à l'heure. Ce cas de figure va nécessairement se produire. - A.Pirot: La problématique sera diplomatique d'emblée. Comment réagira Pékin sur une manière illégale
par rapport au droit international? En plus, il y a une visite annoncée de D.Trump à Pékin. Il y a un certain nombre de contentieux entre les 2 nations. Ca pèsera dans la balance. - C.Roux: Il reste quoi, comme options? Maintenir le blocus sur le détroit et reprendre les frappes? Croire que la négociation est possible? - M.Pirzadeh: C'est pas possible. Il n'y a que le langage de force qui va marcher. Les Iraniens ne veulent pas capituler, négocier. Ce serait un aveu de faiblesse pour eux. - C.Roux: Vous êtes formelle? Il n'y a qu'une option, le retour à la force? - M.Pirzadeh: C'est comme ça que je vois les choses. Je suis très pessimiste. Je veux pas plomber le moral de tout le monde,
mais je suis pessimiste pour les populations et la suite de cette guerre. - Gal J.-P.Perruche: Je suis assez d'accord. La probabilité d'une reprise des frappes est assez forte. - A.Pirot: Le principe d'une négociation, au sens propre du terme, c'est que tout le monde doit faire des concessions. Personne ne veut faire de concessions sur des règles d'or qu'ils ont fixées depuis le départ. - Gal J.-P.Perruche: La négociation au Pakistan, c'était pour reprendre son souffle, des 2 côtés. - P.Dessertine: Les marchés financiers n'achètent pas ça.
- C.Roux: Question. - P.Dessertine: Les Bourses du monde surréagissent, d'un côté comme de l'autre. Dès qu'on a annoncé le cessez-le-feu, tous les marchés ont augmenté de 4 ou 5 %. C'était formidable. Quand on a annoncé qu'en fait, non, ce n'était pas un cessez-le-feu, les marchés ont baissé, mais beaucoup moins. Comme le pétrole ne monte pas trop, les marchés achètent plutôt une idée de quelque chose qui s'étirerait dans le temps. C'est le scénario clair qu'on voit se dessiner sur les marchés financiers. Ce ne sont pas des augures. Ils sont loin d'être des devins.
- C.Roux: Question. - La guerre en Ukraine dure depuis 4 ans et demi. - C.Roux: Question. Je crois que vous avez répondu. Question. - P.Dessertine: Les Chinois regardent. - C.Roux: Merci. On retrouve A.-E.Lemoine. Bonsoir. - A.-E.Lemoine: Bonsoir. Au programme, l'horreur en Alsace après la découverte d'un enfant séquestré plus d'un an par son père dans une camionnette. Le témoignage de B.Brière, ex-otage détenu en Iran et auquel les impôts reprochent de ne pas avoir déclaré de revenus le temps