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interviewLCP - Assemblée nationale· 18 janvier 2025 13 min

Yael Braun-Pivet à Mayotte | Circo

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:12
Yaël Braun-Pivet

C'est la dévastation, ça vous saute aux yeux. Là où les collines étaient verdoyantes de végétation avec des forêts tropicales, et bien maintenant c'est une vaste désolation. C'est extrêmement choquant parce qu'on voit à quel point en quelques heures un territoire peut être absolument dévasté.

0:38
Locuteur 3

Ça ne se passe pas bien, je me plais parce que je me dis à la place de la population.

0:43
Locuteur 4

Parce que je suis ici tout le jour, je vois les choses comme ça.

0:46
Locuteur 8

Et bien justement c'est pour ça que je vous pose des questions.

0:50
Yaël Braun-Pivet

Quand il y a une crise comme ça, c'est l'émission du Parlement de contrôler l'action du gouvernement. Pour voir si la réponse a été juste, proportionnée, si c'est la bonne, si ça satisfait les élus, les habitants, si ça correspond à ce qui s'est passé.

1:13
Présentateur

Déplacement de Yael Brown-Pivet en plein océan indien, à Mayotte, dans le 101ème département français, le plus pauvre de la République. C'est un endroit que la présidente de l'Assemblée nationale n'aurait pas voulu rater. Le signe le plus tangible de l'engagement de la République après la tragédie du cyclone Shido. Montée en trois jours au milieu d'un stade de l'est de la capitale, ces 32 tentes sont venues prendre le relais de l'hôpital de Mamoudzou, en partie dévastée. Dans cette structure de la sécurité civile, 50 soignants et 10 sapeurs-pompiers s'occupent de plus de 200 patients chaque jour, l'équivalent de l'hôpital de la Timone à Marseille.

Cette maman est venue il y a quelques jours avec son bébé atteint d'une bronchiolite aiguë. Ici, elle a été prise en charge. La plupart des soignants sont des volontaires venus de l'Hexagone. Ici, on a même monté deux blocs opératoires où deux chirurgiennes se relaient.

2:29
Locuteur 6

Au niveau intervention, vous voyez, ce matin, on a huit patients. C'est des patients qui ont énormément des complications d'abcès, de lésions, de plaies par clou du talon, des panaris. C'est des patients qui sont dans des conditions pas faciles dehors. Les plaies s'infectent vite entre la chaleur, la manipulation des tolpes. On a fait une péritonite, une amputation.

2:57
Présentateur

Les médicaments sont acheminés par le pont aérien. Mais ici, tout est compliqué pour les conserver et on fait avec les moyens du bord.

3:06
Locuteur 6

On ferme les caisses régulièrement pour être sûr que la chaleur ne rentre pas trop longtemps dans les caisses.

3:12
Yaël Braun-Pivet

Vous avez des thermomètres, j'imagine, dans chacune d'entre elles ? On n'a pas de thermomètres.

3:16
Locuteur 6

Oui, au début, on avait mis les packs de froid, après la glace commençait un peu à fondre. J'avais mis un peu sur mon tomate, on a mis des serviettes et là, je n'ai pas installé une thermomètre.

3:25
Présentateur

C'est trop froid, j'avoue.

3:27
Yaël Braun-Pivet

Moi, je pose trop de questions. Non, non, mais...

3:30
Présentateur

Un mois après le passage du cyclone, Yaël Braun-Pivet entend regarder aussi ce qui marche après les critiques sur la réactivité de l'État.

3:40
Yaël Braun-Pivet

Il y a une vraie fierté parce que c'est un formidable outil qui permet de répondre à des besoins. Et en plus, on a des personnels qui se surpassent puisqu'ils dépassent largement les capacités classiques de ce type d'hôpital en doublant quasiment la capacité. Donc, on voit bien qu'ils font le maximum pour apporter secours à la population qui en a besoin. Et donc, c'est aussi important de souligner quand quelque chose est bien fait. Merci.

4:07
Présentateur

Avant l'adoption d'une loi spéciale pour la reconstruction de Mayotte à l'Assemblée, la Présidente entend avoir un état des lieux précis de la situation de l'île. Direction la Préfecture. Ou, comme un symbole, le bureau du préfet a pris l'eau. Oui, tu vois tout ça, c'est de l'eau, hein.

4:29
Locuteur 1

De l'eau, et puis effectivement des débris, de la laine de verre.

4:37
Présentateur

Comme tous les jours, se tient une réunion qui répertorie les avancées effectuées et les besoins non satisfaits.

4:44
Locuteur 1

On est aujourd'hui à 75% d'électricité rétablie. L'eau et l'adduction en eau, on a très vite récupéré la production initiale avant cyclone.

4:57
Yaël Braun-Pivet

D'accord. Et donc ça, le réseau complètement rétabli avec la pression nécessaire pour que tous les points en bout de chaîne et eau soient atteints, quel est l'objectif temporel de ça ?

5:11
Locuteur 1

Il est quasiment réalisé aujourd'hui. La problématique, c'est qu'avant cyclone, les points eaux n'étaient déjà pas forcément en pression d'eau.

5:18
Présentateur

Des problèmes structurels qui vont bien se faire sentir, notamment dans la commune d'Akwa, une des zones les plus touchées par Chido. Certes, depuis quelques heures, une partie du village a retrouvé l'électricité. Mais beaucoup d'habitants sont dans une détresse immense.

5:37
Locuteur 8

Bonjour. Bonjour. Comment ça va ? Ça va bien.

5:42
Yaël Braun-Pivet

Est-ce que vous avez de l'électricité chez vous ? Oui. Oui, depuis quand ? Hier. Hier ? Ça change la vie ? Oui. Vous avez de l'eau aussi ? Oui. De temps en temps. De temps en temps, ça alterne.

5:57
Présentateur

Et certains sont à bout de nerfs.

6:02
Locuteur 4

Nous, on est dans le noir depuis un mois, presque un mois. Moi, je vous dis en tant que citoyen, moi j'ai une maman qui a 81 ans, je dois charger une groupe électrogène tous les jours. Ça tourne 24 sur 24 parce que j'ai peur qu'elle souffre, qu'elle meure. En haut, il y a une zone à l'entrée de l'endement. Il y a une zone ici, il y a l'électricité. Là-bas, il y a juste quatre poteaux à remettre. Quatre poteaux à remettre et après à retirer les câbles. Mais c'est insupportable. Moi, je le dis parce que je souffre tous les jours.

6:35
Présentateur

Shido a détruit ou endommagé plus de la moitié des bâtiments de l'île. Mais pour certains, c'est la double peine. Cette dame est très remontée car elle est aujourd'hui quasiment à la rue. Elle a perdu son logement.

6:51
Locuteur 6

A priori, des personnes auraient pris possession. En situation irrégulière. En situation irrégulière.

6:58
Yaël Braun-Pivet

Possession du site et de ce qui reste. Même les filles à la halle. Il y a de quoi ? Je comprends. Il est loisi.

7:08
Présentateur

Il est loisi. Et la présidente de l'Assemblée nationale va prendre le dossier en main.

7:19
Locuteur 1

On fait confiance ? C'est parti. On s'en occupe. On s'en occupe. On s'en occupe. Oui, bien sûr, on s'en occupe. On s'en occupe. Parfait. Merci. On va se débrouiller.

7:30
Locuteur 8

Général, quand même.

7:31
Locuteur 1

Donnez nos fils, on va se débrouiller. Voilà, c'est ça, exactement. On s'en occupe.

7:34
Présentateur

Merci, merci beaucoup. Le mécontentement dépasse largement la gestion de la Préchi d'eau. Et la question de l'immigration va occuper les discussions. De l'autre côté de l'île, nous allons rencontrer celles qui se font appeler les chatouilleuses. En référence à ces femmes qui, dans les années 60, se sont battues pour arrimer l'île à la France et repousser l'influence des Comores. Nous sommes dans la commune de Mbongani, où très vite, on sent un désir très fort de République, presque à fleur de peau.

8:10
Locuteur 2

En tout cas, il y a eu une insulte qu'on n'a pas avalée. Quand le président Macron vient ici nous dire, sans la France, vous serez dans la merde. Nous, on est français, avant même qu'il soit né, depuis 1841. Ce n'est pas à lui mettre à nous dire que si sans la France, on n'est rien. On a toujours été là, on sera là même après lui.

8:32
Locuteur 5

Et la France est en train de nous mépriser, et les Comoriens nous oppressent. On défend que ceux qui sont venus...

8:52
Locuteur 3

C'est nous, cette aide, nous la... Le Mauri n'aura pas cette aide. Jamais. Les aides, depuis qu'ils ont le point aérien. Je suis désolé, moi, je n'ai pas l'eau.

9:12
Locuteur 5

Entre Bayot et la France, c'est un grand amour, mais c'est dans le respect mutuel.

9:17
Yaël Braun-Pivet

Mayotte compte. Mayotte est dans la République, Mayotte est pleinement dans la République, et Mayotte compte. Ce n'est pas que du discours, autrement je ne serais pas devant vous en train de vous le dire, monsieur. Je peux rester sur le perchoir à l'Assemblée nationale. Ce n'est pas vrai. On a bien conscience que Chido a détruit, mais on aimerait bien que Chido ouvre des portes.

9:39
Locuteur 9

L'ensemble des élus de Mayotte, on a demandé qu'il y ait une suspension de toute délivrance de papier à la préfecture, qui est la fin des instructions dans les écoles, c'est-à-dire d'envoyer un message très clair aux migrants qui continuent à arriver en Coissat, que ça ne sert à rien de venir à Mayotte, il n'y aura pas de papier. Nous, c'est ce que les élus de Mayotte, on le demande depuis le lendemain du cyclone.

10:04
Présentateur

70% de taux de chômage, 77% de pauvreté, un habitant sur deux qui est étranger. L'île accumule les difficultés et une paralysie patente. De nombreux projets publics sont sans cesse reportés, alors que la population de l'île a quadruplé en 40 ans. Vous diriez que l'État, depuis des années, a été défaillant avec Mayotte ?

10:28
Yaël Braun-Pivet

Oui, en tout cas, il y a un sous-investissement chronique sur Mayotte depuis des années, tout le monde le sait, mais on sait aussi que les difficultés auxquelles sont confrontées Mayotte sont très singulières, très particulières, avec cette immigration massive et cette île qui, certains disent qu'elle coule sous le poids démographique. Et donc, il y a des spécificités qui font qu'ici, c'est peut-être plus difficile qu'ailleurs, mais ce sont des Français, et donc ils ont le droit d'être aussi exigeants que d'autres Français.

11:06
Présentateur

Et l'État va devoir investir pour la jeunesse. Ici, plus d'un habitant sur deux a moins de 20 ans. Et les besoins, notamment à l'école, sont immenses. Au-delà des dégradations liées au cyclone, cette école de Mamoudzou, par exemple, fonctionne dans des conditions inimaginables ailleurs.

11:30
Locuteur 8

Bonjour.

11:31
Yaël Braun-Pivet

Bonjour. Vous avez combien d'élèves dans cette école ? 565.

11:40
Locuteur 6

565, c'est une grosse école. C'est une grosse école qui est en rotation.

11:44
Présentateur

En rotation, c'est-à-dire qu'il y a si peu de place que les élèves vont à l'école à mi-temps, comme plus d'un enfant sur deux à Mayotte. Pénurie de locaux, mais aussi de professeurs.

12:01
Locuteur 8

Et là, c'est le poids de l'île. Vous êtes enseignant ici ? En quel niveau ?

12:07
Présentateur

C'est en deux. Il manquerait plus de 200 enseignants sur l'île. Au collège, ce sont plus de 60% des professeurs qui sont contractuels, et le taux de turnover y est particulièrement important. Tant et si bien que de plus en plus de parents décident d'envoyer leurs enfants en métropole pour qu'ils y suivent une scolarité normale.

12:30
Locuteur 5

Il faut passer aussi à du gêne. L'état de l'école, c'est une catastrophe.

12:34
Locuteur 2

Il faut vraiment que l'État ait de Mayotte. Parce qu'on est à terre, on est au bout du couloir.

12:42
Yaël Braun-Pivet

On va y aller.

12:44
Présentateur

Yaël Braun-Pivet n'ignore rien de ses chiffres. Elle s'était déjà rendue à Mayotte l'année dernière. Deux visites en un an, du jamais vu pour un président de l'Assemblée nationale.

12:57
Yaël Braun-Pivet

On dit souvent que ce sont les maires qui sont à portée d'Angoulade. Mais évidemment, il faut que tous les élus soient à portée d'Angoulade. Et c'était important pour moi de revenir sur le territoire maoré un an plus tard. Et donc je crois que ce type de déplacement est absolument fondamental.

13:11
Présentateur

Après la catastrophe de Shido, c'est le temps de tout reconstruire. Peut-être l'opportunité d'améliorer profondément la situation de Mayotte.