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interviewLe Média — Podcasts· 16 avril 2019 35 min

Révélations sur assange, Macron et les Gilets Jaunes | Juan Branco

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Juan Branco

L'autre interview, révélation sur Assange, Macron et les Gilets jaunes, avec Juan Branco.

0:08
Présentateur

Bonjour Juan Branco. Bonjour. Vous êtes avocat, écrivain. Vous nous recevez ici à Chartres parce que vous venez de donner une conférence avec notamment Priscilla Ludovski sur le mouvement des Gilets jaunes. Justement, ce week-end se tient l'acte 22 du mouvement. Qu'est-ce que vous en pensez ?

0:21
Juan Branco

Je pense que le fait que le mouvement est tenu depuis bientôt cinq mois, c'est juste le résultant naturel du fait que la parole de toute une partie de la population française n'est plus portée dans l'espace institutionnel, ni au sein de l'Assemblée et du Sénat, où il y a, je le rappelle, 0% d'ouvriers et 5% d'employés, ni au sein des grands corps de l'État, là où sont issus ceux que l'on dit être les meilleurs élèves de la République, Polytechnique, l'ENA et Normale Sup, où il y a en moyenne 1% d'enfants d'ouvriers qui intègrent ces espaces-là.

Et évidemment, du coup, dans tous les espaces dérivés, notamment l'espace journalistique, où la parole et le vécu des classes les plus populaires ne sont que rarement portées et surtout beaucoup moins portées par les personnes les plus visibles, qui sont en général les plus favorisées, mais aussi les descendantes de personnes les plus favorisées. Donc on se retrouve dans une situation où, en gros, on a un étouffoir assez paradoxal parce que, par exemple, une grande partie de la profession journalistique est extrêmement précaire et a beaucoup de difficultés à s'installer au sein de son travail, de faire son travail correctement.

Et pourtant, cette partie-là est devenue comme invisible et elle sait très bien que pour avoir accès à la fonction journalistique, à cette fonction qui va permettre de porter une parole et de contrôler les pouvoirs, eh bien elle est obligée de faire des compromis et de s'assimiler, en fait, dialectiquement, à une forme de discours qui est celui des dominants.

Et quand, dans cette situation-là, on a l'ensemble de l'espace institutionnel et donc, en gros, de l'espace représentatif qui est absorbé par les classes les plus favorisées et par leurs héritiers, eh bien on se retrouve à un moment avec des intérêts qui sont à chaque fois moins défendus, et ce sont ceux, évidemment, des classes les plus populaires, eh bien ces personnes-là, ces classes-là, à un moment, à force de ne pas se sentir représentées, à force de voir leurs intérêts, en effet, atteints par les décisions de leurs gouvernants, finissent par vouloir s'exprimer d'une façon ou d'une autre et donc sortent dans la rue.

Et je pense qu'à partir du 17 novembre, a commencé à s'effectuer ce que je pense être un rééquilibrage naturel au sein de la société française, où à nouveau, c'est à peu près 50% de la population active française, parce que les ouvriers et les employés représentent 50% de la population active française, à nouveau essayer de revendiquer un droit à la parole, pour qu'évidemment, derrière, leurs conditions de vie s'améliorent et qu'on ne vive pas dans la sixième puissance mondiale, en ayant des difficultés à chauffer ou à nourrir ses enfants.

Et donc, en fait, cette rupture, elle est naturelle et elle est structurelle, donc elle est appelée à durer tant qu'il n'y aura pas de réforme du système qui permettra à ces voix de se faire entendre, soit de façon directe, pour ceux qui croient encore dans la démocratie représentative, c'est-à-dire en réformant l'ensemble du système à la fois électoral, mais aussi éducationnel, qui fasse que chaque enfant ait exactement les mêmes chances aujourd'hui de réussir dans le pays, ce qui est loin d'être le cas.

Aujourd'hui, s'il n'y a que des enfants, des classes favorisées qui intègrent les grandes écoles, c'est pour une raison très simple, c'est que le système est fait de façon à leur permettre d'intégrer ces grandes écoles, parce que des moyens sont alloués dès leur plus jeune âge pour leur permettre d'acquérir les codes qui sont ceux qui, in fine, sont requis dans ces concours-là, mais aussi tout simplement pour légitimer leur position dominante au sein de la société.

Donc il y a leurs parents, leurs grands-parents, leurs arrière-grands-parents qui ont acquis leur capital d'une façon ou d'une autre, et en fait derrière, ces héritiers, en réussissant ces concours des grandes écoles, vont voir légitimer leur position dominante dans la foulée. Or, la méritocratie et la promesse de la méritocratie républicaine qui fait qu'aujourd'hui les gens ne se rebellent pas contre cette partie-là du système, parce qu'on est tellement bercés depuis l'enfance, dans le fait qu'en fait il y aurait une forme de crédibilité au fait qu'en effet tout le monde a sa chance aujourd'hui en France.

Ce que Bourdieu et tous les sociologues depuis ont complètement déconstruit, et bien cette croyance crée de l'adhésion et crée une forme de passivité. Et bien remettre les chiffres en avant et montrer qu'aujourd'hui, un enfant d'ouvrier n'a aucune chance d'arriver à des positions sociales dominantes au sein de la société, et du coup d'emporter avec lui le vécu de ses parents, son propre vécu et ses difficultés, et du coup de peser sur des décisions de façon à ce que ses intérêts soient pris en compte, c'est un élément essentiel. Donc ça c'est si on croit dans la démocratie représentative encore.

Mais ce qui émerge avec les Gilets jaunes, c'est quelque chose de merveilleux je trouve, c'est qu'il y a une rupture, le fruit de cette rupture de confiance envers les médias, envers les politiciens, etc. produit une volonté de réappropriation directe du pouvoir et de la possibilité de décision. Des instruments comme le référendum d'initiative citoyenne, ça pourrait sembler un gadget. Au contraire, c'est extrêmement important. Pourquoi ? Parce que ça va permettre à chaque individu, à ces personnes-là qui s'estiment trahis par ceux qui étaient censés défendre leurs intérêts, tous ces représentants, ces journalistes, etc.

Ces personnes-là ont une fonction dans la société qui est financée par la collectivité. Les Gilets jaunes, du coup, considèrent que ces personnes-là ne méritent plus leur confiance, parce qu'ils ont travaillé pour toute une série de raisons, et on l'a vu sur la taxe carburant, où on nous a vendu pendant des mois le fait que ce serait une taxe pour financer la transition écologiste, jusqu'au moment où on s'est rendu compte qu'elle n'avait qu'une fonction financée, le CICE, c'est-à-dire en gros quoi ?

On taxait l'ensemble de la population pour permettre à un certain nombre, très réduit de personnes, ceux qui ont des actions dans un certain nombre d'entreprises, principalement les plus importantes, parce que c'est ceux-là qui sont bénéficiaires du CICE, de faire encore plus de bénéfices. Donc en gros, on a un transfert de ressources massifs de l'ensemble de la population vers une classe qui est déjà favorisée. Et on a essayé de nous faire croire que tout cela était censé financer la transition écologique jusqu'au moment où les Macron-Lix ont révélé qu'en effet, non, ce n'était pas dans ce but-là.

Eh bien, par exemple, cette dysfonction du système médiatique et politique qui font qu'il n'y a aucune force politique, aucun journaliste qui à un moment s'est élevé, aucun média plutôt qu'aucun journaliste, s'est élevé pour dire que c'est un scandale qu'on nous dise que ceci est A alors que ceci est B, et que ce qu'on est en train de faire, c'est une forme de spoliation.

Le fait que personne ne fasse ça, ça fait qu'à un moment, les gens ont décidé de se saisir de leur propre destin et de prendre leur destin en main de différentes façons, en manifestant, mais aussi en réclamant que des outils comme le RIC leur permettent de peser directement sur ces décisions-là et de prendre directement des décisions qui fassent que, par exemple, sur les aéroports de Paris, la Française des Jeux, etc., sur la privatisation, sur les questions de taxes, ils puissent, à tout moment où ils sentent que les représentants ne prennent plus des décisions en leur faveur, se ressaisir de la parole et directement prendre une décision. Ça produit quoi comme effet secondaire ?

Une intimidation pour les décideurs et les hommes politiques qui sauront qu'à tout moment, ils auront le coup près d'une éventuelle procédure via ce référendum d'initiative citoyenne, qui feront qu'ils seront naturellement beaucoup plus attentifs aux intérêts de l'ensemble de la population, et notamment des classes les plus populaires.

Donc je pense qu'en fait, il y a une sorte de prise de conscience extrêmement forte de la nécessité, et peut-être que si on suit cette voie la plus radicale, entre guillemets, parce qu'en fait elle est finalement très attendue et très anodine de la part des Gilets jaunes, ça pourrait avoir un effet bénéfique majeur, c'est-à-dire qu'on finirait un travail qui a été commencé pendant la Révolution française.

La Révolution française a permis d'instaurer en France une démocratie bourgeoise, c'est-à-dire une démocratie par laquelle vous n'avez plus, c'est plus que vous n'avez plus le droit à vous exprimer, mais vous avez le droit à élire des personnes qui vont porter votre parole, donc des personnes qui en votre nom vont prendre des décisions. Donc vous créez une caste, au sens étymologique du terme, qui va avoir pour fonction, au sein de la société, de prendre des décisions à votre nom.

Eh bien je pense qu'aujourd'hui, notamment grâce au progrès de l'instruction et à l'évolution des moyens de communication et de technologies qui influencent le politique, je pense qu'aujourd'hui le peuple français, les peuples du monde entier sont arrivés à un degré de maturité suffisante pour qu'ils puissent, lorsqu'ils le décident, se prononcer directement sur des situations politiques sans avoir à passer par cette caste intermédiaire, encore une fois au sens neutre du terme, qui jusqu'alors faisait filtre et leur permettait de porter leur parole.

Donc en fait, les Gilets jaunes, si on suivait cette voie la plus radicale, permettraient une forme d'approfondissement démocratique, une nouvelle étape d'approfondissement démocratique pour arriver à une véritable démocratie. Donc je trouve ça très sain, parce que quoi qu'il arrive, que l'on suive la voie la plus conservatrice ou la plus radicale, au sens étymologique du terme, c'est-à-dire de retour à une racine du mot démocratie, le pouvoir pour le peuple, et évidemment je pense qu'à partir de là, on aura un assainissement de la démocratie française, une correction des torts massifs qu'a provoquée la Vème République, dont je parle notamment dans mon ouvrage Crépuscule.

8:04
Présentateur

Justement, Crépuscule, vous avez décidé de l'éditer après avoir vu le mouvement des Gilets jaunes. Est-ce que vous pouvez nous raconter ?

8:10
Juan Branco

Ça a commencé en fait par une enquête que j'ai publiée sous format PDF, que j'ai mise en livre accès, qui reste en livre accès, que j'ai complété au fur et à mesure des semaines qui passaient, des informations qui me venaient. J'ai beaucoup enquêté pour le compléter pour leur version écrite, en plongeant vraiment dans les bas-fonds de l'âme humaine, c'est-à-dire que j'ai dû être confronté aux amantes qui trahissaient les grands décideurs, les oligarques, les hommes politiques, aux anciens employés, parfois les anciennes call girls, comme c'était le cas notamment de Xavier Niel.

Donc je suis allé vraiment très loin dans la laideur de l'âme humaine pour essayer d'en ressortir des informations qui toucheraient à l'intérêt général et pour essayer de nourrir un récit de comment fonctionnent les élites dans notre pays aujourd'hui et leur déficience majeure. Alors quand j'ai mis en ligne le PDF, ça a pris en fait une ampleur très importante qui, à mon avis, est liée.

C'est une enquête que j'avais commencée début octobre, donc avant le mouvement des Gilets jaunes que j'avais appuyé à soutenir dans la foulée, enfin avant l'acte 1, pardon, parce que je voyais bien en fait que la déficience de nos élites nous mettait dans une telle tension qu'en fait la société est en train de se disloquer. Et je ressentais vraiment le besoin qu'il y ait cette rupture au sein de la société pour qu'enfin on sorte de cet entre-soi étouffant dans lequel s'était enfermée une partie des élites françaises.

Et donc cette enquête a eu un succès énorme sur Internet avec plusieurs centaines de milliers de téléchargements, je pense pour une seule raison, c'est que les personnes cherchaient des outils pour comprendre ce qui était en train de se passer et pourquoi en fait, avec l'élection de Macron notamment, ils s'étaient sentis à ce point floués, ils se sentaient un an après alors qu'on leur avait vendu quelque chose qui ressemblait au Messie, ils se sentaient trompés, et pourquoi les décisions qui étaient prises allaient à leur rencontre ? Alors, traditionnellement, on se refuge soit dans l'abstention, soit dans une sorte de rejet et de nihilisme politique. Pourquoi ?

Parce qu'on se sent complètement impuissant face à la violence des puissants. Je pense que les gilets jaunes, enfin, violence, pardon, des dominants. Je pense que les gilets jaunes ont désactivé cet effet-là et donc on cherchait, on nourrit un effet de compréhension, une recherche de compréhension très importante. Et là, j'avais une fonction, je pense, de passage, en fait, naturellement, qui s'est interposé.

Moi, qui avais vécu dans ces sphères-là, qui avais rencontré ces oligarques, Xavier Niel, certains des principaux ministres d'Emmanuel Macron, dont Édouard Philippe, qui avait essayé de m'amener à travailler avec eux, mais aussi l'espace médiatique, où j'avais été très inséré, très repéré depuis mon plus jeune âge, mais aussi les grandes écoles, Sciences Po, Norma Sup, etc.

J'avais une masse d'informations extrêmement importantes que je pouvais redistribuer, ce qui donnait des outils aux gens, non seulement de se mobiliser et de comprendre les ressorts, en fait, de la crise à laquelle on était confrontés, mais aussi, quelque part, d'éviter une forme d'effondrement moral qui ferait qu'on se dirait, bah oui, justement, on se sent complètement impuissant parce que tout ça, c'est trop incompréhensible, trop complexe, etc.

Et alors, c'est aussi un grand outil, je pense, contre toute forme de complotisme, et notamment contre les stratégies du bouc émissaire qui font que quand vous ne comprenez pas, vous cherchez des solutions simplistes, alors ça peut être les francs-maçons, les juifs, etc. Et là, en fait, en donnant vraiment des clés de compréhension du système tel qu'il fonctionne véritablement de l'intérieur, en montant à quel point il alimente la corruption, donc pas du tout pour le dédouaner, mais au contraire, pour l'accuser frontalement, je permets aux gens d'avoir une forme d'émancipation, en fait, de libération par rapport au discours un peu enfermant dans lequel ils auraient pu se trouver.

Et surtout, je les active politiquement, parce qu'après, à partir de ça, à partir des armes que je leur donne, c'est à eux de se déterminer, de trouver les solutions, les voies de mobilisation, qu'elles soient plus ou moins radicales, pour justement provoquer cette bascule sans fantasme, vraiment à partir de faits, d'une enquête très fouillée, et tout simplement de comprendre, en fait, et je pense que le plus important dans ce texte, c'est le lien entre puissance financière, puissance politique et puissance médiatique, et comment en fait, en France en particulier, on a fini par créer une sorte de fonctionnement circulaire dans laquelle un certain nombre de personnes, très peu, quand on parle de neuf personnes qui détiennent 90% de la presse écrite nationale, ces neuf personnes, en plus, c'est des personnes qui se connaissent, qui se fréquentent, qui parfois se marient entre elles, on voit Xavier Niel et la fille de Bernard Arnault, par exemple, Bernard Arnault qui derrière rachète l'hôtel particulier d'Arnault Lagardère pour s'y installer, pardon, de Jean-Luc Lagardère, une fois que celui-ci est mort, pour s'y installer, ces personnes, en fait, qui fonctionnent en vase clos, dans une forme d'endogamie très importante, qui vont faire, qui vont racheter des milliards dans un seul but, influencer l'espace politique pour obtenir des décisions qui vont aller en leur faveur, parce que les fortunes de ces personnes-là, et je pense que c'est l'élément que je détaille et qui est le plus important dans mon ouvrage, dépendent très majoritairement de la puissance publique, dépendent très majoritairement des ressources que nous concentrons à Paris, à travers les taxes, les impôts, etc., théoriquement, pour faire de la politique, pour les redistribuer selon nos choix sociaux, économiques, etc., et ces personnes-là, en fait, ont fini par créer des points de fuite qui leur permettaient de récupérer une partie de cette masse d'argent que les impôts et les taxes récoltent, à travers des mécanismes légaux de corruption.

Je parle, par exemple, de comment Bernard Arnault, dans les années 80, en récupérant le groupe Boussac, avec l'aide de l'État et des subventions massives, a commencé à constituer un empire qui s'appelle aujourd'hui LVMH et qui pèse 80 milliards d'euros, en licenciant beaucoup de personnes, en démantelant toute une série d'industries lourdes, en déconstruisant, en fait, la société, le tissu social de toute une partie du territoire français, notamment dans les Vosges. Pareil pour Xavier Niel, dont la fortune dépend de l'accès au marché régulier, que ce soit de la téléphonie ou des fournisseurs à accès Internet.

La Gardère, évidemment, dont la fortune vient de son père, c'est-à-dire, en gros, de leur grande industrie, de l'aérospatiale notamment, mais aussi en partie de l'armement, puis après, en fait, crée un empire dans les médias, qui, du coup, lui permettent d'obtenir les faveurs du politique, qui, en retour, leur permettent d'obtenir des décisions importantes. Je montre comment on est, par exemple, Macron, après avoir été le banquier de la Gardère, quand il rentre à l'Élysée comme conseiller de François Hollande, va s'impliquer dans les négociations entre la Gardère et l'ADS pour vendre ses actions dans l'entreprise qui deviendrait Airbus et en tirer près de 100 millions d'euros de dividendes.

Évidemment, qu'est-ce qui va se passer dans la foulée ? Et ce n'est pas complotiste, c'est juste factuel. Après, on peut penser que c'est un pur hasard.

Alors, que ce soit le JDD ou Paris Match par le truchement de Mimi Marchand, qui sont des propriétés de la Gardère, vont faire campagne pour Macron de façon massive, avec un nombre de unes complètement délirantes, des fausses paparazzades qui vont mettre en unes, qui vont, en fait, servir à faire connaître cet individu qui s'était fait coopter au sein des élites du petit Paris, le faire connaître au reste de la population française pour le faire adopter, introniser, une fois que l'ensemble des autres candidats du système se sera effondré, et bien pousser massivement à son élection.

14:11
Présentateur

Alors, vous l'avez dit, vous êtes issu de ce même système élitiste. Qu'est-ce qui vous a poussé à fuir ?

14:17
Juan Branco

L'absence d'attrait et de désir qui règne au sein de cet espace-là. C'est-à-dire que ces personnes ne sont pas forcément brillantes, n'ont pas forcément d'exigences intellectuelles très importantes, et n'ont pas de vocation à servir des idées, mais seulement des intérêts. Alors, moi, je n'ai pas un fantasme particulier du yacht ou de la réplique en marbre doré, marbre rose, pardon, du trianon de Versailles où habite aujourd'hui Xavier Niel.

J'ai plutôt pour fantasme de vivre dans une société où il y a un rapport humain beaucoup plus important qu'aujourd'hui, et qu'il n'y ait pas en fait des creux dans lesquels on risque à tout moment de sombrer par isolement, par tout simplement défonction, parce que c'est ce qui est en train de se passer. À force de détruire les ressources collectives, les services publics, etc., il y a de plus en plus de personnes qui se retrouvent sans véritable rôle dans la société ou très précarisées de façon à ce qu'à n'importe quel moment, ils pourraient sombrer dans l'isolement. Et cette absence de sens et cette destruction radicale du rapport humain m'a affecté personnellement.

J'ai vécu beaucoup de personnes qui, de mes promotions, des personnes qui ont fait de grandes études de Sciences Po et compagnie, se retrouvaient dans ces trappes à misère sociale, avant tout des trappes économiques, où ils avaient le choix entre avoir des travaux très bien financés, des travaux, pardon, mais on m'a proposé, enfin, c'est même pas on m'a proposé, j'ai gagné jusqu'à 8 000 euros par mois à une période de ma vie, sauf que pour cela, vous deviez renoncer à toute forme, en fait, d'ambition intellectuelle ou d'intégrité, et ça vous rendait parfaitement malheureux, en fait.

Et donc, à un moment, provoquer cette rupture et amener à ce que des personnes ne sombrent pas dans la folie, ne se suicident pas, ne meurent pas de toute une série de conséquences physiques qui sont le fruit du précariat, du chômage, etc. Je rappelle toujours cette étude de l'Inserm, 10 à 15 000 morts par an du fait du chômage, et du seul chômage. On ne parle pas du précariat, on ne parle pas de toutes les autres formes de violence sociale qui s'expriment à ce pays. C'est 450 000 personnes en 30 ans. Je ne sais pas si on se rend compte du massacre que cela constitue.

Eh bien, essayer juste de réparer cette société et d'utiliser ce capital énorme qu'elle m'a donné, parce qu'encore une fois, on est rentré dans un système où on avait l'impression que les personnes qui ont fait des grandes études, eh bien, on leur devait quelque chose, parce que ce seraient des personnes particulièrement brillantes ou autres. Ces personnes-là, en fait, ont eu le privilège d'étudier pendant des années, que ce soit financé par la société ou non. On leur a donné cette chance d'avoir plus de temps que d'autres, de découvrir comment fonctionnaient les sociétés humaines, comment fonctionnaient pour la science, enfin, la nature, les systèmes abstraits.

Ces personnes-là nous doivent quelque chose, parce que c'est collectivement que l'on a fait cet effort pour construire ces institutions, pour leur permettre de s'émanciper, et in fine, de nous émanciper. Et ce devoir, il est particulièrement important pour ceux qui, derrière, en plus, ont intégré les grands corps, et donc ont eu accès à des fonctions de responsabilité très importantes à un très jeune âge. Ils le font théoriquement pour servir la société. Or, la personne que l'on nous a voulu nous présenter comme un exemple, c'est Emmanuel Macron, qui, au lieu de servir cette société, est parti chez Rothschild après avoir intégré l'inspection des finances.

Il a été recruté chez Rothschild pour une seule raison, du fait des réseaux qu'il avait au sein de l'État, du fait de ce pouvoir que lui donnait la société française pour construire quelque chose au bénéfice de la société française. Il a décidé de partir chez Rothschild, et en trois ans, à force de fusion-acquisition, qui, en général, sont destructrices d'emplois, de valeurs, de gagner 2 millions d'euros pour s'émanciper, en fait, du reste de la société. C'est pour ça qu'il y a une cohérence entre le parcours d'Emmanuel Macron et son discours.

Quand cette personne dit qu'il faut que les Français rêvent à nouveau, les jeunes Français rêvent à nouveau d'être milliardaires, et que, de façon générale, quand on entend son discours sur l'individualisme, sur l'émancipation, c'est un vrai rêve de ne plus avoir à dépendre de l'autre. Alors, moi, je pense que le sentiment d'altérité et la conscience qu'il faut vivre, en fait, en rapport avec l'autre, et qu'il ne suffit pas d'envoyer les vieux dans des EHPAD et les personnes non productives, ceux qui ne sont rien, pour reprendre encore ces terminologies, on voit bien, en fait, comment ça commence à faire sens dans des machines à broyer.

Je considère qu'en fait, il y a une richesse humaine beaucoup plus large que celle à laquelle, probablement, il a eu accès, et qu'à partir de là, en fait, ce type de parcours ne devrait jamais être mis en exemple d'une réussite, parce qu'il n'y a pas de réussite individuelle. Et une réussite individuelle qui se fait, en plus, en pillant les ressources collectives, c'est au contraire quelque chose de destructeur. Et vous me demandiez comment j'en suis arrivé là, probablement parce que j'ai la chance d'être l'enfant de parents qui ont fui les dictatures de 1970, mais ça, c'est un discours creux. Ce qui est plus important, c'est qu'ils sont sortis de sociétés qui étaient encore structurées.

C'est-à-dire que comment est-ce que vous faisiez pour survivre dans un petit village sous l'Espagne franquiste ou salazariste, alors que justement, vous recherchiez une forme d'émancipation, eh bien, vous compreniez qu'il y avait un système d'entraide qui passait en dehors de l'État, qui passait en dehors des systèmes traditionnels, enfin, des systèmes politiques et de réussite individuelle, parce que tout était bouché à l'échelle nationale et que les systèmes étaient figés.

Or, justement, je pense qu'ils m'ont donné quelque chose qui m'a apporté une autre chose dans la foulée, c'est qu'en faisant de moi un enfant d'immigré, enfin, moi-même étant né en Espagne, donc en n'ayant pas beaucoup de familles en France, aucune, à part en fait mes parents et ma petite sœur, je savais à quel point je dépendais du bon fonctionnement de la société pour ne pas me retrouver dans une de ces trappes dont je parle. J'étais plus vulnérable que la moyenne, même si par ailleurs on a eu un parcours de vie très riche, avec l'accès à beaucoup de facilité.

Il y avait quand même cette chose-là qui, en termes de lien social, parce que mes parents eux-mêmes étaient étrangers, et que leur cercle social n'était pas forcément encore à Paris complètement, parce que les espaces familiaux n'étaient pas en France, lorsqu'ils étaient loin, eh bien une conscience de ce que la dépendance à l'autre, non seulement crée, mais aussi la richesse qu'elle apporte, et la nécessité pour les personnes qui n'ont pas la chance, justement, d'avoir vécu dans des familles riches et confortables, comme Emmanuel Macron, ou comme moi j'ai pu y avoir accès à un moment de ma vie, même si la période a changé.

Eh bien, ces personnes-là, il faut toujours être en lien avec eux, et leur permettre, justement, d'avoir accès à cette ressource qui n'est pas tangible, ce n'est pas de l'argent, pas seulement de l'argent, même si c'est très important, les filets de sécurité sociaux, etc., et leur permettre, justement, de survivre, et pas simplement d'être dans une idéologie productiviste, dans laquelle on en ferait une chaire à marcher.

20:10
Présentateur

Alors, dans Crépuscule, vous dévoilez qu'en 2014, vous êtes reçu par Xavier Niel. Est-ce que vous pouvez nous raconter ?

20:15
Juan Branco

Oui, c'est un déjeuner, en fait, qui est assez banal, parce qu'il l'organise de façon récurrente avec un certain nombre d'impétrants, de personnes qu'il considère comme puisque, sortant de ses élites, qui pourrait le servir et lui être intéressante à terme, et donc, il leur fait un numéro de séduction assez important à chaque fois, assez creux, dans lequel vous ne voyez pas la véritable personne, vous voyez un personnage qui s'est construit, ce même personnage qui s'est construit justement avec les demi-marchands, qui serait l'homme en dehors du système, etc.

Il en arrivait même, quand même, à me dire qu'il ne s'entendait pas bien avec Bernard Arnault, son beau-père, alors qu'ils ont, en fait, investi dans beaucoup, beaucoup d'affaires, j'ai découvert plus tard ensemble, pour essayer de faire croire qu'ils ne s'étaient pas intégrés à cette sphère-là.

Et quand j'ai vu, en fait, cette fabrique et cette endogamie qui s'étaient mises en place, dont j'avais prévenu Xavier Niel, lors de mon déjeuner, pour revenir à ce déjeuner de janvier 2014, des dangers qu'il créait, et j'avais fait, en lui disant, non seulement pour la société, mais même pour lui-même, c'est-à-dire que dès le moment que l'on commençait à acheter de façon compulsif des médias, le Monde, l'Observateur, etc., il y avait un risque très important de confusion des gens, qui faisait que même s'il avait été honnête, ce qui n'était pas le cas, il y aurait un reproche et une tension qu'il créait dans l'espace démocratique dangereuse.

Et bien, quand j'ai vu, en fait, quatre ans plus tard, que cette personne-là qui m'avait dit lors de ce déjeuner qu'Emmanuel Macron souhaitait devenir président de la République et qu'il deviendrait probablement, et qu'il m'avait fait entendre qu'il se mobiliserait en sa faveur, chose qui a été confirmée depuis, notamment par l'ouvrage MIMI publié chez Grasset, et bien, quand j'ai vu quatre ans plus tard les conséquences, c'est-à-dire qu'en effet, Emmanuel Macron avait été élu, et que M.

Niel continuait avec Bernard Arnault d'organiser ses coteries visant à influencer la production d'informations de façon très douce, mais peut-être pas si douce que ça, j'ai décidé de me désolidariser définitivement et de rompre avec cet espace-là et d'en révéler le fonctionnement interne.

22:00
Présentateur

Votre livre crépuscule caracole en tête des ventes, mais il y a quand même un silence médiatique autour. Est-ce que vous pensez réellement que c'est lié au fait que la plupart des médias appartiennent justement à ces hommes d'affaires ?

22:12
Juan Branco

Structurellement, c'est le cas. J'ai quand même fait les radios des nationales belges, portugaises, espagnoles, les matinales en plus, pas des infos, pas des médias secondaires, le premier quotidien norvégien, des choses qui sont quand même d'une importance assez amusante, même si ça pourrait sembler de l'anecdotique. Et le silence absolu qui préside à la réception de cet ouvrage, qui en effet est vraiment en tête des ventes, ce n'est pas une invention, on est vraiment au niveau de Guillaume Musso, ce qui est quand même assez exceptionnel et rigolo. Ce silence, il est le fruit de ce que je raconte dans cet ouvrage tout simplement.

C'est une magnifique mise en abîme, c'est-à-dire pas forcément un complot, pas forcément des réseaux qui s'activent pour détruire à l'avance, mais une forme de connivence qui font qu'il y a un point aveugle majeur au sein de l'espace informationnel français. C'est en effet ces liens entre puissance oligarchique, donc entre médias, fortune financière ou économique de première importance, et pouvoir politique. Et si vous remarquez, c'est le seul creux réel dans l'espace informationnel français, qui par ailleurs a beaucoup de journalistes de grande qualité, mais il y a un point aveugle.

Or, ce point aveugle est devenu déterminant pour le devenir de notre espace démocratique, c'est-à-dire qu'il permet aujourd'hui de créer des distorsions telles qu'ils affectent directement les choix des citoyens. Pourquoi ? Parce qu'une démocratie où l'information est viciée et où vous avez une concentration telle du politique sur un événement particulier qui est l'élection présidentielle tous les cinq ans, et bien il suffit qu'il y ait une dérive qui à un moment s'installe que l'on ne puisse pas contrer parce qu'il y a des effets de bord.

Je ne dis pas que Lagardère a fait Emmanuel Macron, mais il suffit que vous lanciez plusieurs unes de Paris Match successives où vous faites monter cette personne-là, non seulement pour lui créer une notoriété artificielle, mais pour ensuite amener Gala, VSD, etc. à se dire on ne peut pas rater ce phénomène-là, vu qu'ils ont racheté pas n'importe quel média, mais les médias en fait qui envoient les signaux les plus importants. Et de la même façon que le JDD, avec 4 unes en deux mois et demi, les deux premiers mois et demi qui ont suivi la nomination d'Emmanuel Macron au ministre de l'économie, c'est quand même pas rien pour un hebdomadaire. Eh bien, ça provoque quoi ?

Ça provoque évidemment un effet d'entraînement massif qui fait que quand par ailleurs Xavier Niel, lorsqu'il déjeune avec le directeur du Monde et avec son directeur général, lui dit « Regardez, il y a ce jeune homme plutôt qui est bien, faites attention à lui, surveillez-le. » Et après, par ricochet, de bonne foi, les personnes font circuler cette information. Vous voyez, en fait, c'est de la production douce d'informations.

Ce n'est pas un complot ou quelque chose de systématique, mais qui en fait fait que par effet de suivisme et par les effets structurels du fonctionnement de l'espace médiatique aujourd'hui, vous pouvez très rapidement créer des vagues de notoriété extrêmement brutales qui sont très difficilement comptables en quelques mois. Et encore une fois, vous vous retrouvez avec un Emmanuel Macron que l'on a dû nous présenter puisque son parcours n'avait rien de valeureux, comme un grand pianiste alors qu'il avait eu un... Comment est-ce qu'on justifiait ça en disant qu'il avait un troisième prix au conservateur municipal d'Amiens ?

Puis après, un grand philosophe, comment est-ce qu'on justifiait ça en disant qu'il avait vérifié l'appareil critique du dernier ouvrage de Paul Ricoeur ? C'est quoi l'appareil critique ? C'est les notes de bas de page. Il l'avait vérifié, il ne l'avait même pas fait. On l'a présenté comme le Mozart de la finance. Pourquoi ? Pour ce que je viens de vous raconter, la façon dont il avait utilisé les ressources que lui avait attribuées l'État pour organiser des fusions acquisitions au sein de la banque Rothschild.

Je suis désolé d'utiliser ce thème vulgaire, mais il est utilisé par Alain Main, qui est une des personnes qui ont propulsé Emmanuel Macron dans sa première phase d'intégration au sein des élites parisiennes. Être banquier d'affaires, ce n'est pas être un génie, c'est être pute. C'est Alain Main qui l'utilise, texto, en parlant d'Emmanuel Macron. En parlant d'Emmanuel Macron. Et bien, ce génie de la finance, et je ne sais plus quoi... Ah oui, un brillant élève, alors qu'il a raté trois fois NormalSup, et qu'il a dû s'y reprendre à deux fois pour passer l'ENA. Je ne juge pas les gens, le talent des gens, selon leur capacité à passer concours.

Mais ils en ont fait, en fait, un instrument pour essayer de nous servir quelqu'un qui, de façon désintéressée, en fait, se serait donné au bien commun et à l'intérêt général en passant à ces élections. Pourquoi ? En se présentant à ces élections. Parce qu'il aurait pu être tout cela sinon. Qu'il n'y ait pas cette capacité des médias à faire contre-pouvoir. Et qu'il y ait eu ce suffisme qui n'est pas forcément instrumentalisé. Les oligarques dont je parle ne sont pas derrière chaque journaliste. Ce n'est pas du tout ce que je dis.

Et bien, cette absence de pensée, cette médiocralisation de l'espace médiatique, font que, in fine, vous pouvez fabriquer très facilement un candidat qui va, en fait, s'imposer et faire que les populations, quelque part bernées ou en tout cas mal informées, vont voter pour cette personne au lieu d'une autre. Et dès le moment que vous votez pour A, en pensant que A et B, eh bien, votre vote n'a plus grande valeur. Le fondement de la démocratie, c'est une information pluraliste et qui soit, justement, le plus proche de la vérité. Et plus vous éloignez par ces effets de communication et ces manipulations, eh bien plus, évidemment, qu'est-ce que cela produit ?

Il y a des distorsions démocratiques avec, derrière, des frustrations très fortes et des mouvements comme les Gilets jaunes.

26:49
Présentateur

Aujourd'hui, quelle est votre situation ? Parce qu'il y a quelques années, vous étiez lancé en politique. Maintenant, vous êtes l'avocat de Maxime Nicole, mais bénévolement ?

26:56
Juan Branco

Écoutez, moi, j'ai passé une période très difficile parce que l'écart, en fait, difficile. Pourquoi ? Parce que la désadhésion à ce système a un grand coût. Et on vous le fait payer très cher, et notamment, justement, en termes de fonctions sociales et de capacité à retrouver un rôle dans ces espaces-là. Et je me suis retrouvé, d'ailleurs, à dormir sur le canapé de ma mère au RSA pendant une période, ce qui n'était pas forcément attendu. Et je n'en fais pas du tout un misérabilisme ou quoi que ce soit.

Mais c'est vrai que ça m'a permis de comprendre, en fait, ce que la violence de la précarité pouvait provoquer, même si, par ailleurs, moi, je n'ai pas eu de réel risque de me retrouver à la rue. Mais cette expérience a été fondamentale pour me rendre compte, justement, de ce qu'est la violence sociale, qui est quelque chose dont vous êtes très protégé quand vous grandissez. J'allais dire que vous êtes élevé parce que c'est presque ça. On vous élève un peu comme des poulets en batterie. Moi, en sixième, je voulais faire Sciences Po et en terminale, je regardais les épreuves de l'ENA. Donc, vous imaginez bien que ce n'est pas quelque chose qui vous vient naturellement.

C'est quelque chose qui vous est induit par votre appartenance à ce milieu social. Eh bien, cette violence sociale, vous en êtes préservé quand vous habitez dans ces espaces-là. Et c'est pour ça que les hommes politiques qui nous dirigent sont probablement de bonne foi. Ils ne se rendent pas compte de la violence de leur politique sociale. Ils ne se rendent pas compte du choc et de la violence que peut représenter pour un individu, mais aussi pour une famille, un licenciement. Évidemment, a fortiori, la fermeture d'une usine et donc la destruction, en gros, du tissu économique d'un territoire.

Eh bien, la confrontation à ces espaces-là m'ont permis, je pense, d'accroître ma sensibilité, de me rendre compte à quel point il était urgent de provoquer une bascule dans ce pays. Et quant à ma capacité à vivre, écoutez, malgré le fait que le livre soit toujours disponible gratuitement, beaucoup de personnes l'ont acheté. Je pense que, quelque part, comme un geste citoyen, un soutien important à la cause des gilets jaunes, ce qui m'a permis...

En fait, non, ça ne m'a pas permis parce que j'avais déjà eu droit à une avance de 7000 euros qui va me permettre pendant quelques mois de tenir, en gros, quoi, et par la suite de me reconfigurer en espérant qu'on créera des espaces, on créera des espaces dans cette société qui permettront de retrouver une fonction sans avoir à compromettre son intégrité ou à participer à quelque chose qui, aujourd'hui, je pense, est délétère pour l'ensemble du pays, mais probablement aussi de l'humanité parce que la crise, aujourd'hui, écologique, est le fruit aussi de ces compromissions et de cette incapacité des décideurs à sortir de rapports d'intérêts et à rentrer dans une véritable construction idéologique dans leur rapport aux politiques.

29:14
Présentateur

Un mot pour finir, on est obligé de parler de Julian Assange. Je rappelle que vous êtes l'un de ses avocats. Quelle a été votre réaction hier quand vous l'avez vu se faire arrêter ?

29:23
Juan Branco

J'ai ressenti une grande honte pour toutes les personnes qui, depuis des années, prétendaient que cet homme avait fait le choix volontaire d'être enfermé dans cette ambassade. Et ils ont été beaucoup, y compris dans l'espace médiatique, surtout peut-être dans l'espace médiatique. Lorsqu'on voit la violence des images et l'état de délabrement de cette personne après quasiment 7 ans d'enfermement dans 20 mètres carrés, que j'ai vu au quotidien, enfin pas au quotidien, mais mois après mois depuis 4 ans, depuis la première fois que j'ai rendu visite et qui était difficile à partager vis-à-vis de l'extérieur parce que ses communications étaient très limitées avec le monde extérieur.

Et donc j'ai ressenti quelque part, presque un soulagement, qu'enfin, le monde entier soit obligé de voir, en fait, la souffrance qui avait été infligée à cette personne, souffrance qui est en grande partie le fruit de l'abandon. Et je pense que c'est là aussi la source de mon intérêt pour la question médiatique. J'ai vu en fait la violence que pouvait produire l'asservissement des organes des presses et des organes médiatiques aux paroles de pouvoir. Et l'absence de contrôle qu'effectue la presse sur les paroles de pouvoir, en tout cas l'asymétrie avec laquelle elle traite ceux qui sont dans le pouvoir par rapport à ceux qui n'en sont pas, détruisent des vies.

Et cet homme n'est pas mort, je ne sais pas par quel miracle, alors qu'on l'a accusé d'être un violeur, un antisémite, un agent du FSB, à chaque fois sans le moindre début de preuve ou en utilisant ou en distordant les faits avec une violence extraordinaire. Et personne à un moment, alors que c'est quand même des élites qui sont censées être formées et être capables justement de discriminer l'information, ne s'est pas dit, ne s'est dit, non mais là ça devient peut-être un peu grossier. On a cette personne qui était héroïsée il y a huit ans et qui soudain se serait devenu un monstre absolu.

Et on a dû lutter très violemment contre l'indifférence, voire le rejet, que suscitait en fait ce suivisme médiatique par rapport à des paroles de pouvoir, encore une fois, qui n'avaient qu'un objectif, écrasaient cette personne. Pourquoi ? Parce qu'ils gênaient leurs intérêts, tout simplement.

Et ce dissident de l'intérieur, qui a été maltraité avec une violence extraordinaire sur notre continent, ce qui devrait dire quelque chose sur notre capacité à vraiment être en défense sincère de nos valeurs, parce que je ne pense pas, parce que ce qui s'est passé avec Julian Assange, c'est la même chose qui s'est passé pour les dissidents, qu'ils soient russes ou des espaces, des autres empires en quelque sorte, qu'ils soient russes, chinois, comme Ai Weiwei et compagnie, c'est-à-dire un vrai harcèlement politique avec un espace médiatique qui n'a pas du tout joué sa fonction de protection et qui au contraire a accompagné cette violence contre des personnes qui n'avaient fait qu'une chose.

Julian Assange, je le répète, n'a fait qu'une chose, publier des documents véritables qui révélaient des informations d'intérêt général.

On peut commenter la façon dont il l'a fait ou tout ce que l'on voudra, le fond est là et il est incontestable, il a participé à comprendre comment fonctionnaient les appareils de pouvoir de l'intérieur et pour cela il a payé un prix extrêmement cher et il y a une volerie extraordinaire de la part de la grande partie de la presse, qui au lieu de se mobiliser pour sauver et protéger ce qui était l'un de ses confrères, l'a laissé en fait alors que c'était là la fonction et là l'importance, parce que dans notre solitude on n'a pas pu mobiliser suffisamment la société pour à notre tour faire pression sur les hommes politiques pour éviter que ce destin soit brisé.

et aujourd'hui on doit continuer cette lutte et ça va être extrêmement difficile mais je suis absolument confiant sur le fait qu'on permettra à cet homme de recouvrir sa liberté avant que la mort ne vienne le chercher et si ce n'était pas le cas, et bien à nouveau je pense que ces images pèseront très très longtemps sur l'inconscient collectif de nos pays et de nos démocraties, en tout cas de nos régimes politiques et je pense qu'on se souviendra longtemps du fait que cet être-là qui à 45 ans, 46 ans ressemblait à un vieillard, le ressemblait du fait de notre inanité.

32:54
Présentateur

On va vers la fin de Wikileaks selon vous ?

32:56
Juan Branco

Non pas du tout, on a pris des mesures en fait qui permettront à Wikileaks de survivre, notamment la nomination d'un nouveau rédacteur en chef depuis bientôt un an parce que c'est une opération qui était attendue et c'est la meilleure façon en fait de permettre au combat de Julian Assange de survivre, c'est non seulement de faire vivre Wikileaks, mais surtout de continuer à l'améliorer, de le perfectionner, faire que des erreurs qui ont été commises dans le passé ne se reproduisent plus et continuer en fait à se battre tout simplement pour la transparence et la liberté de l'information.

On a beaucoup reproché à Julian Assange de se concentrer sur les Etats-Unis et surtout sur les Etats-Unis et je pense que ça montre un manque de pensée en fait de la part des journalistes qui ont fait ce travail. Julian Assange est un dissident.

De la même façon, ce serait absurde de reprocher à Ai Weiwei ou ça aurait été absurde de reprocher à Solian Estine de ne pas s'être attaqué aux Etats-Unis lorsqu'il se confrontait au pouvoir russe et américain, de la même façon il est complètement absurde d'exiger de quelqu'un qui se vit comme un dissident de ce qu'il considère être un empire américain au sens large du terme, c'est-à-dire en tant que citoyen australien, quelqu'un qui se considérait comme un citoyen de seconde zone parce qu'il voyait bien que les grandes décisions qui concernaient son pays étaient prises à minima en accord avec les intérêts américains et non pas de façon pleinement souveraine.

Cette personne qui s'est formée en résistance face à cet état de fait pour retrouver une capacité d'action politique, il est évident qu'ils se concentrent sur l'espace politique qui est le sien au sens large du terme, donc l'espace politique américain et sa zone d'influence, et qu'ils se battent pour les libertés dans cet espace-là. Est-ce que ça permet aux Russes ou aux Chinois de faire leur miel pour ci ou pour ça ? Je pense que c'est avoir une vision assez étriquée du monde et penser que si les uns perdaient, les autres gagnaient.

Je pense que le monde ne fonctionne malheureusement pas comme ça et que montrer les défaillances d'un système ne permet aujourd'hui surtout dans un moment où il y a une relative pacification des relations internationales que d'améliorer ce système, en tout cas il faut l'espérer, et non pas participer à telle ou telle politique de puissance.

34:48
Présentateur

Merci Juan Branco d'avoir pris le temps de répondre à nos questions. Merci à vous. Le Média est indépendant des puissances financières et n'existe que grâce à vos dons. Soutenez-nous sur lemédiatv.fr Et pour ne rien rater de nos contenus, abonnez-vous à nos podcasts. Merci à vous.

35:08
Locuteur

Merci à vous.