Budget, coalition gouvernementale, 49.3 et crise agricole : Marc Fesneau est l’invité des 4 vérités du 24 octobre 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute.
Bonjour Marc Fénault. Bonjour. Bienvenue dans les 4V, président du groupe Modem à l'Assemblée. En effet, on se demande ce matin à quoi joue votre groupe, le Modem ? On peut se poser la question quand on regarde le début de cette séquence budgétaire. Il y a plusieurs amendements qui ont été votés contre l'avis du gouvernement, avec des alliances entre la gauche et le Modem, jusqu'encore hier dans l'hémicycle. Le Modem fait vraiment partie de la majorité gouvernementale ou de l'opposition ?
Il va falloir qu'on s'habitue à quelque chose dans ce pays. Le Premier ministre d'ailleurs l'a dit, soit on construit... Et donc il y a des amendements qui sont portés par le groupe Modem, groupe DLR, groupe EPR, enfin bref. Et il peut se trouver des majorités à l'Assemblée nationale. La plupart de ces amendements, c'est des amendements du groupe Modem. Ça fait des années qu'on porte ces amendements, qui sont des amendements parfois pour produire plus de justice fiscale, pour trouver des recettes, mais dans la limite qui a été fixée par le Premier ministre Barnier, c'est-à-dire 20 milliards de recettes.
C'est pour ça qu'on n'a d'ailleurs pas voté le budget à la fin de la séquence à la commission. C'est qu'à la fin, on avait accumulé 60, 70 milliards d'impôts. Personne n'est capable d'ailleurs tout à fait de chiffrer les impôts. Donc on joue... Pardon d'être gênant, mais on joue simplement notre rôle de parlementaire. On considère qu'il faut faire plus de justice fiscale, on considère qu'il faut être responsable, c'est-à-dire trouver des recettes, mais dans une limite qui soit raisonnable. On considère qu'il y a un certain nombre de sujets sur lesquels il y a des effets de bord depuis des années, tout le monde le sait, et sur lesquels il faut qu'on travaille.
Mais prenons un exemple, Marc Fénaud, par exemple, la taxe, la surtaxe sur les très hauts revenus. Le gouvernement voulait la limiter dans le temps, à un an ou deux. Vous, vous avez mis un amendement pour qu'il soit prolongé, qu'il soit un peu illimité, et la gauche vous a soutenu contre l'avis du gouvernement.
Avec d'ailleurs une autre partie, une partie des gens de ce qu'on appelle le socle commun. Pourquoi ? Si vous dites que c'est une mesure de justice fiscale, la justice fiscale, ce n'est pas une fois un an. La justice fiscale, c'est quelque chose qu'il faut rétablir. Deuxième élément, vous savez très bien que si vous dites pour une mesure fiscale qu'elle est pour un an, tout le monde va faire en sorte que pendant la première année, on évite, il y ait une stratégie d'évitement de cette contribution, et que la deuxième année, comme elle aura disparu, il n'y aura pas eu cette contribution.
Un peu de visibilité, par ailleurs on a toujours fait en sorte de limiter, en tout cas la portée d'un point de vue fiscal, parce qu'on considère qu'il faut que ce soit en volume restreint. Donc qu'on puisse poser la question de la justice, si c'est un sujet de justice fiscale, ça doit durer dans le temps. Si c'est un juste et d'une contribution exceptionnelle, ça doit durer d'une manière plus courte.
Donc il faut qu'on s'habitue à qu'il y ait parfois des divergences au sein de ce bloc majoritaire du gouvernement.
Dans ce pays, ça fait 7 ans que je suis parlementaire ou ministre, dès que vous êtes parlementaire et que vous dites « j'ai une idée », on vous dit « ah non, ça n'est pas l'idée du gouvernement ». Mais où on est en régime parlementaire, où on dit qu'on n'est pas en régime parlementaire, il n'y a pas de majorité dans cette assemblée. Toute la soirée d'hier, j'y étais, tous les jours précédents, on voit bien qu'il y a une majorité qui est très instable. J'ai entendu l'appel du Premier ministre qui a dit « je suis prêt à co-construire ». « La position du gouvernement n'est pas celle des parlementaires à l'Assemblée ».
Mais sur la méthode, par exemple, il paraît que sur la plupart des amendements que vous déposez, vous n'avez même pas de retour de la part du gouvernement. C'est quoi la méthode ? Chacun fait ce qu'il veut.
Non mais ça, on a besoin, alors ça c'est la question qui ne se pose pas à moi, pardon, la façon dont vous la formulez, ce n'est pas à moi qui se pose.
C'est plus la méthode, votre relation entre les parlementaires de la majorité et de l'Assemblée.
Je pense qu'on a besoin de construire entre nous une méthode, ça c'est vrai. Je reconnais, d'ailleurs Michel Barnier le dit assez souvent pour que je puisse le redire, que ce budget a été construit à très grande vitesse. Et d'ailleurs, il a dit qu'il était perfectif. Donc j'entends, je comprends qu'on ait besoin de prendre du temps du côté gouvernement. Il y a un moment simplement, il va falloir qu'on puisse se mettre autour de la table et se dire on prend ça, on fait des équilibrages comme ça. C'est pas encore le cas. On n'y est pas encore, mais c'est pas. Je vois le ministre du budget ce midi, donc on va trouver les points d'atterrissage.
Mais il est normal que nous n'ayons pas tous le même point de vue. Je n'ai pas le même point de vue sur un certain nombre de points que les LR. Est-ce que c'est un drame ? C'est comme ça que ça marche dans tous les pays du monde démocratique. Il n'y a que chez nous qu'on n'est pas habitué à ça. Donc on va essayer de trouver...
Oui, mais il va falloir prendre des bonnes habitudes de ce point de vue-là. On se demande quand même si autour de ce socle commun, il y a une coalition qui est possible. Il y a un exemple encore cette semaine, c'est que vous deviez élire un nouveau vice-président de l'Assemblée nationale. Vous avez réussi à vous mettre d'accord pour élire Yann Broun-Pivet au Perchoir. Là, ça n'a pas marché. Il y a des divergences entre la droite, les macronistes. Vous, résultat, c'est un écologiste qui a été élu.
C'est un échec pour vous ? Oui, mais je pense que c'est un échec. Dès lors qu'on n'arrive pas à construire quelque chose et qu'on n'anticipe pas assez, c'est un échec pour moi. Essayons d'en tirer des exemples. Reconnaissons qu'il y a deux mois, un certain nombre des gens que vous avez sur les bancs, ils passaient leur temps à se taper dessus verbalement, je veux dire.
Par exemple, avec Laurent Wauquiez et les LR.
Voilà. Et que vous ne transformez pas ce qui a été une querelle de sept ans en un débat complètement fraternel au bout de deux mois. Donc, autant être lucide, autant se le dire. Simplement, moi je considère que nous sommes engagés auprès de Michel Barnier. Vous savez qu'au sein de mon groupe, on s'était posé des questions sur notre entrée au gouvernement. Mais une fois qu'on est embarqué, on est embarqué. Et donc, on doit tous ramer. Et le mot ramer n'est pas complètement mauvais, je pense, en ce moment, dans le même sens.
Marc Fénault, il y a le Parisien qui raconte ce matin une anecdote. Il paraît que c'est la blague du moment que vous racontez à tous les journalistes. C'est que le pansement que vous avez au doigt, qui est en fait une blessure de travaux chez vous, vous dites que c'est Laurent Wauquiez qui m'a fait ça.
Oui, parce qu'il faut toujours garder un peu de distance. Parce que les gens ont tendance à dramatiser les situations. Il peut arriver qu'on ait des désaccords politiques. Ça en dit quand même long sur votre désaccord. Non, mais là, ça en dit pas long. Ça en dit long sur la capacité d'avoir un peu d'humour et distance.
Vous en avez ça, on a la vie, tous les journalistes qui vous suivent le savent. Mais vous n'êtes vraiment pas toujours d'accord. Et donc, il faut qu'on soit habitué peut-être à ce qu'il y ait des clashs, des attentations entre vous. Non, non, non, je ne cherche pas entre vous.
Non, il faut, je préfère, moi je l'ai dit d'ailleurs, la première rencontre qu'on a eue tous ensemble avec le Premier ministre, au mois de septembre, j'ai dit, il faut qu'on puisse se dire ce sur quoi on n'est pas d'accord, et qu'on puisse se dire ce sur quoi on est d'accord. Ça, c'est une méthode un peu nouvelle. C'est un peu tôt, ça fait trois semaines, un mois qu'on vit un peu ensemble, si je peux dire. Et donc, on a besoin de construire une méthode. Et c'est pas grave de ne pas être d'accord. Mettons-le sur la table, regardons s'il y a des points qui peuvent faire converger. Et puis quand on est d'accord, disons-le aussi. Et que personne n'essaye de tirer profit aussi.
C'est-à-dire, si chacun dit, moi je veux tel amendement, pour revenir au débat budgétaire, ou tel sujet, c'est-à-dire que je préempte tel débat sur le dos des autres, évidemment on ne va pas y arriver. Parce que je pense, moi, que soit on gagne tous ensemble, soit on perd tous ensemble. Mais pendant ce temps, c'est surtout la gauche qui enchaîne les victoires dans l'hémicycle. Oui, il n'y a pas de victoire de la gauche dans l'hémicycle, parce qu'à la fin, elle n'a pas de majorité pour voter les propositions. D'ailleurs, on l'a vu, parce que le budget à la fin, il a été voté dans une espèce de dérive fiscale en commission. Et à la fin, personne ne l'a voté.
Parce que personne n'a assumé, sauf la gauche. Donc la gauche peut enchaîner toutes les victoires qu'elle veut. Je regrette d'ailleurs, je le disais à des collègues de gauche hier, je regrette que vous ne fassiez pas un effort, ou aussi vous, même si vous ne faites pas partie de la coalition gouvernementale, vous ne fassiez pas un effort de responsabilité. On sait très bien qu'à 80 milliards, on met à sac le pays. Et donc qu'on ne peut pas le faire.
Donc au final, 49-3, comme l'annonçait déjà désir dans les cas de V, la porte-parole du gouvernement, le gouvernement a donc donné l'autorisation au Premier ministre. C'est la procédure d'utiliser. Quand il le souhaite le 49-3, il faut l'utiliser quand ce 49-3 ? Assez vite où il faut abréger les souffrances ? Il y a encore 2937 amendements à adopter, à examiner d'ici mardi.
Pardon, abréger les souffrances. On est parlementaires, on est là pour débattre et... Enfin, je veux dire, on est là pour ça. C'est ce que disent certains au sein de la majorité. Là aussi. On est ceci dit le pays, j'en parlais avec un interlocuteur hier, on est le pays du monde qui a le temps de débat budgétaire le plus long. Est-ce qu'on a besoin de deux mois et demi pour voter un budget ? Surtout qu'on n'est plus vertu en termes d'équilibre budgétaire. Bref, mais ça c'est un débat pour plus tard. On fait qu'on va jusqu'où dans ce débat budgétaire ?
Moi je pense que tant qu'on a le sentiment qu'on n'est pas complètement dans les caricatures, hier on a parlé logement, hier on a parlé contribution exceptionnelle, qu'on puisse parler d'un certain nombre des grands sujets qui sont sur la table me paraît important. Après on verra à quel moment le 49-3 est le plus opportun.
Autre thème que vous connaissez bien pour avoir été ministre de l'agriculture, pendant deux ans et demi, les syndicats ont de nouveau été reçus par Michel Barnier hier, ils annoncent une journée de mobilisation à partir de la mi-novembre. Ils ont raison d'être en colère, d'être déçus les agriculteurs ?
Alors, ils ont raison à la fois d'être en colère et d'être inquiets, déçus, déçus. Il n'y a rien, d'ailleurs la ministre Genevart qui m'a succédé l'a dit, rien de ce qui avait été promis n'est pas dans les tuéaux et en cours. Alors après tout le monde savait... Il dit ça va pas assez vite, les simplifications... Oui mais pardon, tout le monde sait quand on dit c'est un débat fiscal ou un débat budgétaire que le budget c'est à l'automne et qu'il s'applique au 1er janvier. Je veux dire, ceux qui font croire que ça va pas assez vite parce que le budget n'a pas été voté, le budget ça fait des dizaines d'années qu'il est voté dans ce délai-là.
Je ne dis pas parce que je n'ai pas de leçon à donner aux agriculteurs, mais je dis aux responsables agricoles que quand on a le mot responsable dans son acronyme, si je peux dire, on regarde le calendrier tel qu'il est connu. Il y a sans doute des choses sur lesquelles ils ont besoin des précisions en termes de simplification. La simplification, il n'y a pas de grand soir. La simplification, c'est tous les matins qu'il faut s'y mettre. Parce que dès que vous produisez la norme, il faut éviter d'ailleurs d'en produire tôt, des politiques publiques, vous avez des complexifications qui naturellement apparaissent.
Troisième élément, et c'est là que c'est le plus inquiétant, c'est vrai que l'année, depuis un an, presque 18 mois, qui est très défavorable à la production agricole. Donc ceux qui ont loupé l'année 2023-2024, ils sont en train de se dire qu'ils vont louper 2024-2025. Et là, c'est des trésoreries qui sont mises à mal. Donc on a besoin de travailler avec le monde agricole pour améliorer les trésoreries, ça c'est le temporaire. Puis après, il faut qu'on les prépare à cette grande transition climatique. Parce que des années atypiques, ça sera la norme.
Mais on risque quand même d'avoir une nouvelle fois un mouvement compliqué en fin d'année ou dans les mois qui viennent.
Mais il faut y être attentif. Moi, j'ai beaucoup œuvré pour essayer d'être respectueux et attentif de leurs attentes et en même temps de les projeter. Parce que si on se contente, et je me l'applique à moi-même, si on se contente de gérer juste les crises, on va sans arrêt boucher les trous. Et à chaque fois, c'est des agriculteurs qui disparaissent. Et donc c'est ce sur quoi il faut veiller.
Merci beaucoup Marc Fénault, président du groupe Modem à l'Assemblée nationale députée du Loire-Achère. C'est bien ça. C'est bien le Loire-Achère.
C'était Les 4 V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.
Marc Fesneau