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Podcast / conversationConversations Tocqueville FR· 3 juillet 2026 56 minComplaisantPortrait personnelÉducation & rechercheCulture, médias & sportInstitutions & élections

Conversation / Transmettre l’héritage des grands textes

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 86 %Attaque 5 %Défensif 9 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:11OuverteRéponse directe

    Quel texte vous a marqué en tant que personnalité dans votre vie ?

  • 6:25OuverteRéponse directe

    Avez-vous encore une ligne en tête ?

  • 11:26OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous croyez vraiment ou dans quelle mesure croyez-vous qu'il faut lire les grands textes pour devenir une personne de bonne morale ?

  • 29:54OuverteRéponse directe

    Est-ce que c'est la culture qui ne transmet plus ou est-ce que c'est nous qui ne comprenons plus ?

  • 43:09OuverteRéponse directe

    Comment motiver des jeunes aujourd'hui à lire les grands textes face aux réseaux sociaux ?

  • 51:08OuverteRéponse directe

    Quel livre recommanderiez-vous au public ou à vos collègues parlementaires pour mieux comprendre le monde ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 15:06François Xavier BamiChiffre
    « Un enfant qui a 300 400 500 mots de vocabulaire courant, un jeune qui a 18 ans a du mal à lire le français, c'est un jeune qui n'est pas seulement privé de la possibilité de s'insérer dans la société. »
  • 33:57François Xavier BamiFait
    « L'école peut contribuer à ce que les garçons soient moins violents envers les filles, mais elle peut y parvenir justement en transmettant un peu de poésie. »
  • 45:13François Xavier BamiFait
    « Pourquoi faudrait-il apprendre quelque chose puisque chat GPT fait tout pour vous ? »
  • 50:40Fait
    « De tous les besoins de l'âme humaine, il n'en est pas de plus essentiel que le passé. »
  • 50:45Fait
    « Le monde de demain sera libre et nous serons libres vis-à-vis de ces nouvelles technologies. »
  • 51:47Fait
    « La vérité ne peut pas se trouver dans un seul livre. La vérité n'est jamais l'affaire d'un seul livre. »
  • 52:50Fait
    « Les zones du cerveau qui ne sont pas sollicitées sont définitivement mortes. »
  • 54:41Fait
    « Vous avez des enfants aujourd'hui qui ne savent pas écrire, qui ne savent pas lire, qui ne savent pas penser. »

Temps de parole

  • ?100 %

≈ 1,2 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Locuteur

Mesdames et messieurs, cher Jean- Guuillaume, cher Stéphanie, cher Lore, euh merci de m'inviter encore une fois d'être ici pour animer un panel cette fois-ci sur les grands livres, de parler sur les grands livres, sachant que Tocville nous en a laissé quelques-uns et c'est donc une très bonne occasion de parler des autres grands livres aussi. Je suis ici, on est ici nous les trois aujourd'hui pour parler de l'éducation, des grands textes qui nous marquent, qui nous aident, qui nous éduque et qui font de nous un potentiellement un bon citoyen.

J'ai le grand plaisir de d'accueillir ici chez moi monsieur Michel Onfril philosophe par vocation par avoir trouvé ce métier pour lui-même par avoir éduqué un tas de gens dans l'école dans les études professeurs de philosophie mais après d'autant plus en tant que fondateur de l'université populaire de camp où il avait un public de milliers de gens qui lui écoutent Et sachant que aujourd'hui vous êtes très écouté dans sur tous les chaînes à tous les heures des journées. Alors quelqu'un qui s'exprime très clairement sa façon de voir les choses avec un esprit libre impressionnant. Merci d'être avec nous. Merci à vous.

1:27
Non speech

[applaudissements]

1:30
Locuteur

Et j'ai euh le également le grand plaisir d'avoir chez nous ici monsieur François Xavier Bami, aussi philosophe, agréanté en philosophie, auteur bon là auteur de main de livre, auteur de livre aussi. Alors, vous êtes vous avez tous les deux fait ce qu'il faut faire quoi. Vous avez vos livres vos grands textes. Vous êtes vous étiez aussi professeur de philosophie dans de diverses écoles et aujourd'hui vous êtes député européen et président exécutif, vice-président exécutif du parti des Républicains. Donc également sur tous les chaînes, également sur la philosophie mais d'abord sur la politique. Je crois que là, on doit être honnête là un moment. Alors, merci beaucoup d'être avec nous ici.

Toquil lui-même, il portait une grande importance à à l'éducation en disant après le pain, l'éducation est le premier besoin d'un peuple. Voilà. Alors là, il était très très clair. L'éducation est importante. Et puisqu'on parle des grands textes, je voudrais savoir de vous deux quel texte vous a marqué en tant que personnalité dans votre vie pour être cet homme que vous en êtes aujourd'hui, François Xavier Benami ou Mich. Voilà, vous êtes tous les deux des hommes polis. Honneur aux jeunes, [rires] place aux jeunes. D'abord, merci infiniment pour cet échange.

Merci à Stéphanie Jean- Guillaume de nous accueillir alors pour ces conversations qui sont vraiment un rendez-vous absolument essentiel. C'est un grand bonheur de retrouver Tocville et un grand honneur de pouvoir échanger avec vous avec Michel Enfray et dont j'ai toujours beaucoup admiré le travail de transmission et vous avez cité l'université populaire de Camp qui je crois a été une expérience exceptionnelle pour rendre la philosophie au grand public. Vous avez posé une question très personnelle en fait hein celle de de livre qui nous par des grands tex on a les nôtres. Alors moi j'ai j'ai un grand problème, c'est que je n'ai pas reçu le déroulé que vous nous aviez envoyé.

Donc j'ai pas eu beaucoup de temps pour réfléchir. Mais ma réponse est très spontanée. Le livre qui m'a le plus marqué, c'est celui que m'a offert mon grand-père qui n'était pas professeur du tout, il travaillait dans l'assurance, mais il était passionné de poésie. Et quand j'avais 7 ou 8 ans, mon grand-père m'a dit un jour "Si tu veux être heureux dans la vie, il faut apprendre de verr tous les jours." Et il m'a cédé après sa mort son anthologie de la poésie française par George Pompidou qui est un texte absolument merveilleux, une anthologie très personnelle aussi de George Pompidou, très grand professeur de littérature, très grand président de la République, je crois.

Et ce livre m'a accompagné parce que c'était mon grand-père, je l'ai cru. Et donc euh depuis le début du collège jusqu'à euh la fin de la prépage, j'ai appris non pas deux mais quatre verrs tous les jours parce que deux c'est pas très pratique. Quatre à l'usage c'est beaucoup plus efficace et donc j'ai appris quatre vers tous les jours et tant si bien que à la fin de la 4e, je connaissais la totalité de l'anthologie de Pompidou par cœur. Alors vous allez vous dire ça fait bizarre mais en fait non. La mémoire c'est comme un muscle et on a le sentiment que c'est une incroyable performance. Mais ce que j'ai appris à cet âge-là, d'ailleurs, je ne l'ai jamais oublié.

Et la vérité, c'est que ce muscle qui est la mémoire, nous ne l'entretenons plus jamais. Et ça nous fait presque bizarre de savoir un texte par cœur. Alors qu'en réalité, tous les peuples de tradition orale connaissent par cœur une très grande quantité de textes. Beaucoup des grands récits de l'histoire de l'humanité nous sont parvenus d'abord par les récits qui s'étaient transmis oralement, de génération en génération, c'est-à-dire par la mémoire. Quand on lit Platon, on voit que les Grecs de l'antiquité connaissaient Lilia des l'Odyssée par cœur.

Quand on lit euh quand on lit quand on découvre la figure de Julien Sorel dans Standal, on comprend que tous les séminaristes au 19e connaissaient la Bible par cœur et donc il faut juste se remettre au par cœur et apprendre par cœur et je crois ça touche directement la question de notre échange d'aujourd'hui. à prendre par cœur, c'est ce que jamais la disponibilité du savoir sur internet ne nous procurera en en espèce de façon. C'est se laisser transformer par le cœur par ce que l'on a reçu.

Cette expression de par cœur est magnifique et elle dit tout en réalité de la fécondité absolue de cette manière de s'approprier ce qui nous vient d'un héritage qui nous précède et nous dépasse et qui peut nous irriguer pour nous faire c'est la magnifique question que vous avez posé pour nous faire devenir ce que nous sommes. apprendre un peu de poésie par cœur et bien c'est se laisser accompagner toute sa vie par les verres que l'on a gardé en soi et qui éclaire le regard que nous portons sur le monde. Et c'est d'une certaine manière à travers ce que l'on reçoit des autres devenir un peu plus soi-même.

Je peux [applaudissements] je peux pas m'empêcher de vous demander [applaudissements] si si vous avez encore une ligne en tête et si vous n'avez pas je comprends parce que vos muscles traînent autre chose là maintenant. Mais dites l'auteur que vous préférez, je sais pas. Ah ! Oh là là ! Ça ça [rires] bonne revanche. OK, je vous laisse choisir. Je non, j'ai il faudrait trouver une inspiration singulière mais euh mon mon grand-père justement finissait toujours la conversation à table en récitant un poème.

Donc c'est pour ça que je me souviendrai toujours de lui, me prenant le bras et me disant "Mon père, ce héros au sourire si doux, suivi d'un seulard qui l'aimait entre tous pour sa grande bravoure et pour sa haute taille, parcourait à cheval au soir d'une bataille le champ couvert de mort sur qui tombait la nuit. Il lui sembla dans l'ombre entendre un faible bruit. C'était un espagnol de l'armée en déroute qui se traînait sanglant sur le bord de la route et qui criait à boire à boire par pitié. Mon père émut tandite à son usar blessé une gourde de Rome qui pendait à sa taille et lui dit donne à boire à ce pauvre blessé.

Tendit à son Usa gourde de Rome qui pendait à sa taille et lui dit donne à boire à ce pauvre blessé. Au moment où le usard baissait se penchait, l'homme une espèce de mort saisit d'un pistolet qui l'étrit encore et vis au front mon père en criant car en bas. Le coup passa si près que le chapeau tomba et que le cheval fit un écart en arrière. Donne-lui tout de même à boire, dit mon père.

7:58
Non speech

[applaudissements]

8:03
Locuteur

Donc [applaudissements] on pourrait on pourrait en trouver beaucoup d'autres mais celui-là celui-là était court donc il se prête bien à l'exercice. Oui c'est le par cœur ça. Mais c'est vraiment mon grand-père pour moi ce texte voyez. Donc merci beaucoup Michel Onf. Euh vous qui aurez dû être un professionnel de main d'œuvre, vous avez lu beaucoup, vous avez trouvé votre livre qui vous a vraiment marqué dans votre vie.

Oui, d'abord si toutes choses ont des sens et que les sens se trouvent comme ça connecté sans qu'on sans qu'on imagine quand, pourquoi, de quelle manière, je voudrais dire que François Xavier vient de terminer sur quelques ver que me disait mon père et mon père apprenait mon père apprenait ces choses-là à l'école où on apprenait par cœur et il avait quelques quelques il était ouvrier agricole, il avait quitté l'école quittait l'école à 12 ans et il avait quelques verrs de Victor Hugo pas autant que François Xavier mais le donne-i tout de même à boire. L'œil était dans la tombe mais regardez un enf il y avait un certain nombre de de références comme celle-ci.

Il y avait le laboureur et ses enfants de la fontaine et donc je n'étais pas dans un milieu favorisé culturellement. Il y avait pas de livre à la maison mais il y avait un père qui lui avait rencontré des instituteurs et qui avait rencontré des prêtres. C'est-à-dire et les prêtres et les instituteurs transmettaient un certain nombre de savoir. Mon père m'a fait m'a pas fait des grands cours sur l'antisémitisme mais un jour il m'a dit "Mais Jésus était juif, les choses étaient réglées, pas besoin d'aller beaucoup plus loin." C'est-à-dire que moi, j'ai eu des transmissions orales par un père qui tenait ce savoir-là de l'école républicaine, de des vieux prêtres d'ent.

Mon père avait mon père connaissait Virgile sans avoir lu Virgile d'une certaine manière pour aller dans le sens de ce que dit François Xavier d'ailleurs quant connaissait l'énéite de Virgile par cœur 18e siècle ça veut dire qu'encore à cette époque quand on fait fonctionner sa mémoire on est capable d'ingérer des quantités phénoménales d'information il y a moi j'ai vu j'ai vu dans des dans des en Mauritanie par exemple des enfants qui apprenaient le Coran par cœur il y a aujourd'hui des gens qui connaissent le Coran par cœur donc pas de livre à la maison vivait avec mon frère dans 17 m², mes parents et moi, une chambre où on dormait tous dans la même chambre.

Et donc, je me suis retrouvé placé dans un orphelina quand j'avais 10 ans. Et avec une souffrance incroyable, avec des violences, quelqu quelques prêtres pédophiles, une vraie souffrance, une vraie douleur et je suis tombé là, je découvre le livre, pas un livre mais le livre et c'est en l'occurrence le vieil homme et la mer des Mingou. C'est-à-dire que quand on ouvre le livre, on est en plein milieu de l'océan, on le ferme, on est en plein milieu de la douleur et de la souffrance. Et donc là, je découvre le pouvoir magique du livre, du livre et de la lecture.

Quelle que soit la lecture, ça pouvait même être 10 lignes d'un d'un journal local, on entre dans un monde et on quitte le monde dans lequel on se trouve. Monde douleur dans lequel on se trouve et monde bonheur parce que c'est un monde alternatif. Mais le premier vrai livre qui me change de la vie, c'est mon vieux maître du Saint-Gerfagnon, j'entre à la fac, j'ai 17 ans et il nous donne un cours de de philosophie antique sur de la nature des choses de Lucress. Et là, je découvre qu'on peut avoir une vision du monde totalement non chrétienne, précrétienne, donc presque post-chrétienne.

Mais voilà quelqu'un qui nous dit "Vous voyez dans dans un raé, vous avez vu des particules danseres et bien il y a des atomes, ils sont invisibles mais ils s'associent, il ils constituent le monde tel qu'il est." Et d'un seul coup, à partir de ces atomes qui sont dans un ra, il nous fabrique une vision du monde. Tout l'univers d'avant, la construction, la destruction de cet univers, la reproduction d'autres univers sur le mode cyclique et cetera, mais aussi l'amour, la mort, l'amitié, les orages, le tonner, la foudre, l'éclair et cetera. C'est une encyclopédie. Et là, je me dis alors on peut être moral sans forcément croire en Dieu ou sans forcément disposer d'une transcendance.

Donc la puissance du livre Mingué et la puissance des idées Lucress. Très bien. [applaudissements] Oui, vous avez vous avez donné le mot moral et c'est ce qu'on attend des grands livres qu'il nous qu'il nous éduque comme personnage pour être pour avoir une bonne morale, pour être des personnages morals. Et je voudrais vous demander, est-ce que vous croyez vraiment ou dans quelle mesure croyez-vous qu'il faut lire les grands textes et quelques grands textes pour vraiment devenir une personne de bonne morale ? François Xavier Bami. Je pense qu'on on ne peut répondre à cette question qu'en redécouvrant le mystère de la condition humaine qui fait que l'homme est par nature un être de médiation.

La singularité de l'expérience humaine, c'est que nous ne sommes pas immédiatement nous-mêmes. Vous connaissez ce verre de pindard qui dit "Deviens ce que tu es" qui est placé par Platon comme l'une des maximes fondamentales de la philosophie. Mais il devrait y avoir en nous une révolte de la logique contre cette expression. On ne devient que ce qu'on n'est pas encore priori. Et une fois qu'on l' devenu, on n plus besoin de le devenir. On l'est. Et pourtant, au cœur de notre existence, il y a quelque chose de mystérieux qui fait qu'il faut devenir ce que l'on est, devenir vraiment soi-même.

Et cela signifie, et nous le savons tous par expérience, que au moment où un être humain naît, ses facultés les plus naturel et ses talents les plus personnels ne pourront s'accomplir en lui que par la médiation d'une culture qui lui sera transmise pour accomplir ce qu'il y a en lui de plus humain et ce qu'il y a en lui de plus singulier, de plus unique, de plus libre.

Et et je crois que nous le savons tous et malheureusement ce que nous voyons aujourd'hui dans la crise de l'éducation que nous connaissons, c'est que tant de jeunes dans nos pays, dans notre pays en particulier sont privés par la faillite de notre école, par la faillite de l'instruction de ce qui pourrait les conduire jusqu'à eux-mêmes, de ce qui pourrai les éduquer, de ce qui ferait d'eux des élèves qui s'élèvent jusqu'à leur propre auteur.

Un enfant qui a 300 400 500 mots de vocabulaire courant, un jeune qui a 18 ans a du mal à lire le français, c'est un jeune qui n'est pas seulement privé de la possibilité de s'insérer dans la société, qui n'est pas seulement privé de sa possibilité de de réussir sur le terrain économique qui n'est pas seulement privé même de sa liberté civique. Parce que pour participer à la vie de la démocratie, il faut encore pouvoir s'approprier les grands enjeux sur lesquels il faut trancher. C'est un jeune qui est même privé par là de son être même de de la manière de nommer ses propres intuitions, ses émotions les plus intérieur, ses idées les plus nouvelles.

Et je crois que c'est exactement ce que nous vivons aujourd'hui dans dans l'hommage magnifique que vous rendez à votre père Michel dans dans plusieurs de vos ouvrages. Je pense en particulier à Cosmos, il y a cette réflexion extraordinaire que vous venez de nous partager à nouveau sur ce ce père qui avait reçu de l'école cette sagesse qu'il pouvait transmettre et dont temps sont privés aujourd'hui pas par leur faute mais par la nôtre. Et et je je crois en effet que la culture, bien sûr, pour revenir à la question morale, la culture n'empêche jamais un homme de faire le mal parce que la culture nous rend libre.

Et quand nous rendant libre, elle nous rend capable de faire le bien et parfois c'est la tragédie de la liberté, elle nous rend capable aussi de faire le mal. La culture n'empêche pas l'homme d'être inhumain. Et dans l'histoire, les peuples les plus cultivés du monde ont été parfois les plus inhumains aussi. Mais ce qui est sûr, c'est que l'inculture empêche toujours un homme d'accomplir complètement l'humanité en lui-même et de s'accomplir lui-même. Et moi, je l'ai vécu comme professeur et ça a été la première raison de mon engagement public, c'est de vivre dans la crise de l'école la réalité de cette immense injustice. Aujourd'hui, il y a un jeune français sur 5 qui ne sait pas lire.

Et ce jeune français sur 5, je l'ai rencontré dans les classes où j'ai eu la chance de commencer à enseigner comme tant de jeunes professeurs de secondaire. J'ai été d'abord dans les coins les plus compliqués. J'ai enseigné en zone urbaine sensibles et j'avais devant moi des classes où la moitié des élèves ne savaient pas lire le français. Je me rappelle toujours la première fois que je m'en suis rendu compte, c'était quelques mois après ma première rentrée. J'ai mis du temps à réaliser. Je donnais toujours des textes à lire aux élèves et je disais toujours qui veut lire et c'était toujours les mêmes qui lisaient. Alors un jour je me dis bon je vais faire participer tout le monde.

Et donc j'ai dit à une élève qui était là qu'adidja est-ce que vous voulez bien lire le texte ? Etja me répond même si je peux pas, je sais pas lire. Et je lui disjà vous faites un effort. Tout le monde sait dire non je peux je sais pas lire. Et donc je lui dis "Bon Kadijja, allez-y, vous lisez le texte, ne négociez pas." Elle prend son elle met son doigt sur le texte, elle commence à déchiffrer. C'était un texte de limit, je me rappellerai toujours lorsque le temps et moi je me sens mais vous voyez tellement coupable. Je me dis "J'aurais dû l'écouter, j'ai fait une erreur immense." Et à la pause, je cours dans la salle des profs et je préviens mes collègues.

Je leur dis "Il y a une élève dans ma classe qui ne sait pas lire." Et j'étais prêt à faire un signalement, je sais pas où. Mais et mes collègues très sympathiques me tapent dans le dos et ils me disent "Mais tu t'en rends compte que maintenant il y a la moitié de ta classe qui s'est palia ?" Et et le professeur d'anglais, je me rappellerai toujours sympathique et bienveillant me dit "Mais tu sais, on se fait tout avoir, t'inquiète pas. La semaine dernière, j'ai voulu leur montrer un film.

Je me suis dit, "On va le regarder en anglais avec les sous-titres et j'ai dû arrêter au bout de quelques minutes parce qu'il n'avait pas le temps de lire les sous-titres." Et en fait, c'est une tragédie immense parce que ne pas savoir lire, ne pas maîtriser, c'est même pas la question de l'accès au grand texte. C'est même la question de la lecture, de la maîtrise du langage. C'est en fait être privé de la possibilité d'accomplir cette chance immense qui consiste à devenir soi par ce que l'on reçoit des autres, parce que l'on reçoit de l'altérité et même de l'autorité du professeur qui fait venir jusqu'à vous ce trésor de culture qui vous précède.

Et c'est pas que mes élèves ont refusé d'apprendre parce que j'ai vécu l'exact inverse que quand vous venez devant les élèves et bien au contraire vous retrouvez en eux cette soif infinie de de de connaître. Un jour, je me rappellerai toujours, je je termine là, mais parce qu'on parlait de poésie, ça m'y fait penser. Un jour, je termine dans la même classe que celle de Kadijja. Je termine un cours un vendredi après-midi, cours de philosophie en terminal S. Cours compliqué évidemment par définition. Là, c'est le moment de la sieste, vous êtes tous très bienveillants, mais le vendredi après-midi en classe de terminale, ça peut être parfois plus rude.

Et je fais cours sur le Gorgias de Platon et il y a une allion dans le gorgias de Platon au tonneau des Danaïdes. Alors, je dis à mes élèves, est-ce que vous savez que le tonau des Danaïdes ? Évidemment, je leur explique, ils ne savent pas. Et me vient à l'esprit le verre d'Apolinaire qui dit "Oh Montonodé d'Anaïde, comment faire pour être heureux comme un petit enfant candide ? Tu ne veux jamais l'oublier ma colombe, ma blancheade. Oh Marguerite exfolié, mon île au loin, ma désirade, ma rose, mon giroflié.

Et toi qui me suis en rampant, Dieu de mes dieux morts en automne, tu mesures combien d'empang terre me donne, oh mon ombre, oh mon vieux serpent, au soleil parce que tu l'aimes, je t'ai mené, souviens-enant bien, ténébreuses épouses que j'aime. Tu es à moi en étant rien. Oh mon nombre d'œil de moi-même. Bon, je vais pas vous faire tout le poème. C'est très long. C'est la chanson du mal aimé d'Apoliner, c'est magnifique. Ça dure très longtemps et je l'ai fait exactement comme je viens de de le dire devant vous, sans introduire, sans expliquer. Autant dire que c'est très beau, mais c'est absolument imbitable. Enfin, c'est extrêmement compliqué.

Et donc, je pense que les élèves n'ont pas compris. Enfin, oui, moi je la connais par cœur, j'ai toujours pas compris non plus, donc je prétends pas qu'ils aient tout compris. Mais il s'est produit ce qui vient de se produire maintenant. Il s'est produit que devant la poésie, ses élèves d'un seul coup, alors que c'était toujours tellement bruyant, tellement difficile d'avoir leur attention, tellement compliqué juste de recueillir leur concentration et tellement compliqué pour eux de se concentrer.

Il s'est produit la même magie que celle qu'on vient de vérifier maintenant, c'est que d'un seul coup, il y a eu un silence absolu et ce silence a duré quand j'ai eu terminer le texte, plus personne ne disait rien et c'était tellement beau que j'ai rien dit moi non plus. J'ai laissé le silence continuer et à ce moment-là, je me rappellerai toujours le silence a été rompu au bout de peut-être 10 ou 15 secondes qui m'ont paru une éternité, le silence a été rompu Annie qui était au premier rang qui m'a dit "Et monsieur, c'est pour draguer, vous avez appris tout ça ou quoi ?" [rires]

19:47
Non speech

[applaudissements]

19:48
Locuteur

Et et la et et la chose extraordinaire, c'est que la chose extraordinaire, c'est que la semaine d'après, les élèves m'ont dit "Monsieur, on peut avoir une autre poésie là comme la semaine dernière ?" et je me suis dit, il y a une entoureloupe. Le premier conflit initial de la philosophie, c'est le conflit entre les philosophes et les poètes, bien sûr. Donc il est quand même pas question de laisser trop de place à la poésie dans le cours de philosophie. Donc j'ai dit si vous voulez mais après la sonnerie. Et après la sonnerie, le vendredi après-midi après la sonnerie du weekend, tous les élèves sont restés dans la classe volontairement pour avoir une poésie.

Et après la rentrée de de janvier, les élèves des autres classes que j'avais dans le même lycée ont dit "Monsieur on peut avoir des poèmes aussi comme les terminales ?" Et ça s'est terminé que j'ai fini par acheter 30 antologies de pompidou que j'ai avec le concours d'un libraire qui m'a aidé que j'ai donné à mes élèves au lycée renoir à Ag Niiè. J'ai donné mes mes anthologies à ces élèves qui pour la moitié d'entre eux ne savaient pas lire le français et en lisant avec leurs doigts, ils se sont mis à apprendre de la poésie par cœur.

Et c'est ça, je crois, qui est magnifique dans le fait que les grands textes, que les textes, que la littérature, que la langue nous fait grandir et nous augmente de nous-même. que cette soif infinie, elle montre à quel point on ne devient vraiment ce que l'on est que par le chemin de cette rencontre avec quelque chose qui nous dépasse infiniment, mais qui nous fait oui grandir jusqu'à notre propre hauteur.

21:06
Non speech

[applaudissements]

21:12
Locuteur

Merci beaucoup. En fait, ce que vous venez de dire, c'est sorte de c'est un moment mythique. C'est c'est quelque chose de de d'incroyable qui qui se passe quand qu'on peut écouter quelqu'un. Euh parler d'un point par il me manque les mots, mais donner un poème comme ça. Alors ça veut dire que si j'irais dans la dans cette direction, c'est même pas seulement le contenu qui compte mais c'est la magique aussi qui compte. de la magie de lire, de de d'entrer dans un autre monde, de de découvrir quelque chose qu'on ne savait pas. Alors vraiment de de se laisser porter par quelque chose.

Est-ce que c'est ce que vous dites aussi si qui nous qui nous qui nous devrait forcer de de forcer notre jeune aussi de lire des grands textes ? Non, mais ce que dit François Xavier est juste, c'est le transmetteur qui est important. C'està-dire que si on se retrouve avec la critique de la raison pure entre les mains, c'est difficile de faire une lecture tout seul, plein de bonnes volonté avec son petit cahier, son petit crayon, on commence à la page 1 et puis on finit à la page 650 et on n pas forcément bien compris ou tout compris ou tout saisi.

Et ce que monre François Xavier, c'est que s'il y a effectivement quelqu'un qui est un passeur, c'est pourquoi j'avais créé l'université populaire qui est un passeur et qui dit "C'est compliqué mais mon travail à moi justement c'est de faire de telle sorte que ce qui est compliqué puisse être compris par vous." Et à partir de ce moment-là, moi je vois bien que si Lucress m'a produit cet effet, c'est parce que Gerfagnon m'a initié à Lucrè, c'est parce qu'il y a eu un cours avec. Vous savez, il y a des grands lecteurs et qui restent des catastrophéthiques.

J'ai lu un livre terrible qui s'appelle La bibliothèque d'Adolphe Hitler et dans lequel j'ai appris qu' Hitler lisait deux livres entre un et deux livres tous les tous les jours la nuit très insomnia, il lisait beaucoup et qu'il a lu Ficht, il a lu Chopenhauer, il a lu Nietzsche et il avait des avis et des avis que je dirais éclairés. C'estd c'est l'avis de quelqu'un qui avait compris. Donc vous voyez qu'on peut très bien lire Kant et ne pas être cancien et et on peut lire Nietzsche et ne rien comprendre à Nietzs c'està dire faire les loges du surhum comme si c'était un vafuness et ne pas avoir compris que c'était un texte ontologique.

Nietzs nous dit il n'y a que de la volonté de puissance tout est éternel retour d'où le sens du deviens ce que tu es. Ce que tu es tu l'as déjà été redeviens-le et consent à ça. Et c'est ce que dit Nietz. C'est l'amorphatie. aime ton destin, tu vas découvrir la béaditude et c'est ça le surhomme. Évidemment, Hitler n'a rien compris à ce qu'il aura lu. Il aurait fallu quelqu'un pour lui dire que le surum chez c'est pas du tout ce qu'il a pu imaginer. Donc mon vieux maître m'avait donné un jour un livre en disant lisez ça en frère, vous verrez, c'est important. Et c'était sur le qu'est-ce qu'un professeur, c'était un livre de George Gusdorphe. Et pourquoi des professeurs ?

Et qu'est-ce que le maître ? Et qu'est-ce que le disciple ? Ça ça n'est plus autorisé. C'est-à-dire, vous pouvez plus dire aujourd'hui vive les maîtres et vivent les disciples. Un disciple c'est un esclave, c'est pas bien. Il faut qu'il se libère, il faut déconstruire le maître et cetera.

Mais un maître, c'est juste quelqu'un qui est plus âgé que nous et qui a travaillé plus que nous et qui peut dire "Moi, j'ai travaillé, j'ai digéré et je peux maintenant te donner une nourriture plus facile à manger." Et on peut expliquer, moi j'expliqué la critique de la raison pure en la rendant audible, pas forcément compréhensible à la lecture mais parce que c'est le travail du professeur et c'est le travail du passeur et et on a plus de passeur, c'està-dire d'abord l'éducation nationale a refusé à renier la question du passeur. Elle a elle a déjà interdit le le parker. Le parker, c'est effectivement l'art de de fabriquer un cerveau en état de marche.

Et puis après, on ne fait plus de lecture exigeante. C'est-à-dire que vous avez, moi je suis je peste contre la littérature dite pour jeunesse, la littérature de jeunesse qui tire vers le bas.

le livre de lecture de mon père qui était né en 1921, ben il faisait de telle sorte que quand on apprenait à lire et à penser, on le faisait avec Mérimé, avec Château Brillant, avec Colette, puis aussi avec des auteurs étrangers, c'est-à-dire avec Homer, avec Échil, avec Servantess et on estimait que un petit garçon dans sa campagne quand il avait 10 12 ans, on pouvait lui faire confiance et on pouvait lui dire "La culture est là et je vais te grimper jusque-là." plutôt que de faire comme on fait maintenant, disant "Tu es là, je vais descendre la culture jusqu'à toi." Et bien vive les mangas à l'école, vive la BD à l'école, amène-moi donc ta musique que nous puissions écouter.

Non, pas du tout. Si on initie à Wagner des enfants qui n'ont jamais assisté à un seul opéra, ils vont aimer, ils vont ils vont être intéressés parce que d'abord on ne les méprise pas parce qu'on les fait entrer dans un monde et qu'on les conduit dans ce monde. On leur dit je te prends par la main et s'ils ont confiance, ils disent je sais qu'avec vous je ne serai pas déçu. N'allez pas me mentir. Et et de fait ce que raconte François Xavier c'est c'est une cérémonie initiatique. Il y a celui qui sait, il y a celui qui disent qu'il sait, il y a ceux qui écoutent celui qui sait et qui ne savent pas et qui se disent. Mais c'est extrêmement intéressant du genre c'est fait pour draguer.

On voit bien ce qui est dit dans cette phrase-là, cette façon de dire quelle séduction vous êtes capable d'obtenir avec un texte et dire un texte comme celui-ci dans une société où effectivement on n'en prend plus rien par cœur, c'est toujours il y a toujours un effet de sidération en présence de quelqu'un qui est capable de dire "Ah bah oui, effectivement et puis de nous dire euh 10 minutes de 10 minutes d'un d'un verre." Je me souviens de Claude Landzman qui m'avait j'avais fait venir à camp à l'université populaire pour parler de ces films et puis il voulait absolument déjeuner avec moi, pas avec les autres.

Alors, il était assez insupportable et on était en train de déjeuner tous les deux et puis il a il a demandé un carp chiot de viande puis un deuxième carp chi de viande puis un troisième carp chi de viande. Il a pas arrêté pu à un moment donné il me dit que vous vu que vous étiez en Argentine récemment vous y êtes allé pour les lièvres bien sûr les lièvres de Patagonie. Je dis bah non, je traduit là-bas, je suis allé pour faire des conférences et puis voilà. Dit vous connaissez le le poème de Victoria Campo, le liè non je je connais pas non. Il me dit ça dure 20 minutes. Vous voulez que je vous le dise ?

[rires] Et là on peut pas dire non est en train de déjeuner, on a un rendez-vous une autre fois et cetera. Je dis oui bien sûr. Pendant 20 minutes, il il m'a regardé, m'a parlé, on était au restaurant et il a dit ce texte là. Il me dit je me le dis tous les jours. Tous les jours quand je suis un feu rouge que ça traîne, ça tarde et cetera. Voilà. quand je l'ai pas dit dans la journée avant de m'endormir, je me le dis et cetera. Et de fait quand quelqu'un initie, mais on a perdu le sens de l'initiation, si quelqu'un initie, il peut conduire les enfants partout. Moi, j'ai été 20 ans prof dans un lycée technique. C'est pas facile d'enseigner la philo dans un lycée technique.

Je n'ai jamais eu de rebuffade. Jamais personne ne m'a dit : "Ça sert à rien." Il commençait l'année comme ça. Et puis je disais, "Vous assistez à 5 ou six cours, si ça vous déplaît, vous viendrez plus, c'est pas un problème, je remplirai pas le cahier d'absence, je peux le dire maintenant." Mais il restait il restait parce que à charge pour moi de de les amener à des textes compliqués à partir de de d'événements réel du quotidien.

J'avais lu une biographie d'Alain où j'avais appris qu'Alain avait laissait les élèves écrire une phrase au tableau et quand il entrait, il voyait la phrase, il commentait la phrase et puis un jour il vient et puis la phrase est écrite au tableau tout simplement il y a un inspecteur de l'éducation nationale qui est là et la question était les prostituées ont-elles des droits ? et Alain fait cours là-dessus. Et j'ai commencé, j'ai fait, j'ai fait 20 ans comme ça en disant à mes élèves quelle est la question du jour ? Et à partir de leur question, j'ai essayé de de les amener à la philosophie.

Et je me souviens d'un jour, j'étais un salon du livre sur la question de du livre de philosophie du livre de de du manuel de philosophie et là je dis par exemple la question de la semaine c'était vous avez vu monsieur Lady Didi, elle est morte. C'est pas une question philosophique hein, simplement c'est la question qu'il me proposait eux avec leur culture et leur savoir. Et là [grognement] j'ai dit bon on va commencer à expliquer l'histoire, comment elle s'est passé, qui était Dodi Alfayed, qui elle était elle, qui était le chauffeur qui avait bu, qu'elle était quels étaient les paparadziis et cetera. Et à partir de ça, je leur fais un cours sur le bouc émissaire chez René Girard.

Je leur dis, vous avez vu pour vous le responsable, c'est l'idi, c'est le chauffeur et cetera. Le bouc émissaire chez Girard, ça fonctionne comme ceci, ça fonctionne comme cela. Et puis après je leur dis mais regardez la question de la liberté dans l'existentialisme. Vous êtes libre, vous choisissez, vous êtes authentique, vous êtes un salot vocabulaire de Sartre.

Et à partir de cette c'est même pas cette pensée, cette information qu'il me donne en me disant faites-nous quelque chose avec ça et bien j'étais un fonctionnaire payé par l'État et très heureux de faire ce métier et j'avais honoré ce que l'État me demandait, c'est-à-dire d'avoir traité des questions du programme, d'avoir traité ces questions avec des auteurs du programme et d'avoir fait de telle sorte qu'à partir d'une question que je dirais trifiale, on puisse parler dans des élèves dans une classe où les élèves étaient secrétaires d'ctilo ou commerciaux, vendeurs de voiture.

d'avoir pu leur dire le bou émissaire aujourd'hui chez René Girard, l'existentialisme chez Jean-Paul Sartre, la la sonnette retentie, j'ai fait mon cours et je passe dans la dans la salle d'à côté.

29:50
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[applaudissements]

29:54
Locuteur

Oui, en fait ce que vous dites tous les deux, c'est ça dépend de la personne et ce que cette personne doit faire, c'est de d'amener les jeunes quelque part où ils ne sont pas encore et pour vraiment leur ouvrir des portes d'esprit de connaissance qu'il savaient pas. Euh vous François Xavier Bélami, vous vous dites très clairement dans votre livre les déshérités que vous n'étiez plus demandé à faire ça. Vous étiez même interdit à transmettre. vous avez appris, ne transmettez rien. Croyez-vous que bon déjà on vous êtes très clair en disant que ça c'est pas la bonne route, ça déprive les jeunes d'apprendre quelque chose.

Je voudrais savoir maintenant un petit peu plus qu'on a parlé de la de la fascination et aussi de la morale individuelle. Dans quelle mesure ça pourrait être aussi important pour devenir un bon citoyen de transmettre les grands textes ou les grands idées ou de recevoir d'abord et c'est vrai que moi je fais partie d'une génération de professeur Michel le disait très bien qui a été formé par l'idée que la transmission était coupable. Quand j'étais en formation à l'IUFM, j'ai vécu cette expérience traumatique que peut-être certains partagent ici.

Euh le le l'inspecteur général qui nous recevait dans le métier nous a répété à sep ou h reprises dans son discours en nous accueillant "Vous n'avez rien à transmettre. Vous ne devez surtout pas transmettre des connaissances." C'était évidemment un peu rude parce que ça fait des années qu'on apprenait des choses et qu'on les apprenait avec beaucoup d'exigences, qu'on avait passé des concours pour pouvoir être admis dans ce métier. Et tout ce qu'on nous expliquait, tout ce que nous expliquait notre propre institution, c'est que il ne s'agissait pas désormais de partager ce savoir que nous avions en héritage, mais il fallait au contraire laisser les élèves construire leurs propres savoir.

Si vous transmettez des connaissances, ça veut dire que vous considérez exactement comme le disait Michel à l'instant, qu'il y a d'un côté celui qui sait et de l'autre ceux qui doivent écouter pour recevoir le savoir. Et donc ça veut dire que vous considérez vos élèves comme des ignorants, que vous les méprisez, que vous les enfermez dans la posture de récepteur passif. On nous disait à l'IUFM, il faut pas qu'il y ait dans l'espace classe un sachant et des apprenants. Voilà, il faut que les élèves produisent leurs propres savoir. Pour le dire autrement, la situation que l'UFM aurait voulu déconstruire absolument, c'est exactement celle qu'on est en train de vivre aujourd'hui.

C'estàdire que nous sommes devant vous, nous vous faisons face, nous parlons, vous écoutez, nous avons un micro, vous n'en avez pas et en plus on nous a mis sur cette chose barbare que heureusement nous avons retiré de nos salles de classe qui s'appelle une estrade. Donc nous vous regardons de haut et c'est l'occasion de vous demander pardon pour toute cette violence symbolique que nous sommes en train de vous infliger et dont j'espère vous n'allez pas sortir trop éprouvé. Mais donc cette cette idée là, voyez, elle elle venait directement contester le principe même de notre vocation et moi, je crois qu'elle était en réalité contraire à la signification même de l'école.

Tocville dans la démocratie en Amérique. Je je je suis revenu sur ce texte pour préparer notre échange. Je me suis demandé ce que Tocville avait écrit sur l'éducation. Il écrit une chose que je crois être absolument fondamentale. Il écrit que en Amérique, l'école joue un rôle fondamental pour l'avenir de la République démocratique. C'est son expression, parce qu'elle ne détache jamais l'instruction de l'éducation. Moi, je crois profondément que l'école peut éduquer. Voyez, je vois parfois des gens qui disent "Il faut arrêter d'appeler l'école éducation nationale.

Il faudrait l'appeler instruction nationale." Moi, je crois que l'école peut éduquer, mais je crois qu'elle ne peut éduquer qu'en instruisant et que le moyen propre par lequel elle peut rendre plus humain un homme, qu'elle peut le rendre plus libre, qu'elle peut le rendre meilleur citoyen, le préparer à sa liberté civique, c'est d'abord par le chemin de l'instruction. Et aujourd'hui, le grand paradoxe, c'est qu'on demande à l'école de faire des bons citoyens. On lui demande d'ailleurs à peu près tout. On lui demande de faire des des consommateurs écoresponsables. On lui demande de fabriquer des des des gens qui respectent l'autre genre et qui déconstruisent les stéréotypes sexistes.

On lui demande même de contribuer à la sécurité routière en en évitant les accidents. On lui demande tout et n'importe quoi, mais on lui a retiré le moyen propre par lequel elle pouvait servir tout ça. Moi, je crois que l'école peut contribuer à ce que les garçons soient moins violents envers les filles, mais elle peut y parvenir justement en transmettant un peu de poésie. Elle peut contribuer à défaire le mépris dans lequel dans beaucoup de quartiers de nos villes des jeunes femmes sont toujours tenues. Mais elle peut le faire. Si vous avez appris euh ce que Marie Curry a légué à la physique et que vous l'avez compris, comment pouvez-vous penser que les femmes sont inférieures aux hommes ?

Si vous avez lu quelques pages du procès de Jean d'Arc en cours d'histoire, comment pouvez-vous penser que les femmes sont inférieures aux hommes ? C'est pas en faisant des ateliers d'égalité de genre où on va essayer de convaincre nos élèves d'être respectueux. Voyez, pourquoi est-ce qu'il faudrait être respectueux plutôt qu'irresectueux ? Pourquoi est-ce qu'il faudrait être tolérant plutôt qu'intolérant ? C'est c'est pas en faisant des ateliers d'esprit critique qu'on va former des meilleurs citoyens.

Si vous avez fait lire à vos élèves Platon et Aristote, si vous leur avez fait lire Pascal et Nietzsche, et bien il y a fort à parier qu'ils auront plus d'esprits critique en ayant découvert que des esprits intelligents pouvaient produire sur le réel des énoncés qui paraissent contraires et que cela fait grandir leur propre liberté critique. Mais après les attentats de Charlie Hebdo, on nous a dit maintenant prof de philo, vous devez faire des ateliers d'esprit critique.

Je sais pas faire un moi je sais pas transmettre l'esprit critique, je sais enseigner la philosophie et je pense qu'en enseignant la philosophie, je sers l'esprit critique des élèves que j'ai devant moi et que je contribue à en faire de meilleurs citoyens demain. pas parce que je leur je leur aurais dit soyez de bons citoyens mais parce que parce que je leur aurais transmis, ils auront pu voir grandir en eux les conditions préalables à l'exercice de leur vie civique demain.

35:47
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[applaudissements] [applaudissements]

35:53
Locuteur

Quand je demande à vous Michel Lfray dans votre livre Déambulation dans les ruines qui paraissait très récemment si j'ai bien vu dans parmi vos 120 livres et plus je ne sais pas eu cette ce livre est une traversée de l'antiquité comme champ de ruine. Les dieux les valeurs, les philosophes sont encore là mais ils sont tous des vestiges. C'est-à-dire vous êtes quand même assez critique sur ce que notre culture nous transmet encore. Est-ce que c'est la culture qui ne transmet plus ou est-ce que c'est nous qui ne comprenons plus ? Est-ce que c'est l'école qui rate à nous le transmettre ? Est-ce que où est le problème ?

Non, sur la question des ruines, c'est simplement que les supports n'ont pas résisté. Un petit peu comme quand vous allez aujourd'hui à Athène ou à Rome ou à n'importe quel autre endroit où vous avez, je sais pas, en Sirénaïque par exemple, euh aucun temple n'est resté debout. C'est-à-dire que quand vous avez écrit sur des papyrus que les papyrus ont été détruits, brûlés, euh qu'ils ont rencontré des incendies dans les dans les villes, que ça a été il y a eu l'humidité et cetera, il y a eu disparition des textes. Ensuite, il y a eu ce qu'on a appelé des palsestes, c'est-à-dire qu' on écrivait sur des pots de bête et puis après on s'est comme on a gratté pour pouvoir écrire d'autres textes.

Quand le christianisme est arrivé, il y a eu nombre de textes qu'il a fallu écrire. On a donc effacé un certain nombre de textes de philosophes. C'est-à-dire qu'il nous reste beaucoup de fragments. Ce qu'on appelle les présoccratiques ne sont connus que par ceux qui en ont parlé ont dit et souvent de manière négative. On dit "Masin, il a dit que je ne suis pas d'accord avec mais il a dit que on enlève ça fait un fragment." C'est-à-dire que quand vous prenez les présoccratiques, c'est extrêmement difficile de pouvoir restituer la pensée intègre ou intégrale ou de de d'empédocle, d'héraclit, d'accimon, d'Anaximè et cetera ou de Parménid.

Donc c'est souvent le parménite, enfin c'est pas le parménite de Platon mais le parménite vu par un Platon, un Aristote ou un autre dont dont on dit qu'il il a été celui-ci ou il était celui-là. Donc c'est un champ de ruine. Il nous reste tout Platon parce que Platon lui était christiano compatible je dirais. Et ça a été la même chose avec Aristote puisque ça va rendre possible un certain christianisme celui de la patristique, les 10 siècles qui suivent Jésus, la naissance à la mort de Jésus et puis la scolastique qui va suivre ensuite. Donc là pour le coup, on a euh un chantier qui est un chantier de ruines.

Alors déambulation dans les ruines, c'est le premier volume d'un d'une série d'au moins quatre livres, mais j'étais parti pour quatre quatre livres, je crois, pour la contre-histoire de la philo, j'ai dû en faire 15. Et donc c'est une histoire philosophique de l'Occident que je propose. Donc là, on a le la pensée greco-romaine puis il y aura ensuite le judéochristianisme. Et donc c'est difficile de transmettre parce que moi ce que je faisais avec mes élèves, c'est que je leur disais "Je vais être spinosiste le temps que je vais vous expliquer Spinoza." Cartésien quand je vous expliquerai des cartes. C'est un peu pour rebondir sur ce que dit François Xavier.

C'estàdire leur apprendre à penser pas comme on pense soit entrer dans la pensée de Spinoza. entrer dans la pensée de Descartes, entrer dans la pensée de Nietzsche, de Mars, de fraud et cetera. Et après, on peut revenir sur la pensée parce qu'on aura fait le travail qui consiste à épouser la pensée de quelqu'un, c'est-à-dire d'avoir été initié par un grand mort. C'est ça la lecture, c'est d'être le contemporain des grands morts. Et donc euh quand euh j'enseignais la le l'éthique de Spinoza, je disais "Vous ne devriez pas savoir si je suis spinosiste ou si je ne le suis pas." Et c'est la même chose avec Saint-Thomas, c'est la même chose et cetera et cetera.

Le professeur en tant qu'il est fonctionnaire n'est pas là pour dire voilà ce que je pense et il y a eu des profs pendant très longtemps qui étaient des profs frodiens et qui faisait un cours frodien toute l'année et qui cherchaient le complexe des dipes de de Descartes qui cherchaient la castration chez Nietzsche ou qui cherchaient et cetera et on a eu des tomistes et on a eu des marxistes et on a eu des gens qui ne faisaient pas d'histoire de la philosophie qui faisaient de l'idéologie et quand on entre dans la pensée de quelqu'un et puis on dit bah par exemple Descartes pensaient ça et voilà ce que Gassendi pensait de descartes, entrez dans la pensée de Gasendy et vous verrez un peu ce qui peut se passer avec Pascal.

Exactement la même chose. Et je pense que quand on faisait on faisait faire du sport au cerveau d'une certaine manière, les élèves comprenaient que c'était à eux ensuite d'aller fabriquer leurs propres pensées. Donc au fur et à mesure que le temps passe, on a de plus en plus d'archives et aujourd'hui vous avez des philosophes qui ont laissé des archives à LIMEC par exemple et ce sont des des mètres cubes de de de de documents. Donc c'est difficile d'aborder la pensée antique d'abord parce qu'on ne sait pas comment pense un grec.

On pense aujourd'hui un texte qui a été écrit il y a il y a 25 siècles alors qu'on ne pense pas du tout la même chose dans un monde où les soucis ne sont pas les mêmes. Donc il faut conscient il faut faire de telle sorte ça c'était aussi ce que mon vieux maître Gerfagon appelait la méthode érudite. Et moi j'avais des des profs qui étaient structuralistes qui étaient marxistes qui étaient lacanien et et j'ai été épargné par tous ces gens-là parce que lui disait "On va faire de la méthode érudite. Qui écrit quoi, quand et de quelle manière ? Si vous dites aujourd'hui j'aime la Rome antique, vous dit mais quelle Rome antique ?

Il y a la Rome des Républicains, il y a la Rome des de la monarchie, de la République et de l'empire. C'est pas exactement la même chose. Des méon l'ancien et puis d'aimer Néron c'est pas du tout la même chose. Et cette méthode érudite, elle supposait que les textes ne sont pas dans l'espace, dans l'air comme ça et qu'il faut faire de l'histoire.

Je pense qu'aujourd'hui le grand problème c'est outre l'inculture, outre les cerveaux qu'on ne sollicite plus, c'est l'incapacité à euh à tenir des discours historiques et à faire des à commettre des erreurs d'interprétation, c'est-à-dire à dire par exemple, je a des universités aux États-Unis qui refusent qu'on enseigne la statuaire grecque parce qu'elle est blanche. Et donc si vous dites praxitel et regardez toutes les les hommes, les femmes, ils sont tous blancs. Il faut juste expliquer à ces gens-là, minimum d'histoire nécessaire à connaître, que les peintures que les sculptures étaient polychromes, qu'elles étaient peintes.

C'est-à-dire que le marbre est ce qui permet le meilleur rendu de la peinture. C'est-à-dire qu'il y avait des sculptures extrêmement véristes. Donc si vous ne savez pas que les peintures étaient que les sculptures étaient peintes et que vous dites que comme c'est de la sculpture blanche, c'est de la sculpture suprémaciste, vous dites évidemment n'importe quoi. qu'il y a plein d'événements qui ne sont pensables ou possibles ou même des références que vous faites aujourd'hui.

Si vous retrouvez, je prends un exemple comme ça par hasard à commentter l'actualité sur C News avec Laurence Ferrari et que vous faites des références par exemple aux tribus primitives telles qu'elles sont présentées par Darwin dans l'affiliation de l'homme immédiatement on vous présente comme un raciste. vous dites mais est-ce que on peut juste faire référence à ce moment de l'histoire où il n'y a ni blanc ni jaune ni quoi que ce soit juste des tribus primitives dont Darwin nous a parlé en nous expliquant ce qu'elles étaient et donc si vous manquez des références historiques, vous ne pouvez plus lire.

C'est-à-dire que les classiques aujourd'hui sont difficiles à lire parce que vous avez des gens qui d'abord sont empêchés par le langage. C'est difficile de lire Rablé dans le texte 16e. C'est difficile de lire Corneille dans le texte 17e. Ça devient difficile même de lire DAbert dans le texte 18e. C'est-à-dire qu'il y a des jeunes, je ne parle pas de l'élève de don dont dont nous parlait François Xavier tout à l'heure qui était franchement illétré mais qui se trouve quasiment illétré devant des textes du début du 20e siècle par exemple.

Donc ça devient difficile de faire fonctionner l'intelligence ou de la solliciter quand il n'y a plus ni mémoire, ni transmission, ni connaissance, ni possibilité de faire intervenir d'autres savoirs et surtout une pensée qui est totalement déconnectée d'avec l'histoire. Absolument. J'avais déjà le signe pour l'ur mais j'ai deux petites questions quand même. [grognement] Euh en vous écoutant, en sachant que nous nous avons lu, c'est vraiment ça ça ça reste quelque chose de magique, mais comment motiver des jeunes aujourd'hui ou même des des plus jeunes à lire les grands textes quand il y a les vidéos TikTok qui sont là sans cesse, qui sont beaucoup plus simples à décryper quoi ?

Il faut même pas décriper parce que c'est banal quand on en soit quand il y a des films, quand il y a Lia qui fait des résumés, comment animer les jeunes à lire ? Et je vous pose la question, que dites-vous ? Euh moi je Non, je je pense qu'on est euh je répondrai à deux choses simplement. La première, c'est la technologie nous a souvent été décrite comme l'une des raisons pour lesquelles la transmission serait désormais périmée.

Moi, je me rappelle quand j'étais professeur, on nous disait "Non, mais bientôt, vous savez, il y aura les mou, on mettra 800000 élèves de la même génération devant un professeur virtuel qui fera le même cours à tout le monde et pourquoi est-ce que le métier d'enseignant continuerait à exister Et puis ensuite, on a vécu le Covid et là, on s'est rendu compte que faire un cours à distance, c'était quand même une expérience un peu singulière et que à la fin l'enseignement c'est toujours une relation personnelle. Et donc cette idée-là, elle a un peu passé maintenant heureusement. Mais on nous a dit ben voilà, tout le savoir est sur internet.

Pourquoi faudrait-il apprendre de la chronologie par cœur ? Pourquoi faudrait-il apprendre de la géographie par cœur ? Puisqueavec Google Maps et Wikipédia, vous avez toutes les dates et tous les lieux que vous voulez. Ce serait vraiment une forme de sadisme absurde que de vouloir que les élèves apprennent quelque chose qu'ils peuvent trouver sans difficulté et sans médiation immédiatement par eux-mêmes sur internet. Et maintenant la nouvelle utopie c'est chat GPT. Donc il y a l'intelligence artificielle. Pourquoi faudrait-il apprendre quelque chose puisque chat GPT fait tout pour vous ?

et et cette idée absolument extraordinaire que j'ai entendu si souvent que en réalité le le l'intelligence artificielle va progressivement faire disparaître l'enseignement puisque désormais nous avons d'une certaine manière une machine à penser dans nos poches. En fait quand vous allez sur Google ou sur chat GPT, vous faites une démarche qui est radicalement contraire à celle que vous faites quand vous ouvrez un livre. Et dans le monde de l'immédiateté dans lequelle nous sommes, dans ce monde qui a déconstruit les médiations, ça n'est pas pour rien si l'image est le média de ce monde. Parce que l'image, c'est le média de l'immédiateté. Dans une image, tout est immédiatement donné.

Dans ce monde de l'immédiateté, au contraire, la lecture est l'antidote absolue et la condition de la liberté. Et la liberté a toujours eu un lien avec le livre. C'est même son origine étymologique libère. Le livre est un lieu de liberté. Pourquoi ? Parce que d'abord l'image et l'écran, c'est ce qui ape votre attention. C'est ce qui abolit la distance. Le livre, au contraire, c'est ce qui crée la distance. Lire un livre, c'est accepter la distance. Ce qui compte quand vous lisez un livre, c'est d'abord le chemin que vous allez faire avec un auteur. Quand vous faites une recherche sur Google ou sur chat GPT, le but c'est d'aller le plus vite possible de la question à la réponse.

C'est d'aller le plus vite possible du désir à sa satisfaction. Et toute l'architecture du web est construite pour cette immédiaté. Quand vous lisez un livre, au contraire, le but n'est pas d'aller le plus vite possible à la dernière page. Ce qui compte dans le livre, c'est le chemin. C'est la distance que vous ferez de la première à la dernière ligne. Si vous ouvrez un roman policier, vous n'avez rien compris à la lecture si vous commencez par la fin pour savoir qui est le criminel. Ce qui est savoureux dans un livre, c'est le temps que prend le fait d'aller jusqu'à la fin, d'aller jusqu'à la conclusion. Et c'est ce chemin-là qui vous grandit et qui vous fait grandir. Pourquoi ?

Parce que le propre du livre, c'est l'exact de chat GPT, c'est que quand vous l'ouvrez, vous l'ouvrez parce que vous ne savez pas ce que vous allez y trouver. Si je pose une question à Google, je sais déjà ce que je veux. Si j'ouvre un livre, je ne sais pas ce que je vais trouver dans le livre. Et c'est pour cette raison-là que je vais partager un moment avec l'auteur que je fais un pari magnifique d'ailleurs, celui de laisser un auteur me parler pour me dire ce que je ne sais pas encore qu'il est prêt à m'enseigner, à m'apprendre, à me raconter. C'est pour ça qu'un auteur me fait grandir. Google, je n'y cherche jamais que ce que je sais déjà.

Je ne demande jamais à Google que ce que je connais déjà. Ce que je demande à un livre, c'est ce que je ne sais pas encore. Et c'est pour ça que le livre fait grandir. Et d'ailleurs, le mot auteur vient avec l'autorité de l'auteur de l'étymologie latine àer qui veut dire augmenter. Le propre de l'auteur, c'est qu'il m'augmente. L'autorité n'est pas le contraire de la liberté. Et dans l'expérience de la rencontre avec l'auteur, je le vois bien, l'autorité de l'auteur fait grandir ma liberté, m'augmente de moi-même. Vous avez posé cette magnifique question : "Quel livre nous a fait grandir ?

Il y a tous les livres dont on se souvient, ceux qui nous ont marqué, mais il y a aussi tous les livres qu'on a oublié et qui ont joué un rôle fondamental pour nous. Si nous sommes ce que nous sommes aujourd'hui, c'est par les professeurs que nous avons rencontré un jour dont l'autorité nous a marqué. On se souvient tous d'un cours qui nous a ébloui. Mais les cours les plus importants dans nos vies ne sont pas ceux que nous sommes capables de nous rappeler aujourd'hui. Les cours les plus importants de nos vies sont tous ceux que nous avons oublié.

cette masse incroyable de cours d'heures de cours d'heures d'enseignement qui se sont déposé en nous qui se sont condensés en nous et qui sont devenus la matière de notre propre liberté. Et quand Albert Camu reçoit le prix Nobel de littérature, il écrit à son instituteur de CP, il écrit à monsieur Germain, il écrit "Monsieur Germain".

Et monsieur Germain, son instituteur du CP, répond à Albert Camu qui vient d'avoir le prix Nobel de littérature, "Mon cher petit, c'est magnifique, voyez, parce que au fond, pour que nous devenions un jour les écrivains que nous pouvons être, pour que nous devenions les citoyens que nous sommes, pour que nous devenions les inventeurs, les innovateurs, les créateurs, les artistes, il a fallu qu'un jour on nous apprenne simplement, humblement, modestement à écrire en faisant des belles lettres bien rondes ou des bâtons bien droits sur l'été.

Et c'est comme ça que petit à petit nous avons cultivé dans tous ces cours dont nous n'avons pas gardé le souvenir par tout le passé qui s'est condensé en nous que nous avons pu développer notre propre liberté. C'est le mot magnifique de Simon Veille dans l'enracinement qui dit j'espère que je vais pas la trahir mais qui dit dans cette époque presque désespérée. On s'y retrouve presque dans cette époque presque désespérée. Il est impossible de trouver d'autres salut que dans les îs de passé demeurer vivants à la surface de la terre. Il est totalement vain d'opposer le passé à l'avenir. L'avenir ne nous apporte rien, ne nous donne rien.

C'est nous qui devons tout lui donner pour le construire, lui donner notre vie entière. Mais pour donner, il faut d'abord posséder. Et nous ne possédons rien d'autre, d'autres vies ni d'autres sèvres que les trésors hérités du passé, condensés, assimilé par nous, digéré et recréé. De tous les besoins de l'âme humaine, il n'en est pas de plus essentiel que le passé. Et je crois qu'on peut pas opposer les nouvelles technologies au passé. Le monde de demain sera libre et nous serons libres vis-à-vis de ces nouvelles technologies.

Nous ne garderons le pouvoir sur notre propre pouvoir qu'à la mesure de la capacité que nous aurons gardé de concentrer notre attention librement sur ce que nous aurons déterminé. Le monde des écrans peut-être celui de l'asservissement absolu. Il peut-être celui du plus grand pouvoir humain selon que nous aurons continué de lire des livres ou pas, selon que nous aurons continué de fréquenter les trésors du passé ou non.

51:00
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[applaudissements]

51:08
Locuteur

Très petite dernière question à lui. Je à vous je voudrais pas m'imaginer ce qui vous manque en lisant tous les dossiers politiques quand vous avez cette rencontre avec la poésie. Euh quel livre recommandiez-vous au public ou à votre co-parlementaire maintenant aujourd'hui ? Au public, pourquoi ? euh ou vos collègues parlementaires aujourd'hui pour mieux comprendre le monde. Pour mieux comprendre le monde, non mais il faut Ce qui est important dans les livres, c'est justement qu'il y en ait plusieurs. Ce que disait très bien Michel, c'est que s'il y avait un livre qui permet de tout comprendre, ce serait merveilleux.

Mais je pense que le plus important, c'est de rencontrer la variété, la diversité, la pluralité des auteurs. Et c'est ça qui fait Fergan, pour qui j'ai une admiration immense, nous parler de la nécessité de défendre le combat pour l'émancipation. Je crois que rien n'est plus important que d'apprendre, y compris aujourd'hui à tous nos concitoyens, que la vérité ne peut pas se trouver dans un seul livre. La vérité n'est jamais l'affaire d'un seul livre. Et peut-être l'aventure de la liberté commence justement par là. d'entrer en librairie.

52:06
Non speech

[applaudissements]

52:07
Locuteur

Michel frère, vous qui parlez, vous qui parlez dans des grandes audiences, dans les médias, qu'est-ce qu'il y a la différence entre éduquer parler et lire de manière silencieuse ? Pourquoi lire aujourd'hui ? Parce que je pense que c'est le lieu et l'occasion de la résistance. le l'un des grands livres aussi qui a changé ma vie là pour le coup j'étais jeune prof c'était l'homme neuronal de Jean-Pierre Changeux qui est un livre un peu difficile à lire parce qu'il y a beaucoup d'informations scientifiques et que c'est pas vraiment un livre grand public même si ça a été un bestseller en son temps.

Ce que nous disait ce qu'il nous dit toujours mais changeux c'est que les zones du cerveau qui ne sont pas sollicitées sont définitivement mortes. C'est-à-dire que si vous mettiez un bandeau sur l'œil d'un enfant à la naissance, une expérience de pensée évidemment, et bien vous enleveriez un jour le bandeau et il serait borgne définitivement. La zone du cerveau n'ayant pas été sollicitée se nécrose. Les zones du cerveau qui sont nécessaires à la lecture ne sont plus sollicitées, elles sont nécrosé. C'est-à-dire que nous avons des enfants avec des trous dans le cerveau aujourd'hui.

Des enfants qui a 13 ans sont capables d'en tuer d'autres et de dire après ça mais je j'ai pas voulu tuer, j'ai juste voulu lui donner des coups de couteau. J'ai juste voulu donner l'égorger et cetera. Il se passe quoi ? Il se passe effectivement que il n'y a jamais eu d'apprentissage de la lecture, c'est-à-dire de sollicitation des zones du cerveau dans lequelles on donne des des information pour que la mécanique fonctionne. C'est-à-dire que moi je je suis stupéfait de de la mémoire de François Xavier, mais il y a pas que la mémoire dans la mémoire. Il y a il y a la possibilité pour le cerveau de fonctionner comme il fonctionne ensuite quand la mémoire est là.

Parce que si l'intelligence qui est l'art de mettre en relation des choses qui a priori ne semblent pas en relation est possible, c'est parce qu'il y a de la mémoire. Et s'il y a pas de mémoire, il y a pas d'intelligence. S'il y a plus d'histoire dans laquelle l'intelligence et la mémoire peuvent fonctionner, qu'est-ce qui nous reste ? Juste l'uniilisme. Moi, je dis depuis des années à mes amis libraires que le livre est mort. Et depuis des années, ils me disent "Tu es pessimiste, tu es décadante.

C'est pas vrai, ça se passe bien, et cetera." Je dis "Mais attendons-nous bien, le livre en tant qu'il est un livre, pas les mangas, pas la BD et cetera." Quand on apprend que régulièrement le livre le plus vendu en France depuis des années, c'est Astérix. Alors, c'est bien mais c'est si c'est ça un livre, bon voilà. Mais si vous supprimez les albums de dessin pour adultes, ça fait partie des livres aujourd'hui. C'estàd si vous enlevez tous ces livres là, vous apercevez que le livre n'existe plus. Vous avez des grands auteurs qui font des livres qui sont vendus à 1000 exemplaires. Guerre plus, ça veut dire que cette civilisation du livre, elle est morte.

Il y a une date de naissance et puis il y a une date de décès. On on y est dedans. Vous avez des enfants aujourd'hui qui ne savent pas écrire, qui ne savent pas lire, qui ne savent pas penser et cetera. Je referme la boucle sur ce que je disais dès le départ. Moi, je découvre la magie du livre parce que dans cette ambiance qui est la mienne à l'orphelina, je découvre que c'est l'ouverture sur tous les mondes, pas sur un monde mais sur tous les mondes. Le livre, c'est ça qu'il faut transmettre.

C'est-à-dire comment c'est B, j'ai des petits enfants, mais je vois bien avec les petits enfants comment il faut éviter déjà de leur massacrer le cerveau avec des images, avec la télévision, avec cette machine à desserveler, à défaire les cerveaux, que sont les les les téléphones portables sur lesquels ils sont en permanence. ils sont en permanence sur ce genre de choses et puis lire gratuitement, raconter une histoire et peut-être par exemple des comptes de mots passants qui permettent avec la chute de donner du sens au restant du livre de de de du texte. Et parfois vous avez dans le texte un mot, moi j'ai lu plusieurs fois l'œuvre complète de mot passant, j'adore.

Il y a un moment donné où vous êtes là, vous dites "Ce mot-là est important, il va se passer un truc." Et probablement à partir de ça, les enfants ont cette intelligence qui fait que si vous leur racontez cette histoire, ils vont saisir tout ça. Et quand ils sauront que c'est une promesse de bonheur la lecture, ils arriveront un jour peut-être à la critique de la raison pure ou à d'autres ouvrages. Mais moi, je suis un fan de la de la playade par exemple et je me dis il n'y a que des chef-dœuvres. Donc quand vous allez chercher un chef-dœuvre, vous ouvrez n'importe quelle page et vous allez encore apprendre sur vous, sur les autres et sur le monde. Voilà pourquoi je rejoins François Xavier.

Il y a pas un livre qui dirait la vérité du monde. Ça c'est le début de la dictature. Tout y est. Non sûrement pas. Il y a des bibliothèques. Moi, je défends moins le livre que les bibliothèques. Très bien. Merci beaucoup François Xavier Bami. Merci beaucoup Michel Enf. Et juste pour être sûr, il y a des livres làin. Il y a des livres. Il y a une librairie qui y a des livres. Merci beaucoup. [applaudissements] Amen.