Nouveau gouvernement, sécurité et immigration... Le "8h30 franceinfo" de Roland Lescure
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Bonjour Roland Lescure, matinée de passation dans les ministères, vous, vous avez quitté le vôtre, celui de l'industrie hier soir, votre successeur est lui aussi un macroniste historique, Marc Ferracci, finalement vous auriez pu y rester si Michel Barnier vous l'avait demandé ?
Non, j'avais indiqué très tôt que je ne souhaitais pas être dans ce nouveau gouvernement, j'avais parlé de ce que j'appelle l'équation politique de ce nouveau gouvernement qui est très différente de celle qu'on avait avant, moi je voudrais peut-être commencer par vous dire que je comprends qu'un certain nombre d'électeurs puissent se sentir frustrés par ce gouvernement qui ne représente pas, et c'est sans doute une première en France, les résultats de l'élection législative.
C'est important ça, vous dites qu'il ne représente pas, ça veut dire qu'il n'est pas démocratique ?
Non, il est démocratique, dans la plupart des pays d'ailleurs, quand une assemblée est telle qu'elle est aujourd'hui en France, c'est-à-dire coupée en trois blocs, on construit une coalition la moins minoritaire possible et on gouverne comme ça, nous on n'a pas cette habitude là, le gouvernement en France il est majoritaire depuis 1958 à quelques exceptions près, notamment les deux ans qui viennent de s'écouler où on l'était presque, là on a un gouvernement très minoritaire.
Est-ce que ça veut dire qu'il n'est pas légitime ?
Non, il est évidemment légitime tant que l'Assemblée nationale lui permet de continuer de faire son travail, mais en revanche ça veut dire qu'il a un devoir impérieux. Bon, moi je regrette, je l'ai dit, que la gauche n'ait pas souhaité gouverner, que la gauche de gouvernement...
C'est elle qui n'a pas souhaité gouverner ou alors c'est Emmanuel Macron qui ne lui a pas donné l'occasion en nommant un Premier ministre issu de la gauche ?
Je pense qu'il faut être deux, prononcer le tango et que la gauche de gouvernement, en tout cas qui s'appelle comme tel, ne souhaitait pas le faire, mais j'allais dire peu importe. Aujourd'hui on est là où on est. Ce gouvernement du coup, il a de mon point de vue un devoir impérieux qui est de parler à ces électeurs de gauche qui ne se retrouvent pas dans ce gouvernement. Parce que sinon, on va se retrouver avec un gouvernement, oui, minoritaire à l'Assemblée, mais aussi minoritaire dans le pays.
Et je pense que c'est très important pour préparer la suite, ne pas injurer l'avenir, et surtout c'est le combat de ma vie, assurer ou éviter que le Rassemblement National soit au pouvoir dans trois ans, qu'on puisse effectivement rassembler ce que j'appelle les Républicains des deux bords autour d'une ligne politique qui doit élargir sa base plutôt que de la rétrécir.
On n'a pas compris pourquoi vous souhaitiez absolument quitter ce gouvernement, c'est parce que vous ne vouliez pas travailler dans ces conditions avec la droite ?
Non, parce que, un, je suis, vous l'avez dit, vice-président de l'Assemblée Nationale, que ça va être un travail, je pense, intéressant, stimulant, et peut-être aussi un peu compliqué. Il va falloir s'assurer que les débats à l'Assemblée aient lieu, et là encore, en parlant à toutes celles et tous ceux qui veulent travailler de manière positive, que les débats soient aussi apaisés que possible. Et puis, je souhaitais, je dois le reconnaître, retrouver ma liberté de parole. Quand vous êtes au gouvernement, vous êtes associé à l'ensemble des décisions qui y sont prises. Moi, je souhaite que ce gouvernement réussisse. J'espère qu'ils arriveront à faire voter un budget.
Je pense qu'ils ne seront pas censurés a priori. Mais ensuite, moi, je souhaite garder ma liberté de parole et ma liberté de vote, d'ailleurs, sur certains dossiers, certains sujets sur lesquels nous souhaiterons peut-être voter des choses qui ne seront pas nécessairement en accord.
C'est en ça qu'on ne comprend pas l'attitude des macronistes, puisque les macronistes font partie du gouvernement, 17 membres du camp présidentiel. En même temps, là, ce matin, vous nous dites liberté de parole. Ça veut dire que si votre patron de groupe, qui s'appelle Gabriel Attal, ancien Premier ministre, dit « Bon, alors sur ça, on va prendre telle position », vous vous dites « Non, moi, je suis libre de décider ».
Non, ce n'est pas tout à fait ce que j'ai dit. Ce que j'ai dit, c'est que pour qu'une coalition fonctionne, la moindre des choses, c'est qu'on puisse passer un budget et éviter la censure. Et ça, moi, je pense que tant que ce qu'on appelle la déclaration de politique générale sera en phase avec un certain nombre de nos lignes dites rouges, ça pourra se faire. Mais ce n'est pas parce qu'on a un certain nombre de membres de notre groupe, de notre mouvement, qui sont au gouvernement, que les lignes rouges sont d'un seul coup devenues des lignes vertes. – C'est ça que vous appelez la « mage-opposition », on n'a rien compris.
– Oui, écoutez, c'est un terme qui m'est venu comme ça dans le cadre d'une entrevue qui a été reprise par la journaliste et qui, depuis, a fait florès.
– Il y a beaucoup de néologisme en ce moment-là.
– Oui, oui, oui, je suis assez d'accord. Ce n'est pas forcément ce qui me plaît le plus. Mais ce que ça veut dire, en gros, c'est qu'on n'est plus dans la majorité, en tout cas pas totalement, mais qu'on n'est pas non plus dans l'opposition. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire soutien sur l'essentiel, le budget, à condition qu'il respecte nos lignes rouges, on évite la censure. Mais ensuite, sur des sujets sociétaux, par exemple, Gabriel Attal en a parlé hier en réunion de groupe, le Premier ministre y a répondu hier soir en disant que la PMA, le mariage pour tous, l'IVG, on n'y toucherait pas. J'allais dire, heureusement, ça allait sans dire, vu un certain nombre.
– Parce qu'il y avait des réelles craintes, au fond ?
– Mais bien sûr, parce que, vous le savez, il y a aujourd'hui des personnalités dans ce gouvernement qui, dans le passé, ont pris des positions sur ces sujets sociétaux qui sont à l'exact opposé de ce que nous, on porte. Et moi, je comprends que des personnes directement affectées par les discriminations, évidemment le racisme, l'antisémitisme, les discriminations anti-LGBT, se retrouvent heurtées, choquées par la nomination à un gouvernement de personnes qui, dans le passé, ont tenu des positions à l'encontre.
– Mais à quoi ça sert d'avoir dit ça après avoir acté votre participation au gouvernement ? Ça a quel sens, franchement ?
– Ça a le sens que, je l'ai dit d'ailleurs, il y a une quinzaine de jours, quand j'ai dit que je ne souhaitais pas faire partie de ce gouvernement. Il n'y a pas de chèque en blanc. Ça veut dire qu'on est en responsabilité, et qu'effectivement, si on ne va pas dans ce gouvernement, on se retrouve avec un gouvernement soutenu par 47 députés. Alors là, c'est vraiment, totalement non-démocratique. Donc, on prend nos responsabilités. – Juste une question quand même, Roland Lescure,
parce que là, en ce moment, parmi les 39 ministres qui sont réunis, dont Michel Barnier à Matigny, il y en a 17, 17, qui sont issus du camp présidentiel. C'est la poursuite du macronisme, en fait, par d'autres modalités ?
– Écoutez, on verra. Je ne suis pas sûr que la déclaration de politique générale reflètera exactement ce qu'on a porté depuis 2 ou 3 ans,
– Mais ce que vous avez entendu hier soir, qu'est-ce qu'il y a de différent de ce que vous avez porté
dans la bouche de Michel Barnier, qui était sur France 2 ? – Écoutez, il nous a rassurés sur un certain nombre de choses. On était inquiets sur les hausses d'impôts. Il nous a indiqué que celles et ceux qui travaillent, les classes moyennes, ne seraient pas affectées par un matraquage fiscal. C'était bienvenu. Il nous a rassurés sur les sujets sociétaux. Je l'ai dit, la PMA, les discriminations anti-LGBT, l'IVG, évidemment. J'espère qu'on ira plus loin. La fin de vie. Aujourd'hui, Olivier Falorni va déposer une proposition de loi sur la fin de vie que j'ai co-signée, qui reprend le texte tel qu'il était issu de la Commission.
J'espère bien que le gouvernement va avancer sur ce sujet, qui est un sujet extrêmement attendu des Françaises et des Français, sur lequel je ne sais pas ce que pense Michel Barnier. Autre sujet très important. J'étais jusqu'à hier ministre de l'Énergie. Je suis convaincu qu'on arrivera à décarboner la France qu'à une condition, qu'on développe à la fois le nucléaire et les énergies renouvelables.
Mais vous connaissez la position de la droite, justement, qui est désormais au pouvoir. C'est le nucléaire à fond, un peu moins d'énergie renouvelable, surtout, par exemple, les éoliennes. La position, c'est soit moratoire, soit des montages.
Les Don Quichotte modernes, qui se battent contre des moulins à vent, alors que ces moulins à vent, on en a besoin. Et donc, moi, je serais évidemment sensible à ce qu'on puisse développer l'énergie décarbonée sur ces deux jambes, le nucléaire et le renouvelable, dont l'éolien, dont l'éolien en mer. On en profite en plus pour développer une filière industrielle. On construit des éoliennes fabriquées en France. On va construire des panneaux solaires fabriqués en France. Donc, si c'est Don Quichotte, non. Si on continue à développer ces deux sources, oui, là encore, je n'ai pas entendu ce que comptait porter le Premier ministre sur ces sujets.
Donc, il y a un certain nombre de sujets d'interrogation. Mais dans l'ensemble, évidemment, on souhaite que ce gouvernement réussisse. Ce ne sera pas à n'importe quel prix.
Je voudrais attendre le 1er octobre pour le discours de politique générale de Michel Barnier. Vous parliez des profils qui interrogent dans ce nouveau gouvernement, des profils qui font polémique. Et parmi eux, il y a le nouveau ministre de l'Intérieur, Bruno Rotaillot, ancien patron des sénateurs LR au Sénat, compile de déclarations anciennes ou récentes jugées problématiques.
Les migrations africaines, ce sont des gens qui n'ont pas la même culture que nous. Ce sont des gens qui viennent non pas pour être français, mais souvent pour profiter des droits sociaux français. Dans les quartiers, pour la deuxième, la troisième génération, il y a comme une sorte de régression vers les origines, vers les origines ethniques. La colonisation, c'est bien entendu des heures qui ont été noires, mais c'est aussi des heures qui ont été belles, avec des mains tendues, etc.
Philippe Devilliers le considère comme son fils spirituel. Il a voté blanc au second tour de la présidentielle. Comment vous le traduisez, Bruno Rotaillot ?
En tout cas, ça ne fait pas rêver. Clairement, ces déclarations, je les réprouve toutes et tous, à la fois parce que je ne suis pas d'accord sur le fond, mais surtout qu'elles mettent en avant, comme malheureusement trop souvent, des positions assez caricaturales sur des sujets qu'ils ne méritent pas. L'immigration, c'est trop sérieux pour être laissé à ce type de position. Moi, j'attends, je l'ai dit...
À ce type de personne aussi ?
Non, moi, je ne fais pas de jugement de personne. Je jugerai évidemment ce gouvernement sur les actes, et je jugerai le ministre de l'Intérieur sur les actes. Mais Bruno Rotaillot, par exemple,
sur ses paroles, si on le juge sur ses paroles avant qu'il entre au gouvernement, il est favorable à la reprise d'un certain nombre de points de la dernière loi immigration qui ont été censurées par le Conseil constitutionnel, parmi lesquelles la fin de l'automaticité du droit du sol pour les enfants étrangers, la conditionnalisation des prestations sociales à une durée de résidence minimale. Est-ce que s'il va sur ce terrain-là, vous sortez, vous dites, ligne rouge ?
Alors, clairement, oui. Moi, j'ai été parmi les ministres qui avaient émis quelques doutes sur cette loi, et je dois avouer que j'ai été rassuré par Elisabeth Borne qui m'a dit ne t'inquiète pas, ces dispositions négatives seront censurées par le Conseil constitutionnel. Alors, pardon, mais elle a compté
sur le Conseil constitutionnel plutôt que d'agir par le monde. Oui, parce qu'à l'époque,
je vous rappelle qu'il y avait une majorité difficile à trouver. Mais en tout cas, on est où on est. Ces dispositions de préférence nationale qui ne portent pas leur nom, elles ont été censurées. Moi, je ne souhaite pas qu'elles reviennent. On a voté une loi. Juste, pardon pour être clair, vous nous avez dit
que vous aviez retrouvé votre liberté de parole depuis que vous n'étiez plus gouvernement. Si vous ne faisiez pas partie du gouvernement au moment où cette loi a été adoptée à la fin de l'année dernière, au début de cette année, est-ce qu'il faut comprendre que vous ne l'auriez pas votée
comme député ? Non, mais je ne veux pas réécrire l'histoire. Je peux vous dire que mon suppléant, à l'époque, s'est abstenu. Donc, ça vous donne peut-être une indication. Mais le sujet n'est pas là. Le sujet aujourd'hui, c'est de regarder vers l'avant. Moi, je considère qu'on a voté une loi sur l'immigration il y a un an, qu'il faut l'appliquer. Je regrette que dans cette loi d'immigration, il n'y ait pas eu de disposition sur la régularisation des sans-papiers qui travaillent et qui font en partie tourner la France. Donc, si on doit travailler sur l'immigration, peut-être qu'on peut travailler là-dessus. Ça nous changera des, je dirais, des poncifs habituels.
Mais donc, clairement, par exemple,
je suis pression de l'AME, de l'aide médicale des États.
Mais c'est totalement ridicule. J'ai entendu le Premier ministre, et merci, hier soir dit on va essayer d'éviter les totems sur l'immigration. On va essayer d'être pragmatique et efficace.
On va des deux côtés.
L'AME, c'est une politique de santé publique. Ce n'est même pas une politique d'immigration. c'est de s'assurer que celles et ceux qui sont sur notre territoire puissent être soignés correctement pour éviter, pour simplifier d'engorger les urgences et éventuellement d'ailleurs de limiter les contaminations de maladies contagieuses.
Non, mais quand il dit que, pardon, mais quand Michel Barnier dit il faut éviter les totems, les tabous, il parle aussi, il dit aussi qu'il faut aller plus loin sur la question de l'immigration. Bruno Rotaillot lui-même se dit prêt à aller chercher le soutien du Rassemblement National. Vous, macroniste, au milieu de tout ça, vous ne pouvez rien y faire. Vous constatez, c'est ça ?
Non, mais attendez, je suis depuis hier parlementaire. Je fais partie d'un groupe sur lequel ce sujet est très important. D'un groupe qui a soutenu la loi immigration mais qui était aussi très heureux, je pense qu'elle s'arrête là. Donc on aura notre liberté collective de parole et je ne souhaite en aucun cas être un franc tireur mais je contribuerai à la position de mon groupe. Je suis assez convaincu et j'espère en tout cas qu'elle sera assez ferme sur le fait que mettons déjà en oeuvre la loi qu'on a votée avant d'aller s'attaquer à de nouveaux poncifs. Et puis ensuite, on verra, on votera en conscience.
Mais ce que je peux vous dire, c'est que les lois qui iront chercher les voies du Front National, Rassemblement National, pardon, j'ai toujours l'habitude, auront du mal à avoir les nôtres. Et en tout cas, elles n'auront pas la mienne. Le 830 France Info, Jérôme Chapuis, Salia Brachia.
C'est l'ex-ministre de l'Industrie, Roland Lescure, désormais vice-président de l'Assemblée Nationale. On parlait du budget qui est évidemment l'un des enjeux clés de cet automne. Et pour piloter ce dossier, juste aux côtés de Michel Barnier, Laurent Saint-Martin, nouveau ministre du budget, et pour piloter l'économie, Antoine Armand, deux inconnus, 33 et 39 ans, pas d'expérience ministérielle. Est-ce que c'est bien raisonnable vu le contexte ?
À eux deux, ils ont l'âge du Premier ministre. Donc finalement, ça va ?
Ils ont même un peu moins. D'un an.
D'un an, c'est vrai, vous avez raison. Je m'étais trompé de peu. Non mais ce sont... Bon d'abord, Laurent Saint-Martin, il a été rapporteur général du budget. Il dirigeait depuis un peu plus de deux ans Business France qui est une agence d'attractivité qui permet, entre autres, il n'était pas seul que la France aujourd'hui soit le pays plus attractif de l'Europe. Donc je pense qu'il n'a pas à rougir de ses états de service, si je puis dire. Il maîtrisera parfaitement la technique budgétaire. Il a été au Parlement pendant cinq ans. Il connaît beaucoup des parlementaires. Il va devoir parler à beaucoup d'entre eux. Je ne suis pas inquiet. Et Antoine, il était président... Antoine Armand, donc.
Antoine Armand, pardon. Et donc, ministre de l'économie et des finances. Non, pas des finances. Enfin, il ne va pas s'occuper
du budget, en tout cas. Alors, c'est un peu technique.
Effectivement, il est ministre de l'économie et des finances. Il s'occupe notamment de représenter la France mais pas des comptes publics. Il est extrêmement compétent. Il a été, même si ce n'était pas très longtemps, président de la commission de l'affaires économique.
Pour tous les deux compétents, mais vous le savez, la tâche, elle s'annonce difficile. Est-ce que vous diriez comme Valérie Pécresse que Bruno Le Maire est parti en cramant la caisse ?
Non, non. Je ne dirais pas ça. Il est évident que le défi du déficit budgétaire, il est énorme. Il est devant nous. Et je dirais chapeau à Laurent Saint-Martin d'avoir accepté de prendre cette mission. alors que le Premier ministre, lui, n'est pas issu de notre famille politique. On aurait même pu s'attendre à ce que le budget soit du coup aux mains de cette famille politique qui nous donne des leçons.
C'est une erreur de votre part de l'avoir accepté ?
Non, mais on a, je dirais, un groupe des Républicains qui nous a quand même donné beaucoup de leçons de politique budgétaire depuis deux ans et demi. Donc, j'espère qu'ils en partageront maintenant le fardeau à un moment où ce n'est pas facile. Où, effectivement, il faut limiter la hausse des dépenses et on sait bien qu'en France, c'est compliqué. Puis, il faut aussi limiter la hausse des impôts parce qu'on est déjà le pays le plus taxé du monde.
Alors, précisément, Michel Barnier, il a ouvert la voie hier soir à des augmentations d'impôts pour les plus fortunés et pour de grandes entreprises. Si on reprend ces mots, il a raison de mettre fin à ce tabou. C'était un tabou pour les macronistes.
Moi, je suis très sensible à l'attractivité de la France. Depuis quelques mois, je dois le reconnaître, il y a beaucoup de PDG, de grandes entreprises internationales qui m'ont appelé pour me dire qu'est-ce qui se passe ? Est-ce qu'on est en train de changer ce que vous avez fait depuis sept ans ? Des entreprises qui sont en train de s'installer en France qui lèvent le crayon et qui disent moi, je vais attendre de voir quand même comment tout ça évolue avant de prendre ma décision finale.
Moi, je serais extrêmement sensible à ce qu'on les rassure sur le fait et je pense que la France reste accueillante pour développer des grandes entreprises qui permettent à des entreprises américaines, asiatiques de venir en Europe et de choisir la France plutôt que l'Allemagne. Mais l'idée d'une contribution exceptionnelle, par exemple. Oui, alors je me méfie du caractère exceptionnel des contributions. Moi, je suis totalement d'accord pour dire qu'il n'y a pas de tabou fiscal. Tout ce qui peut contribuer à plus de justice fiscale, très bien. Attention juste au niveau de l'eau. Plus elle monte, plus on risque, je dirais... Si on ne va pas chercher
l'argent du côté des grandes entreprises et multinationales qui font des profits, on va le chercher où ?
Alors, les grandes multinationales qui font des profits, en général, les réinvestissent en France. C'est tout ce que je veux dire. Donc, moi, je pense que par exemple, on peut envisager, ça a été dit par Gabriel Nathan, la taxation de ce qu'on appelle des rentes, c'est-à-dire des profits qui ne sont pas liés à l'efficacité de l'entreprise mais plutôt à des profits qui tombent du ciel parce que le pétrole est au sommet ou autre. On peut aussi envisager, mais là encore, de manière exceptionnelle, des revenus des marchés financiers qui sont sans doute aujourd'hui, je dirais, allez, extrêmement favorablement orientés depuis 7 ans et peut-être plus que ceux du travail.
Les rachats d'actions, moi, ça fait des années, en fait, quand je travaillais dans l'investissement avant, je me battais contre les entreprises qui rachetaient leurs actions. Donc, on peut effectivement rendre la fiscalité plus efficace. Mais par exemple,
Sophie Binet, ce matin, sur France Info, Sophie Binet de la CGT, elle disait, il y a 200 milliards, c'est le chiffre qu'elle donnait, d'exonération fiscale pour les grandes entreprises, pour les entreprises en général, et c'est là-dedans qu'il faut les piocher.
Moi, j'ai déjà eu ce débat avec Sophie Binet, je l'ai entendu ce matin, au moins, elle a le mérite de la constance, je vais essayer de l'être également. On a l'État qui taxe le plus les entreprises au monde et on a aussi, c'est vrai, l'État qui les aide le plus au monde. Et la différence entre les deux, c'est une des plus importantes au monde, c'est-à-dire qu'on taxe beaucoup plus qu'on aide. Donc, c'est vrai que les aides, parfois, d'abord, ça crée un magma administratif, ce n'est pas toujours très compréhensible, donc on peut peut-être baisser les aides et baisser les impôts.
Mais s'il s'agit de baisser les aides et d'augmenter les impôts, on risque de mettre en danger l'attractivité de la France. Et je ne dis pas ça juste pour faire plaisir aux grands chefs d'entreprise des grandes entreprises. Je le dis parce que si on veut maintenir le modèle social français, il faut évidemment créer de la richesse, il faut créer de l'emploi. Ça fait 7 ans qu'on réindustrialise la France. Ça fait 7 ans qu'on recrée de l'emploi dans l'industrie. Évidemment, ça se voit, ça. On se retrouve dans des territoires avec des gens qui aujourd'hui nous disent franchement, merci, on a trouvé un job. Ça, il faut que ça continue. Donc, attention aux fausses solutions.
Donc, trouver le bon équilibre dans les dépenses publiques et dans les impôts. Autre sujet qui va compter dans cette rentrée parlementaire. Le 31 octobre prochain, le Rassemblement National va présenter son texte pour abroger la réforme des retraites. La gauche qui veut elle aussi revenir dessus est un peu conçée mais va essayer de l'abroger avant. Vous n'êtes plus au gouvernement, vous l'avez dit, vous avez une liberté de parole. Est-ce que cette loi, il faut revenir dessus ?
Non. Et là, je vais peut-être surprendre y compris le Premier ministre qui a dit qu'il était prêt à la réouvrir. On peut regarder quelques détails mais l'essentiel pour moi, vraiment, l'essentiel de cette loi, c'est une loi de responsabilité qui explique que quand l'espérance de vie prend 10 ans, on doit pouvoir effectivement pour continuer à financer ce régime extrêmement important tous travailler davantage. On a l'âge de départ à la retraite le moins élevé d'Europe. On a dans tous les pays d'Europe des gens qui partent à la retraite à 65, 67. On l'a fait passer à 64 et ce n'était pas pour emmerder les Français comme on a parfois tendance à le dire mais pour préserver un système.
Moi je suis vraiment l'opposition c'est facile. La responsabilité elle est toujours pour les autres.
Il n'est pas question pour vous de toucher aux 64 ans ?
Moi je considère que là c'est ni un tabou ni un totem. C'est une loi de raison qui permet d'équilibrer le système. Travaillons sur les carrières longues à la marche. Travaillons peut-être sur les petites retraites même si on l'a déjà fait. Abroger la réforme des retraites c'est faire baisser les petites retraites qui ont augmenté au 1er septembre grâce à cette réforme. Mais globalement n'oublions pas que ce système ce régime si on veut le sauver ben oui puisqu'on est moins nombreux à travailler et plus nombreux à être retraités il faut qu'on travaille tous davantage.
On a entendu Michel Barnier hier qu'il a dit qu'il était prêt à réformer la réforme des retraites c'était son expression pour vous il n'y a qu'un travail à la marge ?
Non mais moi ce que j'ai apprécié dans ce qu'il a dit c'est qu'il fallait que les partenaires sociaux s'en saisissent. Oui mais Sophie Guinet encore une fois
ce matin sur France Info elle dit nous on veut bien s'en saisir
on la retraite à 60 ans les impôts les hausses des salaires et demain on reste gratis ben non c'est pas comme ça que ça va fonctionner. Donc si on est capable de mettre les partenaires sociaux autour de la table de dire garder l'objectif d'équilibrage de ce système qui est un système qui fait la fierté de la France mais qui était en déséquilibre en en changeant les paramètres très bien mais on ne peut pas juste dire 60 ans les salaires à la hausse on taxe tout le monde et tout va bien se passer parce que ça c'est contre-productif et vraiment ça risque de mettre l'économie française en danger et ça je m'y oppose.
Roland Lescure vous êtes vice-président de l'Assemblée nationale on l'a dit désormais le bureau a jugé recevable la semaine dernière la motion de destitution du président de la République c'est inédit elle doit être soumise donc à la commission des lois puis aux députés dans l'hémicycle vu le contexte politique qu'on connaît aujourd'hui depuis la dissolution est-ce que vous ne vous dites pas en privé entre macronistes Emmanuel Macron l'a quand même bien cherché ?
Non moi je suis vraiment effaré de ce qui s'est passé en bureau j'y étais la semaine dernière où le parti socialiste le groupe socialiste a décidé de voter la recevabilité d'une processus de destitution contre le président de la République que la France insoumise décide de mettre à mal les institutions ça fait des années qu'ils le font j'allais dire rien de nouveau sous le soleil de Caracas mais que le parti socialiste qui avait d'ailleurs il y a quelques années refusé la même processus de destitution vis-à-vis de François Hollande décide de dire je ne vais pas voter pour il n'y a pas de raison grave il n'y a pas de raison sérieuse mais ça se débat
ça se débat est-ce que ce n'est pas une manière de dire on fait jouer la démocratie
non non mais on peut débattre de tout
les représentants des Français
le bureau de l'Assemblée Nationale doit se prononcer sur la question de savoir si le motif est grave ou sérieux le fait de choisir un Premier Ministre c'est qu'il ne leur plaît pas c'est la prérogative constitutionnelle du Président de la République donc dire que sous ce prétexte on doit pouvoir débattre de sa destitution un évidemment ça affaiblit l'institution présidentielle mais deux surtout ça affaiblit le bureau de l'Assemblée Nationale donc ça affaiblit l'Assemblée Nationale moi je vais être un membre actif de cette Assemblée je vais m'assurer que je dirais sa force institutionnelle soit préservée et je pense que le Parti Socialiste l'a affaibli en acceptant de voter cette processure de destitution je le regrette maintenant elle ira en commission des lois j'en suis membre je voterai évidemment contre elle ira à l'hémicycle je voterai évidemment contre mais je dirais ce qui s'est passé est grave très grave
mais reste quand même Roland Lescure et vous le voyez bien dans l'opinion un Français sur deux réclame la démission d'Emmanuel Macron aujourd'hui vous comprenez qu'il est déçu qu'il ne soit plus du tout à la hauteur des attentes des Français
non moi je comprends que les Françaises et les Français soient pour le moins troublés de la situation institutionnelle dans laquelle on est je l'ai dit dès le début ils ne se reconnaissent pas tous dans ce gouvernement il y en a qui ont voté à l'extrême droite qui n'y sont pas du tout il y en a qui ont voté à la gauche et pas seulement à l'extrême gauche et qui n'y sont pas non plus ça je le reconnais mais attention vous parlez d'un sondage si on commence à mettre à mal les institutions au gré des sondages c'est la fin de la démocratie représentative il y a un point quand même important
attention à ne pas jouer avec ces institutions dans les secondes qui nous restent parce que vous êtes vice-président de l'Assemblée et ça concerne la représentation nationale notamment des 11 millions de Français qui ont voté pour le Rassemblement National il y a 3 commissions sur 8 qui n'ont plus de présidents aujourd'hui il y a un vice-président de l'Assemblée il y a un poste de vice-président de l'Assemblée est-ce que vous estimez que les différents partis les différents groupes doivent faire barrage au Rassemblement National pour l'élection à ces postes
on avait pris une position très claire au mois de juillet c'était ni RN ni LFI on l'a tenu et on la tiendra encore j'espère à l'occasion de ces nouvelles élections ensuite chacun prendra ses responsabilités
donc pas de poste au Rassemblement National en tout cas moi
je ne voterai ni pour l'un ni pour l'autre
merci Roland Escur d'avoir été avec nous ce matin sur France Info Merci d'avoir regardé cette vidéo !
Roland Lescure