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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 1 mars 2018 7 minComplaisantFond programmatiqueAgriculture & alimentationEnvironnement & énergie

Guillaume Riou : "Il y a une demande de bio plus importante que l'offre car la conversion agricole ne va pas assez vite"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 80 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:34OuverteRéponse directe

    Le marché pourrait bien casser son jouet. Vous voulez dire quoi par là ?

  • 1:45OuverteRéponse directe

    Le problème, c'est que le marché finalement il progresse plus vite que le nombre de fermes qui se créent.

  • 2:42OuverteRéponse directe

    Le risque c'est quoi ? Trop de bio tue le bio, on va vers un biodégradé.

  • 3:30OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous militez comme certains pour conserver le label bio européen AB et avoir un label bio français plus costaud ?

  • 4:05OuverteRéponse directe

    Selon vous, il y a plusieurs types de marchés, en tout cas de commercialisation possible, entre les circuits courts, les supermarchés, etc.

  • 4:34OuverteRéponse directe

    Est-ce que, quelque part, les pionniers du bio ont été dépassés par leur succès ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:48PrésentateurChiffre
    « On arrive à 8 milliards d'euros à la fin de l'année. »
  • 2:19PrésentateurChiffre
    « 15% ça veut dire qu'il faut qu'on transforme, on fasse une transition de 500, 700 000 hectares par an tous les ans. »
  • 2:27PrésentateurFait
    « Ça veut dire qu'il va falloir accompagner les paysans qui sont aujourd'hui en conventionnel, qui pratiquent l'épandage de pesticides, d'engrais, leur apprendre un autre métier. »
  • 3:22PrésentateurFait
    « Pour élever une vache, il faut 5 ans. »
  • 5:33PrésentateurChiffre
    « Un objectif de 15% affiché par le gouvernement. »
  • 5:40PrésentateurChiffre
    « Nous, il y a longtemps qu'on dit qu'il faut aller vers 20% de la surface agricole utile. »
  • 6:24PrésentateurFait
    « La recherche agronomique a orienté sa recherche sur du quantitatif, sur une sélection quantitative pour faire du rendement. »
  • 6:50PrésentateurFait
    « On comprend surtout qu'il n'y a pas assez d'argent public pour assurer le développement. »

Temps de parole

  • Présentateur70 %
  • Guillaume Riou30 %

6,9 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

France Inter. Laetitia Gaillet. Le 5-7.

0:05
Guillaume Riou

6h20 sur France Inter. En plein salon de l'agriculture, l'invité de ce 5-7 est le secrétaire national de la FNAB, la Fédération Nationale de l'Agriculture Biologique. Bonjour Guillaume Rioux. Bonjour. Votre présidente Stéphanie Pajot a écrit la semaine dernière une tribune dans le journal Le Monde. Une tribune sous forme d'avertissement, on peut dire ça comme ça. Attention à vouloir aller trop vite avec le bio, le marché pourrait bien casser son jouet. Alors le gouvernement nous dit le bio c'est l'avenir, pour manger mieux, pour les agriculteurs aussi en termes de revenus. Les grandes surfaces s'y mettent, le marché pourrait casser son jouet. Vous voulez dire quoi par là ?

0:39
Présentateur

Ce qu'on veut exprimer c'est qu'on a affaire à un formidable engouement, une croissance qui est une croissance à 2 fois 2 chiffres, 15-20%. On arrive à 8 milliards d'euros à la fin de l'année.

0:50
Guillaume Riou

C'est un sacré marché.

0:51
Présentateur

Oui, c'est formidable et on est pleinement satisfait. On n'aurait pas cru, vous savez, il y a 10 ans qu'il y aurait eu une telle envolée. Le démarrage a été difficile il y a 30 ans, il y a 40 ans. Aujourd'hui c'est formidable ce qui se passe. Alors on s'en satisfait d'une part, mais d'autre part on souhaite rester nous à la FNAB, enfin le réseau FNAB et les paysannes et les paysans bio du réseau, de rester vigilants sur ce qui va s'opérer. Parce que les conditions marchandes, notamment dans le développement via les grandes et moyennes surfaces, c'est formidable. Il faut que ça continue parce qu'on entendait ce reportage se passer d'aller au supermarché pendant 100 jours.

C'est très bien, mais ce n'est pas forcément donné à tout le monde. Et nous on a envie de développer. Mais il faudra être vigilant sur les conditions d'échange, les conditions commerciales. Il faudra surtout que les paysans puissent vivre de leur métier, qu'on ne reproduise pas le schéma conventionnel qui s'est pratiqué depuis une vingtaine, une trentaine d'années.

1:45
Guillaume Riou

Le problème, Guillaume Rioux, c'est que le marché finalement il progresse plus vite que le nombre de fermes qui se créent. C'est bien ça.

1:51
Présentateur

C'est ça. Déjà, il y a 4-5 ans, il y avait un delta, un écart entre la demande et l'offre. Et cet écart ne cesse de croître. La demande se développe plus vite que l'offre parce que les conversions en agriculture biologique ne sont pas suffisamment rapides aujourd'hui. Alors le gouvernement et le président de la République nous invitent à un plan de développement à hauteur de 15% de la surface agricole d'ici 2022. Mais il faudra y mettre des moyens importants. 15% ça veut dire qu'il faut qu'on transforme, on fasse une transition de 500, 700 000 hectares par an tous les ans. Donc c'est un challenge énorme.

Ça veut dire qu'il va falloir accompagner les paysans qui sont aujourd'hui en conventionnel, qui pratiquent l'épandage de pesticides, d'engrais, leur apprendre un autre métier. Donc il va falloir les former, les accompagner, mettre de l'animation sur les territoires.

2:39
Guillaume Riou

Il y a une question sous-jacente à cette tribune, Guillaume Rioux. Le risque c'est quoi ? Vous dites effectivement le temps du bio n'est pas le temps du marketing. Le risque c'est quoi aujourd'hui ? Trop de bio tue le bio, on va vers un biodégradé. C'est ça le risque ?

2:51
Présentateur

Non, le risque c'est qu'il ne faudrait pas assouplir le cahier des charges. On est sous un cahier des charges européen. Bon très bien, voilà, une égalité entre les paysans bio sur le territoire européen. Mais puisqu'il y a un formidable engouement, un marché qui croit, immanquablement les industriels de l'agroalimentaire, les industriels de la distribution, vont chercher à peut-être faire un peu de dumping et d'aller plus vite. Or nous, nos temps sont des temps longs. C'est les temps de l'agronomie. C'est les temps du vivant. Pour élever une vache, il faut 5 ans.

3:24
Guillaume Riou

Est-ce que Guillaume Rioux, vous militez comme certains pour conserver le label bio européen AB et avoir un label bio français peut-être plus costaud ?

3:34
Présentateur

Peut-être qu'il faudra effectivement différencier dans l'avenir, avoir un label européen à grande échelle, une transition agricole européenne, et notamment en France plus particulièrement. Et puis dans un certain temps, sans doute qu'il y aura un peu une segmentation, une bio peut-être à deux voies, avec une bio encore plus qualitative, avec encore plus d'exigences pour un marché. On parle de multicanalité, on parle de segmentation des marchés. Peut-être qu'on le vivra aussi en bio demain.

3:59
Guillaume Riou

Oui, parce que ce n'est pas un marché unique. Selon vous, il y a plusieurs types de marchés, en tout cas de commercialisation possible, entre les circuits courts, les supermarchés, etc.

4:05
Présentateur

Bien sûr, il faudra exactement ça. Il y a plusieurs marchés. Il faut fournir les urbains via certainement la GMS, parce qu'il n'y a pas de ferme encore.

4:13
Guillaume Riou

La GMS ?

4:14
Présentateur

La grande et moyenne surface. Et puis, comme dans le reportage précédent on entendait, il y a des gens qui auront la chance de pouvoir aller s'approvisionner en alimentation au sein des fermes. Et toutes les voies sont à développer. Il y a un formidable engouement et une demande citoyenne importante. Et puis les enjeux sanitaires, les enjeux écologiques sont là. Il faut qu'on relève ce défi.

4:34
Guillaume Riou

Et est-ce que, quelque part, les pionniers du bio, qu'on considérait comme des doudingues à l'époque, quand ils se sont lancés, qu'ils militaient pour des petites surfaces, est-ce que, quelque part, ceux-là, ils ont été dépassés par leur succès ? Ils n'ont pas anticipé leur succession, tout simplement. Ce qui fait qu'on en arrive là, aujourd'hui, avec un nombre de fermes moins important qu'un marché qui progresse.

4:53
Présentateur

Non, c'est qu'en face, il y a surtout une histoire agricole de notre pays qui, depuis 30 ou 40 ans, est allée vers un productivisme effréné, qui, aujourd'hui, montre ses limites. Et donc, pour répondre à votre question, non, je ne pense pas qu'il y ait de déception. Au contraire...

5:09
Guillaume Riou

Pas déception, mais dépassés par leur succès.

5:11
Présentateur

Dépassés par leur succès, c'est que ça va plus vite. La demande est plus croissante que le marché, que la disponibilité de produits. Et donc, il faut opérer cette transition et que plus de paysans, demain, aillent vers la bio.

5:24
Guillaume Riou

Est-ce que la France peut être autosuffisante en bio ?

5:28
Présentateur

Oui, oui, oui, oui. Vous savez, pour l'instant, on n'est qu'à 8% des surfaces agricoles. Un objectif de 15% affiché par le gouvernement. Nous, il y a longtemps qu'on dit qu'il faut aller vers 20% de la surface agricole utile, notamment pour faire la reconquête de la masse d'eau, la qualité de l'eau potable dans notre pays. Voilà un des objectifs à atteindre. 20% et peut-être 30, 40, 50% à l'horizon 2050. Donc, à ce moment-là, il y aura suffisamment de produits pour fournir l'alimentation en qualité de nos concitoyens.

5:55
Guillaume Riou

Il y a une chose très intéressante aussi dans cette tribune qui a été signée dans Le Monde par la FNAB. Vous parlez d'aider la recherche, travailler sur le goût. On peut avoir, alors je n'irai pas jusqu'au terme génétiquement modifié, mais est-ce qu'on peut avoir du bio modifié, Guillaume Rioux ?

6:10
Présentateur

Du bio modifié ? Non, de toute façon, le cas des charges interdit les OGM. Ça, c'est un premier élément.

6:15
Guillaume Riou

On est d'accord.

6:15
Présentateur

Le problème, c'est que depuis 30 ou 40 ans, la recherche agronomique a orienté sa recherche sur du quantitatif, sur une sélection quantitative pour faire du rendement, pour faire du produit en masse. Et aujourd'hui, nous, on pense qu'il faut réorienter la recherche, la recherche et le développement, sur des objets de la sélection qualitative, résistance aux maladies, etc.

6:37
Guillaume Riou

Et dernière question, le rôle des aides, il faut maintenir celles pour la conversion et les aides au maintien ? Ou vous comprenez ce que le gouvernement choisit de faire en disant, voilà, on aide à la conversion ?

6:46
Présentateur

Oui, bon, on comprend surtout qu'il n'y a pas assez d'argent public pour assurer le développement. On comprend aussi que, certes, le marché doit asseoir la conversion et le développement de la bio, mais que dans le même temps, on doit assurer des paiements pour services environnementaux aux paysannes et aux paysans de notre pays, parce qu'ils sont facteurs de protection de l'eau, facteurs de protection de nos santé et de la biodiversité. Et du climat pour finir.

7:05
Guillaume Riou

Et du climat pour terminer. Merci beaucoup, Guillaume Rioux.

7:07
Présentateur

Merci à vous.

7:08
Guillaume Riou

Secrétaire nationale de la Fédération nationale de l'agriculture biologique. Merci d'avoir été l'invité du 5-7.