Death of Quentin Deranque, Raphaël Arnault... The full interview with Manuel Bompard
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Il est 8h29 sur BFM TV et RMC. Bonjour Manuel Bompard. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation ce matin parce que votre voix compte, elle est attendue. Vous êtes, je le disais, le coordinateur de la France Insoumise, votre parti qui fait l'objet depuis maintenant une quinzaine de jours de très nombreuses critiques. On va y revenir, point par prend et prendre le temps. Des critiques que vous avez aussi beaucoup formulées vous-même, votre parti plus généralement à l'encontre de la presse, des médias que vous qualifiez de traditionnels. En étant face à moi ce matin, Manuel Bompard, finalement, les vieux médias jaloux sont quand même un peu fréquentables ?
Mais moi, vous savez, j'ai toujours considéré que malgré le traitement que je trouve, pardonnez-moi, particulièrement abject à l'égard de la France Insoumise, il fallait aller mener la bataille politique partout et y compris dans les médias. Mais là, vous faites référence dans votre question à une initiative que nous avons organisée lundi et qu'il y a une rencontre avec ce qu'on a appelé les nouveaux médias, c'est-à-dire les médias qui sont présents exclusivement sur la scène numérique. Et je trouve que la réaction qui a suivi de ce que j'ai effectivement appelé des vieux médias jaloux, un petit peu pour les taquiner... Vous nous avez dit pleurnichard. Je trouve ça assez extraordinaire.
Parce que c'est des méthodes quand même. Vous avez refusé d'accréditer certains médias traditionnels que vous considérez comme traditionnels. Madame... C'est des méthodes que vous critiquez d'autres parties il n'y a encore pas si longtemps.
Madame, il y a des médias, il y a des nouveaux médias qui émergent aujourd'hui, qui sont des médias numériques, qui sont parfois des influenceurs, parfois des chaînes YouTube, parfois... Et c'est un nouvel espace médiatique.
Ils ne peuvent pas se retrouver ensemble.
Mais ce nouvel espace médiatique, c'est légitime de pouvoir lui donner de la place, de lui donner de l'espace. Vous ne pouvez pas considérer comme ça. Il n'y a que vous qui avez le droit de traiter l'actualité médiatique. Alors, ce n'est pas parce qu'on fait un moment réservé à des nouveaux médias numériques que, par ailleurs, on ne parle pas aux médias plus traditionnels. On fait les deux.
Je reviendrai sur la qualification d'abjecte du traitement. Et encore une fois, pas uniquement BFM, je pense, névisé. Je peux vous donner des exemples. Et on y reviendra. Il y a quand même cet appel du patron de Reporters sans frontières qui parle d'une atteinte au droit à l'information des citoyens. Concernant cette conférence de presse, précisément, vous balayez complètement ces critiques.
Mais non, mais parce que je pense qu'il se trompe. C'est-à-dire qu'il donne l'impression que nous aurions trié ou sélectionné entre des journalistes... Mais ce qui a été fait, Manuel Montpard. Vous faites un choix, encore une fois. Quand vous faites un rendez-vous avec la presse internationale, vous invitez la presse internationale. Et personne ne va vous dire, vous avez trié, vous n'avez choisi que la presse internationale. Donc, on fait des événements pour la presse internationale. On peut faire des événements pour les nouveaux médias. Et puis, on fait des événements pour les médias traditionnels. Et vous êtes là ce matin pour répondre à nos questions.
Et bien voilà, donc c'est bien la preuve qu'il n'y a pas de difficultés sur ce sujet. Maintenant, si vous voulez que je revienne là-dessus, j'assume pleinement les critiques que je peux avoir vis-à-vis des médias politiques traditionnels.
Et vous assumez aussi, pardonnez-moi, parce qu'on va revenir sur notre traitement. Pardonnez-moi juste, mais des mots qui nous ont particulièrement choqués.
Allez-y.
De la part de la candidate à Paris, Sofia Chikirou. Qui hier ou avant-hier parle particulièrement durement. Vous n'êtes pas journaliste. Vous n'avez rien de journaliste. Rendez la carte. Vous êtes des petits agents. Ce que Simone Veil, si tel, appelait les nazis à petits pieds. Est-ce que vous cautionnez, vous souscrivez cette description-là ? Vous vous désolidarisez, à l'instar d'ailleurs de votre candidate à Lyon, hier soir, qui ne partage pas du tout ces propos.
Oui, mais précisément, pardonnez-moi, mais il faut être un peu vigilant. Je parlais d'un traitement médiatique que je considère problématique. Là, pardonnez-moi, mais en fait, la démonstration. En quoi ? Parce que la citation qui a été attribuée à Sofia Chikirou ne correspond pas à ce qu'elle a dit. En tout cas, la question qui a été posée hier à ma candidate, la candidate soutenue par la France Assoumise, Anaïs Belouas, à Chérifié à Lyon, ne correspondait pas à ce qu'a dit Sofia Chikirou, c'est-à-dire la question qui a été posée à Anaïs Belouas, à Chérifié, c'est que Sofia Chikirou a dit que les médias, que les journalistes étaient des nazis. Est-ce que vous êtes d'accord ?
Évidemment, Sofia Chikirou n'a jamais dit ça. Elle a dit qu'il y avait des militants d'extrême droite dans les médias et que sa volonté, c'était de les chasser. Et si vous avez l'impression que ça ne correspond pas à la réalité...
Mais est-ce que par cette diatribe, il n'y a pas une volonté, encore une fois, d'enflammer, encore une fois, alors que le temps, peut-être, est un peu à l'apaisement et on va y revenir ?
Absolument pas. Écoutez, qu'il y ait des militants d'extrême droite dans les médias et que nous ayons le droit de les combattre, ça me paraît être quand même le principe de la démocratie. Quand vous avez un groupe médiatique qui s'est constitué, qui a à sa tête M. Bolloré, qui dit lui-même qu'il veut utiliser ses outils médiatiques pour mener une croisade idéologique et civilisationnelle, si cette réalité-là, elle vous échappe, pardonnez-moi, à moi, elle ne m'échappe pas. Donc oui, il y a des militants d'extrême droite dans les médias et je pense qu'il faut les combattre.
Et particulièrement les mots, le mot de nazi à petit pied, ces mots n'ont un sens. Ces mots n'ont un écoute très particulier.
Après, si vous voulez qu'on parle de ça, il n'y a pas de problème. Mais quand vous avez sur ces groupes médiatiques, en quelque sorte, la table qui est servie pour des militants d'extrême droite qui, pour certains d'entre eux, effectivement, ont des nostalgies avec des groupes néo-nazis, pardonnez-moi, le problème, ce n'est pas que je le dise, le problème, c'est que ça existe.
Et on reviendra notamment sur cette réunion qui s'est tenue hier à l'Élysée sur la volonté de s'attaquer à cette question, une nouvelle fois, et la dissolution de groupes d'extrême droite. D'abord, j'aimerais vous parler de Raphaël Arnaud, séance hier à l'Assemblée nationale. Pas de Raphaël Arnaud au Palais Bourbon, absent depuis quasiment 15 jours. J'imagine que vous êtes en contact avec lui. J'ai envie de vous demander ce matin, comment va-t-il ?
Il ne va pas bien. Je pense que, comme tout le monde, il est d'abord dévasté par le drame qui a eu lieu à Lyon. Vous savez, Raphaël Arnaud, ça fait partie des militantes et des militants qui ont commencé leur engagement à Lyon contre, précisément, la violence.
Co-fondateur de la jeune guerre, je le précise.
Exactement. Et contre le fait qu'à Lyon, depuis des années et des années, vous avez des groupuscules d'extrême droite qui attaquent des manifestations, qui s'en prennent à des personnes en raison de leur orientation sexuelle ou de leur couleur de peau, et qu'il y a des militants qui se sont organisés pour faire en sorte qu'on puisse tenir des manifestations.
Ça, j'entends parfaitement.
Mais sur le silence de votre parlementaire, de votre collègue. Non, mais attendez, après je parlerai, si vous voulez, de ce que vous appelez son silence. Un silence avec deux tweets. Donc je ne sais pas si vous appelez ça vraiment un silence.
Mais ton fin en est fait au contrat avec ses assistants parlementaires mis en cause.
D'abord, en disant sa compassion pour la famille de Quentin Déranque. Et deuxièmement, en disant que, évidemment, c'était ce qu'il redoutait depuis des années et des années à Lyon, que ces affrontements se terminent par un drame. Donc Raphaël Arnaud, il est comme tout le monde, il est dévasté par cette situation. Maintenant, effectivement, il n'est pas venu à l'Assemblée nationale hier. Pourquoi ? Je vais vous dire pourquoi.
Parce que depuis que son nom a été jeté en pâture par des militants d'extrême droite, puis relayés dans un certain nombre de médias, faisant fi de la présomption d'innocence, faisant fi du fait qu'il n'est concerné par aucune enquête judiciaire, Raphaël Arnaud, il reçoit tous les jours des menaces de mort sur la scène nationale comme sur la scène internationale.
Et ce n'est pas le seul, d'ailleurs, dans votre parti. Évidemment que ce n'est pas le seul. Et donc oui, évidemment, il se protège. A-t-il officiellement, avec ces menaces de mort, été placé sous protection policière ? Où en avez-vous fait la demande ?
Je ne crois pas, et pardonnez-moi, je comprends que vous me posiez la question, mais vous comprendrez que sur des questions aussi sensibles, le moins de choses on dit publiquement, et plus on protège la personne qui en est ciblée.
Oui, et vous faites bloc autour de lui, depuis le début. Heureusement. Vous avez dit que, finalement, un salarié ne devait pas, finalement, rendre des comptes, peut-être, à son, en l'occurrence, la députée. Non, rendre des comptes, il doit rendre des comptes, un salarié. Vous disiez, encore une fois, il y a quelques jours, que, au motif qu'il ne serait tenu responsable des actes de ses salariés, Raphaël Arnaud, de ce qu'a fait, notamment Jacques-Élie Favreau, pourquoi il serait mis en retrait, ou pourquoi il devrait démissionner ? Ça, c'est votre ligne depuis le début. Mais c'est une ligne de base. De base, sans doute.
Mais au-delà de ça, la vie politique, la vie publique est faite aussi de symboles. Oui. Est-ce que, finalement, ça n'apaiserait pas, vous ne pensez pas que c'est un début de réponse à l'apaisement, demandée par votre camp, par demandée par les autres, de lui demander, justement, de se mettre en retrait ? Est-ce que ce n'est pas une forme de suite logique ?
Mais absolument pas, madame. Enfin, écoutez, il y a un principe, quand même, qui est un principe élémentaire dans notre société, c'est la responsabilité individuelle des actes qui sont commis. Raphaël Arnaud, il n'est concerné par aucune enquête judiciaire, il n'a aucune responsabilité dans le drame qui a eu lieu à Lyon.
Mais du symbole.
Mais le symbole, madame, ce n'est pas du symbole. Lui, ses positions politiques à Raphaël Arnaud, elles sont connues de longue date. Il a toujours dit que lui, il rejetait la violence comme méthode politique. Donc, ne dites pas qu'il n'a rien fait, il n'a pas rien fait. À partir du moment où son collaborateur a été impliqué dans cette affaire, après, on verra quelle est sa responsabilité, telle qu'elle sera déterminée par la justice. Parce que je vous rappelle qu'il y a quand même un certain nombre de principes en France, notamment la présomption d'innocence, notamment le secret de l'enquête.
Et une enquête est toujours en cours, évidemment, après ses mises en examen.
Ça fait depuis dix jours que j'ai bien compris que ces principes, ils avaient été complètement bazardés. C'est-à-dire que désormais, on considère que parce qu'une personne est auditionnée ou qu'elle est mise en examen, elle est évidemment coupable. Non, d'abord, on n'en sait rien. Et deuxièmement, Raphaël Arnaud, lui, il a pris des mesures.
Mais vous constaterez notamment que des propos qui ont été imputés à son assistant parlementaire en garde à vue ont été démentis et on a pu vérifier qu'ils n'ont pas été promissés.
Voilà, mais c'est pourquoi il faut être extrêmement prudent. Et je trouve que depuis dix jours, pardonnez-moi de vous le dire, une partie, je ne dis pas tout le monde, mais une partie de la classe médiatique a fait absolument pas preuve de la prudence nécessaire. Et le gouvernement, qui normalement est astreint à un certain nombre de principes, et notamment un principe de séparation des pouvoirs, s'est allègrement assis sur ce principe. Eh bien moi, pardonnez-moi, mais s'il doit y avoir une dernière personne dans ce pays qui défend la présomption d'innocence, la séparation des pouvoirs, le secret de l'enquête et le secret de l'instruction, s'il doit y en avoir une dernière, ça sera moi.
Parce que je pense que c'est des principes élémentaires dans un état de droit.
Juste une question, dernière question sur Raphaël Arnaud. A-t-il prévu à un moment donné, pardonnez-moi, de s'exprimer ?
Mais d'abord, il s'est déjà exprimé à deux reprises. Donc il s'est déjà exprimé à deux reprises. Ensuite, je pense qu'il s'exprimera à nouveau, mais c'est lui qui décidera dans quel calendrier il a envie de s'exprimer. Et encore une fois, je pense qu'il a dit sa compassion, il a dit son émotion après ce qui s'est passé à Lyon. Il a pris les mesures nécessaires pour se séparer d'un collaborateur qui est mis en cause dans cette affaire. Je ne vois pas pourquoi on continue à venir lui chercher à lui des noises, pardonnez-moi, et que ça vienne de madame...
Parce qu'il est député, il est élu de la notion, et qu'il doit peut-être à un moment donné rendre des comptes.
Je pense que les comptes, il les a rendus, il continuera à les rendre, parce qu'évidemment, on rend ses comptes à ses électrices et à ses électeurs. Et quand on est un député d'opposition, ce n'est certainement pas à madame Bréjon, porte-parole du gouvernement, que nous avons à rendre des comptes. Parce que madame Bréjon, qu'elle s'occupe d'être porte-parole du gouvernement, et qu'elle n'aspire pas à organiser les groupes d'opposition. Parce que moi, j'organise mes groupes d'opposition comme on veut.
Et qu'ils n'auront pas non plus à ses électeurs, et ses électrices, en l'occurrence.
Si, évidemment qu'ils auront aux comptes à ses électrices et ses électeurs.
Sur le climat actuel, j'ai peur que ça se termine très mal pour l'un d'entre nous. C'est les mots d'Éric Coquerel, votre collègue insoumis. Vous partagez cette crainte, vous partagez cette peur.
Quand vous êtes mis en cause de manière absolument abjecte, et de manière absolument infondée, comme c'est le cas depuis dix jours, en expliquant partout qu'il y a un lien entre la France insoumise et le drame qui a eu lieu à Lyon, comme si on avait en quelque sorte une responsabilité dans ce drame, ça a des conséquences très concrètes. Les conséquences très concrètes, c'est des permanences parlementaires qui sont attaquées, des locaux de campagne qui sont attaqués, des candidats tête de liste de la France insoumise aux élections municipales qu'on va chasser dans leur domicile pour mettre des tags à l'entrée de leur appartement ou de leur maison.
Donc oui, évidemment qu'on est tous très inquiets de cette situation.
Dans cette campagne, justement, précisément, est-ce que vous avez certains de vos candidats qui s'interrogent sur leur engagement ?
Ah, certainement pas. Certainement pas.
Ça ne les fait pas du tout renoncer, ce climat.
Ça nous fait, plus que jamais, avoir conscience de la nécessité de mener la bataille contre l'extrême droite et la bataille antifasciste. Parce que ces menaces, elles viennent évidemment des réseaux d'extrême droite. Et donc moi, ça renforce ma détermination, ma vigueur. Et d'ailleurs, ça renforce la détermination et la vigueur d'un grand nombre de citoyens. Parce que contrairement à ce que certains d'entre vous semblent croire, si vous pensez que ça isole la France insoumise dans le peuple français, ce qui est en train de se passer, c'est précisément l'inverse. Vous savez, la semaine dernière...
Même si les sondages disent que le barrage envers LFV au prochain municipal...
Bon, écoutez, il y a eu trois sondages municipaux qui ont été sortis depuis le drame de Lyon. Il y en a quatre points à Toulouse, deux points à Avignon et un point à Lyon.
Et vous en tirez quel enseignement ?
Mais j'en tire comme enseignement qu'il y a des réflexes antifascistes qui sont très profondément ancrés à l'intérieur du peuple français et qui comprend bien dans cette situation que face à une dérive et à une instrumentalisation absolument indigne de ce qui est en train de se passer, qui produit une dérive fascisante d'une partie de la scène politique quand même, quand vous avez la candidate des Républicains à la mairie de Marseille qui reprend à son compte la devise qui était la devise de la collaboration, quand vous avez Mme Berger, ministre du gouvernement, qui reprend à son compte l'antifrance, qui est un concept qui a été forgé par Charles Maurras, qui a été repris par la collaboration pour désigner les juifs et les étrangers, qui reprend ce concept-là à son compte, eh bien il y a plein de gens qui se disent « Oh là, on ne va pas se laisser faire comme ça ».
Et donc vous avez par exemple à la France Insoumise, la semaine dernière, 2500 personnes qui ont décidé de rejoindre la France Insoumise, c'est 10 fois plus que la semaine précédente.
– 2500 personnes en plus d'inscription pour votre parti.
– Et voilà, ça a des conséquences aussi, c'est qu'il y a des réflexes antifascistes dans ce pays. Et moi j'appelle les gens qui veulent mener cette bataille et cette lutte implacable à nous rejoindre, parce qu'on a besoin de force dans cette bataille.
– En appelant aussi peut-être à calmer le jeu, vous aussi vous faites partie du débat public et politique, Jean-Luc Mélenchon doit normalement se rendre à Lyon demain, je crois, pour un grand meeting. Est-ce que vous avez eu des alertes des autorités de crainte de débordement ?
– Non, on organise comme toujours dans tous nos meetings, tous nos meetings se sont toujours bien passés, malgré le fait qu'ils ont fait l'objet d'un certain nombre de tentatives de perturbations.
– On n'a pas tenté de vous dissuader d'aller sur place.
– Non, et je ne vois pas pourquoi on dissuaderait d'aller sur place, alors que la campagne électorale des élections municipales est en courant. Quant à calmer le jeu, madame, moi je veux être très clair, moi mes moyens d'action, y compris contre l'extrême droite, c'est des moyens d'action démocratiques, larges, pacifiques. Et c'est pourquoi j'appelle tous les gens à utiliser leur bulletin de vote, notamment le 15 et le 22 mars prochains à l'occasion des élections municipales, pour en faire aussi un vote de résistance antifasciste.
– J'évoquais cette réunion qui s'est tenue autour du chef de l'État, Emmanuel Macron, hier à l'Élysée, sur ces mouvances extrémistes, d'extrême droite ou d'extrême gauche, en présence notamment du ministre de l'Intérieur ou du garde des Sceaux. Est-ce que vous saliez l'initiative ? Vous avez évoqué tout à l'heure l'absence, vous déploriez l'absence de séparation des pouvoirs, si je vous entends. Ce n'était pas une réunion qui devait se tenir ?
– C'est surtout que c'est d'une hypocrisie absolue, madame. – Pourquoi ? – Parce que vous réunissez le mardi en disant que vous allez dissoudre un certain nombre de groupes, et notamment un certain nombre de groupes d'extrême droite, alors que le samedi vous les avez laissés défiler dans les rues de Lyon et faire une parade néo-nazie dans laquelle vous aviez des saluts nazis, des insultes homophobes et des insultes racistes.
– Parce qu'en effet, la décision a été prise de dissoudre quatre nouvelles structures, dont trois d'ultra-droite et une d'ultra-gauche.
– Voilà, mais par exemple, tout le monde sait à Lyon qu'il y a un groupe qui s'appelle maintenant Audace Lyon, qui avant s'appelait Lyon Populaire, qui a été reconstitué, et qui est un groupe à l'origine d'un certain nombre d'agressions qui ont lieu en particulier dans le Vieux Lyon, des agressions racistes, des agressions homophobes, et ces gens-là, on les a laissés défiler dans la rue samedi. Et maintenant, deux jours après, on va dire qu'on va faire des dissolutions, mais pas eux. Donc je trouve que c'est d'une hypocrisie absolue, pour vous dire les choses, franchement.
– Hypocrisie absolue, mais décision a aussi été prise de saisir la justice, pour reconstitution de ligues dissoutes, concernant le mouvement cofondé par Raphaël Arnaud, la jeune garde. Vous dites quoi ce matin ? Que la justice fasse son travail ? Vous aiderait la justice peut-être ?
– Si la justice a besoin de… Enfin, je ne sais pas si elle a besoin d'aide, mais c'est d'abord une décision du ministre de l'Intérieur, que je trouve assez opportuniste politiquement, parce que si le ministère de l'Intérieur…
– Après, il y a des faits qui sont posés.
– Oui, mais justement, Madame, l'effet d'autisme et les questions, c'est qu'il y aurait eu des réunions dans plusieurs villes. – Alors pourquoi avoir attendu le drame de Lyon, si c'était effectivement le cas, pour poser cette question à la justice ? Vous voyez bien que c'est un calendrier politique qui vise à tout prix à essayer d'imputer à la jeune garde en tant qu'organisation une responsabilité dans le drame de Lyon, ce que aujourd'hui, rien dans l'enquête ne dit.
– Encore une fois, je le dis, trois mouvements d'une droite…
– Oui, ça ne m'a pas échappé, mais le problème, c'est que vous voyez bien que les dissolutions… Bon, d'abord, c'est une décision arbitraire d'un ministre. Moi, je suis pour les dissolutions judiciaires, c'est à la justice de faire son travail. Et deuxièmement, vous voyez bien qu'une dissolution…
– Arbitraire, pardonnez-moi, c'est fait en coordination aussi avec les autorités, avec le renseignement.
– Mais ce n'est pas une décision de justice, Madame, c'est une décision qui est prise par le ministre de l'Intérieur.
– Et après, la justice fait son travail aussi ?
– Pas sur les dissolutions. Sur les dissolutions, vous avez ensuite la possibilité de faire un recours auprès du Conseil d'État. et notamment, il y a eu un an, une annonce de dissolution de la Jeune Garde qui, à l'époque, s'appuyait sur des motifs qui étaient absolument loufoques.
– Sur lesquels, d'ailleurs, vous avez vous-même fait un recours…
– Ce n'est pas nous qui l'avons fait, nous avons soutenu le recours qui avait été fait parce qu'en huit ans, il n'y avait aucune condamnation, d'aucun fait par rapport à la Jeune Garde.
– Manuel Bompard, le temps file très vite, mais on est effectivement à quelques semaines de ces élections municipales. Concernant votre stratégie, les critiques de vos anciens alliés, notamment socialistes, sont extrêmement vives. Quel est votre positionnement ? Parce que Jean-Luc Mélenchon, justement, à cette conférence de presse à laquelle nous n'étions pas conviés, a parlé de néanmoins fusion technique possible avec des partis de gauche. Ça veut dire quoi exactement ?
– Alors, je vais vous dire, nos positions, elles sont très simples. Nos positions, c'est de dire aux électrices et aux électeurs. Partout où vous nous mettrez en tête, à gauche, au soir de l'élection municipale, et partout où il y aura un risque que la droite et l'extrême droite s'emparent des villes, nous organiserons le rassemblement pour battre la droite et l'extrême droite. Pourquoi ? Parce qu'une ville dirigée par la droite, qui est de plus en plus extrémisée, ou par l'extrême droite, c'est un énorme problème. – Donc des alliances avec le Parti Socialiste est tout à fait envisageable. – Nous, on proposera à toute la gauche de se rassembler partout où on arrivera en tête.
Là où on n'arrivera pas en tête, il appartiendra…
– Malgré les mots, malgré les querelles.
– Malgré les mots, les querelles. Écoutez, franchement, il y a un certain nombre de dirigeants du Parti Socialiste qui ont fait, de mon point de vue, une faute historique majeure de mettre sur le même plan des fascistes et des antifascistes. C'est pourquoi on demandera un certain nombre de garanties, madame.
– Et vous vous en expliquerez avec eux.
– Attendez, c'est pourquoi on demandera un certain nombre de garanties, madame. Le rassemblement, il n'est possible qu'avec des gens qui disent clairement au deuxième tour d'une élection, comme l'élection présidentielle, qui voteront à gauche face à l'extrême droite. Pas qui feront du nini. Donc ça, ça sera des clarifications qu'on demandera. Et sans ces clarifications-là, ça me paraît extrêmement difficile d'avoir quelque rassemblement que ce soit.
– À la fin de cet entretien, juste une clarification. Motion de censure étudiée aujourd'hui, déposée par votre groupe, mais également déposée par le Rassemblement National. On a appris hier que le RN ne voterait pas la motion insoumise compte tenu du climat politique. Il ne nous est pas possible de voter une motion. Vous dites quoi ? Bon débarras ? Vive la clarification là aussi ?
– Non, je dis que ce n'est pas nouveau que le Rassemblement National cherche tous les prétextes possibles pour essayer d'empêcher de faire tomber le gouvernement. Maintenant, il y a effectivement une motion de censure. Pourquoi ? Parce que le gouvernement décide tout seul ce qu'on appelle une programmation pluriannuelle de l'énergie,
c'est-à-dire des décisions majeures
qui engagent des dizaines de milliards d'euros d'investissement, qui veut nous amener dans un tout nucléaire avec des nouveaux EPR alors qu'on a besoin de développer les énergies renouvelables, qui ralentit le rythme de développement des énergies renouvelables et le décide tout seul. Eh bien ça, ce n'est pas normal, donc on sort sur le gouvernement.
– Merci beaucoup Manuel Boncourt d'avoir été avec nous ce matin sur RMC. Il est 8h47 sur BFM et RMC.
Manuel Bompard