Benjamin Morel : "Emmanuel Macron ne résout pas les contradictions qui ont fragilisé Michel Barnier"
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Chapitres
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Questions et réponses
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Qu'avez-vous retenu principalement de l'allocution du président de la République ?
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Le président qui veut prendre son temps 30 mois, autrement dit, jusqu'à la fin de son mandat présidentiel. Mais, au fond, rien de nouveau sous le soleil de la Ve République ?
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Quelque chose comme un socle commun, pour reprendre l'expression qui est en vogue ces jours-ci ?
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Est-ce que la France a un problème avec le parlementarisme ?
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Que pensez-vous de cette comparaison ou de cette métaphore ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« On a un président qui tente de, un, se remettre au centre du jeu. »
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« on va avoir la nomination d'un nouveau premier ministre, et ensuite, il attend à ce que ce premier ministre trouve une coalition »
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« on aurait pu espérer un budget avant le 31 décembre. Ce à quoi le président ferme la porte »
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« Non, rien de nouveau. »
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« On a quand même un choix présidentiel qui arrive ex cathédra et qui, ensuite, produit des conséquences. »
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« Si, on aura sans doute un socle commun. »
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« Il sera très probablement minoritaire. »
- 2:55InvitéFait
« Je pense notamment à un retour sur la réforme des retraites, ce qui serait inimaginable pour les LR et pour les macronistes. »
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« Vous voyez ce qu'on disait sous la 4ème République ? »
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« C'est étranger à notre culture politique. »
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« Le problème, c'est que d'un côté, vous avez un mode de scrutin qui rigidifie le système d'alliance avant le premier tour »
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« Et puis ensuite, vous avez une vie politique qui tourne autour des élections présidentielles »
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« aujourd'hui, le paysage électoral nous conduit probablement à devoir fonctionner de manière structurelle, sans majorité. »
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« Il y a cette volonté toujours d'ancrer le futur dans des réussites du passé »
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« C'est-à-dire qu'on a une tripartition très forte de la vie politique. »
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« Trois épouvantails. Le seul qui pouvait l'emporter au deuxième tour, selon les enquêtes, c'était le RN »
Temps de parole
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France Inter, Alibadou, 6-9.
Et le premier invité de la matinale est constitutionnaliste, docteur en sciences politiques, auteur d'un livre, Le Parlement temps de la République, Temple de la République de 1789 à nos jours, chez Passé Composé. Bonjour Benjamin Morel. Bonjour. Vous étiez devant votre télévision hier soir. Qu'avez-vous retenu principalement de l'allocution du président de la République ?
On a un président qui tente de, un, se remettre au centre du jeu. En montrant bien que, un, il restera, et que, deux, c'est lui qui nommera, et qui va décrire une forme de méthode pour ensuite essayer de construire une forme de majorité parlementaire. Deux, en effet, il a construit ce type de méthode, c'est-à-dire que, ce type de méthode, on va avoir la nomination d'un nouveau premier ministre, et ensuite, il attend à ce que ce premier ministre trouve une coalition et élabore avec les partis de la coalition une forme de programme. Ça ne résout pas vraiment les contradictions politiques qui ont déjà fragilé Michel Barnier.
Ça ne change pas vraiment de la méthode, même si, là, il y a une volonté quand même de co-construire la majorité avec le premier ministre, qui était celle de la nomination de Michel Barnier. Et il n'y a pas non plus forcément d'urgence qui aurait pu être marquée. C'est-à-dire qu'on aurait pu espérer un budget avant le 31 décembre. Ce à quoi le président ferme la porte, il veut quand même, à minima, prendre son temps.
Alors, on va y venir, justement. Le président qui veut prendre son temps 30 mois, autrement dit, jusqu'à la fin de son mandat présidentiel. Mais, au fond, rien de nouveau sous le soleil de la Ve République ?
Non, rien de nouveau. C'est-à-dire qu'on n'a pas vraiment de changement de pratique, malgré ce qui peut être évoqué, en disant, il va y avoir des consultations, etc., nous rentrons dans une ère des compromis. On a quand même un choix présidentiel qui arrive ex cathédra et qui, ensuite, produit des conséquences. C'est-à-dire que, dans un régime parlementaire classique, le président nomme des coordinateurs. Ces coordinateurs, ils ont pour but de ramener une majorité. S'ils n'y arrivent pas, on passe à un autre coordinateur. Là, ça va encore être un choix présidentiel.
Et ce choix présidentiel doit amener, ensuite, à une coalition qui se construira, nécessairement parce qu'elle doit se construire, et à un programme qui se construira parce qu'il doit se construire.
Quelque chose comme un socle commun, pour reprendre l'expression qui est en vogue ces jours-ci ? Exactement, exactement. Et vous n'y croyez pas ?
Si, on aura sans doute un socle commun. Il sera très probablement minoritaire. C'est-à-dire que ce socle commun, à part l'arc qui a été construit autour de Michel Barnier, on voit mal comment est-ce qu'aujourd'hui, il pourrait être plus large. Alors, il va y avoir des volontés, notamment d'ouvrir au centre-gauche. Mais si jamais vous détachez les socialistes des insoumis pour les ramener au socle commun, il faut leur faire alliance jusqu'au LR. Il faut, qui plus est, qu'ils aient quelque chose de fort symboliquement pour se détacher des insoumis. Je pense notamment à un retour sur la réforme des retraites, ce qui serait inimaginable pour les LR et pour les macronistes.
Et puis enfin, il faudrait changer le mode de scrutin, parce qu'aujourd'hui, on a un mode de scrutin qui fait que, par définition, par principe, le NFP n'a surtout pas intérêt à se diviser.
Est-ce que la France a un problème avec le parlementarisme ? Puisque vous êtes un spécialiste du sujet, que vous avez travaillé sur le Parlement, l'Assemblée et beaucoup sur le Sénat, le parlementarisme comme méthode, comme principe et comme système, c'est quelque chose qui est étranger à la culture politique française ?
Non, ce n'est pas étranger à la culture politique française. Vous voyez ce qu'on disait sous la 4ème République ? Ce n'est pas la 4ème République, on disait aux gaullistes, non mais attendez, le présidentialisme, on a essayé sous la 2ème République, et ça a fini en empire. C'est étranger à notre culture politique. Il n'y a pas de culture politique. La culture politique, c'est une forme de slogan pour ne pas changer, alors qu'en fait, ce sont des problèmes de structure. Aujourd'hui, on fait des compromis, par exemple, dans les collectivités territoriales.
Le problème, c'est que d'un côté, vous avez un mode de scrutin qui rigidifie le système d'alliance avant le premier tour, et ça, aucun de nos voisins n'a le même mode de scrutin. Ce qui explique cette fluidité plus grande en Allemagne, en Italie, en Espagne, pour construire des alliances. Et puis ensuite, vous avez une vie politique qui tourne autour des élections présidentielles, qui fait que c'est extrêmement, extrêmement compliqué aujourd'hui de se positionner.
Chacun est persuadé que si jamais il remportait demain la présidentielle, même si aujourd'hui il était à la tête d'un tout petit groupe politique, eh bien il y aurait un effet de vague après, il aurait une majorité absolue, il pourrait gouverner. Aujourd'hui, ce n'est pas impossible, mais c'est plus ce que nous disent les cartes électorales. Aujourd'hui, le paysage électoral nous conduit probablement à devoir fonctionner de manière structurelle, sans majorité.
Alors Benjamin Morel, encore une question, puisque le président de la République a appelé à, s'il vous veut, importer ou s'inspirer en politique de ce qui s'est produit pour rebâtir la cathédrale Notre-Dame de Paris, ou pour organiser les Jeux Olympiques, à savoir construire quelque chose comme une union, et retrouver le sens de l'intérêt général. Que pensez-vous de cette comparaison ou de cette métaphore ?
C'est quelque chose qu'affectionne Emmanuel Macron. Il y a cette volonté toujours d'ancrer le futur dans des réussites du passé et de mettre en avant ce type de projet. Donc il a toujours été l'un des jardins défenseurs comme symbole d'unité. Après, la question ne se pose pas tout à fait dans les mêmes termes. C'est-à-dire qu'on a une tripartition très forte de la vie politique. Les Français, quand vous prenez les enquêtes, demandent l'union, mais en même temps, vous avez trois blocs, et chaque bloc est détesté par deux autres, et chaque bloc déteste les deux autres, en fait.
Donc, dans ce concours d'épouvantail, qu'on a très bien vu lors des législatives, je rappelle souvent un sondage YouGov qui a été fait à ce moment-là, 47% des Français voulaient voter contre le NFP, 44% contre Emmanuel Macron, 41% contre le RN. Trois épouvantails. Le seul qui pouvait l'emporter au deuxième tour, selon les enquêtes, c'était le RN, les deux autres se sont liés contre lui. Mais vous voyez que derrière, il y a aujourd'hui vraiment trois Frances fracturées, et c'est ça qui donne cet hémicycle relativement ingouvernable. Ce n'est pas forcément un accident, je dirais, électoral, cet hémicycle.
C'est quelque chose qui est aujourd'hui profondément ancré et profondément problématique, si demain on veut gouverner.
Et c'est logique, et c'est issu d'erreurs stratégiques. Vous signez une tribune dans le Figaro ce matin, à laquelle on peut renvoyer Benjamin Morel. Merci de nous avoir répondu sur Inter, et bonne journée à suivre la météo.