Olivier Faure veut changer le nom du Parti socialiste qui "ne dit plus ce que nous sommes devenus"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le premier secrétaire du Parti Socialiste dans le grand entretien du 7-9. Question réaction, 01 45 24 7000, réseaux sociaux, applications mobiles de France Inter. Olivier Faure, bonjour.
Bonjour Nicolas Demorand, bonjour Léa Salamé, bonjour à ceux qui nous écoutent.
Et bien voilà, ils sont nombreux et merci d'être au micro d'Inter ce matin. Le Président de la République s'exprimera ce soir sur l'épidémie de Covid et sans doute l'allègement progressif du confinement dans les semaines à venir. On y arrive dans quelques instants. Vous avez encore dit vendredi dernier en sortant de Matignon où le Premier ministre réunissait les chefs de partis politiques. Je vous cite, on a eu le droit comme à chaque fois à une mise en scène gouvernementale qui mime la consultation. Nous ne sommes pas associés en réalité à la prise de décision. Fin de citation. Alors quoi Olivier Faure ?
Si le Président de la République ou le Premier ministre vous écoutait réellement, quel serait votre conseil ? Lever progressivement le confinement ou l'éviter parce que c'est trop tôt, ouvrir les restaurants, attendre encore ? Vous diriez quoi ?
Je pense que ce soir, il faut que le Président de la République soit dans la clarté, la transparence et qu'il rétablisse la confiance. Parce que, vous l'aurez noté, nous sommes le pays européen où, y compris sur la question vaccinale, nous sommes les plus en retard, nous sommes ceux qui sont les plus réticents. Pourquoi ? Parce que la confiance a été rompue lors du premier confinement, lors de la première vague. Avec un Président de la République, avec un gouvernement qui ont menti sur les masques. Et depuis, nous courons après cette confiance qui n'est jamais revenue.
avec le sentiment d'improvisation permanente, avec le sentiment que tout est décidé par le Conseil de défense dans une opacité qui crée en fait du doute et qui donne la place aussi aux fake news et au complotisme. Pourquoi en France, le film Hold Up a un tel succès, si ce n'est que le complotisme vient remplir le vide de sens ? Et donc, moi, je souhaite de la clarté, de la transparence. C'est à cause du gouvernement ?
Si le film Hold Up a tellement de succès, si les complotistes ont tellement de relais sur les réseaux sociaux, c'est à cause du gouvernement, c'est ce que vous dites ?
Ce n'est pas simplement à cause du gouvernement, mais c'est aussi à cause du gouvernement. Parce qu'à chaque fois qu'il n'y a pas d'explication, à chaque fois que le sentiment est donné que finalement, les décisions qui sont prises le sont finalement aux doigts mouillés, le risque, c'est d'avoir des gens qui se demandent quelles en sont les raisons réelles. Et donc, il faut des critères, il faut de la transparence, des scénarios qui soient présentés à l'avance. Qu'on nous dise comment on peut avancer sur la vaccination, qu'on nous dise quels sont aujourd'hui les plans qui permettent de faire comme en Allemagne.
Le gouvernement les a déjà mis sur la table, ces plans, on a une idée précise des structures de la vaccination de masse en Allemagne. Est-ce que la France est prête selon vous, là je ne parle pas d'anti-vaccin ou de sujets de ce type, mais techniquement prête selon vous pour l'arrivée du vaccin et une campagne de vaccination massive en France ?
Je n'en sais rien. Je n'en sais rien. La question, nous l'avons posée à l'Assemblée, au Premier ministre, Boris Vallaud, Chantal Jourdan, plusieurs semaines de suite, pas de réponse. Je l'ai reposé il y a quelques jours au Premier ministre, pas de réponse non plus. On nous dit qu'il y a des gens qui travaillent, mais ce que je vois, c'est qu'en Espagne par exemple, ça fait des mois, des mois qu'ils discutent avec les autorités locales pour voir quels sont les lieux dans lesquels on vaccinera, quels sont les personnels qui seront autorisés à vacciner, et puis cibler les personnes qui seront prioritaires.
En Allemagne, vous l'avez dit, il y a un plan, Angela Merkel s'est exprimé pendant une heure, il y a deux jours, pour expliquer quel était ce plan vaccinal. Il y a déjà des containers pour pouvoir acheminer et conserver les vaccins de Pfizer. En France, on nous dit qu'il y a, j'ai lu le JDD ce week-end, on nous dit qu'il y a des technocrates qui aujourd'hui réfléchissent. Mais ce n'est pas comme ça que ça marche. Il faut aussi qu'il y ait un plan qui s'assoie sur un terrain, sur des gens qui vont pouvoir déployer une stratégie, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.
On verra si Emmanuel Macron donne la stratégie et le plan pour la vaccination ce soir.
Je l'espère en tout cas, je l'invite.
Si la réouverture des petits commerces semble acquise pour ce week-end ou le 1er décembre, en revanche, bars et restaurants demeurent fermés, demeureront fermés jusqu'à nouvel ordre. Est-ce que vous comprenez cette décision ?
Oui, je la comprends. Et je pense qu'il était sain d'ouvrir les petits commerces, de faire en sorte qu'ils puissent, dans cette période de l'année qui est certainement la plus prospère pour eux, qu'ils puissent à nouveau rentrer en contact avec leur clientèle. Mais il faut aussi tenir compte du fait que le 1er déconfinement a été un échec, reconnu par le Premier ministre. Et donc, il faut maintenant prendre garde à ne pas aller trop vite. Et on sait que les bars, les restaurants, hélas, pour nous tous, sont des clusters. Et donc, il faut éviter à tout prix d'aller trop vite pour ne pas rater ce déconfinement progressif.
Ne pas aller trop vite aussi pour la fête de Noël ?
Il faudra que chacun prenne ses précautions et soit responsable, oui. Je crois que, de ce point de vue, je partage l'opinion qui semble être celle du gouvernement. Il faut éviter qu'après une période où nous avons réussi à ralentir la circulation du virus, pas l'arrêter, ralentir, eh bien, il faut éviter à tout prix que, d'un seul coup, après les fêtes, on reparte de l'avant. Je vois que, dans d'autres pays, on a autorisé, pendant quelques jours, une forme de respiration. Mais que, même pour le premier de l'an, il est demandé à toutes et tous d'être plutôt dans une forme de retenue. Et je la partage.
Donc, pas de fête de Noël chez les forts ?
Il y aura une fête de Noël, d'abord parce qu'on est nombreux. Je parle simplement de mes enfants. On a du monde à la maison, même sans inviter personne. Donc, ce sera la fête quand même.
Bon, hier soir, plusieurs centaines de migrants ont monté un nouveau campement dans le centre de Paris que les forces de l'ordre ont démantelé sans ménagement dans la soirée. Les images ont choqué les associations présentes sur place. Elles ont choqué également Gérald Darmanin. Dans un tweet, le ministre de l'Intérieur demande un rapport sur ce qui s'est passé. Un rapport d'ici demain, un rapport circonstancié. Il parle d'images choquantes. Vous les avez vues, ces images ? Qu'en pensez-vous ?
J'ai été sidéré, Léa Salamé, sidéré par ce que j'ai vu. Nous sommes un pays qui est censé être le pays des droits de l'homme. Dans ce pays, il y a une organisation humanitaire, Médecins du Monde, qui organise un campement sur la place de la République pour arriver à mettre en lumière la situation de ces hommes et ces femmes qui sont mis à la rue, qui aujourd'hui sont dans le dénuement le plus complet. Et qu'est-ce qu'on observe ? Des policiers qui ne viennent pas tout seuls, qui viennent sur consigne. Et c'est là qu'on se demande ce que vient jouer comme rôle le ministre de l'Intérieur.
Donc ces policiers qui viennent et qui viennent les déloger à coups de matraques alors même qu'ils sont dans un rassemblement pacifique. Ces images sont insupportables. Et insupportables aussi de nous dire, regardez, ce sont des images qui sont révoltantes. Mais M. Darmanin, est-ce que ce n'est pas vous justement qui avez voulu supprimer ces images avec votre projet Sécurité Globale ? Et de voir hier un journaliste qui fait son métier, qui justement témoigne de ce qui se passe et qui, sans son témoignage, n'aurait pas permis aux Français et aux Français de comprendre ce qui se passait à la place de la République. Et bien celui-là, il est à son tour matraqué par la police.
C'est insupportable, c'est inadmissible. Nous sommes dans un état de droit. Ça suppose que chacun revienne à la raison, à la rationalité. Et c'est la raison aussi pour laquelle le gouvernement doit renoncer à ce projet Sécurité Globale qui est, au fond, totalement liberticide et à rebours de ce qu'est notre pays, qui est un pays de liberté.
Mais comprenez-vous les arguments du gouvernement Olivier Faure qui dit vouloir protéger les policiers d'un harcèlement en ligne potentiellement dangereux pour leur propre sécurité à eux, objet de ce fameux article 24 ?
Mais bien sûr que je le comprends. Mais il ne vous a pas échappé, Nicolas Demorand, que c'est déjà possible, que le cyberharcèlement est déjà pénalement condamnable, que les poursuites sont déjà possibles pour celui qui appelle au meurtre ou qui met en ligne l'adresse, le portrait d'un policier qui aurait fait son travail. Et donc tout ça est possible. Ce qui n'est pas imaginable de mon point de vue et du point de vue des démocrates, c'est que la loi sur la liberté de la presse soit finalement amendée. Qu'on vienne dire aux journalistes, vous ne pouvez pas témoigner de tout. Qu'on puisse dire, dans ce pays, il y a des choses, il y a des vérités qui ne sont pas bonnes à dire et à voir.
Ça, ça n'est pas possible. Parce que c'est dans le silence, dans l'obscurité que se passe le pire.
– Les articles ont été votés à l'Assemblée nationale. Vous demandez le retrait du texte aujourd'hui. Vous comptez sur le Conseil constitutionnel pour le censurer, c'est ça ?
– J'espère que si nous n'arrivons pas à obtenir le fait que cette loi soit retirée, j'espère qu'effectivement le Conseil constitutionnel viendra invalider les articles qui sont les plus infamants pour notre démocratie. Et donc oui, je souhaite que nous puissions aller jusqu'au bout dans ce débat. Il y aura un vote cet après-midi en première lecture. Nous voterons contre. Et j'espère qu'y compris dans la majorité, il y a des gens qui se diront quand même, est-ce qu'on en est arrivé là ? J'ai écouté ce que disait Jean-Pierre Mignard, qui fut le monsieur justice de la campagne présidentielle d'Emmanuel Macron et qui a dit, mais on n'avait pas signé pour ça.
Eh bien, personne n'avait signé pour ça. Et en tout cas, la France, elle ne peut pas signer pour ça.
– Olivier Faure, je vous entends ce matin parler d'article infamant, demander le retrait de cette loi. Si c'est si grave, si cet article 24 est si grave, pourquoi n'étiez-vous que deux députés socialistes en séance au moment du vote ? – Vous-même n'étiez pas, pourquoi ?
– Oui, comme ça t'y dit précédemment, j'étais à ce moment-là avec le Premier ministre sur la sécurité sanitaire.
– D'accord, mais deux députés socialistes sur les 30, si c'est si grave que ça, si cet article est infamant, pourquoi vous n'êtes pas en force à l'Assemblée nationale pour voter contre ?
– Néa Salamé, ne soyons pas dans l'antiparlementarisme, vous savez très bien que ce qui se passe le vendredi, ce n'est pas le vote sur le projet, le projet c'est cet après-midi, et donc c'est cet après-midi que les 30 parlementaires socialistes voteront contre ce texte. Et donc, il n'y a pas d'hésitation, et il y a eu, comme à chaque fois dans le débat parlementaire, il y a des porte-paroles pour chaque groupe qui viennent, et la majorité reste majoritaire.
– Donc vous serez nombreux cet après-midi ?
– Nous serons tous là cet après-midi pour voter contre ce texte.
– Je rappelle que vous êtes le patron du PS, Olivier Faure, pouvez-vous à ce titre nous dire ce qui se passe entre Anne Hidalgo et les Verts à Paris ?
– Il se passe ce qui se passe dans toutes les familles, Nicolas Demorand. Il y a parfois des disputes, des querelles.
– Là c'est festaine, là.
– Ce n'est pas festaine, il y a parfois des demandes d'écartissement qui sont demandées aux uns, aux autres. Voilà, il y a des tensions, c'est comme ça. Et puis, après on se parle, et puis on se met d'accord. Et ce que moi je souhaite, c'est que justement on se mette d'accord, qu'on se mette d'accord sur une conception commune de la République. Le débat, la réalité c'est qu'il existe depuis longtemps chez les mères.
– C'est encore une famille, là ?
– C'est encore une famille, bien sûr. Mais écoutez, si à chaque dispute, vous êtes dans la dislocation de votre famille, vous n'allez pas aller très loin. Moi ce que je crois, c'est qu'il y a parfois des moments où il faut se dire les choses en face. Il faut se dire, ben écoute, sur ce sujet-là, moi je ne te pense pas suffisamment clair. Donc, je te demande de classer. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de réponse possible, et j'entends ce que dit Julien Bayou, et j'entends ce que disent Yannick Jadot et les autres. Ils disent, nous sommes parfaitement républicains. Eh bien, j'en suis très heureux.
– Et vous, vous en pensez quoi sur ce point-là ? Ils sont parfaitement républicains, ou ils ont encore du chemin à faire pour être au clair sur le sujet, comme le dit Anne Hidalgo ?
– Il y a des moments où ils ont donné le sentiment d'être plus dans l'impensé. C'est-à-dire, la République n'est pas forcément l'élément le plus structurant de l'idéologie écologiste. Et donc, ils ont sur ce terrain-là des progrès à faire, mais je ne les place pas évidemment dans le camp de l'anti-France, encore moins dans le camp des anti-républicains.
– Ils ont des progrès à faire, vous dites, ce matin.
– Et je pense qu'ils ont besoin de dire aussi quelle est leur conception de la République, parce qu'il y a des débats chez eux, et un parti politique, ça sert aussi à ça. Je prends les socialistes. Il y a eu des débats chez nous. Il y a eu des gens qui se sont posés des questions. Il y a des gens qui ont contesté, y compris ce que je porte aujourd'hui. Et puis, on a avancé. Et maintenant, j'espère que tout le monde comprend où nous sommes et ce que nous portons. Nous avons retrouvé notre ADN initial. – Pas sûr. – La République, la laïcité ?
– Pas sûr que tout le monde comprenne où voulait emmener le Parti Socialiste. Olivier Force, c'est une des questions. Mais juste avant, Julien Bayou, le patron des Verts, demande des excuses à Anne Hidalgo. Doit-elle le faire ? Doit-elle présenter ses excuses ?
– Non, mais ça, ça fait partie du jeu politique, je comprends. Mais quand Julien Bayou me demande à moi des éclaircissements sur ma position sur le productivisme, je ne lui demande pas des excuses. Je pourrais pourtant lui dire que ça fait bien longtemps que les socialistes ont compris que le productivisme à tout craint n'était pas une possibilité parce que la planète s'épuise. Mais je le fais bien volontiers parce que je crois qu'il y a parfois des questions qui sont posées. Et au-delà de ce qu'Anne Hidalgo a pu dire, il y a des Français qui se posent la question. Donc c'est bien que les écologistes y répondent.
– Qualifiez-vous vos relations avec les Verts à 18 mois de la présidentielle ?
– Elles sont bonnes. Elles sont parfois compliquées parce qu'il y a à la fois une volonté exprimée par toutes et tous de dire qu'on doit faire ensemble. Et puis il y a des actes qui sont posés et qui parfois sont en contradiction avec ça. Et donc, ça ne suffit pas d'être dans de bonnes relations. Il faut maintenant que nous soyons à la hauteur d'un moment.
– On file au Standard, où les auditeurs d'Inter sont nombreux ce matin pour dialoguer avec vous, Olivier Faure. Je salue Marc. Bienvenue Marc, on vous écoute.
– Oui, bonjour. Ma question ne peut pas mieux tomber, justement. Bonjour M. Faure et merci d'avoir choisi ma question. M. Mélenchon est déjà candidat. Les Verts sont sur le point de l'être. À quand une troisième candidature, à savoir celle du Parti Socialiste, croyez-vous que ce soit la bonne solution pour remporter les élections que d'y aller en ordre dispersé ?
– On va vous entendre.
– Et donc l'expression « la gauche la plus bête du monde », excusez-moi.
– Merci Marc. Olivier Faure vous répond.
– Mais Marc, je ne vais pas vous répondre. Je vais acquiescer à ce que vous venez de dire. Je partage tellement ce que vous dites. Le problème, c'est que si nous y allons tous en ordre dispersé, nous aurons finalement passé cinq ans à expliquer que le pouvoir actuel est un pouvoir que nous voulons combattre et que nous voulons remplacer. Mais la réalité, c'est que nous aurons tout fait pour qu'il demeure. Donc évidemment, il faut en 2021 provoquer un véritable big bang de la gauche et de l'écologie. Moi, je suis déterminé à faire gagner la gauche et l'écologie.
– Comment vous allez faire ? Quel est le processus ? Vous allez faire des primaires demain ? Comment vous allez faire ?
La première étape pour moi, c'est d'abord que les socialistes, pour eux-mêmes, sachent aller jusqu'au bout de leur propre chemin. Il y a un cycle qui a été ouvert par François Mitterrand en 1971. Ce cycle-là, il est achevé. Et donc maintenant, il faut que les socialistes acceptent l'idée d'aller jusqu'au bout de leur refondation. Et donc je souhaite qu'en 2021, nous puissions sans tabou nous poser les questions, toutes les questions. Le non. Le non.
– C'est fini, le parti socialiste ?
– C'est un débat que je souhaite provoquer maintenant.
– Vous allez provoquer le non ? Mais vous, votre sentiment, vous, le premier secrétaire du parti socialiste, ne veut plus de ce nom-là ?
– Je pense que ce nom est aujourd'hui mal compris, qu'il est rattaché à, finalement, des mesures, à des époques, et qu'il ne dit plus ce que nous sommes devenus. Et donc je souhaite que la question du non soit posée. La question de nos institutions propres, de notre fonctionnement, de nos pratiques, et puis de notre projet. Et donc les huit prochains mois doivent être consacrés à définir ce pourquoi nous nous battons, pour qui nous nous battons, pourquoi nous sommes encore là, pourquoi nous avons résisté, pourquoi nous ne sommes pas partis chez les uns, chez les autres, pourquoi nous sommes encore là. – Donc qu'est-ce que vous allez faire ?
Comment vous allez le faire ?
– Eh bien ça suppose, dans un premier temps, de commencer par, dans les prochains mois, faire en sorte qu'il y ait des propositions qui soient mises en débat, soumises aux Françaises et aux Français, à qui nous demanderons d'être challengés. À chaque fois, sur chaque objectif, nous dirons, voilà la proposition que nous faisons. Maintenant, peut-être avez-vous mieux. Eh bien si vous avez mieux, nous prendrons ce que vous dites. Et puis après…
– Donc si je comprends bien, vous allez faire une primaire ouverte à tous les Français ? C'est ça ?
– Non, je viens, je prolonge, et après j'essaye de me faire comprendre mieux que je ne l'ai fait jusqu'à présent. – Non, il y a une première étape qui est une étape socialiste. Il faut que les socialistes disent ce pour quoi ils sont encore là et qu'est-ce qu'ils portent. Mais ça ne suffira pas. Il faudra ensuite rassembler la gauche. Et donc, notre propre projet, il aura vocation ensuite à être l'objet d'un débat avec d'autres qui viendront avec leur projet. Je pense notamment aux écologistes. Bien sûr, nous arriverons à trouver des terrains d'accord. En tout cas, je l'espère. Mais il restera aussi des terrains de désaccord.
Et donc, dans ces cas-là, je souhaite que ce soit les Français eux-mêmes qui viennent trancher. Plutôt que de commencer par une primaire des hommes, des femmes, etc. Le bal des égaux. Moi, je souhaite qu'on ait une primaire des idées. Qu'il y ait la possibilité pour les Français de dire pourquoi ils veulent que la gauche et les écologistes viennent au pouvoir.
– Donc, vous allez présenter des projets, motion A, motion 2, projet A, projet B, projet C. Et les Français, dans leur entièreté, vont voter sur ces projets-là ? C'est ça que vous nous annoncez ce matin ?
– C'est participatif, c'est ça. À chaque fois qu'il n'y aura pas d'accord entre les différentes formations politiques, eh bien, nous demanderons aux Françaises et aux Français de les trancher. Je prends un exemple simple pour me faire comprendre. Imaginons qu'il y ait un débat sur... – Le nucléaire. – Sur le nucléaire. Prenons le nucléaire. Si les socialistes disent qu'on veut que ce soit en 2055 qu'on arrête complètement l'énergie nucléaire.
– Et que les verts disent que c'est en 2035 ?
– Eh bien, ce seront les Français qui trancheront.
– Et qui va incarner ça à la fin ? Parce que voter sur des projets sur le nucléaire 2035 ou 2055, c'est une chose, mais là, on arrive, on rentre dans la dernière phase. Qui va incarner ça ? Après, vous allez faire voter sur des personnes, c'est ça ? On vote d'abord sur les projets, après on vote sur les personnes ?
– Eh bien, moi, ce que je crois, c'est qu'il faut déjà commencer par prendre les choses dans l'ordre. On a toujours commencé par qui ? Et donc, ça devient des écuries présidentielles qui s'affrontent, etc. C'est la surenchère des propositions. On finit par s'entretuer et à la fin, on perd. Donc, moi, ce que je souhaite, c'est qu'on fasse exactement l'inverse. On commence par dire pourquoi on veut gagner la présidentielle et puis après, on se détermine pour savoir quel est celui ou celle qui est le meilleur ou la meilleure pour porter ce projet commun.
– Alors, les auditeurs de France Inter nous attendent au standard. Bonjour Marie-Thérèse. Toutes les questions sont sur la stratégie de la gauche. Ce matin, au standard, dans la perspective de la présidentielle. Nous vous écoutons, Marie-Thérèse. Soyez la bienvenue. – Oui, bonjour M. Fort. – Bonjour Marie-Thérèse. – Eh bien, je vais dans le même sens que l'auditeur précédent. Je pense que si le Parti Socialiste, les Verts, Mélenchon et compagnie, chacun se présente séparément, eh bien, nous aurons, aux prochaines élections, nous aurons de nouveau M. Macron et Mme Le Pen. C'est-à-dire que ce sera désolant. – Merci pour cette question, Marie-Thérèse.
Victor, sur l'application France Inter, demande si une réunion de la gauche est possible pour 2022 et quelle gauche, etc. Les questions sont très nombreuses. Elles portent, je le redis, quasiment toutes sur le même thème. Olivier Faure.
– Benoît Hamon, lui, dit, il pense que Jean-Luc Mélenchon peut être le candidat unique de la gauche. Vous en pensez quoi ?
– D'abord, ce que dit Marie-Thérèse, elle a raison. Ce que nous observons aujourd'hui est proprement désolant. Et donc, il va falloir que chacun se ressaisisse. Pour répondre à votre question, Léa Salamé, sur Benoît Hamon, que j'ai eu ce week-end au téléphone et qui m'a précisé ce qu'il avait voulu dire, il a dit, si Jean-Luc Mélenchon souhaite gagner, eh bien, il faudra qu'il fasse la démonstration qu'il veut rassembler la gauche et les écologistes. Jusqu'à présent, la démonstration qu'il fait est exactement l'inverse. Il ne souhaite pas faire en commun. Il souhaite lui-même prendre de l'avance et chercher à mener une aventure solitaire.
Moi, ce que je crois, c'est que toutes les candidatures solitaires, ce sont des machines à perdre. Et moi, je veux gagner.
– Parler d'Arden-Mondebourg, par exemple ?
– Je pense à toutes celles et ceux qui, aujourd'hui, cherchent non pas à construire collectivement, mais cherchent à construire des candidatures individuelles. Et moi, je souhaite, au contraire, vous l'aurez compris, faire du collectif. Toutes celles et ceux qui nous appellent ce matin, qu'est-ce qu'ils disent ? Ils disent, on n'en peut plus. On a besoin d'une gauche et des écologistes. Pourquoi ? Parce qu'il y a tous ces gens qui ont des fins de mois, qui commencent le 5, le 10, le 15, et qui disent, mais pourquoi vous n'êtes pas à la hauteur ? Bon sang de bois. Pourquoi est-ce que vous êtes encore en train de vous entretuer ? Alors que vous dites à peu près la même chose.
Eh bien, si vous dites la même chose, faites-le ensemble.
Jean-Louis, en 15 minutes, pas une seule idée neuve. Je vous parlais de la colère. Que de la politique politicienne. Monsieur Fort peut-il exposer au moins une idée forte portée par le PS aujourd'hui ? Que répondez-vous à Jean-Louis ?
Je réponds aux questions qui me sont posées. Et donc, j'espère que dans les 8 prochains mois, il aura l'occasion de voir ce que nous portons. Mais je prends un exemple qui pourrait être lié à ce qu'on a entendu ce matin, juste avant que je ne parle avec Danone. Moi, je souhaite, comme les députés socialistes l'ont déjà apporté, que nous ayons une nouvelle conception de l'entreprise. Que la démocratie ne s'arrête pas aux portes de l'entreprise. Et que donc, dans tous les grands groupes, il y ait la possibilité d'avoir une parité entre administrateurs salariés et ceux qui sont représentants des actionnaires. Pourquoi ?
Parce que la stratégie de l'entreprise, elle se pose tout à fait différemment quand vous avez le capital et le travail qui sont face à face et qui partagent la responsabilité de l'entreprise. Tout à l'heure, vous avez questionné Emmanuel Faber en lui posant la question de savoir s'il était normal qu'il y ait eu 1,5 milliard de dividendes distribués en début d'année à ses actionnaires. Il vous a répondu, il a sa réponse. Moi, ce que je vous dis, c'est qu'on ne peut pas demander infiniment aux salariés d'avoir tous à toujours se sacrifier pendant que ceux qui ont tout n'ont jamais aucune raison de partager l'effort avec les autres.
Olivier Faure, dernière question. Jean-Michel Blanquer est mis en cause par deux enquêtes de Mediapart et de Libération pour ses liens supposés avec le syndicat Avenir Lycéen, syndicat qui a soutenu les réformes du gouvernement et qui a bénéficié de dizaines de milliers d'euros d'argent public engloutis selon Mediapart dans des hôtels de luxe et des frais de bouche. Une polémique à partir de rien, répond Jean-Michel Blanquer. La France Insoumise et le Parti communiste veulent une commission d'enquête parlementaire. Et vous ?
Nous allons en discuter ce matin au groupe socialiste, mais l'évidence, c'est que Jean-Michel Blanquer doit s'expliquer. Ce n'est pas banal d'avoir un ministre en exercice qui cherche à créer ex nihilo un syndicat lycéen pour pouvoir contourner ceux qui existent et éviter la contestation. Il y a dans ce pays aujourd'hui une dérive autoritaire. On l'a signalé tout à l'heure sur la question de la sécurité globale. Mais aussi cette façon de contourner les corps intermédiaires, de chercher à tricher avec la réalité sociale. Ça n'est plus possible. Il faut changer.
Le Parti socialiste, pardonnez-moi, mais le Parti socialiste n'a-t-il pas entretenu dans son histoire des liens privilégiés avec le syndicat de l'UNEF ?
Bien sûr, mais quel rapport ?
Ah bon ? Qu'un ministre arrive et donc essaye d'établir des liens privilégiés avec un autre syndicat ?
Non, il ne cherche pas à établir un lien privilégié avec un syndicat. Il cherche à créer de toutes pièces un syndicat pour justement écarter ceux qui ont une activité syndicale. C'est très différent. Et c'est un ministre qui utilise l'argent public au service de sa propre communication, tout ça pour pouvoir contourner ce qu'est une réalité lycéenne sociale.
Donc pour vous, c'est un scandale ?
C'est un scandale.
Merci Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, d'avoir été au micro d'Inter ce matin. Merci à vous. Merci encore. La revue de presse arrive.
Olivier Faure