Mathilde Panot : "Il n'est pas possible de dire qu'on est infréquentables, puis de venir nous chercher pour des sièges"
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France Inter, la grande matinale, spéciale élection municipale.
Et nous accueillons à présent Mathilde Panot, bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin, présidente du groupe Insoumis à l'Assemblée Nationale. Chers auditeurs, vous pouvez aussi poser vos questions à Mathilde Panot 01 45 24 7000 et sur l'appli Radio France. Mathilde Panot, votre mouvement a réagi hier soir en se félicitant d'une percée de la France Insoumise qui se confirme, je cite, s'amplifie, se renforce encore. Est-ce que c'est vraiment le cas avec Toulouse qui n'est pas gagnée, Limoges non plus, un maire sortant, la France Insoumise battue à Fâche-Tuménil ? Est-ce qu'on peut vraiment parler de percée qui s'amplifie ce matin ?
Oui, parce que nous allons diriger une dizaine de villes dans lesquelles nous allons faire retrouver à la fois une fierté et une dignité populaire. Je pense évidemment à Saint-Denis que nous avons gagné avec Bali Bagayoko dès le premier tour. Mais je pense à Roubaix, à la Courneuve, à Vaud-en-Velin, à Vénitieux et à d'autres villes. Et nous allons faire rentrer plus d'un millier de candidats, de conseillers municipaux qui vont être élus dans plus de 400 conseils municipaux.
Et donc je crois que pour un mouvement qui a seulement 10 ans d'existence, c'est effectivement une percée que nous réalisons qui va permettre que partout dans les conseils municipaux, vous allez avoir à la fois des militants associatifs, des militants syndicaux, mais aussi des mamans célibataires, des gens qui luttent pour le logement digne, qui vont rentrer dans les conseils municipaux, qui vont rompre avec une vieille manière de faire de la politique.
Mais la question, Mathilde Panot, de Florence, et je vous la répète, portait notamment sur ces villes où la France Insoumise était en bonne position au soir du premier tour. Si on en prend deux, par exemple Toulouse et Limoges, dans ces deux villes, il y a eu des alliances avec le Parti Socialiste. La mécanique aurait voulu que votre candidat soit victorieux. Or, il a été défait, que ce soit à Toulouse ou à Limoges. Qu'est-ce qui s'est passé dans ces villes ? Est-ce que ce n'est pas la preuve qu'il y a eu un effet repoussoir des alliances avec la France Insoumise ? Je rappelle que ces deux listes étaient menées par des insoumis.
Vous demanderez à Johanna Roland à Nantes s'il y a un effet repoussoir de la France Insoumise ?
Johanna Roland est socialiste et c'était elle la tête de liste.
Numéro 2 du parti et qui dit, j'assume, je revendique et je ne regrette pas une seule seconde d'avoir fait une fusion avec la France Insoumise. Donc, moi, je vais vous dire, ce qui s'est passé, c'est qu'il y a eu un effet sur la mobilisation. Et notamment, une des choses qu'on ne commande jamais dans cette élection municipale, c'est le fait qu'il y a le plus fort taux d'abstention, hors période Covid, de la Ve République. Et donc, c'est par la mobilisation que nous pouvons gagner des victoires. Et je le dis très fortement, pour l'élection électorale qui arrive, l'échéance électorale qui arrive avec l'élection présidentielle, il faut se mobiliser massivement dans la région.
Et donc, j'invite toutes celles et ceux qui nous écoutent à venir nous aider pour l'élection présidentielle.
Donc, je pense que les auditeurs constateront que vous ne répondez toujours pas sur Toulouse et Limoges. Vous avez ce matin Boris Vallaud, le président du groupe socialiste à l'Assemblée, qui dit que le PS a manqué de clarté et de sincérité. LFI nous a fait perdre. Vous avez, il y a quelques instants, Olivier Faure, le patron du Parti socialiste, qui dit que Jean-Luc Mélenchon est devenu le boulet de la gauche. Voilà l'analyse qui est faite par les socialistes sur ce qui s'est passé hier soir et hier dans ce second tour des municipales.
François Pygmal, par exemple, à Toulouse ou Damien Maudet à Limoges, ont fait des campagnes absolument exceptionnelles. Et quand vous regardez, par exemple, le score de François Pygmal, il a le même score que celui qu'il y avait en 2020 de la part d'une tête de liste écologiste.
Donc, si maintenant, le Parti socialiste nous explique que, alors que les électeurs, au premier tour, ont décidé de mettre en tête la France insoumise, qui a donc tendu la main pour faire une alliance, pour pouvoir battre la droite, par exemple, à Toulouse, s'ils décident maintenant que les électeurs et électrices ont eu tort et qu'ils auraient gagné Toulouse seuls, je veux bien qu'ils m'expliquent comment ils auraient fait.
Donc, Olivier Faure dit que Jean-Luc Mélenchon est le boulet de la gauche ?
Eh bien, je ne crois pas. Au contraire, ce que nous venons de faire est justement la preuve que nous sommes une force populaire organisée dans le pays. Et là où je suis d'accord avec ce que certains disent aux partis socialistes, c'est qu'il faut effectivement de la clarté. Parce qu'il n'est pas possible de dire d'un côté que la France insoumise serait infréquentable et ensuite de venir nous chercher lorsqu'il s'agit des sièges, que ce soit à l'Assemblée nationale ou dans les conseils municipaux.
Et je vais vous dire, le Parti socialiste devrait peut-être penser au fait que, par exemple, c'est le retrait de Sébastien Delogu à Marseille qui permet à la ville de rester au Parti socialiste et de ne pas basculer à l'extrême droite. Et nous, nous avons eu une ligne claire sur cette question. Dès qu'il y avait un risque d'extrême droite, nous nous sommes retirés et nous avons proposé à chaque fois la fusion.
Et ce sont ceux qui ont refusé justement les fusions, qui se retrouvent dans des situations comme à Bordeaux, où ils refusent la fusion et ils perdent la ville, comme à Cherbourg, ou encore, comme dans ma circonscription, au Kremlin-Bicêtre, où par un refus de fusion, la ville bascule à droite. Donc chacun doit regarder ses responsabilités.
Vous avez aussi Emmanuel Grégoire à Paris qui refuse dans la fusion Gennes, vous avez Nathalia Perré à Rennes qui refuse dans la fusion Gennes, vous avez Mickaël Delafosse à Montpellier qui n'avait pas voulu, avec la France Insoumise qui gagne. Oui, vous avez des fusions avec la France Insoumise qui gagnent à Lyon.
Par exemple, à Lyon, sans la France Insoumise, les écologistes ne gagnent pas, vous êtes d'accord ? C'était M. Olaz qui gagnait si nous n'étions pas alliés à Lyon. À Lyon, vous avez Nantes, vous avez Tours, vous avez Grenoble, sur lequel des alliances avec la France Insoumise permettent à des villes de rester à gauche. Et nous, nous sommes fiers d'avoir, par exemple, comme ville que nous allons gouverner, la ville la plus pauvre de tout le pays, parce que là aussi, je crois que ça veut dire des choses sur le fait que nous pouvons ouvrir un autre horizon dans notre pays. On respecte la dignité de chacun et chacune.
Alors, la ville la plus pauvre, vous parlez de Roubaix. Alors, vous décrochez Roubaix, vous gagnez à la Courneuve, à Vaud-en-Velin, à Creil, à Vénitieux. Effectivement, ça fait un certain nombre de gains. C'est ça, la Nouvelle-France, ce concept que vous avez avancé pendant toute cette campagne municipale ?
Oui, je crois, parce que nous avons là des maires qui représentent les quartiers populaires et ce que nous appelons la Nouvelle-France, c'est cette Nouvelle-France qui n'est pas le passé fantasmé par l'extrême droite, mais qui est justement cette France dans laquelle les femmes ont acquis des droits. Donc, il y a un personnel politique largement féminisé dans lequel il y a une représentation des quartiers populaires qui se retrouvent dans les conseils municipaux ou encore des gens qui ont porté des engagements, par exemple, les nouvelles formes de familles, les familles monoparentales qui sont aujourd'hui majoritaires dans ce pays.
J'aimerais, Mathilde Panot, qu'on s'arrête un instant sur cette expression Nouvelle-France parce que parfois, on a un peu de mal à en comprendre le sens. Dans un meeting d'entre-deux-tours, Jean-Luc Mélenchon se félicitait de la victoire de la France Insoumise à Saint-Denis au premier tour. Il a eu cette phrase, après un long dégagement sur les cathédrales et l'apport des musulmans dans leur construction. Voilà ce qu'a dit Jean-Luc Mélenchon, ouvrez les guillemets. Il a bien fallu un jour qu'il y en ait un ou une qui se mette debout sur ses pattes à l'autre bout du continent africain pour qu'à la fin, vous soyez ici en train de faire les malins tout blanc, tout moche que vous êtes.
Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce que voulait dire Jean-Luc Mélenchon en disant cela ?
Eh bien, il parle de l'histoire de l'espace humain. Vous vous rendez compte que dans ce pays, oui, vous savez que l'espèce humaine a probablement commencé.
Tout blanc, tout moche que vous êtes, ça veut dire quoi ?
Eh bien, c'est une petite provocation probablement qui a été mise dedans, mais il parle de l'histoire humaine parce que vous savez quand même que dans ce pays, nous avons réussi une percée électorale historique dans un niveau d'attaque contre nous qui est probablement inégalé contre une force de gauche. Et je veux quand même que vous réalisiez qu'en trois semaines, juste avant les élections municipales, nous avons eu une marche néo-nazie dans notre pays avec des saluts nazis qui ont été faits, des slogans homophobes et racistes qui ont été chantés.
Nous avons une candidate des LR, j'entendais tout à l'heure le patron des LR, qui pointait la France insoumise, qui a dit qu'elle assumait que son slogan était « Travail, famille, patrie ». Nous avons dans ce pays une ministre, Aurore Berger, qui parle d'anti-France.
Mais Mathilde Panot, il ne vous aura pas échappé
d'extrême-droite antisémite Charles Maurras.
Il ne vous aura pas échappé que quand on les a en face de nous, on leur pose la question. Mais je ne comprends toujours pas de qui veut parler Jean-Luc Mélenchon quand il dit « tout blanc, tout moche que vous êtes ».
Mais de personne. Il dit juste que l'espèce humaine est née et ensuite a s'aimé depuis l'Afrique.
Mais c'est quoi tout blanc ? Est-ce qu'il n'y a pas quelque chose de singulier quand on est à gauche, à invoquer la couleur de peau ?
Ce n'est pas exactement contraire au discours de gauche ? Mais justement, nous, nous sommes de ceux qui disons que nous ne ferons jamais de différence selon les couleurs de peau, selon les religions, les orientations sexuelles ou le genre. Donc, je vais vous dire, ce que dit Jean-Luc Mélenchon est une manière de se moquer des racistes dans ce pays.
Si Jordan Bardella avait dit « tout noir, tout moche que vous êtes », est-ce que vous ne seriez pas ce matin dans ce studio à considérer que c'est un scandale ?
Vous comprenez bien que ça n'a rien à voir. Et je vais vous dire, vraiment sur cette question-là, sur les grands aspects que nous avons, que ça soit sur la question de l'histoire de l'espèce humaine, de la civilisation humaine en tant que telle, ou encore de la question du dérèglement climatique qui devrait toutes et tous nous occuper, eh bien, je vais vous dire que la couleur de peau n'a aucune importance. Et c'est justement ce qu'il était en train de dire Jean-Luc Mélenchon.
Est-ce que cette stratégie qui échoue dans les grandes métropoles, le fait que vous n'êtes pas implantée en ruralité, est-ce que tout ça...
Pourquoi pas implanter en ruralité ? Qu'est-ce que vous remportez comme ville rurale ? Par exemple, il y a des militants insoumis qui sont à la tête de trois villages dans la Creuse, de deux villages dans l'Ariège, et donc des militants insoumis rentrent un peu partout, quelles que soient les villes...
On ne peut pas dire que ce soit tout à fait représentatif pour le coup des victoires insoumises qu'on a citées d'ailleurs.
Est-ce que c'est notre première élection municipale que nous faisons réellement ? Et donc, je crois que oui, dans la course de vitesse, nous sommes en train de marquer des points de manière très forte.
Est-ce que votre stratégie, elle est suffisante pour remporter une présidentielle dans un an seulement ?
Eh bien, en tout cas, nous avons montré que nous pouvions déjouer tous les pronostics si tenté qu'il y avait une mobilisation populaire. Et donc, je le redis, pour déjouer tous les pronostics, comme nous l'avons fait à de nombreuses reprises, y compris en 2024, lorsque 27 sondages sur 27 donner l'extrême droite en tête, eh bien, pour cela, il faut une mobilisation populaire qui permette à la fois de tourner la page de la Macronie et de son monde de malheur, mais aussi de battre l'extrême droite.
Mathilde Panot, à tous les invités qui se succèdent ici, on les interroge sur les conséquences de ce scrutin sur 2027. Quand on voit les polémiques suscitées par les propos de Jean-Luc Mélenchon, quand on voit la façon dont vos anciens partenaires parlent de Jean-Luc Mélenchon, Olivier Faure, je le répète, qui dit ce matin que c'est un boulet, est-ce que c'est encore le meilleur candidat pour faire gagner votre famille ?
Oui, je crois que c'est le meilleur candidat et nous le déciderons en temps voulu quand nous le voudrons. Et encore une fois, lorsque l'on est de gauche, on se rappelle que son adversaire, ce n'est pas la principale force de gauche au Parlement, mais c'est bien l'extrême droite. Et par exemple, je veux saluer la victoire au tampon de 82 000 habitants qui est dans la seule circonscription RN de l'île de la Réunion.
Mais juste, vous avez tout fait parfaitement dans cette campagne. Quand on voit ces alliances qui n'ont pas fonctionné, quand on voit ces scores, l'analyse lucide, c'est de dire c'est formidable, c'est une percée et on est en bonne voie pour 2027.
Nous sommes des êtres humains, monsieur Duhamel. Nous sommes des êtres humains et nous faisons de la politique dans un collectif humain. Mais dans le niveau d'attaque que nous avons eu, nous avons eu de la chance de ne pas perdre ni la vie ni la santé dans cette campagne. Oui, oui, oui, je pèse mes mots. Nous avons des menaces de mort contre nous, à la fois des domiciles personnels qui ont été attaqués, des meetings qui ont été attaqués. Et donc, oui, je le dis, il existe une force de résistance dans ce pays qui est en capacité de gagner la présidentielle et de changer l'avenir du pays.
Et nous ne cèderons rien, nous ne lâcherons rien et nous continuons évidemment à faire en sorte que tout le monde puisse vivre dignement dans la France aujourd'hui de 2026. Merci, merci Mathilde Panot
d'être venue au micro de France Inter ce matin. Sous-titrage Société Radio-Canada
Mathilde Panot